Shangols

19 octobre 2017

Titanic de Werner Klinger & Herbert Selpin - 1943

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Un film sûrement aussi intéressant dans l'histoire de sa fabrication que dans son résultat (renseignez-vous sur la fiche wikipedia, hein, je vais pas faire tout le boulot), mais qui donne quand même des choses très belles au final. Foin des Leonardo king of the world, ce film produit par la UFA en pleine guerre revient aux bases : si le Titanic a coulé, c'est la faute à la couardise des Anglais, et ça aurait été des Allemands nazis qui auraient été mis à la tête du paquebot, il serait arrivé glorieux et sans une égratignure à destination. C'est pas Selpin qui le dit (d'ailleurs expulsé du tournage avant d'être retrouvé bizarrement suicidé dans sa cellule), c'est Goebbels, commanditaire du film, et qui, on l'imagine, a dû se renseigner précisément sur les arcanes de l'Histoire avant de produire la chose. Oui, on est dans la propagande la plus épaisse, ne cherchez pas là-dedans de la subtilité ou de la mesure. Les Anglais sont des empaffés, point.

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Voici donc l'équipage du funeste bateau : en bas, le peuple pauvre, et notamment un couple (allemand) qui fera face à l'adversité jusqu'au bout ; en haut, les nantis, riches hommes d'affaires et leur femmes diamantées des pieds à la tête, et notamment les propriétaires (anglais) de la White Star Line, prêts à tout pour rallier dans des temps records leur destination ; entre, l'équipage, et notamment un capitaine pleutre (anglais) et asservi aux lois de la compétition. Il y a bien un officier (allemand) qui tente de convaincre l'immonde (et anglais) Ismay de ralentir la vitesse, qu'on va heurter un glaçon, mais rien n'y fait : le gars veut faire remonter le cours des actions de sa boîte, en même temps qu'impressionner sa gorette, et il filera. On le sait, le résultat sera fatal, les barques de secours trop petites, l'eau glacée, et les survivants peu nombreux. Un carton final nous assènera la leçon à tirer de la tragédie : "Les morts de 1500 personnes restent impunies, une condamnation éternelle de la quête du profit de l'Angleterre".

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Les réalisateurs, si on oublie le fond très appuyé, font du magnifique travail. D'abord en rendant très crédible le contexte social du bateau. Sur celui-ci se côtoient toutes les strates de la société, et si le film s'intéresse plus aux PDG et aux riches, il n'oublie pas la masse. Une des plus belles scènes sera celle où, inquiète, la foule de gueux débarque silencieusement dans la salle de bal où s'égaient les duchesses et les bourgeois : un groupe qui vient comme polluer l'image chatoyante, comme une nappe sombre annonciatrice du drame. Klinger et Selpin connaissent la valeur des plans, la force des symboles, et fabriquent un film qui dit autant dans les mots que dans les formes employées. Le film est plein de plans très beaux qui sautent aux yeux : une petite fille qui flotte sur son lit dans l'eau d'une cabine, une femme qui saute dans l'obscurité, sa robe blanche gonflant autour d'elle, le minuscule geste du capitaine quand il se rend compte que son allégeance au pouvoir a déclenché une tragédie et qu'il accepte de mourir, le très beau couple qui se tient par la main, immobile, alors qu'autour éclate le chaos... Très impressionnant (malgré des transparences qui ont beaucoup vieilli), très bien réalisé quand il s'agit d'envoyer le bois et de filmer le drame, Titanic dit aussi pas mal de choses sur les excès du profit à tout prix, propagande mise à part, et sur la morgue des propriétaires du bateau, peut-être pas si éloignée de la réalité. Ces salopards de nazis avaient à leur service d'excellents réalisateurs, et ce film en est un très bon exemple.

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18 octobre 2017

LIVRE : Un Amour d'espion de Clément Bénech - 2017

9782081393264,0-4317478Bien sûr qu'il y a 550 livres à la rentrée littéraire, si on compte aussi les trucs écrits en 15 jours. C'est l'effet que donne ce roman totalement inutile qui vient prendre une place dans les rayons des librairies et c'est tout. Le qualificatif de léger n'est pas honteux, mais Bénech est au-delà du léger, ce qui le fait tomber peu à peu dans l'insignifiance totale. Bon : un jeune gars est engagé comme détective privé amateur par une copine. Sa mission : découvrir si le nouvel amant de celle-ci est un assassin, comme le mentionnent ses commentateurs sur Facebook, ou si tout ça est une bonne blague rigolote, hihihi. Avant d'engager la filature, le gars se laisse conter les mille et uns hasards et coïncidences opérés par l'amoureux en question pour rencontrer sa belle, utilisant les réseaux sociaux comme un terrain de jeu sentimental. Au début, on rigole un petit peu devant ce côté "club des cinq" 2.0, on s'amuse à découvrir comment le gars utilise son GPS associé à Tinder et recoupé par Facebook pour arriver à ses fins, et on se dit que Bénech a trouvé le ton juste pour traiter de la légèreté de ces programmes internet, qui peuvent de temps en temps prendre des aspects sérieux et capitaux. L'amusement dure quelques pages. Dès qu'on comprend que le gars n'ira pas plus loin que ça, que c'est là le but ultime de son bouquin, qu'il n'a à raconter rien d'autre que des conversations insipides sur Skype et des coups de théâtre convenus, on se met à souffrir. La platitude de ce qui nous est raconté est en effet effarante, et on se demande bien quel est le but du roman, quelle est sa motivation : si c'est juste pour nous raconter à la récré les petits trucs rigolos qu'il a fait la veille sur internet, on se dit que c'est plutôt pour les histoires du Père castor ; si c'est plus profond que ça, franchement, on n'a rien vu passer. Pour corser le tout, le gars parsème son texte de photos sensées le rendre plus concret, voulant certainement par là montrer qu'on est maintenant autant dans l'ère du visuel que dans celle de l'écrit. Mais là aussi, on est atterré par le peu d'intérêt de ces images, plus destinées semble-t-il à placer ses potes dans son livre, hihihihi trop rigolo, qu'à donner un quelconque sens à l'ensemble. Voilà un livre qui va tranquillement prendre la poussière sur vos rayons, puis s'éteindre sans avoir laissé aucune trace nulle part...

