Shangols

06 mai 2015

Métamorphoses de Christophe Honoré - 2014

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Honoré dispose d'une part d'une autoroute, d'autre part de lycéens tout nus, c'est donc logiquement qu'il décide d'adapter les Métamorphoses d'Ovide, j'aurais eu le même réflexe. Comme en plus il a du revoir récemment Les Amours d'Astrée et de Céladon de Rohmer, son style est tout trouvé : nous serons dans la naïveté délicieusement littéraire de la jeunesse lettrée, dans le mélange subtil entre mythologie antique et modernité proclamée. Malgré le peu de moyens et le temps de tournage de toute évidence restreint, on ne peut qu'admirer l'audace du pari, et contempler la chose comme elle nous apparaît : un objet ovniesque, complètement barré et sous acide, tout à la fois ridicule et ambitieux, intéressant et nazouille.

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Le film risque de vous faire passer par différents états. Le plus fréquent étant tout de même l'hilarité : les acteurs, à chier pour la plupart, sont dirigés vers un jeu bressonien, plat, qu'on appelera distancé si on veut se la pêter, mauvais si on veut être franc. Honoré leur demande tout, d'être jeunes, beaux, inexpressifs, nus et aptes à jouer des dieux et des demi-dieux. On verra ainsi Europe en sac à dos croiser un Jupiter en pataugass ou des Bacchantes en culotte sur fond de zone industrielle ou de péages autoroutiers, rejouer pour nous les grands mythes de l'Antiquité et se tranformer qui en génisse, qui en colombe, qui en lion, qui en ado exaspérant (très souvent). C'est souvent hallucinant tellement c'est mal fagotté, nos petits jeunes endossant des rôles qui les dépassent à l'évidence, les grands héros mythologiques en ressortant lessivés et exsangues. Honoré pose sa caméra sur l'herbe crasseuse des banlieues de province, cadre le Carrefour en fond, et vas-y que je te montre les grandes légendes d'Ovide au plus court, quelques phrases, quelques motifs, un montage cut sur un animal quelconque et c'est plié. La plupart du temps, avouons-le, c'est carrément bâclé, et même souvent ringard : les effets spéciaux sont nuls, l'image moche, l'ensemble assez prétentieux malgré la pauvreté de la vision...

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Mais reconnaissons que parfois, le charme agit, malgré nous, et qu'au milieu des sarcasmes le film trouve parfois une vraie beauté candide, une vraie sincérité. En plus de vous faire réviser à peu de frais les grands mythes, Métamorphoses laisse entrevoir parfois l'amour total pour la jeunesse que porte Honoré depuis toujours, et c'est bien agréable. Le monde de l'Olympe, pour lui, est comparable à celui des adolescents : opaque, fermé, inaccessible au commun des mortels. Du coup, la transposition du livre d'Ovide dans le monde moderne fonctionne assez bien, et permet même de très belles scènes, comme cette ouverture avec le chasseur, ou la belle séquence où Bacchus (le seul bon acteur du film) entraine des pucelles se baigner dans les lacs. Quand il aborde les histoires de Tirésias (en médecin aveugle et transsexuel) ou de Narcisse, il est juste, trouve un biais à la fois amusant et viable pour réssuciter les mythes. Peu à peu, et malgré le retour fréquent du ridicule (les séquences d'Orphée, poilantes), on oublie les maladresses et on se concentre sur la belle sensibilité du film, portée par une musique envoûtante et une fièvre toute adolsecente qui touche souvent. Partagés, donc, au bout du compte, mais en tout cas un peu comme une poule face à un mégot : on ne sait pas trop sur quel pied danser, et on se contente d'apprécier qu'un tel cinéma en dehors de tous les codes puisse exister.

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Baby Face Harrington (1935) de Raoul Walsh

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Je n'attendais pas énormément de cette petite comédie du gars Walsh et j'avais tort car, à défaut d'être mirobolante, la chose est, sur 60 minutes tout juste, assez bien emballée. Raoul nous fait sa version des malheurs d'Alfred en filmant les mésaventures d'un certain Willie (Charles Butterworth dans le rôle principale) ; le gars n'a apparemment pas grand-chose pour lui : un physique de vieux dernier, un petit emploi de clerc, une capacité extraordinaire à foirer tout ce qu'il entreprend (des tours de magie à ses blagues qui tombent à plat). On se demande d'ailleurs comment le gars a réussi à se "lever" la chtite Una Merkel... Celle-ci l'aime indéniablement mais ne cesse de le tancer : pourrais-tu, juste une fois mon ami, tenter de sortir un peu du lot ? Un jeune moustachu a depuis longtemps flairer l'affaire et tourne autour de la gâte Una. Willie va-t-il avoir un sursaut de fierté ? Oui. Cela va-t-il arranger les choses ? Que nenni.

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Willie va être victime en quelques heures d'une suite d'avanies infernales : il demande une augmentation à son boss, il perd son taff ; il retire de son compte une grosse somme d'argent, il la paume. Il tente de récupérer l'argent : il braque alors l'une de ses connaissances (l'excellent Donald Meek) qu'il soupçonne de l'avoir volé... Pas de bol, ce n'était pas lui. Cerise sur le gâteau, l'ennemi public numéro vient chez lui pour le cambrioler et Willie, qui s'embrouille dans ses explications, finit piteusement au cachot - avec un rhume en plus. Mais les aventures de notre gars sont loin d'être terminées : il se retrouve pris en otage par l'ennemi public numéro un qui fait sortir de prison l'un des siens. La presse soupçonne notre bon vieux Willie d'être le cerveau de toute l'affaire - scandale public -, sa femme demande le divorce et notre ami est à deux doigts de se suicider (sympathique petite séquence burlesque sur la fin avec ce jeu de cordes entre le suicidé maladroit comme une pierre et le chef des bandits qui, à force de faire le malin, tombe de haut - on n'est pas dans du Chaplin mais il y a de l'idée, si, si). Vous voyez venir de loin la conclusion du bazar ? Je ne vous fais pas de dessin, Hollywood est bon, même pour les éternels losers. Une idée mignonnette et un film loin d'être chien au niveau des rebondissements et du rythme. C'est un peu cousu de fil blanc, me direz-vous, mais on passe un bon moment en compagnie de ces pantins filmiques : un gars Willie complétement dépassé par les événements qui a un éclat de génie, un ennemi public numéro un qui joue les gros bras et se révèle peu finaud et un gros flic guère inquiet qui finit par contrôler magistralement la situation. Une petite comédie walshienne loin d'être ambitieuse mais dont l'ami Raoul n'a pas forcément à rougir. Petite pierrette légère dans l'odyssée du grand R.W.

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Walsh et gros mythe,

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03 mai 2015

Dans la Cour (2014) de Pierre Salvadori

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Pierre Salvadori est un réalisateur que je suis depuis ses débuts et qui demeure assez intriguant... Dans la Cour est donc une sorte de "comédie" qui vire à la dépression généralisée, un genre intéressant en soi mais qui laisse le spectateur aussi neurasthénique et dérouté que ses deux personnages principaux... Soit donc une cour d'immeuble parisien avec ses personnages truculents (mais rarement drôles...) : un ancien joueur de foot blessé (in and out), un maniaque du rangement et des bruits, un squatteur à la Preskovic un peu emmerdant… Il y a aussi, bien sûr, Deneuve en girl next door (un peu comme lors de ses 12 derniers rôles), une retraité insomniaque avec des fissures (dans son logis et intérieurement) et un ancien musicos dépressif, Gustave Kervern, qui tente de tourner la page, d'oublier, de s'oublier, de disparaître... Plus le film avance, plus le film s'enfonce dans une certaine torpeur un peu glauque. Ce serait relativement original, si le spectateur, disais-je, n'avait pas l'impression de suivre la même pente que ces deux hurluberlus : on s'emmerde un peu. Salvadori semble vouloir laisser tomber toute idée de rythme, d'énergie et l'on décroche progressivement de ce film à mesure que les deux acteurs principaux s'enfoncent dans leur doute, leur tourment. Même le petit coup de théâtre final, plutôt osé, qui devrait nous laisser les bras ballants, manque son coup : cela fait longtemps que lesdits bras sont tombés, par simple lassitude... Dépression au-dessus de la cour. Une comédie en cul-de-sac…

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Libre comme le Vent (Saddle the Wind) (1958) de Robert Parrish (& John Sturges)

