Shangols

07 décembre 2016

Comancheria (Hell or High Water) de David Mackenzie - 2016

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Je veux bien qu'on nous serve du bon vieux classique de chez classique, mais quand même, à un tel degré de déjà vu, on appelle ça du copié-collé. Mackenzie ne manque pas de subtilité, c'est un bon point pour lui. Ses personnages sont plutôt bien dessinés, et le film opère même un subtil glissement des rapports de force au fur et à mesure de son déroulement. Au départ, deux "couples" : deux frères dont la mère vient de mourir, et dont la propriété risque d'être reprise par la banque, décident de récupérer leur argent là où il est, en braquant sans vergogne les petites agences qu'ils trouvent sur leur chemin ; face à eux, un duo de flics, l'un bientôt à la retraite mais aguerri comme un dur-à-cuire, l'autre Indien-mexicain qui essuie sans cesse les blagues raciste de son collègue. Au départ, donc, bien et mal sont clairement séparés. Mais on s'aperçoit au cours du film que les frères sont peut-être de nouveaux Robin des Bois, que leur violence vire à l'anti-capitalisme, et qu'ils sont bien sympathiques dans leur côté amateur ; et on s'aperçoit que le flic principal (Jeff Bridges) est sans pitié, et simplement du bon côté du manche. Peu à peu les frontières se brouillent, et les duos de départ vont splitter pour en créer un nouveau, tout fait de haine et de rancune. On n'a pas beaucoup avancé en fin de film, c'est certain. Mackenzie n'est pas malhabile à l'écriture, et parvient à réaliser un film un peu moins manichéen que d'habitude. D'autant que ses références sont clairement du côté des années 80, des films de Don Siegel ou des premiers Spielberg, qui ne sont pas tout à fait réputés pour leur vision fine des rapports sociaux. C'est tout à sa gloire que de touiller au fond des vieux pots pour servir un film nuancé aux personnages intéressants.

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Mais cette qualité reconnue, on ne peut que soupirer devant la forme du film, tellement surfaite qu'on arrive à deviner trois minutes à l'avance tout ce qui va se passer. Dans une ambiance mi-western mi-road movie, Mackenzie bousille sa finesse en dirigeant des comédiens cabotins et peu crédibles (Bridges joue dans une comédie, Chris Pine dans un drame, Ben Foster dans un cirque). Aucune tension dans ce face-à-face, juste un rythme nonchalant et une terreur de la violence qui hadicapent le film. On regarde ça en bâillant, là où, pour rompre le classicisme, il aurait fallu soit verser dans l'excès (école Tarantino), soit dans la comédie (école Coen), soit dans le drame pur (école Malick des débuts). Là, Mackenzie est entre trois ou quatre chaises et s'y trouve très bien. Il se sert allègrement de la crise, mais n'en fait qu'un arrière-plan, un prétexte aux élucubrations sans sève de ses personnages. Comme en plus il photographie assez mal le Texas, ramené à ses clichés, un soleil pâle et une ruralité brutale, on s'ennuie très vite, malgré tout le bien qu'on souhaitait au film. Il y a 30 ans, ça aurait été fun ; mais on a vu 247 fois ce film, et ça finit par lasser.

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La Tortue rouge (The red Turtle) (2016) de Michael Dudok de Wit

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Voici donc le "petit chef d'œuvre poétique" annoncé de l'année, le petit instant de douceur promis dans ce monde de brutes et de "primaires". Aux côtés de ma douce enfant, je m'installai confortablement pour ce voyage sans paroles - qui permettrait donc en direct les commentaires nourris. On est immédiatement saisi par la beauté et la justesse des couleurs (je suis un spécialiste de la couleur de l'eau en environnement ilien, on ne me la fait pas - et des tortues aussi, dont je parle fluently la langue), qu'il s'agissent d'ailleurs des séquences sous un soleil de plomb ou des séquences nocturnes (une sorte de noir et blanc ultra lumineux). C'est un premier plaisir qui ne disparaitra point tout au long de la vision. Ensuite, on apprécie (plus que son enfant qui de toute façon ne tiendra plus en place au bout de cinquante minutes - on regarde la fin et on se fait une glace, promis, j'ai une chronique à faire, moi, c'est du sérieux) le temps pris par notre ami Dudok de Wit pour développer tranquillement chaque séquence, pour mettre en place paisiblement sa dramaturgie (notre Robinson perdu sur une île va construire vingt-cinq radeaux avant de laisser tomber, ok, assistons à la construction de ces vingt-cinq radeaux, on n'est pas plus pressé que lui). On aime en particulier ces séquences symboliques "discrètes" (l'homme puis plus tard son enfant qui passent par une sorte de "goulot d'étranglement" dans les profondeurs de l'île : comme si l'île elle-même leur donnait naissance) qui ne cherche pas à flirter avec les obscures allégories. La trame d'ailleurs est simple (une vie d'homme en raccourci : la solitude, la rencontre de la femme, l'enfant, un drame - une catastrophe naturelle bien de notre temps - puis une mort douce) et le cinéaste d'être plus attentif aux micro-événements de son récit (la mère qui couvre la main de son enfant avant de s'endormir puis l'enfant (qui veut partir dès le lendemain à l'aventure) de lui couvrir la main à son tour : arrive un âge où l'enfant longtemps protégé se fait lui-même protecteur - simplissime et simplement évoqué) qu'aux multiples rebondissements. L'animation est d'ailleurs au diapason, cherchant plus à retranscrire ultra précisément le déplacement d'un crabe ou la nage d'une tortue que de se perdre dans de longues séquences tape-à-l’œil (la séquence de la tempête est en cela courte et efficace) ; le soin apporté aux bruitages est d'ailleurs tout autant précis et impressionnant.

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Alors oui, à force de jouer la carte de la simplicité, la tortue rouge pourrait (c'est un conditionnel) flirter avec le mièvre - un baiser chaste et poum un bambin qui caracole sur la plage... Ce serait quand même être un peu mal intentionné tant la simplicité (qui ne rime pas avec mièvrerie) fait partie intégrante du charme calme et serein de ce conte. A l'image de ces séquences de rêves (qui ne perdent d'ailleurs jamais les enfants, en tout cas pas le mien) qui possèdent une réelle magie (cette carapace de tortue en lévitation : j'en ai encore le souffle coupé), le cinéaste sait magistralement faire respirer son récit. On reste donc pantois de bout en bout devant ce soin pris à l'animation (on ne sait la part prise par le studio Ghibli dans la chose mais leur savoir-faire transparaît indéniablement) et très respectueux devant le déroulement de cette tranquille histoire qui ne cherche pas à se perdre inutilement dans la métaphysique. Somptueusement singulier, dirais-je, comme une tortue rouge. A découvrir avec les yeux chastes de son enfant (il fallait bien que ce soit moi qui tombe dans le mièvre, c'était l'écueil).   (Shang - 26/11/16)

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Rhaaa me voilà ravagé par ce film, le cinéma d'animation est décidément passé à l'âge adulte en Europe. J'abonde tout à fait dans le sens de mon camarade, qui a relevé toute la part de simplicité et de justesse qu'il y a dans La Tortue rouge. C'est d'abord l'animation qui souffle, tant tout est parfaitement pensé, dans ses moindres détails, et tant tout passe avec modestie : le vent dans les arbres, le petit crabe qui sort de son trou, le soleil qui tape, la pluie qui tombe, la vague qui s'abat, l'envol aquatique (!) des tortues, on se croirait dans un poème japonais, tant tout constitue en soi un événement, et tant tout est pudiquement simple. Le fantasme de Bresson (montrer le vent en filmant les mouvements à la surface de l'eau, de mémoire) semble prendre forme ici, Dudok de Wit est passionné par les infimes mouvements de la nature, et donne à son film une majesté toute simple, sûrement inspirée des haikus. On reconnait donc indéniablement la marque des studios Ghibli, mais dénué de cette cucuterie habituellement attachée à l'imaginaire japonais : ici, même si comme le souligne le Shang on en est toujours proche, la mièvrerie n'a pas sa place, et le réalisateur impose une marque européenne, adulte, à la chose. C'est d'ailleurs dommage que Dudok de Wit ait voulu absolument garder un pied dans l'enchantement enfantin en humanisant ainsi ses crabes, en ménageant des petits gags (même pas très drôles) avec eux. C'est la seule faute de goût de ce film, selon moi. 

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Le scénario est amplement symbolique, on pourrait le trouver trop illustratif, lourd, démonstratif. Mais le gars fait passer l'ambition dans l'épure. Oui, ok, ses modèles familiaux sont traditionnels, le sexe est complètement absent de la chose. Mais tant pis : il y a dans cette vie complète d'homme, depuis son éjection dans ce monde à travers le liquide amniotique jusqu'à sa mort et sa transmission à la génération suivante, un dessin simple, une ligne claire, qui force le respect. Là aussi, on sent la marque de Pascale Ferran (créditée en adaptatrice) dans le sérieux et le côté presque cruel de cette existence, ramassée en 1h10. Les tortues, à la fois bienveillantes et gardiennes sans pitié de l'emprisonnement du héros, sont un symbole joliment trouvé, là aussi asiatique à mort, du rêve d'évasion et de l'incapacité de le rendre concret. Pas besoin de parole pour exprimer tout ça, la vie, tout simplement : il suffit de montrer un mec qui se débat, d'abord seul, puis à deux, puis à trois, dans le désert. De le montrer souffrir, espérer, jubiler, mourir, tout ça au sein d'une nature hostile et paradisiaque. Dudok de Wit a réussi ça, et on applaudit à tout rompre, qu'on ait ou non un enfant à ses côtés.   (Gols - 07/12/16)

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06 décembre 2016

Blowfly Park (Flugparken) de Jens Östberg - 2014

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Voilà un premier film qui constituerait une excellente base pour un bouillon. Vous avez l'eau chaude, reste à ajouter les carottes, les pâtes, les patates, le sel, les herbes, les lardons, le poivre, et les lentilles. Ainsi vous aurez un bon plat. Pris comme ça, c'est un bol d'eau chaude. Autant dire que c'est super fade. Kristian et Alex sont poteaux, mais Alex disparaît, après une nuit de beuverie qui implique aussi Kristian. Dès lors, les faits et gestes de ce dernier deviennent déraisonnables, incompréhensibles, certains se chargeant de violence, d'autres de pulsions paternelles ou amoureuses. On sent que la marmite bout, et que le gars aurait peut-être deux ou trois choses à cacher, comme une homosexualité larvée, une amertume certaine dûe au temps qui passe et à son incapacité à devenir un grand joueur de hockey, et à une jalousie enfouie, le gars Alex ayant jadis piqué à son pote sa nana. Avec tout ça, Östberg tricote un petit thriller psychologique pas super intéressant, qui manque de nerfs et de caractère, et qui se termine à peu près comme il a commencé, comme un bon vieux pétard mouillé. En passer par tous ces épisodes singuliers pour en arriver à ce qu'on savait depuis le début, on se demande si c'était bien utile.