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17 octobre 2017

La Loi de la Prairie (Tribute to a Bad Man) de Robert Wise - 1956

Voilà un western bien morne, réalisé pourtant par un gars qui connaît la valeur du divertissement et du fun. Peut-être trop pris par le cahier des charges, Wise réalise un film sans sève, assez maladroit et guère passionnant. On ne sait pas trop sur le dos de qui mettre la faute, juste sans doute sur cet appel du tout-venant qui marque la chose ; rien n'est vraiment raté, mais tout est fadasse.

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A commencer par le grand James Cagney, qui s'est trouvé un curieux rictus douloureux qu'il garde pendant tout le film. C'est sûrement ce qu'il appelle une construction de personnage. Le mec est censé incarner le bad man du titre, il triture donc façon Popeye son visage, mais ne parvient qu'à être curieusement comique, c'est un gros ratage. Cagney interprète donc un nanti qui a fait de son territoire une forteresse ; régnant en maître sur celui-ci, il a fabriqué sa propre loi : tu essayes de me voler mon bétail, je te pends sur le champ. Une loi "logique" qu'il entend bien ne pas voir discutée, y compris par sa promise, une ancienne prostituée dont il est raide dingue (et on le comprend). Débarque là-dedans un petit jeune, con comme un panier, qui prend d'abord le Cagney comme modèle puis va peu à peu relativiser sa fascination : oui, il va bien falloir sortir de cette société punitive asservie à la loi du talion, et construire un monde plus juste. Le scénario ne va pas plus loin que ça, et c'est vrai que c'est un peu court. En tout cas Wise n'a pas grand-chose à filmer là-dedans. Une seule séquence culmine : celle d'une torture à ciel ouvert, assez impressionnante. Cagney a choppé des voleurs (et bourreaux de chevaux par ailleurs) et les oblige à marcher pieds nus dans le désert pendant des kilomètres et des kilomètres. Une scène filmée dans la longueur, tendue comme tout, d'autant qu'on voit bien que les convictions de Cagney vacillent sous la douleur des victimes, une séquence presque à la Leone, brutale, sadique, qui montre enfin qu'il y a quelqu'un derrière la caméra.

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Tout le reste du film passe pépère, mais sans passion. On s'accroche certes à quelques plans fugaces qui marquent les yeux, comme cette gonzesse qui s'allume un cigare, comme ce caméo de Lee van Cleef qui rêve de catalogues de La Redoute,comme ce joueur d'ocarina pas manchot. Mais le reste est bien plat. Pas assez de matière pour faire un vrai beau drame, une psychologie un peu basique, un acteur en roue libre, son faire-valoir très transparent, on s'ennuie sévère dans ce petit western sans action et sans personnages. Wise n'est pas l'homme de la situation dans ce cas-là.

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16 octobre 2017

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve - 2017

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Un film de SF, suite d'un truc très médiocre des années 80, réalisé par Denis Villeneuve, vous me direz pas que je cherche pas le bâton pour me faire battre. Eh bien voilà, j'ai vu "la splendeur visuelle" du moment, et elle confirme tout le mal que je pense de ce cinéaste hyper-suréstimé. Comme dans 99% des cas dans ce genre de production, la science-fiction, le scénario semble avoir été écrit par et pour des collégiens de 5ème, et c'est là que le premier bât blesse : on n'en a strictement rien à battre des mésaventures de ce Blade Runner 2.0, ni de sa découverte d'une âme humaine, ni de son enquête pour retrouver ses parents, ni des mille et un coups durs et des trois mille coups de couteau qu'il reçoit dans sa carcasse. Pas bien compris d'ailleurs,entre des centaines d'autres trucs, s'il est invincible ou pas : il peut recevoir des bombes dans la gueule et s'en tirer sans une égratignure, mais un coup de poing dans le nez le fait saigner abondamment. On sent que Villeneuve et ses scénaristes voudraient bien réaliser une oeuvre métaphysique surpuissante, sur la quête identitaire, sur les racines, sur ce qui nous rattache à l'enfance, tout en produisant une brillante prolongation aux interrogations du film de Ridley Scott : mais l'adolescent geek qui a écrit cette histoire a passé trop de temps devant ses manuels de psychologie pour débutant (chapitre 1 : Freud et le complexe d'Oedipe), entrecoupé de visions masturbatoires de Star Wars, pour être à la hauteur de ces ambitions. Cousue de fil blanc, la tramette est laborieuse. Il faut dire aussi que je ne comprends en général rien à ces histoires futuristes. Comme je me suis bien ennuyé, j'ai relevé le nombre d'absurdités qu'on trouve dans le film, et je suis arrivé à 45532 (mais c'est quoi, ce décor de spa pas pratique du tout où on retient Harrison Ford prisonnier ? ça aurait pas été plus simple de le mettre dans une prison ?)

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Voici donc notre Ryan Gosling (2 expressions au compteur : à peine vivant et presque mort) qui traverse pendant 2h40 les déserts poussiéreux d'un décor futuriste, à la recherche de son moi profond. Guidé par un rêve dans lequel il joue avec un cheval de bois (oui, je sais...), il est persuadé qu'il peut dépasser son statut de "réplicant", qu'il est fait d'autre chose que de programmes informatiques, et qu'il est doté d'une âme. Ça le conduira jusqu'à la rencontre avec Ford, dans une copie de son rôle d'il y a 40 ans. Villeneuve, obnubilé par l'habillage de son film, oublie complètement de diriger sa petite bande, et leur laisse les clés de la bagnole. Il a bien tort : les acteurs sont nuls. Entre Gosling, dirigé vers une sorte de tristesse intrinsèque qui finit au bout de 10 mn par donner l'envie de lui foutre des mandales pour le réveiller, et sa gorette synthétique, qui montre que, malgré les progrès techniques, on n'arrivera pas à fabriquer des acteurs dans le futur, sans parler des deux-trois méchants ricanants qu'on croirait sortis d'un épisode de Satanas et Diabolo, on ne sait plus où donner de la désolation. Proprement engloutis sous les écrans verts, les gusses n'ont rien à jouer. Bon, cela dit, et là je vais passr à la partie positive de cette critique, il faut reconnaître qu'avec ces écrans verts, Villeneuve fait des merveilles. En porte-à-faux du film clinquant de Scott, il choisit des décors désolés, plats, ternes, sur les traces disons d'un Tarkovski : champs agricoles à perte de vue, lieux moitié en friche, ruines, villes à la fois modernes et détraquées, le tout englouti sous la neige, la pluie ou la pollution. Visuellement, c'est magnifique, disons-le. Le gars tente des trucs, comme cette scène de cul (occultée, c'est dommage), où la projection de la femme idéale sur une prostituée fabrique un trouble intéressant, ou comme cette scène de bagarre sous l'eau, rendue très lente de ce fait. Heureusement que l'oeil peut se désennuyer un peu, car le film, beaucoup trop lent et trop long, fatigue très vite. La vision esthétique assez forte équilibre le tout, et on quitte la salle en n'ayant dormi que 1 heure sur les 2h40.

