Shangols

19 février 2017

L'Economie du Couple (2016) de Joachim Lafosse

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Petite radioscopie d'un couple en crise par Lafosse. Sur un scénario de Mazarine Pingeot (!), le cinéaste belge nous donne à voir un best of des engueulades et des tensions entre deux êtres avec enfants. Quinze ans de mariage pour aboutir à ce huis-clos où les petites mesquineries fusent, où les deux êtres quoique l'un dise, quoique l'autre fasse ne sont jamais d'accord. Elle le dit, elle ne l'explique même pas, elle ne le supporte plus. Il baisse la tête, essaie encore d'y croire mais finit toujours par faire la petite réflexion qui la met hors d'elle. Bon, il faut raison garder devant les enfants avec lesquels les deux parents tentent d'être bienveillants mais le cochon est dans le foin : ils sont irréconciliables et chacun campe sur ses positions pour sortir de la crise - il veut la moitié du prix de la maison, elle ne veut lui en concéder qu'un tiers. Derrière ce marasme sentimental se cache en effet un autre point de discussion purement "économique" évoqué dans le titre : elle est fille de petits bourgeois et estime être à l'origine de l'achat de la maison (ses parents lui ayant fourni une bonne part de l'apport) ; il est plutôt prolo, a travaillé d'arrache-pied dans la baraque et estime avoir le droit à la reconnaissance de son travail - une tension que l'on devine exister depuis les premiers temps de leur rencontre et qui remonte salement à la surface à l'heure des règlements de compte. Ambiance anxiogène.

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Malgré la bonne tenue des deux acteurs (Bejo et Kahn), on a bien du mal à vraiment s'attacher à ce film qui se contente de faire fuser les petites piques. Quand Lafosse tente d'agrandir le cercle des personnages - la séquence avec des invités témoins malgré eux de leur dispute -, il manque là aussi un peu d'inspiration : tout le monde reste en chien de faïence, baisse la tête, la gêne s'installe - on reste au niveau du petit malaise quand on se serait attendu à un règlement de compte dans les règles (mais n'est pas Pialat qui veut, certes). Le canevas reste un peu trop gentillet en attendant patiemment le passage devant le juge - où chacun obtiendra grosso modo ce qu'il désire ; Kahn retire certes un peu plus de billes de la casa mais cela ressemble à une victoire à la Pyrrhus, lui qui espérait que (il n'aura eu droit qu'à une petite scène de réconciliation affectivo-sexuelle sur Maître Gims - l'horreur absolue). Un petit film qui traite d'un sujet douloureux mais qui prend un peu trop de pincettes pour sortir vraiment du lot - une interprétation correcte sur un scénar sans surprise.  

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Lotte (2016) de Julius Schultheiß

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Premier film allemand qui possède une certaine énergie, en reposant sur l'abattage de son héroïne Karin Hanczewski as Lotte, mais qui demeure un petit peu court en bouche. Lotte est une donzelle dans la trentaine au caractère bien trempée mais qui ne semble au demeurant vouloir s'encombrer de certaines responsabilités. Dès le départ elle se fait éjecter par son petit ami et se retrouve à devoir camper à droite à gauche chez d'anciennes connaissances ; elle tombe finalement sur un bon plan en ayant la garde d'un appart un peu pourave pour trois mois. Travaillant en tant qu'infirmière (à l'hôpital mais aussi à ses heures perdues), elle va tomber coup sur coup sur son ancien copain (Marcel) et... sur sa fille, de quinze ans déjà. Le moment est-il enfin venu pour elle de grandir ?

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Le cinéaste ne s'économise pas pour suivre à la trace sa Lotte, adulescente qui tente d'initier sa fille aux conneries de sa jeunesse : clope, coke, sexe. Un moyen pour elle (dans cette tentative de connaître sa fille) de se reconnecter avec son passé ; il apparaît tout de même clairement que la fille semble avoir plus la tête sur les épaules que la mère qui fonctionne un brin à l'instinct - et qui ne fait pas preuve d'une rigueur à toute épreuve dans son taff dont elle se fera d’ailleurs virer. C'est la chtite Greta, également, qui force la Lotte à revoir le Marcel (rencontre qui se termine en queue de poisson) puis à renouer avec sa propre mère (on en saura pas plus le générique tombant avant les retrouvailles : on a compris que l'essentiel était pour la Lotte d'assumer d'une certaine façon son passé). On peut apprécier les séquences où Lotte et sa fille tentent de reconnecter et d'installer entre elles une certaine complicité (même si la mère tombe, c'est le moins qu'on puisse dire, dans une certaine facilité). Au-delà de ça, le film ne tente pas vraiment de creuser beaucoup plus loin : si Lotte accepte un ou deux compromis, on ne cherchera jamais vraiment à comprendre ce qui l'a poussé par la passé à prendre telle ou telle décision, ni à dresser un portrait psychologique en profondeur de cette femme pugnace mais diablement légère. Une œuvre de jeunesse dans tous les sens du terme, bien menée mais qui reste bien superficielle.  

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18 février 2017

La Légende de Zatoichi (vol. 26) : L'Odyssée finale (Zatôichi) (1989) de Shintarô Katsu

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Treize ans après le dernier épisode de la série, Shintarô Katsu remet lui-même le couvert et permet à ce masseur aveugle mythique qu'il a pris tant de plaisir à interpréter durant toutes ces années de livrer un baroud d'honneur. Outre le fait de constater que notre héros a morflé avec l'âge et qu'il semble moins intrépide que par le passé (il se prend d'ailleurs une rouste d'entrée), on grimace dès le départ devant l’image un peu terne pour ne pas dire verdâtre qui ne semble pas retrouvé le granulé et le format vintage d'origine. Ensuite, on reprend tout de même assez vite ses marques avec notre héros qui se livre à ses activités favorites : faire le filou au jeu de dés, repartir avec la caisse et mettre minables les personnes qui l'attendent à la sortie. Zato se retrouve on the road again avec déjà un paquet d'ennemis à ses trousses. Katsu, pour cette ultime épisode, se lance alors d'une séquence un peu olé-olé par rapport au reste de la série ; une femme yakuza drague ouvertement notre ami Zatoichi aux bains (souvent cela s'arrête après un bisou chaste) et le vampirise littéralement sexuellement. Notre masseur ressort de là pimpant comme jamais et se met à sautiller et à trottiner (comportement plus qu'étrange chez notre aveugle) sur son éternelle route poussiéreuse - un point pour l'humour voire deux si l'on ajoute le passage drolatique de la rencontre avec le peintre (un samouraï qui joue au bon copain et qui sera sur le final son ennemi juré - classique) : celui-ci demande à Zatoichi de poser et de ne point bouger : surgit au même moment une troupe d'individus à chapeaux larges qui s'immobilise juste derrière notre héros ; le peintre leur ordonne de repartir immédiatement - un petit gag qui mange pas de pain (d’autant qu’on retrouvera nos hommes quelques mètres plus loin en tueurs sanguinaires). Par trois fois – puisqu’on évoque les tueurs -, notre homme au sabre tombera dans un guet-apens mené par une dizaine d'individus ; à chaque fois notre célèbre masseur décanillera les gus en un clin d'oeil (efficacité redoutable). Katsu nous gratifie pour la peine d'organe (oh ! un nez qui vole) et de membre tranchés (oh ! mon bras droit) avec en bonus quelques petits geysers de sang spectaculaires - il faut bien qu'on s'amuse un peu pour la dernière.