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Il est bon de revenir en terrain connu après avoir été victime d'une escroquerie. Parrish ne signe pas le western du siècle mais met en scène une histoire solide qui bénéficie d'une distribution au cordeau : John Cassavetes en jeune chien fou, Julie London, vraie beauté tragique, en jeune femme en quête de foyer, Robert Taylor en grand frère raisonnable et j'en passe… ainsi les excellents seconds couteaux Charles McGraw (en tueur qui déchante) et le perfect Royal Dano en "squatteur" nordiste prêt à ne rien lâcher. C'est l'éternel problème de cow-boys assagis (Robert Taylor commit des frasques dans sa jeunesse mais s'est rangé des voitures depuis) qui cherchent à vivre paisiblement : ils ont malheureusement toujours un caillou dans leur chaussure - cette fois-ci, ce n'est pas tant le passé (comme on aurait pu le croire au départ, avec ce tueur sur ses traces), que le présent ; Bob a un frère, John, un barbot qui se la pète et qui croit tirer plus vite que son ombre depuis qu'il a mis du Pec citron sur sa gâchette. Des conneries, il n’a pas fini d'en faire. D'abord, il ramène de la ville une gonzesse - même si la chtite fut chanteuse de cabaret, on sent dès le départ qu'elle n'est pas de son calibre - trop de classe, de maturité, de douceur. Ensuite, il tire sur tout ce qui bouge et se sort d'un duel perdu d’avance avec une chance insolente - il passe à ça de la mort, mais vas-y que le gars fait le mariole, paye tournée sur tournée, un peu comme si un Clermontois fêtait la défaite : il est pathétique, bas de plafond, un kéké quoi... Mais il ne va pas s'arrêter en si bon chemin : il va continuer de chercher des noises à un type qui veut s'installer sur les propres terres de son pater. A force de jouer avec le feu... Allez, fais pas le con, John.

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Beaux paysages en Cinémascope et Metrocolor (les gros plans en studio avec fonds d'écrans flous sont de moins bon goût mais passons), bonne vieille musique de Bernstein pour faire monter la tension, acteurs taillés sur mesure, tout est là pour qu'on attende patiemment que vienne l'heure sauvage des règlements de compte ? La donzelle saura-t-elle calmer son homme ? Son grand frère aura suffisamment d'ascendant sur ce couillon ? Le grand frère saura-t-il ne pas sauter sur cette donzelle qui détonne quand même un peu dans un tel environnement ? Autant de questions dont on devine par avance les réponses... Ça sent la chute à plein nez... Parrish, homme avisé, nous montre que le temps de la violence dans le grand ouest est révolu et qu'il faut, dorénavant, juste avoir un ou deux neurones pour faire tranquillement son trou. C'est bien gentil de vouloir "seller le vent" encore faut-il que celui-ci ne soit point mauvais. Parrish, sans avoir besoin de forcer son talent, réalise un bon vieux petit western en exploitant le filon de la sagesse : pas d'entourloupe sur la marchandise, de l'AOC. Tu tires plus vite que ton ombre ? Allez, tire-toi... Like a saddle in the wind - nan, rien à voir.   

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La Rançon de la Gloire (2015) de Xavier Beauvois

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Ce film est-il le gag, enfin la daube de l'année ? Depuis quand Xavier Beauvois se prend pour Lelouch (et je pèse mes mots : séquences tournées dans un cirque minable, caméra portée et mouvement circulaire pour rencontre amoureuse filmer, musique ultra envahissante, acteurs mauvais comme des cochons...) ? Depuis quand Michel Legrand (que je croyais mort, mea culpa...) se prend pour Maurice Jarre et fait une (mauvaise) musique de film pour Laurence d'Arabie pour un téléfilm terne comme un journal régional ? Roschdy Zem (tristement à l'honneur sur Shangols ces derniers temps...) est en roue libre, Benoît Poelvoorde est en roue libre avec un hamster dedans (prends du repos, mon vieux, ou choisis des rôles moins caricaturaux...) et on regarde la chose de bout en bout avec stupéfaction. Xavier Beauvois est un prête-nom, j'en mettrais presque ma main au feu. Comment un gars capable par le passé d'une telle sobriété a pu réaliser un tel nanard ? Poelvoorde et Zem s'allient pour déterrer Chaplin : deux bras cassés (des clochards, hein, des tramps) déterrent le roi du rire (oxymore ?), sont incapables de pécho une rançon et l'un d'eux finira comme clown dans un cirque (Poelvoorde... Pull ! Les Feux de la Rampe ? Get it ? Get it ?). C'est pitoyable à un point que je me suis vengé comme un dingue sur les beignets aux bananes qui sortaient du four et cholestérolement parlant, c'est pas beau à voir. On tente, parfois, bonnes âmes, avec l'ami Gols, de sauver un truc (Peter Coyote en majordome ? Il a fait de la prison ou quoi ?), là franchement, c'est juste nullissime sur 114 minutes (il y a même un gag (...) à la fin du générique - c'est impossible qu'un autre type soit aussi patient que moi pour l'avoir vu, j'en mets mon oeil droit à couper). J'aurais pas besoin de me mater Camping 3 cette année pour avoir ma ration cinématographique de foutage de gueule. Pauvre Charlie, tu parles d'un film-hommage...

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02 mai 2015

Ange en exil (Angel in Exile) d'Allan Dwan - 1948

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Dwan continue de s'ébattre dans la cour des petits, mais une fois encore il apparaît comme le chef de la bande des poussins. Angel in Exile est un petit film, sans gros budget, sans star, sans vrai style, sans primordialité d'aucune sorte, mais il s'en dégage un charme certain. Preuve s'il en est qu'on peut faire du solide travail en opérant avec trois ficelles et un bout de bois : suffit de bien savoir s'entourer, notamment d'un bon scénariste, et de faire proprement son boulot.

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Et Dwan le fait plus que proprement, puisqu'il arrive à rendre crédible une histoire qui, sur le papier, ressemble à une blague. Charlie sort de tôle et est bien décidé à récupérer le magot volé jadis, et soigneusement planqué par son acolyte dans une mine désaffectée. Les villageois voisins, en voyant cet or surgi miraculeusement, prennent le gusse pour un génie, en font leur héros local, lui prêtant même des vertus messianiques. Peu à peu, la légende va rattraper la réalité, et notre Charlie va découvrir les vertus de la croyance paysanne, de l'écoute de l'autre et de la bonté (et de la balle entre les deux yeux de ses anciens complices torves, aussi) : une histoire de rédemption presque mystique, finalement, alors qu'on attendait un pépère film de gangsters sur fond de poussière et de coups de grisou. Dwan aime plus que jamais jongler avec les genres, western, comédie, drame romantique, fable surnaturelle, et c'est ce qui fait la beauté cachée de ce film. On compense la pauvreté des décors, et, reconnaissons-le, les deux trois rapidités de mise en scène par une jolie sensibilité et un goût de la narration irréprochables, on saupoudre d'une pincée de poulette mexicaine un peu quiche, on pimente avec du Mexicain édenté et rigolard, on relève avec une bande de méchants aussi vicieux que brutaux, et le tour est joué. Ou presque, car la marque-Dwan est là pour nous rappeler que le gars n'est pas manchot non plus sur les moments cruciaux : la bagarre finale, notamment, parfaitement chorégraphiée, est épatante d'invention et rappelle le parcours "cape et épée" de son réalisateur ; et l'espèce d'apaisement zen de la fin, le dénouement final inattendu qui va complètement dans le sens du conte mystique, sont étonnants dans un film de série comme celui-ci. Pas étonnant que Angel on Exile soit oublié : c'est un très curieux objet qui a dû en surprendre plus d'un à l'époque.

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La Terre sera rouge (De røde Enge) (1946) de Bodil Ipsen & Lau Lauritzen

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Le Danemark a aussi eu son armée des ombres, mes amis. Ipsen et Lauritzen, dans un style quasi bressonnien avant la lettre - ou disons tout simplement danois : sobre et sans affect -, nous font pénétrer dans le petit monde de la résistance nordique. Des hommes de bonne volonté, qui ne se prennent point pour des héros, qui font leur petit travail de sabordage, proprement, sûrement parce qu'il leur reste encore dans un coin de la tête un certain idéal de la dignité humaine - ils ne se font en tout cas pas trop d'illusions sur leurs frères humains dont la plupart s'arrête de faire 2 minutes la bamboche après une explosion... C'est triste, mais ils continuent, eux, clandestinement, dangereusement à faire la sale besogne. Quand on est résistant (Et Dieu sait que je peux en parler, mais ne se lançons pas des fleurs), on peut toujours compter sur la solidarité du groupe (ou pas) ou sur l'amour d'une femme. Le problème, c'est bien sûr lorsque l'un de vos petits copains pactise avec l'ennemi ou quand votre femme se fait arrêter par la gestapo. Ce sont justement les deux hantises de notre héros, il devra faire à l'une des deux.

