Shangols

18 novembre 2017

Hollywood Canteen (1944) de Delmer Daves

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J'allais un peu en hésitant vers ce film de Daves (pour clore l'odyssée, To the Victor étant introuvable... à ce jour) qui, en ces temps de guerre, fournit son petit effort pour remonter le moral des troupes ; le principe est simple : un semblant de scénario, la présence d'un max de stars hollywoodiennes qui se mettent au service des militaires et un paquet de numéroq musicaux (chantés, dansés...) à la Maritie et Gilbert Carpentier (c'est là généralement qu'on bat d'un oeil). Côté scénario, on est donc dans la simplicité : Slim (Robert Hutton) rêve depuis des années de rencontrer la star Joan Leslie ; John Garfield et Bette Davis qui supervisent cette fameuse cantine d'Hollywood font preuve de bon cœur en magouillant une petite rencontre fortuite entre le militaire et son idole (qui lui offre même un baiser ! – on ne parlait pas encore de harcèlement) - devinez la suite : ils tomberont amoureux pour de vrai ; au côté de ce couple un peu gnangnan, se forme un couple un peu plus saignant et vivace entre le sergent Nowland (Dane Clark et sa tchatche légendaire) et la bien jolie hôtesse Janis Paige - de l'amour brut et un peu plus de panache au programme... Deux petites histoires ma foi bien romantiques qui bercent les coeurs...

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Il faut bien reconnaître sinon (même si on met le paquet pour toujours faire le show – c’est le principe) qu'il est un peu lassant deux heures durant de voir tout le monde sourire comme des Bisounours et être si sympathique - à en être coulant. Les stars se mettent humblement à la portée des bidasses et gratifient au passage l'assemblée d'une chanson youplaboum ; les militos, généralement en permission (tentant d'oublier le passé et de ne pas penser à l'avenir), trouvent forcément tout super bath. Trop cool. On reste content (positivons), tout comme eux d'ailleurs, de croiser quelques vedettes "au naturel" (Joan Crawford et ses petits pas de danse, Barbara Stanwyck et sa voix suave, Ida Lupino qui fait la maline en français, Zachary Scott en éternel charmeur à fine moustache, Peter Lorre et Sydney Greenstreet qui se lancent dans un petit duo d'affreux jojo – bon, sympatoche à tout prendre) ; en ce qui concerne les numéros intermédiaires, avouons que c'est pour le coup franchement pas notre truc ; les saynètes dites comiques, notamment, durent des plombes et tombent à plat (les deux violonistes m'ont fait souffrir) ;  il faut reconnaître tout de même une certaine diversité de genres (orchestre symphonique et cuivrée, chansonnettes, duo, claquettes, morceau de comédie musicale, flamenco (Oups ! Ben oui, parfaitement et c'est sûrement la séquence que j’ai trouvé la plus vivifiante, comme quoi... Bon, il n'y avait pas de french cancan, c'est pas du jeu)). On serre un peu des dents lors de ces petits spectacles, en attendant de retrouver nos petits militaires tout attendris de voir ces stars si rayonnantes et dispo. Daves suit le cahier des charges, on ne peut lui reprocher, et livre un opus tout à fait honorable dans son genre – esprit bon enfant à donf. Voilà en tout cas une odyssée qui se clôt et qui fut franchement des plus plaisantes !

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Fou de Delmer

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Logan Lucky (2017) de Steven Soderbergh

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Une petite gâterie sans grande prétention du gars Steven qui renoue avec le film de casse ; aucun acteur classieux ici mais que des bras cassés, avec d'un côté les "cerveaux" (les frères Logan, malchanceux de naissance mais sûrement moins cons qu'ils en ont l'air) et de l’autre les frères Bang (Daniel Craig en anti-James Bond (assez sympa en bourrin mal dégrossi) accompagné de deux brothers encore plus cons qu'ils en ont l'air - et Dieu sait que leur allure ne prête pas à confiance...). Après une bonne heure de préparation pour nous présenter les protagonistes de l'histoire (c'est propre, du pur Steven, assez efficace mais malheureusement pas super drolatique - les bouseux ricains, on sait à quoi s'attendre depuis Fargo...), c'est parti pour le casse du siècle ; Soderbergh brouille un peu les pistes (qui fait quoi, pourquoi, pas toujours clair ; quelques ellipses ici ou là pour ne pas trop alourdir l’affaire) mais on comprend que grosso modo tout se passe comme sur des roulettes (une « aspiration » de billets de coffre-fort dans les règles). On attend bien sûr à tout moment que cela parte en vrille, que les deux bandes de frère se ridiculisent ou se foutent sur la gueule, qu'une méga course-poursuite s'organise...

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Ben pas vraiment, en fait… Soderbergh, après s'être un peu joué de nous, de nos attentes (rien n’est vraiment foireux ni vraiment comique d’ailleurs ; les scènes d’action sont rares... Bon, ok...), livre tout le "suc" de la chose lors d'un prologue plein de surprises  (enfin, ne nous emballons pas non plus)... Alors oui, c'est vrai qu'on assiste à un final romantico-touchant un peu inattendu mais avouons que l'ensemble ressemble plus à une pizza au four un tantinet croustillante qu'à un coq-au-vin façon grand-mère. Soderberg reste dans l'entertainment léger qui repose essentiellement sur des personnages un peu tordus (Adam Driver et son bras en moins - ohoh) et sur un montage redoutable (il n'y a finalement pas grand-chose qui se passe mais ça passe comme un Ricard bien frais). Soderbergh semble prendre plaisir à flirter avec les genres sans jamais se résoudre à faire son choix... pourquoi pas, après tout, même si cela enlève un peu de « caractère » au film... Un film, au final, pas franchement désagréable mais un peu court en bouche.   

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LIVRE : L'Ordre du Jour d'Eric Vuillard - 2017 Ne

9782330078973,0-4146654Je veux bien avoir Eric Vuillard comme prof d'histoire, moi. Après avoir appris des tas de trucs sur la Révolution française et sur Buffalo Bill, me voilà au fait sur l'Anschluss, le tout en ayant eu le plaisir de sillonner un livre agréable, drôle et plus profond qu'il n'y paraît. Le gars a un don inimitable pour faire de l'Histoire par le biais de l'humain, en restant toujours au ras du bitume, en évitant avec soin tous les symboles et les grandes figures abstraites du passé. Cette fois, donc, un petit tour du côté des années 30 : le nouveau chancelier Hitler projette d'annexer l'Autriche, et pour ce faire est prêt à tout. Notamment à convoquer les industriels les plus influents de l'époque, et de leur intimer l'ordre de financer l'invasion, ou à menacer le chancelier autrichien et le sommer de quitter son poste pour mettre un sbire à sa solde à la place. La simple présence d'Adolf suffit à faire trembler l'Europe, et cette invasion va se faire somme toute en douceur, chacun, d'un côté ou de l'autre de la barrière, se couchant devant les menaces hystériques du Führer et acceptant son sort. On reste sidéré devant la facilité avec laquelle les Allemands font plier les Autrichiens, pourtant menés d'une main de fer par des politiciens intransigeants et sans pitié, et par leur façon de leur imposer des conditions inacceptables comme une lettre à la poste. Vuillard raconte ça à travers une poignée d'anecdotes, de secrets d'Etat, mettant en valeur la lâcheté des dirigeants, l'inconscience satisfaite des PDG d'entreprises, l'allégeance du peuple, les scandales égotistes d'un Hitler en pleine crise de mégalomanie.

Le livre est très (trop ?) court, et sait mettre le doigt exactement là où ça fait mal, là où le petit détail va faire sens, là où l'Histoire va s'écrire sur un coup de colère du despote ou une signature en bas d'un traité. Il y a, cruel paradoxe, un certain humour à regarder ces pitoyables personnages écrire une des pages les plus noires du XXème siècle, à constater comme il est aisé de passer du côté obscur de la force. Il raconte avec dérision la panne monumentale des véhicules chargés d'effectuer l'invasion aux portes de l'Autriche, fouille le caractère du président autrichien, peu réputé pour ses audaces, qui subitement décide de dire "non" (ça ne durera pas), décrit avec fiel les beaux costumes de ces messieurs de la finance qui vont plonger le monde dans l'enfer, tout ça avec cruauté mais toujours avec humanité : l'Histoire est faite par des hommes, non par des figures, c'est ce que nous dit ce livre passionnant et tourmenté. Dans un style net et précis, rapide et toujours dynamique, Vuillard regarde aussi sidéré que nous les petitesses et les coups de pute du passé, et relie habilement ces faits à notre histoire contemporaine : colérique, il note combien cette époque peut à tout moment revenir, il suffit d'un billet habilement placé et d'un caractère un peu connivent pour que le ventre encore fécond accouche à nouveau de l'inacceptable. "BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Nous les connaissons très bien. Ils sont là, parmi nous, entre nous. Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d'entretien, nos radios-réveils, l'assurance de notre maison, la pile de nos montres. (...) Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'Enfer."  (Gols 20/05/17)


