Shangols

12 décembre 2017

One Sunday Afternoon (1948) de Raoul Walsh

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Quelle drôle d'époque que celle où les femmes américaines étaient habillées comme de gros bonbons ou comme des joueuses de football américain… Qu'on était joueurs alors. Joueur, Biff (Dennis Morgan, un physique de dentiste) ne l'est plus trop depuis que son ex-ami Hugo Barnstead (Don DeFore) lui a joué un tour de cochon : à tel point qu'il aimerait bien le tuer en lui soignant les dents, carriement. Mais que s'est-il donc passé ? Une histoire de gonzesses, non, à tous les coups ? Je proposerais bien un flash-back. Et flash-back il y a, qui couvrira l'ensemble du film : pour faire court (parce que j'ai un avion à prendre) Biff et Hugo dragouillent la même fille, Virginia (la rouquine Janis Paige) ; Biff est raide dingue de la Virginia mais se fera griller par le malin et riche Hugo ; il doit se rabattre sur la sage Amy (Dorothy Malone) en en ayant gros sur la patate. Quelques années plus tard, il recroise Hugo qui lui propose un taff de vice-président dans une entreprise de bâtiment : Biff signe des papiers sans trop savoir pourquoi et se retrouve forcément inculpé dans une sombre histoire de malfaçon à la place de son boss - prison, sortie, Amy, dentisterie : on comprend qu'il soit un poil rancunier... Mais n'est-il pas finalement plus heureux avec la douce Amy qu'avec la dragonne Virginia ? C'est un indice pour un happy end.

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One Sunday Afternoon n'est pas le film le plus connu de Raoul et on comprend pourquoi ; petite comédie musicale sans véritable numéro dansé, douce romance un peu aigre, oeuvre aux costumes pompiers... Les couleurs ont beau être pimpantes et les acteurs, au moment voulu, sourire de toutes leurs dents, on a bien du mal à être emballé par la chose. Bon comme c’est Noël, tentons de positiver malgré tout. On apprécie les divers moyens de transport vintage (de la teuf-teuf rouge à la quadruplette - photo ci-dessus pour montrer qu’on a du vocabulaire) qui promènent nos quatre acteurs principaux, la petite chanson féministe dans le parc qui sort un peu de nulle part (oui, plus tard, les femmes pourront être mécaniciennes - sauf si le métier disparaît ; notons que les hommes sont pour le coup un peu old-fashioned) ou encore les singeries du gars Ben Blue, as Nick, en charge des gags burlesques (il aime à prendre des bûches, notre homme). Pour le reste, on regarde la chose d'un œil un brin circonspect en pensant à ce qu'on va préparer à manger à midi (saucisse-purée, je propose). One Sunday Afternoon, une bluette très gentillette d’une Raoulette guère inspirette.

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Walsh et gros cycle

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11 décembre 2017

Cœurs brûlés (Morocco) (1930) de Josef von Sternberg

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Mon légionnaire... Quelle est bien belle cette histoire de Cœurs brûlés (malin titre français, for once), entre ces deux personnes qui auraient pu se livrer sincèrement et entièrement l'un pour l'autre dix ans plus tôt (quand leur cœur était encore sur le grill)… seulement voilà la vie a fait que. Gary Cooper est donc ce légionnaire qui sent le sable chaud du Maroc, un Gary Cooper désabusé qui regarde la vie nonchalamment avec son regard de velours et ses longs cils féminins. Marlene Dietrich est une chanteuse de cabaret échouée au Maroc, une Marlene qui adopte à l'envi un look boyish avec son costard et son chapeau haut de forme - elle se permet même en faisant le tour de la salle de poser ses lèvres sur celles d'une spectatrice médusée. Il n'a d'yeux que pour elle, lui qui ne croit plus à rien, elle n'a de sourire que pour lui, elle qui ne sait plus qu’elle savait sourire. Deux cœurs blessés qui n'osent plus y croire, enfin surtout lui... Le Gary, dont on devine le désir soudain pour la Belle, a en effet bien du mal à se persuader qu'il est l'homme de la situation... Il aura l'occasion de partir ailleurs avec elle, mais renonce sur un coup de tête... Parce qu'il pense que peut-être, elle sera plus heureuse avec l'homme richissime qui lui tourne autour (Adoplhe Menjou et sa moustache : bon bougre de l'histoire), parce qu'il n'a peut-être plus le courage de se relancer, parce que son coeur est peut-être définitivement cramé et qu'il est prêt à mourir. On sent bien que l'un sans l'autre ce serait trop bête… mais l'on s'attend à un bon vieux Sad End des familles plein de dignité... Un Sad End ? Pas forcément... (mais l'on aurait presque préféré, spoilant la chose à peine, que le regard de la Marlene s'arrête sur son homme aux portes du désert - cela reste un avis tout personnel).

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On aime ces ambiances exotiques magnifiquement reconstituées (entre la Californie et l'Arizona…), ces immenses cabarets cosmopolites où légionnaires et autochtones se côtoient, où haute société et petit peuple sont rassemblés, ces atmosphères enfumées que viennent soudain troubler l'éclat d'une voix et les deux gambettes d'une jeune femme désenchantée. Leurs regards ne peuvent que se croiser et s'entendre, il ne peut que la rejoindre dans sa chambrée, ils ne peuvent que s'embrasser, elle ne peut que lui tenir un discours amoureux sans grande conviction... Alors il s'en va, alors elle lui court après et déjà un drame - deux hommes cherchent à assassiner le coureur de jupons Gary. Il en réchappe mais il y voit sûrement un signe du destin (l'amour n'est définitivement plus pour lui)... Il repart donc dans le désert laissant sa Belle entre les mains de ce moustachu si terne… Mais, heureusement, le coeur de la Marlene de battre ne s'est pas  encore arrêté : elle se refuse de se refuser à cet homme revenu de tout, prête à partir avec lui jusqu'au bout du monde - qu'il le veuille ou non. C'est romantique en diable entre cet homme qui n'a plus que le courage de vouloir mourir et cette femme qui n'a plus que le courage de vouloir le suivre. Le sombre Cooper et la lumineuse Dietrich campent avec maestria ces amoureux de l'impossible dans cette œuvre de Von Sternberg casablanquesque avant l'heure. Un coup de cœur forcément brûlant.   

