Shangols

17 avril 2014

LIVRE : Thérapie (Die Therapie) de Sebastian Fitzek - 2006

9782253127369-TJ'ai été assez emballé il y a quelques jours par Le Voleur de Regards de Fitzek, une bonne raison pour se pencher sur ce roman antérieur qui a encore meilleure réputation. Bien déçu, il faut le reconnaître : une impression assez dérangeante en cours de lecture d'être en pleine malbouffe. Ce polar vous gave jusqu'à plus soif, mais vous laisse finalement sur votre faim. Il faut dire que, depuis Lehane et son Shutter Island, on commence à voir venir de loin ces histoires d'îles désertes symboliques et d'enquête autour de la schizophrénie. Il faudrait une bonne dose de talent pour parvenir à nous surprendre avec ça, et Fetzik n'en a pas assez. Voici donc un psy, complètement dévasté par la disparition incompréhensible de sa fille, qui s'enferme dans sa maison insulaire en pleine tempête. Il y est rejoint par une mystérieuse jeune fille schizo, qui va en même temps faire peser sur notre homme une menace angoissante (elle est armée jusqu'aux dents, se livre à des propos bien inquiétants et semble en, savoir très long sur le gars) et le fasciner avec le récit de ses délires qui épousent de façon troublante la réalité. Vous voyez peut-être venir le bazar, qui est fou, où est la fiction, ce genre de choses : eh bien ce sera malheureusement exactement ça. Parvenir à deviner la chute d'un polar dès les premières pages, ce n'est jamais très bon signe ; même si Fitzek parvient, dans son ultime chapitre, à aller encore plus loin que ce qu'on attendait, il n'empêche qu'on n'est guère surpris. L'auteur ne s'épargne pas, pourtant, pour nous fournir notre dose de suspense : ses chapitres, très courts, se terminent systématiquement sur un cliffhanger ("Il ne savait pas que ce serait la dernière parole qu'il entendrait avant de mourir", ce genre de choses), et le gars n'est pas avare en rebondissements, sacrifiant d'ailleurs tout le reste (ambiances, personnages, criture) au profit du seul suspense. Ca pourrait être agréable, après tout on demande aussi ça à un thriller ; mais l'écriture pauvrette laisse vraiment, du coup, apparaître ses mécanismes, et comme l'histoire n'est pas assez inventive, on finit par ne plus voir que les défauts de style. Bon, ce bouquin passe quand même comme de rien, vous laisse bouche bée plus d'une fois et est addictif comme une série américaine, ce qui est déjà quelque chose. Il vous procurera donc votre dose de nourriture vitale, à la manière d'un bon vieux BigMac.

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16 avril 2014

LIVRE : La première Pierre de Pierre Jourde - 2013

ob_c4eba373d4d6b592f06aac7541e0bd05_premiere-pierre-jourdeVoyez-vous ça : les paysans alcooliques, obsédés sexuels et semi-demeurés de Pays perdu n'ont pas apprécié la lecture de ce pourtant sublime portrait énamouré de leur bled, et les voilà remplis de haine contre son auteur Pierre Jourde. Celui-ci revient, avec La première Pierre sur les dommages collatéraux qu'a déclenchés son roman de 2003. Et en profite pour méditer sur les réactions effrayantes que peut provoquer la littérature, la part de secrets qu'elle peut révéler même s'ils sont connus de tous depuis longtemps, l'ambiguité de la place de l'auteur vis-à-vis de la réalité, et l'utilité d'avoir pris quelques cours de boxe française quand on écrit sur les gens rudes de la campagne.

Autant Pays perdu m'avait emballé par sa justesse, par sa bonne distance par rapport aux choses, autant cette suite me semble assez inutile et inconfortable. Dicté par des sentiments ambigus (vengeance ? colère ?), très anecdotique dans sa première moitié, le livre semble un de ces machins publiés comme droit de réponse aux droits de réponse aux droits de réponse qui polluent les journaux. On s'en fout un peu de savoir qui le premier a porté la main sur Jourde, pour tout dire ; et même si l'anecdote est vraiment effarante, la narration du quasi-lynchage dont il a été victime à son retour au village n'est qu'une toute petite chose pleine d'amour propre froissé et de colère mal digérée, ce qui a du mal à former de la littérature. Pour un esthète aussi brillant que Jourde, voilà des pages bien moches.

Heureusement, à plusieurs reprises, le gars revient à ce qu'il sait faire : observer, trouver les mots pour exprimer ce qu'il voit, et transformer le tout en une vraie réflexion ample et esthétique sur l'art et le territoire. Comme pour "s'excuser" d'avoir écrit Pays perdu (ce en quoi il a bien tort), le voilà qui se livre à une véritable déclaration d'amour envers ce territoire qui le lui rend si mal. Cette fois, déclaration sans ambiguité, sans ode à la merde et à la crasse : vrai hommage lyrique et musical à la terre, à ceux qui la peuplent et à l'âme paysanne. Avec d'infinies précautions, l'excuse au bord des lèvre à chaque fin de phrase, Jourde se permet bien encore quelques piques et portraits un peu plus acérés ; mais c'est pour bien prouver, l'orgueil en bandoulière, qu'il a eu raison jadis de déifier la misère et la rudesse de ces gens pas faciles à vivre, et que na. La partie "essai", celle qui s'intéresse aux pouvoirs de la littérature, est finalement la plus intéressante ; plus apaisée, plus profonde que le reste de ce livre qui, quand il n'est pas empreint de cette beauté et de cette justesse, s'avère un peu inutile.

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13 avril 2014

On vous parle (1969-1973) de Chris Marker

On vous parle du Brésil : tortures (1969)

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Suite à l'enlèvement de l'ambassadeur américain au Brésil par des opposants au gouvernement militaire en place, 15 militants révolutionnaires ont pu être libérés en échange du ponte ricain. Ceux-là évoquent les tortures qu'ils ont dû subir au cours des quelques mois qu'a duré leur incarcération. Suspension à une barre, charges électriques aux testicules ou à la langue, coups aux reins, au foie, au visage... ces tortures furent systématiques, chaque militant, quelle que soit sa région, devant y passer. Tortures physiques terribles mais aussi tortures psychologiques tout aussi affreuses : des proches qui n'avaient rien à voir avec les activités des militants furent à leur tour torturés sous les yeux de ces derniers. Aucune limite semble-t-il à l'abjection humaine. Marker filme sobrement ses témoignages, captant notamment au passage le regard fixe d'une ex-prisonnière perdue dans ses pensées, revivant semble-t-il son propre calvaire alors même que ses camarades parlent des sévices subis. Comme le dit la voix off, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas, Marker éternel cinéaste des injustices et de la mémoire.   

On vous parle du Brésil : Carlos Marighela (1970)

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Ancien miltant communiste, Marighela participa à l'ALN (l'Action de Libération Nationale) pour passer des mots à l'action. Organisant des groupuscules armés contre la dictature des généraux - pour piller des banques, kidnapper des policiers -, Marighela incarne l'exemple même du résistant actif. Se vouant corps et âme au combat, l'homme tomba sous les balles lors d'une embsucade menée par 80 policiers. Mais cette figure brésilienne digne d'un Che sut faire des petits au sein de la masse populaire alors même que le pouvoir en place se durcissait (arrestations systématiques, tortures...). Un homme décrit par l'un de ses proches - interrogé sous couvert de l'anonymat - comme quelqu'un de rigoureux, d'efficace, de déterminé. Un homme de terrain, un Carlos se battant pour des idéaux qui avaient un sens, un but. Marker filme le témoin dans un poste de télé, comme s'il souhaitait que les programmes télévisuels français se fassent un peu plus le relais de ce genre d'information.

On vous parle du Chili : ce que disait Allende (1973) avec Miguel Littin

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Marker monte différents extraits d'une interview d'Allende faite par Régis Debray et filmée par Miguel Littin. Il y est question de la politique que souhaite mettre en place Allende en faveur du prolétariat (nationalisation, centralisation, réformes agraires, autonomie économique, anti-impérialisme...) mais également des menaces qui pèsent sur lui (de l'extérieur, nos amis américains, ou de l'intérieur). Allende, bien que conscient du danger sur sa personne, n'a pas l'air de trop s'en formaliser, déjà bien décidé à prendre les rênes du pouvoir et à mettre en place ce pour quoi il a été élu, pour les gens qui l'ont élu (oui, ce n'est pas forcément utopique...). Une discussion à bâton rompu entre un militant marxiste et un homme de gauche qui a pris le pouvoir le plus démocratiquement du monde. Un homme avec une vision pour son pays, son peuple. Puis, il y eut la crise et Pinochet pinocha...   