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Réunion en catimini, attaque hautement préparée d'entreprise travaillant pour l'ennemi (et un canardage germano-danois tendu comme une cartouchière de mitraillette à l'arrivée : oui, il y a même de l'action !) et affres de la prison. Notre héros subit la torture subtilement appelée "l'écrasement de doigts" (les Allemands, comme les inquisiteurs, sont assez forts en machine), il pleure sa race, saigne du nez, perd tout espoir de jouer un jour du piano, même du Clayderman, mais il ne lâche rien, s'enferme dans sa douleur et reste mentalement en vie en pensant à sa douce. On s'attend à voir débarquer Simone Signoret pour lui prêter main forte. Mais on rêve. Mais le rêve, c'est encore ce qui permet, lorsqu'on est au fond du trou, de faire venir les miracles (Johnny Hallyday)... Un film qui se révèle de très bonne tenue, sans fioriture, sans gras, sans excès, qui peut même paraître parfois un peu trop "sec" (quand on s'aime, on se serre la main fort fort fort, quand on est trahi, on fronce les sourcils une demi-seconde...) mais qui montre frontalement qu'il y a, aussi bien dans les pommes que dans le royaume, toujours quelque chose de pourri au Danemark. Brut et digne.

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LIVRE : Regarder l'Océan de Dominique Ané - 2015

9782234078949,0-2555959Le dernier album de Dominique A est un peu plus lisse, son dernier texte aussi du coup. On ne peut rien reprocher sur le fond ni sur la forme à ce petit recueil d'impressions éparses venues de l'adolescence du gars, mais on ne peut rien y trouver non plus de vraiment rassasiant. Trop d'ineffable tue l'ineffable et on se retrouve à la fin de la lecture l'oeil rond de n'avoir rien trouvé dans ce livre de consistant ni même, reconnaissons-le, de vraiment intéressant. Notre compère tente de renouer avec ce qui faisait la beauté de Y revenir : retrouver quelque chose de l'expérience partagée par tous pour peu qu'on soit né dans une petite ville de province ennuyeuse et sans âme. Découverte de la musique ou des psilos, premières amours et premières déceptions, les potes et les balbutiements de musicien, on a droit à tous les impondérables du récit initiatique, écrits avec cette écriture chaude et nostalgique, au vocabulaire savamment pensé, dans une successions de petites, toutes petites, tranchettes de vie normale. Ça a été très beau dans le livre précédent, mais ici, quelque chose ne marche pas, ou en tout cas ne suffit pas à faire un livre. Peut-être parce qu'on a lu déjà 100 fois ces chroniques d'adolescence, peut-être parce que Dominique A agace avec ses pincettes et qu'on a envie qu'il saisisse un peu plus à bras-le-corps ses envies littéraires. Il devrait prendre exemple sur ses chansons, fragiles et en même temps viriles, murmurées et en même temps rock'n roll ; là, on n'a droit qu'au murmure de jeune fille en fleurs, au petit secret sussuré à l'oreille, jamais aux riffs de guitare, c'est bien dommage. Reste bien sûr une sensibilité qui lui fait honneur, qui fait qu'on partage sans problème les soucis de ce jeune homme d'aujourd'hui. Mais il vaut mieux écouter "L'Océan" sur son disque, qui en dit dix fois plus en mille fois moins de mots, que de lire ce livre un poil inutile, tellement fragile qu'il vous part en poussière entre les mains.

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01 mai 2015

Ohara Shôsuke-san (1949) de Hiroshi Shimizu

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On continue notre marathon "déprime au cinoche" avec cette petite mouture de l'ami Shimizu : l'histoire tient dans un pichet de saké. Le héros, sympathiquement surnommé Shôsuke-san (c.a.d « ivrogne » mais je pense que vous le saviez), est le dernier descendant d'une grande famille. Le type est habitué à répondre aux diverses sollicitations du village (qui sont multiples : acheter des tenues de base-ball pour 25 ou des machines à coudre pour 12, partir en ville et ramener une jeune fille au village...) : il dépense donc son argent sans compter et se trouve, en outre, vous l'aurez compris, être une véritable outre : toutes les occasions sont bonnes pour picoler (il me rappelle un proche mais qui ?) ; ainsi, dès qu'il y a de la visite, le type se saoule comme Otis Redding. L'argent coule à flot (ohoh) alors que les crédits sont à sec (applaudissements). Le gars, au départ, nous paraît relativement sympathique (j’dis ça, j’dis rien), rentrant un soir sur un complétement détruit. Sa femme, brave âme, fait bloc : en son absence, elle saoule les créanciers pour donner un peu d'air et de temps à son mari qui s'enfonce de plus en plus dans la mouise. On se dit, Shimizu est un type bien, il va forcément tendre la main à son héros pour que celui-ci réagisse. Que nenni, Shôsuke plonge de plus en plus profondément dans l'alcool, refuse toutes les éventuelles responsabilités (la population du village le plébiscite pour qu'il se présente comme maire, il préfère supporter un candidat opportuniste) ou toute autre porte de sortie. La noyade n'est plus qu'à une brasse : il se sépare de sa servante, vend les derniers biens de famille pour rembourser ses dettes, et va chez nos amies les geishas (pas du premier choix : l'actrice est un croisement entre un chihuahua et François Mitterrand, j'exagère point) pour boire la tasse encore et encore. Manquerait plus que sa femme, douce comme un oreiller en plume d'oie, le quitte. C'est ce qu'elle finit d’ailleurs par faire, on ne peut lui donner tort...

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Le ton est bon-enfant mais faut reconnaître que l'atmosphère générale n'est pas olé-olé. Le type est un joyeux fêtard qui a le cœur sur la main mais qui ne tarde pas à paraître affreusement pathétique - les gros plans sur sa face grimaçante, sur la fin notamment, ne sont guère flatteurs. Shimizu a l'air de vouloir nous faire comprendre que le temps des privilèges est bel et bien fini : personne ne peut échapper à l'effort d'après-guerre... Notre joyeux saoulard finira par faire (joli dernier sursaut et mouvement de judo) son mea culpa (il y a toujours de l'espoir chez un alcoolique... J'aime beaucoup l'adage nippon qui se trouve sur un maxi-pichet se sake "les fous se saoulent (certes) et les idiots ne boivent pas" - j'opine) et il décidera de prendre la route pour se lancer dans une nouvelle aventure - loin de ses racines, loin du "blason" de sa famille. Une ultime pointe d'optimisme pointera également le bout de son nez sur la ligne finish… Si certains plans sur des cours noyées par la pluie sont assez déprimants, il y a au cours du film (deux fois dans le premier quart d'heure et une fois sur la fin) des travellings de toute beauté (un beau travelling nippon, cela met toujours du baume au cœur) ; évoquons l’un d’eux pour le fun : la caméra traverse littéralement toute la demeure de notre homme, le plan commençant sur notre héros prenant la fuite et s'achevant sur l'un des créanciers faisant son entrée dans la maison - on sent que la menace se rapproche de plus en plus... La particularité de ce travelling, c'est qu'il est en partie « circulaire » - cela dit, vu que je vois en 2 D, je ne vous conseillerais pas non plus de parier votre paye sur mes analyses esthétiques... Un joli mouvement pour une oeuvre qui, reconnaissons-le, n'ai pas gai-gai dans l'ensemble - où sont les femmes et les enfants hiroshiens, se surprend-on d’ailleurs à penser alors que notre homme se torche son 38ème saké ?  Au final, tout de même, une oeuvre solide et à la logique implacable du gars Shimizu - sachons ravaler nos petites frustrations féminines...