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Josef ne laisse pas de bois

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09 décembre 2017

Corps et Âme (Testről és lélekről) de Ildikó Enyedi - 2017

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Ah je ne connaissais pas encore les films de Enyedi, mais au vu de celui-ci, je crois qu'on peut l'affirmer : j'aime pô. Je dirais même qu'on est là à deux doigts du navet, et un coup d'oeil sur le pitch devrait déjà vous en convaincre : un type, directeur dans un abattoir, fait toutes les nuits un rêve récurrent dans lequel il est un cerf (sourire crispé). Or, il se rend compte qu'une de ses employées fait elle aussi le même rêve toutes les nuits, et se voit en biche (hilarité naissante). Les deux vont alors unir leurs efforts pour, au bout des 16h20 de film, parvenir à faire en sorte que dans la vraie vie, le cerf niquât la biche, ou disons pour s'aimer (roulage par terre franc et direct). On peut noter d'abord que heureusement que le gars se rêve pas en scarabée bousier ou en poule faisanne. Mais ensuite, que dire de cette petite daube qui fait du bon sentiment son cheval de bataille et de la caricature son sine qua non ? Peut-être que tout y est faux, non seulement la situation de base, auquel on croit comme à la réincarnation de Johnny en philosophe marxiste, mais aussi chaque détail de personnage et de trame, chaque interprétation, chaque scène pour ainsi dire. L'artificialité est le maître-mot. Si on aime à peu près ces plans de nature, silencieux, où le cerf et sa biche sont regardés simplement (mais sous quel point de vue ? dans un rêve, on est pas ainsi à distance de ses avatars, si ?), tout le reste sidère. Surtout ce personnage féminin qu'on a envie de gifler dès son premier plan, jeune dinde simplette et crispante, autiste jusqu'à la caricature, dont on se dit qu'elle doit sûrement être la dernière candidate à embaucher pour bosser dans un abattoir. Elle y est pourtant, et Alexandra Borbely, venue directement du groupe de théâtre amateur pour enfants de Chateaudun, lui donne toute sa vérité : un fantôme de personnage, absolument jamais crédible, et qui gâche l'essentiel du film qui n'avait pourtant pas besoin de ça pour être calamiteusement basique.

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Le titre français est un mensonge éhonté, parce que de corps il n'est jamais question, et il est même toujours effacé comme s'il était le diable incarné. Le film privilégie la sensation, l'ineffable, et balance aux orties l'incarnation : ça donne des scènes qu'on croirait sorties d'un manuel de bien-être : qu'il est bon de caresser l'herbe mouillée, de regarder un coucher de soleil ou de courir, courir comme un fou transformé en cerf dans la forêt profonde. Ce genre de choses. Bien sûr, le tout est affreusement sérieux et judéo-chrétien, accompagné d'une musique qui va trop bien (Cat Power ou un ersatz) et sensible, bande de sauvages. On rêve que le type coince enfin sa biche sur un coin de table et de voir autre chose que des hommes-troncs murmurer des dialogues insipides. Tout sonne faux dans cette bluette Harlequin parfaitement inepte, et on se dit que le jury de Berlin a dû piquer un roupillon devant la chose (ce que je comprends) avant de lui accorder, pris de remords, son Ours d'or.

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LIVRE : La Vie du bon Côté de Keisuke Hada - 2017

9782809712858FSEssayons de positiver en ces temps mornes où toutes nos gloires culturelles nous quittent (ne me dites pas que Platini ou Marc Lévy sont malades). On essaie, donc, mais un peu en pure perte tant le petit bouquin de ce nippon est terne. D'un côté un jeune chômeur en proie en doute : il se raccroche tant bien que mal à sa petite vie sexuelle (avec une jeune fille qu'il aime... moyennement) et surtout au sport (des exercices pour apprendre à bander ses muscles, voyez). De l'autre un vieil oncle tout décati qui cohabite avec le jeune et sa mère : notre vieux n'en finit pas de mourir et passe son temps à s'excuser d'être encore sur terre. Et si ces deux-là s'entraidaient, hein ? Bon, même si le jeune homme fait preuve de certaines attentions envers le vieil homme pour l'aider "à mourir dignement", la collaboration n'est pas si effective que cela... On nous promettait en intro un bouquin intergénérationnel avec de l'humour et force est de constater que solidarité il n'y a guère et d'humour encore moins... Ce jeune homme qui se reconstruit physiquement n'est pas passionnant passionnant et ce pauvre petit vieillard léger comme une plume relativement pathétique. Il faut vraiment attendre la toute fin pour qu'on devine un semblant de connivence entre les deux. Avant cela, on se sera tapé tous les efforts de l'un pour s'en sortir (au moins au niveau sportif... au niveau psychologique c'est portion congrue) et toutes les diverses plaintes de l'autre (je veux mourir, je suis un poids...). Au final un petit livre du pays du soleil levant qui sonne un peu creux dans le fond et qui manque furieusement de style dans la forme.

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Le Repas de Noces (The Catered Affair) (1956) de Richard Brooks

Est-il bien raisonnable de faire un mariage en grandes pompes quand on n’a pas le sou ? C'est la question que pose l'ami Brooks à cette famille irlandaise qui compte quelques pointures : Bette Davis, en mère un rien aigrie (48 ans au compteur, elle en parait 74, sauf son respect), Ernest Borgnine, en père chauffeur de taxi (c'était la semaine des chauffeurs de taxi au cinéma) un poil aigri, Debbie Reynolds (fille de Bette) et Rod Taylor en futurs mariés. Ces deux-là voudraient faire au plus simple en invitant uniquement la famille la plus proche - autant d'économie de fait pour l'avenir... Seulement voilà, la Bette Davis, un peu piquée au vif par les réflexions des futurs beaux-parents de Debbie et souhaitant faire de ce jour un jour mémorable pour sa fille (elle n'a pas eu cette chance), décide d'inviter deux cents personnes dans une grande salle d'hôtel ! Cette annonce n'aura rien d'euphorisants, les multiples problèmes financiers engendrant de multiples tensions au sein de la famille...

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Gore Vidal au scénar, John Alton à la photo, deux vieux acteurs en démonstration, pas de doute que l'objet est soigné. On est dans le film de "discussions à bâtons rompus" où chacun a le droit à son petit discours, à son coup de gueule. On assiste rapidement à une sorte de dépression au-dessus de ce mariage : Borgnine qui a économisé toute sa vie pour s'acheter son propre taxi se prend ulcère sur ulcère à chaque fois qu'une nouvelle somme est énoncée, Davis, jouant les femmes de tête, va contre vents et marées pour aller au bout de son projet, et la pauvre Debbie d'assister impuissante à la déchirure entre ses parents... Cerise sur le gâteau, l'oncle célibataire (le vieux bouffon Barry Fitzgerald) qui squatte dans l'appart depuis des années joue les trouble-fête... Alors oui, on peut être rapidement excédé par cette ambiance délétère, par ces mots un brin assassins que l'on se jette à la figure, par ces multiples règlements de compte qui sonnent comme la somme des frustrations de toute une vie. La Bette a l'œil mauvais, l'Ernest grommelle et le vieux Barry barrit. Petit numéro en huis-clos un tantinet étouffant... Quelques instants, d'une infinie tristesse certes, donne tout de même une certaine patine à cette pièce filmée : ici l'Ernest qui s'en va d'un pas nonchalant en quittant la future salle de bal, toute la misère du monde sur ses épaules, là la Bette qui reste comme statufiée dans son couloir, dans un état de solitude abyssale... Des images fortes qui font leur petit bonhomme de chemin dans ce drame familial un peu trop banal.

