07 novembre 2011

The Ward de John Carpenter - 2011

19635327_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110111_03340910 ans que JC ne nous avait pas bricolé de long-métrage, autant vous dire qu'on attendait ça avec impatience, nous autres les fanas du maître. Bon, on va pas non plus trop faire les malins : The Ward est un film honnête, d'un classicisme plutôt attachant, qui répond gentiment à son cahier des charges, mais on est quand même très loin du Carpenter qu'on adulait jadis. C'est bien normal, vu l'âge du capitaine : le film est légèrement ringard, franchement démodé en ces temps où on filme les zombies en temps réel caméra à l'épaule avec 3 dollars. Mais ma mauvaise foi légendaire quand il s'agit de ce cinéaste me pousse à dire que c'est justement un des charmes de ce petit film de genre : son côté désuet, retour aux bonnes vieilles recettes, comme un récapitulatif de la méthode Carpy en 1h30 de temps.

Au début, on soupire devant le côté très attendu des scènes d'horreur. On sait exactement où le monstre va apparaître, quel va être le déroulement de la scène, dans quel ordre les personnages vont être décimés ; bref, les recettes semblent dater de Mathusalem et avoir fait leur temps. Et puis on se dit finalement que c'est THE WARD (8)Carpenter qui a inventé l'essentiel de ces motifs dans les années 80, et qu'il a bien le droit de les exploiter à nouveau puisqu'il en est le propriétaire : bienvenu donc à ces plans inquiétants sur les bâtiments silencieux (les contre-plongées immédiatement repérables), à ces décors de couloirs labyrinthiques troués d'éclairs, à ces cellules qui enferment le héros mais sont poreuses au danger, à cette musique vaporeuse qui s'accélère dans les moments de tension, à cet érotisme soft qui mêle gentiment mort et sexe... Toutes les scènes ont déjà été filmées par Carpenter, qui s'auto-cite allègrement et avec pas mal d'humour (la scène de la douche collective). Même la résolution finale semble secondaire, tellement prévisible qu'on la soupçonne de n'être elle aussi qu'un motif incontournable supplémentaire. Mais ce côté déjà-vu est agréable, comme un catalogue complet de la méthode du maître exposé en un seul film. Alors c'est vrai qu'on n'a pas du tout peur, que les actrices sont mauvaises (un défilé de mannequins, c'est toujours agréable à regarder, mais bon), que la "grammaire" est souvent floue (qui raconte ? le 19633097_jpg-r_450_x-f_jpg-q_x-20110107_124212choix des points de vue tout au long du film est un bordel sans nom), et que tout ça sent un peu le retour sans motivation, le "coup" de producteur pas très convaincant. C'est vrai aussi et surtout que notre John semble cette fois n'avoir pas grand-chose à raconter : pas vu ce coup-ci de ces discours anarchistes délicieux qu'il savait inoculer derrière les ficelles du genre, pas vu de quoi il voulait nous causer exactement. Si c'est juste de la folie, ce n'était peut-être pas la peine de faire un retour aussi attendu : le scénario traite la folie comme dans un cours de psycho de 6ème B, sans nuance, à l'image de cette jeune fille soit-disant timbrée qui se promène avec une poupée dans les bras (pourquoi pas un entonnoir, aussi ?). C'est comme si le gars ne faisait que filmer sagement un scénario d’horreur sans réelle envie, juste pour expérimenter à nouveau son savoir-faire. Trop court. Mais bon, allez, ok, d'accord, on retrouve notre papy avec un certain bonheur, on regarde ce petit opus vide sans déplaisir, en attendant que quelqu'un lui lâche un peu la bride sur un autre film pour qu'il puisse à nouveau envoyer du bois vert sans pression commerciale (commerce qui, visiblement, attendra, puisque The Ward semble n'être distribué nulle part).

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30 mars 2010

Elvis de John Carpenter - 1978

vlcsnap_2010_03_29_20h26m50s36Je termine cette odyssée Carpenter avec une rareté, une biographie d'Elvis Presley assez inattendue de la part du fan de monstres politiques. Autant le dire : ce n'est pas le film le plus intéressant de JC, même si on suit plutôt avec plaisir les aléas de la vie du King, Carpenter choisissant toujours l'option de la simplicité et de la modestie plutôt que de charger inutilement la mule. Tout est dans l'ordre traditionnel du biopic : enfance, ascension, doutes et chute, aucune surprise ne vient émailler ce schéma calibré; mais on peut remarquer quand même que jamais Carpenter ne cède à la tentation facile du grand spectacle. Pour lui, Elvis est un petit mec normal, et tout l'enjeu du film est de le confronter justement à une situation qui ne l'est pas. Issu d'une famille pauvre, assez inculte, naïf et gamin, Elvis est confronté avec une fulgurante rapidité à son statut de légende et à la fortune : comment va-t-il s'en sortir ? C'est la seule et intéressante question du film.