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Pas grand-chose à ajouter à la fine analyse de mon camarade sur cet opuscule goncourtisé depuis. Vuillard nous fait en effet bien comprendre qu'on apprend que des conneries en histoire-géo (je grossis le trait, hein) et que dès qu'on se penche un peu sur n'importe quelle question historique... ben tout est beaucoup plus complexe que cela... Parfois, c'est même pire : on nous aurait donc menti ! ; moi, qui ai toujours cru en la puissance allemande (la blitzkrieg, c'est pas rien !), qui n'aurait jamais acheté une perceuse autre que Bosch ou une voiture autre que BMW ou Mercedes (certes, je ne suis pas bricoleur et n'ai pas le permis, mais on peut parfois se projeter), voilà que j'apprends que les Panzers allemands qui ont servi pour "l'invasion de l'Autriche" (la porte est ouverte, willcommen) étaient (en particulier les premiers modèles) des boîtes à savon aussi solide qu'un pot de yaourt !!!!... Les fameux Panzers !!! On est tout autant outré et surpris devant la totale mauvaise foi des responsables autrichiens qui chipotent leur mère avant d'ouvrir leur frontière ou encore le ton un brin outrancier et autoritaire pris par cet individu prénommé Hitler qui devait être un sacré joueur de poker. Et pendant ce temps-là, en Gaule et Outre-manche, on reprisait nos chaussettes, guère inquiet vis-à-vis de ce petit être colérique qui prenait ses caprices pour des ordres... et nous pour les lanternes que nous fumes... Le petit paragraphe, très sobre et cinglant, sur les chefs d'entreprises allemands qui virent tout de suite d'un bon œil l'arrivée au pouvoir du Nazi à moustache (va mettre un peu d'ordre le gars... plus de syndicats, allez au boulot les fainéants) trouvent un écho assez cinglant, comme le soulignait Gols, avec le monde d'aujourd'hui (quand l'économie va, tout va...). Quand on voit la pérennité des boîtes allemandes qui ont collaboré avec les SS (et employé pour la plupart les personnes des camps), il y a de quoi douté un tantinet sur le petit fond de morale de notre société passée, présente et future... Fi. Allez, c'est décidé, demain, j'achète plus que du chinois (et après-demain aussi, du coup). Finaud et riche petit bouquin totalement à l'ordre du jour - avec en prime, le style toujours très sec, sans fioriture et diablement efficace du gars Vuillard. (Shang 18/11/17)

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L’autre Côté de l’Espoir (Toivon tuolla puolen) (2017) d'Aki Kaurismäki

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Kaurismäki fait dans l'épure et il est forcément agréable de retrouver notre gars Aki en pleine forme alors qu'on le croyait définitivement noyé dans une bouteille de vodka. Le cinéaste finlandais n'est point mort et montre qu'il a toujours du talent pour construire des histoires "minimalistes" (il a remplacé le décorateur par un peintre... plus besoin de meubles ni de bibelots, ça fait des économies...) qui joue finement sur la truculence (mais point trop n'en faut : l'humour à froid kaurismakien n'a jamais été aussi gelé) et l'émotion (sur la petite pointe des pieds, certes, mais elle est bien là). On suit pendant la première heure deux histoires parallèles : celle d'un homme qui quitte sa femme alcoolo (une séparation toute en silence qui fait froid dans le dos, déjà - on finira le film enrhumé, je ne vous le cache pas), vend son lot de chemises, joue au poker (dans une ambiance glaciale, j'ai fermé la fenêtre pour éviter les courants d'air), gagne et s'achète un resto tout pourave avec un personnel aussi actif que des fonctionnaires ; il est également question d'un Syrien qui débarque par hasard en terre finlandaise, demande l'asile, se la voit refuser et prend la poudre d'escampette avant d'être reconduit à la frontière ; le chemin des deux hommes finira par se croiser, notre restaurateur, sous ses airs bougons et froids, ayant bon cœur...

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Ah ben c'est vrai qu'on ne se tape pas sur les genoux toutes les cinq secondes (ce qui réchaufferait) et qu'on tape rarement du pied à l’écoute des différents groupes de zique comme à la bonne vieille école des Leningrad Cowboys (les chansons, gentiment rythmées, n'ont pas vraiment des paroles qui prêtent à la rumba)...  Mais au-delà de ça, en jouant constamment sur le fil du rasoir, l'ami Aki touche assez juste : le récit que fait le migrant de son périple devant les autorités finlandaises est d'une belle sobriété (on ne cherche par l'émotion facile, on ne mange pas de ce pain-là rassis chez l'Aki) et devient, par la bande, éminemment touchant lorsque notre pauvre gars, une fois jugé lapidairement, se fait menotter et escorter par les flics jusqu’à son centre – avant extradition (c'est un peu comme Kassovitz qui se prend un mur dans le mini-clip, plein de bonne volonté, auquel il vient de participer, voyez ; sauf que Kaurismäki n'est pas dans la démonstration lourdaude - c'est un vrai cinéaste, hein). De même, on apprécie la façon dont les situations conflictuelles (le restaurateur qui quitte sa femme sans un mot, le restaurateur qui clashe avec le migrant lors de leur première rencontre...) finissent par se résoudre simplement, sans qu'il soit besoin de deux kilomètres de dialogues ou d'explication (on se bourre le pif l’un l’autre puis on se retrouve gentiment autour d'une table dans la scène suivante). Kaurismaki est passé maître dans l'art de l'ellipse (Kaurismäki : l'humour elliptique, à paraître aux Cahiers - grand lendemain de cuite, désolé) et c'est sans doute ce qui est à la base de nos multiples petits ricanements grinçants (la tentative de restau jap, un grand moment de poilade silencieuse). Sans qu'on en prenne toujours franchement conscience, le film s'insinue lentement en nous et diffuse son petit nuage d'émotion lorsque le générique tombe : Kaurismäki signe un film malheureusement bien de son temps (l’empathie n’est pas un vain mot) et parvient, avec son style unique ultra minimaliste, à nous « toucher » intelligemment, sans aucun effet chic et choc - à l'inverse des médias en quelque sorte, une œuvre de cinéaste, en un mot.

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17 novembre 2017

LIVRE : Une Semaine avec Henry Miller de Pascal Vrebos - 2017

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Il est malin, Pascal Vrebos. Pour aider à la vente de son autobiographie, il lui donne le prétexte d'une rencontre avec un grand nom de la littérature américaine, Henry Miller. Hop, il cale un rendez-vous, il laisse le maître lui poser des questions sur sa vie, et emballé c'est pesé, il en vend des cartons, sous le titre Une Semaine avec Henry Miller. Il fallait y penser. Bon, voilà donc une réédition augmentée d'un livre d'il y a quelques années, série d'entretiens informels avec HM, donc, qu'il prolonge cette fois d'une entrevue avec Brenda Venus, la muse, âme-soeur, caution sociale, admiratrice, et plus si affinités, des dernières années. Au départ, touchant exercice d'admiration totale : Vrebos est un jeune homme, et comme tout jeune homme qui se respecte, il est un fanatique de l'oeuvre de Miller, qu'il dévore dans son entier, fasciné par son abord du sexe, son maniement de l'auto-fiction, son style irrépressible, son aura mythique. Il se débrouille donc pour se payer le voyage, et le voilà embarqué dans une conversation à bâton rompu avec le vieux bonze, conversation qu'il recopie scrupuleusement, en particulier donc les parties qui le concernent, lui Vrebos, son art (il est auteur dramatique), sa vision de la vie, et accessoirement celles de Miller. Bon, soyons sincères : on apprécie bien la chose, retrouvant plus d'une fois la langue millerienne, sa conception des choses sans frein et sans contrainte morale. Miller y revient sur ses éternels moments-clé (June, Cora Seward, Tropique du Cancer, Nin, ses mariages, le sexe), on n'apprend pas grand chose, mais on aime retrouver cet esprit. Surtout qu'on se rend compte qu'en ses vieux jours, Miller est toujours le roc joyeux qu'on aime, passionné par les autres, par la parole, par les gens déviants et bizarres, et par les femmes. Rien n'a arrêté le bonhomme jusqu'au bout de sa vie, c'est admirable. Dans un style sans façon, qui tente de restituer au mieux ces moments privilégiés, Vrebos tresse un chtit bouquin peinard, qu'apprécieront cela dit plus les fans du bougre que les débutants en Millerie. On a un petit aperçu subjectif du gars, on peut méditer sur sa vieillesse et sur la vie, on rigole gentiment aux excès du toujours vert vieillard, et on traverse tranquillement 80 ans de vie libre. Les dernières pages, consacrées à des photos complètement inutiles de Miller et Venus et à une rencontre qui ne donne rien avec la muse (qui apparaît cela dit étonnamment sincère, alors qu'elle a souvent été taxée de profiteuse) peuvent être zappées sans problème. Tout comme les longs paragraphes d'auto-satisfaction de Vrebos, qui, sous couvert de les mettre sous le jugement de Miller, se vautre dans le nombrilisme. Tant pis : ça reste sympa...