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Derrière toutes ces petites misères qui éclatent (putain de jour de fête...) et qui aboutiront à l'annulation de la chose (ouf !!!), une petite pointe d'amour va enfin finir par émerger : entre Debbie et son futur mari (libres enfin des contingences familiales), entre l'oncle et son "ancienne" amie (ils osent se dire dans ce climat tendu ce qu'il n'aurait sans doute jamais oser s'avouer) et puis surtout entre l'Ernest et la Bette qui semblent avoir attendu toute leur vie avant de se dire, en ce jour sacré pour leur fille (cérémonie à l'église en tout petit comité), enfin "je t'aime" (joli jeu de regards pleins d’immenses sous-entendus). Un peu sclérosé et anxiogène mais finalement assez touchant...  

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07 décembre 2017

2 millions !!!

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Eh oui, célébrons, célébrons, les deux millions de visiteurs de ce blog mythique qu'est donc Shangols avec ses dorénavant 7.500 chroniques, ses 3,6 millions de pages vues, ses 30.000 photos et ses 10.000 commentaires (en comptant ceux non pertinents de Mitch, c'est vrai : on gonfle un peu).

Convoquons en cette fin d'année la tribu de Lynch, qui n'en revient toujours pas de cette longévité, face à cette équipe de deux fidèles qui aura donc survécu à Jean d'Ormesson et Johnny Hallyday. Shangols, c'est bien sûr vous, hein, mais c'est quand même aussi un peu nous, non ? Allez, des bulles et des bulles !

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Le Cercle des Poètes disparus (Dead Poets Society) (1989) de Peter Weir

Un chef d'œuvre du cinéma australien (grand pays cinéphile, si on considère le cinéma de poche) et de l'ère Mitterrand : l'oeuvre ultime de l'incroyable et génial Robin Williams !! Ah mon dieu quelle merde et quelle idée d'avoir voulu le revoir. Ce truc est un summum (derrière ses allures de "pseudo brulot") d'éducation populiste, une tarte à la crème niveau "provocation", une connerie aussi punk que la coiffure de Bernadette Chirac... Sous ses grands airs démonstratifs genre "Robin Williams va vous montrer ce qu'est l'éducation nom de Dieu" (carpe diem et osez bordel), on assiste à la mise en scène d'un pauvre prof qui flatte tous ses élèves dans le sens du poil : ne soyez pas timide, montez sur le bureau pour avoir un autre angle ohoho, déchirez les pages à la con de vos manuels eheh, ne réglez pas votre pas sur le pas des autres, récitez du Bellay dans une grotte en fumant la pipe et en jouant du pipeau (j'invente rien, pétard, si ce n'est du Bellay, pour donner du poids lagardeetmichardien à la chose)... Révoltez-vous, quoi, en restant sage et en respectant les limites... Les élèves, tout couillons, le prennent pour une star et l’adulent ; l'un d'eux, malheureusement le plus exalté et le plus couillon de tous, va se suicider quand son père s'opposera à ce qu'il fasse du théâtre (trop injuste, la vie : un père militaire et putain, tu peux plus rêver...) ; là, on est dans de la grande tragédie et tous les torts académiques (il faut un bouc émissaire, merde) retomberont sur ce pauvre Robin… qui se pendra, franchement dégouté de jouer dans une telle daube (ah non, ça c'est plus tard). On pense que la chose est calibrée pour des élèves de CE1 en mal de romantisme et de rebellion... Mais sinon, poh poh, le truc n'a même pas mal vieilli, il était déjà vermoulu... René Coty, reviens !!!!!

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06 décembre 2017

Mulholland Dr. - épisode pilote - (1999) de David Lynch

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Pour la 7.500ème chronique, un petit cadeau venu de nulle part : l'épisode pilote de la série Mulholland (François) Drive qui n'a jamais vu le jour, genre de brouillon du long-métrage. Petit plaisir d'esthète de retrouver pratiquement tous les ingrédients de cette magnifique et grandiose œuvre de Lynch. On se focalise surtout les personnages et les grandes séquences que l'on retrouvera plus tard : l'alchimie entre Naomi Watts (blonde naïve prête à tout) et Laura Harring (brune piquante revenue de tout), la baudruche Justin Theroux (metteur en scène ersatz de Soderbergh) qui se fait laminer par l'amant de sa femme (qui se fera laminer à son tour par un géant), le cow-boy qui fout les boules, le vieux beau qui roule des pelles à Naomi...

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Même si (l'état de la copie n'arrangeant rien) l'image n'est pas aussi léchée que dans le long-métrage, même si l'on sent que c'est parfois un peu filmé au plus court, une curieuse atmosphère se dégage déjà de la chose (quant à la musique de Badalamenti (fendard dans le rôle d'un mafieux), elle fait bien sûr toujours autant son petit effet). Le scénar n'est pas encore aussi alambiqué qu'il le sera (il est juste question d'une étrange clé bleue) et l'on prend un certain plaisir, sans se triturer les neurones, à suivre ce petit couple de donzelles sexy en diable qui mène sa petite enquête. Naomi Watts se passionne pour l'histoire de sa "nouvelle copine" échappée d’un accident de voiture et qui a perdu la mémoire... C'est pour elle tous les mystères de Hollywood et ses étranges coulisses qui s'offrent à elle sur un plateau ; enfin elle y est et elle est prête à tout donner. Malheureusement on voit rapidement l'envers pathétique du décor (la façon qu'elle a de se donner à ce vieux beau lors de la répétition d'une scène, gloups) pour ne pas dire l'envers le plus glauque (le cadavre dans un état de pourrissement bien avancée que Naomi et Laura découvrent chez cette dernière). ABC refusa la  chose, tant pis pour eux... Du Lynch brut, collector…

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L'Anguille (Unagi) (1997) de Shohei Imamura

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J'aime beaucoup Shohei Imamura mais je dois reconnaître que lors de cette seconde tentative, L'Anguille m'a encore un peu glissé des mains. Non pas que je me sois particulièrement ennuyé à la vision de cette histoire à la fois tendre, triste et échevelée... Juste pas totalement passionné… Le départ est pourtant toujours aussi saisissant : un homme, jaloux de découvrir sa femme avec un autre, la trucide de douze coups de couteaux (je me suis arrêté de compter à un moment). On retrouve notre homme huit ans plus tard, à sa sortie de prison ; il veut ouvrir, dans la cambrousse, un petit magasin de barbier et semble vouloir se contenter de discussion avec sa nouvelle confidente : une anguille (c'est un peu comme la carpe mais parfois un peu plus fin dans la répartie). Il va, un peu malgré lui, faire la connaissance avec des gaziers du cru (un pêcheur d'anguilles, un obsédé de soucoupes volantes, un chtit mafieux, un flic...) ; il va surtout rencontrer, suite à une tentative de suicide de la belle, une copie conforme de sa femme ; celle-ci va littéralement se dévouer à lui... Mais est-il vraiment capable de refaire sa vie ?