vlcsnap_2010_03_29_21h55m28s225Le trauma initial (il en faut toujours un dans un biopic qui se respecte), c'est la mort du frère jumeau, Jesse Garon, qu'Elvis va toujours considéré comme "the place inside me which is empty". On n'ira pas plus loin : pas de drogue, pas d'alcool, pas de gros problème de couple, panoplie habituelle de ce genre de film. Et c'est tant mieux : Carpenter reste sur ce thème, transformant peu à peu cette douleur morale en hallucination concrète : Elvis parle à son ombre, à cette image de lui autant symbolique de celui qu'il n'est pas que de cet autre mort depuis longtemps. C'est joli, et ça nous évite les sempiternels passages sur l'écorché vif, le génie drogué et déjanté, etc. Bon, il est vrai aussi qu'avec ce choix, Carpenter évite les sujets qui fâchent, et se met les fans dans la poche : si Elvis fut violent, ça n'apparaît que dans une petite scène où il casse une lampe de chevet ; s'il fut un acteur minable, on le voit pas du tout dupe du système hollywoodien ; si la fin de sa vie fut empreinte de ringardisme, il transforme ça en ultime combat contre lui-même. JC parvient même à éviter THE sujet attendu : la mort du King, controversée, ne sera pas montrée, on préfère s'arrêter aux derniers feux de la gloire lors d'un concert à Las Vegas.

vlcsnap_2010_03_29_23h13m04s185Il n'empêche que cette frilosité et cette peur de déplaire donnent une très agréable simplicité à Elvis. Le film semble touché par le bonheur, par l'énergie de ces 60's que Carpenter filme très amoureusement. Les deux tiers du film sont pleins d'insouciance, d'émerveillements, de mignonnes saynettes où on voit simplement Elvis balancer son bassin dans tous les sens et envoyer la sauce. Même si le sujet de la musique lui-même est balancé aux orties (qu'est-ce qui fait la grandeur d'Elvis au point de vue artistique ? On ne le saura pas), Carpenter est présent pour filmer les performances du King, soutenu par l'impressionnante prestation de Kurt Russell : on n'attendait pas le bougre ici, il est parfait de sensibilité et d'énergie, se faisant la gueule du King sans en rajouter, et très convaincant dans les parties chantées aussi bien que dans ses poses de loubard de Prisunic que savait prendre le vrai Elvis. On ne s'ennuie pas une seconde sur les 2h45 de film, malgré la somme de passages obligés, et on ressort de ça en se dandinant du pelvis et en hululant "toudi froudi on de rouli", preuve de la réussite de la chose.

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21 mai 2009

Halloween de John Carpenter - 1978

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Il y a eu un avant-Halloween, et un après-Halloween, mais il est clair que l'après ne sera jamais tout à fait le même que l'avant (Lao-Tseu). Pour faire plus clair, Carpenter signe en 1978 le film d'horreur ultime, qui est à la fois la somme de ce qu'il a ingurgité comme films de genre et le départ de nouvelles règles du jeu pour ses successeurs. Ceux qui n'ont pas encore vu ce classique pourraient penser, à ces mots, que le film est d'une complexité terrible ; c'est tout le contraire : Halloween est une épure totale, faisant le pari du vide et de la lenteur, osant même vider 1 heure entière de son film de quelconque évènement.

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Après une intro qui force déjà le respect (5 minutes de plan séquence en caméra subjective), le film, effectivement, va prendre un malin plaisir à nous faire attendre la trame. Or, elle ne vient qu'un quart d'heure avant la fin. Entre temps, rien ; rien d'autre qu'une vague silhouette immobile qu'on distingue au fond de l'écran, que quelques farces d'étudiants jouant à se faire peur, que 4 notes de musique qui hantent chaque instant, qu'une tension infimement maniée pour monter à un rythme lentissime imposé par Carpenter. Réaliser un film d'horreur sans horreur, voilà la force de ce film-essai, et c'est totalement réussi. Carpenter sait que la suggestion, l'attente du pire, sont bien plus flippantes que la mort elle-même, et repousse sans arrêt le spectacle, qui l'intéresse d'ailleurs bien peu. Il y a dix fois plus de tension dans ces simples plans fixes sur un homme planté dans un jardin que sur les coups de couteau que Michael Myers finit tout de même par distribuer avec générosité. JC trouve ce qui fait la sève de nos cauchemars d'enfant, ce côté inéluctable de l'horreur : on sait que ça va arriver, et à partir de là peu importe quand ça arrive.