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On entre alors dans un gros ventre mou (le trafic entre membres du gouvernement, Zatoichi qui trouve refuge auprès de bambins) et on regrette que cet épisode fasse trente minutes de plus que le standard habituel (on l'aime bien notre gars, on veut pas le quitter si vite mais avouons que le film perd méchamment en intensité). Il est clair que la moitié du budget figurants et hémoglobine a été mis de côté pour la conclusion avec une armée entière aux trousses de notre aveugle préféré. Ça tranche, ça gicle, ça mouline à tour de bras et la moitié de la population nipponne s'empile dans les petites rues de ce village enfin libéré de ces politiciens véreux. Le combat final contre le samouraï félon dure une demi-seconde comme un pied de nez avant le générique de fin : notre héros est invincible, il n'a plus rien à démontrer. Un épisode de trop ? On serait tenté de dire oui même si on peut comprendre la petite jubilation de Shintarô Katsu à reprendre pour le grand écran ce rôle qui a fait sa gloire, tout en montrant que le gars en a encore sous la pédale (et dans le slip ? Oui, c'était pas obligé). The legend is dead, vive la légende (et il recommença de voir les 26 épisodes dans l'ordre... bon, on attendra la retraite, hein).

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J'ai même rencontré des Tziganes heureux (Skupljači perja) d'Aleksandar Petrović - 1967

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Un film-culte, puisqu'il s'agit du premier film dans lequel on entend la langue tzigane. Bien, ceci dit, examinons cette oeuvre avec l'objectivité qui nous caractérise (quoi ?). Certains trouveront là-dedans matière à s'émerveiller devant l'authenticité de la chose, et c'est vrai : le film est souvent proche du documentaire, utilisant ses comédiens amateurs dans toute leur vérité. On sent que ce qu'on voit à l'écran est très proche de la réalité. Le monde qui nous est décrit est rude, brutal, les femmes y sont battues et considérées comme du bétail, les hommes se soûlent et ne sont bons qu'à se battre et à trafiquer, les décors boueux vous cradassent tout jusqu'aux genoux, on est dans le portrait au plus près de cette communauté qui vit à côté de nous et qu'on ne connait pas, comme disent les reportages de M6. En tout cas, le côté ethnographique marque des points. On est loin de la représentation des mêmes par Kusturica : moins folklorique, moins haut en couleur, on a là les Tziganes dans toute leur nature. Petrović invente pourtant une trame là-dessus, histoire de densifier le portrait : l'histoire de Bora (un faux air de Belmondo), amoureux de la jeune Tissa, et qui va connaître les affres des traditions familiales, des coups de couteaux et de l'exil. D'un postulat plutôt vaudevillesque au départ (le mari-la femme-l'amant), le film glisse à toute vitesse vers l'horreur pure au son de la musique (braillarde, avouons-le) des gusses : le viol, le meurtre, la misère.

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D'autres, justement, verront dans ce portrait un avant-goût de l'enfer sur terre. Tout est affreux dans ce monde, tout est bouché du sol au plafond, tout respire le manque de fric, la crasse et la misère sociale. Anticommuniste à fond, Petrović pointe du doigt les inégalités flagrantes du régime, montrant une population souvent bestiale (la bienvenue allégorie sur les plumes d'oie, véritable trésor qui s'échange entre les personnages), réduite à ses besoins les plus primaires. Certes, il y a la musique, la danse, des moments d'échappées poétiques assez fulgurants (le lâcher de plumes depuis l'arrière d'un camion) ; mais on reste toujours au ras de la boue. Le film vaut pourtant peut-être plus par son contexte, par son immersion dans un univers inédit, que par son aspect purement cinématographique : Petrović filme un peu n'importe comment, attrapant à l'arrache les gesticulations de ses personnages, et ne semble pas bien percevoir les possibilités du montage et les variations de plans (que du plan serré, en gros). Alors ? Alors à la fois consterné, déprimé par ce monde et admiratif de ce film qui a su rendre compte avec force et sans concession de la liberté irrépressible de ces gens. Finalement, malgré la tristesse de chaque chose, le bonheur des Tziganes est sûrement là : dans leurs excès et leur totale irréductibilité.

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Au Feu ! (Gori vatra) de Pjer Žalica - 2003

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Une comédie beaucoup plus finaude que ce qu'on pourrait attendre, qui fait qu'on se retrouve bien content au final. Sur le papier, on doute un peu : juste après la guerre en Yougo, les tensions entre communautés sont encore à plaies ouvertes. La venue de Bill Clinton dans un petit village bosniaque est annoncée. L'occasion de faire semblant que tout va bien, et de faire le ménage, pour quelques instants, entre haines, rancunes et petits trafics divers. Žalica dresse un portrait bigarré de la population locale : il y a les putes grand crin, le mafieux de base qui trafique comme un dingue, le maire un peu pleutre, les flics véreux, la chanteuse de charme chargée d'un lourd passé, et surtout un petit gars pompier de son état, qui va assister à la métamorphose fragile de la petite ville. Il s'agit de faire comme si tout allait bien, organiser l'amitié avec les Serbes, faire répéter la chorale de bras-cassés (une interprétation de House of Rising sun qui fait frémir), transformer rapidement les drapeaux communistes en drapeaux américains, faire le portrait de Clinton, et surtout faire taire les fortes têtes. Et notamment un vétéran qui a perdu son fils, et qui compte bien foutre la zone dans le cortège présidentiel.

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Le talent de Žalica, c'est de savoir avec finesse infiltrer la comédie par le drame. Le contexte politique choisi, chargé à l'extrême, est pourtant le théâtre d'évènements drolatiques, et la corruption, la haine, la jalousie, la mort même sont des outils de comédie. Un homme rencontre une ex-camarade de lycée, dragouille légèrement, se fait chambrer par son collègue, c'est léger en diable, et boum : la nana saute sur une mine. Il y a de la comédie italienne dans ce portrait d'un groupe contraint de se faire passer pour honnête, alors que tout, derrière le vernis, pue la tragédie ; mais aussi dans cette façon de faire rire avec l'horreur. Les personnages, caricaturaux mais bien campés par les comédiens, qui s'amusent beaucoup, ont tous cette part d'humanité pathétique qui caractérise les grands caractères italiens. Et puis, mine de rien, le message est fort : il s'agit, à travers la venue de Clinton, de faire avancer tout doucement les choses, de réconcilier les communautés, de faire se retrouver les vivants et les morts, bref de réimplanter la démocratie dans un pays divisé. Les minables entourloupes pour faire croire à la paix sont de vrais bons vecteurs de rigolade, mais c'est surtout dans les moments plus tourmentés, plus intimes, que le film surprend : ces dialogues entre un père et son fantôme de fils, le timide lien qui se crée entre un pompier bosniaque et un pompier serbe autour d'un motif trivial (des paquets de couche), et surtout ce très beau monologue, filmé avec délicatesse, d'une femme qui a vu des horreurs et qui les raconte... Le final manque un brin de folie, on aurait aimé que la comédie se déchaîne vraiment, et fasse table rase une bonne fois pour toutes ; mais rien que pour l'effort de Žalica de parler de choses graves tout en faisant rire, et sans occulter le drame, on applaudit ce petit grand film.