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On sent un certain symbolisme planer tout du long sur la chose : la jalousie (notre homme n'a-t-il pas simplement été victime d'hallucinations  lors du meurtre?), l'impuissance voire la stérilité... En prenant l'anguille comme métaphore filée tout au long de son récit, on ne cesse de revenir aux relations homme/femme, au fait de vivre ensemble ou au processus de procréation. Autant d'idées qui, sans même qu'il en ait toujours forcément conscience, hantent l'esprit de notre héros... Il est d'ailleurs aussi beaucoup question de difficulté à communiquer dans ce petit monde campagnard où chacun semble se renfermer dans sa petite capsule de survie... On apprécie surtout la sorte de poésie qui se dégage de la rencontre entre la jeune femme "suicidaire" (toute dévouée et pleine de bonne volonté) et ce taiseux qui ne cesse de rester sur ses gardes, par rapport aux autres mais aussi par rapport à lui-même (est-il capable de dominer ses émotions, rien n'est moins sûr). Imamura traite de ces différents thèmes un peu sur la pointe des pieds tout en se permettant quelques échappées plus délirantes (la mère starbée de la jeune femme, l'ancien amant d'icelle obsédé par le fric...) et livre un final où tout le monde se met sur la gueule - la vie est certes chaotique par certains aspects mais notre héros se verra tout de même offrir sur le fil (de pêche) un avenir plus paisible. Un film somme toute original, vivant, subtile mais qui peine aussi parfois à vraiment nous hameçonner. Une palme qui mérite certes la plongée mais sans véritable possibilité de se laisser aller en apnée...  

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 Quand Cannes

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Ô Toi ma charmante (You were never Lovelier) de William A. Seiter - 1942

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C'est toujours comme ça quand Noël approche : j'ai envie de comédies musicales. Un petit coup d'oeil donc vers ce petit film un peu oublié, qui comporte pourtant à l'affiche deux monstres sacrés : Rita Hayworth et Fred Astaire. Sûrement légèrement tourmentée en cette bienheureuse année 1942, l'équipe s'exfiltre au Mexique, ajoute une touche mariachi à ses romances, trouve un vague scénario prétexte pour faire virevolter ses stars et le tour est joué. Celles-ci sont d'ailleurs en mode "je fais ce que je sais faire et pis voilà" : sourire éclatant et gambettes découvertes pour Rita, air d'abruti et humour bon-enfant pour Fred, ils ne se forcent pas trop. Mais le film n'en a guère besoin : il s'agit d'une niaiserie cousue de fil blanc, à base de mariage impossible, de quiproquos incroyables et de "je t'aime moi non plus" dont on sait très bien que ça va se terminer en "je t'aime et je t'épouserai et viens danser". Les acteurs font le job sans forcer, Seiter met la caméra en face de la piste de danse et va prendre l'apéro, et on s'ennuie fermement pendant une grande partie du métrage, qui n'a rien à proposer d'autre que de gentils clichés sur la guerre des sexes. Ça minaude, ça jacasse comme des dindonneaux, ça se pare de mille robes éclatantes côté féminin, ça fume le cigare, ça rajuste son noeud papillon et ça tempête côté masculin, on n'en sort pas. Delmer Daves au scénario tente bien de mettre quelques saillies drolatiques dans ces dialogues, mais rien n'y fait, c'est pataud c'est pataud. On comprend bien qu'il fallait distraire les masses à cette époque, on apprécie ces tentatives de rapprochement avec l'Amérique latine (à des fins stratégiques ? naaaaan), mais aujourd'hui, ce genre de film sent le faisan.

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Et puis, voilà, c'est ça la magie : il y a les numéros dansés. Et là, les enfants, ça fait oublier toutes les réserves et ça justifie entièrement de se taper ces longues minutes de romance fanée. Parce que le duo Astaire-Hayworth s'entend comme rarement quand il s'agit de faire péter le numéro de claquettes ou d'assouplir un entrechat. L'osmose est parfaite, et c'est un enchantement de voir avec quelle aisance, avec quelle (fausse) facilité nos deux tourtereaux se livrent à ces savantes chorégraphies mêlant subtilement classique, jazz, claquettes, danse de salon et comédie. Sans jamais se départir de leurs sourires éclatants, les deux lèvent la jambe exactement au même niveau, tout en suspension et en ruptures de rythme. C'est virtuose, mais sans jamais qu'on voit la virtuosité. J'ai toujours eu un peu de mal avec la danse d'Astaire, trop classique selon moi, mais la présence de Hayworth semble lui donner un nouveau souffle, c'est même souvent elle qui mène la danse, et on en prend plein les mirettes. Le sommet du truc, c'est cette chorégraphie qui commence simplement par une chanson ("You were never lovelier") puis déboule sur un moment échevelé mais tenu d'une main de fer, 5 minutes de pur bonheur déconnecté de toute réalité et de toute loi de l'appesanteur à la con. Du Cinéma. Bon, 5 minutes sur 1h30, certes, mais tout de même...

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Carré 35 d'Eric Caravaca - 2017

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Peut-être un film à faire rentrer dans l'odyssée "films noirs" de ce blog. Caravaca enfile son imper de détective et s'attaque à l'épais dossier des non-dits de sa famille ; ce qui en ressort est bouleversant. Rien de bien extraordinaire pourtant, rien que du tristement banal : avant sa naissance, ses parents ont perdu une petite fille de trois ans, Christine.  Un de ces coups tordus du destin, mais dont le cinéaste aujourd'hui, 40 ans après les faits, va se rendre compte avec ce film "work-in-progress" des ravages qu'il a amenés chez ses parents et dans son propre destin. Avec un infinie douceur, le gars s'approche lentement du point brûlant, en interrogeant son frère, en allant filmer d'abord la tombe de la petite à Casablanca, en cherchant dans la grande Histoire des indices quant au silence qui a entouré cette mort ; en se questionnant d'abord lui-même, convaincu que ce fantôme a eu une influence sur sa vie, qu'il connaissait l'histoire de cette fillette avant d'avoir verbalisé concrètement son existence ; enfin, en touchant le point sensible, ses parents : quelques interviews hachées de sa mère, une interview douloureuse de son père, et le tour est joué : on assiste à l'histoire d'un déni, la mère s'opposant à la maladie génétique de sa fille avec un entêtement effrayant, le père cachant sous sa mémoire défaillante (Alzheimer) la vérité d'un abandon pur et simple. Caravaca découvre cette histoire avec une pudeur et un amour constants, terrassé par la vaste vérité émanant de cette tragédie intime : sa famille a toujours vécu avec un fantôme, et ce fantôme a brisé la vie de ses parents.

