Shangols

28 septembre 2016

Suite armoricaine (2016) de Pascale Breton

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Suite armoricaine est un film français, osé, ambitieux, mêlant paysage intime troublé et recherche du paysage (breton) perdu (si cette phrase fait sens, c'est qu'on est en phase, sinon tant pis), une œuvre à la fois limpide dans les faits (le parcours des deux personnages principaux) et relativement fouillé dans ses références artistiques et historiques quant à la conceptualisation de l'espace à travers les âges (il y aurait même peut-être un lien à tisser avec le bouquin de Lang chroniqué précédemment par mon comparse - certaines thématiques du bouquin faisant étrangement écho à celle de cette œuvre cinématographique mais ne nous emballons point, ne l'ayant point lu). Après cette intro un peu lourde, j'en conviens, passons au portrait de ces deux personnages, si vous le permettez : elle, adulte, universitaire, assaillie par le doute, revient sur les lieux de son enfance et de son adolescence et croise les fantômes du passé (ses amis et connaissances d'alors) ; lui, adulescent et étudiant, tente de tirer un trait sur sa mère qui l'a abandonné sans pouvoir véritablement se défaire de sa présence...

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On assiste, parallèlement, à la trajectoire de ces deux personnes en phase de reconstruction : Françoise (magnifique Valérie Dreville à la fois pleine de sagesse et de fêlures) a quitté son mari pour effectuer ce retour aux sources ; si ce voyage dans le temps ne s'effectue pas sans difficultés (pas toujours facile de se remettre en phase avec toutes ces figures du passé, difficile de contenir l'émotion qui la submerge au souvenir de la figure "magique" de son grand-père, véritable sorcier, pour ne pas dire druide, en phase avec la nature), Françoise tend à vouloir retrouver une certaine sérénité, un certain apaisement, aussi bien dans sa relation aux autres qu'au contact avec la nature... Ion, pour sa part, véritable électron libre qui commence à s'ouvrir en fréquentant une fille aveugle (elle lui ouvre les yeux si vous voyez le clin d'œil symbolique) va d’abord se retrouver "au fond du trou" (il se retrouve sans logis et se retrouve à dormir dans les recoins d'une bibliothèque) avant de trouver le chemin de la rédemption (après le deuil "moral et réel" de sa mère, il trouvera en Françoise une sorte de mère d'adoption - cette chère Françoise, qui lui ouvre les yeux artistiquement et humainement). Présentée comme cela, vous allez me dire que la chose paraît un peu lourde... Un poil. On prend tout de même un certain plaisir à se perdre dans les circonvolutions empruntées par le récit (l’utilisation des flashs-back est assez audacieuse), le fil conducteur (l'évolution personnelle des deux personnages principaux) demeurant, lui, tout de même relativement facile à suivre. Au final, un objet cinématographique original qui aime à emprunter les chemins de traverses (artistiques, historiques, géographiques) pour nous décrire au mieux les états d’âme de ces deux individus. Ambitieux, disais-je, et joliment monté et mis en scène... Une auteure à suivre, forcément.

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Judex (1963) de Georges Franju

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Il y a quand même quelque chose de jubilatoire dans ce Judex. Les quinze premières minutes sont proprement éblouissantes, Franju plantant l'atmosphère avec une mise en scène et des cadres proprement parfaits au service de ses personnages : le banquier véreux, le secrétaire à la crinière et la barbe blanche qui ne parviennent point à cacher un oeil malicieux, le détective pataud Coquentin qui ferait passer d'entrée de jeu Jean-Pierre Léaud, chez Truffaut, pour Sherlock Holmes, la jeune fille (Edith Scob) à l'allure de colombe blessée, tout ce petit monde s'observe, est observé, alors qu'une curieuse lettre accusatrice signée Judex circule de main en main ; le banquier a jusqu'au lendemain pour avouer ses crimes sinon gare ! Arrive alors la fameuse séquence de bal costumé sur la somptueuse musique de Maurice Jarre, de curieuses têtes d'oiseaux se jaugent, les douze coups de minuit sonnent et là, le drame totalement inattendu, même après 12 visions, survient. On jubile.

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Ce premier quart d'heure est vraiment magique et même si la suite réserve son lot de rebondissements (invraisemblables souvent) et de séquences de bravoure, on demeure sous le charme de cet incipit aux petits oignons. Il est vrai qu'ensuite le scénario part un peu dans tous les sens, s'attachant de façon sporadique à certains personnages : le vengeur masqué - et déguisé - Judex et sa cohorte d'hommes en noir (et de bergers allemands - on repense aux aboiements terribles des chiens dans Les Yeux sans Visage), la délicieusement perverse et polymorphe Francine Bergé (fantômette, nonne, fille de guinguette ou grande dame en tenue de soirée), le brouillon Coquentin avec son chtit assistant d'un jour, la divine Silva Koscina (Daisy) quasiment nue et sexy en diable en trapéziste ; le combat entre les deux femmes sur le toit, l'une gainée de noir, l'autre de blanc plaque d'ailleurs sur le visage un sourire imbécile de plaisir. On ferme les yeux sur les grosses ficelles du scénar et les coïncidences un peu téléphonées (- Je vais te tuer vieillard ! - Mais non, Diable, tu portes la bague que je t'ai donnée à ta naissance ! - Ciel, je suis donc ton fils !) en savourant ce récit d'aventures feuilladien comme on en fait plus, comme on ne sait plus en faire, bah va...

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Le noir et blanc, définitivement, permet au film de vieillir cent fois moins vite que Nuits Rouges et les vieilles caisses (l'ambulance, démentielle) du début du siècle donnent au film un vrai cachet. Certains dialogues sont d'une vraie drôlerie - Coquentin qui narre ses histoire à la petite fille, squeezzant complètement son taff -, certaines situations sont tordantes (les menottes qui surgissent de l'intérieur du bureau alors que le bandit tente d'ouvrir un coffre), d'autres impressionnantes (les hommes en noir qui gravissent cet immense mur) voire pleines de poésie (la jeune fille en blanc abandonnée en route par les malfrats et sur laquelle veille un vaillant berger allemand sorti de nulle part). Franju nous trimballe d'un lieu à un autre (le château, le ptit bal popu, le bon vieux village de campagne, la maison délabrée, le caveau inquiétant...) avec une véritable aisance et ponctue ses différentes séquences de quelques intertitres par pure nostalgie. Nan, franchement, devant Judex je resterai toujours perplexe et bienveillant.  (Shang - 07/01/09)

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Ah je suis beaucoup moins emballé que mon camarade sur le coup, et je trouve que le film bénéficie de beaucoup de bienveillance : ses défauts passent pour des qualités, ses maladresses pour des trésors de poésie, mais j'ai bien l'impression que Franju a réalisé là un machin sans rythme, décousu, avec ça et là, c'est vrai, quelques jolies idées mais plaquées comme par hasard sur un film raté. Passons sur le premier quart d'heure, effectivement sympathique (malgré quelques séquences hyper mal rythmées et un acteur en-dessous de tout) : on aime ce bal des oiseaux, quasiment surréaliste, étrange en diable, où tout est figé et effrayant ; ainsi que cette chute, inattendue.

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Mais ensuite, on est assez interloqué par le manque de cohésion de l'ensemble. Chaque scène semble deconnectée de la précédente, on passe d'un personnage à un autre sans logique, et le film est tantôt film d'aventures, tantôt comédie, tantôt drame noir, tantôt polar sans aucun souci d'homogénéité. L'érotisme est assez bon enfant, c'est vrai, et on est ravis d'apercevoir les formes avantageuses et moulées dans un collant noir de la belle Francine. C'est d'ailleurs le seul moment du film où on sent que Franju a voulu faire quelque chose, rendre hommage à Feuillade. Mais pour quelques moments comme celui-ci, il faut se taper des tonnes de scènes poussives, au mieux agréables (les errances d'Edith Scob dans le château), au pire ridicules (les hommes qui grimpent le long du mur, la fameuse scène "non, je suis ton père !", toute la fin)... On a l'impression d'un Cocteau raté, joué au rabais et dépourvu de sève, de vie, de rythme.   (Gols - 28/09/16)

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LIVRE : Au Commencement du septième jour de Luc Lang - 2016

9782234081857,0-3403095Voilà tout simplement mon coup de coeur de la rentrée, une pavasse qui vous amène tout doucement au bout de ses 700 pages sans qu'on ait eu le temps de reprendre son souffle, avec un naturel et une "logique" épatantes. Pourtant, les trois parties qui constituent ce roman son éclectiques, constituant presque 3 livres différents : un ersatz de polar, un semblant de roman champêtre et psychologique, un récit de voyage... Mais il y a un lien évident entre les trois parties, qui fait qu'on est bien dans un seul roman, et qui plus est homogène et qui va droit son chemin : l'écriture, extraordinairement dense, qui donne une cohésion à l'ensemble, et qui est dosée avec une finesse incroyable, fabriquant de grands placards de plusieurs pages sur un détail, sur une pensée, puis tressant des dialoques ou des ellipses qui brassent le temps, les années.