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16 novembre 2017

LIVRE : L'Art de perdre d'Alice Zeniter - 2017

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Alice Zeniter raconte en trois parties le destin de trois générations : Ali, combattant de la seconde guerre mondiale et harki, Hamid, son fils, qui fit tout pour s'intégrer en France et faire de brillantes études et sa propre fille, Naïma, employée dans une galerie d'art moderne et ayant l'opportunité de retourner pour un temps limité au pays des "origines", l'Algérie. Sans que l'on sente tout le poids de l'Histoire avec un grand H, Alice Zeniter parvient à nous faire ressentir "de l'intérieur" toutes ces années troubles, des années 50 à la déclaration de l'Indépendance en 62. Par le biais d'Ali, propriétaire terrien qui a fait son trou à la force du poignet, on comprend toute la duplicité dans laquelle il se trouve au moment de la montée du FLN ; il ressent à la fois une certaine fidélité à la France (dont il est fier des 7 kilos de médailles qu’il exhibe à l’occasion) mais surtout le désir de  préserver son village des mises à mort aveugles, par les forces françaises ou de libération ; il tente de naviguer dans cet entre-deux guère confortable et décidera, en 1962, par peur des règlements de compte, de partir avec toute sa petite famille en métropole... Terre d'espoir, de renaissance, d'avenir... My balls, oui, puisqu'il se retrouvera baladé de camp en camp comme si l'Etat français ne savait que faire de cette population. Là encore, Zeniter nous fait toucher du doigt toute la frustration qu'a pu ressentir cette famille dans ce "choix" un tantinet forcé... Malgré tout, les descendants d'Ali (en particulier Hamid et Naïma que nous suivons dans leurs premières années de vie) feront tout ce qui est en leur pouvoir pour tracer leur route dans cette société française pas toujours très juste envers les personnes qui lui furent fidèles. Sans chercher à replonger dans le passé familial ni à se cacher derrière des excuses faciles, le père et la fille suivront leur petit bonhomme de chemin dans cette France des Trente Glorieuses and after. Zeniter, au travers des yeux et des pensées de Naïma, évoque aussi bien les attentats terroristes de ces dernières années que les années "troubles" de l'Algérie contemporaine ; pas toujours facile d'être une femme libérée de ce côté ou de l'autre de la Méditerranée, mais la curiosité de Naïma (plus qu'une quelconque nostalgie ou envie de savoir) va l'amener sur les terres de son grand-père lors d'un voyage mémorable. Ecrit dans un style clair, sobre (rien de transcendant à ce niveau-là, juste une fluidité relativement agréable), Zeniter parvient avec un certain talent et sans nous assommer de faits historiques à nous faire ressentir quel put être le parcours de ces hommes, ces "harkis", qui n'eurent pendant bien longtemps que trop peu de place dans l'Histoire de France. Sans chercher à prendre parti, l'auteure fait montre d'une certaine prise de distance, pour ne pas dire d'une certaine objectivité pour nous décrire les soixante dernières années de cette famille ballottée entre un passé en Kabylie et une adaptation « coûte que coûte » en cette douce France plutôt rugueuse au premier abord. Un bouquin qui ne cherche pas à nous écraser sous les référence et qui décrit sans rancœur et dans un style clair (banal, dirait Gols au taquet) cet aspect pas toujours très reluisant de l'histoire française. Pas mal pour une saga.

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15 novembre 2017

In the Mood for Love (Fa yeung nin wa) de Wong Kar-Wai

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Alors là, mes amis, on est dans la crème de la cream, dans le chef-d’œuvre absolu (pas la peine de faire la moue ou de lever un sourcil, vous n'aurez droit à aucun regard de ma part). Cette œuvre, je la connais tellement par cœur que je n'osai la revoir depuis dix ans, je pourrais même faire une thèse sur toutes les scènes non montées ou sur la bande-annonce. Histoire de dire que personne n'arrivera à me faire entendre raison avec une quelconque réserve, je tiens à préciser qu'il y a de cela quinze ans à peine, quinze ans déjà, sous des cieux kualalumpuriens, j'avais même organisé dans une école hôtelière une projection du film suivie d'un repas inthemoodforlovien (ne me cherchez pas sur les recettes, vous aurez juste l'air ridicule). Bref, et sinon la chose a vieilli ? Pas d'un iota, mon pépère, c'est toujours aussi exquis, la musique toujours subtilement lancinante, Maggie Cheung toujours sublimissime. Il n'est finalement question ici que de bribes de souvenirs d'un amour plus grand que tout, d'un amour qui n'a pas eu lieu, d'un amour qui repose sur rien, d'un amour infini, d'un amour qui ne veut pas dire son nom, d'un. Entre deux. Deux personnes trompées (le mari de la Maggie avec la femme du Tony) qui se refusent charnellement l'un à l'autre (quoiqu'en disent certaines scènes coupées, oublions-les) pour ne "jamais être comme eux". Car ces deux-là, monsieur, ne se contentent pas d'une tromperie dans le dos des autres, ces deux-là ont le sens de l'honneur (le fait même qu'ils se rencontrent ne doit jamais revenir à l'oreille des voisins), ces deux-là sont au-dessus de ça, quitte à passer au-delà de tout. Un amour qui ne s'avoue pas est un amour qui reste entier… et qui laisse, certes, des montagnes de regret. Parce que c'était elle, parce que c'était lui, tout devait se faire pour que, mais voilà, un excès de pudeur, d'humilité, d'honneur et tout part en fumée. In the mood for Love est un film sur l'essence même de l'amour, mais d'un amour dont on ne garde que "l'esprit", que "l'humeur" : l'essentiel finalement, comme si les relations charnelles n'étaient réservées qu'aux vulgaires, comme un simple amour mis à portée des caniches comme disait l'autre.

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Si on reste baba devant la science du cadre de Wong Kar-Wai (ces parties du corps, ces profils des personnages, toujours parfaitement encadrés, coincés dans le décor : des bribes de mémoires qui reviennent comme de puissants flashes, incapable que l'on est de garder du passé une vision nette et précise), devant ces mini-travellings (latéraux ou verticaux) comme s'il s'agissait, avec un simple effet de montage, de remettre dans l'ordre toutes les cases du passé d'un Rubik's cube, devant ces scènes filmées derrières des barreaux (Cheung et Leung comme prisonniers de l'amour des autres : ils ne peuvent se permettre de les imiter pour ne pas tomber aussi bas ; leur amour restera donc dans le jeu (ils "s'amusent" constamment à mettre en scène des situations qu'ont pu vivre leurs époux respectifs), voire un simple jeu littéraire puisqu'ils aiment à écrire ensemble des histoires des temps anciens)... Mais tout cela ne reste jamais que du fond, l'essentiel étant ailleurs : WKW est un génie de la forme et un génie tout court. Les preuves sont multiples : c'est lui qui a inventé les ralentis, c'est lui qui a inventé la fumée de cigarette qui part vers le ciel, c'est lui qui a inventé les femmes qui descendaient les escaliers (et Naruse celles qui les montaient), c'est lui qui a inventé la pluie pour qu'elle se confonde avec les larmes, c'est lui qui a inventé la démarche de Maggie Cheung (qui marche sur un fil en croisant magiquement ses pas), c'est lui qui a inventé le gel dans les cheveux de Tony Leung, c'est lui qui a inventé les qipao (Maggie Cheung change au moins vingt fois de tenue et c'est à chaque fois magique, radieux, éblouissant, comme si chaque motif était une émanation de son sourire), c'est lui qui a inventé les nouilles... Et j'en passe.

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Le film est constitué de micro-saynètes, de dialogues épurés comme si l'ami WKW était parvenu à garder uniquement la substantifique moelle de cet amour secret, de cet amour si grand que l'on ne peut le dire de peur de l'affaiblir, d'en briser le subtil équilibre. Cheung et Leung jouent à ne pas s'aimer, aiment simplement à se croiser, à se pencher, comme le ferait un simple ange protecteur, l'un sur l'épaule de l'autre, à se cacher comme un enfant dans le creux d'une épaule pour doucement pleurer. Cet amour inavoué et inavouable serait à en chialer si les deux personnages ne gardaient pas la tête haute ; on sent qu'à l'intérieur d'eux-mêmes, ils sont dévastés, mais ils ont la décence de ne pas toucher à cet amour d'une vie comme pour mieux le préserver ; c'est triste à en mourir mais c'est beau comme de la fumée qui s'échappe sous un néon multicolore ou comme une qipao de Maggie Cheung qui prend vie dès qu'elle fait un pas pour aller chercher un bol de nouilles. Tellement sous le charme que j'aurais presque honte de retomber amoureux. Ceci dit, cela tombe plutôt bien.

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In the mood for WKW

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14 novembre 2017

Le Caire Confidentiel (The Nile Hilton Incident) (2017) de Tarik Saleh

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Voilà un film qui essaie de mêler plutôt habilement l'histoire d'un petit flic (corrompu comme tout le monde mais qui va avoir la tentation de remplir sa mission de façon "professionnelle"), l'Histoire conjoncturelle égyptienne (la révolution de la place Tahrir) et un aspect plus structurelle (la corruption à grande échelle des flics et des hommes de pouvoir) ; notre homme, qui joue au chevalier blanc suite à deux meurtres de jeunes femmes, s'en sortira-t-il vivant ? Et la révolution est-elle capable de mettre à bas ce système pourrissant qui ronge toute l'administration ? Saleh avance à petits pas sur ce terrain miné et livre une morale en demi-teinte qui démontre que certains principes seront plus durs à combattre qu'un simple dirigeant politique.