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On est plus d'une fois ravagé par ce film d'une incroyable douceur et d'une grande violence à la fois. Certaines images (le père confondant les dates de mort de sa fille, le même sur son lit de mort, la révolte butée de la mère quand on évoque la trisomie) vous restent en tête comme des grands moments de brutalité, de vérité. Mais Caravaca sait toujours y adjoindre un contrepoint mélancolique absolument imparable : sur une musique simplissime et touchante de Florent Marchet, il filme la mer, un des thèmes centraux du film. Ce qu'elle efface, ce qu'elle recouvre, ce qu'elle ramène sur le rivage. Présence aussi entre les deux pays, la France où la famille a connu le bonheur, le Maroc où elle a connu le drame. Le film est superbement mis en scène, cadré avec une grande force (ces garçons qui jouent au foot sur la plage, ce plan récurrent et hanté sur la maison marocaine où a vécu la petite). Si le scénario pêche parfois (pas très pertinents, ces parallèles entre la grande Histoire, la guerre d'Algérie, les positions nazies sur les handicapés mentaux d'un côté, et le destin de Christine d'un autre côté), si le film se perd parfois dans des trames parallèles qui n'ont pas beaucoup d'intérêt, on reste bouleversé par ces petites idées magnifiques (les photos, les petits bouts de film super-8 comme autant d'appels à la mémoire), par cette enquête minutieuse et sans bruit, par la pudeur dont fait preuve le cinéaste pour approcher cette vérité. Jamais larmoyant, souvent juste, toujours inspiré dans son montage et dans son approche, Carré 35 vous retourne comme une crêpe en vous renvoyant à votre propre histoire : les familles sont des nids à non-dits et à mensonges. Grand film sentimental.

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L'Impératrice rouge (The Scarlet Empress) (1934) de Josef von Sternberg

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L'Impératrice rouge est peut-être le film avec le plus de figurants, d'objets, de bibelots, d'éléments du décor au centimètre carré. Certains cadres sont absolument saturés d'éléments religieux, culturels, symboliques comme pour étouffer chacun des protagonistes, pris dans cette toile du pouvoir où seulement les plus malins pourront s'en sortir. Marlene Dietrich fait merveille dans ce rôle de la petite poupée que l'on emmène de sa lointaine province jusqu'à l'antre du futur tsar ; elle est accompagnée par une sorte de monstre (un barbare de deux mètres au moins, John Lodge, qui flirte impunément avec elle) qui lui promet monts et merveille à propos de son époux ; Marlene rêve, espère et découvre avec horreur que le type est un ersatz de Fabrice Lucchini, physiquement, sans son cerveau (ce qui repose mais tout de même). C'est la première des désillusions, pas la dernière... Le palais est mené par une main de fer par la mère du futur tsar et elle fait vite comprendre à sa bru que son seul rôle est celui d’une reproductrice... Marlene n'a plus qu'à trouver un amant pour patienter et donner le change ; il se trouve seulement que son grand barbare qui la regarde comme un trésor couche également avec la belle-mère... Marlene comprend vite que pour s'en sortir, il lui faudra être diablement maline : coucher avec les soldats est une option, il est toujours bon dans ces pays quelque peu fantasque d'avoir l'appui de l'armée.

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Von Sternberg, dès le départ, nous entraîne dans un tourbillon musical, nous écrase sous le poids du décors (ces portes immenses qui nécessitent au moins trois personnes pour les ouvrir), fait péter des myriades de figurants (plus de mille, annonce, humble, le générique d'ouverture), nous montre toutes les coulisses de ce cauchemar (ce futur tsar qui fait des trous partout pour épier sa mère ou sa femme, les portes dérobées qui cachent les secrets d'alcôves : Marlene recevra donc une claque quand elle se rendra compte que son amant est celui de sa belle-mère et saura prendre une magnifique revanche quand elle accèdera au pouvoir), nous assomme de sons de cloches devant cette tragicomédie humaine (le final qui finit par se passer complément de paroles et de commentaires). Je me souvenais surtout de ce regard totalement halluciné du futur tsar qui fait passer l'effroi dans le regard de Marlene quand elle le rencontre ; il y aura plus tard cette scène où il défile avec ses soldats dans le palais (à cause des intempéries) et qu'il demande à ses soldats de pointer leur fusil sur Marlene. Scène où défilent tous les délires de ce fou mais où l'on perçoit aussi le côté serein de Marlene qui ne se formalise plus devant ce gamin qui prendra un jour le pouvoir. Il suffira à la Belle d'une seule escapade à l'extérieur du palais pour qu'on capte sa stratégie : elle se donne au premier soldat venu et fait d'une pierre trois coups ; elle tombe enceinte, rompt toute dépendance envers son amant et gagne la confiance de ces hommes armés. Une œuvre de Sternberg pleine de bruit et de fureur (et de bibelots) où la déesse Marlene excelle en femme-enfant qui saura se faire fémininement vénéneuse. Machiavélique et plein comme un œuf.

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 On a tous quelque chose en nous de Josef

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05 décembre 2017

Blue Jeans (1958) de Jacques Rozier

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Ah nom de Dieu, on savait s'amuser sous René Coty ! Ils étaient jeunes, avaient un Vespa et harcelaient les filles de Cannes du matin ou soir (c'était l'ère pré-harcèlement du siècle dernier) : « lever une fille », c'était jamais facile mais une fois que c'était fait, ohlàlà, la belle vie ; on pouvait les amener en scoot à la plage, les baisouiller toute la journée, puis les ramener en ville le soir – toujours en scoot  (on pouvait monter à quatre dessus, sans casques - c'était avant l'avènement du dictateur Bison Futé) ; le soir, rebelote, scooter puis... bon quand on n’a pas de thune, on improvise (pas de cinoche ni de night-club) : on les amène sur la plage, un pote met la radio, on les serre de plus près, le type se barre avec sa radio, tout tombe à l'eau. On les ramène chez elle en espérant que mais tu parles... C'est cuit, René. Tu l'as dit, Francis... Il ne restera plus le lendemain qu'à écumer à nouveau les bords de plage en harcelant les petites pépées et en espérant qu'il y en aura une moins farouche que les autres. Rozier filme cette gentille jeunesse au naturel (l'époque était sacrément permissive sexuellement, sous René Coty), constamment en mouvement, sur route ou sur trottoir. Les jeunes filles sont toutes fines et en maillots de bain (c'était avant Mc Donald comme ministre de la gastronomie) et ne s'offusquent point trop quand on les chatouille. Blue Jeans, un film d'une autre ère, celle des mammouths de la ptite drague.   

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Casanova '70 (1965) de Mario Monicelli

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Petit film italien aussi léger qu'un slip rose à frou-frou. Le Casanova des temps modernes (qui a déjà 5 ans d'avance sur son temps) serait-il impuissant ? C'est le pauvre Marcello Mastroianni qui s'y colle en prenant dès le départ un air un rien hébété : à quoi bon traquer les plus belles gorettes intercontinentales si, une fois avec elle, c'est la reculade permanente. Heureusement, il ne tarde pas à mettre le doigt sur le problème : érection il y a que si l'ami Marcello se met en danger. Il ne s'agira plus de draguer des filles faciles dans des conditions pépères mais de s'attaquer à des proies obtues dans des situations périlleuses. Mais ces conquêtes sont-elles toujours synonymes d'amour ? Perso, je serai tenté dire oui vu le casting féminin (mamma mia) mais en fait pas forcément...