Thomas est chercheur en géolocalisation, peu regardant sur la morale de son taff, un homme d'aujourd'hui dans toute sa splendeur. Mais sa vie bascule quand sa femme a un accident de voiture, sur une route de campagne déserte où elle n'a rien à faire. Qu'est-ce qui l'a amenée là ? Un amant ? un complot ourdi par la concurrence ? Fort de sa compétence en localisation, Thomas enquête, dissèque, extrapole, et toute la première partie est un suspense habile, réseau de recherches décrit dans tous ses détails. Dès le départ, on voit comment Lang sait gérer la ponctuation, le rythme de la phrase, les variations d'ambiance. Passionnante, cette partie, enquête menée par un homme étrangement froid et réfléchi, est presque polardesque, on va de fausses pistes en fausses pistes, et on suit ça bouche bée. Le flot de mots nous attrape et nous emporte comme des mômes, et nous prépare à la deuxième partie, encore plus dense, plus forte, et qui quitte la littérature de genre pour plonger profondément dans le passé de Thomas.

C'est à un voyage au fin fond des Pyrénées, à la recherche d'un frère mal aimé, à la redécouverte de ses enfants, que nous convie cette partie centrale. Et là, le roman passe dans une autre dimension. La nature, cosmique, épouse les circonvolutions de l'âme du narrateur, en même temps qu'on découvre ce frère mutique, au passé mystérieux et lourd. Deux êtres très différents s'opposent sur fond de grands causses et de crevasses, le livre prend des airs de grandes orgues, et on reste soufflé par la précision de l'écriture, qui évite le psychologisme à tout prix, reste toujours du côté de la nature. Le suspense mis en place dans la première partie fonctionne toujours en plein, mais il change de nature : on s'intéresse maintenant aux relations entre ces deux frères, et on guette le moment où ils vont s'entendre, se retrouver, se comprendre. C'est tout aussi tendu. Enfin, la dernière partie nous emmène au Cameroun, sur les traces d'une soeur oubliée. Là, on est dans le récit d'un déracinement, d'un dépaysement, et Thomas se met en danger, intimement et concrètement. Là aussi, le rythme des paragraphes sert ce magma surchauffé, cette tension permanente, et la métamorphose du personnage va se faire dans la violence. Pourtant, le livre se termine sur une note apaisée, réconfortée avec le monde, qui va droit au coeur. Il a fallu tout ce cheminement, moral, géographique, familial, intérieur, pour que Thomas fasse le deuil, efface des années d'erreur et d'errance, et devienne celui qu'il devait être. C'est bouleversant, pudique et en même temps direct, c'est un livre qui vous fait plonger dans le bain, et vous ressort lessivé mais en paix avec le monde. Génial ? génial !

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27 septembre 2016

Conjuring 2 : Le Cas Enfield (Conjuring 2) de James Wan - 2016

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Les films d'horreur se suivent et se ressemblent, je suis très touché par l'aide de mon compère, qui lui permet de constater mon désarroi (mais où est le Grâal ?), et je commence à me lasser, c'est vrai, de découvrir ces films photocopiés, interchangeables et pauvrissimes. Non pas que Conjuring 2 soit inregardable, non, c'est même plutôt amusant dans la mise en scène. Moins de jump-scares, plus de soins accordé aux atmosphères, aux ambiances (et c'est vrai qu'en 2h15, on a le temps de contempler ces atmosphères néo-gothiques et de faire des pauses bière), un montage assez soigné et moins épileptique, quelques clins d'oeil au genre (Amityville...). Wan essaye de changer les façons d'effrayer, d'alterner les longues scènes qui montent doucement et les courtes séquences spectaculaires, et accorde un tout petit peu d'intérêt à ses personnages. Le couple central, notamment, est assez fouillé, bon à l'américaine, hein, mais tout de même, on lui accorde un passé, une biographie. C'est sommaire, ça se résume à "oulala je suis fatiguée de chasser des fantômes", mais il y a une sorte de jusqu'au-boutisme dans les personnages qui est attachante : le gars ira sauver une fillette alors qu'il sait qu'il va y perdre la vie (euh, en fait non, mais bon, il le sait pas).

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Ceci dit, à part ces quelques détails, on s'ennuie ferme, et on constate avec désolation qu'il n'y a toujours, désespérément, incurablement, rien de nouveau sous le soleil. Trop long d'une bonne heure, le film n'est fait que d'une succession de scènes déjà vues qui mèneront gentiment vers la résolution, heureuse, de la chose, vers le climax, la scène plus forte que les autres. En attendant, le monstre fait peur à une famille, sans rien faire de plus, à croire que s'il sortait tout de suite les grands moyens, il serait une tafiole. On avait déjà eu le méchant pêcheur, le méchant orphelin, la méchante nurse, voici la méchante religieuse, mais sinon c'est la même. Ça y va de voix déformées, de fillettes qui lévitent, de bandes retrouvées dans la cave, de recoins sombres et de chaises qui bougent toutes seules, on se contrecarre de ce qui a bien pu se passer dans cette maison, et on se contente de compter les nombres de scènes déjà vues, déjà faites, déjà racontées. On comprend bien que la saveur des contes, c'est d'être racontés des dizaines de fois et qu'on ait toujours peur. Mais là, ça ressemble plus au bruit du tiroir-caisse qu'à celui des veilles de Noël : on reprend les recettes éculées du genre, on reproduit, et on compte les billets d'entrée. Quand arrivera le prochain Craven, le prochain Nakata, le prochain Kurosawa, pleurniche-je ?

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25 septembre 2016

Sinister (2012) de Scott Derrickson

Dans l'attente du retour en pleine bourre de mon comparse, je me suis essayé à aller sur ses terres pour dénicher une perle du film d'horreur. Le fait est qu'on est souvent plus avisé de suivre les conseils de nos chers commentateurs que ceux d'un ami croisé lors d'une soirée... Tu verras, Sinister, ça fout à fond les chocottes. Vision faite, je dois reconnaître que cela fout vraiment les chocottes de voir qu'on réalise encore ce genre de film. Soit donc Ethan Hawk (Hoax ? Une expression, le gars, à base de froncement de sourcils) en écrivain enquêtant sur une sombre affaire de pendaison familiale. Il s'installe, comme il a l'habitude de le faire, avec sa petite famille sur les lieux du crime - histoire de s'inspirer de l'atmosphère, une inspiration qui le fuit un brin depuis son premier succès écrit dix ans plus tôt. Il a du bol, l'Ethan, car il trouve dans le grenier une mystérieuse boite contenant les bandes vidéo de différents assassinats perpétrés ces dernières décennies et non éclaircis. Il te mate les bandes et frémit (mention spéciale pour le meurtre à grand coup de tondeuse, objet plus original que la simple tronçonneuse - malheureusement, le fils de l'inspecteur Derrick qui est donc aux manettes rate tout effet gore potentiel de ce massacre mécanique). Oh mon Dieu, finit-il par réaliser, un étrange individu maquillé à la truelle serait le seul et unique responsable de tous ces carnages ! Un autre mystère est soulevé en cours de route : comment se fait-ce qu'à chaque assassinat un enfant a été épargné et demeure introuvable... Hein, pourquoi diable ?

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Disons le tout de go, c'est ridicule de A à Z. Le premier rire gras a lieu lorsque Ethan, apercevant le tueur potentiel dans les fourrés de son jardin, se saisit d'une batte (perso, j'aurais saisi ma raquette de tennis de table) et va au-devant du danger, seul dans la nuit, en abandonnant toute sa famille inside the house... Bon, ok, notre écrivain est vaillant et naïf, mettons cela sur le dos du whisky dont il abuse un brin. La deuxième rigolade a lieu lorsque les enfants disparus, grimés comme pour un Halloween du pauvre, apparaissent dans le champ, mais en dehors du champ de vision de l'Ethan... Derrickson cherche uniquement à faire frémir le spectateur (la ficelle est grosse) et semble délaisser toute crédibilité de son récit (Ethan sue sang et eau dans les couloirs de sa maison pendant qu'on lui crie, comme au spectacle de (grand-)guignol, Ethan Ethan, dans ton dos, dans ton dos !). Pathétique. On se réserve des larmes de rire pour le final et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est servi : Derrickson nous sert une explication occulto-religioso-salegamino-vidéo qui laisse pantois au niveau du tirage de cheveu. Ni saignant, ni atmosphérique, ni oppressant, ni malin, un truc de genre qui tombe totalement à plat. Ethan et sa batte, tiens, j'en ris encore... sinistrement.

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24 septembre 2016

La Vie des Morts (1991) d'Arnaud Desplechin

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Première œuvre de l'ami Desplechin un peu brouillonne et éclairée à la lampe torche qui paraît comme une esquisse du transcendant Un Conte de Noël. Dès la séquence d'ouverture il est question de couper la branche d'un arbre (généalogique, c’estle symbole) : il ne saura presque pas question d'autre chose, dans ce film, où les morts semblent venir ponctuer les rencontres familiales. C'est l'un des plus jeunes qui, cette-fois ci, s'est mis un coup de fusil et les discussions vont bon train autour des raisons d'un tel acte... ou de l'arrivée au sein de cette grande famille de la fiancée de Bob (Emmanuel Salinger), une certaine Emanuelle Devos. On prend évidemment un grand plaisir à retrouver la "tribu initiale" desplechienne (Marianne Denicourt, Thibault de Montalembert, Laurence Côte...) et de voir la mise en place d'un style encore hésitant (la scène où tous les jeunes cousins se retrouvent dans une pièce saturée de fumée - le film se passe il y a vingt-cinq ans et date bien d'un autre siècle... ; la petite partie de football en trenchcoat et écharpes (on savait garder une certaine classe...) ; les tête-à-tête entre deux personnes issues de génération différente (la discussion sur l'opéra, le dialogue final, feutré et complice, entre Marianne et son pater à la lumière du petit jour...).