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15 octobre 2017

LIVRE : Summer de Monica Sabolo - 2017

summerSummer est bien meilleur que ce que son exposition ostentatoire en vitrine des Maisons de la Presse laisse à penser (non, mais quel snobisme). Derrière le suspense attendu et surfait de la disparition d'une adolescente et son cortège de soupçons qui se posent sur l'un ou l'autre des protagonistes, c'est à une véritable construction d'atmosphère que se livre Monica Sabolo, sur les traces d'une Laura Kasischke ou d'une Joyce Carol Oates. Plus que la résolution de l'enquête, qui se fera d'ailleurs avec une absence d'affect révélatrice, c'est la description d'une métamorphose qui intéresse l'auteur : comment un garçon sans intérêt, vivant dans l'ombre de sa soeur parfaite, peut se révéler dans la disparition de celle-ci, et devenir lui-même dans son absence ? Avec beaucoup de justesse, en prenant son temps pour décrire les infimes changements qui opèrent doucement sur ce garçon, les métamorphoses du paysage autour de lui qui en épousent le mouvement, Sabolo travaille le concept d'attente : après la disparition inexpliquée de Summer le temps s'est comme figé dans l'attente de son retour ou de la résolution de l'enquête : accident ? suicide ? meurtre ? fugue ? Toute la "trame" du roman reste suspendue à cette question, impossible à supporter pour le frère, qui a complètement arrêté sa vie dans l'attente d'une réponse. Ce n'est pas plus que ça, Summer, mais ça suffit pour planter des atmosphères étouffantes, remplies de jeunes filles en fleurs sofiacoppola-esques, de changements naturels qui en disent long sur les mouvements intérieurs du garçon, de secrets enfouis... Des atmosphères ouatées, comme étouffées, emplies de sexe, de mort, de troule, mais qui pourtant n'explosent jamais, retiennent tout jusqu'au bout du bout. Sabolo excelle à arrêter le temps, à figer ses phrases sur un instant, ou sur toute une période qui glace les sentiments du narrateur. Au risque de faire stagner un peu son livre, ce qu'elle fait malheureusement au milieu, n'arrivant pas à relancer l'intérêt sur 250 pages. Oui, la belle se répète, et n'a pas encore le talent de ses modèles américains, qui arrivent, eux, à faire reposer tout un livre sur le rien. Mais les efforts sont là, et le résultat aussi : la belle refuse d'ailleurs de situer son roman dans l'espace, et on a bien souvent l'impression qu'on lit un texte américain, par cet ancrage fort dans le paysage, par cette scrutation attentive d'une psychologie, par ce mélange des genres (polar, portrait), par ce style à la fois elliptique et vénéneux. Une belle réussite donc pour ce livre, peut-être un peu trop dans l'admiration pour l'instant, peut-être un peu long, peut-être pas tenu jusqu'au bout par excès d'ambition, mais déjà superbe dans son style, sa fluidité et sa justesse.

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13 octobre 2017

Calmos (1976) de Bertrand Blier

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Calmos confirme tout le bien et tout le mal qu'on pense de Blier : une fois qu'il a écrit les premières scènes plus ou moins loufoques, il part en vrille, pour ne pas dire, insulte suprême, en bigardisme. Marielle et Rochefort se retrouvent sur les trottoirs de Paris, ils en ont plein le cul des femmes. Ils interpellent le premier venu (Pieplu) et on est en quelques minutes en territoire blieresque connu. Nos deux acolytes partent se refaire une santé, sans femme, à la campagne (comme les films de Blier finissent généralement par ce genre de lieu isolé, on se demande comment il va tenir sur la longueur... on n'a pas tort d'avoir peur). Jean-Pierre, Jean + bientôt Bernard (Blier, inénarrable « pater de » en curé) se font des super bouffes de charcutailles, des petits plats où le cholestérol, disons-le, règne en maître. Deux-trois réparties à la con (peut-être un tantinet teinté de misogynie, mais à peine), deux-trois mimiques inimitables (Bernard Blier rougissant de plus en plus à chaque plan - est-ce un don d'acteur, la vinasse, ou un travail de maquillage ? Le mystère reste entier), deux-trois rires qui respirent la joie de vivre, on reste à peu près dans les clous... Et puis, oh putain, et puis tout part en cacahuète.

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On a d'abord droit à un numéro de charme de Brigitte Fossey aussi crédible en femme fatale que moi en soubrette, au retour (forcé) de nos deux héros sur Paris chez leur bonne femme, puis à la (nouvelle) fuite de nos deux héros qui n'en peuvent plus du tout de leurs gonzesses... Et là, Blier pète son frein et on se retrouve en pleine brousse, avec d'un côté les hommes (nommément des "résistants") qui ont fui épouse et amante et de l'autre des femmes (militarisées) en quête de bites (appelons un os un os). On savait que Blier pouvait être no limit, qu'il pouvait manquer cruellement d'idées pour finir une œuvre (entre 15 minutes pour les chefs-d'oeuvre (du sieur) à 1h30 pour les bouses), mais là il tombe tellement bas (une misogynie totalement assumée et décomplexée ; une vulgarité florissante dans les mots ou les scènes - les femmes, nues, en rang d'oignons (l'expression est juste) qui se lavent leur sexe : la grande grande classe) qu'on a un peu honte pour lui... On pensait franchement qu'il avait touché le fond (no comment) dans le machisme crasse (toutes des salopes, c'est clair) mais il achève son œuvre avec Marielle et Rochefort en vieillards faisant du deltaplane (le fond en transparence le plus dégueulasse de tout le XXème siècle) et terminant leur course... dans un immense vagin (Vous voyez Tarkovski ? Ouais, rien à voir). Criss, comme dirait l'autre... On a le cœur au bord des lèvres comme dirait mon comparse qui s’est mis au vert. Alors, il faut au moins reconnaître à l'homme à la pipe la capacité d’aller jusqu'au bout de son délire et de son imaginaire (vulgaire, certes pour ne pas dire sous la ceinture, pour ne pas dire à ras de la moquette) ; Calmos demeure un véritable ovni (même si on faisait souvent n'importe quoi dans les seventies...) qui serait franchement totalement impossible à produire aujourd'hui... Mais c'est sans doute pas plus mal, on se dit aussi... Avoir de l'audace ne pèse pas forcément beaucoup dans la balance face au graveleux ultra lourdingue. Reste une poignée d'acteurs en free lance dont l'ami Rochefort as Albert : cela permet au moins de rendre hommage à notre trublion à moustache favori. Jean, tu fus courageux et tins ton rang, fus fin même dans le gras.