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Blue Velvet Revisited (2016) de Peter Braatz

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Voilà un documentaire qui n'apprendra pas grand-chose à tout bon fan de ce chef-d’œuvre mais qui ravira les nostalgiques dont je fais partie (il y a 30 ans à peine, il y a 30 ans déjà). Braatz a eu la chance d'assister au tournage de cette œuvre de la maturité de Lynch (qu'ils étaient tous beaux et jeunes à l'époque) et il en tire 30 ans plus tard ce doc qui nous sert de bien belles images joliment mises en musique  - même si on peut regretter que, sur le fond, on reste définitivement en surface. Il y a bien ici ou là une poignée d'interviews de Lynch, des interviews durant lesquels Lynch se contente surtout de souligner à quel point tout se passe bien, à quel point il est content de la façon dont se déroule le tournage grâce aux personnes avec lesquelles il est amené à travailler – que ce soit les acteurs (Dern, Hopper, Nance, Dourif...) ou les divers techniciens (aucune mention de Badalamenti, ceci dit, malheureusement). Il sait à quel point ce film est une sorte d'OVNI mêlant différents genres et souligne notamment le fait qu'il change constamment de direction (ah le choc de la première vision de ce Lynch à 15 ans tout juste : le romantisme, l'érotisme, la violence crue, le thriller, la bande originale classico-jazzy écoutée par la suite en boucle... J'en ai encore des frissons dans l'échine).

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Lynch apparaît donc particulièrement serein sur ce tournage où on le sent attentif aux moindres détails du décor (il passe lui-même des plombes à écrire LUMBERTON avec du gaffer sur un camion - l'art du travail bien fait) et où il n'a de cesse, avec chacun des acteurs, de jouer lui-même chaque scène : on sent qu'il a ce film dans le sang et qu'il a en tête chaque micro-seconde. On perçoit aussi au passage le soin porté à chaque éclairage, à chaque mouvement de caméra, au travail sur le son. Lynch est un perfectionniste, on le savait, mais c’est un plaisir de le voir aussi détendu sur le set. Le doc de Braats permet de se repaître de nombreuses photos (photogrammes ci-contre, je me suis un peu lâché) et d'assister, de loin, au tournage de certaines scènes cultes (on ne voit généralement que quelques secondes mais le fan invétéré ne peut s'empêcher de sourire béatement). On a droit en prime à une interprétation quasiment in extenso de "Blue Velvet" par Isabella Rossellini et rien que cette petite répétition volée suffit à ne pas regretter la vision de la chose. Ce n'est certes pas le genre de documentaire qui permettra de fouiller la psychologie lynchienne ou de comprendre comment celui-ci construit ces films mais ces quelques images glanées sur ce film culte permettent au moins de voir l'homme au travail et sa volonté de tout contrôler - pas de stress, pas de tension, juste un soin méticuleux apporté à chaque personnage, à chaque élément du décor. Une sorte de cerise sur le gâteau pour les inconditionnels de ce peintre/cinéaste de génie qui nous a gratifié de quelques-unes des œuvres les plus marquantes de ces trente dernières années.

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17 février 2017

Caprice à l'italienne (Capriccio all'italiana) (1968) de Bolognini, Monicelli, Pasolini, Steno, Zac

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On sait à quel point les films à sketches italiens peuvent être inégaux ; le problème est qu'ils sont également fourre-tout : essayer de trouver un lien entre ces six métrages relève de la quadrature du cercle... Mais rentrons dans le vif du sujet de ces Caprices affreusement datés. On commence avec une petite panouille (Le monstre du dimanche) purement réac signée d'un certain Steno (dactylo dans la vraie vie ?) : il est question d'un type vieillissant (Totò, qui ferait passer De Funès pour un membre de l'Actor's Studio) qui ne supporte pas de voir les djeun's ritals avec les cheveux longs ; déguisé tour à tour en prêtre, travesti, prostipute, joueur de cornemuse, il les kidnappe pour leur raser la tête... On se dit quand même qu'en 1968, on pouvait produire (Dino De Laurentiis himself) les pires conneries. On enchaîne avec une merveille (...) de film misogyne (Pourquoi de Mauro Bolognini avec Silvana Mangano) : une jeune femme tirée à quatre épingles passe son temps à critiquer son mari au volant ; il est dans les embouteillages au volant de sa Ferrari et n'avance pas (forcément) mais vous savez comment sont les femmes : plus chiantes que la pluie (qui tombe dru d'ailleurs aujourd'hui) ; bref il finit par péter un plomb et assomme un autre conducteur - et elle, cette conne, elle se demande encore "pourquoi" il a fait ça...

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On est chaud, on peut s'attaquer au Pier Paolo Pasolini (Les nuages, c'est quoi ? - chronique de Gols là) : c'est sûrement l'œuvre de la série la plus intéressante tant elle transmet un certain sentiment de malaise, entre esprit Grand-Guignol et le côté pathétique des acteurs ; ces derniers, dès le départ, sont présentés comme de simples marionnettes animées (comme s'ils sortaient de l'atelier de Gepetto) ; on retrouve sur scène, peint en vert (l'horreur absolue), notre bon vieux Totò dans le rôle de Iago. Pasolini nous présente une version un brin vaudevillesque d'Othello avec ce salopiot de Iago qui manipule ce pauvre Othello (Ninetto Davoli au cirage, du meilleur goût). Ce dernier va finir par battre sa femme ce qui va provoquer l'intervention des spectateurs : ils montent sur scène et lynchent Iago et Othello - qui finissent par se retrouver dans une benne puis dans une décharge d'où ils peuvent enfin... voir les nuages. La pièce ne présente pas une vision très positive de l'humanité (c'est un fait que Pasolini n'a pas besoin de développer) mais c'est surtout ici la vision guère réjouissante du statut des acteurs qui effraie le plus. Voir ces pauvres bougres reliés à des cordes pour jouer de façon "guignolesque" (Cassio et Desdémone sont gratinés) ce classique, cela fait déjà peine ; mais ce final où on les jette au clou comme de vrais pantins est encore plus noir. On se dit au moins que Pasolini nous a fait passer un petit frisson dans l'échine. Ça ne sera pas le cas avec le métrage suivant, un truc mi-dessiné mi-joué qui tourne autour d'un gag : une pseudo-reine d'Angleterre en visite dans une ex-colonie se trompe durant son discours : elle s'adresse au pays voisin d'où cris des autochtones et pugilat (on sait que ce sont de vrais sauvages sans humour). On zappera.

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Monicelli prend soin dans La nourrice de faire à la fois court et drôle dans la foulée : on retrouve Silvana Mangano en nourrice interdisant aux enfants de lire des BD ; elle place les bambins autour d'elle pour leur raconter un fabuleux conte de Grimm. Comme il est question d'ogres bouffeurs d'enfants et que la nurse insiste crument sur les détails sanglants, les bambins se mettent à chialer comme des fontaines. Mignon tout plein. Enfin, on retrouve Bolognini pour une ultime histoire intitulée La Jalouse avec la sirène Ira von Fürstenberg. Une historiette délicieusement misogyne ? Comment vous avez deviné ? Ira est une femme jalouse, mais alors jalouse de façon maladive : son mari l'emmène en boîte, elle le soupçonne d'y être déjà venu ; il drague ouvertement une jeunette, elle le soupçonne de draguer une jeunette (ben oui mais... chut, c'est pas le propos). Son mari en a ras la casquette, la menace pour la douzième fois de divorcer mais elle s'accroche. Ils finissent par passer un pacte, chacun est libre de vaquer à ses propres occupations sans avoir à rendre de compte à l’autre. Il sort, forcément elle le suit, suspicieuse... Elle le retrouvera après avoir pété un scandale dans les couloirs d'un immeuble EN SLIP, ben ouais il était chez son couturier, trop fendard. Outre les tenues vintage mettant en valeur la plastique d'Ira, rien à se mettre sous la dent dans ce conte de comptoir pour mâles. Pasolini et Monicelli sauvent heureusement les meubles dans cet ensemble bien piètre.