  Marker - rien à jeter : ici

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Redemption (2013) de Miguel Gomes

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Des images d'archive qui défilent, quatre voix différentes (une portugaise, une italienne, une française, une allemande) qui regrettent, avouent, s'excusent, se confient, qui, chacune, évoquent sur un ton nostalgique un pays (l'Angola), une personne (un amour de jeunesse, une petite fille), un artiste (Wagner) auxquels elles semblent attachées mais dont elles se voient "obligées" de se séparer. Quatre voix dans lesquelles on sent des accents d'humanité, de sincérité jusqu'à la chute finale et audacieuse du gars Gomes (pas de spoiler, ce serait gâcher la chose) qui nous voit obligé de balancer un petit rire caustique... Bien joué Miguel. Oui, même ces gens-là ont gardé un lien avec leurs frères humains, même ces gens-là ont leurs petits tracas perso, même ces gens-là ont le droit de se faire pardonner, même ces gens-là ont le droit d'entamer un jour leur rédemption... Quand bien même cela demeure une pure fiction...

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Gomes est allé exhumer des films en super 8 de particuliers pour donner une petite patine idiosyncratique à la chose, des souvenirs de vacances, de jeux, de mariages, mêlés à des images historiques, à des reportages un peu datés - histoire de donner un petit air vintage. Ce n'est pas du Marker mais ces voix et ces images sont en parfaite adéquation pour donner du relief à ces confessions intimes. On y croit à ces quatre parcours, à ces quatre aveux, et ces voix finissent par "prendre corps" (on est sûr d'avoir affaire à de réels individus ayant vécu ou devant vivre ces mini-traumas) avant même qu'elles "prennent noms" - et nous laissent comme deux ronds de flan amusés. Oui, même les plus grands doivent faire des sacrifices, même les plus grands peuvent avoir la saudade. Une belle petite gâterie cinématographique de Miguel Gomes, resterait à savoir, just for fun, ce qu'en penseraient les intéressés... Encore humains après avoir atteint les cieux ?... A voir. Forcément.

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Seven Seas : Part One - Virginity Chapter (Nanatsu no umi : Zempen Shojo-hen) (1931) de Hiroshi Shimizu

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Ne venez pas me dire que Shangols fait dans le pointu alors qu'on a là une des oeuvres muettes essentielles de l'excellent Hiroshi Shimizu, grand pote d'Ozu tout au long de sa vie et auquel il a d'ailleurs emprunté le scénariste - Kogo Noda -, un film qui bénéficie de la présence collector de la grande - mais là particulièrement petite - Hideko Takamine (elle a 7 ans la bougresse, une affreuse coupe au bol et ce n'est d'ailleurs même pas son premier film...). Cette première partie (oui, vous aurez bientôt droit à la seconde intitulée "frigidité" ou "chasteté", les avis divergent...), un peu complexe à suivre au départ tant il y a de personnages, nous fait suivre en particulier deux familles : l'une friquée avec deux fils, l'un qui se la pète, Takehiko, et l'un qui se la joue profil bas, Yuzuru, et une autre famille un peu plus dans la panade (financièrement et physiquement) avec un père alité et trois filles, Yunnie l'héroïne, la cadette qui garde le pater et la chtite dernière, Hideko Takamine. Pour la faire courte, Yunnie a des vues sur Yuzuru (et vice versa) mais va se faire "abuser" (et perdre l'un des mots du titre - même si l'art nippon de l'ellipse est à son max) par Takehiko : crise cardiaque, suicide, crise de folie, mariage forcé, ces petits flirts gentillets entre jeunes gens bien éduqués vont salement tourner au mélodrame...

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Une heure, c'est le temps qu'il faut à Shimizu pour nous conter cette première partie loin d'être avare en rebondissements. Le cinéaste nous trousse des mini-saynètes qui nous font courir d'un personnage à l'autre, d'un lieu à l'autre mais qui n'en sont pas moins édifiantes. Un plan sur un pistolet et l'on sent que deux minutes plus tard celui-ci se retrouvera dans une main inanimée, un rire forcé et hop un personnage qui se retouve dans le plan suivant à l'asile psychiatrique, un départ en fanfare d'un vieillard qui quitte son plumard et un retour à la casa illico, les pieds devant... Ça fuse mes amis, et les personnages ont à peine le temps de reprendre leur haleine (tout comme le spectateur) qu'ils doivent faire face à des choix cruciaux : le manque d'argent versus les sentiments, la responsabilité familiale versus le plaisir individuel. Les terre-à-terre et fières classes moyennes ont fort à faire face à l'irresponsabilité des gens de la haute. On en brasse du thème, mon ami.

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Si le montage est une école d'efficacité à lui tout seul, on est tout autant charmé par ces longs travellings latéraux, qu'ils décident de suivre une jeune femme qui marche dans la rue d'un pas pressé ou ces groupes de jeunes gens qui discutaillent lors d'une garden party rohmérienne (A aime B qui aime C qui aime D, mais D est la meilleure amie de B donc B se confie à A qui n'ose en rire car lui-même...). Oui, c'est un peu retors de savoir parfois qui est qui, mais la situation s'éclaircit à mesure que le film progresse. Les sentiments semblent se jouer de la plupart des personnages qui ne parviennent pas à séduire l'élu ou l'élue... On a forcément hâte de découvrir cette seconde partie : Yunnie a accepté de se marier à Takehiko contre une grande somme d'argent, va-t-elle parvenir à s'extraire de ses fers (ses responsabilités familiales et son destin piégeux) pour trouver un jour le bonheur, the true one ? Hum, hum...

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Miller's Crossing (1990) de Joel et Ethan Coen

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J'avais un bon souvenir de Miller's Crossing. Il restera. En premier lieu parce que les frères Coen réussissent leur galerie de personnages (tous fortement typés, certes) et troussent un scénar à la fois suffisamment compliqué et retors pour que tout adepte de noir ne se sente pas lésé, mais également suffisamment fluide pour qu'on ne se prenne pas non plus trop la tête. Les cadavres tombent de toute façon comme à Gravelotte et cela éclaircit forcément, à chaque quart d'heure, une partie du récit. Gabriel Byrne est aussi à l'aise qu'un requin en eaux troubles dans cet univers de magouilleurs, de tueurs et de parieurs... Il est le pivot de l'histoire, celui qui est toujours prêt à s'en prendre plein la tronche pour le spectacle, à baiser la donzelle du boss pour flirter avec le danger, à mentir à tout bout de champ pour tenter de sauver sa peau - un héros, un vrai. Il est tellement futé, le Gabriel, il est tellement habile à tirer toutes les ficelles du bazar, qu'on finirait presque par se demander s'il n'a pas lu à l'avance le scénar. Faut dire que notre gars est un héros coenien typique : un type hanté par un rêve (la fameuse histoire de la forêt et du chapeau dont on découvre les images en ouverture), un type affreusement pince-sans-rire et à la coule, un type qui suit hasardement son chemin pendant que le monde semble s'écrouler autour de lui. Un type zen dans un monde de brutes dont il se rit - intérieurement, of course. A Coen hero, yes.

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Il y a les violents qui ne perdent que rarement leur sang-froid (Albert Finney as Leo, J.E. Freeman as the Dane), les violents qui suent comme des porcelets (Jon Polito as Caspar), les petits roublards dont le sourire est aussi coincé et douloureux qu'un doigt dans une porte (Turturro as Bernie, Buscemi as Mink), les hommes de main à la fine moustache ou encore les mastodontes qui font moins les malins lorsqu'ils se prennent une chaise de plein fouet dans la tronche : de parfaits seconds couteaux à la tronche adéquate. Les rapports, d'un clan l'autre, sont forcément archi-tendus et quand les mots ne suffisent plus (les dialogues sont toujours au cordeau), les flingues finissent par parler (de bien belles fusillades, ma foi, dont celle magnifique de cet homme pris sous le feu de Leo : il se lance dans quelques pas de tectonic sous LSD, notre gars semblant s'être emballé comme une vieille machine-gun vintage). Les Coen jouent à la fois sur les codes du noir mais parviennent très subtilement à les faire rentrer dans leur propre univers : même si tout respire "une certaine époque" (dans les décors, les accessoires, les costumes...), on ne peut s'empêcher un instant de douter qu'on est à 100 % (ou à sang-pour-sang) dans un film des Coen. Cela s'appelle une patte, un style, et cela tient à cette façon unique de patiner les décors, de poser un regard ironique et légèrement distancié sur les personnages (la caméra est toujours à distance "respectable" pour nous placer en spectateur averti), de filmer sobrement chaque plan tout en sachant soigner ses effets (c'est sanglant en un sens mais l'on ne se vautre jamais dans l'hémoglobine comme dans un Tarantino : un plan d'une poignée de secondes suffit pour qu'on l'on comprenne bien que le cerveau du type s'est mangé une balle, point, à la ligne).