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On ne peut guère parler de vrais morceaux de bravoure dans cette première œuvre qui tâtonne mais l'on sent déjà chez Desplechin cette évidente capacité à plonger dans l'intimité familiale, cette facilité à faire oublier la présence de la caméra en filmant des individus qui apparaissent, à l'écran, comme nos propres cousins. On voit bien qu'avec un scénar un poil plus structuré et des moyens techniques supérieurs, notre jeune cinéaste pourra éclore (a posteriori, c'est toujours plus facile d'analyser la carrière d'un auteur, je vous en prie). Bref, une sympathique expérience un brin nostalgique avant d'enchaîner avec La Sentinelle qui m'a bizarrement toujours échappé jusque-là.   

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La Légende de Zatoichi (vol. 21) : Le Shogun de l'Ombre (Zatôichi abare-himatsuri) (1970) de Kenji Misumi

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Toujours un plaisir de retrouver Misumi aux manettes avec en plus cette fois Shintarô Katsu en coscénariste et la star Tatsuya Nakada en ronin jaloux. Ce volume 21 fait indéniablement partie des tous meilleurs épisodes avec un Zatoichi en pleine bourre, flirtant avec deux femmes, se retrouvant au lit avec un jeune homme (le premier passage gay friendly (quoique, pas si friendly que cela quand on y songe) dans toute la série), devant décimer la moitié de la population mafieuse du Japon ainsi que leur chef qui a la particularité d'être également aveugle (et sanguinaire), et devant, enfin, se confronter au regard fou et vengeur du grand Nakada. Un programme ma foi bien chargé pour notre masseur qui passe l'épisode à sillonner les routes et à faire des rencontres plus ou moins dangereuses.

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Misumi maîtrise à la perfection les passages incontournables des aventures de notre masseur aveugle et nous livre des épisodes de tuerie de haute volée : qu'il s'agisse des séquences "aquatiques" (Zato pris à partie dans un jacuzzi (belle gestion de sa pudeur avec toujours une petite pointe d'humour) puis se retrouvant entouré par les flammes, sur une sorte d'ilot au milieu d’une immense piscine), des rencontres sympathiques dans la forêt (tiens un groupe de douze hommes armés, tiens ils sont déjà au niveau des champignons) ou des duels avec Nakada (un petit entrainement sur un pont avant le face-à-face final au bord d'une petite rivière), Misumi va à l'essentiel (la lame fend l'air, douze cadavres, n'en parlons plus) et sait au besoin (sans en abuser) faire son petit effet avec un geyser de sang (très beau rendu dans la piscine). Au niveau de l'érotisme cela reste sage mais on sent que notre Zato est à deux doigts de craquer pour les donzelles qu'il croise (et qu'il sauve... au moins dans un premier temps) ; l'on est finalement agréablement surpris (belle tentative sans tabou) de le voir partager sa couche avec un jeune homme... Et si en fait notre masseur était gay ?... ça se joue franchement à une lame près - à chacun d'y voir la symbolique qu'il veut...

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Misumi parcelle son épisode de petits moments comiques (l’engueulade du couple dans l'auberge : nos deux jeunes gens ne cessent de se mettre de sacrées bourrades amicales), gère avec soin ses décors (bien belle atmosphère en forêt avec ces rayons qui tentent de percer une légère brume ou encore au bord de la piscine après l'incendie avec ses flammèches qui lèchent la surface de l’eau ; la séquence nocturne qui suit charcle sa mère avec un Zato quasiment invisible mais qui tranche du petits bois et de l'homme de main à foison) et renforce l'image douloureusement solitaire de notre masseur : il ne peut, en quelconque circonstance, se permettre de faire confiance à la gent féminine ou aux mâles (les plus jeunes comme les plus aguerris) qui se trouvent sur son chemin. C’est son chemin de croix et cela fait longtemps qu’il l’a accepté… Un épisode très enlevé et joliment mis en scène alors même qu'on arrive quasiment au bout de cette série définitivement incontournable.

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Ma Loute de Bruno Dumont - 2016

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Dumont avait bien senti qu'il m'avait enthousiasmé avec son P'tit Quinquin. Il a donc voulu réitérer l'expérience sur grand écran, convaincu qu'il est désormais un réalisateur de comédie. Et moi, je dis bravo, belle tentative de prendre à contre-pied à la fois les amoureux de son cinéma passé (dont je suis) et ceux qui avaient grincé des dents devant l'impureté et les bravades de sa série télé. Nous voilà à cheval entre un univers déjà connu chez Dumont (les gars du Nord, la lutte des classes, la présence hyper forte du paysage) et un monde entièrement nouveau, non seulement chez lui mais dans toute l'histoire du cinéma : les vedettes sont convoquées pour faire face aux amateurs, les archétypes du cinéma bourgeois affrontent les corps tordus qui ne rentrent pas dans le cadre, la marmite fait bouillir un maelström de sensations bizarres, contradictoires et pas toujours agréables, et nous voilà avec le film le plus barré, le plus malaisé, le plus sidérant de l'année.

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D'un côté donc, le retour du Quinquin : des paysans du cru, trognes impossibles, accent à couper au harpon, charisme dans les basques. Dumont les montre dans leur jus, misérables maisons de pêcheurs croulantes au milieu des marais, et s'amuse de leur image : ceux-ci sont cannibales, et leur noble métier consiste essentiellement à faire traverser aux touristes endimanchés les étendues d'eau en les portant dans leurs bras, à servir de pauvres omelettes à des bourgeois confits de suffisance, et à balancer un bon coup de rame de temps en temps sur l'un ou l'autre pour nourrir la turbulente smala. Autres personnages issus de la série : un couple de gendarmes bien entendu quasiment incompétents et pas faits pour le taff, ici un bizarre albinos taquin et un commissaire obèse, dont le burlesque est souligné par une tenue à la Dupont-Dupond ou à la Chaplin. De l'autre côté : les bourgeois, ramassis effrayant d'aristocrates de fin de race, ne sachant plus que pousser de vagues "formidâââble, épâââtant" devant les beautés du paysage ou se pâmer devant la sainte du coin, comme si l'aristocratie à la Proust venait s'échouer dans ce paysage du bout du monde, le corps cassé, le verbe caricatural, la lignée brisée par les rapports consanguins.  Autour d'eux, le spectaculaire paysage de ces plages perdues, de ces marais sans repère, de ces dunes battues par le vent, de ces ciels fordiens, cadrés avec l'élégance suprême qu'on lui connaît par Dumont, qui transforme cette lutte des classes en western maritime.

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Une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit. Il faut le voir pour le croire. Dumont ose tous les excès, les plus beaux (la poésie magnifique d'un gros homme qui devient un ballon, la beauté d'un amour entre deux êtres que tout sépare, la simplicité des mots d'amour) et les plus âpres, ceux-ci concentrés principalement dans la direction d'acteurs : c'est bien simple, on n'avait jamais vu Luchini, Bruni-Tedeschi et Binoche dirigés comme ça. Dans les premières minutes, ça heurte le regard et l'intelligence. Les exagérations de jeu sont carrément clownesques, mais dans un humour glaçant, pas drôle, tellement poussé qu'il en devient gênant. C'est Luchini qui sidère le plus, puisque Dumont utilise son statut de grand cabot littéraire pour le transformer en pauvre mec cassé, dont les mots raffinés ne sont plus que des petits aboiements minables. Peu à peu, on comprend : la caricature est telle que la lutte des classes, certes parfois lourdement dénoncée, devient une sorte de jeu de massacre où chacun, cannibales et consanguins, pauvres et riches, intelligents et neuneus, sont renvoyés dos à dos. Il fallait cette dose-là de charge sur les personnages pour rendre aussi fort le couple central composé donc de "Ma loute", jeune marin buté et secret, et Billie, fille ou garçon, véritable touche de beauté au milieu de la monstruosité ambiante. C'est ce duo-là qui transforme ce monde affreux en beauté, et c'est lui qui porte l'éternelle thématique de Dumont : la quête de la grâce au milieu du chaos. Le personnage de Bruni-Tedeschi l'atteint lors d'une scène impressionnante d'audace (on se croirait dans Théorème de Pasolini, là aussi référence constante du cinéma de Dumont) ; mais c'est surtout dans les scènes sublimes entre les deux enfants qu'elle se cache : Dumont les cadre en occultant le monde des humains, sur fond de ciels profonds ou de mer déchaînée, et traque en eux la petite étincelle d'humanité qui reste dans ce monde fini. Comme toujours, le paysage sert de lien symbolique à la trame : nous sommes au bout, à la fin, de quelque chose, et ce couple est la seule issue du film, son seul élément qui ne soit ni monstrueux ni burlesque.