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Marcello est un peu ridicule en dénudant des jeunes femmes qu'il ne peut satisfaire mais parvient à nous faire sourire : être obligé de chanter tout son répertoire au cours d'une nuit napolitaine pour retarder le moment où il devra embrasser la donzelle, c'est beau. Il nous fait tout autant sourire quand il comprend sa faiblesse : ildoit se mettre en danger ; on le voit ainsi tout jeunot monter sur des échasses géantes pour mater une donzelle, aux formes généreuses, au premier étage (le mari coupe l'échasse à la hache, rires). Malheureusement, tous les sketches féminins qui s'enchainent ensuite ne nous mettent pas autant la banane ; ils apparaissent souvent même un peu convenus (la famille sicilienne jalouse qui le course, ok). On se rattrape en découvrant des créatures tombées des Cieux (Marisa Mell et ses yeux flippants, Virna Lisi et sa blondeur de blé bien mûr, l'incontournable Michèle Mercier, Beba Loncar, l'asiatique Seyna Seyn…) dans des tenues qui feraient pendre la langue au loup de Tex Avery. Marcello apparaît plus ou moins blasé, se met dans des situations plus ou moins respectables (il se retrouve même accusé de meurtre,  bougre – tuer Marco Ferreri, c’est pas sympa) sans forcément trouver l'âme-soeur... mais il la trouvera, sans être pour autant guéri du sens de la mise en scène - jamais se contenter de la banalité... Un petit film croquignolesque qui a surtout le mérite de faire défiler des donzelles aux jambes si longues et au sourire si doux. Gentillet.

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L'Amant d'un Jour de Philippe Garrel - 2017

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Avec Garrel, j'ai toujours été soit emballé soit consterné. Mais je n'avais jamais été indifférent. C'est chose faite avec cet Amant d'un Jour qui a la consistance d'une chanson de Jean-Louis Aubert, c'est aussi grave et aussi léger. Ça tombe bien, c'est lui qui pose ses notes de piano hésitantes sur cette histoire très plate. Un prof et sa jeune élève ont une liaison, mais débarque la fille du prof, jeune fille qui a le même âge que sa maîtresse. Elle est chafouine parce que son fiancé l'a virée (ouais, mon oeil, c'est elle qui est partie, mais "il faut jamais dire à une femme qu'on va la quitter, parce qu'elle finit par partir", mouais). Elle s'installe alors avec ses Kleenex dans l'intimité de ce couple, sympathise avec l'étudiante peu farouche, et finit par se livrer à un ballet d'amants par son intermédiaire (elle appelle ça "aimer par procuration" et on tique un peu) et par mettre le why dans les petites amours bien tranquilles (en surface) de son père. Garrel s'intéresse inlassablement et éternellement aux mêmes choses, on le voit : les peines de coeur, les couples qui s'aiment mais c'est super dur, les tromperies et les jalousies, l'impossibilité pour les hommes de comprendre les femmes et l'incapacité de celles-ci à s'empêcher de tromper ceux-là. C'est cette fois-ci la psyché féminine qui l'intéresse particulièrement, et en particulier celle des jeunes femmes : Jeanne (Esther Garrel) est l'archétype de l'adolescente instable, sourire béat un jour, une jambe par-dessus le balcon du 8ème le lendemain ; Ariane (Louise Chevillotte) est une fille d'aujourd'hui qui collectionne les amants, mais veut aussi l'amour et ne voit pas le rapport entre les deux. Bien.

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Le souci, c'est que tout ça est raconté par-dessus la jambe par un Garrel qu'on n'a jamais vu aussi dilettante et relâché. On apprécie que le bougre envisage l'existence autrement que comme un enfer sur cette terre maudite, comme il semblait le penser jusqu'à maintenant, qu'il regarde tout ça plus légèrement, plus à distance, avec même (ô mon Dieu) un petit brin d'humour ça et là. Mais il y a léger et léger : cette histoire complètement inconsistante ne tient à rien du tout, et on se moque un peu de ce qui va arriver à notre pauvre trio, de qui couche avec qui et dans quelle position. Ce pauvre Eric Caravaca, dans un rôle inconsistant en diable, traverse ces 70 minutes un peu perplexe, satisfait de rajouter le nom de Garrel sur son CV, mais aussi assez dubitatif devant ce personnage con-con et ultra-secondaire. Meilleures sont les deux nanas, certes, même filmées comme des déesses sacrées et comme des mystères opaques par papy Garrel, elles arrivent à être modernes et crédibles. Tout ça a des airs très arty (Aubert/Houellebecq pour la scène de danse obligatoire du cinéma français, noir et blanc magnifiquement contrasté, épure du trait) mais c'est pour mieux déguiser la paresse marquante du scénario et l'envie modérée de Garrel de réaliser cette énième variation sur l'énigme féminine.

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 Tout Garrel,

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Face of Fire (1959) d'Albert Band

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Il me faut bien reconnaître une chose : où je trouve l'idée d'aller piocher certains films ? Je devrais être le mieux placé pour le savoir mais passons... Face of Fire donc, adapté de The Monster de Stephen Crane est un film assez saisissant, genre de mix entre Elephant Man, Frankenstein et Sam le Pompier (la mauvaise influence de ma fille ne cesse de se faire sentir dans ces colonnes). Soit donc le gars James Whitmore, un employé de maison aimé de tous dans ce petit village qui ressemble à tant de petits villages. Il est amoureux de la bien jolie Jill Donohue (je l'épouse direct même si elle va maintenant sur ses 77 ans...) qui rêve d'épouser notre homme. Et puis c'est le drame. James sauve un gamin lors d'un incendie, reste sur le carreau et on le ressort avec la tronche aussi grillé qu'une côte de boeuf au barbecue. On lui bande la tête (toujours fan des films avec « homme à la tête bandée »), on lui met un voile noire sur le visage et on le remise un peu à l'écart du village pour qu'il se repose (...)... Mais notre homme refuse cet exil et revient faire un tour en ville à visage découvert ! Les gamins sont effrayés, son ex-fiancée est effrayée (terrible travelling avant lorsqu'elle se tord à terre alors que notre homme avance les bras ballants), les femmes sont effrayées... Pour glorifier ce véritable héros (grillé), les hommes organisent même une chasse à courre, s’armant qui de faux, qui de fourche... Mais pourquoi l'humanité est-elle si cruelle, bordel ?

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Le plus effrayant c'est de voir comment un simple petit accident physique va mettre notre homme au ban de la société. Il est sympa, se montre courageux, se sacrifie littéralement... et se retrouve banni, pour ne pas dire harcelé. C'est violent. Selon que vous soyez beau... ou pas. Son patron, un docteur jusque-là populaire (qui a bien conscience que James a sauvé la vie de son gamin), a honte pour cette communauté qui semble se faire une joie de traquer "le monstre" ; les bonnes femmes sont tout aussi connasses : elles refusent purement et simplement la visite de ce docteur prêt à venir en aide à cette créature effrayante... Il y a du Haneke (tendance Ruban blanc) dans le portrait de cette petite vie villageoise bourgeoise : l'esprit étriqué et couillon de chacun se retrouve progressivement exposé ; seules les apparences semblent avoir une quelconque importance chez ces gens si superficiels. Heureusement, la vérité empathique peut parfois sortir de la bouche des enfants, moins aveugles que la foule. Une mise en scène parfois un peu figée mais un portrait au scalpel (c'est le mot) d'une société peu reluisante. Band, Albert.