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Sur l'ardoise du réalisateur, pour son premier film : une excellente direction d'acteurs. Ce gars, Sverrir Gudnason, a tout d'un grand, comme dirait l'autre, et parvient à être inquiétant ou pathétique en un seul clin d'oeil. Ses brusques pulsions (quand il cherche à se venger d'un coup de poing reçu) sont fascinantes, et on le regarde perdre tranquillement pied dans ce mélange de douceur, d'amour inassouvi, et d'énergie. Östberg le dirige à l'américaine, et le place au milieu d'atmsophères pas mal restituées, petites forêts enneigées, banlieues cradasses, avec une préférence pour les lieux rarement montrés, stations-services, gymnases, zones de transferts de trains, etc. Heureusement que ces deux éléments sont réussis, parce que sinon on aurait vraiment sombré dans un ennui profond. Le scénario semble usé jusqu'à la corde, ce genre de thriller qui ne démarre jamais ayant fait les grandes heures du cinéma des années 2000. La mise en scène est certes professionnelle, mais manque pour sûr d'un vrai regard neuf, sent l'élève de haute école cinématographique qui veut faire son film sensible et sobre. On regarde ça gentiment, en l'oubliant au fur et à mesure, parfois attiré par un détail (l'acteur, ces scènes taxidriveriennes où il prépare sa matraque), parfois tenté d'aller faire autre chose (la comédienne minaude à mort, et le thème de l'homosexualité ne semble étonner que le protagoniste). Banal, ce qui semble bien être la pire insulte qu'on puisse faire à un film.

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03 décembre 2016

LIVRE : Splendeurs et Misères des courtisanes d'Honoré de Balzac - 1838-1847

9782253085713, 0-450418Quand la littérature contemporaine vous tombe des yeux (et après Jablonka, Carrisi, Faye et Minard, j'avais bien besoin de ça), rien ne vaut un petit Balzac de derrière les fagots, histoire de replacer un peu la langue à sa place (vous avez le droit de considérer cette phrase comme filloniste). En l'occurrence, un bon gros Balzac de tête de gondole : cette oeuvre tardive, écrite en deux fois, sent le classique de chez classique, et il est bon d'y revenir de temps en temps. C'est l'histoire déplorable et mélodramatique d'Esther, prostituée au grand coeur qui s'éprend du roué Lucien de Rubempré. Leur amour est impossible, il convoite les dames du grand monde, et on sait que chez Balzac, carriérisme et amour ne font pas bon ménage. L'ancien forçat Vautrin, alias Trompe-la-Mort, alias Jacques Collin, alias Carlos Herera, qui a pris Lucien sous son aile, va alors déployer des trésors de ruse pour utiliser la petite pute à des fins malhonnêtes : faire arriver Rubempré, confondre les bourgeois, s'enrichir en piquant toute le fortune de Nucingen, voire se venger de ceux qui l'ont jadis fait tomber. Un coup de jarnac qui ira très loin, et laissera pas mal de plumes sur sa route. La première partie du livre, écrite en 1838, est remplie jusqu'à rabord de ces conversations d'alcôve, secrets enfouis et tractations sentimentalo-financières. Balzac s'y montre d'une cruauté sans nom, sacrifiant la beauté et la bonté d'Esther, pointant du doigt la haute société de l'époque, peignant avec amertume les complots qui s'ourdissent dans les loges des théâtres, montrant comment un simple mot peut sceller un destin, en bien ou en mal. Désespérément de son époque, il est partagé entre une vive curiosité pour cette civilisation de l'apparat, une fascination pour ces petits grands, et un dégoût total pour leurs manoeuvres. C'est ce qui fait la grandeur du roman : toujours à bonne distance, l'auteur regarde ce monde-là comme sur une table d'opération, et n'hésite pas à écraser les personnages les plus beaux. La machine étatique et sociale est plus forte que tout, et Balzac la montre avec sincérité. Avec pas mal d'humour aussi, le personnage de Nucingen, millionnaire septuagénaire découvrant soudain les affres de l'amour, apportant sa part de ridicule guignolesque dans ce drame bourgeois (le travail sur l'accent est énorme). Mais ce qui prévaut à la fin de ces 400 premières pages, c'est le gâchis, l'innocence broyée, le pouvoir de l'argent. Triste constat.

En 1847, le compère s'est dit qu'il lui fallait continuer le roman, et on le comprend. La deuxième partie tourne autour du formidable personnage de Vautrin, et de son ambiguité. Considérant Lucien comme son fils, fidèle jusqu'à la mort à ses complices, et en même temps nourri d'une haine profonde envers ceux qui l'ont trahi, passionné par le fric mais prêt à tout donner à son protégé, il est le diable incarné, puissamment intelligent et retors, connaissant toutes les arcanes d'une société qu'il conspue. Un tel caractère aurait pu se trouver chez Victor Hugo ; Balzac le rend plus humain, souvent même bouleversant et sensible. Et surtout, il décrit par le menu les ruses dont use le bougre pour sauver sa peau, celle de ses complices, et s'en tirer avec les honneurs. La classe. Plus rapide, plus efficace, privée (à part pour quelques descriptions passionnantes du bagne, et pour une analyse assez fine de l'argot des prisons, qui donne lieu à quelques pages littéraires absolument fascinantes) des longues digressions alimentaires de la première partie, resserrée façon tragédie sur un seul personnage, tendue comme un string, cette partie travaille à l'épure, et déploie un des personnages les plus fascinants de La Comédie Humaine. Au total, on sort un peu lessivé de ce roman-fleuve, qui utilise pratiquement tous les personnages de Balzac, on y trouve des longueurs, des tractations un peu fatigantes, des excès mélodramatiques et des longues descriptions roublardes ; mais on est épaté par cette facilité de langue, on constate que chaque phrase est ciselée, travaillée, intelligente, pensée, on est devant du style dans le sens le plus noble du terme, devant un esprit brillant qui déborde de tous les côtés, on a assisté à une aventure intime incroyable, et on ne cesse donc de se prosterner aux pieds du bon vieil Honoré. Voilà de la Littérature comme on n'en fait plus, ma pauv'dame. Vous pouvez renvoyer Yasmina Khadra, plus rien ne peut m'atteindre.

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Voyage en Terre solitaire (The Loneliest Planet) de Julia Loktev - 2011

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On avait apprécié tous les deux Day night Day night de la même Julia Loktev, nous voilà embarqué dans la nouvelle expédition de la belle. Cette fois, c'est encore plus radical. Nous sommes en Géorgie, avec ses paysages tour à tour magnifiques et super austères. Dans ce paradis infernal, Gael Garcia Bernal et Hani Furstenberg vont s'éclater lors d'un treck de pré-mariage. Leur bonheur est sans tâche, ils s'amusent de tout et de rien, s'aiment comme des enfants, tout est bien. Accompagnés d'un guide un peu ambigu tout de même, ils marchent pendant les deux heures que dure le film, traversant dans le sens de la largeur des plans larges pleins de montagnes verdoyantes, de lacs de pierres menaçants et de steppes inquiétantes. C'est de là que va surgir la menace, dans la seule et unique scène, exactement centrale, où va réellement se dérouler quelque chose. L'évènement, dont je ne peux rien dire, sera le point d'achoppement du film, la tâche ineffaçable qui va redéfinir les cartes et transformer la deuxième partie du film, malgré son apparent parallélisme, en enfer. Rien du tout, un geste malheureux, peut transformer votre existence, je vous préviens.

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Loktev choisit la voie de l'austérité, et elle fait bien. 90% du film sont composés de ces inlassables marches, un peu comme dans Gerry. La place de la caméra définit subtilement les rapports de force : un tel est filmé en gros plan, seul, les deux autres rassemblés en fond d'écran ; ou bien les trois sont seuls à la queue-leu-leu ; ou bien le couple est pris au premier plan, et la solitude de l'autre dévoile des sens possibles. C'est au spectateur de faire l'histoire, et le film repose beaucoup sur les fantasmes du spectateur : la violence est latente, n'éclate pas, mais on s'attend à chaque plan, aussi innocent soit-il, que les choses éclatent et que le carnage commence. Le montage sonore, habile, augmente la pression, faisant se succéder de grandes plages de silence avec des sons poussés (rires, cris, bruits de rivière...). Loktev charge son film l'air de rien, elle ne montre que la quiétude des paysages, mais la pression est presque insupportable, du fait de ce qu'on imagine et non de ce qui arrive. Il a suffi de cette scène traumatique pour changer la donne. Le film travaille habilement sur les petites fêlures qui habitent le plus joli des couples, cette part de noirceur qui se cache en nous, et qu'on dissimule toujours. La dame n'est pas tout à fait Gus van Sant, et parfois la lenteur du film, son aspect contemplatif, son refus des évènements, ressemble un peu à une posture, comme si elle voulait absolument faire son film austère pour prouver qu'elle est une grande cinéaste. Sa direction d'acteurs n'est pas non plus au taquet, Garcia Bernal se contentant de sourire dans la première partie, et de faire la gueule dans la deuxième. Mais tout de même : son film est intrigant, pose les bonnes questions, et fait passer avec beaucoup de force le spectateur dans le camp des bourreaux, interrogeant le sens du cinéma en tant que fantasme. Plus que van Sant, c'est donc à Haneke que fait penser Loktev ; un Haneke amateur encore, qui ne sait pas toujours bien diriger ses rythmes, mais un Haneke quand même. Sa façon d'étirer jusqu'au déraisonnable ses dialogues, de pousser jusqu'au bout la durée des plans, d'observer façon entomologiste ses personnages, lui fait gagner ses galons de réalisatrice audacieuse et moderne. A suivre, bien entendu.

(Ceci était le 7000ème texte de ce blog. Toujours debouts !)

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01 décembre 2016

Attaque au Cheyenne Club (The Cheyenne Social Club) de Gene Kelly - 1970

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De la ride au programme de cette comédie-western de bon aloi : James Stewart et Henry Fonda ont 200 ans, Gene Kelly pas beaucoup moins, le western est un genre ringard, mais voilà toute cette compagnie décidée à faire un dernier tour dans l'Ouest. On ne leur en veut pas, puisqu'on s'amuse bien et sans prétention devant ce film fendard, très bien joué et même très légèrement (et peut-être involontairement) dans l'esprit d'émancipation de l'époque. Un brave cow-boy qui n'a jamais quitté son Texas et ses boeufs se voit confier en héritage le Cheyenne Social Club, qui, à son grand dam, se trouve être un bordel grand crin fréquenté par toute la société masculine de la ville. Vertueux et puceau, John veut fermer l'établissement, mais se heurte alors à la société scandalisée, aux filles toutes plus girondes les unes que les autres, et à son bon vieux poteau Harley, moins prude et plus sage. Il faudra ajouter à ses emmerdes le clan Bannister, armé jusqu'aux dents, ceci pour donner le cachet fusillades à la chose. Notre John, à travers cette aventure drolatique, découvrira la vie, les femmes, les flingues, l'amitié, et deviendra une figure de la ville, avant de retourner à ses boeufs.