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Near Death Experience de Benoît Delépine et Gustave Kervern - 2014

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Plus ça va, plus Delépine et Kervern s'affirment comme de vrais caillous dans la chaussure reluisante du cinéma français. Les voilà aujourd'hui avec leur film le plus mal-aimable, une sorte de manifeste libertaire, punkoide et insolent, moche et radical, et le fait est que ce Near Death Experience est tout aussi bouleversant que ravageur. Les deux gars, enfin (presque) débarassés de leurs tendances aux sketches de potes, livrent leur film le plus sombre, le plus dépressif même, et on les attendait depuis un moment dans cette expérimentation là. Leur film fait mal, aux yeux, au cerveau, au coeur et à la vie dans son entier : je considère que c'est la principale qualité qu'on attend du cinéma.

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Un gars (Houellebecq) veut se suicider. Il part sur son vélo dans la campagne aride du coin, mais n'ose pas se jeter du haut du viaduc. Dès lors, il va se convaincre qu'il est déjà mort, et errer pendant quelques jours et quelques nuits dans ce no man's land, hébété, sans but, faisant un triste bilan de sa pitoyable existence de petit bourgeois occidental du XXIème siècle, dialoguant avec sa femme et ses enfants par mausolée interposé, attendant vainement le déclic qui le précipitera enfin dans la mort réelle. Autant dire : le vide complet. Il ne se passe pratiquement rien pendant les 90 minutes du film. Juste un gars qui marche et soliloque dans un espace infini. Mais c'est justement ce vide qui fait toute la beauté du film, à l'instar de Gerry, auquel on pense souvent bien que celui-ci soit son frère taré, son alter-ego inversé. Parce que ce gars qui marche, c'est Houellebecq, et que ça change tout. Le gusse amène avec lui son bagage de références littéraires, et en le voyant, on pense forcément au désespoir d'Extension du Domaine de la lutte ou au romantisme douloureux de La Possibilité d'une île. Houellebecq est une légende, et l'avoir choisi pour incarner cet homme-enfant sans qualité est une grande idée. D'ailleurs le texte du film ressemble à s'y méprendre à ce que Houellebecq aurait pu écrire lui-même : suite de pensées désabusées sur l'amour, la vie, la jeunesse, le confort, le sexe, la famille, la société de consommation, la fulgurance des propos vous agresse littéralement, tant ils sont justes et amers en même temps. Comme dans les livres du gars, on est toujours au bord d'un humour grimaçant et d'une profonde sincérité, d'une lucidité totale et d'un dandysme moderne. Grand talent d'écriture de la part de Delépine-Kervern, donc, qui offrent une vraie partition punk à la hauteur du maître.

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Mais c'est surtout le corps de Houellebecq qui constitue la force du film. On sait le goût des cinéstes pour les corps incorrects, tordus, obèses, ceux qui ne rentrent pas dans l'écran. Avec cet acteur, ils ont trouvé le corps idéal : cassé par la vieillesse et la mauvaise santé, maigrichon, édenté, affublé qui plus est d'une tenue de cycliste parfaitement immonde, Houellebecq est avant tout filmé comme un enfant vieilli, une sorte d'handicapé physique qu'on oblige à marcher et à éprouver son corps. Certains plans deviennent alors sidérants : Houellebecq accroché à la roche comme un pro de la varap, immobile et à 10 centimètres du sol, ou frottant son visage dans la terre, ou tout petit face au vide, autant de cadres composés très habilement (la mise en scène n'est que faussement amateure, multipliant les flous et les décadrages pour mieux nous faire croire) pour montrer la fragilité totale de cet être au sein de la nature et de l'existence. La plus belle scène le montre face à son ombre portée, qui est la même que celle qu'il avait à 10 ans : c'est bien ça le tourment du film, montrer comment on vieillit, comment la vie nous broie. C'est de la métaphysique pure, donc, filmée avec une posture radicale et insolente, une sorte de crachat à la gueule du spectateur, d'une vibrante sincérité et d'une tristesse totale. On n'a qu'une envie après ça : sauter soi-même du viaduc, ou revoir encore et encore ce petit chef-d'oeuvre, preuve s'il en fallait une que Delépine et Kervern sont les cinéastes les plus sous-estimés du monde.

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Best of 2014


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Après des Pallières, on continue dans la joie de vivre et l'optimisme à tout crin avec Delépine et Kervern. Un premier mai qui respire finalement plus le sapin que le muguet. Je connaissais les films précédents des deux gus (moue peu satisfaite), l'ami Gols m'avait prévenu du chef-d'oeuvre sur Facebook (non, on n'est pas si vieux) et c'est donc forcément à reculons que j'avançais vers cette oeuvre, prêt à l'expérience mortel. Javais tort, je l'avoue. En partie, hein, en toute mauvaise foi (15 première minute bien poussive, 20 dernières bien longues). Entretemps, heureusement, j'avoue avoir été sous le charme de cette noirceur, de ces quelques "fulgurances" langagières et imagées, loin des poses de petits malins (un peu fainéants) de leurs précédents films.

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Que Paul parle des gosses (que des soucis, bordel, et de l'incompréhension), de son taff (France Telecom, une institution du bonheur - la petite fourmi s'accrochant à s'accrochant à son fétu, miraculeuse décidément, cette nature, un microcosmos comme disait l'autre), de la lune et des hommes (j'en sors pas, après Poussières d'Amérique et ses obsessions lunaires), de l'être et du néant ou des deux infinis - retrouvez les références et gagnez un briquet - (parfaite image que cet avion supersonique dans le ciel et ce Houellebecq supersonné sur terre), de son sens absolument minable du dessin ou de son incapacité à faire du feu (de la supériorité de l'homme préhistorique sur l'homme post-toystorique ; plutôt que de faire des paquets de clope neutres, interdisez les briquets et les allumettes et vous allez voir que les fumeurs vont moins faire les malins), de la vieillesse (56 ans et obsolète ; la télé nous a tous tué), des femmes (jeu de jambes et jeu de branches), de l'absurdité de la vie, de la connerie à prendre les choses (par la barbichette) au sérieux, de la beauté baudelerienne de la mort, il y a de quoi faire son marché et trouver son bonheur dans cette errance en haute montagne. D & K font enfin confiance à laur sujet, à l'intérêt de leur concept, sans tomber dans le grotesque (on ne croise pas Depardieu), le grossier (on ne croise pas Depardieu) ou la provocation gratuite (on ne croise pas Depardieu). Les cadres sont maitrisés, propres et le film propose un magnifique hymne à cette superbe vie de merde. De quoi donner envie de remonter sur son vélo pour aller faire chier les automobilistes sur l'autoroute. Et si Delépine et Kervern commençaient par devenir avec ce film des cinéastes ? Tout est possible, finalement. Bonne petite surprise.

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Poussières d'Amérique (2011) d'Arnaud des Pallières

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Toujours un bonheur de retrouver le style - sobre mais efficace  - et le ton - douce petite "morale" ironique - du gars Arnaud des Pallières. Aucune voix off cette fois-ci, juste des cartons racontant l'Histoire, des petites histoires, des petits morceaux d'Amérique entrecoupés d'images vintage : coupages d'arbres (j'en ai compté 362 mais j'ai pu me louper), images de notre bonne vieille terre vue de stations spatiales (toujours plus loin, toujours plus haut, glorieuses US), indiens à la plume branlante, ricains souriant coulant une dalle de béton et jouissant d'avance à l’usage de sa belle piscine blanche, etc... Il y a aussi bien sûr, comme dans l'extraordinaire Disneyland, ce fabuleux travail sur la bande sonore, ce  jeu de cordes, de bruits sourds, de sonorités inquiétantes qui donne une atmosphère trouble et troublante à la chose. Gloire à l'Amérique, à ce pays de la libre entreprise, ce plus grand pays de l'Histoire, cette sublime nation née sur des massacres... Passer d'une civilisation sereine et libre, vivant en parfait accord avec la nature, à cette civilisation si développée technologiquement, capable de tout détruire (arbres, arbres et arbres), de tout écraser sur son passage (indiens, indiens et ces autres minorités qui vivaient tout nus comme des cons, sans armes), quel progrès mes amis, quelle fierté pour cette patrie arborant si glorieusement ses couleurs. Des Pallières a soigneusement sélectionné, comme d'autres des grains de café, diverses petites anecdotes perso ou non, des faits-divers, des discussions entendues ici ou là, forcément pleines de bons sens (la place de la femme est au foyer, ça ne se discute point - même si parfois, avouons-le en ce premier Mai, les Femens peuvent être bien inspirées - mais retournent automatiquement, manu militari connasses, à leur place : Douce France, euh........), des bribes de rêves (la touchante histoire de son père et de sa maison rose), des histoires américaines en deux mots qui ne font pas toujours franchement sourire.