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12 octobre 2017

Train of Events (1949) de Sidney Cole, Charles Crichton & Basil Dearden

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Trois réalisateurs à la barre pour un projet original : filmer quatre histoires qui finissent toutes dans le même lieu, un train. Dès le départ, on sait que ce train va se manger un méchant accident... Retour donc sur les trois jours qui ont précédé cette tragédie annoncée. Dearden filme (forcément) les deux histoires les plus intéressantes, les plus fortes au niveau dramatique, les plus "aérés" au niveau des décors (Basil est un Dieu pour filmer les extérieurs et les petites rues londoniennes envahies par le fog), les plus "esthétiquement" soignées (le jeu sur la profondeur de champ, l'ombre et la lumière...) ; il suit tout d'abord les amours clandestines d'une jeune femme qui a perdu ses parents au début de la guerre avec... un Allemand qui a fui son pays. Les deux amants vivent sur les nerfs, se vont virer comme des malpropres de leur appart et rêvent de s'exiler en terre canadienne... La jeune fille pour cela volera de l'argent à sa logeuse, sans toutefois acquérir la somme nécessaire pour s’offrir le voyage en bateau pour plus d'une personne... Un choix crucial doit être fait. L'autre récit deardenien suit les pas d'un acteur shakespearien qui se retrouve en présence, chez lui, de sa biatch d'ex qu'il recherchait depuis des mois. La donzelle vient dans son misérable appart pour lui annoncer qu'elle est avec un autre. Elle finira le kiki serré dans la malle de voyage de notre acteur que les années de guerre ont rendu moins patient... et plus tranchant. Reste à gérer cette malle adroitement. Les deux autres histoires s'intéressent à un conducteur de train (qui veut quitter son job) et à sa fille amourachée d'un jeune gars jaloux ; la chtite a du caractère et entend vivre sa vie comme elle l'entend, au grand désespoir de ce gazier mal dégrossi. Une petite historiette sentimentale assez mignonne. Enfin la dernière histoire concerne un chef d'orchestre amoureux de deux femmes... Pardon, dont deux femmes sont amoureuses, c'est lui-même qui fait la distinction. Un récit dramatico-comique qui fait la part belle aux saillies féminines.

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La belle réussite de l'ensemble tient dans la facilité avec lesquelles ces quatre récits s'enchaînent. A l'aide d'un montage savant, les coutures n'apparaissent pratiquement point et l'on passe d'un récit à l'autre sans jamais tiquer. Certes l'on sent que Dearden (tout de suite deviné les deux récits qu'il avait en charge... la patte Dearden) amène beaucoup plus de tension, de mise en scène dans ses deux parties. Malgré tout, on est jamais dans le film à sketch à la con et il faut louer ce joli travail de "mise en commun". La faiblesse de la chose réside plus dans la partie centrale. Après des scènes d'exposition qui permettent en un tour de main de présenter les personnages et d'installer le petit couac possible au sein de chaque relation, la partie centrale fait un peu du surplace ; le film est sans doute un peu trop bavard et cherche trop à multiplier les personnages secondaires. Fan des scènes en extérieur (on revient trop vite au studio) et surtout des séquences en train (on montera à bord seulement dans les douze dernières minutes - frustration intégrale), on est un peu déçu du rythme qui retombe après la première demi-heure et de ce climax (quelles histoires vont se résoudre, quel récit va finir de façon tragique ?...) si comprimé dans le temps. Heureusement, on a droit à notre accident de train en maquette ce qui nous met toujours en joie - on voit même les fils qui soulèvent les wagons (et je le dis sans causticité aucune : j'adore ces fabrications de bric et de broc). Du coup, on reste un peu le cul entre deux wagons, à la fois relativement épaté par la fluidité de l'ensemble, l'enchâssement des récits, la montée de la tension (surtout chez le Basil, vous l'aurez compris) et ces petits défauts souvent inhérents aux films anglais : ces tartines de dialogues qui font retomber comme un soufflet le rythme du départ. Un Train of Events malgré tout de bonne tenue, incontournable pour tout fan de films en loco (loco que l'on voit tout de même tout au long du film sous tous les angles).

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LIVRE : Cinéma royal de Patrice Lessard - 2017

51yu-uAtVELUn petit polar romantique québécois (avec de vrais morceaux de Tabernac dedans) mâtiné de références cinématographiques (Hitch, via Fenêtre sur Cour, et De Palma, via Body Double) : rien de tel pour passer six heures d’attente à la Préfecture (j'ai actuellement une vie tellement passionnante et bourrée d'aventures que je vous sens, jaloux... Pas fini, la semaine prochaine, je vais sur les terres de la peste, c'est vous dire ma joie de vivre). Patrice Lessard, c'est son nom, nous emmène dans un petit bar du Canada où, de l'autre côté du comptoir où sert son jeune héros (quarante-cinq ans, tout l'avenir devant lui), se pointe une jeune femme fatale et lumineuse (Luz, c'est son nom) : elle est mariée mais semble dispo, boit du vin rouge (espagnol, personne n'est parfait) et du whisky. Il tombe vite fou d'elle, elle va chez lui, on ne fera pas de dessin. Mais oh, attention mes petits hosties (ah ! la langue canadienne, même sans l'accent cela a du bon, criss), la femme a l'air plus tortueux qu'il n'y paraît au premier abord et son mari (un avocat acoquiné avec la pègre) sûrement plus dangereux... ben qu'un avocat en général, qu'il s'agisse du fruit ou du taff. Notre serveur, féru de cinéma (il vit dans un ancien temple du septième art), espionne, enquête, se fait des films... Luz était prête à l'emmener dans ses bagages à New York mais vlà-t-y-pas qu'elle disparaît. Une disparition bien suspecte pour notre amoureux transi : s'est-il fait méchamment rouler dans la neige ou fut-elle tout simplement victime d'un meurtre ? Le mystère est entier (un peu comme le fonctionnement de la haute administration mahoraise) et l'on patiente jusqu'à la dernière ligne (ouais, six heures pour avoir un récépissé !!! - l'avantage du livre, cela dit, c'est que tu payes rien à la fin). Lessard se fait un devoir de se raccrocher au chef-d'oeuvre de Hitch, en multipliant les mignons clins d'oeil. C'est sympa. De même, lors des parties dialoguées, notre ami se lâche sur la langue autochtone (notamment au niveau des insultes) et on sourit souvent. Bon, après, pour ce qui est de l'énigme en soi, notre écrivain tisse une trame un peu tirée par les cheveux  - cousue de fil blanc, oserais-je même, avec de multiples répétitions pour que le lecteur suive bien la logique de la chose (son jeu sur l'adresse de l'appart de Jeffries (Stewart), cela amuse au début mais ça finit par être un peu lourdingue). Un ptit polar pas méchant en soit, amusant pour cinéphiles et drôle pour fans de caribou. Parfait pour faire passer le temps lors des interminables queues à la Prèf de Mayotte (après chacun choisit son hémisphère...)