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Le film tient entièrement sur l'amitié qui unit de toute évidence Fonda et Stewart. Les deux compères n'ont plus grand chose à prouver, mais s'en donnent à coeur joie dans des sceèns écrites aux petits oignons pour eux. Stewart multiplie les visages hébétées comme au bon vieux temps de Capra, Fonda joue avec malice de son personnage mutique (il est hyper bavard au début du film), on se marre bien. D'autant que cette méfiance des femmes chez le personnage de Stewart pourrait bien être dûe à une attirance pas très nette pour son vieux copain : les gars couchent dans le même lit, préfèrent se murger plutôt que de satisfaire les 5 femelles affamées à leur merci, me faites pas dire que c'est innocent. Kelly joue agréablement sur l'image des deux acteurs, et n'hésite pas à les montrer fuyant devant le danger ou tout benêts devant ces femmes. Dans le détail, le film est moins drôle que ça, c'est vrai, et Kelly n'est pas Blake Edwards : dialogues faibles, seconds rôles fonctionnels, situations trop rapides (on imagine souvent le potentiel comique de certaines d'entre elles, mais le film, pudibond, n'y va pas). Sa mise sen scène n'a aucun style, aucune saillie, et se contente de faire honorablement le job. Mais on assiste ici à une féminisation des cow-boys virils, et ça fait du bien. C'est samedi soir ? allez-y.

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Go west here

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The Assassin (Nie yin niang) (2016) de Hou Hsiao-Hsien

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Est-ce donc le chef-d'oeuvre ou la déception de l'année ? Ni l'un ni l'autre, mon capitaine, car sa sortie est prévue en France en 2016... Dans une version remontée ? Car voilà, c'est un peu le problème de la chose : la structure narrative est tellement lâche, percée d'ellipse, qu'on a parfois bien de la peine à comprendre tous les tenants et les aboutissants du bazar. L'histoire sur le papier semblait pourtant extrêmement simple (une jeune femme, trained to kill, revient dans sa province natale avec une mission : tuer le gouverneur, son propre cousin qu'elle devait épouser plus jeune) mais les intrigues parallèles, les personnages qui soudainement se greffent sur la trame principale, nous font malheureusement rapidement décrocher : comment avoir de l'empathie ou de la haine pour tel ou tel personnage quand on ne sait même pas qui il est, ce qu’il veut (je coupe court directement à toute intervention de Gols : "Mais on s'en fout du scénario !!!" ; mouais, un minimum quand même, sinon c'est un peu comme lire un livre dans le désordre : c'est jouable mais un peu lassant). A force, qui plus est, de gommer tout aspect psychologisant, d'assister au jeu absolument désincarné des acteurs (HHH, le maître des marionnettes ?), on regarde la chose comme un sublime livre d'images sans se sentir une once concerné par ce qui se déroule à 0,12 cm/h sous nos yeux - oui, HHH, et c'est en encore plus vrai depuis qu'il 168 ans, est un cinéaste ultra-contemplatif. C'est trrrrrrrès beau, trrrrrrrrrrès coloré mais finalement terriblement glaçant.

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Alors attention, je ne dis pas que la chose est sans intérêt et que cette version HHHisée du wu xia pan doit aller direct dans les oubliettes. J'ai pour ma part particulièrement apprécié cette façon de filmer derrière les tentures (HHH est le spécialiste de l'utilisation de la tenture) alors même qu'on tourne autour des secrets d'alcôves du pouvoir, cette manière lapidaire de tourner les scènes d'action (schla, schla, schla, un souffle et nous voilà rendu - l'héroïne s'en repart déjà chez elle, victorieuse, sans même qu'il y ait effusion de sang : c'est propre et net - et classe), cette volonté de faire un cinéma de l'ultra-zénitude (avec le risque de tirer parfois vers la carte postale même si cette nature respire, s'anime) en allant tourner dans les derniers mètres carré non pollués de Chine, ce contre-pied inattendu par rapport au genre comme si HHH n'en gardait que la plus pure essence... Oui, on peut aussi s'extasier sur les costumes, le maquillage, les ptites bougies, le jeu avec les fumigènes mais je n'ai jamais été fan de Laurent Boutonnat, je ne vais pas commencer (c'est un peu un coup bas, j'admets, mais ce cinéma est parfois si précieux, si affecté, qu'on aurait presque envie d'en rire ; je préférais, disons-le, de loin, les premiers films de HHH sur son enfance). En un mot, plaisir absolu des yeux, frustration terrible du coeur (votre cerveau, quant à lui, parviendra à recoller deux trois morceaux qui vous avaient échappé lors de la seconde vision). De l'art cinématographique pour l'art ? C'est un concept qui a ses adeptes mais aussi ses détracteurs (des bobines qui tournent parfois un peu à vide... on s'en lasse). Un scénar au gruyère ? Simple volonté de HHH qui brouille volontiers les pistes (pour vendre deux tickets, le bougre ?) ou simple maladresse à gérer un fil narratif ? (tous les spectateurs ne connaissant pas par coeur la légende se cachant derrière l'histoire). Me voilà un peu écartelé : des moments de grâce évidents mais un ensemble un brin fastidieux qui me laisse un peu pantois (d'autant que la morale finale est simple comme bonjour, en parfait écho avec la séquence d'ouverture : la boucle est magiquement bouclée... mais pourquoi demeure alors cette impression qu'il y a autant de nœuds inutiles dans les fils de la pelote ?). Le mystère HHH reste entier, certes, mais on aurait tellement voulu retomber fou amoureux de Shu Qi, sans réserves…   (Shang - 13/10/15)

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C'est sûr que HHH ne donne pas beaucoup d'indices quant à son histoire, et qu'il pratique l'ellipse avec un poil trop de facilité. L'histoire, qui se suit quand même, hein, faut pas charrier, est pleine de trous, et je dirais même que HHH privilégie les moments "entre", ceux où il ne se passe rien, à ceux d'action ou d'évènements. Ça donne un film étrange, qui doit plus à la poésie (au haïku, notamment) qu'au film de combat, qui préfère s'attarder sur un mouvement dans un arbre, sur le bruit des sabres ou sur un personnage tourmenté et immobile que sur les grands évènements de cette histoire. Un peu comme si Bresson avait réalisé Tigre et Dragon, quoi. Lenteur, détails, ampleur des gestes, tout y est pour faire un film parfaitement chiant...

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Sauf que le gars, effectivement, est non seulement pas manchot pour pondre des images magnifiques, mais en plus s'avère le meilleur pour transformer la pellicule en toile de maître. Chaque plan de ce film est à tomber, et ma foi, si ça tombe effectivement dans l'art pour l'art, les yeux sont tellement comblés qu'on est presque en droit de s'en satisfaire. Avez-vous déjà souvenir d'une perfection de cadre, d'une utilisation de la nature, d'une science pour placer les acteurs dans le champ, d'une mesure du timing, équivalentes à ce cadre sur la fin, où la nonne maléfique attend sa vassale, juchée sur une colline, la brume montant lentement de la vallée pour envahir l'écran ? Ou pouvez-vous citer un autre film pratiquant une telle épure dans les combats, ceux-ci réduits à presque rien, un geste, un souffle, un son ? HHH gomme au maximum, ne gardant de chaque épisode que la quintessence, transformant son film d'aventures en manifeste artistique, en travail sur le vide, sur ce qu'on peut enlever d'une scène d'action pour qu'elle reste une scène d'action. Malgré le jeu très effacé de son héroïne, ses tourments explosent à l'écran, comme ceux des autres protagonistes (Chang Chen est parfait), que la caméra scrute dans les moindres détails. Comme dans la poésie du pays, la nature est un personnage important de la chose : la scène centrale dans la forêt est filmée au milieu des arbres, avec distance, et ceux-ci sont aussi importants que les chorégraphies au sabre. Ce style n'exclut jamais le spectateur, le film est étrangement sentimental et habité, comme dans ces pièces de nõ où les codes sont tellement nombreux qu'on finit par les transcender, par trouver derrière tout le décorum une émotion d'autant plus forte. Bref, pour une fois, mes respects les plus bas vers une oeuvre qui met l'esthétique au premier plan et sacrifie quelque peu, c'est vrai, la clarté de l'intrigue. M'en suis toujours un peu foutu, des scénarios, faut dire...   (Gols - 01/12/16)

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30 novembre 2016

Il était une Forêt (2013) de Luc Jacquet

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Moi qui ai toujours été un grand passionné de botanique et de sciences naturelles (rien n'est moins faux), je tentai ce film sur l'environnement en me disant que cela pourrait toujours intéresser deux trois braconniers sur mon îlot (ouais, je planifie mes activités...). C'est un film parfait pour le dimanche après-midi, très reposant : tu vois un arbre, tu fermes un oeil, les deux, tu te réveilles 5 minutes plus tard, tu vois un arbre, tu as la délicieuse impression d'avoir rien raté, même pas besoin de revenir en arrière... Il faudrait mettre tous les hommes en prison pendant 700 ans le temps, le temps aux forêts tropicales de se refaire - sinon c'est mort (donc en gros, c'est mort). C'est par conséquent très émouvant d'assister en un sens aux dernières images des saloperies d'insectes qui vivent dans ces forêts habitées par ces "grands êtres de bois immobiles", après pffiout... On apprend plein de trucs dans le bazar : comment une plante accueille les fourmis en son antre pour que celles-ci combattent les chenilles, comment les arbres tentent de voyager en jetant leurs fruits par terre le plus loin possible ou encore comment les lianes sont malines pour s'adapter et étranglent irrémédiablement leurs adversaires. Les images de la natures sont jolies, notamment ces longs "travellings" verticaux qui finissent leur course au niveau de la canopée ; c'est dommage qu'elles soient polluées par des effets numériques balancés à l'envi pour montrer le développement d'un arbre ou d'une plante : ils sont assez laids et finissent par faire croire qu'on assiste à un vieux clip de Ravi Shankar si ce dernier avait vécu au Congo - grosso modo... Pas grand-chose à dire de plus sur ce doc qui part forcément d'un bon principe (sauvons les arbres, tuons les hommes) mais qui s'avère parfois aussi chiant qu'une balade en forêt en famille le dimanche aprème - nan, allez, j'exagère... Disons alors gentillet, mouais.   (Shang - 23/03/14)

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Voilà, c'est ça. C'est même encore plus chiant que ça, mais c'est bon enfant, disons. J'ai eu la chance de voir ce film sur grand écran et en présence de Francis Hallé, qui est le seul héros de ce bazar qui montre une forêt débarrassée des hommes, excepté de lui-même. Ça a au moins l'avantage de donner lieu à un débat après le film, et donc d'apprendre au moins deux-trois choses sur la forêt. Parce qu'il faudra pas en attendre beaucoup de ce film entièrement tourné vers le sentiment, la poésie et les petits papillons. D'infos, quoi qu'en dise mon camarade, point, ou très peu : ok, la forêt se disperse grâce aux animaux, mais à part ça, hein... Le comble est le côté illustratif que revêt la mise en scène : on nous dit que les arbres communiquent, et aussitôt on entend des murmures en voix off. Appelez-nous andouilles tant que vous y êtes. Tout le film est comme ça, très jeune public, très beau dans le sens "paradis perdu" du terme. Tout est luxe, calme et volupté, agrémenté de cette fatigante et éternelle musique planante propre à ce genre de productions. Les images de synthèse, effectivement très laides, polluent toutes les images ou presque, d'autant qu'elles ne servent jamais à donner de l'info, mais plutôt à fantasmer une pseudo-transformation de visu de la forêt.