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On peut regretter que Dumont se répète par rapport à P'tit Quinquin (en moins bien, Ma Loute est moins profond) ; on peut trouver aussi que l'attaque se fait aux boulets de canon, manque un peu de finesse ; on peut aussi être fatigué par cet esthétisme qui confine à l'image d'Epinal. Mais on ne peut que rester bouche bée devant l'intelligence et l'absence totale de concession de ce film, empreint de références (Ford et Pasolini, donc, mais aussi Fellini pour la fin, Tati pour l'humour sonore, Buñuel pour l'ensemble, sans parler des clins d'oeil à la peinture (Courbet)) et pourtant absolument seul dans son créneau, sublimement mis en scène qui plus est. Je propose que le jury de Cannes revoit sa copie et accorde la Palme à ce film ; pour moi c'est fait.  (Gols 24/05/16)


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Je le voyais arriver de loin, Ma Loute m'a laissé sur ma faim - je viens de relire avec intérêt les analyses pointus de l'ami Gols et me reconnais malheureusement un peu plus dans son dernier paragraphe que dans les trois premiers. Oui, le surjeu grotesque des acteurs est pathétique (et se devait de trancher avec le "naturel" de l'acteur amateur de l'autcochtone - c'est malheureusement moins réussi que dans P'tit Quinquin, notamment au niveau de couple de policiers un peu plus empruntés), oui la place faite au décor natuel est remarquable (même si parfois, à force de laisser la place au ciel, les acteurs sont coupés au niveau du buste : ça pique un peu les yeux), oui la chtite ou le chti Billie apporte un peu de douceur et d'humanité dans ce monde de bruts... Tout cela dénote une certaine audace de la part de Dumont, toujours prêt à tenter des paris risqués au niveau de la direction des acteurs (Binoche a quand même fini par me taper sur les nerfs...). Seulement voilà, une fois énoncée ces quelques "concepts" de base, le film peine à surprendre ; certes il y a quelques petites pointes épicées (cette sympathique petite bouffe cannibale qui donne envie de reprendre du pied), quelques petites séquences poético-catholico-onirique (de la baudruche policière à la grâce (toute aussi creuse) bruni-tedeschienne) mais il manque un souffle, un délire, de véritables envolées - qui ne soit pas, pour le coup, que des effets spéciaux.

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Toujours eu un peu trop l'impression d'écouter "moteur" et "coupez" au début et à la fin de chaque séquence comme si les ficelles narratives ou les choix de la mise en scène (très soignée et pensée) prenaient le pas sur l'émotion, la "véracité" (un comble chez Dumont) dégagée par les acteurs (notamment du côté des locaux). Du coup, on sourit sympathiquement devant ce cinéma un brin osé et décalé (c'est l'apéri, c'est l'apéri lance un Luchini bossu et brisé), sans pour autant plonger la tête la première dans cet univers un peu trop "factice", par trop prévisible passé les quinzes premières minutes. Du coup, on ressort un peu déçu devant cette oeuvre qui nous a guère secoué et que peu surpris.On adore tellement Dumont qu'on a du mal à lui pardonner ses films qui ne sont que bons. (Shang 24/09/16)

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Dernier Train pour Busan (Boo-san-haeng) de Yeon Sang-ho - 2016

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Arriver à fabriquer un film de zombies original semble chose impossible après les 40000 productions sur le thème. Yeon Sang-ho ne se prend pas la tête avec ça : il vous trousse allègrement un film qui semble être une compilation des scènes les plus marquantes des autres, les met bout à bout avec un sens du montage assez désolant, fait semblant de parler vaguement de l'état de la Corée du Sud contemporaine, histoire de rentrer dans la catégorie "horreur politique" qui marche bien aujourd'hui, et voilà. Tout ça est fait sans aucune connaissance des choses, et accouche d'un machin deux fois trop long, très frileux, assez con et carrément kitsch dans ses pires moments.

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So-woo est trader (booouh d'indignation du spectateur). Il est donc mauvais père. Il se décide à ramener son adorable enfant (une gamine tête à claque) par le train à sa môman, parce qu'elle sait s'en occuper alors que lui est trader. Malheureusement, juste au moment où le train démarre, une épidémie de zombisme s'étend sur la Terre (on apprendra plus tard que c'est à cause d'une malversation bancaire, la crise écconomique a remplacé Hiroshima dans l'imaginaire post-apocalyptique du cinéma asiatique), et une morte-vivante peu amène parvient à monter dans un wagon. Dès lors, il va falloir organiser sa survie, qui va être ardue. D'autant que les ennemis principaux cessent vite d'être ceux qu'on croit, et que les zombies éructants, finalement assez crétins (tu leur éteinds la lumière, ils sont paumés, ce qui pourtant n'incite jamais les survivants à attendre la nuit pour se fuiter) ne sont rien à côté des humains, égoïstes, veules et misérables. Surtout les riches et les traders, qui ne bossent que pour leur gueule. Heureusement il y a une femme enceinte (ooooh énamouré du public) et la tête à claques du début, qui vont représenter l'avenir de la Corée ; et heureusement, le trader se rendra compte de son égoïsme et sacrifiera sa vie et ses principes libéraux pour sauver son enfant (sublime scène de propagande pro-nataliste sur la fin, on dirait une pub pour la scientologie).

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La vision politique de Yeon laisse rêveur par son simplisme et son manichéisme. Il faut visiblement y voir une lecture hyper pointue des rapports de classe du pays, traduits par des gens qui s'enferment dans des wagons pour éviter l'invasion des "étrangers" et qui peu à peu refusent aussi de laisser entrer ceux qui n'ont fait que cotoyer les étrangers. Bon. Moi ça m'a fait ricaner, et je pense que Yeon aussi. Il est beaucoup trop sérieux comme un pape pour se livrer à une attaque politique, et d'ailleurs toutes les fois où on entrevoit la possibilité de faire dans le film anarcho-punk (la fin, qui aurait pu être un remake plus sanglant encore du final de Night of the living dead), il passe à côté. Non, lui vise plutôt la grande mise en scène. Du coup, il reproduit en tirant la langue plein de bonnes idées prises ailleurs, dans de bons (Jurassic Park, Snowpiercer) ou de mauvais (World War Z) films de survie. Mais comme il a peur de perdre son public familial, comme son esthétique et son esprit sont beaucoup trop lisses pour ce genre de production, il n'en copie que l'ombre et ne va jamais au bout de ses idées. Du coup, on voit ce qu'on pourrait faire de grand avec pas mal des scènes qu'il propose ; mais lui ne le voit pas, et rate pratiquement toutes ses séquences. Comme ses acteurs sont en-dessous de tout, comme le film se prend risiblement au sérieux, on finit par s'ennuyer sévère, et par ne plus remarquer que les incohérences du scénario et de la mise en scène. Et ça, quand on commence à rigoler aux faux raccords, c'est mauvais signe. Un train manqué.  (Gols 23/08/16)


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Beaucoup plus emballé que Gols devant cette petite chose coréenne menée sur un train d'enfer. S'il est clair que Yeon a parfois la main un peu lourde au niveau des personnages (ce chef d'entreprise sans foi ni loi, prêt à sacrifier tout le monde pour sauver sa peau : facile), si la "continuité narrative" (plus que les faux-raccords, à mes yeux) est un peu tirée par les cheveux (les deux séquences où le train quitte la gare mais donne l'impression de faire du surplace pour attendre certains passagers...), l'ensemble se suit très plaisamment et livre un final qui fait son petit effet. Qu'il s'agisse des scènes avec zombies déchainés (et con comme des guidons : ils foncent tout droit sur leur proie mais se révèlent incapable d'ouvrir une porte ; bien aimé la séquence (où l'on peut y voir le symbole qu'on veut) lorsqu'ils se précipitent tous comme des tanches en direction d'un téléphone portable avec sa sonnerie de daube) ou des séquences en huis-clos dans les wagons où la tension devient vite irrespirable, Yeon prouve qu'il sait tout autant gérer les temps forts que les temps plus creux ; si on peut (comme tout bon film de zombies qui se respecte) tenter de plaquer sans trop se prendre la tête la lecture parabolique qui nous arrange (tension sociale en Corée, problème de séparation d'un pays, incapacité à vouloir accueillir les "réfugiés"...), ces différentes lectures, à défaut d'être creusées à fond, ont au moins le mérite d'exister et n'ont de cesse de donner un petit fond politique voire de la consistance à ce grand spectacle zombiesque.