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Un thème musical envoutant, quelques séquences qui pètent le feu in the city et d'autres beaucoup plus aériennes dans la forêt - mais tout aussi tendues -, il n'y a sans doute qu'au niveau de l'érotisme que les frères Coen demeurent affreusement prudes - Marcia Gay Harden en soutif, faudra s'en contenter. Gabriel embobine son monde tout du long et garde tout son mystère et son aura jusqu'à la dernière seconde. Un héros libre - et malin. Pas de doute sur le fait que les Coen des années 90 gardent ma préférence, étant beaucoup moins preneur de leurs "grosses" comédies par la suite. Mais ils sont toujours debouts, vaillants, leur dernier opus étant des plus rassurants sur leur causticité minimaliste retrouvée.

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12 avril 2014

Broadchurch saison 1 - 2013

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En démarrant le premier épisode de cette série british grand crin, on a l'impression très agréable d'être plongé dans une ambiance à la Twin Peaks, ce qui promet : un môme seul, de nuit, la main ensanglantée, au bord d'une falaise / cut / un long plan-séquence en travelling où on découvre en un seul mouvement tous les membres de la petite ville de Broadchurch, charmante bourgade de bord de mer / cut / qui a tué le môme (qu'on retrouve au pied de la falaise avec nettement moins de santé) ? Simple, direct, intrigant. Et on sent bien, dès que le flic barré arrive pour enquêter, que Lynch a fait des petits, et qu'on va avoir droit, comme chez lui, à l'auscultation d'une communauté monstrueuse par le biais d'une intrigue policière classique. Tout y est : les habitants a priori tranquilles qui cachent de lourdes tares, les mômes qui en savent plus que ce qu'ils disent, les secrets inavoués qui ressortent au grand jour, le tout scruté par nos deux bras cassés de flics : la locale, petite tête de moineau trop en empathie avec les broadchurchiens qu'elle côtoie chaque jour, et le détective principal, hanté par un échec précédent et rongé par un mal mystérieux (schyzophrénie ? hum hum).

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Bon c'est vrai que l'atmosphère lynchienne ne durera pas jusqu'au bout, et qu'on est aussi souvent balancé dans des enquêtes plus à la Agatha Christie. C'est pas grave, c'est bien aussi. L'écriture très habile de chaque personnage, qui fait qu'on s'attache à (et qu'on soupçonne tour à tour) chacun d'eux, est pour beaucoup dans la réussite et le suspense de la chose, et le plaisir du whodunit pur et simple est là. D'accord avec mon collègue : les Anglais ont un peu de mal avec le cinoche, mais leurs acteurs sont excellents, et Broadchurch en est une nouvelle preuve. Tous les caractères, et il y en a beaucoup, sont intéressants et épais, du curé (pédophile ? hum hum) au père de la victime (volage ? oh ooh !), du camarade de collège (menteur ? eh ehhhh) à cette marâtre qui promène son labrador le long des plages comme d'autres portèrent jadis des bûches. Bien sûr, le jeu, c'est de nous convaincre à chaque fois que, ça y est, on tient le coupable, ahahaha, je vous l'avais bien dit que c'était lui, avant que, à la fin de chaque épisode, on vous assène un coup de théâtre, et que, ah ben non c'est pas lui dis donc. Jusqu'au dénouement final, où on se dit : noooon, c'était lui ?!!??? (ou elle, ou eux, ou elles, je dis rien, hein). Et ça tient la route jusqu'au bout, c'est bien écrit et rondement mené, avec ce qu'il faut de coups de théâtre, de moments de décrochage purement ludiques (les rapports entre les deux flics) et de clarté dans l'enquête pour qu'on regarde ça en bouffant le paquet de chips en entier.

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La réalisation , que l'on doit en majorité à James Strong, est plutôt pas mal pour restituer l'atmosphère à la fois confinée et à ciel ouvert de cette bourgade (très joliment choisie, une vraie carte postale touristique), ce bord de mer dangereux, ces secrets d'alcôve observés par toute la communauté. On croit à cette micro-société gangrénée et pourtant si lisse en apparence, la mise en scène aimant privilégier les scènes extérieures, les grands ciels ouverts et les éléments (vent, pluie, soleil, embruns) rentrant dans le cadre avec une belle énergie. Certes, cette trouvaille de nous balancer des ralentis à n'importe quel moment (tu sors des toilettes ? hop un ralenti) est vraiment agaçante, un tic de mode inutile ; certes, on voit un peu trop le cahier des charges esthétique, qui se transmet de réalisateur à réalisateur. Mais ma foi, c'est tout de même aussi satisfaisant pour les yeux que pour le palpitant, et on vous conseillera cette série stylée et fûtée.

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11 avril 2014

De Minuit à l’Aube (Between Midnight and Dawn) (1950) de Gordon Douglas

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Bonne petite surprise que ce noir pêchu de Gordon Douglas : d'un côté, deux potes policiers qui s'estiment (Edmond O'Brien, Monsieur flic, et Mark Stevens, jeunot plus rigolo) et une donzelle jolie comme un coeur (Gale Storm, would you marry me ?), de l'autre un petit truand rital (Gale Robbins as Terry Romaine (...)), un nerveux de la gâchette acoquiné avec une charmante chanteuse de charme. Jules et Jim vs Tirez sur le ravioli en quelque sorte ? Mouais c'est un peu tiré par les cheveux. N'empêche qu'on assiste à la fois à des scènes avec une ambiance à la coule avec flirt, baisers volés et poilade en trio mais également à de nombreuses séquences de pur film d'action (une belle scène ouverture qui met tout de suite dans l'atmosphère avec l'interception musclée de deux malfrats, comme dirait Jean-Pierre Pernaut, dans un entrepôt ; moult poursuites qui speedent ; un final qui sent la poudre). Bref, un noir qui remplit le taff.

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Stevens et O'Brien font des rondes de nuit, comme l'indique gentiment le titre, mais aussi, parfois, de jour (c'est jamais passionnant, la journée, dans les films noirs : au mieux tu peux arrêter des gamins qui se la pètent mais ça reste mou du genou). Stevens bloque sur la voix d'une nouvelle assistante radio ; il est persuadé qu'une telle voix ne peut correspondre qu'à un visage d'ange. Lorsqu'on découvre Gale Storm, on se dit non seulement qu'il a raison mais qu'il y a aussi du coup de foudre dans l'air (get the joke ?). Stevens semble mieux parti que le gros O'Brien un peu empoté et obsédé par son taff. La jeunette, elle, botte en touche dès le départ : fille de flic killed in action, il est out of question qu'elle se tape a man in black. Les deux font le forcing (ils viennent s'installer dans l'appart adjacent - un côté Antoine et Colette ? Ouais, bien joué) et finissent par toucher la belle en plein cœur. La séquence où la Gale emportée par un vent (de peur et de folie) se jette finalement dans les bras de son (futur) homme - et ce juste après une mission chaude comme le simoun - m'a fait littéralement monter les larmes aux yeux (j'ai un gros problème de lentilles actuellement, faut dire, et suis un peu chamallow affectivement - je viens de ressusciter mon chat après deux jours de combat mais ça reste entre nous, of course). O'Brien tire un peu la tronche mais reste beau joueur. Stevens ne touche pas terre mais une balle dans l'œil va l'y ramener ; oui, flic, c'est un métier dangereux.   

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Douglas ose jouer avec les limites de l'insoutenable (...) (les femmes se prennent de sacrés baffes ce qui est toujours déplaisant - mais les deux hommes responsables de ces violences inadmissibles sont rapidement remis "à leur place" ; plus drôle, il tente la séquence de défenestration d'enfant ce qui marque toujours des points au niveau tension : vous me laissez tranquille ou je la balance ! Vas-y balance et après ?) et dessine des personnages féminins qui ne sont pas d'un block (la froideur de Gale battu en brèche par son romantisme ; l'aveuglement de la chanteuse rattrapé sur le fil par son sacrifice - elle ouvre enfin les yeux... dans le brouillard). On ne s'ennuie pas une minute dans cette petite chose rondement (de nuit) menée, le type en charge des décors, le gars Frank Tuttle, parvenant même à nous arracher un ptit sourire sympathique en mettant son nom sur le tableau noir - parmi la liste des policiers (toujours bon à prendre un private joke, très "new wave spirit" avant l'heure). Truffaut (aka the genius) a dû apprécier.   