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D'autant que cet aspect presque abstrait du Mal et de la mort, Carpenter l'intensifie encore par son scénario absolument dénué de tous les passages obligés du genre qui sévissent aujourd'hui. Myers est un tueur, point. Pas d'explication psychologique, pas d'énigme ou de coup de théâtre savamment cachés sous le tapis, pas de flash-backs qui expliqueraient le pourquoi de la chose. Là aussi, l'épure est totale : sans justification, la peur est encore plus forte. C'est une grande idée d'avoir fait de Myers un être sans visage (en tout cas, son masque est comme la page blanche sur laquelle on peut tout projeter de nos fantasmes morbides), c'en est également une de l'avoir rendu invincible : pas tout à fait humain, privé de parole, immortel et sans sentiments, il n'est mû que par son simplissime but : décimer la distribution du film. Le travail gigantesque de la mise en scène sur les profondeurs de champ sert parfaitement cette inéluctabilité : dès qu'un personnage se croit à l'abri et reprend son souffle au premier plan, on voit, tout au fond de l'écran, la silhouette de Myers se redresser de façon irréelle (on pense au Nosferatu de Murnau) et se diriger très lentement vers le lui. C'est horrible et parfaitement effrayant.

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Le film a seulement un peu vieilli pour tout ce qui concerne, justement les rares pics de violence. Les cadavres planqués dans l'armoire, les fausses alertes, les bruits bizarres, tout ça a tellement été fait et refait et disséqué depuis qu'on les voit venir bien à l'avance. De même que la morale franchement coincée de l'ensemble, qui veut que ce soit seulement les jeunes qui ont péché (entendez qui baisent et se droguent) qui reçoivent le couteau de Myers, alors que la jeune fille propre sur elle sera sauve. Craven a réglé leur compte à ces règles du jeu dépassées dans Scream, pas la peine d'y revenir. Mais sur cette partition éprouvée, Carpenter parvient tout de même à jouer sa musique hyper-personnelle, et crée le "sine qua non" du genre, sans effet, sans esbroufe, avec la tranquillité du vieux briscard (alors qu'il n'avait que 30 ans à l'époque). Un chef-d'oeuvre, bien entendu.

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05 mai 2009

L'Antre de la Folie (In the Mouth of Madness) de John Carpenter - 1994

2008_12_2_rcharrisinside817ème vision, et toujours le même bonheur. In the Mouth of Madness ne cesse jamais de dévoiler des trésors encore enfouis, et chaque nouvelle vision est une redécouverte. Je ne suis pas loin de clamer que voilà le meilleur film de JC (aux côtés de The Thing et de They live, s'il me fallait établir un classement) : il parvient là-dedans à allier toutes les qualités éparses dans ses autres productions : vertigineux dans le fond, brillantissime dans la forme, terrifiant, drôle et furieusement malpoli, on a droit à notre John au top de sa forme.

inthemouthofmadness01In the Mouth of Madness, c'est Descartes adapté en film de genre. Qu'est-ce que la réalité ? Suis-je vraiment sûr d'exister ou ne suis-je que la projection fantasmée des volontés d'un autre ? La religion est-elle autre chose qu'une chimère partagée par la majorité ? Comment faire la révolution, bouleverser l'ordre du monde, grâce à l'art et à la fiction ? A défaut de changer le monde, peut-on changer de monde grâce à l'imagination ? Toutes ces questions sont là, maquillées sous un vernis de film d'horreur pur jus. Plus le film avance, plus on s'enfonce dans une matière métaphysique, philosophique qui vous renverse d'intelligence. A travers l'histoire d'un auteur de livres d'horreur à succès, genre de mix entre Lovecraft et King (mais qui a aussi plein de mositmom05tx1ressemblances avec Carpenter lui-même), le film questionne la puissance de l'auteur, la force de l'Art. Quand un imaginaire est partagé par tous, il devient la réalité : idée simple mais jamais simpliste, qui pose de vraies questions sur l'existence telle qu'elle est conçue majoritairement. Encore une fois, Carpenter crache à la gueule de la religion, et le fait cette fois avec une profondeur et une insolence terribles, multipliant les motifs bibliques pour mieux en pervertir le fond, pour mieux mettre en doute sa puissance.

Car avec ce roman de gare "in progress" fabriqué par cet écrivain, c'est bien de la Bible dont parle le film. Une Bible sacrilège peut-2008_12_2_dinerêtre, mais qui finalement n'est pas loin de ressembler à la vraie. D'où cette terreur importée d'abord par les enfants, d'où cette histoire de messager sensé transmettre le savoir (Sam Neill en Christ barré), d'où ces multiples déviances inspirées des épisodes bibliques (Adam et Eve et leur minéralité dans un tableau horrible qui change au fur et à mesure que le Mal infiltre l'histoire, Sodome et Gomorrhe qu'on retrouve dans cette ville maudite sur laquelle on ne peut se retourner, le sacrifice d'Abraham qu'on perçoit à travers un meurtre rituel à la hâche, et bien sûr l'Eclésiaste qui donne le fil conducteur du film). Prodigieusement construit, le film manie une sorte de sacralisation du Mal, avec beaucoup plus de finesse que dans l'oeuvre alter-ego de Carpenter, Prince of Darkness.