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Le point, enfin, qui me semble le plus réussi (j'imagine déjà le rire de Gols en lisant ce qui va suivre, rire ponctué d'un "putain mais non, c'est niais"), c'est la façon dont Yeon nous montre ce con de père (trader donc forcément pourri de l'intérieur) à travers les yeux de sa fille. Notre saloperie de trader cherche la rédemption dans le regard qu'icelle pose sur lui. Sa connerie, son égoïsme, son individualiste, il les assume pleinement mais il va tenter, en prenant toujours sa fille à témoins, de montrer qu'il peut encore "évoluer" - ce personnage, caricature de lui-même au départ (un trader de base, simplement aveugle) va gagner progressivement en humanité, par petites touches, jusqu'à ce final aussi impressionnant (cette grappe humaine s'agrippant au train) que touchant (ouais, je suis bon pour la scientologie, je suis devenu trop larmoyant - c'est possible aussi). Bref j'ai passé pour ma part un excellent moment (on a du mal, décidément, après Mad Max l'an dernier, au sein de notre petite équipe de deux, à s'entendre sur les films "d'actions") et recommande chaudement cette oeuvre coréenne qui tient solidement sur ses rails de bout en bout - la petite main zombiesque qui vibre sur la toute fin (avant l'entrée dans le tunnel) montrant à quel point Yeon n'est pas si dénué d'humour que cela. (Shang 24/09/16)

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20 septembre 2016

Heart of a Dog (2015) de Laurie Anderson

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Voilà ce qu'on pourrait être en droit d'appeler "un poème visuel animalier" ou encore "un poème filmique sur l'impalpable" - je crains d'avoir déjà perdu nos deux lecteurs. Laurie Anderson est une artiste touche-à-tout (musicienne etc, ai-je envie de dire) que l'on pourrait également présenter (pour le lecteur plus versé dans le people) comme l'ultime femme de Lou Reed (le film se clôt d'ailleurs sur le sublimissime Turning time around et rien que pour cela, cela mérite d'aller jusqu'au bout). Je vous vois venir de loin, vous êtes déjà en train de vous dire que cette œuvre s'annonce chiante comme la pluie. Pas que, soulignerais-je en introduction, bien que pluie il y ait, et pas que des ondées - rendant souvent l'image flou et propice à l'immersion dans le pays des songes modianesques. Heart of a dog est à la fois un hommage enamouré au chien de la Laurie (musicien également, croyez-le ou non, aveugle sur ces vieux jours, et enterré) mais aussi une œuvre qui évoque des thématiques multiples tels que l'amour (pas seulement pour un chien...), la mort, la relation filiale, le poids des souvenirs, l'aspect flippant de notre belle société sous surveillance (avec toutes ces données informatiques soigneusement stockées), la philosophie bouddhiste et j'en passe... Autant de notions pas toujours évidentes à mettre en image, vous en conviendrez. C'est la gageure à laquelle s'attaque donc la Laurie dans ce premier long-métrage aussi atmosphérique, somptueux que déroutant (on change parfois de sujet en un clignement d'oeil, le chien (et les animaux - on aurait presque envie de dire qu'on passe du coq à l'âne ohoh) restant tout de même le principal fil rouge de cet objet expérimental ovniesque).      

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Anderson cite Kierkegaard, Wittgenstein (on n'est pas chez Lioret, c'est clair - oui, c'est bon, j'arrête), mêle films vidéos intimes (or, if you prefer, home footage), film d'animations, dessins, images de paysages (mentaux ?) retravaillés à la Godard, intertitres fulgurants, crée une musique d'ambiance qui caresse dans le sens du poil ou fout les pétoches (on pense parfois, sur un autre thème mais dans un genre finalement guère différent au magnifique Disneyland de Despallières) et nous embarque pendant soixante-dix minutes dans son univers mental et sentimental. Le projet est ambitieux, souvent planant (et parfois plombant... l'honnêteté foncière qui est la mienne me pousse à avouer que j'ai revu trois fois les quinze dernières minutes : une fois en dormant, en fois en la rêvant, une fois en la regardant consciemment - je n'avais rien bu ni fumé au préalable) et parvient à de nombreuses reprises (en jouant sur l'affectif) à faire dresser les poils du spectateur (aimer les chiens aidant au processus, je suis le premier à l'avouer). Bref, un voyage in the heart of dogness qui domptera aussi bien les amoureux des chiens que les personnes en manque d'expérience cinématographique originale. Laurie, Lou Reed, Lolabelle (le nom du chien) déjà tout un poème en soi.  

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LIVRE : Babylone de Yasmina Reza - 2016

Babylone

Ouh là là, pas facile de rentrer dans ce livre de la gâte Reza qui s'essaie au "thriller auto-fictif" - mais content d'en sortir - : l'histoire donc d'un voisin, vous ou moi, qui cherche à capter l'attention de son petit-fils (par alliance), qui doute, qui aime à parler à son chat en italien et qui finit par étrangler sa compagne - elle fait chier à toujours vouloir parler de poulets bio, j'aurais fait comme lui... (Vous allez me dire "c'est un peu décousu comme résumé" - pas mieux, vous l'aurais compris, la chose ne m'a guère passionné). Une fois que j'ai balancé l'essentiel (parviendra-t-il toutefois - histoire de laisser un semblant de suspense - à faire disparaître le corps de sa compagne avec l'aide de la narratrice ? Bouarf, quelques pages tout juste palpitantes qui tombent finalement méchamment à plat...), je me demande bien avec quoi enchaîner. Yasmina Reza écrit, écrit, écrit des paragraphes et des paragraphes sur ses personnages principaux, nous sert du factuel, détaillé à l'envi, et l'on s'ennuie ferme en attendant la prochaine page. Pour tenter une comparaison de derrière les fagots, c'est un peu la différence entre un film d'action qui va à l'essentiel (un type reçoit un coup de fil pour aller sur les lieux d'un incident - cut - il est sur les lieux de l'incident) et un film d'action chiant comme la pluie (un type reçoit un coup de fil pour aller sur les lieux d'un incident - plan séquence de deux heures qui nous le montre en route et, alors qu'il arrive sur les lieux de l'incident, le générique tombe). Autant dire que la lecture de la chose est à la fois terriblement frustrante, longuette et qu'on se surprend plus d'une fois à lancer à la page qu'on vient de tourner : "là, clair, franchement, on s'en fout" - tiens, et si je me faisais des rillettes de porc ce soir. Alors, oui, bon, je vous vois venir, chers critiques caustiques de nos humbles chroniques, "c'est un peu dézingué la chose facilement !". Certes, je suis tout de même allé au bout dudit ouvrage, cherchant bon an mal an à voir où la Reza voulait en venir sur son azerty avec son petit suspense roublard (un meurtre, but why ?), mais j'aurais, au final, bien du mal, au milieu de tous ces personnages qui passent leur temps à se plaindre, à trouver quelque chose de vraiment positif... Même quand Yasmina essaie de sortir la carte humour en sortant une expression familière pour ne pas dire un brin vulgaire au milieu d'un dialogue ou d'un paragraphe narratif de bonne facture littéraire, l'effet fait pschitt, comme un ballon de baudruche s'empalant bêtement sur un cactus. Bref, je n'en ferais pas personnellement mon livre de la rentrée, on l'aura compris - même si après, je ne veux pas non plus gâcher votre plaisir : c'est pas le genre de la maison...

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Le Monde perdu (The Lost World) de Harry O. Hoyt - 1925

vlcsnap_2010_10_16_10h16m59s89Les lecteurs assidus de ce blog connaissent peut-être notre passion, à Shang et à moi, pour les maquettes au cinéma. Si, comme nous, vous aimez les décors qui sentent la colle à bois et la peinture faite main, je vous conseille ce somptueux Lost World, qui devrait ravir n'importe quel inconditionnel de modèle réduit. Je ne sais pas qui est ce Harry O.Hoyt, mais il semble que son ambition et son culot soient sans limite : le voilà qui se met en tête, en 1925, de fabriquer un film de dinosaures, préfigurant ainsi le King-Kong de Cooper et Schoedsack qui ne sortira que 8 ans plus tard. L'histoire est en gros la même : un scientifique a découvert une île où les dinosaures ont été préservés ; devant le scepticisme de ses collègues, il monte une fine équipe pour retourner sur les lieux et ramener des preuves de ses allégations. Je ne vous dis pas s'il y parviendra, mais sachez en tout cas qu'il croisera un homme-singe, nombre de diplodocus et autres brontosaures, une éruption volcanique, et surtout un bon quintal de pâte à modeler destiné à donner vie à un bestiaire faramineux.

vlcsnap_2010_10_16_01h08m10s177Rien ne semble hors de portée de Hoyt, ni les décors démesurés, ni les combats de monstres, ni la lave qui recouvre entièrement le décor. Et le pire est que tout ça fonctionne superbement. J'ai adoré ces effets d'artisan, qui feraient baver d'envie Michel Gondry, ces petits pétards plantés dans des mini-montagnes pour donner l'impression d'un volcan qui se réveille, ce comédien déguisé en singe, ces faux feux de camps faits avec de la fumée de cigarette, ces dinosaures visiblement sortis de la malle à jouets de Hoyt junior. C'est la technique du "stop motion" (je crois que c'est comme ça que ça s'appelle, mais je suis pas spécialiste), mais les mouvements conférés aux monstres sont d'une très belle fluidité, et au service d'un spectacle énormissime. Comme en plus le film est magnifiquement restauré (Bromberg est derrière le truc), on apprécie pleinement la vastitude de ces décors (la jungle, les salles de conférences du professeur, le London détruit de la fin), la profondeur de champs, et la façon dont Hoyt se sert d'une difficulté technique (la surimpression, la nécessité de placer ses acteurs dans le même cadre que ses petits jouets) pour en faire une qualité visuelle : on a presque l'impression parfois que le film est en 3D, surtout dans la longue séquence centrale qui montre l'exode des dinosaures : la vue s'étend jusqu'à l'infini, avec partout des monstres qui courent, et devant tout ça, les acteurs qui s'agitent.