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Noir c'est noir,

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L'étrange Madame X (1951) de Jean Grémillon

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Michèle Morgan est belle comme le jour, la photo d'une superbe luminosité (Grémillon s'amuse à faire du Doisneau, dirait-on, le temps d'un baiser) et puis... c'est tout, le reste, scénar, jeu d'acteurs, dialogues... est terriblement plat, anémique même, tenterais-je. Dès le départ, on ricane : Michèle Morgan, femme de chambre ? Nan ? En fait, non, c'est ce qu'elle fait croire à ce grand benêt de Henri Vidal avec lequel elle trompe l'ennui des dimanches et... son mari. Eh oui, car la Michèle est une bourgeoise qui habite une grande demeure luxueuse avec un mari très luxueux mais aussi sanguin qu'une limace. Le Vidal est bien le seul à croire à la supercherie, comme si toutes les femmes de chambres étaient recrutées dans des écoles de top-modèle. La Michèle est vraiment amoureuse de ce gars simple et banal et va avoir la bonne idée de tomber enceinte. Son mari est forcément scandalisé (il ne peut pas être le père, la limace n'ayant pas d'érection, c'est bien connu), enfin, il s'énerve à peine deux minutes... Il est hors de question que tu le gardes ! Si. Bon garde-le mais il est hors de question que... tu me quittes ! Je pars quand je veux. Bon, ben, tu peux revenir quand tu veux, hein, no hard feeling ? Bon, l'ensemble est guère crédible mais passons. Le film, alors qu'il avait un boulevard pour un happy end, prend alors soudainement le chemin du mélodrame ; ils avaient tout pour être heureux et les dieux vont décider de tout faire foirer : de la tragédie, du problème financier, du... "oh ben non c'est pas possible" (la tronche de Vidal quand le monde lui tombe sur la tête : du coup il l'incline à 2 à l'heure...). C'était déjà mollasson à l'heure de la passion, ça devient apathique à l'heure du drame. Tout le monde il est triste, tout le monde il est malheureux dans cette histoire qui part en eau de boudin dans tous les sens du terme...

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Dès les premières séquences (et ce avec tout le respect qu'on doit au Jean qui devait avoir un gros coup de mou en fin de carrière...), on a l'impression que tout est artificiel : Grémillon semble ne jamais savoir comment terminer ses scènes et on a des fondus qui tombent comme des cheveux sur la soupe : parfois trop tard, parfois trop tôt, on s'attendrait presque à écouter des "coupez, allez on n'arrête là, j'ai po d'autre idée de toute façon". Comme en plus les acteurs sont mous comme des chiques (lorsqu'ils sont en colère, le volume passe à 2) - cette pauvrette d'Arlette Thomas avec sa petite tête de Caliméro : elle nous fait tellement peine (elle drague le Henri en pure perte de bout en bout) qu'on aurait envie de lui lancer des miettes de croissant au beurre -, on attend tranquillement que les bobines passent en s'attardant heureusement ici ou là sur les yeux transparents de la Morgan. Un étrange film malade - bien malade : comme anémiée, pas mieux. Temps que j'attaque les grands classiques du sieur.

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LIVRE : Salon de Beauté (Salón de belleza) de Mario Bellatin - 1999

9782366260700,0-1913677Avec sa citation de Kawabata en exergue, ce roman mexicain a effectivement tout du classicisme japonais. Un travesti tenancier d'un salon de beauté transforme peu à peu ce dernier en mouroir pour des malades en phase terminale (le mot de sida n'est jamais écrit, mais on peut suivre son regard) ; au milieu d'aquariums vides et de mourants, le narrateur revient sur cette transformation, observant en même temps sur lui-même les effets de la maladie, évoquant la méfiance ou la haine des voisins, évoquant l'âge d'or où lui et ses camarades pouvaient sortir habillés en femmes dans les rues. C'est donc un texte hanté qu'on a sous les yeux, dont la mort investit peu à peu tous les mots, dans une étrange atmosphère qui tient à la fois de la sensualité, du morbide, de la suavité et de la beauté. Bellatin parvient avec magie à faire se côtoyer la pourriture des corps et un certain raffinement, littéraire, esthétique, moral. Une grande part en revient à cette brillante idée de poissons exotiques collectionnés par le narrateur, qui s'entre-dévorent, pourrissent ou se cloitrent tout comme les misérables pensionnaires du salon. Grâce à eux, et à la force de l'écriture quand il s'agit de décrire leurs couleurs, leur faculté de provoquer l'émerveillement, le roman acquiert la beauté vénéneuse des grands romans japonais sur la mort (Les Belles endormies de Kawabata surtout). Dommage que le récit s'arrête dès ses prémices, ce qui donne l'impression d'une longue scène d'ouverture qui ne déboucherait pas sur un véritable récit. Avec un matériau aussi fort, Bellatin avait de quoi fabriquer un roman d'envergure ; là, on en a juste l'esquisse. Bien belle esquisse, cela dit.

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L'Homme de la Rue (Meet John Doe) (1941) de Frank Capra

doeAh si Capra pouvait être le président des Etats-Unis ou du Monde... Toujours le même souci des petites gens, toujours le même souci d'un bonheur que l'on ne peut atteindre qu'en restant libre, toujours le même souci, lorsque tout va mal, de garder une petite note d'espoir ("If it's worth dying for it, it's worth living for it !" - c'est po beau ça ?!!!!).

Une journaliste sur le point d'être renvoyée écrit une lettre signée John Doe dans son propre journal : l'histoire d'un homme au chômage depuis quatre ans qui veut se suicider du haut de la Mairie. Cette lettre suscite un vif émoi chez les lecteurs et les gros bonnets et notre journaliste de reprendre du service en faisant le casting d'un John Doe pour surfer sur cette vague de popularité ; écrivant d'abord des papiers quotidiennement où par son intermédiaire elle critique tout ce qui ne fonctionne pas dans la société actuelle, elle change de stratégie lors de son premier passage radio : le John Doe se prend pour Amélie Poulain (pareil, avec des neurones et de l'émotion) et livre un message dans lequel il faut savoir s'occuper de son voisin. Formation de clubs pro John Doe, notre homme devient ultra populaire avant que des politiques sans vergogne veuillent récupérer le buzz pour se faire élire... Ca va po se passer comme ça les amis.

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Il y a bien sûr une histoire d'amour (entre la journaliste et le John) qui tarde à s'avouer et trouve son accomplissement sur le fil, il y a aussi bien sûr la lumineuse Barbara Stanwyck (elle a des gros plans où ses yeux pétillent en vrai - son petit chapeau noir lui sied également très bien si je peux me permettre au passage) et l'éternel Gary Cooper, peut-être pas toujours à son aise dans les passages de comédie pure (ses grimaces pour les photos au début du film ne valent jamais la drôlerie d'un Cary Grant) mais absolument fabuleux dans le rôle de l'homme au regard perdu, de l'amoureux transi maladroit, de l'homme en colère contre la Terre entière ou tout simplement de l'homme blessé - la fin sur le balcon où un flocon de neige se transforme en larme sur sa joue (ben ouais, peut pas pleurer Gary Cooper, c'est un héros) est plus poignante que mon chat lorsqu'il pleure enfermé derrière une vitre - il pique la bouffe du chien, j'y peux rien. Il y a comme toujours un rythme qui déchire, un montage avec quelques légères variations d'angle de caméra au cours d'une scène qui booste une séquence en un clin d'oeil, un amour et un respect des gens qui dépassent l'entendement, c'est bien simple, si ses films passaient en boucle tout le monde se mettrait ad vitam eternam en grève pour les regarder - oui je sais en France, il n'y a pas forcément besoin de ça. Capra est un demi-Dieu, on y peut rien ; certains ont la grâce, c'est tout.   (Shang - 13/11/07)


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Bon, commençons par les deux points sur lesquels je ne suis pas d'accord avec la critique énamourée de mon sentimental collègue. D'abord sur ces variations d'angle au cours des scènes. C'est effectivement une "figure de style" récurrente chez Capra, mais à moi elle me paraît vraiment maladroite ; comme si, ne sachant pas choisir entre différents plans, ou cherchant absolument à attraper LA mimique fatale de ses acteurs, il sacrifiait le rythme et la fluidité pour tout garder au final. C'est bancal, et je trouve personnellement que ça casse complètement le rythme. Heureusement, particulièrement dans ce film-là, ces scènes trop découpées sont compensées par d'autres, absolument magnifiques, qui privilégient le plan très long : le monologue superbe de James Gleason filmé dans la longueur (quel acteur, les amis, quel acteur, alors même qu'il doit jouer l'emploi le plus dur qui soit, le mec bourré) ou le très beau et lent montage de la scène finale sur le toit de la Mairie. Parfois, même les plans courts sont bons, je dis pas, comme dans cette séquence hystérique du discours final. Bref, le défaut de montage ne se retrouve ici qu'en de rares occasions (il était omniprésent dans Lady for a Day, à mon avis).

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Deuxième désaccord : si Capra était président, je pense qu'on en viendrait vite à un monde à la Mao. La vision politique du monde selon le gusse est un mélange de solide bon sens populaire et de poujadisme pur, où la petite gens est déifiée au mépris des intellectuels qui gâchent tout, une sorte d'apologie du clientélisme de base pratiqué de nos jours par les pires de nos candidats... Bon, excusez-moi, je m'énerve, il faut dire que je suis pas loin de Béziers et qu'on est en 2014. Après tout, hein, on s'en fout, Capra est pas président, Dieu soit loué.