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Bon, malgré toutes ces réserves, il y a quelques qualités dans ce film, à commencer effectivement par ces mouvements de caméra très élégants le long des arbres. Et aussi par la place singulière qu'occupe Hallé dans la forêt : il y a un effet "Où est Charlie" dans sa façon d'apparaître toujours dans les endroits les plus improbables, au sommet des grands arbres la plupart du temps, et son personnage, tout en effacement et en observation, est assez bien vu. Il est bien dommage que le film efface toute présence humaine autre que la sienne, imaginant un monde privé de leur néfaste (ou bénéfique) influence, et rendant du coup cette vision de la forêt un peu fausse et idyllique. On se doute bien que ce gros arbre ne tombe pas par l'opération du Saint-Esprit, et qu'il a bien fallu des tronçonneuses pour l'abattre ; pourquoi ne pas les montrer, et expliquer en quoi cet abattage est utile ou inutile ? Bref, un film qui ne dit pas grand-chose, qui le dit assez mal, avec ça et là quelques moments de poésie attachants.   (Gols - 30/11/16)

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29 novembre 2016

Mission of Danger de Jacques Tourneur & George Waggner - 1960

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Un film un peu rafistolé puisque, renseignements pris, il s'agit d'un montage de trois téléfilms, dont seul l'épisode central est réalisé par Jacques Tourneur. Vous dire que ça ne se sent pas serait mentir, le bazar est maladroit et collé au gros scotch, les intrigues s'enchâssent les unes dans les autres à l'arrache, sans se terminer vraiment, et beaucoup de personnages attachants (Patrick Macnee notamment) disparaissent sans laisser de traces. Cela dit, on passe quand même un excellent moment devant ce western du samedi soir, malgré son hétéroclisme. Ca va pas péter bien loin, mais voici quand même un film qui arrive à concilier deux genres, les westerns, avec ce que ça comporte de scènes d'action, et l'espionnage, une grande partie de l'action étant consacrée aux petites entubes et autres pièges diaboliques tendus par les agents et contre-agents français, anglais et canadiens, tabernacle. Des deux côtés, c'est très satisfaisants, la mise en scène est rigoureuse, les acteurs excellents, et le technicolor qui fait briller les tuniques et rougir les jeunes filles fait le reste.

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Pour capturer un gradé français, un mercenaire anglais et ses joyeux compagnons sont envoyés au turbin. Le gars a ses méthodes (et vlam une bagarre contre un p'tit bleu qui veut pas obéir), mais il connait le terrain et dirige sa troupe comme un chef. Dans la première partie, on lui adjoint un sbire tout en distinction british, qui refuse d'enlever sa tunique rouge  fuchsia au combat et se jette tout habillé dans la gueule du loup. C'est pétaradant, très joliment réalisé, assez violent, mais on oublie un peu et on passe à la deuxième partie. Nos gars sont faits prisonniers et enfermés dans un camp. Là, c'est un film d'évasion qu'on regarde, avec ses tunnels creusés la nuit et ses gardes immmmondes. On a même droit à un détail assez marrant : tous les gars, pour ne pas être identifiés, s'appellent Smith. Il faudra les aveux obtenus sous la torture d'un pauvre hère pour qu'on identifie le major Rogers à l'ultime moment. S'ensuivra une série de coups de feu et de poignardages assez impressionnante, ça continue dans la brutalité et le corps-à-corps. Enfin, nos gusses pénètrent dans l'antre du danger ultime, puisque la dernière partie est consacrée aux manoeuvres que le major, déguisé ehehehehe, opère pour parvenir à ses fins, épaulé par la gracile et émancipée Taina Elg (traitresse ? pas traitresse ? suspense). Une partie très agréable, tendue et pleine de coups de théâtre, qui se termine aussi brutalement qu'un épisode télé, et ça tombe bien, c'en est. Au total : on regarde ça amusé et content, en admirant comme toujours la modestie de ces deux réalisateurs et leur goût pour le divertissement le plus pur. Pas génial, non, mais fun.

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Go west here

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A l'Origine (2009) de Xavier Giannoli

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Il y a quelque chose de touchant dans le film de Giannoli, dû autant à l'interprétation de Cluzet (ce type pourrait incarner Nicolas Sarkozy qu'il le rendrait sympathique) que dans ce parcours d'un escroc un poil illuminé qui oublie, en route, son projet de départ pour se laisser prendre au jeu, dépassé en quelque sorte par l'élan de solidarité dont il est... à l'origine. Lorsqu'il se rend sur ce chantier d'autoroute abandonné pour tenter de grappiller un maximum de thune, en empochant de bonnes petites commissions (ah la bonne vieille corruption à la française....), notre homme est indéniablement bienvenu chez les ch'tis. Il compte se barrer rapidement d'autant que l'espoir qu'il a rallumé, la chaîne de solidarité qu'il a mise en oeuvre, le dépassent quelque peu ; mais il ne va pas tarder à prendre au sérieux ses responsabilités et va progressivement se mettre à croire à son propre délire. Il y a forcément quelque chose de pathétique et de guère glorieux dans ce personnage un tantinet mégalo de Père Noël économique mais la dimension humaine qu'il va donner à ce projet - à l'heure où apparemment tout les responsables s'en branlent dans leur tour en verre - bouleverse quelque peu la donne : avec un minimum de bonne volonté, il va filer du taff pendant trois mois à une cinquantaine de personnes et relancer tout un projet abandonné au départ par la présence... de scarabées. Un véritable projet de dingue (la construction par une société fantôme d'un tronçon d'autoroute qui n'est point raccordé au réseau routier) dans un monde de fous. Certes, on voit venir tout le côté symbolique de la chose (revenir à un monde plus humaniste, redonner confiance aux individus pour que chacun donne le meilleur de lui-même) avec ses gros sabots, d'autant que Giannoli "se basant sur une histoire vraie" n'y va pas de main morte pour "romancer" son histoire (il y aura forcément, en prime, une histoire d'amour, une relation paternaliste avec un chtit gars perdu et un réglement de compte de notre gazier avec son passé "malheureux" (Depardieu incarne "subtilement" le passé, un rôle à sa mesure... - il a peu de scènes mais semble à chaque fois sortir de trois jours de beuverie avant de se rendre sur le plateau ; file un mauvais coton, Gégé). C'est sûrement un peu trop long, un peu répétitif - les multiples arnaques de Cluzet dans une France aux allures de République bananière - chargé (comme le Audiard, c'est la mode ou la norme ?) d'une musique violonneuse trois séquences sur quatre, un final grandiloquent résolument "too much" (on se croirait presque à Iwo Jima...) mais cette oeuvre française, qui ne manque point d'ambition (certes, c'est po Fitzcarraldo quand même, soyons honnête), possède des accents d'une belle sincérité : ce personnage totalement affabulateur, magnifiquement interprété par Cluzet, trouvant paradoxalement "la voie" de la vérité - celle vers un monde à visage plus humain. Et c'est plutôt louable dans l'ensemble.  (Shang - 04/04/10)

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Décidément, j'aime bien Xavier Giannoli, en tout cas je passe toujours un moment sympathique en sa présence, ce qui est déjà énorme. Rien de génial effectivement dans ce film trop long et légèrement too much, mais un vrai sens du cinéma de narration, une manière de raconter impeccable, et une vraie attention aux personnages. Notons tout de suite mon gros point de divergence avec mon éminent comparse : j'ai trouvé Cluzet beaucoup trop. Surtout dans la première moitié du film, où son personnage de paumé craintif le fait ressembler à un autiste, et casse toute crédibilité à son personnage. J'aime bien Cluzet, mais il fait partie de ces acteurs qui ne font jamais oublier, quand ils jouent, qu'ils sont en train de jouer, on voit le labeur, et ça m'embête ; ici, ses tics d'acteurs, sa construction de personnage, sont beaucoup trop voyants. Donnez-nous un Dustin Hoffman à la place, vous verrez ce que je veux dire. Bon, ceci dit, ça ne gâche pas notre plaisir : Cluzet est au milieu d'une bande d'acteurs excellents, à commencer par cette curieuse Soko et son accolyte Vincent Rottiers, qui s'opposent au jeu un peu appuyé du héros (et au non-jeu paresseux de Depardieu). Deux écoles... Giannoli, loin de s'intéresser à son seul protagoniste, ouvre le champ aux autres acteurs (et Devos aussi, dans ce rôle un poil anachronique de mairesse, est très bien), et organise même son film autour de ce thème-là : les personnages. En lutte contre le système, anar malgré lui, Philippe Miller finit par découvrir qu'il a mis en place une vraie entreprise humaine, et ses motivations changent doucement au cours du film.