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Réparer les Vivants (2016) de Katell Quillévéré

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Gols avait lu le livre (et l'avait relativement aimé), le gars Shang a vu le film (qu'il a moins aimé, relativement). Alors oui, on est dans le don d'organes, le genre de sujets qui ne prête pas vraiment à rire (surtout post-mortem). Quillévéré s'appuie donc sur le livre de Maylis de Kerangal en restant dans la sobriété sobre : ici, chaque médecin est aux petits soins, chaque parent (noyé dans le chagrin, suite à la mort du fifils) reste digne, chaque receveur (de don) reste sur la réserve, chaque chirurgien est pro. A l'image du casting où chacun semble être à sa place (Tahar Rahim à qui la blouse blanche sied et qui sait prendre un ton plus tendre que la guimauve ; Emmanuelle Seigner en pleureuse (aussi douée que sa sœur en chieuse, in or out movie) ; Bouli Lanners en docteur barbu bienveillant ; Kool Shen qui ne se départ jamais de son air d'épagneul breton blessé à l'âme ; Finnegan Oldfield en cloche (Tubular Bells, hommage) ; ou encore (et j'en passe, car ils sont nombreux) Alice de Lencquesaing avec ses grands yeux de jeune assistante chirurgienne bluffée par les progrès de la médecine (faire redémarrer un cœur, c'est pas rien - plus facile tout de même que mon scooter quand la batterie est déchargée)). Bref un casting trié sur le volet, dirigé, il faut le dire et le reconnaître, avec un certain soin et une vraie justesse par la Katell (j'étais avec son homonyme en classe de seconde, mais ça je crois que c'est plutôt à ranger au niveau des anecdotes inutiles).

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Un ado meurt cérébralement (non pas en faisant du surf mais sur la route, les platanes ont toujours été plus dangereux que les requins), ses parents sont mortifiés, un appel du pied est fait pour qu'ils permettent... un don (enfin... faut pas... non, non, le temps... et puis c'est vous qui décidez - j'en profite pour dire que si je meurs prématurément et que mes parents lisent ses lignes, je refuse, coûte que coûte de donner mon foie), une jeune femme a le cœur en berne, la transplantation est décidée, l'opération a lieu. Si, dans la première partie, on est dans l'émotion brute (musique, au piano, sensible, de l'incontournable Desplat), on est dans la seconde dans le pur documentaire chirurgical (musique, au piano, de l'incontournable Desplat qui aime à combler les absences de dialogues). Alors, non, ce n'est pas vain, ni débordant d'émotion trop facile, ça se joue sur un fil, tenu ; Katell (qui était nulle en histoire-géo) marche sur des œufs et ce n'était pas forcément évident... Elle se raccroche aussi, sur la fin, comme je disais, à l'aspect purement chirurgical de la chose comme pour être sûr de ne pas tomber dans le pathos : c'est une bifurcation narrative qui donne un certain sérieux (certes) mais qui vide aussi l'ensemble du film de toute véritable prise du risque ; sujet sérieux, illustration au diapason. Du coup, on regrette cette absence de réelle « sève » ou de moelle épinière (incontournable) : si cela donne au film une patine "dossiers de l'Ecran" (pour les anciens) irréfutable, on reste au niveau cinématographique dans une œuvre bien trop sage pour sortir vraiment du lot. Propre, trop propre, un peu comme un bloc opératoire.

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11 octobre 2017

LIVRE : Mon Autopsie de Jean-Louis Fournier - 2017

"Je préférais les chats aux jeunes, parce que les chats n’ont pas de scooters."

mon-autopsieAprès un livre sur la cryogénisation, avant un film sur le don d'organe (à suivre), un ptit livre sur une autopsie... Je vous promets de ne pas enchaîner sur un bouquin sur l'euthanasie ou le cancer du sein (moral d'acier, putain). Jean-Louis Fournier (créateur de La Noiraude et ami de Pierre Desproges, respect forcé) livre son corps par petits bouts à une certaine Egoïne (si) ainsi que des bribes de mémoires. Touche-à-tout, bon vivant, l'ami Jean-Louis revient sur ses faits d'armes essentiels, professionnellement (scénariste, réalisateur, écrivain...), sentimentalement (sa femme, ses amantes, ses enfants handicapés... et sa fille qui a coupé les liens), religieusement (il parle beaucoup de Dieu, mais souvent pour l'envoyer paître, amen). Ce qui fait tous le charme de ce livre succinct découpé en courts chapitres est à trouver dans le style (efficace : des phrases courtes, sans adverbes à deux balles) et surtout dans l'humour du Sieur. Un humour mordant, parfois noir, généralement caustique qui vient tout naturellement, coule de source. Jean-Louis Fournier, qui se sent un brin sur la pente descendante (physiquement mais point intellectuellement) n'en profite point pour régler ses comptes (deux trois piques contre ceux qui l'accusent notamment d'avoir du beurre fait sur sa famille (ses livres sur ses enfants ou sur son père alcoolique : qu'ils aillent se faire cuire un oeuf, à sec) mais juste pour faire un petit bilan sur sa vie : à chaque fois que la chtite Egoïne, sexy (même mort, il reste vert...) lui coupe un membre ou un organe, c'est l'occasion de faire un bon mot ou de revenir sur une petite anecdote légère. Oui, il a besoin, parfois, d'étaler sa petite fierté perso sur ses propres œuvres, ses prix mais il sait toujours s'en sortir avec une petite pirouette humoristique ou une anecdote croustillante (puis merde, il a filmé Pierre Desproges, je me répète). Jamais avare de références picturales ou de citations littéraires joliment choisies, l'ami Fournier ne donne malgré tout jamais l'impression d'étaler de la confiture : son ouvrage se croque comme un petit pain cuit maison et se déguste (conseil du chroniqueur) parfaitement sur la plage (oui, après, en métropole, en octobre... vous n'aviez qu'à choisir votre hémisphère et votre île, aussi). Bref, the Noiraude spirit is not dead, la preuve en est ces mémoires qui ne cherchent jamais à se prendre trop au sérieux. Deux bistouris.