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LIVRE : La Baleine Thébaïde de Pierre Raufast - 2017

9782362792090,0-3738771Raufast cherche un peu son style dans ce roman pas désagréable, mais dont on se demande où il veut nous emmener. Son histoire commence comme un récit d'aventures placé sous le signe de Moby Dick, sous des auspices mêmes carrément scientifiques, et puis s'échoue sur les rivages d'une SF dystopique un peu floue. Du coup, le roman est fluctuant, on ne sait s'il faut se laisser embarquer dans la croyance aveugle dans la fiction qui nous est racontée, ou s'il faut y voir une symbolique distancée ; et si oui, laquelle ? Bref, nous voilà embarqués sur un baleinier censé dénicher une baleine unique, dont les cris sont sur une fréquence différente des autres, et qui du coup est condamnée à errer solitaire. Jolie idée poétique, dans laquelle Richeville voit une occasion d'exercer à la fois son goût de l'aventure et ses élans littéraires. Mais l'expédition va tourner court, le capitaine est un salopard sans éthique, le reste de l'équipage est tout aussi torve, et notre Richeville va être embarqué dans une histoire très trouble de tests eugénistes, d'expérimentations mutantes et de profits guère reluisants. A partir de ce discours un peu candide de la première partie, Raufast va peu à peu faire entendre les voix des autres protagonistes de l'aventure, dévoilant de sombres desseins, à base de péril écologiste et de surenchère scientifique. Avec comme enjeu la fameuse formule de l'effet papillon, les pires malversations à un bout de la planète pouvant entraîner la mort d'une pauvre baleine en plein océan.

C'est raconté de façon plutôt dynamique, souvent drôle, et chaque nouveau témoignage ouvre de nouvelles inventions toutes plus dégueulasses les unes que les autres. Raufast pointe les horreurs de la loi de la concurrence scientifique et la société du profit, et invente quelques personnages parfaitement diaboliques. Son sens des situations extrêmes est un poil poussé sûrement, le gars veut nous faire pousser des oh et des ah avec trop d'application, mais on est agréablement bousculés, c'est un fait. Le souci, c'est qu'à la fin du bouquin, on se retrouve un peu ballot, sans avoir trouvé par quel bout attraper ce truc. On ne sait pas du tout ce que Raufast a entrepris avec ce livre peut-être un peu inutile, qui nous fait passer deux heures sympa mais qui se révèle assez léger au bout du compte. Ne l'enlevez pas de votre pile à lire, non, mais mettez-le en dessous.

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En passant par la Lorraine (1950) de Georges Franju

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Exhumons quelques courts-métrages oubliés de, cette fois-ci, l'ami Franju - oui, moins respecté et célébré que JLG, certes. Voici donc un bien joli documentaire qui nous emmène dans une région que je ne connais absolument point : La Lorraine. Ah la Lorraine, Nancy, Metz, sa campagne aux eaux dormantes, ses petits bals populaires avec "Monsieur le Maire qui invite la plus jolie à faire ses premiers pas de danse" (elle est surtout jeune dites donc), cette atmosphère champêtre... Bon, cinq minutes d'Histoire et d'air pur avant de passer aux choses sérieuses : La Lorraine, son charbon, son minerai de fer (incontournables). Alors attention, plus question de voir des mineurs trimer, tout est dorénavant archi-mécanisé et notre coke comme notre fonte d'aller fièrement de machine en machine. Quelques images impressionnantes (il faut bien que l'on glane un truc) de ces immenses cuves qui crachent en l'air leur minerai fondu (pour les termes techniques, vous vous reporterez au reportage), pluies d'étincelles jaillissant en milieu industriel, feux d'artifice éblouissant dans les profondeurs et la noirceur de l'usine... quel spectacle quotidien, mes amis, pour ses ouvriers qui ont dû perdre très tôt la vue. Hommage en passant (par la Lorraine) à ces véritables artistes, oui disons le mot, qui manie ces fils de minerai fondu comme des lassos, sachant qu'à la moindre faute, ô merveille, il risque l'amputation (oui, security was not first à l'époque, on privilégiait le style et la concentration - malheur aux rêveurs). Bref, on en prend plein les mirettes dans ces usines où il ne semble pas vraiment faire bon vivre. On se reprend pour la route un petit coup de champêtre avec des volailles et des boeufs mais resteront gravées en nous ces images de fourneau la gueule en feu célébrant tout un art industriel - oui, mort et enterré depuis. Une autre époque quoi. Merci Franju d'avoir trouvé le fantastique dans l'ombre (un peu de lyrisme pour conclure).

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Une Femme coquette (1955) de Jean-Luc Godard

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Avouons que c'est un peu comme tomber sur le Graal (vous pouvez pas comprendre) : le tout premier court de JLG (Jean-Luc Godard présente un film mis en scène par Hans Lucas (sic)) est soudainement visible ! Autant dire que c'était quelque chose d'inespéré, le genre de bobine qu'on ne pensait trouver que sous une latte de l’appart du cinéaste après sa mort. Godard fait alors dans l'adaptation littéraire, oui monsieur, en s’inspirant d’une nouvelle de l'ami Maupassant intitulée Le Signal. L'histoire est celle d'une jeune femme mariée bien sous tous rapports qui est intriguée par la facilité avec laquelle une femme aux mœurs beaucoup plus légères parvient à draguer les hommes depuis chez elle. Un petit coup d'œil, un sourire, un hochement de tête et hop voilà notre homme ferré, prêt à monter dans les escaliers pour coucher avec la jeune femme. Forcément, la gourgandine, elle trouve cela carrément obscène mais n'a qu'une envie celle d'essayer - ah les femmes, et cette insatiable curiosité... Godard décide dans son court que la jeune femme mariée n'exécutera pas son petit numéro de séduction depuis chez elle mais à l'extérieur, sur l'île Rousseau précisément, à Genève. Maria Lysandre, notre jeune femme, repère un homme sur un banc avec son journal (Roland Tolmatchoff), minaude à mort, n'arrête pas de tourner autour de sa proie avant de s'asseoir à côté de lui en tentant d'attirer son attention par tous les moyens. L'homme finit par bondir, littéralement, et suivra la belle jusqu'à chez elle sans qu'elle puisse s'en départir. Mince alors.

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L'idée principale, on le sent, est celle de filmer ces avenues humides de Genève avec cette femme qui arpente la ville en tous sens. La séance de drague ressemble plus, disons-le, à une séquence de cinéma muet avec ces multiples mines de la donzelle et cette réaction un brin démonstrative de l'homme qui se jette sur elle. Une voix off, quasi omniprésente, reprend dans les grandes lignes la nouvelle de Maupassant, un procédé très proche de celui qu'usera Rohmer lorsqu'il adaptera lui aussi en début de carrière Edgar Allan Poe. Godard parvient à se distribuer un petit rôle, celui du premier jeune homme attiré par la femme aux mœurs légères. Il traverse la rue, clope au bec, d'un pas allègre et, sous les yeux des passants scandalisés, regarde s'il a assez de monnaie dans son porte-feuille. Sacré JL, par le dernier pour la gaudriole. On comprend que le Maître ne soit pas forcément pressé de montrer cette première œuvre comme un étendard, même si, en cherchant à positiver, on y trouve déjà une certaine liberté à filmer des acteurs allant leur petit bonhomme de chemin au milieu des passants (qui se retournent tous sur le passage de la donzelle, la caméra devant être un peu voyante - JLG sera y remédier). Voilà, encore un Graal bu et plus à boire.   