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On marche donc dans les pas de ce petit inspecteur qui se retrouve malgré lui sur une enquête qui le dépasse un brin ; notre homme n'est pas le dernier "à piquer dans la caisse" (faut bien arrondir les fins de mois), n'est pas d'une probité exemplaire (loin de là) et souffre qui plus est de la comparaison avec la figure paternelle à qui il semble devoir son poste... Un peu maladroit, solitaire (il a perdu sa femme dans un accident), il a tout du petit policier plutôt pathétique ; il va tout de même, à la force du poignet et en prenant son courage à deux mains, faire son trou dans cette enquête qui sent dès le départ le roussi (prostiputes de luxe (l'une d'elle est retrouvée égorgée : le procureur, un brin complaisant, conclut au suicide - mais bien sûr), chantage à tous les étages, implication de personnes du monde des affaires et implication de la sûreté d'état - rien de moins) ; moins il suit les recommandations de son supérieur, plus il met les pieds dans le plat : parfois pour le meilleur (il sert (sans en avoir toujours conscience) les intérêts de personnes haut placées qui "l'encouragent" dans cette voie), mais aussi pour le pire (il met sa propre vie en danger) ; le moins que l'on puisse dire est qu'il nage en eau trouble et se retrouve, comme le spectateur, souvent un peu perdu devant les tenants et les aboutissants de cette affaire (qui finira bien par s'éclaircir...).

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On apprécie la façon dont Saleh nous met au même niveau que son héros et sa capacité à livrer une intrigue complexe qu'il se fait un soin, sur le tard, de nous expliquer. L'aspect "reconstitution historique" est également bien mené (cet épisode effrayant où les hauts gradés tirent à balles réelles sur la foule) et l'on apprécie tout autant sa capacité à nous faire "visiter" Le Caire, des bas-fonds nocturnes (drogue et sexe) aux verdoyants terrains de golf en passant par les bureaux miteux des flics. Après, si on reconnaît le côté honorable de ce polar, on reste un peu plus sceptique devant certains "hasards de l'enquête" ou la façon dont ce petit flicard "joue" au héros (le trait est parfois un peu forcé) ; on suit le récit sans jamais se prendre vraiment la tête (le petit côté gentiment didactique de la chose) et sans jamais vraiment succomber non plus devant l'originalité de la chose (une molle course-poursuite, un maître chanteur qui applique des recette vieille comme Hérode…) et de la mise en scène. Mais bon, disais-je, le tout reste honnête et démontre, avec le bon petit talent d'artisan de Saleh, que certains combats sont loin d'être gagnés dans cet Egypte "moderne" (internet est convoqué plusieurs fois) en pleine "reconstruction" : le fric reste roi pour ne pas dire pharaon.     

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Rosetta (1999) de Jean-Pierre et Luc Dardenne

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Voilà bien un film qui possède the ultimate Dardenne touch ! Je ne l'avais pas revu depuis sa sortie et c'est un plaisir de rester impressionné par cette fille toujours en mouvement - en mode tracteur : fonçant droit devant elle, la tête et les épaules en avant -, une jeune femme (la Duquenne sans une once de maquillage) poursuivie comme son ombre par une caméra à quelques centimètres d'elle. C'est une donzelle qui n'a pas grand-chose (elle vit dans une caravane avec une mère alcoolique) mais qui n'en veut (si elle avait un boulot et un copain, ce serait déjà le summum... Malheureusement il lui faudra choisir). Dès la première séquence avec cette caméra collée à son train (et bing, on se prend de plein fouet deux portes dans la gueule), on comprend que la chtite à l'habitude de trouver sur son chemin des portes fermées mais qu'elle a encore la volonté d'aller de l'avant, quitte à les faire péter... Elle s'en prend violemment à son employeur qui la "remercie" à la fin de son stage : on comprend toute la détresse de cette jeune femme qui a donné semble-t-il le meilleur d'elle-même pour garder son taff et que l'on jette comme une vieille chaussette. Un autre taff lui échappe dans la foulée et elle n'entrevoit qu'une seule perspective : piquer le boulot de son copain qui vend des gaufres dans une baraque à frite (on est en Belgique, hein); comment ? Rien de plus simple, il suffit de dénoncer ses petites arnaques à son employeur (Olivier Gourmet qui n'a jamais été du genre à accepter la plaisanterie)... Mais va-t-elle vraiment pouvoir vivre ensuite avec cette basse trahison ?

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Rosetta demeure, disais-je, une expérience forte, maintes fois copiée depuis jamais égalée : on admire la détermination de la Duquenne qui telle une mouche dans une cage en verre semble destinée à se cogner partout où elle veut s’envoler ; on aime la voir enfourner ses bottes chaque fois qu'elle revient chez elle (♪ marcher dans la boue ♪) lors d'un touchant petit cérémonial : bien qu'elle soit bien décidée à faire sa vie en dehors de cet enclos caravanesque, il lui faut quotidiennement revenir dans ce camping aux allures de cimetière pour s'occuper de sa mère ; enfoncée jusqu'aux chevilles dans la mouise, on aimerait penser que sa volonté de porter sa vie (et sa mère) à bout de bras va finir par payer (ou pas) ; ou pas car nombreux sont les indices peu encourageants dans le film : les Dardenne aime ainsi à montrer leur héroïne paniquant dans l'eau (voir une scène comparable dans L'Enfant) à deux doigts de se noyer en raison de la vase ; c'est sa propre mère qui l'a poussée là et une scène tout aussi désespérante lui fera écho sur la toute fin, celle d'un œuf plongé dans l'eau bouillante, (on s'impose actuellement comme les spécialistes des œufs au cinéma) ; l'Emilie est-elle donc forcément destinée à se noyer, à baisser les bras, à s'enfoncer ?...

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Pas forcément, mes amis, pas forcément ; une autre scène aquatique répond à la première lorsque son copain se retrouve à son tour immergé jusqu'au cou dans cet étang traître : elle pourrait, l'Emilie, l'y laisser, pour avoir l'opportunité de prendre son taff (est-elle si cruelle ? Ce n'est pas elle qui est cruelle, madame, c'est la société, entendons-nous bien) ; mais elle possède encore un petit cœur qui bat, quelques gramme de conscience qui lui feront faire le bon geste pour sauver son poteau. Cela suffira-t-il à la sauver, elle ? Peut-être car on aime à penser que lors de l'épisode final (avec la bonbonne de gaz Sisyphéenne qu’elle porte à bout de bras), c'est le souvenir de son copain (celui qui lui tourne autour comme une mouche en faisant un bruit de dingue sur sa machine infernale) qui vient lui trotter dans la tête pour lui éviter de commettre l'irréparable - il y a toujours une petite touche "réalisto-symbolique" à la fin des films des Dardenne...

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J'aime aussi cette séquence (la plus pathétique du siècle dernier) lors de laquelle son pauvre copain (qui ressemble pas à grand-chose, pour être gentil) l'invite chez elle : il lui prépare du pain perdu (c'est un peu comme du saumon sans saumon : reste juste des vieux toasts) en lui faisant écouter un morceau tout pourri de batterie qu'il joue lui-même (la prochaine fois que je joue de l'harmonica bourré, dites-moi simplement non) ; la scène de danse qui s'en suit et le truc le plus raté du monde. Car la pauvre Emilie, oui monsieur, a des règles douloureuses (qu'elle garde tout au long du film ? Parfaitement) et le simple effort de danser la plie en quatre. On empathise à fond pour cette fille habillée, certes, comme un sac de chez Lidl, obsédée, certes, à mort par l'idée de gagner de la thune, malade, certes, à en crever mais dont on devine le bon fond, caché là, bien caché... Les Dardenne ont un don pour nous faire sentir son désespoir mais un désespoir qui reste positif (parfaitement) : il y a encore un petit éclat qui brille en elle (sa mauvaise consciente vrombissante) qui va lui permettre d'accéder à la rédemption (quitter ce taff et, surtout, ne pas mourir). Une anti-héroïne cent-pour-cent dardénienne qui, à l'image de leur cinéma, n'est pas toujours ultra olé olé mais empli(e) d'une sève souterraine saturée d'énergie. Une palme à l'unanimité, oeuf course.

Quand Cannes

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12 novembre 2017

Un Œuf (in Lumière et compagnie) (1995) d'Abbas Kiarostami

Demain vous avez une leçon sur les expressions françaises et vous n'avez rien préparé ? Heureusement Kiarostami est là (et Shangols, humblement) pour vous donner une petite leçon de cinéma et de français en 52 secondes. En off, la voix contrariée d'Isabelle Huppert (se glisse partout celle-là) qui, en live, sur le répondeur demande si la personne est là. Ele voudrait tant lui parler. A l'image, une poêle et deux oeufs sur le plat (dont un qui se déchire, les aléas cinématographiques kiarostamiens... symbole, encore) : do you get it ? Pas si vous êtes hollandais ou turc mais voilà, sous la lumière des frères, l'expression "va te faire cuir un oeuf" vient de prendre tout son sens, son relief, son piquant. Du gaz, du beurre, des oeufs, Huppert, un répondeur et Abbas fait un nouveau miracle avec ce clin d'oeil extraordinaire à la langue de Molière et des Lumière. J'en fais trop ? Ben allez-vous faire... Voilà.

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a tout Kiaro

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Miracle à Milan (Miracolo a Milano) (1951) de Vittorio De Sica

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Miracle à Milan : petite merveille de l'optimisme forcené ou petite mièvrerie vieillo-réaliste ? Je pense que l'ami Gols (que je fréquente, aussi, parfois) pencherait pour la seconde option, et je dois dire, honte à lui, que je ne serais pas loin sur ce coup de lui emboîter le pas. Comment, s'attaquer à De Sica, au grand Vittorio De Sica ? E perque no, après tout.