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Rentrée des Classes (1956) de Jacques Rozier

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Premier court-métrage du gars Rozier pour le moins bucolique et champêtre. Le jour de la rentrée des classes, on y suit un petit garçon buissonnier qui, à la suite d'un pari stupide avec le gros de la troupe, a balancé son cartable dans la rivière. Beau geste de défi, mais finie la déconnade, il serait bon d'aller le récupérer. On suit donc notre enfant, René Boglio as René Boglio, suivre le cours de la rivière à la recherche du rectangle en cuir... Mais cette quête ne semble vite point essentielle, notre René s'enfonçant peu à peu dans les méandres de la rivière, flirtant avec une vipère, profitant pleinement de cette baignade entre ombre et rais de lumière. On savoure pleinement ces quelques instants de bonheur au naturel, joliment filmé, monté et mis en musique. Ensuite notre garçon reprendra le chemin de l'école et sèmera la panique avec sa vipère.

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On est dans un ton très bon enfant (l'instituteur faisant les gros yeux pour la forme - quand on voit le souk qu'il y a, au début, dans sa classe, qu'on ne me dise plus, c'était mieux avant... Et Zéro de Conduite, c'est de l'eau peut-être) avec un cinéaste qui laisse pleinement la place à ce petit paradis perdu de la rivière où l'enfant dompte le serpent. Rozier filme au fil de l'eau et se donne le temps de nous faire pleinement sentir ces quelques instants de vacances volés. La deuxième partie est un peu plus convenue avec le grand-père, accusé par l'instit de faire les devoirs de vacances du gamin (avec des fautes... Ah oui, on était mieux éduqué avant – fariboles !) et notre René, avec sa bille de clown, qui cache la mini-vipère dans le cahier de l'un de ses camarades (aujourd'hui, tu fais la même chose, tu es pendu dans la cour à la récré). Rozier filme là encore une ribambelle de gamins paniqués en mouvement et l'on sent tout le plaisir qu'il prend à sortir des studios pour filmer tout ce petit surplus de vie dans les rues. Une belle petite chose écologique et légère comme un sac d'écolier à cette époque ; Rozier met intelligemment en scène le courant d'une petite rivière et laisse deviner les premiers frémissements d'une nouvelle vague.

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10 octobre 2017

Haines (The Lawless) (1950) de Joseph Losey

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Aucun doute sur le fait que l'ami Joseph Losey aime à se faire le pourfendeur de "ces foules en colère", ces bandes moutonnières qui se prennent soudainement pour des loups (parce qu'armées, parce qu'avec deux neurones). Le sujet ici n'est autre que l'ostracisme envers les "Cholos", ces Mexicains qui vivent en cueillant des fruits contre une poignée de dollars et qui sont cantonnés en bordure de la ville américaine de Santa Marta ("The friendly City" - la bien nommée...) dans le quartier de Sleepy Hollow (eh oui, rien ne se crée, tout se transforme...). Des petites échauffourées éclatent entre jeunes et fières Ricains et jeunes et fières Cholos mais rien de bien méchant jusque-là... jusqu'à, jusqu'à ce que le pauvre Paul Rodriguez soit pris dans un cycle infernal ; il donne du coup de poing lors d'une soirée (une vague histoire de gonzesse), frappe un flic, s'enfuit en volant une bagnole, est arrêté, est conduit au poste dans une voiture de police qui a un accident (la mouise) : la voiture prend feu, un flic est carbonisé et il prend la fuite... Une jeune fille le découvre au coin de sa maison, elle se tape bêtement contre une poutre (franchement, les blondes…), et bing, le voilà qu'on l'accuse, cerise sur le gâteau, d'agression sexuelle... Tout est à l'avenant chez notre pauvre Rodriguez. Une chasse à l'homme, une véritable battue (ce n’est pas ce qui manque, les hommes armées de longs fusils, aux States) est organisée pour massacrer ce délinquant aussi dangereux qu'une pantoufle. La connerie est en action et seul un journaliste local (Macdonald Carey, sobre) poussée, en partie, par l'amour de la chtite mexicos Sunny Garcia (Gail Russel et ses grands yeux d'épagneul breton nostalgique) va tenter de ramener la foule à la raison.

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Losey reprendra sans surprise la trame languienne de M le Maudit a couple of years later et se fait ici, dans la bonne tradition fordienne, le porte-parole de la tolérance et de la justice face à la bêtise irrationnelle de la foule (voir ma thèse sur les boucs-émissaires aux éditions Plon). Bref, sur le fond, un truc indiscutable qui nous montre toute la connerie d'une foule qui se défoule (forcément) lors d'une traque (on tire sur le Mexicain comme sur un lapin, olé) ou lors d'un pillage ("on va péter les bureaux du journaliste ! Ouais !!!" - et ma pauvre machine à écrire, plus pacifique qu'une tortue, de se retrouver à l'envers). Macdonald tente de rester droit dans ses bottes face à ces hommes de mauvaise volonté qui ne cherchent finalement qu'une chose : s'acharner sur un ptit bout de gras d’origine étrangère pour oublier leur propre inconsistance. Ce sont les instants les plus dignes mis joliment en champs-contre-champs / contre-plongée-plongée / homme tête haute - foule tête baissée par Losey. Bien aimé, également, ces petits instants très tendre entre la Gail qui embrasse le Macdonald chaque fois qu'il fait une bonne action, sans chercher d'en rajouter ; tiens, ce baiser-là n'est pas volé, ce qui a le don de rendre notre héros tout chose – et de le relancer dans la lutte. Ça manque peut-être un peu de souffle (dans la première partie notamment où Losey expose un peu mollement la vie de nos jeunes dans les deux communautés) mais l'on sent, dès son deuxième long, l'envie de Losey d'entrer sur un territoire cinématographique louable : mettre le spectaculaire au service de la réflexion en pointant du doigt les démons rampants de l'âme provinciale ricaine. Je dis j’M.  