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Ma Vie de Courgette de Claude Barras - 2016

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Prenez trois bouts de bois, une ficelle, confiez la chose à Céline Sciamma, ajoutez une musique de Sophie Hunger, faites mijoter, et vous obtenez le film le plus juste et le plus délicat de l'année. Ma Vie de Courgette m'a laissé en larmes, et contrairement à beaucoup de cinéastes (suivez mon regard en direction du film social anglais), il ne cherche pas à le faire. C'est juste que Barras parvient à saisir à hauteur d'enfant, avec une justesse incroyable, ce qu'est l'enfance justement, surtout quand elle est triste et mélancolique. C'est la beauté, l'endroit exact où on se reconnaît, la petite corde qui vibre en nous, qui font pleurer ; rien que pour ça, mes respects éternels.

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Le début du film est impressionnant, digne d'un Tim Burton. Courgette est un enfant délaissé par sa mère, alcoolique. Il suffit d'un plan pour l'apprendre, celle du garçon, de dos, un très léger mouvement animant sa main, qui tente de regarder par la porte entrouverte sa mère bourrée : l'expression de l'enfance quand elle ne comprend pas la vie. Accident, la mère meurt et notre Courgette est envoyé en foyer. Là, il fait la connaissance de gosses aussi boiteux que lui, une réfugiée dont les parents ont été ramenés à la frontière, une fille bourrée de TOC (et très burtonienne pour le coup), un petit mec qui joue les terreurs, et surtout Camille, une nana dont le père est assassin, et qui va devenir son amoureuse. Voilà pour l'histoire, mais ce n'est vraiment pas d'en haut qu'il faut regarder ce film. C'est dans les détails qu'il est parfait. Dans la réalisation, d'abord. Tout en stop-motion, le film est d'une beauté qui assoit, avec ces visages qu'on croirait en poterie, où les yeux, hyper-expressifs, prennent toute la place ; avec ces décors qu'on croirait directement sortis d'un coffre à jouets, quelques arbres distribués ça et là, quelques maisons toutes les mêmes, des voitures en cube, une sorte d'épure totale, essentielle, qui collent merveilleusement avec le fond ; avec ces minuscules mouvements, très subtils. Sans faire aucune concession au monde adulte, Barras ressucite notre enfance, dans une profonde compréhension de ses personnages. Strié d'éléments morbides, noirs, le film est aussi lumineux, ménageant de grandes respirations dans un récit pourtant bien triste : le sommet du film est une boum organisée pendant un voyage à la neige, à la fois triste, lumineuse, incarnée, à distance, une séquence qui vous ramène dans le passé (les Berruriers) et reste en même temps très moderne.

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Aucune surenchère dans le récit, on est à l'opposé des films d'animation américains. Surtout, Sciamma sort sa plus fine écriture pour décrire des abandons, des enfants voués à la solitude, et toutes les fêlures qui s'y rattachent. C'est pas grand-chose, c'est juste une voix qui vrille (le doublage est exemplaire), une façon de manger ses frites (!), un cadre légèrement travaillé pour isoler un enfant et son lit dans un coin de l'écran, un trait de personnage (la petite qui sort en courant à chaque voiture en criant "maman", et qui se cache le jour où sa mère arrive enfin), mais c'est d'une justesse épatante. Le film se conclut sur des questions, sans apporter de réponses toutes faites. Oui, il y aura toujours des enfants abandonnés, mais il y aura toujours aussi des amitiés qui naissent. Pour arriver à une telle simplicité de narration, il a sûrement fallu un travail de dingue, et pas seulement côté animation. Sciamma a écrit son plus beau scénario depuis La Naissance des Pieuvres, et montre tout à hauteur d'enfant, en évitant toute cucuterie ou angélisme. On sort du truc avec le coeur essoré, en une heure de temps les gars ont réussi à nous faire retrouver une tonne de sentiments oubliés et enfouis. Une merveille. (Gols 06/11/16)

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De la finesse, c'est ça, de la pure finesse. Vouloir comparer les productions Disney actuelles et ce genre de petite chose, c'est un peu comme vouloir comparer le bruit et le silence - et Dieu sait qu'ici tous les silences sont éloquents. Tout est fait à l'huile de coude, tout est finement ciselé - les dialogues comme les moindres détails du décor -, tout est finement pensé, réfléchi : enfin un film d'animation sur des jeunes enfants qui ne prennent pas ceux-ci pour des baudruches, des écervelés, des fans de maître Gims. Alors oui, il y a, c'est vrai, une certaine noirceur, un contexte au départ qui n'est pas super jojo. Courgette a une mère qui boit canette sur canette (j'ai immédiatement rangé les miennes), tue celle-ci accidentellement, est placé dans un centre où un petit roux lui mène la misère et se retrouve écrasé par la solitude. C'est vrai que l'ambiance ne prète guère à pousser la chansonnette. Et puis, et puis il y a Camille, qu'est belle comme un soleil éteint, une Camille qui va immédiatement amener joie et tendresse chez notre Courgette au coeur d'artichaut. Le soin extrême porté à la mise en scène, cette science du timing, ce jeu là encore sur les silences donnent à cette scène où Courgette veut prendre la main de Camille et cette autre où il l'embrasse quand elle dort toute sa magie, sa délicatesse, sa tendresse. On retrouve à la fois toute la maladresse de l'enfance et cette joie immense, incommensurable à partager quelque chose avec l'élu(e). Le personnage du bon flic est sans doute un petit plus convenu mais permettra à ce conte moderne qui partait dans l'ombre de finir dans un petit rayon de soleil. Enfin, pour clore ce précieux ouvrage, il y a cette version du Vent l'emportera par Sophie Hunger qui pourrait attendrir une brique en fonte. Ça finit par vous donner l'envie de vous envoler avec le cerf-volant au dessus des brumes de ce monde mesquin et vain. Une vraie réussite animée. (Shang 17/02/17)

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16 février 2017

Serpent's Poison (Hadi Jed) (1981) de František Vláčil

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On parlait juste avant de film noir à propos de l'ami Fuller : rien à voir a priori avec un film tchèque du début des années 80 ; non, si ce n'est qu'ici le personnage du héros est noir du matin au soir (un film parfait pour notre festival sur l'alcoolisme - une oeuvre qui n'aurait d'ailleurs pas à rougir aux côtés du... Poison (The lost Week-end) d'un certain Billy Wilder) et qu'on est,  au niveau « optimisme » dans la même lignée... L'histoire est tout ce qu'il y a de plus simple : une jeune femme d'une vingtaine d'années (la toute fraîche Ilona Svobodová), sur le point de se marier, décide de rendre visite dans un coin perdu de la campagne tchèque à un homme dont elle n'a vu jusqu'à présent que les mandats : son père. Ce dernier (le bourru Josef Vinklár) apprend à la fois que la mère de la chtite est morte récemment et surtout que cette toute jeune personne est bel et bien sa fille - s'attendait pas à cela, le gars. Une réunion sur fond de neige qui part sur des bases plutôt saines… s'il n'y avait une légère ombre au tableau : Josef est un très très sérieux buveur, un alcoolique, un vrai, un dur.  