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Le suspense s'organise donc peu à peu autour de l'intimité du personnage, et est tout aussi tendu que le simple "quand donc va-t-il se faire prendre" classique. Giannoli, de plus, parvient à faire un long film autour des fiches de paie, des tractopelles et des poutrelles, milieu assez peu montré au cinéma sauf dans les films misérabilistes de Loach, et parvient à rendre l'ensemble très crédible. Il en fallait beaucoup pour mettre de la tension dans un prêt bancaire ou pour rendre attirante une bande d'asphalte, c'est avec courage que le compère s'attaque au sujet, rendant aussi importants les dangers inconscients de Philippe Miller que la lente élaboration de ce tronçon d'autoroute. Comme les gars, on ne veut pas qu'il pleuve, comme Miller, on veut payer tout le monde, on est complètement avec cette bande de personnages attachants et nobles. Il est vrai que les autres intrigues (histoire d'amour, retour du passé) sont un peu rajoutées à ce film qui n'en avait pas besoin, que c'est un peu long, que certaines parties sont carrément ratées (la partie Depardieu). Mais le film est quand même diablement prenant, et sent l'humain par tous les pores. Bien content, au final.   (Gols - 29/11/16)

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27 novembre 2016

Les Évadés de la Nuit (Era notte a Roma) (1960) de Roberto Rossellini

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On aime beaucoup Roberto Rossellini et le mouvement néo-réalisme accessoirement. Et l'on attendait beaucoup de ces Evadés. Et l'on s'est copieusement ennuyé. A quoi cela tient qu'un film, soigneusement conçu comme c'est pourtant le cas ici, n'ait absolument rien de captivant ? Hein, à quoi ? Pourtant le sujet promettait sa dose d'excitation et de tourment : trois prisonniers échappés d'un camp italien, un Anglais, un Ricain, un Russe, se retrouvent planqués dans le grenier d'une pseudo-nonne (craquante Giovanna Ralli), véritable boss du marché noir à Rome. Ils risquent non seulement de se faire chopper mais elle et ses amis résistants de se faire fusiller... On devrait trembler tout du long, d'autant qu'il y a quand même des rebondissements, des arrestations, eh bien que nenni. On regarde la chose la paupière lourde, tentant d'apprécier la verve de Giovanna, le respect de Rossellini pour la langue de chacun, la description des différentes couches sociales de la société italienne (les nobles, les cathos...) mais on arrive à aucun moment à vibrer. C'est dur à dire mais de tension, même dans les moments cruciaux, on ne ressent. On a beau se dire par exemple que la séquence à l'église (qui nous fait d'ailleurs immédiatement penser au Dernier Métro sachant l'intérêt de la Truffe pour le Roberto) va partir en vrille (le boiteux collabo qui suit l'héroïne à la recherche de nouvelles des prisonniers), ben que dalle, on ne vibre point, aucun poil ne se hérisse - en plus, il ne se passe pas grand-chose...

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Dès le départ, dans la même lignée, on a bien du mal à croire à l'idylle entre Giovanna et son voisin résistant... D'ailleurs, après avoir été arrêtée, lorsqu'elle revient chez elle (son amant a été fusillé, elle en a réchappé...), sa première pensée est pour l'état de l'appart et point pour son fiancé. Même si derrière, elle pique une petite crise en disant qu'elle n'est qu'une espionne (elle a été torturé pour qu'on lui soutire certaines informations - ce qui ne fait point d'elle une espionne, comme la rassure ses proches), qu'elle est à deux doigts de craquer et tout et tout, la bougresse a un peu perdu de son potentiel crédibilité... Alors, je vous vois venir, vous allez me dire que Rossellini a tenté, par souci justement de "réalisme", de ne pas faire de ces personnages de résistants des héros bigger than life, qu'il a tout fait pour désamorcer tout éventuel suspense exacerbé pour ne s'en tenir qu'aux faits... Oui, certes, mais on tombe du coup dans un récit qui manque cruellement de sel, de piquant, de consistance. De même, dans ces portraits de la vieille noblesse ou de ces bonnes âmes curetonnes qui viennent en aide à chaque prisonnier, on a bien du mal à discerner de réelles nuances comme si tout d'un coup, comme il est dit en ouverture, tout le peuple italien (à part un sale boiteux défroqué) est venu en aide à ces prisonniers recherchés par la police germano-italienne. On veut bien admettre ce grand élan de solidarité mais on se demande pour le coup si ce n’est pas un peu caricatural comme dirait l’autre et surtout si ce fut vraiment le cas au niveau historique... Mais n'ergotons point, Les Evadés de la Nuit, qui sans être tout à fait déplaisante sur deux longues heures, se suit un peu paresseusement et l'on est forcément déçu tant l'on a frémi devant tant d'autres œuvres du maître. Qui aime bien, châtie etc etc...

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Roads of Kiarostami (2006) d'Abbas Kiarostami

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Vous vous êtes toujours demandé pourquoi on bouffait autant de kilomètres dans les films de Kiarostami ? Voilà le film ultime, pour répondre à toutes vos questions sur la thématique routière dans l'oeuvre du cinéaste iranien. Kiaro nous expose son paysage intime, un paysage fait de routes qui serpentent, un paysage de routes bordées d'arbres, de routes au bord desquelles on peut trouver, au milieu de nulle part, un animal, chien, cheval ou oiseau, un paysage de routes montagneuses qui ne cessent de faire des détours, un paysage de routes couvertes de neige immaculée, ... Sachez-le une bonne fois pour toute, la route, chez Kiarostami, c'est toute une philosophie de la vie, une allégorie continue de notre petite existence avec ses tournants, ses impasses, ses lignes droites, ses rencontres, un voyage perpétuel d'un point à un autre, cet autre pouvant gentiment se confondre avec la mort (Mais Kiarostami est immortel comme ces routes iraniennes qui sont infinies). Après avoir tenté de nous faire pénétrer dans ses photos, dans ses paysages de cailloux, d'arbres épars et de virages divers, Kiaro prend la peine, à l'aide de poèmes ou de quelques mots personnels de nous expliquer cette fascination depuis son plus jeune âge pour ces invitations au voyage. A force de nous montrer ces routes qui vont leur petit bonhomme de chemin à travers les montagnes, on finit par avoir l'impression de rentrer dans l'œuvre d'un peintre abstrait qui tend de plus en plus vers l'épure : pour preuve ces paysages enneigés sur la fin d'où émergent simplement une poignée d'arbres qui prennent étrangement la forme d'un "alphabet naturel" - la référence aux esquisses asiatiques (qu'elles représentent d'ailleurs des paysages ou de simples mots dessinés d'un coup de pinceau) se fait ainsi tout naturellement. Kiarotami nous met sur la "piste" de son œuvre et finit par nous perdre dans ces photos où le blanc prend une place de plus en plus prépondérante... A la fin de ce film, on assiste à l'explosion d'une bombe atomique (cette œuvre réalisée en août 2005 faisait partie d'un festival commémorant, cinquante ans plus tard, les bombes lâchées sur Hiroshima et Nagasaki), une bombe qui vient mettre le feu à l'ultime photo (un portrait de chien sur la neige) avant de la réduire en cendre : un joli raccourci de la poésie cachée, profonde, essentielle de ces paysages réduite en un rien de temps par la barbarie.

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A tout Kiaro

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26 novembre 2016

Couleur de Peau : Miel (2012) de Jung et Laurent Boileau

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Jung, jeune gamin coréen abandonné au lendemain de la guerre, revient sur son adoption en Belgique dans une famille nombreuse. L'originalité de la chose, au niveau de la forme, est de vouloir mêler caméra super 8, dessins (Jung étant lui-même dessinateur), dessins-animés (en 2D ou 3D selon les humeurs) et film documentaire (les images assez cradingues de Jung déambulant dans la Corée contemporaine). Bien sûr, l'ensemble de la chose étant motivé par des thèmes aussi divers que la quête d'identité (pas facile d'être une petite abeille en Belgique... et puis quand même pas de bol d'être adopté en Belgique tout court, non ? Allons, ne tombons pas dans la blagounette à deux balles), la quête d'identité ou encore la quête d'identité (il y en a sûrement d'autres, des thèmes, mais le dimanche matin n'est pas propice à la réflexion). Notre ami Jung, donc, évoque cette petite famille sympathique et accueillante au demeurant (qui adoptera une sixième enfant, une autre petite Coréenne quelques années plus tard), ses conneries (il ment, vole, triche - la fessée ni le fouet n'étaient alors interdit en nos douces contrées occidentales et il devra subir plus d’une fois la colère de sa mater), ses petits délires (sa dérive identitaire vers la culture japonaise plus excitante que la Coréenne - de Goldorak à Kurosawa), son éveil sexuel (très fantasmé, peu transformé).

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Le sujet n'est pas inintéressant en soi, les dessins-animés en 3D possède une certaine patine vintage mais on a bien du mal, à l'image de cette multiplication de supports imagiers qui n'ont parfois pas grand intérêt (toute la partie du retour de Jung en Corée apporte une nouvelle couche d'images mais absolument rien d'intéressant ni esthétiquement ni au niveau du sens), a vraiment décollé de la petite historiette anecdotique. Ah ben oui, pas évident d'être un petit asiatique en Belgique même si à l'époque l'accueil de migrants était vu d’un meilleur œil,  comme une sorte de petite fierté européenne (200 000 Coréens furent adoptés et plusieurs dans le même village que Jung... Ah ben les gens étaient plus sympathiques avant, moi je dis...). Jung peine parfois à trouver un peu sa place dans cette famille « sévère mais juste » mais on en attendait pas moins... Notre petit ami s'évade dans le dessin pour se créer un autre monde et patati et patata, c'est une bien belle leçon de vie pour un public ado mais reconnaissons que ce petit cri identitaire est un peu faible : on en attendait pas moins (et il peine à lier, j'insiste, ce magma d'images). Une œuvre pleine de bonne intention mais malheureusement guère surprenante et un peu fourre-tout visuellement.

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Black Mirror - Saison 3 - 2014-2016

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Petit cadeau de Noël, un épisode long de Black Mirror, la formidable série anglaise entamée l'an passé. On retrouve avec plaisir les ambiances futuristes et fantastiques qui font la marque de ces films, cette façon de montrer un monde légèrement inventé mais très réaliste pour autant, cette façon de pousser loin le bouchon des technologies telles que nous les connaissons pour essayer de voir ce qu'elles peuvent devenir dans le futur, et en quoi elles peuvent devenir dangereuses. Cette fois, les ingénieux auteurs imaginent les méfaits du "coaching mental" : on dédouble les gens pour leur adjoindre un coach virtuel, petite boîte qui gère le quotidien de son maître. Une idée assez fine, et qui permet au réalisateur de jongler avec la virtualité et le réel, dans un ballet qui se veut vertigineux et troublant pour le spectateur. A cette histoire vient s'en méler deux ou trois autres, celle d'un détective cherchant à confondre un suspect, celle d'un conseiller en drague qui suit son élève à distance, celle d'une invention consistant à "flouter" les personnes qui nous sont indésirables (une sorte d'équivalent au blocage sur Facebook, mais dans la vie réelle), celle d'un mystérieux couple de gars perdus le soir de Noël dans une cabane et qui font un bilan de leur vie... Plusieurs histoires que les gars tentent d'entremêler pour faire un quasi long métrage autour de la vérité, la fiction et la subjectivité.