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La dixième Victime (La decima Vittima) (1965) d'Elio Petri

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Ah les sixties, quand on osait tenter des prod futuro-kitsch et teindre Marcello Mastroianni en blond (un véritable choc esthétique à lui seul). Sur un scénar qui n'est pas sans faire penser de façon anachronique au Prix du Danger (pour amener la paix dans le monde, un sympathique jeu a vu le jour à l'international : des personnes s'inscrivent pour être soit tueur soit personne pourchassée (à tour de rôle) ; si vous parvenez à survivre à 10 chasses (comme traqueur (qui connait le nom et l'adresse de la victime) ou comme traqué (qui doit deviner qui est le tueur) : les deux ayant la possibilité de descendre l'autre en toute légalité) vous remportez un million de dollars. On se retrouve donc à suivre la bombe Ursula Andress qui n'hésite jamais à profiter de ses charmes (elle tue l'une de ses victimes en ouverture en dissimulant des guns automatiques dans son soutien-gorge) sur les traces du blondinet Marcello ; elle en est à sa neuvième victoire (donc proche du pactole), lui à six. Sponsorisée par un mécène qui veut mettre en scène le dernier assassinat (histoire de faire de la promo pour son produit), l'Ursula monte un plan des plus abracadabrants : elle est censée attirer Marcello au Temple de Vénus, près du Colisée, pour une interview filmée – et pour l’abattre sous les caméras après avoir énoncé le slogan du produit... Séduction à mort, jeu du chat et de la souris, nos deux protagonistes un rien désabusés vont-ils s'entretuer en direct ou tomber bêtement amoureux malgré eux. Je vous laisse en suspens.

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Des costumes, des accessoires, des lieux de rencontres futuristes... quand on est dans les sixties, on a toujours peur que ça pique un peu les yeux, ce genre d'idée (des joueurs de saxophone qui se trémoussent sur des décors en forme de cubes - on avait alors point peur du ridicule ; et je passe volontairement sur l'ensemble des costumes de la gent féminine qui ne permettrait à aucune d’elles d'avoir un droit d'entrée en Arabie Saoudite) et, de ce point de vue-là, on est franchement gâté (prévoir des lunettes de soleil)... Ursula Andress, dans des justes-au-corps intégraux violet ou des bikinis à paillettes, incarne à la perfection la tueuse prête à tout pour faire succomber (érotiquement et morbidement) sa victime. Face à elle, le séducteur Marcello en platine (j’insiste) et affublé d'ignoble lunettes à la Lagerfeld (putain, il part de loin quand même) donne parfaitement le change à l’héroïne dans ce film qui part toutes les cinq minutes en vrille. On ne sait plus, passé un certain temps, s'il s'agit du nanar du siècle ou d'une oeuvre sympathiquement originale qui repousse toujours les limites du ridicule et du grand n'importe quoi (au moins Pietri a l'intelligence de ne jamais se prendre au sérieux, nommant là une rue Fellini, ou osant l'humour noir sur les personnes âgées (que l'on est censé remettre à l'état (...) mais que Mastroianni cache chez lui par pure bonté d’âme) ou le mariage (la pire chose qu'il peut jamais arriver à un homme, Marcello en faisant les frais...)). Du coup, on est constamment entre le petit rire condescendant (lâchons les chevaux au niveau du délire) et le grincement de dent (ça pète quand même pas loin, à l'image de cette fin tirée douze fois par les cheveux... "et ils vécurent heureux - ou pas forcément, car mari et femme - dans ce monde de merde dominé par la violence et la thunasse"). Le moins qu'on puisse dire, c'est que la chose a des allures d'ovni (un brin machiste, quoique... l'Ursula tire finalement toujours son épingle du jeu) et ferait passer Austin Power pour un film de Straub. Délirant tout en se délitant... à l'image un peu finalement de la teinture de Marcello (je ne m'en suis pas encore remis) qui ferait passer le style de Lady Gaga pour du Drucker.

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09 octobre 2017

Paparazzi (1963) de Jacques Rozier

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Penchons-nous sur cette œuvre sans prétention de Rozier qui suivit en son temps le tournage du Mépris avec la bombe BB (qui deviendra plus tard, ne serait-ce qu'alphabétiquement, la vieillotte FF). Il s'agit donc de "la femme la plus photographiée du monde" qui, à Capri, se trouve sous l'objectif de Jean-Luc Godard... et de celui, télé celui-là (tout ce qui touche la télé c’est de la merde) de deux paparazzi italiens qui prennent "tous les risques" (ils montent sur un rocher, trop dur et dangereux ; ils se feront aussi un peu bousculer lors d’un shooting improvisé à la sortie d’un restaurant, les pauvres) pour chopper une photo de la Brigitte en bikini (BB bonnet B) caressant un chien sur la fameuse terrasse de l'appart de Malaparte (le jeu en vaut la chandelle, c'est clair) ou au naturel. Que dire de ces précurseurs des magazines pour femmes de plus de cinquante ans qui habitent chez leur coiffeur ? Pas grand-chose, si ce n'est qu'il faut bien qu’ils mangent, ma pauvre dame... On est déçu (même si, forcément, vu le titre, on ne s'attendait pas non plus à une analyse cinématographique... mais tout de même) que Rozier ne filme que (très) peu Godard dirigeant son actrice ou ne cherche à interroger les protagonistes de ce film mythique (le mot, ici, faisant sens) ; on a droit à une voix off assez molle de Piccoli, à des plans d'une demi-seconde sur les principaux acteurs du film (Palance, Piccoli, Lang, BB), et à part quelques images volées assez gracieuses (Piccoli ramenant dans ses bras Bardot en haut d'un escalier), on reste sur notre faim. On sent bien que Rozier a voulu muscler son montage pour faire passer la pilule mais les images (dans un noir et blanc bien terne...) ne sont pas d'un intérêt exceptionnel pour qu'on soit à un quelconque moment réellement subjugué par cette "archive". Les deux paparazzi interrogés à la terrasse d’un café se plaignent (pauvres choux) au cinéaste, la BB, face caméra, se plaint (pauvre choupinette) de son manque de liberté, et ces deux instants sont tellement triviaux qu'on en arriverait presque à s'extasier devant la poignée de seconde où l’on voit Godard et son chapeau, Godard et ses lunettes, Godard et sa barbe... Un poil cliché.  