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Quelle belle idée, pleine d'humanisme et de grandeur, que celle de donner des couvertures infestées par la variole à ces couillons d'indiens ! Quel idéal que celui de construire, brique par brique, dalle par dalle, sa propre maison, sa propre prison - un homme reste plus attaché à une piscine construite de ses propres mains qu'à sa femme et ses amis, croyez-le ou non ! Quel beau cadeau de Noël qu'un divorce, dommage qu'il soit si coûteux et dépasse le budget prévu pour les fêtes de fin d’année ! De l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique (une découverte sous le symbole de la double tromperie : celle envers ses propres hommes et celle envers ses indiens apportant des cadeaux de bienvenue - ces abrutis, toujours prêts à partager avec la terre entière ce qu'ils "possèdent", comme si l'idée même de possession leur était inconnue) à notre fabuleux monde moderne (l'anecdote simplissime et terrible de cette oraison funèbre sur ce jeune homme mort à 22 ans et dont on se souviendra, uniquement, qu'il fut... footballeur) en passant par l'extraordinaire histoire de ce petit homme blanc qui se prend facilement pour un géant, ces poussières d'Amérique finissent par faire un tantinet picoter les yeux de tristesse. Posséder ("L'Indien appartient à la terre"... quand la terre appartient à l'homme blanc - si l'envie nous venait de compléter l'adage), gagner, vaincre (des sauvages à la lune (en passant par les arbres, mais je crois que j'en ai déjà parlé), rien ne leur échappe), les mots-clés de cette Amérique on the top of the world. La suprématie américaine contée en de simples mots, illustrée comme une fable d'un autre temps - ces temps anciens, enfouis, perdus où ces hommes, ces chevaux, ces séquoias vivaient ensemble, paisiblement, dans une sorte de pacte respectif de non-agression. Des Pallières n'ose prononcer un mot plus haut que l'autre, appelant tout de même, en creux, au détour d’un haut-le-cœur, les cochons à se révolter (trop bon, le cochon, trop...). Un documentaire moins cinglant que celui sur le doux monde de Disney mais qui possède également son propre pouvoir d'envoutement (d’ailleurs si je hurle "timber !" cette nuit, ne vous inquiétez point). Un bon doc ? Demandez à des Pallières, comme disait Fante.

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30 avril 2015

LIVRE : Dans la Ville en feu (The Black Box) de Michael Connelly - 2012

9782702141564,0-2553514Mes respects envers Michael Connelly, qui nous trousse ici un petit polar à l'épure, débarrassé sans ambages de tout ce qui pourrait l'écarter de la plus grande simplicité. Ça fait du bien de lire de temps en temps des trames qui ne cherchent pas forcément la surenchère, qui ne cherchent pas à vous en mettre plein la vue, mais veulent simplement raconter efficacement une histoire, avec des personnages forts, avec un sens modeste du suspense, avec une confiance totale en la puissance du récit nu. On est dans l'artisanat, quoi, sur le modèle de son héros, Harry Bosch, inspecteur chargé d'un "cold case", une affaire vieille de 20 ans et qu'il déterre aujourd'hui pour tenter de la résoudre. Autant dire que la pression n'est pas totale, les cadavres sont froids depuis longtemps et le gusse a le temps de réfléchir, de se tromper et d'interroger peinard les suspects. Certes, son supérieur lui cherche des noises et il est obligé de jouer un peu avec la légalité ; mais le calme du personnage, sa méticulosité font beaucoup pour la simplicité et l'apaisement de ce roman.

En 1992, pendant les émeutes qui secouent Los Angeles, une journaliste suédoise est assassinée. 20 ans plus tard, Bosch revient sur cette enquête bâclée à l'époque, et va lentement remonter le fil d'un pistolet de guerre qui va le mener sur les traces de la Guerre du Golfe, des secrets militaires et des clans secrets de vétérans. La trame, chronologique, simple, unique, ne sera constituée que de cette enquête, sans (pratiquement) faire de pas de côté. Un indice en amène un autre, une piste mène à une autre, Bosch fait son boulot, et Connelly nous fait partager avec beaucoup de véracité ce que peut être une enquête menée par un pro, sans hollywoodisme, sans excès. Pas de schématisme pour autant : on aura notre part de fausses pistes, d'hésitations et de témoins inutiles. Cette histoire de vétérans de guerre se mêle avec le passé de Bosch au Vietnam, on pourra aussi voir les difficultés qu'il a à élever sa fille, mais tout ça discrètement, sans s'écarter du thème principal. Au bout du compte, c'est remarquable de voir un tel respect du lecteur, et on passe un moment délicieux avec cette poignée de personnages dessinés sans hystérie et sans jouer le premier de la classe. Justement : la classe, il l'a, le Connelly.

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29 avril 2015

La Femme qui faillit être lynchée (The Woman they almost lynched) d'Allan Dwan - 1953

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Un film de femmes entre elles, c'est assez rare dans le cinéma hollywoodien des 50's, encore plus dans le western, et c'est ce que réussit Allan Dwan, éternel artisan minutieux sans crânerie. Son film sera affaire de duels, et uniquement de duels : entre hommes, certes, mais aussi entre camps politiques (le contexte : la guerre de Sécession), entre hommes et femmes, et surtout entre deux femmes. C'est le principal intérêt de la chose : montrer comment les femmes, dans ces années-là, supplantent peu à peu le rôle des hommes dans l'imagerie classique du cinéma et de la société.

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Ça commence dans une petite ville située exactement à la frontière entre Nord et Sud, et devant donc de ce fait adopter une neutralité totale ; la ville est dirigée avec poigne par une sorte de comité de femmes sans pitié, qui pendent le premier à s'écarter de cette neutralité. C'est déjà assez étrange de voir ces cow-boys crasseux obéir aux ordres de cette mairesse bourrue et autoritaire. Mais quand la petite Sally Maris débarque dans le coin, c'est définitivement le girl-power qui s'annonce. La belle va reprendre le saloon, un peu forcée mais sans scrupules, usant de tout son charme pour jouer de sa bande de teupu grand crin et des hommes bourrins qui lui mettent la main au panier. Elle va se heurter à la bande de voyous du patelin, et surtout à Kate Quantrill, aussi blonde qu'amère, qui devient son ennemie personnelle. Dès lors une haine sans merci s'instaure entre les deux belles, guidée tout autant par un passé sentimental mal réglé et par une jalousie tenace. Le tout devant les yeux ébahis des hommes qui en oublient presque de se mettre sur la gueule.

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La féminité imprègne le film du début à la fin. Sally, d'abord femme fragile et maternelle (la très jolie scène de remontrances envers l'adolescent Jesse James) se transforme peu à peu en pin-up femme d'affaires et courageuse ; Kate, d'abord sans pitié pour l'homme qu'elle aime, se meut doucement en femme tourmentée et faible. Il aura fallu ce duel central, mis en scène avec une sobriété totale mais un sens de l'espace qui lui fait honneur, pour marquer le point de bascule de ces deux caractères finalement faits pour s'entendre. Dwan est toujours très habile pour les scènes d'action, que ce soit l'attaque de la diligence au début, remarquable, ou la bataille finale. Mais c'est la bagarre entre ces deux femmes qui marque réellement des points : c'est d'une brutalité étonnante, et on sent vraiment que le réalisateur regarde ses actrices avec admiration et "à hauteur d'homme". Audrey Totter en fait un peu des tonnes, c'est vrai, et a droit à un ou deux numéros chantés parfaitement nazes (on ne voit pas trop comment les hommes peuvent succomber à ses minauderies de collégienne) ; mais Joan Leslie est parfaite dans ce rôle casse-gueule qui la fait passer par deux états "opposés" de la femme, oie blanche et maquerelle. Et puis le film est dôté d'un humour bon enfant qui apparaît en filigranne, ce qui ne gâche rien et va aussi à l'encontre du western binaire qu'on peut voir trop souvent. Un joli film original et "bien fait", du Dwan, quoi.