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C'est toujours un bonheur de plonger dans cette série, très pro, dotée de moyens à la hauteur de ses ambitions, bien jouée, et à l'imagination débordante. On tique pourtant souvent devant cet épisode "hors-série" ; peut-être parce que les épisodes, trop hétéroclites, ont du mal à s'accrocher les uns aux autres ; peut-être parce que le bouchon est poussé un peu loin dans l'uchronie qui est la marque de l'ensemble et qu'on a du mal à croire à la possibilité de ces inventions infernales ; peut-être parce que pour cette fois, les effets spéciaux et la mise en scène paraissent légèrement ringards et cheap. On ne sait pas vraiment, mais ça ne fonctionne pas vraiment, surtout à cause de l'acteur principal, Jon Hamm, qui en fait beaucoup dans son imitation du flegme britannique. Ses interventions comme instructeur, toasts en main qu'il déguste avec cynisme, sont très mal mises en scène, on voit les écrand verts et on a du mal à croire à cet univers clinique mis en place. Pareil pour les personnages "bloqués" : ils sont filmés dans une sorte de brouillard fantomatique qui leur donne l'aspect d'un spectre, ça manque de crédibilité et on se dit qu'il y avait sûrement d'autres idées visuelles à trouver pour montrer ça.

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Malgré ça, reconnaissons que la série est toujours aussi fun et ambitieuse. On est épaté par les idées, sinon de mise en scène, en tout cas de scénario, qui nous malmène de twists en rebondissements, et on est franchement scotché à l'écran en attendant de voir quelle surprise on nous réserve. Ça suffit à notre plaisir, allez, même si on préfère le format court, mieux adapté à cette série complexe. On attend la suite avec impatience.  (Gols 22/04/15)


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Après cette petite mise en bouche que constituait cet épisode intitulée White Christmas (qui fermait la saison 2... ou annonçait la saison 3, on va pas ergoter), c'est un vrai plaisir de retrouver une nouvelle saison constituée de 6 épisodes faisant toujours la part belle aux "soi-disant" avancées technologiques (à grands coups de greffe dans le système nerveux ou au niveau des globes oculaires) et au développement exponentiel des réseaux sociaux. Revenons tout d'abord juste quelques minutes sur cette histoire mettant en scène le héros de Mad Men, Jon Hamm (un peu en free-lance, je le reconnais, avec son petit sourire diabolique dont il abuse) : il est en effet bien dommage d'avoir voulu faire du "3 en 1" avec un récit composé de trois parties principales (la drague assistée, la gestion de ces "petites voix" qui viennent se "greffer" sur des individus et se révèlent parfaits pour gérer la domotique et enfin la confession d'un homme au lourd passé). C'est certes assez ambitieux de vouloir mêler ces trois récits avec comme fil conducteur Jon Hamm, en parfait manipulateur, et ce pauvre type taiseux mais aux agissements douteux, seulement les transitions entre les trois parties, pour ne pas dire les trois univers, semblent parfois bien superficielles pour que la mayonnaise prenne. Les effets spéciaux, comme le soulignait mon camarade, sont qui plus est un peu kitschs (dans la deuxième partie) et même si ces "esprits électroniques" prenant la forme d'homoncules (je ne pensais pas un jour écrire ce genre de phrase) sont des gadgets assez rigolos, avouons que cette parenthèse dans l'histoire est un peu longuette... L'épisode tente, un peu comme d'habitude me direz-vous et comme le souligne plaisamment le générique de fin, de jouer de la mise en abyme dans la mise en abyme (...) mais l'on sent que la logique de l'ensemble et la fluidité entre les différentes composantes du récit sont un peu tirée par les cheveux. Bien.

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Revenons donc à cette toute nouvelle saison avec un premier épisode (Nosedive) qui traite plaisamment de l'abus des réseaux sociaux (quand la personne virtuelle prend le pas sur la personne réelle... un classique), un deuxième (Playtest) qui nous fait pénétrer dans l'antre de la peur (virtuelle, là encore... l'abus de jeu vidéo pouvant se révéler éminemment dangereux pour la santé), un troisième (Shut up and dance) qui met en garde, notamment, contre les dangers de la masturbation devant son écran (un épisode assez "fun" au niveau de l'action avec ce terrible maître chanteur mais un final beaucoup plus glauque et sérieux), un quatrième (San Junipero) qui devrait plaire aux fans de romances mâtinées eighties (les années 80 décidément très à la mode sur le petit écran) (quand la virtualité ouvre la possibilité à une vie amoureuse (?) éternelle), un cinquième (Men against fire) qui démontre à quel point le monde virtuel peut augmenter l'agressivité de nos chers combattants (en les manipulant, forcément, mais c'est de bonne guerre...) et un dernier (Hated in the Nation) qui mêle sur 90 minutes (Je rejoins mon camarade, une heure sied mieux à chaque épisode) des abeilles électroniques devenant aussi menaçantes que des oiseaux hitchcockiens (reste à savoir si celles-là sont "téléguidées"), l'aspect une fois encore effrayant de la puissance des réseaux sociaux et une jolie réflexion sur le fait d’avoir à assumer la responsabilité de chacun de nos actes (rien moins que cela). La série, bien sûr, se fait toujours un plaisir de distiller les petits twists, attendant souvent les cinq dernières minutes pour livrer toutes les ficelles de la chose. On s'amuse parfois de ces rebondissements des plus surprenants (épisode 2 et 3) mais on finit aussi un peu, à l'usure, par deviner à l'avance certains retournements (épisode 5 et 6).

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J'ai bien aimé pour ma part l'indéniable légèreté, au niveau du traitement de l'histoire, du premier et du quatrième épisode même s’il y a quelques facilités (la routarde à la coule, l’abus de coucher de soleil…) et une « morale gentillette ». L'héroïne de Nosedive, totalement obsédée par son système de notation via le réseau social, se révèle finalement aussi cruche que touchante. Quant au couple de San Junipero, il possède clairement son petit pouvoir d'attraction – avec en prime, des seaux de tubes vintage qui devrait plaire à mon comparse, ex king des dance floors en Auvergne. Playtest est assez malin (dommage là encore que certains effets spéciaux semble avoir été réalisés sur un Atari première génération) avec tous ces twists infernaux qui s'enchaînent sur la fin (un petit côté Inception pas si déplaisant) ; Shut up and dance reste, disons-le franchement, sans doute le plus speed et le plus jouissif de la série (on regretterait presque ce final, moralisateur à fond). Le cinquième épisode repose sur une seule (et belle) idée visant, disais-je, la maline manipulation de nos gars de l'armée (moins ils ont à réfléchir, plus ils sont efficaces, je l'ai toujours dit) mais reste un peu court en bouche sur une heure. Le dernier épisode a enfin également son lot de bonnes idées (quand se cacher derrière son écran pour cracher sa haine finit par se retourner contre soi ; l'idée, également, de cet état, qui sous-couvert de "principes écologiques" se fait bigbrotherique - pour le bien de tout le monde, of course) mais laisse traîner des ficelles un peu grosses pour effectuer sa petite démonstration morale. Une série qui se joue de notre monde de plus en plus virtuel avec des scénarii toujours aussi retors et même si l'on finit parfois par deviner les "petits gimmicks" de Charlie Brooker (créateur et scénariste de la série), on prend tout de même un vrai plaisir à se plonger à chaque fois « les yeux fermés et l’esprit ouvert » dans ces univers intrigants où tout peut advenir.  (Shang 25/10/16)

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Je dirais que cette série tend méchamment à prendre la grosse tête. Après les épisodes ciselés des premières saisons, qui avaient le mérite de durer exactement le temps qu'il fallait qu'ils durent, voici les épisodes mile fois trop longs, trop friqués et pas assez travaillés de la saison 3. Certes, les postulats de départ sont intéressants, quoi que tournant toujours autour des mêmes sujets : Facebook c'est pas beau, la virtualité c'est mal. Mais on apprécie, en général, le corps de chaque épisode, la thématique qu'il propose, depuis la quête du "like" à tout prix à la vision toute subjective du migrant, depuis la dangerosité des jeux vidéo jusqu'aux... abeilles tueuses. Les gars ont de bonnes idées de base, rien à dire, et savent trouver la petite histoire qui saura le mieux ilustrer leur propos. Ainsi, le milieu de chaque film est intéressant, mis à part l'épisode clicheteux et niais du retour dans le passé, qui ne dit rien, ne tente rien, et se contente de copier l'esthétique de Retour vers le futur.

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Mais, je ne sais pas, est-ce que les auteurs sont victimes du succès, est-ce que leurs envies de cinéma leur montent à la tête, ... ? Pourquoi faire des épisodes d'une heure quand le sujet nécessite une demi-heure ? L'épisode 2, par exemple, est longuissime, avec ses 20, premières minutes complètement inutiles et son dénouement laborieux. Pareil pour le meilleur épisode, celui sur les migrants, qu'ii n'arrive pas à conclure, qui s'étire jusqu'à plus soif. Le troisième n'en finit plus, et on se lasse très vite de ces coups de théâtre enchâssés les uns dans les autres. Seul le dernier semble avoir sa bonne durée (1h30 pourtant). Les auteurs se cherchent beaucoup au niveau du ton également, comédie, film d'horreur, anticipation, romance. Je sais bien que le principe de la série est d'être hétéroclite, mais le premier épisode aurait été beaucoup plus efficace s'il avait pris le risque d'être sérieux, et ce ton ironique, cette actrice de boulevard, amoindrissent le propos. En gros, on ne trouve jamais la bonne distance, trop sérieux ou trop distancé (l'épisode très bancal des jeux vidéo). Convaincus de leur bon droit, les créateurs du bazar tapent tous azimuts, et échouent à rendre la série audacieuse et glaçante, comme elle l'a été jadis (souvenir effaré de l'épisode 1, et du cochon qu'on encule..). Ils préfèrent craquer leurs thunes dans des effets spéciaux (pas terribles) plutôt que de se pencher sur le sérieux de l'écriture, sur le ton, plutôt que de devenir une série adulte. Black Mirror a vécu, dirais-je, et c'est dommage de voir tant d'imagination gachée par l'ambition de ses créateurs. On aurait pas dû leur dire que c'était bon.   (Gols - 26/11/16)

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Le Teckel (Wiener-Dog) (2016) de Todd Solondz

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Il y avait chez Solondz un certain comique pince sans rire. Tout cela s'est transformé en une sorte de cynisme morne rendant ses historiettes plus ennuyeuses que piquantes. On assiste ici à quatre histoires, mettant en scène quatre âges de la vie avec, en fil rouge, un teckel. Ce dernier va être la joie d'un jeune garçon avant de choper une sale gastro à cause d'une barre de Granola (la joie dure peu, la gastro plus longtemps - à table...), puis va réunir un couple de trentenaires un peu neuneus et perdus ; il va ensuite, le pauvre, servir de "bombe animale" pour un Danny De Vito au bord de la crise de nerfs (prof nul, scénariste à chier, vie de merde) qui décide de tout faire péter. Il va enfin servir de compagnon (répondant au doux nom de Cancer) auprès d'une vieille dame aveugle mal entourée (sa petite-fille vient la voir tous les trois ans pour lui demander du pognon). On finira dans la liesse et la bonne humeur, notre cher teckel se faisant salement écraser. On le voit, Solondz déprime en attendant tranquillement la mort et nous fait partager sa chienlit. C'est une posture qui n'est pas forcément inintéressante en soi mais qui malheureusement donne un cinéma terriblement plan-plan, pour ne pas dire tout bonnement plat.