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Après un début ultra néo-réaliste avec un bébé qui naît dans un chou (ah la bonne blague) et l'épisode ultra-breliste du gamin, simple petite figure en noir, suivant, dans le brouillard, le corbillard de la grand-mère qui l'avait recueilli dans son jardin (Dire, que Fernand est mort, dire, qu'il est mort Fernand... magnifique image pour le clip du grand Jacques), on rentre dans le vif du sujet : il n'y a pas que les imbéciles qui ont le droit d'être heureux, il y a aussi les pauvres. Il suffit, juste, de savoir profiter d'un rien : un rayon de soleil dans la brume, joie, un taudis en tôle transformé en taudis en bois, joie, un homme en colère souffle dans un sifflet, le voilà plus léger, joie ... Totò (Francesco Golisano, une tête à pouvoir porter cinq kilos de pommes-de-terre dans sa casquette) ramène en vous la joie de vivre et c'est cela être bon : vous êtes petit, il se met à votre hauteur, vous avec des rhumatismes, il mime le mal de dos, vous avez la gueule tordue, il vous parle en faisant une grimace. Soit il est bon, soit il vous prend pour un con, le fait est que cela fonctionne (la joie de vivre est communicative comme l’est d’ailleurs le désespoir si on pense à Raymond Barre)) ; notre héros est ainsi vite adulé : la vita e bella se tue-t-il à dire, oui, tout le monde se met à le croire et cela rappelle le refrain d’un autre cinéaste italien  conchié par le toujours obtus Gols (qui me sert de caution pour l'occase, marche). Cette histoire d'un Zelig du bonheur part certes d'un bon sentiment mais devient quand même rapidement mièvre (échangerai pas mon baril de Capra contre cinq kilos de De Sica, pas fou).

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Et puis tournant du match. Surviennent alors les méchants richards avec leur haut de forme : ils veulent virer les squatteurs milanais. Là encore Totò est au taquet et leur fait bien comprendre que tous les êtres humains ont cinq doigts et sont donc tous un peu pareils – sous-entendu, laissez-nous en paix : on dirait du Paulo Coehlo tellement c'est sot, et ça fonctionne... Enfin pas longtemps car du pétrole est trouvé sur le terrain et les richards, forcément suppléés par les forces policières à leur solde, sont bien décidés à virer ces hommes en guenille. Totò, littéralement touché par un don du ciel, va faire une pluie de miracles pour décanter la situation ; le final est harrypotteresque avec des effets spéciaux ultra-ringards - mais attention, poésie ! Ouais, enfin ringards quand même…

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Alors bon, on pourrait trouver une certaine truculence dans ces scènes de flics qui partent en vrille sur des patins à glace (miracle), voire un petit côté poético-biblique dans cette séquence où les pauvres repoussent les gaz lacrimo avec leur souffle (miracle à la Moïse), pour ne pas dire quasi surréaliste avec ces chapeaux haut de forme qui chassent un pauvre collabo (miracle, again, mais toujours pas dans les effets spéciaux... allez, avouons tout de même que cette transparence-ci a du charme...). Oui, on pourrait. De même, l'optimisme est tellement rare de nos jours que ce Totò pourrait faire figure de personnage salvateur comme une sorte de discours à la Macron pré-élection. Oui, on aimerait presque pour une fois ne pas faire le cynique de service... Mais bon, franchement, entre nous, soyons justement réaliste : c'est gnangnan et populiste comme tout, ce discours genre "je suis du côté des pauvres et en plus je veux les rendre heureux et béats" (genre un peu comme mon film). Les pauvres passent en plus franchement pour des petites merdouilles dans leur désir matérialiste idiot (Totò peut réaliser tous leurs vœux : je veux un manteau en fourrure, moi des millions, moi une machine à coudre... pas jojo tout ça) ; Totò, sentimental et moins con que la foule, heureusement, aime à flirter et sait rendre heureuse sa compagne (la seule à sauver) avec une simple marguerite... C'est toujours un peu bébête mais, au moins, pas bassement matérialiste. La touche romance, quoi… pas d’une originalité folle… Le film eut la palme en son temps et l'on est assez content que 48 ans plus tard ce fut Rosetta. On a un peu évolué, oups.

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 Quand Cannes

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11 novembre 2017

LIVRE : Dernières Nouvelles (The ancient Minstrel / Brown Dog) de Jim Harrison - 2013/2016

9782081362895,0-4372401La pire nouvelle de 2016 fut sûrement la disparition du grand Jim, et depuis on se console comme on peut en allumant des cierges, partant à la pêche à la truite, taquinant la gorette ou lisant les dernières publications restantes du maître. Comme cet ouvrage, annoncé cette fois comme l'ultime fournée de textes inédits. Et ça valait le coup de racler les fonds de tiroir, puisque voilà trois merveilles de simplicité signées par un gars qui a souvent été plus à l'aise dans la forme courte que dans le roman. Deux courts romans et une nouvelle donc, pour faire un état des lieux du style de Harrison en fin de vie.

Le premier texte, "Les Oeufs", est tout à fait représentatif de son écriture. Le gars, sans aucune construction, se foutant comme de son premier steak tartare de la progression dramatique ou de la trame, dresse le portrait d'une femme, passionnée depuis toute petite par les poulets et les animaux en général, émancipée et moderne, à la recherche désespérée d'un gusse qui lui donnerait le bébé attendu. On repense à Dalva, sa plus grande héroïne, dans cette nana qui ne ressemble à nulle autre, capable des pires énormités et de gestes d'une poésie magnifique dans la même seconde. Il y a surtout un portrait des animaux qui bouleverse, une attention à leurs postures, à leur nature, qui montre un Harrison passionné par la nature, qu'il s'agisse de poules, de chiens, d'ours ou de fourmis. Le texte ne tient pas toutes ses promesses jusqu'au bout, il est un peu long et la fin est sacrifiée. Mais ce petit roman met en bouche pour attaquer le gros morceau, tout simplement l'ultime retour de Chien-Brun, personnage éternel de Harrison au cours de sa vie. C'est le deuxième texte, "Le-chien", un des sommets franchement de l'oeuvre tardive de Jim : jamais le personnage n'avait paru aussi humain, aussi attachant, aussi crédible que dans ces 100 pages émouvantes, drôles, foutraques, libertaires. Chien-Brun y traverse le territoire américain, toujours dilettante, toujours à l'instinct, toujours sexué comme un taureau, image d'une Amérique oubliée, celle des Indiens et du naturalisme, entièrement guidée par ses sensations. Là, encore pas ou peu d'histoire à proprement parler, mais une manière, un style unique, qui permet à Harrison de s'ébattre en totale liberté au milieu de la politique, de la nature, des femmes, des animaux, de la vie : une prise directe avec celle-ci.

Enfin, "L’Affaire des Bouddhas hurleurs" est peut-être plus anecdotique, ressuscitant le temps d'une dernière affaire Sunderson, le privé un peu borgnole des quelques livres récents du maître. Mais s'y dessine un autoportrait saisissant : par-delà l'enquête déjà vue autour d'une secte, l'auteur s'y dépeint de manière à peine voilée en vieillard obsédé sexuel (qui plus est, par les filles de 15 ans), incapable même en ses vieux jours de résister à une paire de seins, un steak à la poêle ou une partie de jambes en l'air. Il serait encore vivant, il serait cloué au pilori par les #balancetonporc, mais tel quel, ce texte est miraculeux, plein de vie, drôle et provocateur. Surtout, il donne l'occasion à Harrison de tirer sa révérence en bonne et dûe forme, puisque, tant pis pour le spoilage, Sunderson finit par mourir luii aussi à la dernière phrase de la nouvelle. Adieux bouleversants et discrets, d'une élégance rare, même si Harrison, jusqu'au bout, nous aura montré son cul, qu'il avait conséquent, en même temps qu'il signait une des plus belles oeuvres américaines du siècle.

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LIVRE : Tiens ferme ta Couronne de Yannick Haenel - 2017

A17787Ça commence, pourrait-on dire, sous les meilleures auspices, le gars Haenel se plaçant en fan de Melville (sur lequel il a écrit un scénar somme), de Cimino (dont il admire The Deer Hunter et auquel il voudrait confier son scénario) et de Coppola (il regarde en boucle Apocalypse Now en essayant de creuser à chaque fois le sillon du sens un peu plus en profondeur). Un essai, sur un ton assez léger, sur ces grandes figures et leur confrontation face à l'ennemi, face au combat, face à la mort. Vaste sujet que le gars Yannick traite sur un ton assez badin : il rêve d'un rencart avec Cimino ? Pas de souci, un petit aller-retour sur New-York et le voici face au maître avec lequel il passe une journée super cool. Cela éclaircit un tantinet cette longue période de dépression que notre ami traverse... Pasque voilà, il vit seul dans son petit appart parisien, sans thune et sous le coup de la dépression, il a récupéré la garde du dalmatien de son voisin chelou mais il le paume, bref, rohlala... Pas la forme. Heureusement que la vision de ses films fétiches lui permet de garder son esprit en action... Si dans un premier temps, on prend un certain plaisir à voir notre écrivain discourir sur les œuvres des deux cinéastes, on décroche progressivement devant les mésaventures de notre homme en proie aux doutes : cette vie est vraiment trop dure... Heureusement notre héros va tomber amoureux (d'une copine à Isabelle Huppert, on ne se refuse rien) et la vie va tout de suite devenir beaucoup plus sympa... Si Haenel se plaît à filer tout au long de son roman la métaphore du cerf, image à laquelle il se tient fermement, on éprouve un peu plus de mal à tenir fermement ce bouquin entre nos mains. Ces petites pérégrinations personnelles n'intéressent bientôt plus que lui (il en oublie au passage le chien et le voisin et certains personnages secondaires...) et ces petites tentatives de réflexion philosophico-littéraro-cinématographique ne tardent pas à faire pschiit... Une toute petite couronne pour ce roman intra-muros écrit par un type qui se regarde un peu le nombril.   (Shang - 24/10/17)