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Ces deux réserves mises à part, je ne peux qu'adhérer pleinement à l'amour de mon collègue pour ce très beau film sentimental et tourmenté. Remarquablement écrit, glamour comme c'est pas possible, il est porté en grande partie par ses acteurs, tous géniaux. Outre Cooper, qui sait faire passer en une demi-seconde 17000 émotions sur son visage, mentionnons son poteau clodo Walter Brennan, sorte de Jiminy Cricket du pauvre, omniprésent en fond pour rappeler l'humilité de laquelle est issu John Doe, et qui joue parfaitement son rôle d'ombre attentive : personne ne sait mieux écouter que Walter Brennan, voilà, c'est dit. Et acclamons derechef le fabuleux Edward Arnold, qui dresse un portrait complètement inattendu du méchant de service avec sa voix chuchotée et ses gestes sirupeux dans une carrure d'obèse. Toute cette petite bande fait beaucoup au charme du film, mais bien sûr l'ampleur de la mise en scène et du scénar, le très beau noir et blanc, l'attention constante aux atmosphères, le profond humanisme qui émane de l'ensemble, le sens du petit détail rigolo ou touchant, tout participe à la grandeur du spectacle. Malgré l'énormité des moyens, on dirait une petite chose modeste et discrète, qui reste toujours à deux centimètres de l'organe cardiaque même quand 16000 figurants envahissent l'écran. Du vrai grand spectacle hollywoodien vibrant d'indignation, c'est parfait.   (Gols - 11/04/14)

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10 avril 2014

LIVRE : Pays perdu de Pierre Jourde - 2003

9782353152339FSSi vos pas vous ont parfois perdu au fin fond d'un village de Lozère, de Creuse ou du Cantal, vous ne pourrez être que renversé par la justesse de ce qu'en rapporte Pierre Jourde dans ce livre à la fois cruel et élégiaque, authentique et rude ; à l'image de la campagne qu'il a choisie de décrire, quoi. Dès les premières pages, nous voilà embarqué au bout du bout d'une route auvergnate, là où se trouve une poignée de maisons abandonnée à elle-même. Le gars s'y rend pour régler les formalités d'un héritage, mais son arrivée coïncide avec la mort d'une jeune fille du village. L'enterrement va être l'occasion pour Jourde de dresser un portrait de ces habitants qu'il a toujours connus, et de se livrer à une sorte de longue apologie de la vie campagnarde, dans tout ce qu'elle a de terrible (cette horreur en faisant justement la beauté).

La campagne, c'est dur, c'est crade, c'est violent, c'est âpre. C'est pourquoi les mots choisis par Jourde le sont aussi. Son livre est un véritable poème consacré à la merde, à la crasse, aux atavismes, déviances et autres tares de ces êtres du fin fond du monde, et ça rape pas mal. Qu'il décrive une de ces mille anecdotes affreuses qui jalonnent la vie paysanne (le gars qui s'arrache le haut du crâne dans un accident, rabat juste la peau sur son front et s'en retourne bosser), qu'il s'attarde sur quelques-unes de ces légendes à base d'adultère ou d'alcoolisme qui font le terreau de ces villages, ou qu'il se laisse aller à ces très belles pages purement contemplatives sur les paysages, il est toujours d'une terrible justesse, écrivant au ras de la terre mais dans une langue jamais "basse", jamais condescendante. Jourde estime que ce pays perdu, aussi sale soit-il, et peut-être même justement à cause de sa saleté, a droit aux mots les plus nobles ; du coup, l'écriture, d'une richesse de vocabulaire fabuleuse, d'un rythme symphonique, est magnifique, très savante, très préoccupée de frapper juste et beau. Elle n'est jamais meilleure que quand elle décrit justement les déviances de ces habitants, physiques (le plaisir de voir son prénom prononcé par la mongolienne qui ne dit jamais rien pourtant) et mentales (les opinions enfoncées dans ces caboches, qui se transmettent de génération en génération). Si la langue peut parfois perdre à force d'érudition, elle retombe toujours sur ses pieds (une langue a des pieds ? passons), et finit par toucher au coeur des choses.

Surtout, derrière tout ce dispositif élégiaque, il y a un motif secret, qui n'apparaît que peu à peu, et même jamais complètement : les origines du père de Jourde sont troubles, et c'est cela seul, finalement, que l'auteur veut attrapper : son identité, les mystères de son appartenance à cette communauté paysanne extrême, sa fierté d'en être, d'avoir des racines ici, dans ce pays de merde et d'alcool. Parler des autres, des paysages, d'un territoire entier, pour parler d'une blessure intime : c'est le secret bouleversant de ce livre, un des plus beaux que j'aie pu lire sur la campagne profonde.

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La Valse de l'Empereur (The Emperor Waltz) (1948) de Billy Wilder

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Deux chiens qui tombent amoureux (l'un de race, l'autre non) reflétant l'amour qui se nouera plus tard entre leurs maîtres (Joan Fontaine, la Comtesse, Bing Crosby, le vendeur itinérant de phonographe) pourquoi pas, avec en prime un fond historique (la cour de l'Empereur François-Joseph), un fond montagnard (l'Autriche, ses habitants en short, ses putains de tyroliennes) et une pincée de comédie musicale (Tu as la voix suave, Bing, mais un prénom à la con). Ça sent un peu le pudding surfait, le héros gonflant (Bing Crosby aussi sexy qu'un hareng, le mauvais goût de ses vestes marrons-tourista...), la morale dite d'ouverture (et si on mariait les riches avec les pauvres, juste pour voir ?). Heureusement que c'est Wilder aux manettes qui, même sous l'influence du bien pensant Crosby, arrive à balancer quelques petites répliques ou instants drolatiques. Sinon c'est vrai que dès l'arrivée de Crosby, on avait envie de faire Bing.

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Le ciel bleu, les habits marrons et verts qui se fondent dans la nature, les clins d'oeil aux sponsors (Pathé et Milka - on fait dans l'animalier), les valses qui flinguent, tout cela risquait de finir par sentir un peu la guimauve ; et parfois elle colle un peu aux dents (oh cette terrible contre-plongée sur le visage des deux amants sous le ciel bleu - je vomis et je reviens). Heureusement, disais-je, qu'il y a quelques saillies (outre celles des chiens - chiens qui disons-le au passage sont parfaitement dressés et assument parfaitement leur rôle), quelques personnages (le père ruiné et affreusement opportuniste de Joan ; l'Empereur pas bégueule...) ou encore quelques jolies séquences (les courses poursuites en général avec les chiens...) qui parviennent à maintenir notre attention. Oui, la couleur saute aux yeux (aïeuuh !), Joan tente des coiffures originales et le happy end est royal, mais avouons que cela ne plane souvent pas bien haut : l'histoire entre les chiens bouffe bien la moitié du film - ça va pour une retrospective à la SPA mais sinon... ; les habitants autrichiens jouent tous d'un instrument et parlent en chantant - ce qui donne plus d'une fois l'envie de rétablir la peine de mort en Autriche : je suis sûr qu'ils sont pour en plus ; et Crosby est tellement sûr de son charme qu'il s'habille à Prisunic. Il y a heureusement suffisamment de rythme (Wilder, hein, quand même) pour que l'on passe un moment loin d'être tout à fait déplaisant. Mais c'est vrai qu'on est loin d'être devant l'un des chefs-d'oeuvre du maître... Pour yodler tous en choeur un soir de lose, mais vraiment en désespoir de cause et parce qu'on aime notre Billy par dessus tout... Tralalaitou, juste un.

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 Take a walk on a Wilder side, here

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07 avril 2014

What Price Glory (1926) de Raoul Walsh

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Après un léger passage à vide sur Shangols, Raoul Walsh, disons-le, nous revient dans toute sa splendeur et son génie. Cette première mouture de What Price Glory se boit comme du ptit lait et les deux heures s'achèvent dans un souffle (d'obus). Le finaud Edmund Lowe et le tatoué Victor McLaglen se déchirent pour une pute shanghaienne, philippinos ou une jeune fille française (Dolores del Rio aussi française que moi je suis bulgare, mutine et à croquer). Walsh réussit à tous les postes, sur tous les fronts. Qu'il s'agisse de mettre en scène les séquences de flirt dans ce petit village français à la coule ou qu'il s'agisse de nous amener en première ligne pour un feu d'artifice sanglant, Walsh assure sa mère. On passe du thème de prédilection walshien (une femme, deux hommes - il y aura un perdant, à votre place j'attendrai de voir la fin du film pour parier) - de la romance pure et dure en quelque sorte - à la chiennerie de la vie avec son lot de chair à canon, de jeunes hommes qui meurent avant même d'éclore, avant même d'avoir connu d'autres lèvres que celles de leur mère. Alors qu'on se laissait progressivement bercer par l'ambiance bon enfant de ce village campagnard frenchy, Walsh nous balance une première salve de combat puis une seconde en nocturne mettant en scène cette hécatombe humaine - je suis encore sur la première guerre mondiale, je suis décidément au taquet pour le centenaire. A peine a-t-on le temps de conter fleurette qu'il va falloir bouffer les pissenlits par la racine. Se battre pour une femme, puis contre les Boches... Même combat ? Nan, tout de même, mais de quoi finir par former une certaine complicité entre les deux hommes…