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04 décembre 2017

Within Our Gates d'Oscar Micheaux - 1920

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Je découvre l'existence d'Oscar Micheaux, homme précieux s'il en fût puisqu'il fût le premier Afro-Américain à oser tourner des films, et qu'il le fit en plus pour défendre la cause noire dès les années 20. Voici donc le premier film (encore trouvable) réalisé par un Noir, joué par des vrais Noirs et non par des Blancs maquillés, ce qui en constitue une vraie curiosité. Bien, une fois qu'on a dit ça, la critique est presque terminée, mais tentons, si vous le voulez bien, d'aller un peu plus loin. Le film est très médiocre dans sa réalisation : les trois-quarts sont constitués d'intertitres souvent très longs, redondants et inutiles, les images placées entre étant de courts plans fixes illustrant le texte. Les acteurs sont moyens, aucune imagination de mise en scène (ce qui était le cas de 90% des films de l'époque, hein, je ne dis pas), du travail sans effort. A peine peut-on relever un montage assez habile dans la deuxième partie, dans les alternances entre gros plans et plans d'ensemble, ou dans l'utilisation du hors-champ pour cacher des éléments de violence (les mettant d'autant plus en valeur, bien sûr). Mais côté scénario et "fond" du film, on peut trouver de quoi se rassasier, et c'est même aberrant de voir Micheaux y aller ainsi au bulldozer dans la bien-pensance raciste de l'époque. Partant au départ d'une bluette mélodramatique classique, le film évolue vers la lutte sociale et l'indignation : une femme trahie sur un malentendu par l'homme qu'elle doit épouser, se tourne alors vers l'amour de son prochain et décide de sillonner le pays à la recherche de fonds pour soutenir une école pour les Noirs située dans le sud des Etats-Unis. Elle se heurtera aux a priori dégueulasses de quelques-uns, et trouvera enfin une bonne âme en la personne d'une riche bienfaitrice un peu plus ouverte que les autres. Elle dénichera aussi l'amour chez un médecin, mais surtout elle aura l'occasion de faire le jour sur son passé douloureux dans l'Amérique suprémaciste de la fin du XIXème. Si la partie romance ennuie complètement, on appréciera la deuxième partie, qui s'attaque avec courage au racisme encore très fort à l'époque (qu'on pense aux films de Griffith, notamment Naissance d'une Nation, qui date de quelques années plus tôt, et auquel ce film peut apparaître comme une réponse indignée).

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Le flash-back sur l'enfance de Sylvia est un grand moment, avec cette scène de lynchage frontale, à peine maquillée sous la pudeur du hors-champ : certes, on ne voit la pendaison du couple qu'à travers des cordes qu'on tend et qu'on coupe, mais Micheaux a très subtilement placé avant un plan de "rêve" où un autre personage est pendu, et on imagine très bien que le même sort a été réservé aux parents. Il y a aussi une impressionnante séquence de viol d'un Blanc sur une Noire, qui renvoie définitivement les tenants d'une race pure et chrétienne dans les cordes, très belle scène violente et fiévreuse. On pourrait penser que Micheaux est caricatural et manichéen dans son combat pour la reconnaissance de la cause noire ; que nenni : très subtilement, avec une mesure qui lui fait honneur, il pointe aussi les faiblesses et bassesses de ses compatriotes, ici un prêcheur populiste et avide d'argent qui pactise avec les bourgeois qui l'asservissent, là un valet totalement immonde, vraie balance ricanante, qui précipitera la perte de ses frères de couleur. Un film totalement juste et équitable, donc, et on se demande comment une telle chose a pu sortir sur les écrans de l'époque. En tout cas, voilà un cinéaste courageux, qui réussit à faire des films jusqu'en 1948 envers et contre tout le système en place. Un rebelle, un vrai.

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03 décembre 2017

Terre sans Pardon (Three violent People) (1956) de Rudolph Maté

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Maté nous sert un western résolument plus tourné sur la construction des personnages, les tensions qui apparaissent entre elles, que sur l'action : même si on retrouve des thèmes classiques (des frères ennemis, des méchants profiteurs vraiment trop méchants...), le scénario semble finalement se concentrer sur un point essentiel : ce n'est point tant de la survie du Ranch S dont il question (l'Etat voulant mettre le grappin sur les possessions sudistes du Texas à la fin de guerre de Sécession) que de celle du couple formé par Charlton Heston (pas un fine guêpe) et sa compagne, la redhead Ann Baxter (et sa taille du guêpe pour le coup) ; le pitch est clair comme l'eau de Volvic : Heston a eu le coup de foudre pour la donzelle (après une première confrontation où, en gentleman qu'il est il l'a secouée dans tous les sens : la classe...) sans se rendre compte que celle-ci avait un certain passé plutôt léger (hum, hum, voyez). Il l'embarque dans son ranch fier comme Artaban mais dès qu'il va avoir vent du passé de sa Belle, il va la jouer outré (Ah cette vanité de mâle, tout de même). Mais un éclair d'intelligence peut encore éclairer le Charlton...

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Maté prend son temps pour nous faire comprendre que le Charlton a la tête un peu près du bonnet : il aime qu'on le considère comme un héros depuis qu'il a sauvé son frère (qui a perdu un bras tout jeune dans un moulin... Moi aussi j'ai souffert dit-il en prenant a volo du chocolat), il juge sa femme à la première alerte (alors même qu'il l'a vue arriver en ville avec d'autres filles de joie), il décide de se rebeller immédiatement contre l'Etat qui cherche à le spoiler… Chez les Saunders, on a toujours été de fortes têtes, il continue bêtement et sûrement la lignée sans se poser trop de questions. Il sera tout fier de stopper son frère et sa douce quand ils tenteront un coup de Trafalgar (ils se barrent avec les chevaux) mais finira par comprendre qu'à force d'être trop obtus, on risque de tout perdre... C'est l'un de ses hommes de main (l'excellent Gilbert Rolland as Innoncencio Ortega) qui sera le premier à ouvrir une faille dans le caractère psychorigide de ce soldat un tantinet buté... Si l'on peut admirer ici ou là quelques belles images de la plaine, on reste en revanche un peu déçu par ces méchants fonctionnaires caricaturaux et l'absence de séquences résolument marquantes (il faut attendre la toute fin, quasiment, pour avoir un petit peu de nerfs dans la chose). Un western honnête, sagement construit autour de ses personnages principaux, mais on avait l'habitude d'un Maté un peu plus saignant - notamment dans ses films noirs.