cimino1Ah pour ma part, beaucoup plus client : pour tout dire, j'ai même beaucoup aimé ce roman assez étrange, au style ciselé, qui fait mine de partir dans tous les sens pour mieux revenir au centre de sa réflexion : trouver au milieu du chaos la note juste, ce fameux "daim blanc", image assez formidable pour qualifier la sorte d'émerveillement, de justesse qui déboule parfois (rarement) à la vision d'un film, d'une femme, d'une sensation. Le personnage est en quête de quelque chose qui le dépasse, et la métaphore sur Moby Dick, sur le colonel Kurtz, voire même sur ce fameux dalmatien qui lui échappe, semble tout à fait pertinente pour exprimer cette idée. Certes le roman emprunte maints chemins de traverse, mais c'est pour en revenir toujours à ce point central, la quête de l'inaccessible, de l'éblouissement. La grande qualité du truc, c'est que Haenel ne fait jamais dans la grandiloquence pour exprimer cette profonde notion : il reste du côté de la narration, de la fiction, du roman, et utilise même un humour "mine de rien" qui marche très bien. C'est dans la construction de son personnage qu'il arrive à rendre parfaitement la chose : paumé, solitaire, mais farouchement indépendant (les allusions au précédent roman de Haenel, Les Renards pâles, sont judicieux), sûr de son fait, les (petits) malheurs qui s'accumulent sur sa vie n'étant jamais aussi importants que la foi qui l'anime quand il regarde Apocalypse Now (il y a un peu de Shang dans ce personnage, ou je me trompe ?). Le tout, coloré, éclectique, passe du coq-à-l'âne dans un semblant de désordre qui suit en fait sacrément bien son chemin. Haenel exprime quelque chose de la puissance du roman, genre dans lequel l'imagination peut tout se permettre, rencontrer Cimino, boire des verres avec Huppert, écrire 800 pages sur Melville, et le fait dans un style érudit et populaire à la fois : la langue est travaillée en vrai amoureux, passant de pages assez savantes à un paragraphe de poésie pure pour mieux ensuite nous servir quelques phrases parfaitement concrètes. Vraiment un très beau livre, un des seuls dans la liste de ces prix de la rentrée à faire vraiment acte de littérature, à en faire même le terreau de son inspiration.   (Gols - 11/11/17)

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10 novembre 2017

LIVRE : Si un Inconnu vous aborde (If a stranger approaches you) de Laura Kasischke - 2013

9782375270301,0-4374136On n'avait pas encore testé la grande Laura Kasischke dans la forme courte, la voilà donc déboulant sans vergogne avec ce recueil de 15 histoires qui, une nouvelle fois, vous assied complètement. Si un Inconnu vous aborde est une sorte de flacon de parfum là où Rêves de Garçons ou Esprit d'Hiver était des eaux de toilette, c'est dire le souci de concentration qui habite ces nouvelles profondément dérangeantes. La belle cultive un mystère opaque, un sens de la suspension qu'on devine hérité de Raymond Carver, et pollue ses petites vies ordinaires de pavillons tranquille par une inquiétude larvée, une étrangeté qui émane du presque rien. Difficile de dire ce qui fait peur dans ces textes, mais c'est là. A l'image de la splendide couverture (pour une fois, notons-le, voilà une illustration qui rend pleinement justice au travail de Kasischke, qui semble même en être une émanation), il y a une bizarrerie de chaque histoire, une façon de tordre de façon infinitésimale la réalité pour en extraire un quotidien torve, une ambiance angoissante. A ce petit jeu, deux textes surtout sortent du lot : le premier, où une mère de famille trouve dans la chambre de sa fille une chose sanglante qui va cristalliser en quelque sorte sa hantise de l'Autre, sa peur de l'altérité, son refus de voir sa fille grandir ; et cette histoire de père divorcé qui vient fêter l'anniversaire de sa fille, sorte d'enfer domestique que l'auteur amène par petites touches très discrètes et qui vous reste en tête comme un cauchemar. Dans le premier texte, il y a une monstruosité, une morbidité, une ambiance presque lovecraftienne, alors que Kasischke ne se départ jamais de son contexte familier ; dans le deuxième, une façon étonnante de regarder la "vie normale" comme si elle était monstrueuse. Presque rien, pourtant, parfois même moins que rien, tant la dame aime à laisser ses histoires en suspens, à ne pas donner le mot de la fin, à nous laisser imaginer ce qu'il y a derrière tout ça. Le recueil est très agréablement varié, on a même droit à de l'anticipation, à des textes assez proches du conte, à de l'hyper-réalisme à la Chuck Close. Malgré la traduction parfois très heurtée de Céline Leroy (pourtant une habituée de la dame), on regarde ce style si délicat faire des ravages dans l'Amérique profonde, mine de rien, saccager nos habitudes et retourner comme un gant ce qu'on croyait le plus banal. Effrayant.

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Ziegfeld Follies de Vincente Minnelli - 1946

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Argh il y a toujours quelques minutes, quand on se tape un Minnelli, où il faut avaler notre surdose de sucre, toujours un temps d'adaptation où il faut accepter cet univers rose bonbon. Ensuite, ça passe tout seul, c'est vrai. L'inconvénient, avec Ziegfeld Follies, c'est que ce temps dure environ 2 heures, et qu'on se retrouve au bout du truc tout empêtré dans la mélasse et le sirop, sans qu'on ait eu le temps d'apprécier la chose. On reconnaît le brio de la mise en scène, c'est sûr, mais le film est beaucoup trop ennuyeux, et cette fois-ci beaucoup trop mièvre pour accrocher vraiment.

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C'est une sorte de chant du cygne des grands numéros de music-hall de Broadway. Minnelli reconvoque pour un tour de piste clinquant le gotha des musicals, chanteurs d'opérette, danseurs de claquettes, comiques troupiers, stars de la pantomime, et monte façon cabaret tous ces numéros disparates ensemble. Il accuse méchamment le coup de la fin d'un certain âge d'or, puisque son film démarre au paradis, où le vieux Ziegfeld, star des théâtres, pris d'une nostalgie du bon vieux temps, décide d'organiser une dernière fois la revue des revues. S'ensuivent donc une série de numéros plus ou moins clinquants, d'où émergent quelques stars (Fred Astaire, Cyd Charisse, Judy Garland, Gene Kelly, Hume Cronyn...). Aucun lien entre les scènes, juste le plaisir de regarder au cinéma un spectacle de revue américaine comme on n'en fait plus, et comme on n'en faisait déjà visiblement plus à l'époque. On voit donc tour à tour des bellâtres entonner des airs d'opéra, des pitres (assez pénibles) interpréter des sketches antiques (les gags sur le téléphone font peine à voir), ou des danseuses guère vêtues entourer façon potiche des gros gâteaux rose et jaune et servir de faire-valoir à de suaves danseurs. Ça, c'est pour la partie ringarde. Après, il est vrai que quelques courts-métrages sont mieux, en général quand Astaire ou Kelly sont de sortie : on a même droit à la rencontre entre les deux, qu'on attend avec impatience, et qui se solde par un petit numéro pas très réussi, où les gars laissent leur virtuosité au vestiaire et se contentent d'amuser le chaland à peu de frais. Il y a aussi la partie Judy Garland, un poil plus fun et ironique, et puis cette improbable pantomime avec Astaire en Chinois qui rivalise de roulements d'yeux et de poses tragiques pour faire croire à son désarroi amoureux. Mais ça ne sauve pas l'ensemble : on passe deux heures dans les ambiances surannées d'autrefois, on soupire devant ces couleurs fluo et ces mouvements tout en rondeurs, on regrette pour une fois l'absence de scénario, et on compte les minutes.

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Heureusement, il y a la mise en scène, supérieurement élégante. Ce n'est pas à Minnelli qu'on va apprendre à bricoler un sublime travelling ou à remplir un cadre, et le gars s'éclate bien avec ce gros gâteau. Il lui permet même d'expérimenter de fort jolies choses avec le cadre : les numéros se font sur une scène de théâtre (immense, cela dit), mais il arrive à capter ça avec des moyens de cinéma, multipliant les formes géométriques (une petite préférence pour la spirale) et jouant avec les hors-champ en maître. Heureusement qu'il y a ça, ça délasse un peu les yeux, on se dit que Minnelli pourrait rendre captivant un repas du 3ème âge.