vlcsnap_2010_10_16_15h38m36s177Bon, il est vrai que, sorti de cette merveille technique, le film est absolument sans intérêt, que ce soit dans son scénario (pourtant adapté de Conan Doyle, qu'on voit d'ailleurs au début du film) dans son jeu d'acteurs (avec pourtant l'apparition garçonne d'une actrice très étrange, Bessie Love) ou dans ses dialogues (10 fois trop de cartons, dont celui-ci : "What difference does it make where we are, Paula - so long as we are - together ?"). Une fois les dinosaures fabriqués, Hoyt semble bien en peine d'en faire quoi que ce soit, et on ne tremble jamais pour nos héros, à qui il arrive finalement bien peu de choses : un numéro d'équilibriste vite réglé sur une échelle de corde, un combat avec l'homme-singe, et point final. On n'est pas encore chez Spielberg au niveau de l'invention. Les personnages sont affreusement conventionnels quand ils ne sont pas incompréhensibles (c'est quoi, cette pauvre histoire d'amour qui arrive comme un cheveu sur la soupe ?), le scénario part dans tous les sens et sa résolution est bien vite expédiée (manquerait-il des bobines ?) Mais là n'est pas l'ambition de Hoyt : rien que pour ce côté bricolo, The Lost World mérite mes révérences, et enterre tranquillement Peter Jackson et ses confrères, en leur montrant ce qu'est la technique mise au service de la poésie.  (Gols 18/10/10)


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Tout à fait au diapason de l'ami Gols, tant Hoyt propose des effets spéciaux vintage qui possèdent une véritable magie. Il nous sert tout un aéropage de dinosaures plus rigolos les uns que les autres et fait passer le gars Spielberg pour un petit joueur lors de la fameuse séquence de l'explosion du volcan qui met en fuite l’ensemble de ces créatures antédiluviennes toutes biscornues. Sa capacité à jouer avec ses décors peints n'est pas sans faire penser au grand Karel Zeman (qui dut trouver chez Hoyt une véritable source d'inspiration) et l'on se régale de ces micro-personnages évoluant dans ces décors grandioses qui semblent pouvoir tenir sur la table basse du salon. Après, malheureusement, les défauts soulignés par Gols pèsent sur l'impact qu’aurait pu avoir le film : dès le départ, la multiplication des intertitres hachent le fil narratif et, à aucun moment (cette histoire d'amour qui tombe en effet comme un singe d'une liane - et je ne parle pas de cette actrice qui, un plan sur deux, se contente de mettre la main devant la bouche pour traduire la peur - même quand elle voit un paresseux), on éprouve une quelconque empathie envers ses aventuriers pris au piège et jouant l’effroi.

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On se plaît à voir dans le gorille un ancêtre de celui qui enleva Pierre Richard dans La Chèvre (il est con ce singe), notre figurant grimé avec de la colle Uhu s'amusant à jouer des tours de cochon à l'ensemble du casting. Les connaisseurs prendront également un certain plaisir à retrouver les macaques que Kinski balançait d'un air rageur en dehors de son radeau chez Herzog. On demeure donc de bout en bout totalement admiratif par ces millions de petits trucages mignons comme tout, mais, au contraire d'un King-Kong qui marquera les mémoires (dans l'histoire sentimentale improbable comme dans la terreur - mes draps s'en souviennent encore), on regarde la chose avec une évidente distance - comme si les dinosaures en pâte à modeler écrasaient de leur superbe nos héros en carton. Fi donc de l'émotion, mais restons un ardent défenseur de cette chose oubliée dans les tiroirs qui a en effet bénéficié d'une magnifique restauration - un grand film du samedi soir d’un temps que les moins de cent-vingt ans ne peuvent pas connaître.   (Shang - 20/09/16)

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18 septembre 2016

Julieta (2016) de Pedro Almodovar

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Plus Almodovar tente de se la jouer cinéaste "classique", sans effets drolatiques et excentriques mais avec beaucoup d'affect, moins j'adhère à ce cinéma mélodramatique et morne. Julieta, construit essentiellement sur un long flash-back, nous donne à suivre la trajectoire de cette femme qui porte en elle une forte dose de regrets et le poids de la culpabilité... Trois épisodes traumatiques ont ponctué cette vie : la mort d'un homme auquel elle avait refusé d'adresser la parole (crac, le gars passe sous le train), la mort "accidentelle" de son mari (mais qui prit la mer un jour de tempête suite à un accrochage avec sa femme - une basique histoire de jalousie et d'adultère) et la rupture avec sa fille dont elle reste sans nouvelles depuis des années. A l'heure des bilans, elle se repasse la trame de ses petites joies et de ces grandes peines... La mise en scène d'Almodovar se fait résolument des plus posées (les scènes en intérieur sont tellement passionnantes qu'on passe son temps à scruter le décors pour s'amuser des jolies couleurs : c'est peu), les personnages (rien à dire sur l'interprétation... rien à dire donc si ce n'est que Adriana Ugarte est bien jolie : c'est peu) n'ont pas grand-chose de pittoresques et de surprenant (seule Rossy de Palma, pur diamant noir almodovarien, apporte une pointe de trouble et de tension - malheureusement son rôle reste très effacé) et le récit demeure affreusement prévisible. Même si parfois on se remet à reprendre espoir autour d'une séquence joliment soulignée par petite envolée musicale très hitchcockienne, notre léger emballement retombe vite à plat... A force de vouloir gommer tout ce qui faisait la folie de son cinoche des années 80, toutes ces aspérités qui donnaient du relief et du piment à son cinéma, tous ces personnages ambivalents, Almodovar a fini par devenir un cinéaste souvent juste ennuyeux. Il y a bien un petit pic dramatique qui fait son effet (la séquence entre la mère et la fille à propos de la perte du père) mais c'est bien le minimum vital que l'on pouvait attendre de ce film tellement maîtrisé qu'il en devient glaçant. Monotone et attendu comme un dimanche nuageux.

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LIVRE : Le Sanglier de Myriam Chirousse - 2016

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Voilà un ouvrage truculent et absolument délicieux qui aurait pu tout autant s'appeler Une simple journée de merde dans la vie d'un couple (mais Le Sanglier, c'est plus canonique, j'avoue). On suit donc pendant 24h un couple qui du lever au coucher va devoir se confronter aux petits problèmes de la vie quotidienne et tenter d'échanger sans se foutre sur la gueule. C'est surtout au niveau des dialogues que Myriam Chirousse fait mouche, avec ces échanges vifs et mordants entre nos deux personnages principaux qui finissent parfois par tourner en rond - on a d'ailleurs aucune peine à imaginer une adaptation théâtrale de la chose tant ces saillies sont rythmés et drôles. On s'esclaffe souvent devant les réflexions de l'un ou de l'autre (la séquence magique où la femme n'est pas sure d'avoir bien fermé sa portière (ah les femmes !), la séquence "limite intolérance" où l'homme regarde d'un sale œil des jeunes dans un centre commercial ou celle tendue comme un jambon dans la cave où il a oublié sa carte bleue (ah les hommes !)) et l'on a bien peur tout du long qu'un simple incident tourne au cauchemar voire à la déchirure de notre petit couple si banal. La visite d'un supermarché, la commande dans un restaurant chinois ou encore le repas de famille sont des passages obligés qui rythment notre quotidien et l'auteure a toujours le don pour trouver un angle d'approche légèrement décalé pour nous faire sourire de ces micro mésaventures en milieu urbain. Ce Sanglier se déguste avec un grand plaisir dans sa petite sauce au vin légèrement corsée et l'on se moque ingénument de ces deux héros plan-plan tout en fermant souvent les yeux pour ne pas avoir à se reconnaître en eux. Sauvagement caustique.

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15 septembre 2016

LIVRE : California Girls de Simon Liberati - 2016

"Toutes les théories de Charlie ne paraissaient à l’époque ni pires ni plus bizarres que celles de beaucoup de chapelles locales. Dans la vaste constellation New Age, elles n’étaient qu’une utopie parmi des centaines d’autres".