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Qu'il s'agisse d'une Julie Delpy (c'est moi ou elle a pris trente kilos depuis sa dernière apparition ?) raciste et menteuse, d'un type paumé et drogué aux paupières mauves, d'un Danny de Vito triste comme une saucisse de hot-dog ou d'une Ellen Burstyn sur la pente, on ne peut pas dire que les personnages de ces différentes histoires soient franchement attachants. On pourrait se réjouir de ce petit jeu de massacre humain où chaque personnage mène une vie au ras des pâquerettes mais le manque de relief de la mise en scène, l'absence de dialogues relevés ou encore le comique ultra low-key pour ne pas dire au ras du bitume (un travelling de cinq minutes sur la chiasse du toutou s'imposait-il ?) ne poussent pas vraiment le spectateur à l'extase. On suit ces petites histoires tristounes en se demandant l'intérêt que peut avoir le gars Todd à nous montrer tout le pathétique de ses non-héros (la seconde partie se finit bien sur le fil et l'on passe rapidement à autre chose comme s'il ne fallait pas abuser des bonnes nouvelles) : peu de surprises, peu de rire, ce chien-saucisse tire en longueur et a autant de goût qu'un hot-dog froid... Le mordant de Todd semble définitivement appartenir au passé.

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La Loi de la Jungle (2016) de Antonin Peretjatko

"Sache qu’en France, il n’est pas nécessaire de s’y connaître dans un domaine pour en avoir la responsabilité. Par exemple le ministre de la Défense, tu crois qu’il sait faire du tank."

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Je dois reconnaître que j'avais une certaine hâte de découvrir le dernier film de Peretjatko qui nous avait régalés avec La Fille du 14 Juillet. La présence de l'inénarrable Macaigne et de l'ouragan Vimala Pons (c'est pas moi qui le dis, c'est le générique ; j'en profite pour faire passer un message personnel : Vimala, tu passes à la maison quand tu veux) venait forcément renforcer cette envie : Macaigne, l'acteur au timbre de voix si fragile capable de sortir l'air de rien la meilleure répartie de l'année (ci-dessus... Je ne m'en lasse pas et y suis d'autant plus sensible depuis que je traîne depuis peu (pour un temps que j'espère le plus court possible) dans le fonctionnariat frenchy) et Pons, l'actrice explosive aussi sensuelle nue qu'habillée (oui, bon, je me comprends). Peretjatko nous amène au cœur (sombre) de la jungle guyanaise pour une petite balade aussi absurde (pour ne pas dire buñuellienne) que burlesque. On rit de ces multiples vignettes mettant en scène nos deux bras-cassés (l'une, surnommée on ne peut plus à-propos Tarzan, l'étant un peu moins que cette châtaigne (tout autant bien nommé) de Macaigne – les femmes au pouvoir, once again, en 2016) ainsi que cette petite critique en creux de notre bien bonne société française.

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Peretjatko fait une nouvelle fois retentir la Marseillaise dès le générique, une Marseillaise qui sonne comme l'hymne d'un pays qui part à vau-l'eau : Marianne Républicaine lâchée en pleine jungle (sociale), à l'image de nos deux héros, stagiaires (les derniers capables d'agir) lâchés sur le terrain pour des projets sans queue ni tête (un pont reliant le Brésil et la Guyane interdit aux voitures, une station de ski en pleine jungle ou une jungle au Groenland) pendant que les grands décideurs organisent des tables rondes avec des financeurs à la con (Qatari, Chinois, représentants de fonds de retraite...). Les petites piques contre nos chères institutions et  administrations (un huissier et ses assistants "musclés") ou nos chers cadres d'entreprises (bien aimé ce type de la SCNF avec son fromage blanc dans la tête... aussi compétent après trépanation qu'avant) sont légion. Mais l'essentiel du film repose sur le ressort comique de notre duo de choc totalement perdu en pleine jongle. Sous un climat merdique (belle performance physique de nos deux jeunes acteurs qui mouillent leur chemise), dans un environnement hostile (serpents, insectes et autres crocodiles fourmillent), on sent que l'on a affaire à deux jeunes qui nen veulent, prêts à tout pour aller jusqu'au bout de leur mission - le fameux rapport de stage étant l'incontournable sésame (ou pas) pour une future carrière... Forcément, cette promiscuité forcée finit par déraper (l'abus d'aphrodisiaque étant dangereux pour la santé, sauf en présence de Vimala Pons) et Peretjatko trousse quelques saynètes très chaudes - et humides - dont cette séquence d'anthologie où Macaigne mord à pleines dents la petite culotte blanche d'une Vimala excitée comme une puce tropicale... On sourit souvent même si (ah ça y est, nous voilà au petit tournant critique) on est parfois un petit peu déçu par la répétition intempestive de certains gags, par des dialogues un peu paresseux (des pépites, certes, mais pas de feux d'artifice tout du long), des personnages un peu grossiers (le huissier échevelé, Légitimus en employé subalterne tout en mimiques...). Le montage un peu heurté, la bande musicale très riche (Jean-Michel Jarre, de Dieu, fallait oser !) mais parfois mixée façon bouillie (une tentative de varier les ambiances qui frôle parfois le brouhaha sonore), une image pas toujours très lumineuse font notamment un peu tiquer. On applaudit certes à deux mains les audaces de Peretjatko avec cette comédie hors-norme et hors des sentiers battus mais cette fois-ci on y mettra peut-être pas tous les doigts - et je n'ouvre pas de parenthèse... Foufou, drôle, déjanté, sensuel mais avec aussi d'évidents petits problèmes dans la finition.   (Shang - 05/11/16)

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Ne faisons pas la fine bouche : c'est top. La Fille du 14 juillet était excellent, mais n'arrivait pas à dépasser la comédie française d'auteur fauchée. Celui-ci va beaucoup plus loin tout en cachant soigneusement ses moyens, et si il est vrai que certains gags sont ratés, certains rythmes trop lents ou certains personnages un peu lourds (l'huissier, on est d'accord), cela fait partie du charme de la chose. La maladresse et l'amateurisme sont des obligations dans ce cinéma qui garde tout, le bon comme le mauvais, le trivial comme le sur-intello, le populaire comme l'érudit. La Loi de la Jungle, c'est, disons, L'Homme de Rio, Jour de Fête, Le Gendarme à Saint-Tropez, le tout filmé par le Jean-Luc Godard déconneur de Pierrot le fou et de Une Femme est une femme. Pas moins. On y côtoie des acteurs grand public comme Pascal Légitimus, et des acteurs intellos comme Mathieu Amalric ; on peut aussi bien y voir une critique acerbe de la colonisation ou du racisme, du kung-fu, du film d'aventures et du jeu de mots débile ; on y passe autant de temps à travailler un faux raccord intempestif, qui reproduit plusieurs fois de suite le même mouvement, qu'à y balancer du gros gag bien lourd. Une sorte de comédie totale, qui rassemblerait en un seul film toute l'histoire de la comédie française, de la plus bas-du-front à la plus raffinée. Et ça marche à mort. On se gondole comme des bossus devant les pitreries pas toujours très fines de nos deux héros, embarqués dans une aventure qui évoque nos samedis soirs d'antan, dans un grand souffle anar qui se moque complètement de l'incongruité de son esthétique.

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C'est potache, mal fait, lourd, et en même temps complètement tendance, travaillé avec une fausse nonchalance, et léger comme une plume. Il y a, par-ci par-là, de vrais grands morceaux de cinéma, comme dans les portraits de Vimala Pons que mon collègue énamouré a ajouté à sa chronique, comme ce travail très précis sur le puzzle sonore (à mon avis, très belle idée que de faire se téléscoper les morceaux de musique, comme le Godard des premiers temps, encore une fois), ou comme ces jeux avec le cinéma et la pellicule. On y découvre en plus une critique virulente de la société bureaucratique, et des portraits d'expats absolument fendards (Amalric, en cow-boy arrivé au bout du monde façon commandant Kurtz). Il faut certes en passer par des scènes moins réussies, plus lourdaudes, et Peretjatko se laisse même aller, à quelques reprises, à une bluette sentimentale moins inspirée. Mais le gars affine son style avec brio, ressucite sans complexe Belmondo et Pierre Richard, et livre la comédie la plus fraîche, la plus décalée et la plus satisfaisante de l'année. Conquis.  (Gols - 26/11/16)

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24 novembre 2016

Brooklyn Village (Little men) (2016) d'Ira Sachs

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Tout comme le précédent film d'Ira Sachs (qui avait laissé mon compère de marbre), Little Men possède une petite musique intime bien à lui, distille des instants d'une belle fraîcheur, pour ne pas dire d'une belle candeur, et se clôt en douceur avec une petite pointe d'émotion. Il est clair qu'au niveau de la mise en scène Sachs ne va pas révolutionner le cinéma mais sa direction d'acteurs toute en petites nuances, son sens de la précision au niveau de l'écriture et du montage, permettent de passer un bien joli moment. Certains pourraient trouver cela un peu fade, d'autres se contenteront de cette petite bulle d'innocence retrouvée.

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Le récit s'intéresse donc à l'amitié naissante entre deux jeunes gens, l'un Jack, qui dessine à ses heures, n'ayant d'yeux (et pour le coup je ne vous fais pas un dessin - Sachs aura la pudeur de ne pas en faire non plus) que pour Tony, son nouveau voisin, qui rêve, lui, de devenir acteur - et se passionne pour une chtite de sa classe de théâtre. Little Men raconte donc ces amitiés particulières entre nos deux ados qui traînent ensemble, se déplacent ensemble (l'un en trottinette, l'autre en rollers : sans doute les passages les plus aériens et aérés du film), discutaillent ensemble, jouent aux jeux vidéo ensemble. Jack est le plus effacé des deux, se concentrant souvent sur ses dessins (sans doute aussi pour que son regard ne se fasse pas trop pesant sur son ami), Tony est le plus hâbleur, aimant se donner à fond durant ses classes "d'acting". Une amitié sincère et tendre lie nos deux petits gars pendant qu'en toile de fond la situation se tend entre leurs parents respectifs : suite à la mort du grand-père de Jack, les parents de Jack ont déménagé dans son appart de Brooklyn qui surplombe le magasin de la mère de Tony ; si le grand-père (très proche de cette dernière) lui laissait le magasin pour une bouchée de pain, les parents de Tony veulent fortement augmenter le loyer (c'est la crise pour tout le monde, ma bonne dame). Nos deux petits gars vont tenter d'infléchir la situation en résistant à leur manière (ils ne causent plus à leurs aînés), mais cela va-t-il être suffisant, hein ?