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Walsh est très fort pour limiter au maximum les cartons (bien aimé cette petite idée notamment : quand le Capitaine demande aux soldats ce qu'ils faisaient au pays, Walsh nous colle deux-trois petites vignettes en images, histoire d'éviter 3 écrans noirs tristounes). Pas besoin non plus de longs discours pour charmer ces dames. Il suffit d'un regard appuyé, d'un sourire échangé, de quelques mots en franglais et l'on sent que les demoiselles sont conquises... Seulement la Dolores del Rio, elle a aussi son petit caractère et n'est pas de celle qu'on manipule à l'envi. Certes, elle n'est pas super farouche lorsqu'il s'agit de partager sa couche avec un soldat ricain mais ça ne veut pas dire 1) qu'on puisse l'acheter 2) qu'elle n'ait pas son libre-arbitre. Elle aime à montrer gambettes et à dénuder épaule (cachez ce sein que... oh et puis si, en fait) et elle sait comment faire tourner en bourrique nos amis soldats. Ces derniers ont beau jouer les fiers-à-bras, c'est elle qui les tient à quai entre deux sonneries de clairon et l’appel au front. Dolores donne véritablement l'impression de passer son temps à virevolter dans cette auberge, la mise en scène de Walsh n'étant jamais statique, toujours en mouvement. Lorsque nos deux hommes se prennent la tête, Walsh, là encore, n'a pas besoin de douze cartons d'insultes pour montrer que ça barde ; il nous balance une bonne baston au départ mais ensuite il peut se contenter de mettre en face-à-face ces deux forts en gueule qui rivalisent d'yeux qui roulent et de rictus aigris pour montrer leur colère de mâle. Une rivalité de fortes têtes qui ne tardent pas jamais à se retrouver côte-à-côte dès lors qu'il faut monter au front.

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Walsh, surtout dans la séquence nocturne, utilise le stock d'un an de pétards chinois, joue malicieusement des transparences - bien vu le coup des soldats engloutis dans la tranchée -, remue terre et terre pour nous montrer la violence des combats. Le soldat ricain, s'il reprend son souffle dans les tranchées, avance comme un rouleau compresseur sur son ennemi quitte à perdre en route les trois-quarts des hommes : "rien ne doit vous arrêter si ce n'est une balle" - la consigne est claire. Des nuées de soldats s'avancent ainsi dans une forêt envahie par un inquiétant brouillard sans cogiter sur leur mission - ils sont là pour libérer le monde et il faut pour ce faire empaler un max de Boches à la baïonnette, point. That's all folks. Même s'il en résulte une boucherie, même si les hommes en reviennent déguenillés, ils ne doivent jamais reculer. Malgré le vibrant coup de gueule de ce soldat dépité (« what price glory! »), le Capitaine McLaglen demeure stoïque et se la joue fataliste. Ouais, le problème de la guerre, outre la boue, ce sont les morts. Voilà, voilà... Walsh ne se disperse guère dans cette œuvre au niveau de sa galerie de caractères ; il choisit de suivre une poignée d'hommes (le couple Laurel et Laurel qui apporte la petite touche légère et comique ; le fils à sa maman qui apporte la touche d'innocence ; le correspondant qui tente d’apporter un point de vue objectif) qui donnent encore un peu plus de corps et d'humanité à ce tableau de la grande guerre où l'essentiel ne demeure malgré tout jamais loin : l'amuuur, toujuuuuurs. What a great silent movie !

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Walsh et gros mythe,

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Seuls sont les Indomptés (Lonely Are the Brave) (1962) de David Miller

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Bien joli film qui salue déjà la fin du western en ces débuts d'années 60. Au temps des avions à réaction, des fils barbelés pour protéger les sociétés d'électricité, des cuisines toutes équipées et des autoroutes, que reste-t-il du grand ouest sauvage pour le cow-boy ? Kirk - et son cheval malicieusement nommé Whisky (nous rendant le Kirk sympathique après 30 secondes de jeu)- incarne la liberté à tout crin, l'état sauvage et indomptable, l'esprit des voyageurs "sans frontière". Kirk serait-il le dernier des Mohicans/cow-boys des temps modernes ? Possible, puisque notre gars est à ce point épris de liberté, pour lui comme pour les siens, qu'il n'hésite pas à jouer les Michael Scolfield : il se fait volontairement arrêter par la police pour sortir son pote de prison. Le Kirk, il est comme ça... Il introduit en cellule des scies à métaux pour que son ami puisse se faire la belle et revoir la sienne : la magnifique Gena Rowlands (resplendissante, la Gena, dans son premier grand rôle au cinoche). Seulement voilà, le Kirk, tout à ses idéaux, a un peu perdu le contact avec la réalité des sixties et son mode consumériste : primo, comme son pote est casé, a un fils, pas question pour lui de faire le fou et de risquer cinq ans de prison pour s'être échappé - il veut revenir peinard au foyer et ne pas devenir un éternel fugitif ; secundo, même si le Kirk est le roi de l'évasion, il y a aujourd'hui toute une technologie moderne pour que le flic le piste : jeep, communication radio, hélicoptère... Les inspecteurs pro ont remplacé les shérifs amateurs et on ne parle pas en l'occurrence de n'importe quel inspecteur puisqu'il s'agit de Walter Matthau - jamais aussi bon que lorsqu'il est sobre (minus one for Wilder, poum) : il semble sorti tout droit d'un film des frères Coen tant il est à la fois zen, pro et cool (Walter is l'homme au chewing-gum - excellent). Kirk et son cheval Whisky vs Walter et son hélicoptère, c'est le match de la seconde partie du film - encore plus trépidante que la première.

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On connaît ça, l'histoire du fugitif qui doit franchir une montagne pour échapper à la police. Kirk n'est pas Boggie et troque pour le coup son chien contre un cheval, se mettant martel en tête de franchir un petit monticule pierreux pour passer dans un autre Etat. Seulement à ses trousses, il y le gars Walter : celui-ci est certes un peu lent mais ne manque ni de moyens humains ni de stratégie. La colline est quadrillée de haut en bas, un soutien aérien vient en renfort, bien malin sera le Kirk s'il parvient à passer à travers les mailles du filet. On s'amuse de la patience du flic qui fait bondir sa jeep de temps en temps pour réveiller son assistant (absolument hilarant avec ses "right!' à tout bout de champ) et on est admiratif de la pugnacité du Kirk incapable de laisser son cheval derrière lui : les deux sont résolument inséparables, pour le meilleur et pour le pire - pas facile d'être un indompté mais le Kirk l'assume aussi bien pour lui... que pour son cheval. Kirk doit se battre non seulement contre cette nature sauvage (mais il parvient toujours "à la mettre dans sa poche" : il dompte un puma en un clin d'œil, prend le temps de pactiser avec un écureuil, il est l'homme nature) mais également contre ces acharnés de l'ordre, de l'autorité, de la soumission (excellent George Kennedy, grand habitué des rôles de gros enfoirés). Rien ne lui résiste (barbelés sur la prairie ou barreau de prison, même combat) et il personnifie à la perfection l'homme à abattre (il s'en prend d'ailleurs plein la tronche à plusieurs reprises, le Kirk, sans trop rechigner). David Miller filme au plus près cette hargne de Kirk à déplacer des montagnes (on souffre avec lui dans les derniers mètres) et nous gratifie d'un final digne d'un film noir (ambiance d'apocalypse, digne de la fin d'un monde...). Excellente contribution au genre... qui est loin d'être totalement enterré. Le western est décidément impitoyable.

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 Go west, here

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La Belle de Moscou (Silk Stockings) de Rouben Mamoulian - 1957

Silk Stalkings 08 - Cyd Charisse Fred Astaire

Je promets à nos éminents commentateurs que ce n'est pas de la mauvaise foi, et que mon peu d'intérêt ordinaire pour Fred Astaire n'y est pour rien : j'avais vraiment envie d'aimer Silk Stockings, mais voilà, il m'a fait tout l'effet d'un film pataud et poussiéreux, glamour dans les chaussettes et soupe aux vermicelles à portée de main. Quand on pense que c'est un remake de Ninotchka... Tout le film semble gagné par la vieillesse et l'arthrose. Mais en fait, c'est pas faux : Fred Astaire a 58 ans au compteur et ses chorégraphies font de la peine (il y a même un type qui l'aide à se relever sur la fin, en faisant comme si c'était un gag), Mamoulian réalise son dernier film (et on se souvient du bondissant Mark of Zorro qu'il fit à ses débuts, et on soupire), même la grande Cyd Charisse, avec sa quarantaine approchante, n'est plus la grande dame qu'elle fut. Sommet de la gène : Peter Lorre, pourtant seulement âgé de 53 ans à l'époque, en fait le double, complètement perdu, hébété, à contre-temps de chaque réplique. L'auteur de ces lignes est un grand fan de Lorre, et c'est une peine d'autant plus grande de le voir ainsi gigoter entre deux chaises pour faire croire qu'il danse, louper les paroles de la chanson, ou tenter pathétiquement une de ces grimaces qui ont fait sa gloire : il est nul, et complètement effacé par ses deux accolytes George Tobias et Jules Munshin.