9782246798699-001-XUne lecture un brin glauque pour attaquer cette rentrée avec cet ouvrage du gars Liberati qui nous conte (par le menu, fan des Télétubbies s'abstenir) les meurtres ignobles commis par les Manson's girls, dont notamment l'assassinat de la plantureuse Sharon Tate. Ne m'étant jamais penché vraiment sur la question, il est clair que cette lecture qui évoque tout d'abord la vie de ces jeunes femmes sous l'emprise de ce gourou nain (1m54, petit par la taille mais énorme par son pouvoir d'influence) puis les crimes éclairent indéniablement le lecteur au niveau factuel... Le passage (très très long et détaillé) sur les cinq crimes commis dans la maison de Polanski met le coeur au bord des lèvres, comme dirait Gols, tant le gars Liberati se montre scrupuleux pour évoquer ce calvaire sanglant - notre côté pauvrement "voyeuriste", si je puis m'exprimer ainsi, en prend pour son grade. Liberati, dont le style reste toujours aussi pauvre (il évite toutefois cette fois-ci certaines grossières erreurs de syntaxe de son précédent ouvrage), se fait donc le chroniqueur de cette époque libertaire et de ces groupuscules New Age qui mixaient cul, drogue et "philosophie utopique" ultra douteuse. S'il réussit assez bien à nous camper l'ambiance de cette période, on ne peut pas dire qu'il excelle dans le registre psychologique. Il tente dès le départ de multiplier les personnages pour tenter de nous faire un tableau vivant de ce ranch où se mêlent cowboys, motards de base et hippies mais l'on sent que derrière les descriptions pittoresques de ces divers individus plus ou moins recommandables, l'ami Liberati est loin d'être un expert pour donner de la "profondeur" à ces silhouettes. Même lorsqu'il se focalise par la suite sur les groupies mansonniennes, on peine à vraiment les différencier les unes des autres (on reste un tantinet en surface ou dans le stéréotype entre la bourrine, la perverse et la "timorée"). Du coup, si la chose se lit avec une certaine facilité (au niveau de l'écriture - les dialogues sont malheureusement un peu légers...) et avec effarement (au niveau des actes purs), on en ressort avec l'impression d'avoir juste touché du doigt ces différentes personnalités détraquées, d'être resté à un niveau très superficiel quant aux relations entre ce diabolique Manson et ses sbires. Un cauchemar californien relaté avec un certain sens de la dramaturgie mais une histoire traitée de façon, comment dire, guère dostoïevskienne...   (Shang - 14/09/16)


9782246798699-0-8d41a082033-originalEh oui, Liberati ne cesse de décevoir, de livres auto-centrés en livres inutiles, et ce n'est certainement pas avec California Girls qu'il va remonter dans mon estime. Absence de psychologie, disait mon camarade, et tout à fait, c'est bien là que le bât blesse. Car sans psychologie, comment justifier d'un tel livre ? On aurait pu comprendre, à la rigueur, qu'il ait envie de dresser un portrait de Manson, ou en tout cas de son incroyable force de persuasion, de son charisme machiavélique et inexplicable ; qu'il ait envie de comprendre en quoi son délire n'a pu prendre place que dans les années hippies, comment les meurtres de la maison Polanski en ont marqué la fin ; comment une poignée de jeunes filles en goguette, désoeuvrées, en recherche de père, ont pu se laisser entraîner à commettre de tels crimes. Mais pour ça il aurait fallu réfléchir deux minutes, et ça, Liberati n'aime pas.

Au lieu de faire ce minimum de travail, il décide d'attaquer sous l'angle très mode du fait divers relaté dans son plus simple appareil. Après une introduction proprement incompréhensible, où une foule de personnages se croise et se recroise dans une confusion totale, il attaque son "sujet", les meurtres de la maison Polanski donc. Et là, en l'absence de distance critique ou historique, notre gars se vautre allègrement dans le voyeurisme le plus dérangeant. N'ayant rien à dire sur le sujet, il se contente de décrire par le menu les minutes du drame, avec force détails et moult geysers de sang. C'est affreux, et ça semble être la seule raison d'être de la chose. Décrire un fait, si possible spectaculaire, et en faire un livre : voilà à quoi se limite la vison de Liberati. Alors oui, c'est précis. Mais à quoi est-ce que ça peut bien servir ? Il ne dit rien, ni en replaçant les meurtres dans leur contexte, ni en en faisant de la "matière" à roman. Le problème est que ça marche, parce que ça réveille une sorte de bestialité enfouie qu'on a en nous, un peu comme un reportage de TF1. On est terrassé par ce qu'on nous raconte, on aurait pas envie d'être à leur place (ni à celle des victimes, ni à celle des bourreaux, cela dit), et on referme le livre en se disant qu'il y a quand même des choses horribles en ce bas monde, ma pauvre dame. Après les meurtres, il tente un peu de raccrocher sur Manson, de développer sur une des filles pour nous faire croire à un discours, à un regard, mais rien n'y fait : on sent que le gars est fasciné et un peu attiré par ces assassinats, et c'est bien tout ce qui constitue l'existence du livre. Un livre inutile, malsain et creux.   (Gols - 15/09/16)

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The Night of - saison 1 (2016)

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Des hauts et des bas dans cette série hautement addictive. De facture très classique, elle cultive pourtant un suspense serré, et n'oublie pas de nous en donner pour notre argent niveau mise en scène. On est bien contents dès le premier épisode, qui est sans conteste le meilleur : un jeune Pakistanais en vadrouille se fait embringuer dans une sombre histoire de meurtre. Il est arrêté par la police, mais pour une banale histoire de papiers. Les heures qu'il passe au commissariat s'apparentent à ce qu'a pu faire Hitchcock dans The wrong Man : véracité des faits, lenteur du dispositif, rigorisme de la mise en scène, le tout cachant un solide suspense. Notre héros parviendra-t-il à passer entre les mailles du filet, ou le couteau qu'il cache dans sa poche l'accusera-t-il irrémédiablement ? Toute la qualité de la chose tient dans cette situation absurde, presque comique, du type qui est forcé de rester pile à l'endroit d'où il devrait s'échapper, un commissariat, le protocole de recherches commençant en sa présence alors qu'il en est le principal suspect. On aime beaucoup le jeu tendu et fin de Riz Ahmed, à la fois très fragile, perdu, balloté, et sûr de lui. C'est lui qui va faire la série, puisqu'il va être arrêté et qu'on va suivre ses aventures dans la prison, où il va devenir un vrai caïd.

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En alternance avec ces scènes de prison, tendues mais souvent un poil clicheteuses, déjà vues et caricaturales, on suit donc les progrès de l'enquête, le procès, et tout ce bazar. Avec à la tête de cette armada d'avocats et de juges, John Turturro, plus pâle que jamais, affecté d'un prurit pédestre et d'une allergie aux poils de chats, véritable loser mais vrai finaud quand il s'agit de débusquer des fausses pistes et de traquer des témoins providentiels. Il traîne sa carcasse de déprimé, ses sandales ringardes et son imper trop grand tout le long de cette série, qui acquiert grâce à lui un style bluesy que complètent bien ses acolytes : Bill Camp, le flic banal par excellence, et Jeannie Berlin, tellement refaite qu'elle a du mal à parler. Ces personnages, réels, crédibles, donnent à la série un aspect réaliste qui lui va bien au teint, d'autant qu'elle cultive sans arrêt un réalisme intéressant : tout ce qui s'y passe semble issu de la vie, et elle prend son temps pour planter des atmosphères, dévier de sa trame pour développer d'autres mini-trames (les difficultés de la famille pour rembourser un taxi volé, les problèmes d'érection de Turturro...)

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Au fil des épisodes, les rebondissements du procès s'accumulent, en parallèle avec la descente aux enfers de notre héros, et la série apparaît comme une critique violente de la prison, qui transforme un innocent en coupable et un agneau en loup en trois coups de cuillère à pot. Si bien que le dernier épisode, presque banal, paraît bien innocent au vu de la noirceur d'ensemble. Chacun est renvoyé à son triste univers étriqué, avocats, flics, dealers et victimes, chacun appartient à un univers fermé sur lui-même et on aurait aimé que le dénouement soit à la hauteur de ce nihilisme-là, ou du moins de cette ambiance jazzy et glauque. Tant pis : pendant presque 8 heures, le film nous aura bien baladés.

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14 septembre 2016

Quand on a 17 ans (2016) d'André Téchiné

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Après quelques films plutôt décevant, on a l'impression que l'ami Téchiné revient enfin en forme avec cette histoire d'amour qui ne veut pas dire son nom. Deux ados, qui doivent chacun faire face à leur problème familiale (Tom, adoptée, traverse une période de doute – par rapport à sa « légitimité » - alors que sa mère va accoucher ; Damien, fils de militaire, doit accepter les continuelles absences de ce dernier) et qui sont issus de deux milieux différents (l'un vit perché dans ses montagnes, l'autre se trouve en milieu urbain),vont passer leur temps à se tourner autour dans tous les sens de l'expression : comme on le fait sur un ring de boxe (passant parfois aux poings), comme on le fait lorsqu'on cherche à flirter - et plus si affinités. Téchiné, à l'aide d'une caméra sur ressort, toujours en mouvement, filme ces deux corps qui se heurtent, filme ces deux êtres qui se jaugent, se jugent, se défient, se méfient, s'aiment sans être capable de se l'avouer. Dès le départ du film, Téchiné (lors de la constitution de l'équipe de basket) nous fait ressortir que ces deux êtres sont "à part", comme destinés à se retrouver ensemble, qu'il le veuille ou non ; la période de maturation sera longue, très longue, passera par les coups, comme s'il fallait se faire des bleus (au cœur ou à l’âme, faites votre choix) avant d'être un jour capable de s'aimer.