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Inherent Vice (2015) de Paul Thomas Anderson

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Il est des films, comme ça, qui ne cessent de vous glisser entre les doigts, un peu comme une truite :  lorsque finalement vous mettez la main dessus, vous ne savez malheureusement point si vous aurez là la prise de l’année ou du menu fretin. Je pencherais plutôt, après une rapide réflexion, vers la deuxième option… J’avais donc commencé à regarder la chose il y a quelques mois mais finissais par décrocher au bout d’une heure en raison de sous-titres approximatifs…  Je me lançais alors il y a quelques semaines dans la lecture du bouquin, agréable (Pynchon, quand même), mais m’arrêtais bizarrement au tiers… Le Vice ne cessait de passer à travers les mailles du filet. Finalement, hier, je décidais après un pack de bières de m’attaquer à la chose, le cœur joyeux. Pas de doute, Joaquin Phoenix se glisse dans ce personnage de détective sous drogue douce comme de la marijuana dans du papier à cigarette. Rouflaquettes et cheveux au vent, notre ami, avec son regard d’ahuri constamment perdu, fait mouche. Il demeure la grosse attraction de ce film. Les seventies, mini-jupes, sexe et rock’n’roll ? Après un départ sur les chapeaux de roue - il faudrait que je mette la main sur ce salon de massage thaïlandais -, l’érotisme s’évapore et le film d’Anderson devient aussi tentateur et provocateur que Mimi Mathy en mini-jupe (genre). Bref, un pétard sensuel mouillé, une fausse piste… Des fausses pistes, il y en aura d’ailleurs beaucoup, dans cette enquête qui part forcément en vrille : Joaquin se fait-il son propre film sous substances illégales ? La bulle sociétale seventies n’est-elle qu’une immense mascarade ?  Au cours de l’enquête, on passe d’un personnage à l’autre (d’un saxophoniste anti-communiste à un biker nazi amateur de batte de base-ball : des individus gratinés, comme on dit) sans que la logique aille toujours de soi… Cela fait partie forcément du trip. Le fil rouge reste au moins clair : Joaquin veut retrouver Shasta - son ex-petite amie - et savoir ce qu’il est advenu de ce milliardaire, entrepreneur immobilier, qui a soudainement décidé de donner gratuitement des logements (le flower power est puissant, mon frère). Est-ce suffisant pour nous faire délirer ?

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Eh bien non. On sent bien qu’Anderson met le paquet, un peu comme dans un Tarantino de base, sur ces rencontres qui s’enchainent : des types avec des tronches, des caractères de merde, plus ou moins dangereux, plus ou moins imprévisibles. Dans cette galerie de portraits hauts en couleurs ohohoh, on croise Owen Wilson le nez en vrac (trop vu en trublion : pas drôle) ou encore Josh Brolin, mieux. Ce dernier incarne un flic aussi droit que les bananes au chocolat qu’il suce (et quand je dis sucer…) sont tordues. Personnage autoritaire en public, un peu paumé en privé (chez lui, c’est son gamin qui lui serre ses whiskies (one point) et sa femme qui porte la culotte (one point en moins)), il est le seul, en contrepoint à cette larve de Joaquin, à vraiment nous intéresser - il pourrait d’ailleurs bien s’agir de la vraie victime (il a perdu son compagnon, pardon, son collègue en cours de route) de toutes ses affaires de politico-policières de corruption et de trafic de drogue. Joaquin, en perpétuel flottement entre les limbes marijuanesques et les mauvais coups, n’est pas le plus à plaindre dans l’histoire, retombant amoureusement sur ses pieds à la fin de ce (bad or good or groovy ?) trip. Une déco vintage qui perd de son cachet au fil du temps, une BO musclée qui perd du nerf au fil du film, des personnes starbées qui perdent de leur intérêt au fil de l’eau : une première bouffée plutôt euphorisante (merci Joaquin pour ce personnage vaporeux et poilu) qui retombe bien vite. Un pétard mal tassé.

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28 avril 2015

The Walking Dead saison 5 - 2014

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Après un passage à vide (la saison 3), The Walking Dead revient bien, et trouve même à la longue une certaine cohérence. Il y a eu le Mal qui vient des attaques de zombies, il y a eu le Mal qui vient des profiteurs du chaos, il y a eu le Mal qui vient de son propre clan ; la saison 5 sera consacrée au Mal qui vient d'un trop grand amour de la sécurité, dans une sorte de critique assez punk du cauchemar climatisé américain. Les trois nouveaux principaux décors sont en effet gentiment symboliques d'une sorte d'Eden retrouvé qui va en fait sentir l'enfer : un refuge utopique ardemment recherché pendant toute la saison 4, et qui s'avère être le point de violence ultime ; un hopital géré façon main de fer, archétype d'une forme de dictature hygiénique ; et enfin une petite ville tranquille, protégée du chaos, et qui va cacher de nouveaux dangers, ceux de la communauté, de la sécurité à tout prix et de la famille modèle. Les zombies mordillent bien encore deux trois mollets histoire de, mais on le voit : la série devient de plus en plus cynique et nihiliste, et ne compte plus depuis longtemps que les morts-vivants pour décimer du protagoniste : les hommes s'en chargent très bien entre eux.

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Cette saison commence donc sous les meilleures et noires auspices. On est même carrément impressionné par les deux premiers épisodes, très très sanglants et tendus, comme si les créateurs voulaient nous faire oublier le ton presque angélique qu'ils ont atteint parfois. Ca égorge à la chaîne, ça bouffe de la jambe humaine, ça decime du personnage central, on est épaté par la frontalité des idées, et on se frotte les mains. Ça ne tiendra pas aussi haut tout le long, certes, mais on aura quand même droit à deux-trois pics intéressants, même si la violence se fera plus cachée, plus larvée dans la deuxième moitié de cette mouture. Rick, devenu une sorte de gardien de la paix sanguinaire et sans quartier, se voit affublé d'une monstruosité intérieure qui est tout aussi effrayante que les attaques en règles de nos amis zombies ; il devient une sorte de héros mythologique, barbare et sans contrôle, belle idée que de "polluer" ainsi le personnage principal (même si l'acteur est toujours aussi pénible et ne parvient pas à rendre toute l'ambiguité de son personnage). Sa bande est aussi bigarrée que rigolote, de l'arbalétier plus heureux quand il dépèce un lièvre à mains nues que quand on lui apporte des Bounty du jour au fiston devenu une vraie terreur beaucoup plus mûre que son père, de la guerrière déprimée qui se met en tête d'enterrer les milliers de zombies qu'elle éclate à la môme convaincue qu'ils sont toujours humains et sympathiques (belle partie "gothique anglais" avec ces deux fillettes évoluant en riant au pays des morts-vivants). La troupe avait été dispersée dans la saison 4 ; celle-ci la voit se ressouder dans la violence et créer une sorte d'entité indestructible et solidaire, un vrai clan aussi dangereux qu'efficace. Même si les facilités sont là plus souvent qu'à leur tour, même si on sent que certains épisodes font plus office de meublage que de narration, même si la mise en scène est hétérocite et crâneuse, même si les acteurs sont souvent agaçants, la série a trouvé son ton, apocalyptique et funeste, c'est bien.

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Et puis, il y a cette surprenante ville éloignée du chaos que nos amis découvrent à mi-chemin, un hâvre de paix qui fait parfois plonger la série dans une sorte de Desperate Housewives déviant, image d'une Amérique catholique et proprette, surveillée par des vigiles armés, mettant la famille au premier rang, et qui en fait dissimule violences conjugales, enfants psychotiques, sadisme et despotisme. Rick parviendra-t-il à éloigner sa bande de l'appel des Sirènes du confort pour aller retrouver cette bonne vieille nature envahie de zombies ? On le saura en matant dans la joie la saison suivante. Pour celle-ci : satisfecit.