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Quand Cannes,

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09 novembre 2017

Un Homme pour le Bagne (Hell is a City) (1960) de Val Guest

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On a tellement critiqué et enfoncé le cinéma anglais (aussi mou et souvent aussi peu goûtu que du bœuf cuit des heures à l'eau) qu'on ne peut que se réjouir de cet excellent polar sec comme un nerf de bœuf signé de l'excellent scénariste de la Hammer Mister Val Guest (qui fait ainsi son entrée en nos colonnes). Du générique jazzy où l'on suit une voiture de flic traversant la nuit londonienne à la course poursuite finale sur un toit, on est totalement sous l'emprise de cette enquête qui file bon train - la seule chose finalement totalement raté reste le titre français qui n'a pas grand-chose à voir avec la choucroute basque. Val Guest suit par intermittence le bourrin Inspecteur Martineau (Stanley Baker, musculeux) et l'anguille Don Starling (John Crawford). Bien que ce dernier, tout juste échappé d’une prison, ait toutes les polices anglaises à ses trousses, il trouve le moyen d'organiser un coup (4.000 boules, c'est pas rien) tout en ayant l'ambition de faire fructifier sa thune : ses hommes de mains doivent participer à des paris secrets (le principe est simple, un type jette deux pièces en l'air, faut deviner le résultat - pas besoin de s'emmerder avec des lévriers) qui se tiennent à l'abri des regards de la police – cela nous permettra de prendre également l’air en se rendant en pleine cambrousse, dans les Moors. Martineau délaisse un brin sa femme (flic est un sacerdoce) pour se donner toutes les chances de mettre la main sur cet enfoiré de Don.

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Traffic d'argent intelligemment retracé (avec des billets qui salissent méchamment les doigts), fichier passé au crible et réseau réactivé (toutes les personnes qui eurent un lien avec Don ont le droit à une petite visite de la police), déploiement impressionnant de moyen le cas échéant (pas facile d'aller arrêter tout un village qui se planque dans des collines pour s'adonner à sa passion du jeu), l'enquête est rondement menée pour ne donner aucune possibilité de fuite au rat Starling. Guest joue la carte ultra-réaliste (on a l'impression souvent de suivre Martineau en temps réel, qu'il fasse son petit taff de flic dans son bureau en passant 15.000 coups de fil ou qu'il se rende sur le terrain pour aller cuisiner un suspect) sans qu'on n’ait jamais l'impression qu'il n’y ait le moindre temps mort. Faut dire que ça dépote grave du côté de Starling qui se définit lui-même comme étant « toujours en mouvement » : l'attaque de quidams transportant du blé est plié en un clin d'oeil, l'échappée en bagnole est mené à fond les ballons (fais taire la témouine, ping, gasp elle est morte, bon balance-là dans un buisson) et notre homme de toujours aller s'introduire chez des anciennes connaissances sans redouter un quelconque danger. Cela nous donne l'occasion de faire connaissance avec toute une galerie de personnages joliment campés (de la petite blonde craquante sourde et muette à la tenancière de bar pas bégueule). On ne s'ennuie pas une seconde dans ce récit mené nerveusement (un peu comme s'il on était dans la peau de Martineau) qui nous fait méchamment vibrer lors du climax mené en hauteur : la chasse à l'homme est dans sa dernière droite et Martineau se fait un devoir de vouloir régler son compte à l'ennemi numéro un lors d'un duel dans les règles de l'art (à ses risques et périls d'ailleurs… suspens). Guest fait parfaitement son taff d'artisan et on serait prêt à le suivre jusque sur la lune (ça sent une future piste...). Pointu et nervu.

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LIVRE : Nos Débuts dans la Vie de Patrick Modiano - 2017

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Petite gâterie théâtrale de l'ami Patrick qui semble, Nobel acquis, avoir enfin eu le courage de se lancer dans ce petit épisode qui respire l'autobio (même si chez Modiano, on reste toujours dans la subtilité, monsieur, et la mise à distance). Deux jeunes, Jean et Dominique (oui, on flaire déjà le petit côté intime), se croisent dans les loges d'icelle : lui trimballe son premier manuscrit qu'il ne cesse de retravailler, elle est en pleine répétition de La Mouette. Ils s'aiment, résolument, nos deux tourtereaux, semblent avoir toute la vie (artistique) devant eux, malgré les doutes, et ne sont enquiquinés que par la mère (comédienne également... rayon boulevard) et le beau-père (un écrivaillon crâneur) du gars Jean. Nos deux jeunes gens s'isolent progressivement dans les loges (ils y dorment) pour échapper aux petites discussions pinailleuses des deux adultes (Jean, tu ne devrais point fréquenter cette jeune fille...) ; ces deux ombres finissent malgré tout par troubler quelque peu son sommeil : elles envahissent ainsi les rêves de Jean qui, même endormi, tente de prendre de la distance avec ces deux figures moralisatrices de bas-étage. Il faudrait bien sûr le voir sur scène (bah oui) mais on ressent déjà à la lecture ce joli jeu troublant entre "jeunesse ressuscitée" (Jean évoque le fait de prendre des notes pour un futur ouvrage... qui mettra donc du temps à murir), "rêve éveillée" et "projection vers l'avenir" (entre ce Jean-là et le Patrick d'aujourd'hui, on sent bien que la frontière est diablement poreuse). Sans coup d'éclat, à l'aide de dialogues joliment pesés, il nous semble assister à un nouveau pan de la jeunesse de Modiano qui n'aime à se dévoiler que fil par fil. Une petite et tranquille lecture du soir qui se savoure comme une fine tablette de chocolat à l'orange.

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Nocturama (2016) de Bertrand Bonello

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Bonello revient en forme avec ce Nocturama toujours aussi somptueux au niveau de la forme (fluidité absolue du "filmage" et limpidité du montage - le côté rama comme dans panorama et panoramique) et sans doute un peu plus obscur sur le fond ou en tout cas moins évident à déchiffrer (l'aspect noctu). Le film pourrait aisément être divisé en trois parties : la mise en place des bombes (une jeunesse en action capable avec une précision d'horloger d'atteindre ses buts), le retranchement dans le grand magasin (errance de nos jeunes confrontés à la société de consommation) et l'assaut des forces de l'ordre (exécution clinique et systématique). Si l'on est absolument fasciné par la façon dont les événements s'enchainent, par la précision géniale de la mise en scène, on a de cesse de chercher sous ce magnifique vernis formel le message que tente de faire passer Bonello si tant est qu'il y en ait un – ce n’est jamais qu’une « proposition » cinématographique sur un thème malheureusement brûlant. Cela rend le film à la fois passionnant mais aussi un poil déstabilisant - ce dont on ne peut se plaindre, évidemment.

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La première partie est un véritable ballet mené par ces petits rats rebelles, véritables terroristes en herbe, bien décidés à tout faire péter. Quelques flashs-back nous mettent plus ou moins sur la voie quant à leurs motivations (les beaux discours incapables de régler le problème du chômage, les licenciements en masse des grandes entreprises bancaires - c'est une piste) mais on a tout de même le sentiment que Bonello reste (volontairement ?) relativement vague sur la question (quatre cibles symboliques ont tout de même été choisies : le ministère de l'intérieur, la statue de Jeanne d'Arc, un immeuble de la Défense, une fil de bagnoles garées devant la Bourse - le capitalisme, le Front national (? très belle image en tout cas de cette statue, symbole de la liberté à l'origine, qui pleure), l'impuissance du gouvernement... des pistes, disais-je plus que des certitudes). Un peu comme s'il s'agissait de montrer une jeunesse en mouvement, volontaire, simplement motivée par la volonté de faire péter un système sclérosé - mais on extrapole un peu, malgré nous, tant leurs revendications demeurent floues pour ne pas dire absentes.

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Ensuite, grande séquence de déambulation dans ce grand magasin évacué dans lequel ils ont trouvé refuge ; c'est là qu'on a encore un peu plus de mal à cerner le propos du film. Cette jeunesse ne tarde pas à sombrer à l'appel des produits de marque (les fringues en particulier) comme si l'aspect était, au fond, plus important que le fond. Il n'y a finalement que dans leur choix musicaux qu'ils font preuve d'un peu plus de personnalité, mais là encore on a un peu de mal à discerner une vraie ligne directrice. Ces jeunes errent dans ce grand magasin en faisant leur petit marché, et on a l'impression au bout d'un certain temps que c'est un peu la seule chose aujourd'hui que la société leur a laissée - vivre pour consommer... ou mourir ; les séquences de face à face entre les personnages et les mannequins habillés tout comme eux entr'ouvrent aussi un certain questionnement : sont-ils de simples produits ou sont-ils capable, eux, encore d'agir... Il y a bien deux trois couples qui se forment mais l'amour demeure traité avec une certaine morgue... Ces adolescents semblent un peu à la dérive, fiers d'une certaine façon d'avoir agi, d'avoir mis sur pied une action par eux-mêmes mais sans trop savoir où cela finalement les mène - c'est une interprétation possible que l'on finit par se faire : toute la détermination qu'ils avaient pour passer à l'acte semble avoir disparu une fois les actions menées à leur terme... Alors ils attendent et le doute, et la peur, et le vide ne vont pas tarder à les submerger.