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Tout le film se développe autour de cette rencontre, de cette reconstruction d'intimité, de cette volonté de trouver dans l'autre un soutien. En dehors de ces discussions entre deux êtres qui ont tout à apprendre de l'autre, n'interviennent que deux collègues de Josef, un vieux et un jeune, une femme que l'on devine être l'amante de Josef (quelques brèves apparitions) et... un chien, récupéré par le Josef dans la forêt et, depuis, totalement dévoué au bonhomme. Ce bonhomme, justement, revenons-y plus longuement car il est un peu la clé de voute de cet édifice friable ; dès le départ, on sent la jeune Ilona pleine de bonne volonté pour recréer le lien - et le père, bien qu'un peu taiseux, semble y croire vu la petite lumière d'espoir qui s'affiche dans son regard en la présence de cette (jeune) fille tombée du ciel, tout comme la neige ; alors oui, il boit un petit coup pour fêter l'événement, voire quatre ou cinq, histoire de le fêter dignement - c'est compréhensible... Il est minable, ses amis le couche, balle au centre, repartons sur de bonnes bases... Bon là, il s'est saoulé sur un petit coup de moins bien mais c'est exceptionnel. Alors, oui, il boit un peu en cachette pour que ses collègues ne lui fassent de réflexions mal placées mais il faut bien qu'il y aille doucement sur le sevrage... Ok, il s'est remis la tête à l'envers hier mais là promis, il arrête... Il faut le comprendre, au départ il s'est mis à boire parce que sa femme l'a envoyé paître, il s'est retrouvé tout seul, lui, mais là maintenant qu'elle est là, qu'ils connectent, font des projets communs, il va arrêter... Disons demain... Tout le drame de cette relation naissante sur fond de neige immaculée tient dans cette incapacité de notre homme à arrêter de picoler alors même que la chtite fait tout pour l'en dissuader. Les sourires d’icelle ne font que masquer son impuissance, son échec - à l'image finalement de cette relation de confiance entre le chien et son maître : ce dernier, abandonné de tous, finit par attacher ce chien qui se retrouve dans la situation dans laquelle l'avait trouvé son maître... incapable d'évoluer, de changer. Le film alterne avec un bel équilibre ces instants plein de légèreté, de complicité dans cette néo-relation père-fille et ces moments lourdingues (comme ce ciel qui se couvre et rend la neige grisâtre) où le corps du père attaqué par l'alcool vacille. Demain j'arrête mais continuerai d'explorer la filmo de ce Vláčil toujours torturée et passionnante - et merci pour le conseil, cher commentateur averti.

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Premières Neiges (Snijeg) de Aida Begić - 2008

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Premières Neiges est un film qui aurait tout pour vous énerver un Gols même bien luné. Scénario concerné et sérieux comme un pape, musique solennelle, actrices tourmentées... Et pourtant, voyez comme c'est délicat, me voilà tout retourné par cette oeuvre absolument sensible et fine, qui sait, grâce à la mise en scène et à une discrète symbolique, renverser la vapeur et vous laisser tout ému au bout du compte. Dans un hameau de Bosnie (magnifiques décors tout en ruines, en maisons à moitié défoncées, où toute la vie se déroule dehors), une poignée de femmes survit en vendant quelques minables pots de confiture sur le bord de la route. Les hommes ont disparu, lors d'une rafle serbe qu'on imagine tragique. Elles attendent le retour d'iceux, qui patiemment, qui au bord de la crise de nerfs. L'arrivée de deux promoteurs prêts à racheter le village à des prix intéressants va semer la zizanie dans cette communauté fragile : faut-il partir, et renoncer à attendre ces maris et ces fils disparus ? faut-il rester, par fidélité, et par conviction qu'un jour, l'entreprise artisanale de confiottes fera florès ? C'est du lourd, du très lourd sous le ciel automnal de Bosnie.

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Begić excelle à filmer l'attente, la lente répétition des jours, la patiente fabrication des confitures placée sous le signe de l'angoisse. Les maigres renseignements qui arrivent de l'extérieur (très peu d'éléments du monde parviennent jusqu'à nos donzelles) ne sont guère rassurants quant au sort des hommes du village, mais ces femmes s'accrochent. Il y a des ambiances westerniennes dans cette tragédie à ciel ouvert ; et il y a aussi une sorte de réalisme poétique à la Garcia Marquez dans les subites incursions du fantastique dans la trame : un enfant dont les cheveux poussent à toute vitesse, ou une petite vieille qui tisse pendant tout le métrage un tapis (la transformant en Penelope muette) qui servira à la fin d'outil de passage d'un Styx libérateur. Car le film pratique subtilement une symbolique très bien pesée (l'arrivée de la neige sur la dernière scène, à la fois linceul qui recouvre tout et pudique voile sur le drame, est une tuerie), issue de la tragédie grecque et du conte. Le film n'est ainsi jamais bêtement réaliste, malgré le fort ancrage dans le paysage et l'histoire contemporains. Ces femmes, chacune à leur façon, sont pleines de foi et en même temps déjà mortes, le monde extérieur ne les atteint plus : bien belle image de ce qui a dû toucher les populations du pays à l'époque de la guerre. Le moindre objet semble hanté par ces hommes qui ne reviennent pas, le village semble plein de fantômes, et les comportements des femmes eux-mêmes sont touchés par cette tension : espoirs, dégout, abandon, bagarres, tout touche juste et subtil. Begić filme en gros plans ses actrices, toutes parfaites, et dresse le portrait d'une communauté soudée face à l'adversité qui marche à chaque seconde du film. Très beau, très bien monté, ce film redonne espoir en la vie, malgré ses scènes tragiques. Digne et parfaitement réussi.

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Un Pigeon mort dans Beethoven Street (Tote Taube in der Beethovenstraße) (1973) de Samuel Fuller

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Un petit épisode de la série allemande Tatort réalisé par Fuller, ça ne se refuse pas ? J'en vois dans le fond qui disent "si" et ils ont tort (t'as tort aurais-je même envie de dire) car on est là dans la quintessence de la série B (télévisuelle qui plus est) fauchée. Cela n'empêche pas le Samuel de livrer un petit polar nerveux, sexy avec un final dans la bonne vieille tradition du noir : totalement désespéré et tragique... Soit donc un certain Sandy (Glenn Corbett, la moustache très seventies) qui infiltre un réseau international spécialisé dans les chantages - leur façon de faire est simple : on drogue le mec, on lui met une pétasse à moitié dévêtue sur les genoux, on prend une photo et hop, aboule la thunasse. Sandy est un privé qui bosse pour un homme politique américain avec de l'ambition (pas de nom) et souhaitant récupérer un négatif compromettant. Bref. Sandy a tôt fait de se faire accepter dans le réseau - c'est un futé - et fait équipe avec une certaine Christa (Christa Lang, plus blonde que Jack). Il espère bien pouvoir, avec le temps, remonter jusqu'à la tête du réseau.

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Fuller avec deux francs n'est pas rat : dès le départ, il nous sert une petite course poursuite dans les rues ternes ouest-allemandes qui envoie du gratin. Certes, on sent qu'il a épuisé par la suite tout son budget essence mais il va malgré tout continuer de faire des efforts en cherchant toujours à bidouiller des angles imprévus ou à doper son montage (arrête de toucher la manette, c'est pas un jeu les champs/contre-champs ultra-rapides). J'évoquais l'aspect sexy, bon, le mot est peut-être un peu fort mais on se retrouve parfois dans un milieu interlope étrange où l'on finit même par croiser Stéphane Audran en maîtresse des lieux - ça donne un peu de cachet. Fuller est surtout doué pour insuffler de la nervosité à son bazar, notamment lors de ce final où le Sandy pète un fusible : il se retrouve dans une salle d'armes (épée, hallebardes, hache, que des trucs qui blessent) et se déchaîne contre le grand boss du réseau qui ne le nargue et "pique" avec un simple fleuret ; Corbett, dans une colère noire, plante tout ce qui lui tombe sous la main dans le mur d'en face et on se demande comment aucun caméraman n'a été blessé sur le coup... Fidèle à ses références, on assiste à une dernière course-poursuite àboutdesoufflienne avant que l'amour entre nos deux héros soit définitivement mis à mort. Bon, ça reste un épisode de Tatort mais dans lequel on peut percevoir ici ou là la rage du Samuel. Bon pour l'odyssée du sieur.