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LIVRE : Le Procès du Dragon d'Emmanuel Pierrat - 2015

9782847422566,0-2482467Avant que mon gars Shang ne se décide, sur un coup de tête, à aller installer une Alliance Française sur l'île de Komodo, je préfère le prévenir : il y a là-bas des varans ça-comme qui bouffent du bambin entier comme toi des chips trois fromages. Si on en croit en tout cas ce roman-documentaire de l'avocat Emmanuel Pierrat, qui invente un bien cuerieux procès prenant place au début du XXème siècle : toute une famille de missionnaires blancs est portée disparue sur l'île, un enfant est retrouvé déchiqueté, les rumeurs rôdent, les superstitions vont bon train, sont-ce vraiment ces étranges dragons les responsables du massacre ? Le narrateur, scrutant les dossiers laissés par son idole de grand-père, avocat baroudeur et intrépide, remonte chaque bout de piste, et dresse le portrait d'une société dirigée par les non-dits, les atavismes ringards, les croyances benêtes, le racisme et les jeux de pouvoir. Si le cas, effrayant et bizarre, intéresse au départ, c'est moins le cas avec Pierrat, qui se détourne peu à peu de l'enquête pour se concentrer sur les à-côtés. A commencer par la vénération qu'il éprouve pour son aïeul : le roman est autant une déclaration d'amour à ce dernier qu'un dossier de justice, et c'est vrai qu'il y a quelque chose de touchant à voir ainsi une transmission se faire, un mystère passer de main en main par-dessus les années et les générations. Pierrat sait retranscrire parfaitement ce que c'était que rendre justice dans ces pays lointains au début du siècle dernier, et trouve un ton à la Kipling pour décrire les enquêtes de son pépé. Mais il s'intéresse tout autant à tout ce qui fait l'exotisme du cas, droits des animaux, nuances de législation internationales, ethnologie, sociologie, religion... Un petit livre qui tente d'épuiser son sujet en l'attaquant par tous les biais, et qui se heurtera, au final, sur un mystère encore plus grand.

Le projet est sympathique, mais le livre manque un peu de chair, de tension, de vraie direction. A force d'emprunter les itinéraires bis, le livre stagne aux abords de son sujet principal, errant sur des sentiers certes intéressant mais dont on aimerait qu'ils ne soient que parallèles au procès proprement dit. Là, ils nous emmènent trop loin de ce qui nous intéresse le plus dans le livre (qui a tué ces gens ?), et on finit par se désintéresser un peu de ces notes sur les masques, sur le vaudou ou sur les procès de cochons dans le passé. Respectable, mais un peu hors-sujet.

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Astérix : Le Domaine des Dieux d'Alexandre Astier & Louis Clichy - 2014

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Entre nanars et trahisons, l'histoire des adaptations d'Astérix au ciné est jonchée de cadavres. C'est donc une bonne nouvelle de voir Astier trouver le ton juste entre respect de la tradition et libertés contemporaines, dans le scénario en tout cas. Son film, réalisé en fait plus par Louis Clichy que par lui, est rempli de défauts, on ne fait que sourire gentiment à la chose, mais force est de reconnaître qu'il parvient plus souvent qu'à son tour à toucher du doigt l'esprit des albums, cet humour bon-enfant et familial qu'on aimait dans la BD. Le choix d'adapter un des albums les plus sombres de la saga est judicieux : il permet au film de proposer des changements d'atmosphère bienvenus, et même de s'approcher d'une certaine terreur à certains moments (des terreurs enfantines, comme la peur de la solitude, de l'exclusion). Coloré et rythmé, Le Domaine des Dieux sait quand il le faut prendre son temps, appuyer sur des atmosphères presque fantastiques, ne pas être qu'une grosse farce poilante, on lui en sait gré ; on connaît le ton finalement assez dépressif d'Alexandre Astier, sa transposition dans l'univers de Goscinny et Uderzo est judicieuse.

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Astier s'en tire bien, mais Clichy beaucoup moins, cela dit. Si le scénario et la direction d'acteurs sont marrants, si le film est rempli de petites répliques drolatiques et de clins d'oeil finauds, l'animation et la mise en scène sont franchement peu convaincantes. La faute à cette sorte de lissage des dessins qui rend tout propre, hygiénique : la forêt, le village des Gaulois, les intérieurs sont beaucoup trop lisses pour être crédibles, d'autant que l'histoire veut opposer deux mondes : l'un, bruyant, paillard et crasseux du village d'Astérix, avec ses crétins batailleurs, son poisson pas frais et ses physiques hétéroclites, face à l'autre, celui des Romains, carré, scientifique, pur et aryen. Césart décide, pour chasser les derniers résistants gaulois, de construire une cité de rêve qui encercle leur village, détruisant leur forêt, faisant fuir le sanglier, instaurant le capitalisme sauvage comme mode de vie, et minant l'esprit gaulois en même temps que la cohésion du village. Il aurait été intéressant de "salir" le monde d'Astérix, pour rendre ça plus efficace. Clichy affadit tout, très loin de l'esprit artisanal et crayonné des albums, et les amoureux du trait de jadis se désoleront devant ce photoshopage mièvre de leurs héros. Excessif dans sa dernière bobine (cette fatigante soif de surenchère), le film se perd dans une sorte de mélange entre comics (Obélix en surhomme capable de courir à la verticale) et film pour enfants.

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C'est encore une fois vers Astier qu'il faudra se tourner pour trouver de la poésie dans cet univers graphique assez grossier. Dans ses petites phrases pleines de poésie, dans la finesse de ses détails d'écriture, dans les voix qu'il travaille avec beaucoup d'humour (Elie Seimoun m'a fait bien marrer, ainsi que Lorant Deutsch, je ne pensais pas écrire ça un jour), dans la modestie de ses effets. On dirait que les deux réalisateurs se battent l'un contre l'autre, l'un pour amener subtilité et poésie, l'autre pour faire un produit efficace et normé. Il en résulte un film bancal, attachant d'un côté, trop "gros" de l'autre, fin d'un côté, grossier de l'autre. Hétérogénéité qui empêche de vraiment trouver ça bon, même si, redisons le, on passe de temps en temps par de très jolis moments.

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Léviathan (Leviafan) (2014) d'Andrei Zvyagintsev

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Corruption, abus de pouvoir, violence, injustice… C’est la fête du slip en Russie et s’il ne faisait pas aussi froid, on se croirait presque aux Comores (d’ailleurs, il y a dans les deux endroits des baleines, ces curieux Léviathan… ).  Zvyagintsev capte avec toujours le même sens artistique et le sens de la précision, de la justesse,  la beauté des paysages et les sautes d’humeur de son héros qui se casse les dents sur tout ce qu’il mâche. Au départ, il y a ce procès contre le Maire de la ville, un Maire pourri jusqu’à la moelle épinière qui veut récupérer les terres et la maison ancestrale de notre héros. Ce dernier bénéficie de l’aide de son jeune frère, avocat à Moscou. L’avocat pense tenir le Maire par les coucougnettes : il a, grâce à ses relations avec un dignitaire haut-placé, un dossier explosif sur le Maire. De quoi faire pression, forcément, et le Maire, au moins dans un premier temps, de trembler.  L’avocat entretient également une liaison dangereuse avec la femme de son frère ; cette femme, doit subir les colères enivrées de son mari, ses accès de violence et, cerise sur le gâteau, se coltine un des boulots les plus passionnants de la terre dans cette province reculée : nettoyer des poissons. Elle est, semble-t-il, au bout du rouleau... Cet imbroglio, judiciaire et sentimental, peut-il magiquement se  résoudre, comme dans un joli conte de fée russe ? Et la Russie est un des endroits les plus libres du monde, comme dirait Depardieu, et les Pussy Riot, de sales gamines exhibitionnistes… Bien sûr.

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Ce qui fascine dans ce nouvel opus de Zvyagintsev , c’est la douceur de ces images légèrement bleutées, la simple mélancolie qui se dégage des quelques notes de la B.O. , cette possibilité d’un îlot de tranquillité en quelque sorte, et cette réalité dure, froide, assassine. Le héros va vivre une plongée en enfer qui dépasse tous les cauchemars possibles et imaginables. Des hommes de pouvoir capables de vous fracasser en un clin d’œil, une justice implacable qui rend ses sentences à la vitesse d’une mitraillette : une pluie fatale de malheurs s’abat sur notre homme, faisant déborder la coupe. A quelle bouée s’accrochait, ma bonne Dame ? L’amour ? Il est souvent triste, pour ne pas dire fuyant. La religion ? Paroles eh paroles eh paroles, comme chantait l’autre : plus personne ne peut croire en ces mots d’apaisement qui ne s’adressent qu’aux hauts dignitaires en mal de rachat ; que la parole du très haut viennent bercer confortablement leurs exactions impunies, l’essentiel étant de faire bonne figure dans la foule des croyants. Que reste-t-il ? La vodka ? Ah la vodka, dernier rempart à tous les maux russes. Notre personnage principal s’y noie, tentant d’oublier cet enchainement infernal de problèmes…  Mais dans cette société russe, même lorsque l’on est au fond du trou, cuvant tranquillement son alcool, il se trouve encore des personnes capables d’aller vous chercher, pour vous faire chuter encore plus bas. Amen.