Et pourtant, malgré l'ambition démesurée du projet, In the Mouth of Madness n'oublie jamais d'être avant tout un spectacle, et le plus brillant qui soit. Il y a environ une idée par seconde, la plupart totalement inthemouthofmadness03gratuites, uniquement dédiées à la poésie visuelle si chère à notre JC. Des enfants qui courent derrière un chien, comme ça, parce que c'est beau et étrange ; un cycliste au corps d'ado mais au visage de vieillard croisé en une demie-seconde, une des images les plus marquantes et les plus terrifiantes du cinéma de Carpenter ; des monstres de carton-pâte très émouvants dans leur hommage aux grands films de genre des années 40/50 ; le monde des ténèbres qui s'ouvre derrière une déchirure de page de livre, idée complètement naïve et belle à mourir... Et toujours cette utilisation miraculeuse de la profondeur de champ, jamais aussi bien utilisée depuis Halloween dans cette scène où un psychopathe armé d'une hâche s'approche du héros insouciant, semant la 48396681bff20_antredelafoliejpgpanique en arrière-plan alors que tout est calme en avant-scène. Toujours cette façon de renouveler la mise en scène pour chaque séquence, tout en gardant une homogénéité formelle totale. Toujours cette profonde compréhension des rouages de la peur, qui fait que le grand-guignol fait son entrée dans les scènes les plus tendues, qui sème le grotesque dans l'horreur. Franchement, je pourrais en parler pendant des heures. Mais j'ai peur de vous lasser, non ?

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02 mai 2009

Les Aventures d'un Homme invisible (Memoirs of an Invisible Man) de John Carpenter - 1992

vlcsnap_240609Peut-être pas le film le plus profond ni le plus audacieux de son auteur, mais ce Memoirs of an Invisible Man est un moment charmant et fin, à rattacher disons à la veine la plus populaire du roi John (Starman surtout, dont il partage plus d'un point commun). A cette époque-là de sa filmographie, le gars avait du fric, et c'est vrai que tout est élégant là-dedans, de la photo très travaillée aux effets spéciaux, de la musique au casting très glamour (Daryl Hannah, Sam Neill). Trop élégant peut-être pour un Carpenter, dont on cherchera sans succès l'impolitesse dans cette histoire assez lisse d'un homme rendu invisible et pourchassé par une bande d'espions pour en faire un des leurs. On est quand même très loin de l'insolence coutumière du maître. Mais tant pis : on se console en relevant quelques pistes finalement intéressantes.

vlcsnap_216498Le choix du héros d'abord : Nick (Chevy Chase, parfait dans ce type ordinaire, qu'on verrait bien dans un Woody, par exemple) est un homme sans caractère, dont les femmes disent qu'elles "voient à travers" avant même qu'il soit invisible concrètement. Il est inexistant, et il y a même une réplique au début dans lequel on lui demande de "remplacer Kaplan" dans une réunion : vous allez dire que je fais une fixation, mais pour moi, Kaplan, c'est l'homme sans identité de North by Northwest, celui symbolisé par le "0" de la boîte d'allumettes de Cary Grant. Belle idée de prolonger le manque de caractère de ce personnage par le concret : il devient invisible, et son objectif premier va être de se faire "voir à nouveau", surtout par la femme qu'il aime, comme une naissance qui passerait d'abord par une annulation complète. Carpenter multiplie les traces laissées par cette ombre vlcsnap_245349d'homme, et s'en donne à coeur joie du même coup dans les effets spéciaux : la pluie qui dessine une silhouette, les aliments qui font apparaître l'estomac du gusse, la fumée de la cigarette qui révèle ses poumons, et une séance de maquillage ressemblant à une scène de baise, où la femme redécouvre patiemment les traits de son amant. C'est pas grand-chose, et Carpenter ne va d'ailleurs pas assez loin dans cette veine, mais ça donne quelques très jolies scènes.