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Full Metal Fuller     

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15 février 2017

Le Client (Forushande) (2016) d'Asghar Farhadi

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Il est dommage qu'on retrouve chez Farhadi à chaque fois les mêmes points forts... et les mêmes faiblesses qui finissent par prendre le pas sur le reste. Il est ici question, en fil rouge, d'une turpide histoire de vengeance : Emad et Rama sont ensemble à la ville comme sur scène ; forcés de déménager de leur immeuble qui menace de s'effondrer, il trouve refuge dans un appart qui vient tout juste d'être libéré. Seulement voilà, l'ancienne locataire semblait menée une vie plus que dissolue et un de ses "clients" va revenir dans son appart... et agresser Rama dans sa douche. Emad est furax, bien décidé à retrouver ce salopiot et à lui faire lourdement payer ses écarts et ses crimes. Bien.

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Une fois de plus, Farhadi excelle à montrer ce couple "vieillissant" en crise où lorsque Rama dit blanc, Emad dit noir et vice versa. Ce dernier semble vouloir être à l'écoute de sa femme, après l'agression notamment, mais peine à vraiment faire le lien. La caméra du cinéaste iranien sait se faire incroyablement mobile (la visite du nouvel appart, un modèle de montage et de fluidité) comme pour mieux traduire les mouvements contraires de son couple qui ne cessent de se croiser mais peine dorénavant à se "rencontrer". On lit sur le visage de Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti les doutes, les tensions, la fatigue, l'exaspération... Rien à dire dans ce compartiment-là du jeu. On aurait tendance à faire un peu plus la moue au niveau des parallèles proposés entre la pièce et la réalité (la jeune femme sous la douche au début et le type dans le cercueil sur la fin : franchement, cette mise en abyme forcée ne s'imposait guère). La moue se fera même franchement dubitative lors de ce dernier tiers qui tire en longueur, lors de ce dénouement "moralisateur" qui met face à face Emad - et sa soif de revanche, cet envie de faire payer coûte que coûte - et Rama - et son sens absolue du pardon. Entre le type jusqu'au-boutiste qui a un sens de la justice personnelle un brin excessive et la tolérance angélique d'une femme qui a tôt de fermer les yeux sur les excès de son frère humain, on a aucun mal à faire le distinguo – mais c’est un peu grossier... On sera forcément tenté d'y voir une critique en creux de la société (ce "pauvre vieux" client plus soucieux de son image auprès des siens que de la gravité de ses actes, cette soif de revanche et de punition (par le biais d'Emad) qui vous entraîne dans un tourbillon tragique, cet immeuble qui se fissure à l'image de cette société sans repère (mouais...)…), des aspects pas inintéressants en soi mais amenés un peu avec le marteau et l'enclume ; c'est d'autant plus dommage que Farhadi a toujours autant de feeling pour filmer ces relations au sein d'un couple ou d'un groupe. Là, force est de constater qu'il a la main un peu lourde dans cette démonstration finale qui ne fait guère dans la nuance... Too much.  

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La jeune Fille sans mains de Sébastien Laudenbach - 2016

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Voilà un bien beau film d'artiste, qui se rit ardemment de la technique disneyenne en vogue. Laudenbach est français, il lui faut donc relever la main des cinémas d'animation japonais et américain. Il le fait en se distinguant largement d'iceux. Son film est lent, étrange, sulfureux, à l'opposé de tout ce qui se fait en terme de dessin animé actuellement. Après, qu'on mette ça sur le compte d'une vision singulière, ou d'un manque de moyens, la question est posée. Bon : le gars choisit comme référence les tableaux de Matisse, et livre, techniquement, une oeuvre hyper originale. L'écran est plein de vide, rempli de traits minimalistes ; les personnages, souvent réduits à une simple tache de couleur sur laquelle on esquisse vaguement un visage ou un corps ; les décors résumés à une évocation, quelques arbres, un cours d'eau minimaliste... C'est l'école arty, quoi, une façon de faire entrer la peinture dans le cinéma, de tenter le choc esthétique vis-à-vis des références enfantines, et d'ajouter de la poésie graphique à l'histoire. Du point de vue esthétique, donc, on aime ou on n'aime pas (moi, j'aime plutôt pas), le moins qu'on puisse reconnaitre, c'est que Laudenbach y va, désireux sûrement de laisser sa trace dans l'Histoire. L'oeil est littéralement choqué, au départ, par cette esthétique, et c'est petit à petit qu'elle nous dompte (ou pas) (moi, elle m'a plutôt pas dompté). Côté technique, donc, on ne peut pas lui reprocher, prise de risque totale.

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Mais si on peut aimer le film pour ça (moi j'ai plutôt pas aimé), on se rend vite compte que les jolis dessins sont les arbres qui cachent la forêt. Dans le fond, c'est très lourdaud. D'abord parce que Laudenbach adapte un conte de Grimm pas passionnant, mélangeant dans un foutoir sans style la trame initiatique, la magie à la con et la symbolique bettelheimienne la plus pataude. Ensuite parce que, devant un matériau pas très riche, il surabuse des scènes longuettes et inutiles. Enfin, parce que les comédiens, complètement privés d'énergie, semblent passer à côté de la chose : la Palme à Jérémie Elkaïm, qui interprète le Prince comme s'il avait appris "Le Corbeau et le Renard" par coeur en CE1. On cherche un peu ce qu'il y a à comprendre dans cette histoire de jeune fille vendue au diable, qui se fait couper les mains, puis rencontre la reine de la rivière avant de retrouver ses mains dans un regain de grâce incompréhensible (très mal amené par le scénario). On patiente en regardant les petits dessins délicieusement sophistiqués du sieur, mais ça ne satisfait pas beaucouo non plus. Le film semble chercher son public (enfants ? adultes ?) et a l'air de le trouver dans le lectorat le plus huppé de Télérama. Une jeune fille sans sève.

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14 février 2017

El Club (2015) de Pablo Larraín

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Mis en bouche par Jackie, on s'est penché sur cette œuvre précédente de Larraín pour voir si on pouvait y déceler les mêmes qualités ; si, au niveau de la structure narrative, on sent que le gars maîtrise son sujet, on reste beaucoup plus sceptique devant la lourdeur de la démonstration... Certes traiter de la pédophilie en milieu catholique n'est pas le sujet le plus olé-olé du monde. Le cinéaste, en nous faisant pénétrer dans ce genre de "retraite" où sont confinés quatre prêtres "mis à l'écart", semble marcher sur des œufs avant d'aborder frontalement le sujet ; on découvre tout d'abord que nos quatre gars sont unis par une passion (la course de lévrier) puis, avec l'arrivée d'une cinquième recrue dans ce "club", le cinéaste va commencer d'aborder le sujet ; le nouveau venu est rapidement pris à partie par un quidam qui, hurlant depuis la rue en direction de leur retraite, raconte les sévices qu'il a subis enfant. On confit au prêtre un pistolet pour tenter de dissuader le gêneur et notre prêtre de se tirer direct une balle dans la tête - ah ben on y est, maintenant, dans le vif du sujet...