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Le cinéaste parvient à ne pas trop charger ces deux portraits psychologiques (on ressent le caractère de chacun, leurs difficultés, sans qu'il soit besoin d'enfoncer le clou), soigne les seconds rôles (mention spéciale pour Sandrine Kiberlain et Alexis Loret (et non Lioret, on est d'accord), les parents de Damien que je trouve juste impeccables) et surtout réussit à ancrer son récit dans ce paysage à la fois grandiose et écrin intime : c'est généralement au sein de cette nature que les deux ados s'affrontent, se rendent coup pour coup (deux êtres perdus dans cet espace, comme ils le sont avec leur sentiment qu'ils n'osent s'avouer) mais c'est également au sein de cette nature, au contact des éléments naturels, qu'ils vont se rapprocher, s'approcher, apprendre à se connaître (comme si leur nature, humaine celle-ci, se devait « naturellement » de prendre le dessus - la magnifique séquence sous la pluie après la baston). Cette nature, à l'image du personnage de Sandrine Kiberlain, est un lieu où l'on aime autant se perdre, s'oublier (la séquence dans le brouillard) qu'un endroit où l'on parvient à être en prise directe avec ses émotions (la confession qu'elle fait à Tom sur son ressenti, sur la façon dont elle envisage son propre avenir). A défaut de se lancer dans de grands morceaux de bravoure, Téchiné se place constamment au plus près de ses personnages pour tenter de cerner leur intimité, leur sentiment à fleur de peau. Joli petit film relativement vivifiant.

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LIVRE : Laëtitia ou la Fin des Hommes d'Ivan Jablonka - 2016

9782021291209,0-3396758Les faits divers, qu'ils se déroulent dans un passé plus ou moins proche (La petite Femelle, California Girls) sont devenus un véritable sujet littéraire en soi. Bien que cela puisse paraître un peu paradoxal (Jaenada retrace la vie d'une tueuse, Jablonka d'une victime), on sent chez les deux auteurs un même souci de "réalisme" (on est souvent plus du côté du journalisme "au long cours" que de la littérature pure) et surtout ce besoin d'évoquer par le menu aussi bien les racines populaires et les "mésaventures" d'enfance de leur héroïne que le fonctionnement de la justice. Pour refermer la parenthèse sur cette comparaison un brin inattendue, reconnaissons que le bouquin de Jaenada part un peu moins dans tous les sens que celui de Jablonka (qui non seulement multiplie les répétitions mais qui part aussi parfois dans d'inutiles et passables chemins de traverse - "l'analyse" du profil Facebook de Laëtitia et des réseaux sociaux est un petit peu léger). Bref. Jablonka revient donc sur ce terrible fait divers de 2011 : le kidnapping de Laëtitia finalement retrouvée démembrée et immergée dans deux endroits différents. Il y a le souci constant de l'auteur de rendre hommage à cette jeune fille dont l'itinéraire, c'est le moins qu'on puisse dire, ne fut pas vraiment celui d'une enfant gâtée (père alcoolique et violent, mère dépressive, famille d'accueil cauchemardesque (son père adoptif fut accusée d'attouchements sur sa sœur - attouchements dont elle fut sans doute elle-même victime) jusqu'à cet épisode final proprement horrifique. L'histoire d'une jeune fille de province toujours prête à vouloir s'en sortir mais sans cesse sous le joug (le mot n'est malheureusement pas faible) des adultes. Jablonka tente - après avoir multiplié les rencontres avec ses proches - de retracer scrupuleusement la vie de cette jeune fille timide et les dernières heures de sa trop courte vie. Pourquoi pas, dirions-nous comme à propos de Liberati, même si on pourrait déplorer que cet "essai" littéraire ne brille guère par sa valeur stylistique (on est ainsi très loin de l'ouvrage de Capote, De Sang-froid, souvent cité en référence du genre). Cet hommage, au sens noble du terme, se double d'une visée plus "sociologique" puisque Jablonka tente d'inscrire cette trajectoire tragique dans son époque et dans ce territoire du nord-ouest de la France - comme pour lui donner un peu plus de relief, de sens. Il marque, reconnaissons-le, des points (soyons un peu positif en cette rentrée, nom de dieu) lorsqu'il tente un parallèle relativement osé entre l'assassin de Laëtitia, le père de la famille d'accueil de cette dernière et les déclarations déplacées de Sarkozy à l'époque (ses fameuses saillies contre le système judiciaire). Le parallèle ne se fait pas, bien sûr, sur l'horreur des actes mais sur l'indécence de certains propos. Passons sur le cas Meilhon (qui accumulent les provocations misogynes), pour évoquer les propos déplacés de ce père de la famille d'accueil (faisant un scandale pour fliquer les délinquants sexuels et reconnus coupables de viol quelques années plus tard - à ce niveau-là, on tient un champion du monde de la mauvaise foi) ou ceux, ultra populistes, du gars Nicolas, voulant s’imposer comme le grand redresseur de tort de la Nation en jetant l'opprobre sur la justice (coupable que d'une chose : celle de ne pas avoir assez de moyens pour faire correctement son travail). Un parallèle osé, disais-je, mais qui a le mérite d’évoquer des comportements attentistes guère reluisants. Au final, un livre qui manque parfois un peu de "cohésion", de ligne directrice forte (qui trop embrasse, mal étreint : Jablonka, dans ses analyses géo-sociologique, se perd parfois un peu en route ; j'ai également déjà évoqué les redites : certains faits sont évoqués à quatre ou cinq reprises au cours de l'ouvrage) mais qui ose appuyer sur certains travers de la société (certaine personne gagnerait à se taire pour gagner en crédibilité…) sans faire preuve de langue de bois. Un courageux et rigoureux travail de fond à défaut d’atteindre des sommets dans la forme.

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LIVRE : Les Cosmonautes ne font que passer de Elitza Gueorguieva - 2016

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Elitza est bulgare, enfant, communiste et fanatique de Iouri Gagarine. Elle a bien quelques velléités féministes, quelques doutes sur la grandeur immaculée de son champion, quelques désillusions sur son parcours, quelques difficultés à faire évoluer son corps (trop gros, disgracieux) vers la gloire communiste, mais elle ne conserve qu'un seul but : parvenir, elle aussi, à devenir cosmonaute. Portée par un grand-père rouge jusqu'au bout des ongles, élevée par des parents modernes mais bridés, secondée par un chien con et par une camarade de classe jalouse et plus belle qu'elle, elle va aller de désillusions en espoirs, et traverser l'ère communiste par la petit bout de la lorgnette. Première constatation : Elitza Gueorguieva est drôle. Son livre est extrêmement vivant, et à chaque phrase on se tape sur les cuisses. Elle pratique un humour absurde, volontiers auto-critique, et parvient à merveille à rendre quelque chose de la texture de l'enfance grâce à ces aventures à la Tintin. Ses contemporains en prennent pour leur grade, depuis les parents terrorisés par leurs tendances démocrates à l'armada de professeurs tous plus arriérés les uns que les autres. Elle pratique un art de la répétition qui fait mouche, avec ces portions de phrases répétées à l'envi avec de légères variations (Constantza passe de la meilleure copine à l'idole, puis à la peste pour redevenir meilleure copine), et de la liste (segmenter le monde en trois parties)... Deuxième constatation : Elitza Gueorguieva sait parler d'Histoire avec légèreté et finesse. Sous couvert de fabriquer une jolie chronique amusante sur l'enfance, elle brosse un portrait assez noir des années de plomb bulgares, censure, brimades, pauvreté, surveillance compris. Comme dans Marzi, dont il pourrait être la version romancée, Les Cosmonautes (on jurerait entendre "communistes") ne font que passer à la politesse de l'humour, mais parvient à rendre concrets un état des lieux effrayant, une époque étrange et affreuse. Un bien beau petit livre moins léger qu'il n'y paraît.

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13 septembre 2016

LIVRE : Le vieux Saltimbanque (The ancient Minstrel) de Jim Harrison - 2016

9782081313101,0-3390380Mais ouais, mais c'est ça, la littérature, putain ! On a beau tourner autour de tous les sujets du monde, se prendre la tête, affiner son style et parler intelligemment à la télé, on en revient toujours là. Et Jim Harrison a fini de se prendre la tête : pour son dernier tour de piste, il nous offre le plus libre et le plus décomplexé des livres, écrit plus que jamais au fil de la plume, et vous tricote un petit récit de 150 pages qui feraient pâlir d'envie tous les goncourables du monde. Il prévient au début : il avait écrit En marge pensant qu'il allait mourir, mais comme il a encore vécu 15 ans, il se doit de rajouter une suite à son bouquin. Le voilà donc en roue libre, à parler (à la troisième personne) de ses pêches, de ses appartements, de sa femme, de ses problèmes sexuels, et de ses ruses pour y remédier. C'est vraiment écrit à la va-comme-je-te-pousse, sans aucun souci de cohésion, sans aucune ambition de faire une oeuvre, sans plus rien du tout à prouver. Il y a à boire, à manger, et à jeter dans cette autobiographie sans façon que nous pond un Harrison apaisé et roublard, rabelaisien et poète. On aime particulièrement ces pages très belles sur son fameux Montana, sur ses souvenirs d'enfance, sur son rapport à l'argent, ; on aime moins quand il digresse plus priapiquement que jamais sur la petite étudiante qu'il aurait coincée s'il n'était pas impuissant... Quand son éditrice a obtenu son petit livre, le gars s'arrête, pratiquement au milieu d'une phrase, plie bagage et vous salue bien bas. Pas à dire, le gars aura été vivant et bougon jusqu'au bout, et que ce soit dans ses grands livres ou dans ses petits (comme celui-ci l'est sûrement, ne nous leurrons pas, on est très loin de En marge), il aura clamé un amour de la vie jusqu'au dernier instant... en même temps qu'il aura fait un petit fuck à la littérature. Jim, ta réincarnation aura lieu en grizzly !

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