JC romantise beaucoup cette histoire d'invisibilité. Plutôt que de céder aux fantasmes de la situation (évoqués d'ailleurs ou carrément montrés, voir sous les jupes des filles, entrer dans toutes les maisons, assister à des ébats interdits), il montre la peine de Nick, sa dépression de ne plus exister, et cette lente reconquête d'identité. Le film est souvent drôle, très rythmé (notamment dans son premier quart-d'heure, avec une scène de vlcsnap_226135rencontre amoureuse brossée en quelques secondes), mais pourtant c'est une impression de malheur qui reste au bout du compte. Peut-être à cause de cette voix off fatiguée qui raconte l'ensemble, ou à cause de ces longues séquences de solitude qui marquent la nouvelle vie de Nick. mais surtout grâce à cette idée de mise en scène risquée et très bien menée, qui consiste à alterner les scènes où on voit concrètement le personnage et celles où il est invisible. Suivant le point de vue, Carpenter prend le risque, y compris au cours d'un simple champ/contre-champ, de nous faire voir l'expression de Chevy Chase ou de nous la cacher. Curieusement, ça fonctionne parfaitement, ne gâchant jamais la lecture malgré la complexité de la chose. On se retrouve au plus près des tourments du personnage, souvent aussi frustré que lui de sa difficulté à exister. Idée très fine, et très assumée.

vlcsnap_229886Pour le reste, c'est du spectacle-pop-corn très agréable, avec scènes d'action de rigueur, gags bon enfant et romantisme à tous les étages. Je reste plus intéressé par les oeuvres plus cradouilles du maître, mais dans le genre "je sors les gros moyens", Memoirs of an Invisible Man reste un film attachant et relativement personnel.

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17 avril 2009

Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) de John Carpenter - 1986

btilc_us5Pour beaucoup (y compris pour Carpenter lui-même), ce film est un des meilleurs de JC ; pour moi il est l'un des pires, si ce n'est le seul vrai navet de l'oeuvre du maître. J'ai beau l'avoir vu 5 ou 6 fois (et vous noterez mes efforts et ma constance), je n'arrive pas à voir en quoi ce film peut être intéressant, surtout au vu de l'ensemble de la carrière de Carpenter, qui nous a habitués quand même à d'autres profondeurs.

Si on est bien luné, on y verra un hommage rigolard à la série Z : le film revendique une débilité profonde, à grands coups de monstres improbables, de clichés sur les arts martiaux et de vannes à deux balles. C'est vrai que le film affiche clairement ses ambitions purement spectaculaires et jetables, et il semble inutile de chercher là-dedans une quelconque profondeur. Un peu à la manière de Tarantino (dont Kurt Russell serait une sorte de relais qui pass2e68e1f7_71fb_45bb_9e94_338c6bcc1d72e de main en main), Carpenter semble avoir envie de creuser le genre "film de bagarre exotique" et d'en faire un vrai objet contemporain, comme si le cinéma des années 60 était vu à travers le prisme des années 80.

Si on est vraiment très bien luné, on pourra y déceler une variation sur le thème favori de Carpenter, l'altérité au sein de la communauté, à travers cette histoire de Chine traditionnelle qui débarque dans l'Amérique bas-du-front symbolisée par le lourdaud Jack Burton. Véritable beauf, le personnage est tracé à gros traits caricaturaux, routier hâbleur et bouffeur de hamburgers, et nul doute que ce choix n'est pas innocent. Le film le confronte à un monde qu'il ne connaissait pas, et qu'il découvre d'ailleurs bouche bée, et se double d'une immersion aux forceps du film de kung-fu japonais type Baby Cart dans le cinéma d'action américain.

Mais tout luné qu'on soit, le fait est qujackburton64e ça ne fonctione jamais. Jamais trop adhéré à cette vague du cinéma "débile-donc-génial", et pour le coup, trop c'est trop. Pour moi, Big Trouble in Little China, c'est Bud Spencer chez Bruce Lee, deux références qui ne me font pas franchement rêver. On s'ennuie franchement à suivre ces aventures poussives et sans enjeu, et on se cogne comme de sa première chemise des personnages surlignés de cette grosse farce indigeste. Même pas souri aux vannes de Kurt Russell, que j'aime bien d'habitude. Totalement dénué de fond, tout ça s'enfonce dans la pure forme, qui n'est d'ailleurs même pas très tenue : les combats n'arrivent pas au petit orteil de Misumi, le supsense est indigne du réalisateur de In the Mouth of Madness, l'humour reste au ras de la moquette, le glamour patiente aux vestiaires. Dans sa surenchère d'effets spéciaux vintage, Carpenter oublie totalement de racontebigtrouble_screenshotr quelque chose, uniquement plié en deux devant les rocambolesques pseudo-inventions de sa trame. Rien qui tâche, rien qui dérange dans ce cahier des charges ni fait ni à faire, et même quand il tente des trucs (le héros qui est assommé avant même que le combat commence) il les désamorce bien vite de peur d'avoir des idées. Une catastrophe aussi bien esthétique qu'intellectuelle, un film crétin et même pas jouissif.

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08 avril 2009

Ghosts of Mars de John Carpenter - 2001

gom01Dernier long-métrage à ce jour du grand JC, et on ne peut pas dire qu'on reste sur une bonne impression. C'est comme si, sous prétexte qu'on ne lui octroie plus un kopeck pour travailler, le gars mettait son point d'honneur à réaliser son film le plus coûteux en terme de projet. Ghosts of Mars est démesuré côté effets spéciaux et explosions de décors, mais le manque de moyens saute aux yeux : c'est cheap comme c'est pas permis, et ça tombe du coup dans la série Z totale. Tout est naze : la musique (mais ça c'est pas vraiment nouveau...), les acteurs, le scénario, les effets, et même les méchants (des figurants grimaçants habillés en gothique, ridicules).