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Suite à ce petit incident, les locataires vont recevoir la visite d'un troublant "guide de conscience" : le type interroge nos hommes (et la femme "en charge de la maison" qui n'est pas non plus très claire...) et veut tout savoir sur tout (leur passé, leurs crimes, leurs excès, l'accident...) ; on sent qu'au sein de la maison-mère, un petit coup de balai s'impose... Sans chercher à dévoiler la façon dont va "évoluer" l'enquête et surtout quelle sorte de rédemption (si celle-ci est possible) va leur offrir ce fameux "visiteur-inquisiteur", disons qu'on ne fera pas vraiment dans la dentelle... Sacrifice ultime, pardon christique, on déballe le parfait kit du bon catholique, le tout lors d'une longue séquence lourdement mise en musique par Arvo Pärt... Une séquence au lyrisme de mauvais goût qui permet à Larraín de faire passer son message à grands coups de marteau - comme pour enfoncer les clous dans ces quatre membres de l'Eglise. On avait déjà eu au cours du film un petit avant-goût (...) du manque de mesure du cinéaste (la séquence du doigt dans le cul s'imposait-elle vraiment ?) et ce final un poil grandiloquent finit par rendre la pilule (ou l’hostie)  un peu amère... Le type a un certain pouvoir d'évocation, sait faire monter la tension, encore doit-il apprendre à retenir les chevaux (ou les lévriers) pour éviter les sorties de route. On tentera de trancher la question en visionnant ce Neruda sorti depuis peu. 

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La Forêt (2014) d'Arnaud Desplechin

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Desplechin adapte pour la télévision une pièce d'Ostrovski et livre une petite chose absolument délicieuse qui permet aux acteurs de se régaler. Il est donc question d'une tante radine (Martine Chevallier as Raissa) qui se targue de vouloir marier sa nièce (Adeline d'Hermy as Axioucha) à un aristocrate sans le sou, le fils d'une amie. Pour ce faire, elle veut vendre une partie de sa propriété à un Moujik pour lui fournir un dot... Balivernes, car l'histoire est beaucoup plus complexe que les apparences le laissaient supposer au premier abord ; Axioucha, d'une part, est amoureuse du fils du moujik (Laurent Stocker as Piotr) et ne se voit pas au bras de ce jeune aristocrate arrogant et opportuniste ; d'autre part, la gredine de tante en pince pour cet aristocrate et semble bien décidée dans un second temps à filer le parfait amour avec ce jeunot... Dans ce contexte familial un peu trouble, surviennent deux trublions en la personne du neveu de la tante (Michel Vuillermoz) et d'un compagnon de route (Denis Podalydès), deux acteurs qui trainent leurs guêtres en province. Les deux énergumènes vont parfaitement "jouer leur rôle" de trouble-fête pour que chaque personnage puisse, au final, y trouver son compte.

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Vuillermoz et Podalydès sont en constante "représentation" et amènent par leur truculence et leur complicité légereté et humour à ce petit drame familial. Desplechin, tout comme dans l'excellent En jouant dans la Compagnie des Hommes, insèrent à cette adaptation en décors "naturels" des séquences jouées sur scène (tout cela étant amené avec une grande fluidité, floutant joliment la frontière entre aspect théatral et cinématographique) ; cela met d'autant plus en relief les prestations du petit couple Vuillermoz et Podalydès qui, à défaut de pouvoir vivre de leur art, mettent leur art au service de la vie des autres : Vuillermoz s'emporte, s'emballe, vocifère et anime à la perfection ces petites intrigues familiales relativement mesquines. Lors d'une ultime séquence "mettant en scène" l'ensemble des personnages, Vuillermoz se lance dans un petit numéro en roue libre pour mettre au clair la situation. Il sacrifie son propre "cachet" au profit d'Axioucha et peut quitter la scène certes sans le sou mais avec la satisfaction d'avoir parfaitement rempli son rôle "d'artiste"... Accompagné du complice Podalydès, il peut reprendre la route vers de nouvelles aventures le coeur léger. Au-delà de la direction d'acteurs au cordeau, Desplechin soigne particulièrement son montage et ses changements d'angle pour dynamiser cette pièce classique du répertoire russe et en faire un téléfilm (en seulement 15 jours de tournage) de bien belle facture. Une forêt russo-desplechienne dans laquelle on prend un plaisir non feint à se balader.

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Le Chemin de Halima (Halimin Put) de Arsen Anton Ostojic - 2012

le-chemin-de-halima-620x413Ça part d'un bon sentiment, ce film, rien à dire. C'est pudique, noble, avec plein de personnages qui serrent les dents et sont chargés d'un lourd passé bien crasseux, et en plus de ça il y a des plans larges que je te raconte pas les mouvements de caméra trop jolis. Rien à dire, c'est impeccable, et ça peut passer sans rougir dans les ciné-clubs, dans le cycle "La guerre en Yougoslavie, et après ?" Jugez plutôt : Halima est une Bosniaque musulmane, et cherche depuis la fin de la guerre la dépouille de son fils, tué et enterré dans un des charniers qui fleurissent dans la région. Pour ce faire, elle va réveiller des tensions passées et tues dans sa famille, notamment des vieilles haines entre catholiques et musulmans et entre Serbes et Bosniaques. La fixation de la dame est-elle vraiment utile dans ce monde désorganisé et rempli de fantômes ? Elle va retrouver les ossements, mais va aussi déterrer des histoires pas nettes-nettes au sein de sa famille. Voyez que j'invente rien : il y a du blé à moudre au niveau de la discussion d'après projection.

DVD_Le_Chemin_de_Halima_12Le souci, c'est que Ostojic n'a aucun regard, aucune distance par rapport à son histoire. Dirigeant tout vers un mélodrame flamboyant très appuyé, avec personnages caricaturaux et situations injouables, il semble beaucoup trop bouleversé par son sujet pour en faire un film vraiment intéressant. Le gars n'y va pas avec le dos de la cuillère, entre flashs-back (certes discrets) traumatiques, père raciste, vétéran hanté par ce qu'il a vu à la guerre, femme enceinte qui accouche en direct, et j'en passe. Il aime bien aussi vriller son image au moment où Halima est tourmentée, aussi. Tout ça est bel et bon, mais, et c'est con à dire, on n'en a rien à foutre. Les personnages ne sont pas attachants, et tout ça sent bien trop le grand cinéma pour être crédible. Ostojic se réfugie derrière le "d'après une histoire vraie", mais la somme de calamités et de drames qui s'abattent sur cette famille maudite sur deux générations rappelle plutôt les grands téléfilms à feuilletons des années 70. Trop de drames tue le drame, voilà. Belle musique, cela dit.

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Marines, let's go (1961) de Raoul Walsh

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Comment le pauvre Raoul a pu se retrouver aux mannettes d'une telle panouille ? Marines, let's go est totalement inepte au niveau du mélange des genre (après plus d'une heure de (très) mauvaise comédie au Japon, on passe dans les dernières vingt minutes au pur et dur film de guerre sur le front coréen : what the fuck et what the point ?) et affreusement raté au niveau de la partie comique ; des soldats se retrouvent en congés au Japon et on a droit au pire du pire dans le gras et le lourd : donzelles nipponnes assimilées dans leur ensemble à des putes et qui ne peuvent entrer dans le cadre que si elles montrent leurs gambettes ou massent nos GI, soldats qui entre deux dialogues bêtes comme chou passent leur temps à picoler et à se battre, situations vaudevillesques où nos soldats tentent toujours d'arnaquer ces couillons de Japs outrageusement caricaturés, acteurs surjouant et passant leur temps à jouer les fiers-à-bras... Bref tout est pathétique dans cette comédie de bas étage et l'on est d'autant plus surpris de voir tous les moyens mis dans la dernière demi-heure : ça pète de partout, Walsh dispose de deux mille figurants mais là encore on reste au niveau des pâquerettes - des soldats qui attaquent vaillemment les Chinois, se blessent, meurent même, Marines let's go et le film de continuer comme s'il avait depuis trop longtemps oublié les télespectateurs (faut être motivé pour rester jusqu'au bout de ce navet grand crin). Bref, en un mot comme en cent let's not go.

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Walsh et ptit mythe

Posté par Shangols à 07:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]