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La petite mécanique du malheur se referme implacablement sur notre héros et l’on se retrouve à pleurer avec lui des larmes de vodka devant une telle fatalité destructrice : aucune échappatoire possible dans cette société darwinienne, hobbesienne : selon que vous soyez puissant… écrivez l’autre. Les cercles de l’enfer sont résolument infinis dans cette Russie magistralement filmée par Zvyagintsev. Comme le jeu des acteurs est tout aussi éblouissant (les acteurs russes sont les seuls à être justes quand il s’agit de jouer les hommes bourrés), difficile de passer à côté de ce majestueux et puissant Léviathan.

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Best of 2014

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26 avril 2015

The Bamboo Blonde (1946) d'Anthony Mann

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Cette odyssée Mann oblige à faire les fonds de tiroirs : non, The Bamboo Blonde (incarnée par  Frances Langford : personnellement, pas fan) n’est pas le chef d’œuvre inconnu de Maître Anthony. Une histoire d’amour during the war un peu sotte et un trio d’acteurs un peu fallots pour l’incarner : soit le gars Ralph Edwards (un sourire figé crispant…) fiancé à la piquante brune Jane Greer ; cette dernière n’a, dès le départ, que faire de ce type un peu transparent. Ils se sont tout de même fiancés car le gamin a apparemment des parents riches. La brune, hautaine,  ne vient d’ailleurs point au départ pour le front de son fiancé et ce dernier se retrouve en solo à errer dans un club. Il y croise une blonde peu farouche qui l’invite à manger dans un resto tenu par une bonne vieille mama. La blonde sympa et popu versus la brune bouche en cul de poule et tirée à quatre épingles, on voit tout de suite le dess(e)in. Notre petit ricain va faire des miracles dans le Pacifique avec son avion : normal, la carlingue est ornée des courbes de sa blonde, un porte-bonheur en puissance. La blonde se fait une joie de le revoir à son retour triomphant mais la brune, saloperie de petite opportuniste, va tenter de reprendre la main ; seulement dans cette Amérique des 40’s, alors que l’effort de guerre bat son plein, il n’y a point de privilèges, ma bonne dame. Tout le monde a ses chances et la blonde, bien gentille petite chanteuse toute en modestie, tient la corde…  C’est la petite la petite leçon de morale et sociale de ce film bien raplapla et formaté. Pas de quoi donner un coup de bambou à un chat…

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My man Mann, here

Posté par Shangols à 16:25 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

Tonnerre de Guillaume Brac - 2014

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Premier long réalisé par le compère qui m'avait bien intrigué avec Un Monde sans femmes. Même filiation (Jacques Rozier convoqué en fantôme, et représenté ici par Bernard Menez), même ton romantico-mélancolique, mêmes qualités et mêmes défauts que dans le moyen-métrage : Tonnerre a du charme, c'est certain, a un ton, c'est indéniable, mais est quand même un peu trop court en bouche pour vraiment calmer les appétits du spectateur.

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Un musicien vient s'installer pour quelques temps dans la petite ville de Tonnerre, pour y travailler sur son prochain disque. Il va très vite y rencontrer une mignonne journaliste, de laquelle il va tomber irrémédiablement amoureux. En vrai romantique, il n'acceptera pas que l'amour soit éphémère, et quand la belle le quittera pour un beau footballeur, notre gars va littéralement pêter un boulon. C'est tout, et c'est déjà beaucoup : il y a dans cette historiette sentimentale une véritable déclaration d'amour à l'amour, et une lutte sans merci contre son côté instable. Brac, avec son héros, refuse que tout s'arrête, et c'est assez joli de voir ce pauvre type tomber dans le pathétique, la violence incontrôlée, simplement pour sauver une histoire sentimentale dont il est évident qu'elle n'est guère sérieuse. La filiation de Jacques Rozier est du coup subtile et pertinente : comme dans Du Côté d'Orouët, il y a cette tristesse des choses qui passent, cette douce nostalgie qui s'affiche sans grands évènements, sans vrais cris. Notre héros se roule bien de douleur dans son lit, s'arme bien d'un flingue pour aller en découdre ; mais tout ça reste dans le réalisme, ne tombe jamais dans le spectacle. Menez, très bon, est là pour insuffler la part de quotidien nécessaire pour contrebalancer ce romantisme exacerbé : il est le porteur du trivial, avec son chien poète et ses tenues de ski bariolées, sans qui le film serait allé vers un ton trop dramatique. Le choix de Macaigne pour incarner le personnage principal est là aussi bien vu : aussi beau (sa voix cassée, sa discrétion) que minable (sa tonsure, ses excès de sentimentalité), il est le brave gars d'aujourd'hui, petit et fort à la fois.

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Malheureusement, à force de parler de petites choses, le film devient lui-même un peu petit. Le ton adolescent ne colle pas avec ce qu'on voit à l'écran : un adulte qui s'éprend d'une jeune fille. Macaigne, pas du tout crédible en chanteur (on sent Brac un peu emmerdé quand il s'agit de le filmer en train de chanter ou de jouer de la guitare, et il botte en touche systématiquement), devient un peu agaçant, surtout dans la première partie : il a à vue de nez 35 berges, et il fait des glissades dans la neige ou danse la java pour séduire sa belle, c'est un peu anachronique. Sa belle (Solène Rigot, moyenne) n'est pas plus crédible en journaliste ou en femme fatale. Ce romantisme suranné finit par devenir légèrement gênant, comme si Brac avait voulu réaliser un film d'ados mais avec des adultes, comme si son univers mental était resté bloqué sur ses 15 ans. Ça pourrait être joli, mais son écriture et sa technique ne sont pas encore assez au taquet pour éviter de grosses maladresses dans le scénario et la mise en scène. Trop long, trop démonstratif, le film se perd, surtout dans ses deux premiers tiers.

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Pour terminer sur une note positive (parce que, quand même, le film se laisse regarder), ajoutons quand même que Brac est décidément excellent pour filmer la nature : ici, des paysages de neige ou de forêt de toute beauté, magnifiquement éclairés façon naturel, ainsi qu'un lac idyllique (godardien, dirais-je). Et surtout, la petite bourgade de Tonnerre, parfaitement incluse dans l'histoire jusqu'à en devenir le personnage principal : Brac sait regarder ces bleds de province, sans les magnifier, sans les enlaidir, dans leur vérité. Rien que pour ça (et pour plein d'autres choses aussi, hein), Tonnerre fait bien d'exister.  (Gols 25/02/14)


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Je trouve l'ami Gols un peu dur lorsqu'il s'agit d'évoquer les deux jeunes comédiens (Rigot, fraîche comme la neige, Macaigne, ma caille) mais doit reconnaître qu'il marque une poignée de points lorsqu'il parle de "film d'ado". Oui, Macaigne, réagit comme un ptit gars de 14 ans et c'est vrai que cela tranche un peu avec ses airs sages er débonnaires au début du film. J'ai d'ailleurs pour ma part un peu moins apprécié le dernier tiers du film, avec ce "kidnapping amoureux" qui traîne un peu en longueur. On est donc dans le thème "film d'amour en province avec retour dans le cadre étriqué de la maison des parents" et même si cela est un thème plus ressassé que la pluie après le beau temps, Brac réussit globalement l'épreuve. Menez apporte indéniablement quelque chose de truculent à la chose - les pères, leur nostalgie et leur dernier coup de collier en souvenir d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître - , Macaigne la dégaine à la coule - les hommes, leurs coups de coeur soudains et les conneries qui en découlent - et Rigot avec son teint de porcelaine apporte la petite touche de fragilité - les femmes, leur doute et leurs excuses qui nous échappent, souvent, à nous, les mâles... C'est une histoire vieille comme la nuit des temps avec un ptit grain de folie venant du gars le plus terre-à-terre du monde (Macaigne, toujours un bonus, jusqu'alors, dans ce nouveau cinoche français - tant qu'il aura ce regard si doux, cette voix si tenue et des cheveux). Ces alentours enneigés magnifiquement filmés comme le soulignait Gols apporte une pointe de luminosité dans cette petite ville de province si terne ; c'est d'ailleurs le lieu rêvée pour l'échappée belle de Macaigne avec sa douce, un Macaigne prêt à tout pour retrouver le désir de la page blanche. L'atterrissage final sera également relativement bien maîtrisé par Brac. Bonne petite surprise française, allez, disons-le gaiement.  (Shang 26/04/15)

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