On sent souvent derrière ce désastre quelques pistes intrigantes : une société matriarcale, érotisée à mort et pourtant étrangement dé-sexualisée ; un hommage vigoureux aux westerns grande époque, avec attaque de train et maquillages de sioux à l'appui ; un petit côté psychédélique bienvenu, l'héroïne s'avérant être une droguée devant lutter contre d'autres drogués ghosts2(elle voit la mer quand elle se shoote, les vilains fantasmant plus sur les décapitations sanglantes); enfin, une attirance toujours précieuse vers les minorités, meurtriers, solitaires, personnages légèrement déviants. Mais toutes ces pistes ne vont pas très loin. La plus intéressante, cette prise de pouvoir par les femmes, fait notamment long feu, le film tombant assez vite dans les travers mêmes qu'il tente de dénoncer (sur-érotisation des corps féminins, crétinisation des esprits masculins, puis chacun revenant sagement sur ses bases à la fin). Il est vrai que Carpenter tente quand même de fouiller dans cette voie avant de laisser tomber, surtout sur une séquence troublante où l'héroïne, gagnée par le virus maléfique, combat contre elle-même pour retrouver son humanité : on y assiste à un long orgasme féminin filmé frontalement, comme si la sexualité, dans ce futur austère, était avant tout une affaire intérieure qui peut se passer facilement des hommes. La seule apparition d'un vrai rapport de couple est vite annulée par l'action, et seule cette scène déconnectée du reste témoigne de la vraie volonté de Carpenter.

Côté mise en scène, on note une intéressante construction d'ensemble, avec une série de flash-backs qui s'insèrent les 294677295_75dda96480uns dans les autres, qui reprennent parfois sur une scène précédente pour redéployer les cartes. Mais là aussi, Carpenter abandonne trop vite cette idée, cantonnée à la première moitié du film ; en plus, il ne la tient pas vraiment : tout est censé être raconté par la vision du personnage principal, mais beaucoup de scènes sont illogiques dans ce sens. D'illogismes, le film en est d'ailleurs plein, transformant les personnages en un groupe d'idiots incapables (on imagine environ 10 façons de s'en sortir à chaque fois, pas eux). Quant aux scènes purement spectaculaires, elles sont poussives à mort : les cascadeurs semblent sortis du club de judo débutant de La Canourgue (Lozère), ils se battent avec une lenteur désespérante. Tous se réduit à des explosions de maquettes miteuses (une calamité dans les décors rougeâtres et les petites constructions en Lego), à des cris gutturaux et à des fusillades filmées avec un sérieux papal. Difficile de voir là-dedans autre chose qu'une crétinerie fauchée qui tente de cacher sa misère. On compte sur un prochain retour de Carpenter sur grand écran pour faire oublier ce nanar (ses courts réalisés ensuite laissent augurer du meilleur).

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29 mars 2009

Christine de John Carpenter - 1983

758940_928782Ah c'est sûr que ce n'est pas le plus subtil des Carpenter, ni le plus inventif ; mais quand même : malgré une réalisation un poil fade comparée aux grandes audaces habituelles du maître, malgré une interprétation plus marrante qu'autre chose, malgré une certaine propension à nous souligner soigneusement tout ce qu'il faut comprendre, Christine est un film attachant, et qui a le mérite de parler des ados avec leur langage. Carpenter filme cet univers avec toute l'opacité et l'étrangeté souhaitées : un ado qui devient un homme, ça a quelque chose de monstrueux, d'inquiétant, de violent, d'incontrôlable. Plus que l'histoire bêta d'une voiture hantée, c'est bien de ce délicat passage d'un corps à un autre, d'une mentalité à une autre, que va tenter de restituer JC.

Christine, magnifique voiture à l'ancienne, est donc le prolongement inconscient de la mentalité de son propriétaire. Un peu comme la peau de chagrin de Balzac, elle va endosser toutes les frustrations, les 758940_928781humiliations, les rêves de gloire et de vengeance et les pulsions sexuelles d'Arnie, ado binoclard coincé et tête de turc. C'est la bonne idée du film : rester dans le domaine du fantastique, mais pour rendre plus concrète une métamorphose d'ordinaire difficile à filmer. Le corps d'Arnie change, sa mentalité aussi, et sa voiture évolue en parallèle. Mieux : elle se régénère sans cesse, dans une jeunesse éternelle, clinquante et "bling-bling" qui pourrait bien être le fantasme de tout ado qui se respecte. Très belle séquence notamment, lorsqu'Arnie, humilié par les gonzesses et les caïds de son lycée, contemple avec un regard dominateur sa voiture en train de se réparer elle-même ("OK, show me"). Il y aurait de la métaphore sexuelle derrière cette carosserie rutilante que ça ne m'étonnerait pas. La voiture compense systématiquement les carences sociales et amoureuses d'Arnie, à l'image de ces chansons qui passent dans sa radio, toujours à l'unisson avec les pensées intimes de l'adolescent.