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Bon, les enjeux du film ne sont pas intellectuellement ultra lourds, reconnaissons-le, mais Sachs parvient en quelques scènes à nous rendre attachants ces jeunes gens et leur petite vie d'ados rêveurs (tous deux souhaitent poursuivre leur carrière d'artistes en herbe : l'âge de tous les espoirs) dans ce Brooklyn ensoleillé : bien aimé en particulier cette petite séquence où Jack et Tony se rendent dans une sorte de boîte pour djeun's bon chic bon genre ; Tony se déhanche (pendant que Jack reste penaud au comptoir avec son verre de lait fluo) devant la chtite qui "l'attire" et cette dernière, en deux phrases, le renvoie dans sa base (toute ma jeunesse concentrée en trente seconde). C'est sobre, soft, efficace, une petite scène qui résume parfaitement tous les micro-drames de cet âge (Jack assistant impuissant aux amours naissantes de son "ami" qui se prend lui-même gentiment  un joli râteau - l'âge des possibles où rien ne l'est vraiment. D'ailleurs la stratégie mise en place par les deux ados pour faire "craquer" leurs parents respectifs pour qu'ils trouvent une solution à l'amiable se montrera finalement totalement inefficace... Signant d'ailleurs leur séparation – et l’on referme la parenthèse). Un cinéma qui avance à tâtons, sans prétention, qui ne cherche point à donner de grandes leçons, juste à trouver le ton juste de ce micro-équilibre des relations adolescentes. Frais et léger, donc.

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23 novembre 2016

Le Jour où le Cochon est tombé dans le Puits (Daijiga umule pajinnal) (1996) de Hong Sang-soo

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Dès ce premier film, on est confronté aux finauds rouages de la structure narrative des films de HSS. Quatre histoires se suivent, quatre histoires mettant en scène à chaque fois l'un des quatre personnages principaux, quatre histoires finement inter-reliées entre elles - même si on ne voit pas toujours à première vue les relations qui les unissent. Le cinéaste, pour la faire courte, raconte l'histoire d'un écrivain partagé entre deux femmes, une femme mariée qu'il aime (Bo Geyong) et une petite ouvreuse de cinéma qu'il fréquente (Min-Jae) simplement. Si la femme mariée semble ne pas franchement savoir sur quel pied dansé (elle ne revient véritablement vers son amant que lorsqu'elle se rend compte que son mari, le quatrième homme de l'histoire, la trompe), Min-Jae est profondément amoureuse de l'artiste mais voit ses espoirs vite déçus : elle finira par se rabattre sur une petite frappe prêt à tout pour être avec elle... Une situation explosive qui tendra vers la tragédie sanglante - ce qui, notons-le, n'est pas franchement commun dans l'univers du cinéaste coréen.

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Que dire de cette première mouture ? Eh bien qu'elle est bien agréable et qu'on s'y amuse à trouver des motifs qui reviendront constamment dans l'œuvre de HSS : le pétage de plomb sous alcool (c'est une petite serveuse qui en fait les frais mais notre héros tombe sur un bec), le coït court, "classique" et triste (Heureusement que Park Chan-wook nous rassure un brin sur l'esprit créatif de ses compatriotes au lit), le rêve que l'on ne voit pas venir et qu'on a méchamment du mal à capter sur le coup (Bo Geyong se voit morte - ce qui crée un certain froid dans le récit) ou encore les multiples petits personnages secondaires que l’on entr’aperçoit au cours d’un récit, pour ne pas dire les simples figurants, qui, dans le récit suivant, finissent par tenir un rôle central... Dès ce premier film, le cinéaste montre un certain attachement aux êtres pathétiques (les hommes en général...), aux mésaventures pitoyables (l'homme marié et la prostipute à deux boules... et l'examen de dépistage qui s'en suit), aux histoires d'amour qui partent méchamment en vrille (peu d'échappatoire dans ce récit où tout le monde finit dans une impasse... ou dead). Le seul petit vrai instant de joie, de bonheur complice, pourrait se situer lors du premier coït entre Bo Geyong et l'écrivain - et encore, dirais-je, pas sûr que sur le coup celle-ci soit vraiment « à fond » et conscient de ce petit instant de grâce. Même s'il y a peu de grand morceau de bravoure au niveau des dialogues, on reste constamment concentré sur ce récit tant l'on connaît la capacité de HSS, en une demi-seconde, à brouiller les pistes, à nous entraîner sur un chemin qui bifurque. Première tentative et premier essai réussi chez un cinéaste s'appuyant sur des ressorts narratifs originaux - de véritables sillons dramaturgiques qu'il creusera durant les vingt années suivantes.

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22 novembre 2016

Cache-Cache pastoral (Den-en ni shisu) (1974) de Shûji Terayama

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Trois ans après le "relevé" Empereur Tomato Ketchup (rien que le titre donne envie), Terayama nous entraîne dans ce songe aux images absolument éblouissantes (bien que l'abus de filtres puissent être parfois dangereux pour la santé... mais dans les seventies, tout le monde sait bien que la vie était arc-en-ciel) et au rythme lancinant (non ce n'est pas un western...). On découvre, au plein milieu du film, qu'il s'agit de l'enfance-même du cinéaste qui vient de visionner les premières bobines de son film... avant de rejoindre l'univers de son héros (comme une sorte de Rose pourpre du Caire inversé pour les fans de Woody qui aimait tant lui-même confronter son moi adulte au moi enfant). Visuellement, le film est une belle réussite, nous plongeant à la fois dans la torpeur du Japon d'après-guerre et dans un monde étrange, surréaliste par moment, comme s'il s'agissait de mettre sur la toile une enfance fantasmée, déformée, "imaginée". Toutes sortes de personnes inquiétante peuplent cette vision du passé (des grand-mères borgnes aimant propager de sourdes rumeurs, une prostituée un peu perchée errant avec son enfant qu'elle se verra pousser à noyer, des artistes de cirque résolument bizarroïdes (ainsi cette grosse femme fellinienne dans son habit gonflable...)…) et notre jeune narrateur d'essayer de se frayer un chemin parmi ce petit monde d'outre-tombe. Devant subir une mère un rien possessive, notre jeune héros rêve de s'enfuir avec sa voisine... Il y parviendra dans un premier temps avant de rétablir la "vérité" (et de proposer une nouvelle version de son récit) : cette dernière, en fait, s'est fait la malle avec son amant avant de commettre un double suicide... Vous allez me dire, ô mon Dieu, tout cela a l'air un peu brouillon au niveau de la trame narrative... Cela l'est forcément puisqu'il s'agit d'un voyage dans le temps qui fait la part belle aux fantasmagories diverses. Au spectateur de prendre plaisir (ou pas) à se perdre dans cette incroyable vision cinématographique éminemment poétique.

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Terayama se joue du temps et multiplie les références aux horloges (dont celle qui est cassée, dès le départ du film) ou encore aux montres, insistant sur des moments suspendus ou des instants à jamais perdus. Son film graphiquement assez saisissant (ces paysages volcaniques dans lesquels se perdent ses personnages) se plaît aux mélanges des genres offrant de véritables tableaux sous l'influence d'un Dali nippon ou des séquences débridées et dénudées (notre jeune héros finissant notamment par se faire littéralement violer par cette prostituée devenue classieuse et on ne peut plus entreprenante). Au final, sans vouloir essayer d'enfouir le film sous les références (Tarkovski, Fellini, Jodorowsky...), Terayama offre une œuvre puissante, parfois un brin déstabilisante, certes (on ne possède pas forcément tous les codes de cette vision ancrée fortement au Japon et dans ses légendes), mais qui épate par sa maîtrise formelle, seulement trois ans après le foutraque et doux-dingue Empereur du ketchup... Un objet étrange et pénétrant du septième art qui a sa place au rayon des films ovni rétrospectifs...

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Sommaire nippon

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21 novembre 2016

Cas no 1, Cas no 2 (Ghazieh-e Shekl-e Aval, Ghazieh-e Shekl-e Dou Wom) (1979) d'Abbas Kiarostami

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Intéressant dispositif mis en place par Kiarostami : un prof, une classe, des élèves. Pendant que le prof dessine un truc au tableau, un élève du fond s'amuse à faire du bruit. Au bout de la douzième fois, le prof perd patience et vire les sept gars des deux derniers rangs. Soit l'un d’eux dénonce le coupable et il sera réintégré à la classe (Cas no 1). Soit les sept devront attendre une semaine dans le couloir avant leur réintégration (Cas no 2). Après avoir montré chacun des deux cas succinctement filmés, une foule de personnes (parents d'élèves, ministres, éducateurs spécialisés, artistes, journalistes...) est amené à réagir de façon concise sur ces deux cas. Faut-il dénoncer le perturbateur, faut-il faire acte de résistance, faut-il ?

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On sent bien que le film se déroule peu de temps avant la révolution islamique tant la parole est libre, dialectique, pesée. Si quelques parents sont prêts à défendre l'élève qui va dénoncer le perturbateur (je travaille pour que mon fils aille à l'école pas pour qu'il se branle la nouille, grosso modo), la plupart s'oppose au professeur (incapable d'intéresser ses élèves, c'est lui qui est responsable de cette enviede perturber le cours ; de plus, il place délibérément ses élèves dans une position difficile (dénoncer ses pairs ou rater la classe) plutôt que de trouver une solution par lui-même) ou cherche à défendre la solidarité entre les sept élèves. Comme le dit très justement un responsable religieux en citant le coran : il vaut mieux ne pas condamner un coupable que d'accuser un innocent (à méditer, la religion islamique possède des ressources infinies...). On retrouve d'ailleurs ce même esprit qui prévalait dans le joli moyen métrage qui se déroulait également à l'école : ne pas encourager les élèves à dénoncer leur camarade était une vraie profession de foi chez le principal. Du même coup, même si les avis différent sur de nombreux points, il y a ce souci général de ne pas chercher à bâtir une société construite sur l'esprit de délation. Certes, l'étudiant perturbateur a ses torts... Mais le prof a également les siens dans cette situation et il ne remet en cause ni sa pédagogie (chiante comme la pluie) ni cette curieuse décision qui consiste à forcer un élève trahir ses camarades, ses pairs... Les avis foisonnent et l'on est souvent surpris (avec nos petits a priori bêtement occidentaux) de voir de bien belles paroles de sagesse et de mesure venant en particulier d'ayatollah (le diable incarné avec son turban…). Un cas d'école, voire deux, à méditer, chacun des participants à la discussion fournissant du grain à moudre. Vive Abbas, pour sûr.

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 A tout Kiaro

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