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Du coup, on a l'impression que l'ensemble de la production a été gagné par les ans. Le scénario, qu'on avait pourtant applaudi chez Lubitsch, laisse voir ses ficelles et ses facilités. Il y a bien encore quelques répliques savoureuses, quelques saillies sur l'URSS qui font mouche, quelques sorties glamour bien envoyées. Mais le déroulé de l'histoire est assez mal foutu, bancal, voire même assez incompréhensible : on ne comprend pas les changements d'humeur de Ninotchka, agent russe psycho-rigide qui va craquer pour la bohème parisienne avant de recraquer pour son régime autoritaire pour ensuite revenir à la belle vie, etc. D'autant que l'homme qui la fait virer de bord est ce petit vieux de Fred Astaire, dont les tentatives de drague feraient passer Maurice Chevalier pour un des Sex Pistols. Côté musical, c'est Cole Porter qui se colle aux chansons, rien à redire a priori ; sauf que si : aucune chanson ne sort du lot, fades mélodies sirupeuses ou essais de tubes bondissants qui font flop. Peut-être que, par manque de direction d'acteurs, on a du mal à vraiment apprécier l'ironie de certaines (Charisse qui assène une ode au pouvoir dictatorial ou à la chimie de l'amour), et on soupire devant le dur labeur d'autres (la chanson finale, complètement ratée). Enfin, et c'est là où on a le plus mal : les chorégraphies sont immondes, je pèse mes mots. Passons sur les jointures mal huilées de notre Fredo, et regardons, si vous le voulez bien, les danseurs "de complément" : comment peut-on avoir l'idée de cette chorégraphie de fin, où des hommes en costumes se roulent sur le dos en faisant des gestes genre "chat qui attaque", où on rampe sur les coudes et où on se relève péniblement et à bout de souffle, si on n'est pas un dangereux assassin de la comédie musicale dans son ensemble ? Je balance : c'est Hermes Pan qui est responsable de la danse, et il mérite bien son nom si on lui adjoint celui de "dans la gueule". Quant à la mise en scène de Mamoulian, elle est souvent très maladroite. Cette façon d'écarter systématiquement le cadre trois secondes avant que les acteurs se mettent à danser par exemple, histoire de ne pas avoir à couper quand le mouvement démarrera, gâche tout le charme des chorégraphies. On sait exactement quand Astaire va démarrer sa danse, et du coup, la virtuosité et la surprise remballent leurs cartons.

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Allez, pour terminer sur une note moins maussade, j'avoue que certains détails sont assez plaisants. Les couleurs du film, notamment, hollywoodiennes à mort, qui éclairent ce Paris complètement fantasmé et ces intérieurs raffinés ; ou la présence de Janis Paige en oie insupportable, parfaite ; ou cette grâce parfois retrouvée dans les danses de Cyd Charisse, toujours belle (malgré les costumes russes, pas à son avantage), toujours grâcieuse, et qui fait franchement tout ce qu'elle peut pour faire oublier que Fred Astaire est nazouille. Mais ça ne réussit pas à sauver ce "musical" crépusculaire, qui semble déjà gagné par la fin de l'âge d'or, et qui entraîne avec lui quelques légendes fanées.

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06 avril 2014

Le Voleur de Pêches (Kradetzat na praskovi) (1964) de Vulo Radev

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Mon compère me faisait le gentil reproche de voir des films un peu confidentiels ; je suis donc allé chercher dans ma remise quelque chose de plus classique avec ce grand film bulgare (oui) qui conte les amours interdites entre deux yaourts - pardon, je m'emballe - entre la femme d'un colonel bulgare (qui ressemble terriblement à Lénine - il semble avoir d'ailleurs autant d'empathie pour le genre humain) et un prisonnier serbe à la fin de la première guerre mondiale (on fête le centenaire, c'est un film qu'il serait bon de ressortir pour un festival spécial WWI). Je sais, dit comme ça, il n'est pas sûr que je fasse des émules. D'autant que pendant les trente premières minutes, soyons honnête, il ne se passe quand même pas grand-chose. Si, pourtant. Un homme défie les barbelés du Colonel pour aller lui voler des pêches ; alerté par un tortin système à base de fils et de cloche, une jeune femme surprend notre malheureux prisonnier la main dans le sac - ou sur la branche si on préfère. Ivo (Rade Markovic) a de faux airs de Mastroianni, Lisa (Nevena Kokanova) a les traits d'une jeune beauté bulgare (m'est avis). Entre eux c'est forcément un amour impossible d'autant qu'ils sont chacun dans leur "camp", enfermé, chacun sous la protection d'un cerbère (même si la discipline dans le camp des prisonniers laisse un peu à désirer). Qui dit amour impossible, dit forcément possible sinon ce film bulgare n'aurait guère d'attrait. Et c'est le noeud, pour ne pas dire le drame, automatiquement.

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Des hommes las, une guerre qui s'éternise, des officiers bulgares qui ont des airs de marionnettes déshumanisées... Que manque-t-il? De la passion, bien sûr, de la passion. C'est la seule raison de vivre, sinon autant mourir comme tout un chacun comme un rat dans une tranchée - ou retranché. Lisa a beau ne pas vouloir se l'avouer lors de la première rencontre, cet homme qui s'introduit par hasard chez elle... c'est la chance de sa vie, la chance de connaître (enfin) l'amour... On sent qu'elle est du genre à résister et fera les pas de danse classiques de toute femme qui se respecte : un pas en avant (un baiser qu'elle ne peut franchement refuser), un pas en arrière (c'est tout de même abuser), un pas en avant (eh puis merde, je suis mariée à Lénine et j'ai Mastroianni dans mon pêcher - Dieu, pardonnez-moi mais comprenez-moi, je ne suis pas la Vierge...). Il faut bien reconnaître que ce sont essentiellement ces rencontres entre les deux amants discrets qui rythment le film (même si toutes les autres séquences permettent de planter ce décor d'une ville et d'êtres humains en ruines - une passion interdite dans un paysage dévasté à la fin d'une guerre, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au sublime Printemps dans une petite Ville, juste pour dire que j'ai des références, hein...). Alors que la musique se fait vibrante, on tremble pour nos deux amants qui se jettent l'un sur l'autre comme des affamés et qui risquent à tout moment de se faire surprendre. A-t-on encore le droit d'aimer sur cette terre, se demande-t-on ? Il faudrait partir mais ce n'est pas raisonnable, il faudrait arrêter mais autant essayer de stopper la mer avec le poing... Pêché avoué, à... Non cela ne marche pas non plus. Quelques moments tendres arrachés à l'enfer et ensuite ? Radev ne nous avait pas mis en condition pour un grand film comique et l'on craint le pire pour l'issue de cette histoire bulgare qui risque de mal tourner... Un film beau et déchirant, qui saigne comme un amour tentant de se glisser aveuglement entre des fils barbelés (c'est une métaphore). Le plus grand film bulgare ? Oh ben sûrement.

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Les Chemins de la haute Ville (Room at the Top) (1959) de Jack Clayton

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Le récit d'un opportuniste qui, lorsqu'il se tient finalement debout au sommet de son charnier, se rend compte qu'il est passé à côté de l'essentiel, qu'il a tout raté ? Il y a de cela. Pas facile d'être un fils d'ouvrier lorsque l'on veut faire partie d'un monde où l'on naît avec une cuillère en argent dans la bouche... Le gars Joe Lampton (Laurence Harvey) a pourtant tout pour être satisfait : un ptit boulot peinard à la Mairie, une gueule d'ange et une Simone Signoret qui n'a pas encore perdu toutes les plumes de son casque d'or (c'est elle qui insiste, hein, pour dire qu'elle est vieille (à 38 ans...), alors qu'elle resplendit encore... sous bien des angles ; à noter deux choses en passant : la Simone fut oscarisée pour le rôle et elle demeure l'actrice française la plus photogénique avec une cigarette - à égalité avec Catherine Deneuve, je vous le concède, autre artiste dans le genre). Même si la Simone est mariée à un riche couillon, elle est prête à tout pour suivre notre jeune homme. Seulement ce dernier, aveuglé par son complexe de classe (le prolo voit haut), aimerait bien marier la Susan (jolie ptit bout de femme inconsistant), fille d'un millionnaire (son père et sa mère sont parfaitement campés - rien que la façon dont la mère prononce "Lampton" mérite un Oscar). Le Joe séduit la Simone, puis la Susan, revient à la Simone, puis à la Susan... On sent venir de loin la tragédie.