Carpenter préfère fouiller cette voie presque psychologique plutôt que de nous servir son spectacle gore habituel. On y perd pas mal côté mise en scène. Il y a bien quelques éléments formels très repérables (l'immobilité de la voiture, inquiétante à souhait ; la belle utilisation des profondeurs de champ dans toutes les scènes d'éxécution), mais beaucoup de scènes sont simplement fonctionnelles. Ca pêche un peu aux christinecarpenterag1entournures, d'autant que JC n'a jamais été un grand dialoguiste (les scènes avec les parents sont vraiment primaires) ni un grand psychologue : les séquences entre potes sont plutôt pas mal, mais celles avec la copine ne sont jamais crédibles ; JC ne comprend ici pas grand-chose aux amours adolescentes, thème qu'il avait pourtant réussi dans Halloween. Le sentiment de ratage de ce côté-là est renforcé par des acteurs soit grimaçants (Keith Gordon) soit inexpressifs (Alexandra Paul) ; à côté d'eux, le jeu bon enfant d'Harry Dean Stanton jure franchement. Mais baste : si le film n'est pas réussi formellement, il l'est dans son fond, aussi bien dans ce portrait d'un adulte en "formation" que dans la critique gentillette de l'industrialisation à outrance : depuis la première scène dans une chaîne de montage jusqu'à la dernière dans une casse automobile, Christine se bat pour devenir humaine dans ce monde de machines, et c'est plutôt intéressant à regarder.

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09 février 2009

Vampires de John Carpenter - 1998

untitledAprès la poilante colère de mon ami Shang sur Honor de Cavalleria (on a trois lecteurs, on vient d'en perdre deux), je me devais de revenir à du lourd en matière d'entertainment. C'est chose faite avec ce gros machin bizarre du roi John, Vampires, qui doit être en gros à l'opposé d'Albert Serra dans l'histoire du cinéma.

J'avoue que je ne sais pas trop sur quel pied danser à la vision de ce film kitsch et en apparence con comme un panier : est-ce du premier degré bédé-ique, et dans ce cas-là un immonde navet complètement ringard ? ou doit-on y déceler une lecture plus profonde, et dans ce cas Vampires peut raconter des tas de choses intéressantes ? Connaissant assez bien l'oeuvre de Carpenter, je ne peux m'empêcher de pencher pour la deuxième solution. Même si cette fois le discours politique est balancé avec trop de naïveté, j'aime bien cette énième variation sur les rapports entre bien et mal, et surtout cette critique frontale de l'Eglise. James Wood (la démarche la plus curieuse du cinéma vampires_9845américain, un balai dans le cul mais en même temps une classe folle) joue un chef d'entreprise chargé par le Vatican d'éradiquer les vampires de la surface de la terre. Les premières scènes sont parfaites, où l'on suit le train-train quotidien de cette bande de mercenaires plantant des pieux dans les coeurs comme d'autres pointent à l'usine. On se dit que Carpenter va se livrer à un "évidage" complet du mythe du vampire, celui-ci faisant désormais partie du paysage et constituant un simple parasite dont il faut se débarrasser. Les choses se compliquent avec l'arrivée du "super-vampire", un gars tout pâle habillé comme les ados gothiques d'aujourd'hui : la mutation du mythe arrive à son summum, puisque c'est l'Eglise elle-même qui a créé ce monstre total. Là, on sent que Carpenter avait reservé ses cartouches, et effectivement ça devient la fête.

vast21Une grande partie du film est consacrée à ce retour en grâce des Croisés et de leur engagement religieux, mais modernisés à travers un inversement des motifs : Woods est toujours un agent du Bien, mais crasseux, impoli, ne reculant pas devant la torture, privé de sentiments ; ses commanditaires sont des prêtres torves, que la foi a abandonnés et qui fabriquent du monstre pour rester crédibles. Le film multiplie les références à cette Histoire-là, apparition de l'Inquisition à l'ancienne, décors hispanisants, quête du Graal (la croix de Béziers), jusqu'à une scène de crucifixion et d'eucharistie complètement premier degré : Woods, en cuir et tiags, planté sur une croix, et des gusses qui dégustent son sang. Comme dans Prince of Darkness, John Carpenter (JC) tente de réaliser une sorte de Nouveau Testament à l'envers, où les valeurs morales seraient inversées, où l'Eglise serait devenue le garant du Mal. C'est pas mal, mais traité franchement sans subtilité, presque trop lisible pour être vraiment profond, ne laissant aucune place au mystère. Dommage.