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La dernière partie est la plus radicale et la plus effrayante. Disons simplement qu'aucune échappatoire semble possible et l'on se met là encore à chercher en creux le message : malgré toute leur bonne volonté de "changer le monde" (de façon un peu "explosive" et radicale, certes, mais sans chercher à tuer pour le "plaisir"), leur action est vouée à l'échec : quatre grands boum qui finissent par sonner comme un petit pschitt. Leur action - sans même que quiconque cherche à la comprendre - est automatiquement réduite à néant - et c'est sûrement au final l'aspect qui fait le plus froid dans le dos : comme si cette jeunesse, avec toute la meilleure "volonté" du monde était destinée à finir par se coucher... C'est une piste, répète-t-il à l'envi, en tentant de réagir à chaud devant ce film tout à la fois prenant et déconcertant. Le fait est que Bonello livre une nouvelle oeuvre absolument fascinante formellement et véritablement intrigante et qu'on n'en attendait pas moins de ce grand cinéaste. On prendra quand même quelques jours pour "décanter" la chose en attendant impatiemment l'avis du Gols ou de vous autres.   (Shang - 01/03/17)


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Voilà l'avis de Gols, un peu en retard il est vrai (il faut attendre le bon moment pour voir un film de Bonello). Eh bien ma foi, tout à fait de l'avis de mon camarade, on est là face à un très bel objet étrange et habité, splendidement monté (adoré l'espèce de répétition des mêmes scènes sous des angles différents dans la dernière partie, qui éclate complètement l'espace et le temps) et intrigant à souhait. Revenons, si vous le voulez bien, chers auditeurs, sur les trois parties évoquées par mon camarade.

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La première est la plus belle, d'une fluidité bluffante. On suit la minutieuse préparation aux attentats de ces jeunes, préparation qui consiste en un étrange ballet, à des déplacements géométriques dans la ville : on marche seul, on se rejoint, on se quitte, on se passe un objet quelconque, le tout dans un silence de mort. Il y a quelque chose de complètement dé-réalisé dans cette partie, on ne distingue jamais quel réel but servent ces déambulations nerveuses et ces gestes, et ce qui frappe surtout, c'est l'hétérogénéité de ces jeunes : venus de milieux sociaux différents, ils ne semblent effectivement rien revendiquer de précis. On va du grand bourgeois parisien, qui a ses entrées chez le ministre à la "racaille" à capuche de base, de l'intello grand crin à la petite frappe. Mine de rien, Bonello organise ici une révolution utopique, où toutes les strates de la société (jeune, certes) se rassembleraient pour atteindre un même but : faire péter. Dans cette partie, la caméra hyper-mobile organise un véritable réseau au sein de la ville, qui apparaît comme un territoire mystérieux, privé des "autres", comme une aire à quadriller. Certes, on devine par-ci par-là des amours (en cours ou passées), des regards curieux posés sur les uns ou les autres (c'est à lui que je dois filer mon flingue ?), des tout petits bouts de biographie ; mais ce qui intéresse Bonello, c'est l'abstraction de ces déplacements sans but et pourtant très organisés. Partie virevoltante, brillantissime, on est bluffés.

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Ensuite, c'est vrai que ça stagne un peu, même si ça continue à être très impressionnant. Le gars tente un remake de Zombie, et enferme son groupe dans l'antre de la consommation facile, une galerie marchande de luxe. Contrairement au gars Shang, je n'ai pas vu là-dedans une critique de la jeunesse révolutionnaire qui perd ses convictions au contact de la dernière veste fashion ; j'y vois plutôt un portrait d'une génération, capable de se révolter autant que d'aimer les fringues, la musique, le sexe et les clopes. Contradiction dans les termes peut-être, mais Bonello a foi dans cette génération. Il organise même un acte politique concret, puisqu'un des personnages va inviter un SDF et sa femme à entrer eux aussi dans la danse et s'empiffrer avec eux. Cette partie est parfois too much, un peu "tendance", avec ces scènes de play-back ou de bain un peu péteuses. Mais malgré tout, il y a encore de grands éclats de beauté dans cette attente un peu désespérée, dans cette façon de réunir dans un même espace confiné les milieux sociaux, les caractères, et de faire en sorte que ça marche quand même.

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La troisième partie, plus courte et explicite, termine le film avec brio. En occultant toujours, comme il l'a fait soigneusement jusqu'ici, le monde extérieur, aperçu seulement dans les télés, et ici envisagé comme une menace extérieure, il regarde ses personnages tomber, sans qu'on ait jamais su effectivement à quelque moment que ce soit la teneur de leur message ou de leurs revendications. Juste faire la révolution, après tout, peut suffire au rassemblement de ces jeunes gens mutiques et malheureux, et tout en filmant cette tristesse, Bonello enregistre aussi un vrai sens du groupe, une utopie éphémère possible. Pas si mystérieux que ça, finalement, tant la forme s'associe au fond et devient le sujet même du film. Un grand moment, en tout cas ; il faudra bien que je finisse par reconnaître que Bonello est un excellent cinéaste.   (Gols - 09/11/17)

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LIVRE : Souvenirs dormants de Patrick Modiano - 2017

9782072746314,0-4433319La gloire n'a pas gâché notre Patrick Modiano, et le voilà en 2017 nous resservir strictement le même bouquin qu'en 2015, 1996, 1888, 1972 et 1967. Oui, on  a déjà lu ça, pour peu qu'on ait déjà ouvert un Modiano, mais une fois qu'on a dit ça, il faut aussitôt ajouter : on s'en tape, parce que c'est toujours aussi beau, singulier et ineffable. On peut même dire que cet opus-là est encore plus radical que les autres, que, cette fois, Modiano écrit sur l'eau, que son texte vous coule entre les doigts façon sable fin. Il s'agit d'un roman sur les souvenirs, sur la mémoire, sur le pouvoir qu'a (ou pas) la littérature d'invoquer le passé, de ramener à la surface des faits disparus, oubliés. Le gars convoque vaguement, au fil des pages, des noms qu'il a connus, des rues qu'il a traversées, des visages de gens qu'il a croisés, des impressions qu'il éprouvât au cours des années 70. Souvent ce n'est qu'une adresse dans son carnet, une vision fugace de quelques secondes, un parfum, une sensation. Mais il y a peut-être dans ce réseau infini une vérité cachée, quelque chose qui fait que la littérature peut faire des choses, faire renaître une émotion, un peu à la Proust. Douloureusement, le gars fouille dans le chaos de sa mémoire, et son roman devient anxieux, accroché à ce qui reste de ces lambeaux d'histoire qui reviennent subitement sous sa plume. Dans un texte très court, qui semble déjà en ruines, composés de bribes de choses conservées sous vitrine comme des bibelots fragiles, Modiano se torture pour essayer de ne pas mourir, convaincu que tant que ces noms, tombés dans l'anonymat, seront entretenus pas ses textes, il restera vivant. Il y a quelque chose de ravageur dans ce travail très personnel voué à l'échec : le combat de Modiano, discret, poli, sans bruit, est un combat primordial, puisqu'il s'agit de conserver des choses dans un livre, des choses qui, sans lui, disparaîtraient à jamais. Son style, de plus en plus indicible, se retire complètement derrière le sujet, qui n'en est presque plus un. Franchement, personne n'écrit comme ça, et si ce style introspectif et tourmenté peut fatiguer, on ne peut nier que le projet est fort et le résultat unique. Prix Nobel, moi j'dis.

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08 novembre 2017

Le Grand Méchant Renard et autres contes... (2017) de Benjamin Renner & Patrick Imbert

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Trois histoires très mignonnes et drolatiques selon la formule consacrée : une livraison d'enfant qui part un peu en vrille, une adoption « forcée » de trois poussins par un renard et enfin une historiette où l'on se plaît à jouer à partir sur les traces du Père-Noël. De l'humour tout en finesse sur de délicieux dessins type aquarelles (vous pouvez ne pas être d'accord sur l'aspect esthétique, j'y connais absolument rien) et une poignée de personnages tous plus craquounets les uns que les autres : un lapin crétin, un canard très couillon (les deux font parfaitement la paire), un cochon lucide, une poule maître-femme, un renard mollasson et un loup qui se la pète. Dans la première histoire le lapin et le canard ne cessent d'enquiller les gaffes, risquant à tout moment de détruire la gamine qu'une cigogne flemmarde leur a confiée ; il y a a priori aucune chance pour que la chtite Pauline regagne un jour son foyer... Heureusement que le cochon veille pour que la Popo retrouve ses parents sous les yeux tout attendris de nos personnages que l’on ne soupçonnait point d’avoir autant d'affect... Le second conte met en scène ce fameux méchant renard qui transpire la tendresse lorsque trois chtits poussins, à la sortie de la coquille, l'appellent maman. Les enfants sont formidables... Plus il veut montrer ses muscles, cette baltringue de renard, plus il fond ; il a toutes les peines du monde à s'imposer face à sa progéniture surtout quand la ligue des mères-poules en colère le mettent minables. L’épisode sans doute le plus trognon en particulier pour les voix fluettes et croquignoles des poussinets. Enfin, l'esprit de Noël se prend un ptit coup sur la tête lorsque le canard et le lapin tentent de s'improviser Père-Noël : traineau pourri, renne remplacé par un porc, cadeaux tout merdiques, nos deux amis se plient pourtant en quatre pour tenter de. On se fend devant tous les moules qu'ils se prennent avant d'être rattrapé par la ptite touche tendresse de l'épisode : la rencontre avec le vrai Père-Noël (bien sûr qu'il existe, t'es con ou quoi ?) ! Trois récits à partager avec sa bambine pour l'apprendre à se marrer devant des bourdes, des cascades de folie et des bons mots - l'essentiel étant of course qu'elle se marre quand tu t'esclaffes - l'esprit, c'est ça l'esprit. Du dessin-animé français finaud, tendre et non vulgaire. Tout l'esprit gaulois et villageois épuré. (Et puis quel dessin-animé offre gratuitement une magnifique recette de crêpes à la farine de châtaigne ? Oui, c'est réservé aux plus patients qui aiment à lire bêtement jusqu'au bout les génériques...)

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Posté par Shangols à 17:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]