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La bonne idée de Clayton, c'est de ne pas essayer de rendre son personnage principal forcément sympathique... Il vient de la classe ouvrière, a été prisonnier de guerre... Il a une belle gueule donc on devrait avoir de l'empathie pour lui, hein... Ben non, il est surtout ambitieux, opportuniste, merdeux - ces types, je les sens d'une narine, je ne les connais que trop. Oui, bien sûr, ces bourgeois anglais le traitent comme un moins que rien, se moquent de lui à la première occasion. Ce n'est pas une raison pour faire preuve de la même crétinerie douce qu'eux. Mais le Joe est prêt à tout pour arriver à ses fins... La seule personne qui pourrait le sauver, c'est la Simone : douce, sereine, totally out of this circle, French. Le bonheur à portée de la main, il est là : dans les cigarettes qu'ils s'échangent, dans la couche qu'ils partagent, dans la complicité (a "loving friendship") qui est la leur. Mais le Joe est décidément con comme un lampion et ne mérite qu'une chose : finir dans le caniveau - il y fera un tour avant de rebondir socialement, certes, mais en ayant perdu au passage sa dimension humaine, en ayant vendu son âme. Stupid Joe qui payera le prix de sa vanité.

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Clayton est très fort lorsqu'il s'agit de nous montrer frontalement les clashs sociaux (le Joe n'est pas épargné : ses interlocuteurs, maniant souvent mieux la langue que lui, faisant preuve d'une répartie à toute épreuve, le mouche salement en public à plusieurs reprises... Le Joe encaisse bon an mal an, confiant en son travail de sape par rapport à la Susan...) ainsi que les confrontations brutales entre deux amants : la séquence de la dispute entre Simone Signoret et Laurence Harvey cloue littéralement le spectateur sur place ; c'est là que la Simone gagne son Oscar en une manche, jouant aussi bien de sa beauté (la sublime femme qu'elle fut et qu'elle est toujours), que de ses premières rides (elle a dû encaisser des coups (plus moralement que physiquement) et l'on sent déjà chez elle la femme qu'elle deviendra, ne pouvant cacher éternellement ses blessures intimes sur son visage - une Simone "entre deux âges", même si l'expression n'est pas très classe, au sommet de son art). Laurence Harvey est pour sa part tellement froid lors des scènes d'amour (aussi bien avec Simone qu'avec Susan) que celles-ci n'ont rien de vraiment sulfureux (film interdit au moins de 16 ans - ahah ces puritains d'Anglais quand même...) ; heureusement, là encore, c'est la Simone qui apporte par son jeu, par ses regards, toute la tendresse nécessaire à de telles scènes, face à un acteur froid comme une lame de couteau (c'est son rôle, hein...). Une ambition sociale qui mène au suicide, au double suicide - une tragédie que Clayton met parfaitement en scène... pour son coup d'essai derrière la caméra (et déjà assisté par son compère Freddie Francis qui aime à jouer sur la profondeur de champ). Prometteur, forcément...

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04 avril 2014

Sidewalk Stories (1990) de Charles Lane

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Je gardais un souvenir assez magique de la découverte de ce film dans une salle parisienne lors d’un jour de grand froid il y a de cela… 24 ans. La magie est-elle toujours au rendez-vous alors qu’entretemps nous avons subi des blessures, des pontages cardiaque, des trépanations, que nous avons fait  la guerre sur plusieurs territoires, Madagascar, la Malaisie, la Chine, les Comoros  ? Oui, je ne peux m’empêcher d’être grandiloquent et sot quand la nostalgie est convoquée… Force est de reconnaître que Charles Lane n’est ni Chaplin, ni Tati. Il n’a ni le sens du burlesque de l’un, ni le sens de l’observation de l’autre, ni la carrière des deux. Le grand espoir Lane de 1990 est resté dans sa lane en quelque sorte. On serre même un peu des dents au début du film tant les acteurs en font des tonnes dès lors qu’ils rentrent dans le champ de la caméra. On pensait (du moins dans notre souvenir) que Lane, en filmant ces bas quartiers new-yorkais, avait filmé un peu à l’arrache, dans les conditions du réel mais tout cela est en fait mis en scène de façon un peu laborieuse (les artistes de rue qui forcent  le trait, la scène entre l’immense caricaturiste qui fout la branlée au petit dessinateur Lane (qui est à tous les postes dans ce film, réal, acteur, scénariste, monteur…), la séquence du meurtre avec des policiers affreusement aveugles incapable de voir Lane se barrer à 2 à l’heure avec une poussette et un bébé…). On commence à penser, même si la musique qui colle aux images continue de nous séduire, que certains films gagnent  à rester de lointains souvenirs…

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Et puis tout de même, on commence à se dérider avec le récit de cette relation entre Lane et la bambinette qu’il a justement trouvée dans la lane. Difficile, certes, de ne pas être attachant avec de telles grosses ficelles : un adulte un peu perdu (artiste et SDF, pas vraiment un bobo) et une gamine totalement perdue, Le Kid est déjà passé par là. Mais la présence de la bambine est salvatrice, c’est elle qui apporte enfin un peu de naturel à la chose. Le Charles se plie en quatre pour divertir, nourrir, faire rire l’enfant et ce petit couple de miséreux jamais misérables capte toute notre attention. Le Charles se retrouve souvent entouré de bombasses black (un gamin, c’est bon pour la drague) pleines d’attention (cette marchande de vêtements qui donne tout gratis (on n’y croit pas une seconde mais le geste est beau), cette passante qui offre une peluche à la bambinette et fait du rentre-dedans à notre héros un peu naïf) mais il ne cherche jamais à trop abuser de la situation ; le flirt entre Charles et jeune femme est romantique comme tout même si malheureusement Charles rate encore plusieurs séquences (la séquence inutile lorsqu’il inspecte l’appart, la scène un peu lourde de la douche, l’incapacité de mettre l’homme et la femme réellement en face-à-face - les petits bisous sont mignons mais c’est un peu court).  De belles choses demeurent malgré tout : une vraie légèreté, une musique au taquet, des épisodes forcément attendrissants (la gamine qui tend les bras au Charles avant de traverser la rue) ou encore drolatiques (le Charles qui s’imagine coucher avec cette femme férue de musculature, une femme capable d’allonger un type d’un simple coup de poing). Le final est également joliment fait avec cette parole qui est finalement donnée - aux deux sens du terme (l’ensemble du film est muet pour ceux qui l’ignoraient encore) - à ces SDF qui zonent, comme si après avoir conté fleurette, Lane revenait à son idée de départ, la précarité, la vraie.  Un beau film, si, avec de petites maladresses devant lesquels on ferme facilement les yeux - ah la nostalgie…

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Fall Guy (1947) de Reginald Le Borg

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On entre dans les fonds de paquet de linge sale avec cette toute petite série B de la Monogram. Il y a quand même du beau linge au générique avec la présence de Leo Penn (s'agit-il du père de Gad Elmaleh, de Ryan Gosling ou de Sean Penn ? Suspense...) dans le rôle-titre, de Teala Toring, la copine de Leo, en jeune femme brune que l'on aime réveillée la nuit ou encore de mon pote Elisha Cook Jr en éternel pote torve ; le scénar, basé sur un bouquin de Cornell Woolrich, n'est pas d'une originalité folle : un type se réveille dans le coltar (coke + bibine) avec une jolie blonde dans le placard - dead. Il se fait pécho par la police dans la foulée, s'échappe et commence sa propre enquête. Est-ce que j'ai salement déconné hier soir ou suis-je le fall guy du titre ? Aidé par un pote flic, le charismatique Robert Armstrong et Teala, ils vont faire le tour des boites, interroger un paquet de monde pour remonter peu à peu la piste. Les cadavres s'accumulent jusqu'au final, une banale fusillade suivie d'une bonne baston sur un toit. Le fall guy va-t-il en tomber ?

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La bonne idée de la chose c'est qu'elle fait 60 minutes et qu'on a donc pas vraiment le temps de s'ennuyer. Si les scènes en intérieur pêche un peu au niveau de la mise en scène - mettez-vous bien face caméra, marchez en crabe si besoin est -, Le Borg tente tout de même de soigner ses ambiances propres au genre et balance deux-trois personnages excentriques : toutes les scènes en extérieur sont de nuit, les filatures pullulent - on se cache dans les coins en fumant avec les naseaux ou derrière le poteau d'un réverbère, on rencontre des personnages pour le moins pas ordinaires (le couple qui se trouve un étage au-dessous de l'appart où a eu lieu le meurtre, la brutasse - Jack Overman - qui accompagne la chanteuse blonde - Virginia Dale : sa spécialité c'est cogner, pas la finesse ni la littérature, ça se lit sur son nez) et le final essaie de jouer la carte de la surprise (ah c'est lui le commanditaire !... j'en étais sûr, pétard - j'aime ma mauvaise foi légendaire post-résolution) et de l'action - j'ai tout de même peu frémi, j'avoue. Un tout ptit film noir pour grand malade du genre.  

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Noir c'est noir,

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