vast10Le film reste solide formellement, le gore fait souvent son apparition avec là aussi beaucoup de frontalité. Mais curieusement, c'est quand Carpenter a le plus de moyens qu'il fabrique les films les moins personnels, et celui-ci ne faillit pas à la règle : il est dépourvu de ces inspirations fulgurantes qui jalonnent ses grands films, et on n'est jamais épaté par la mise en scène de Vampires. Juste amusé et diverti, pas ébloui. Un petit film, empreint d'une juste colère, mais qui reste du divertissement sans conséquence.

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29 janvier 2009

Prince des Ténèbres (Prince of Darkness) de John Carpenter - 1987

Un peu partagé par cette énième vision de Prince of Darkness, considéré par beaucoup (dont moi jusqu'à présent) comme un chef-d'oeuvre. C'est vrai qu'au niveau de la pure mise en scène, c'est un des Carpenter les plus aboutis. Le sens de l'espace du compère prend ici toute son ampleur, par l'utilisation maximum des prince_of_darkness_3possibilités de son décor. Chaque pièce de cette église est utilisée dans ses moindres recoins, jusqu'à un vertigineux jeu de proximité/distance entre les monstres et leur victime dans la dernière demi-heure. Par la virtusoité du montage, il arrive à relier entre eux 3 ou 4 évènements dispersés dans l'espace, jusqu'à nous faire perdre toute notion géographique : la peur en est décuplée, puisqu'on ne sait jamais si le danger est tout proche ou non. Cette dernière partie est sans aucun doute la plus brillante, Carpenter dosant avec un immense savoir-faire la montée de la tension : il use du gore et du cradingue avec un sens du spectacle et de la fascination imparable, tout en restant au plus près des angoisses de ses héros, le tout dans une lenteur extraordinaire. La mort, une fois de plus, est montrée dans son aspect inéluctable, elle a tout son temps pour agir. Jamais peut-être Big John n'avait pris autant son temps pour nous faire peur, et cette fin est d'une audace de rythme qui fait merveille.

L'immobilité et la lenteur, les marques définitives du style de Carpenter, agissent aussi dans de nombreuses autres scènes, notamment dans ces impressionnants cadres fixes sur des masses de clodos qui s'assemblent autour de l'église. Ils ne veulent rien, n'agissent pas, ils sont juste là et ils attendent. Ces plans hypnotiques prince_of_darkness_2(les mêmes que dans Village of the Damned ou In the Mouth of Madness) agissent uniquement par leur côté "page blanche", par le pouvoir de projection que le spectateur met en eux. Là aussi, un pari sur l'intelligence et sur le pouvoir du cinéma qui fait merveille. Quand la violence éclate, elle est rapide et brusque, JC ne s'apesantissant jamais sur elle, revenant très vite à son histoire après ces moments de spectacle pur. Pourtant, les motifs inquiétants sont légion, on dirait même parfois une compil du genre : eclipse mystérieuse, insectes gluants, morts-vivants, vampires, assassinats sauvages, para-normal, on en a pour son argent. Sans souci de réelle cohésion dans ce catalogue des horreurs, Carpenter semble éprouver un malin plaisir à créer de l'inquiétude coûte que coûte, même si ça ne correspond à rien dans son histoire.

Mais sur cette mise en scène brillante, il est dommage de plaquer un scénario aussi fumeux. Arrêtez-moi si je me trompe, mais il semblerait bien que, pour cette fois, JC n'ait pas grand-chose à raconter. Il se réfugie dans une sorte de trame fantastico-mystique assez laborieuse, tendance indigne chez le maître auteur de zx6quelques-uns des films les plus anars qui soient. On comprend vaguement qu'il voudrait raconter une Genèse à l'envers, ou l'avènement d'un Messie du Mal négatif du Christ ; on voit bien qu'il tente de multiplier les plans signifiants pour nous faire comprendre son propos (une héroïne qui finit bras en croix dans un discours prémonitoire, une Sainte-Marie bis toute couverte de croûtes peu avenantes, un oecuménisme cul-béni dans les acteurs, qu'il va s'empresser de pulvériser...) ; mais ça ne suffit pas à donner un vrai fond à ce film, et on s'embourbe un peu dans cette mystique désuète et pas passionnante. Les acteurs ont l'air d'y croire, pour leur part, ce qui les rend un chouïa ridicules (Pleasence en curé concerné, comme d'hab). Il y aurait eu lieu à un grand film-somme du cinéma de Carpenter ; tel quel, ce n'est qu'un agréable moment de virtuosité formelle.

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Posté par Shangols à 21:59 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]


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