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Go west

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02 décembre 2017

Le Grand Méchant Renard et autres contes... (2017) de Benjamin Renner & Patrick Imbert

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Trois histoires très mignonnes et drolatiques selon la formule consacrée : une livraison d'enfant qui part un peu en vrille, une adoption « forcée » de trois poussins par un renard et enfin une historiette où l'on se plaît à jouer à partir sur les traces du Père-Noël. De l'humour tout en finesse sur de délicieux dessins type aquarelles (vous pouvez ne pas être d'accord sur l'aspect esthétique, j'y connais absolument rien) et une poignée de personnages tous plus craquounets les uns que les autres : un lapin crétin, un canard très couillon (les deux font parfaitement la paire), un cochon lucide, une poule maître-femme, un renard mollasson et un loup qui se la pète. Dans la première histoire le lapin et le canard ne cessent d'enquiller les gaffes, risquant à tout moment de détruire la gamine qu'une cigogne flemmarde leur a confiée ; il y a a priori aucune chance pour que la chtite Pauline regagne un jour son foyer... Heureusement que le cochon veille pour que la Popo retrouve ses parents sous les yeux tout attendris de nos personnages que l’on ne soupçonnait point d’avoir autant d'affect... Le second conte met en scène ce fameux méchant renard qui transpire la tendresse lorsque trois chtits poussins, à la sortie de la coquille, l'appellent maman. Les enfants sont formidables... Plus il veut montrer ses muscles, cette baltringue de renard, plus il fond ; il a toutes les peines du monde à s'imposer face à sa progéniture surtout quand la ligue des mères-poules en colère le mettent minables. L’épisode sans doute le plus trognon en particulier pour les voix fluettes et croquignoles des poussinets. Enfin, l'esprit de Noël se prend un ptit coup sur la tête lorsque le canard et le lapin tentent de s'improviser Père-Noël : traineau pourri, renne remplacé par un porc, cadeaux tout merdiques, nos deux amis se plient pourtant en quatre pour tenter de. On se fend devant tous les moules qu'ils se prennent avant d'être rattrapé par la ptite touche tendresse de l'épisode : la rencontre avec le vrai Père-Noël (bien sûr qu'il existe, t'es con ou quoi ?) ! Trois récits à partager avec sa bambine pour l'apprendre à se marrer devant des bourdes, des cascades de folie et des bons mots - l'essentiel étant of course qu'elle se marre quand tu t'esclaffes - l'esprit, c'est ça l'esprit. Du dessin-animé français finaud, tendre et non vulgaire. Tout l'esprit gaulois et villageois épuré. (Et puis quel dessin-animé offre gratuitement une magnifique recette de crêpes à la farine de châtaigne ? Oui, c'est réservé aux plus patients qui aiment à lire bêtement jusqu'au bout les génériques...)   (Shang - 08/11/17)

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Moui, guère emballé pour ma part par ce petit dessin animé français, adaptation lissée d'une BD beaucoup plus délirante et explosive que ça. C'est pourtant le même créateur, mais, allez savoir, on a dû lui demander de faire un film pour les 5-6 ans, et voilà qu'il a rangé ses tentations texaveryennes au placard, et qu'il nous sert ces contes rigolos et mignonets, mais pas bien solides non plus. Bon, c'est  rai que c'est joli, coloré et innocent : les décors sont minutieux et les aquarelles sont faites à la main, il y a une espèce d'immédiate ambiance d'enfance qui émanent de ces bicoques tranquilles, de cette campagne apaisée et de ces jeux de neige. Renner soigne son fond, et c'est très bien, car cela compense des personnages au premier plan un peu rapidement pensés : non seulement l'animation est moyenne, mais les traits des personnages (mis à part le renard) ne les rendent pas très sympathiques, à commencer par ce père Noël raté et ce cochon trop classique. Les voix quant à elles (et là, pas d'accord avec le gars Shang) sont complètement ratées, trop adultes, en opposition avec le dessin de ces animaux poilants. Le pire étant celles des poussins, jamais drôles, je ne peux que m'opposer. Dans ces histoires, tout le monde est gentil, y compris le loup qui n'est grognon que pour rire, ou gentil ET débile, ce qui est encore le plus rigolo (effectivement le couple lapin/canard est amusant). Ca rassure nos têtes blondes, mais ça fait perdre pas mal de sève à ces cartoons sans envergure, sans ambition et sans génie. Pas nul, non, mais passable.   (Gols - 02/12/17)

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Love Hunters (Hounds of Love) de Ben Young - 2017

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Un premier film australien qui ne manque pas de qualités, ce qui est assez rare dans ce pays guère cinéphile. C'est que Young a une rapidité d'exécution et une simplicité qui ne ressemblent guère aux jeunes chiens fous, et réussit un film troublant, épuré, tout à fait bien tenu. Dès le premier plan, on reconnaît l'oeil d'un vrai cinéaste : un travelling au ralenti le long d'un quartier de pavillons bien sages, avec pelouses bien tondues et niches à chiens, soleil de rigueur et jeunes filles en fleurs aux jupettes courtes en train de s'égayer : le lieu idéal pour développer l'horreur, le lieu de tous les fantasmes de peur depuis Spielberg et Lynch. Et effectivement, peur il y aura ; en quelques plans secs, Young plante sa situation : des jeunes filles se font enlever, séquestrer, violer puis tuer dans ce confort bourgeois si lisse en surface. A l'heure où une nouvelle victime va tomber, on fait connaissance avec les ravisseurs : un couple "ordinaire", qui cache dans le secret de leur intimité domestique chaînes, godemichés et paires de ciseaux coupants, compensant leur amour erratique par des séances de sadisme sur ces adolescentes innocentes. De leurs motivations, on saura peu de choses, Young est du genre à ne livrer que des ébauches d'hypothèses : un sentiment d'infériorité du mec compensé par sa prise de pouvoir sur les prisonnières, un amour et une soif de maternité pour la femme. Mais Young ne mange pas de ce pain-là : la psychologie, même présente, ne l'intéresse que peu. La confrontation entre ces prédateurs ordinaires et leur nouvelle victime l'intéresse beaucoup plus, et le film déploie sa savante mise en scène avec une vraie maîtrise.

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Toujours crédibles (sauf sur la toute fin, très ratée), les comportements de chacun font vrai, et le réalisme du film force le respect. On ne montre aucune horreur ou presque, tout se déroule sobrement, derrière les portes, tout est suggéré (un sex-toy qui traîne, un hurlement, une tâche de sang), et ça suffit pour que monte un malaise constant. Il faut dire que les acteurs aident bien à la chose, Emma Booth en victime-bourreau complètement inattendue, capable de tendresse puis de violence dans la même scène, et Stephen Curry, clone de Sean Penn en moins glorieux, petit bras mégalo et bourré de névroses. Quand ces deux-là s'embrassent en regardant en biais leur victime enchaînée au lit, on tremble pour elle. La belle construction du film nous présente un montage alterné avec la famille de la jeune fille enlevée, sorte de double du couple central, qui convoite lui aussi Vicky pour des raisons psychologiques (un divorce récent, des sentiments d'appartenance à prouver). Dans ce maelström de non-dits et de pulsions malsaines, Vicky est la victime sacrificielle, et la jeunesse semble bien l'être aussi, comme le laisse entendre le film qui peut se lire comme une variation sur le joueur de flûte de Hamelin. Dommage que Young ne sache pas terminer son film, fasse quelques erreurs de mise en scène (notamment dans les scènes "d'action", très banales et assez illisibles) et s'arrête un peu à mi-chemin de cette exploration de la monstruosité domestique ; sans ça, son film est impressionnant, et son style déjà très en place.

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