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L'Homme de San Carlos (Walk the proud Land) (1956) de Jesse Hibbs

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Part pas d'un mauvais principe ce petit western un peu maladroit : le gars Audie Murphy (on n'arrête les vannes sur notre ado pré pubère qui incarne ici un homme de religion à l'esprit ouvert) débarque à Tucson en 1874 avec une mission ; notre homme est en charge de la réserve apache "occupée" par une troupe de soldats ricains (qui les enchaînent, par principe). Non, non, non, Audie est mandaté pour que l'on traite ces Indiens comme des individus donc 1) il faut enlever les chaînes, 2) on va créer une police interne (il est bon de suivre quelques préceptes occidentaux, faut pas non plus trop déconner), 3) on va leur redonner leur fusil pour qu'ils puissent chasser. Il prend sur lui de dompter les deux-trois Apaches irréductibles qui aimeraient péter du blanc avec leur fusil et retrouver leur fierté guerrière en allant rejoindre Géronimo qui continue de se montrer menaçant dans la région... Audie, du haut de son mètre 60, est un pacificateur né, qui se doit en plus de gérer sa femme (Pat Crowley, guère charismatique) et l'indienne mise à son service et admiratrice de l'Audie (Ann Bancroft sous trois couches de fond de teint plaqué à la truelle).

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Si on apprécie que l'Audie sorte ses petits poings face aux bouseux de Tucson qui, à la moindre occasion, lui cherchent des noises (prendre la défense de ces sauvages, allons bon), ou encore lorsqu'il tient tête aux soldats ricains qui n'ont aucune considération ethnologique pour ce peuple autochtone, on grince un peu des dents quand il "impose" son modèle de société à la ricaine (faut de l'ordre et des armes sinon, hein, comment peut-on vivre dignement ?! Oui, c’est la base, of course). Il est tout de même un précurseur dans son genre qui permettra quelques longues années plus tard (en 1955, quatre-vingts-un ans tout de même) d'ouvrir la voie à une réelle autonomie de ces territoires indiens (l'Américain est lent, mais il est bon et progresse). Au-delà de ces simples considérations de fond, avouons qu'on reste un peu tiède devant les relations sentimentales de l'Audie (qui embrasse sa femme avec parcimonie et qui reste de bois devant une Ann Bancroft timide mais volontaire) ; de même, au niveau de l'action, on devra se contenter de deux petites bastons, l'essentiel de la chose se concentrant autour des discours zen de l'Audie qui, diplomatiquement, arrive toujours à imposer ses vues ou qui sait le cas échéant être à l'écoute des sages conseils de ses frères apaches voire de sa femme. Un peu gnangnan, quoi, mais gentiment louable dans l'idée. Peace en love, quietly.

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Go west

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08 octobre 2017

LIVRE : Zero K de Don DeLillo - 2016

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Je vais finir par me demander si j'aime vraiment DeLillo... A l'exception du magnifique Americana, ses oeuvres pseudo scientifico-spirituelles me laissent un peu froid. J'ai eu le plus grand mal du monde à rentrer dans cette histoire de père milliardaire qui souhaite se faire cryogéniser avant l'heure avec sa compagne (quand tu vois l'état de ton poulet au bout d'une semaine dans un congélateur, tu vois pas trop l'intérêt, mais passons). Emoi du fils...

On suit donc les tribulations de ce fiston un peu décontenancé qui aime à errer dans les couloirs de cette "entreprise du futur" qui promet la résurrection à une date ultérieure (quand il y aura plus un animal vivant, sans doute). Assailli par les images de violence, de catastrophes naturelles, de guerre qui défilent sur les murs du couloir, le fils s'interroge : ouais, notre monde va mal mais de là à finir dans un bac à glaçon, non ? On essaie bien de s'intéresser à ces discussions plus ou moins couillues entre père et fils (un jour, petit, tu comprendras – ou pas), à ces thèses futuro-optimistes d'une ère nouvelle à venir mais force est de constater au fil des pages qu'on s'en fout un brin... Aucune progression dramatique, des discussions avec des penseurs new-age auxquelles on ne bite pas grand-chose, tout cela sous un verni de sérieux qui démoralise sa mère. On cherche, on feuillette, on essaie de se dire qu'au bout du tunnel on aura peut-être une révélation (et qu’on agrandira son bac congélation) mais non, rien, rien qu'un fils désœuvré qui raconte sa vie quotidienne qui s'avère aussi passionnante que ma vie sexuelle actuelle (c'est hors-sujet, j'en conviens - envoyez vos dons, tout de même). Bref, on ressort de là en ayant eu l'impression de lire le bouquin d'un type qui se pense putain de visionnaire en son genre et qui nous apprend absolument rien de nouveau sur l'état du monde ou la psychologie humaine... Plat K.

 

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07 octobre 2017

The Fighting Generation d'Alfred Hitchcock - 1944

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Mais oui, les amis, il en reste. Voilà que débarque devant nos yeux qui n'en croient pas leurs oreilles ce film inconnu et non-crédité du gars Hitch. 1 minute et 52 secondes montre en main pour un court-métrage sans identité censé nous donner envie d'acheter des bons de guerre pour nos braves ch'tis gars tombés au combat ou encore sur les traces des Japonais. C'est la charmante Jennifer Jones qui s'y colle, cadrée pour une fois au dessus du soutien-gorge, et son texte y va fort en patriotisme larmoyant cher à l'époque. Déguisée en infirmière, elle se laisse surprendre par un travelling avant dans lequel on reconnaît sans problème le futur réalisateur de Vertigo. Euh, non en fait c'est juste un travelling avant, qu'elle regarde arriver vers elle avec des yeux de biche étonnée. Elle sort alors sa voix la plus douce, dans un ton merveilleusement moralisateur sans appuyer, et écarquille ses yeux mouillants pour nous asséner son discours : "On nous appelle la génération perdue, mais moi je vous le dis, soutenez la "fighting generation", parce que, oui, il y en a qui vont revenir à la maison, pas tous, mais il y en a, et c'est vos voisins, bande de planqués", le reste à l'envi. C'est parfaitement anonyme, mais ça a dû faire son effet à l'époque : on rêvait tous de tomber malade et que Jennifer Jones vienne nous border. Deux plans en tout et pour tout, un pour cadrer la donzelle au chevet du pauvre Johnny, l'autre pour la recadrer, on ne peut pas dire qu'on est dans les grands Hitch. Mais il y a une sorte de jubilation à tomber, un samedi soir anonyme, sur une oeuvre encore inconnue de Bouddha, et rien que pour ça...

sommaire hitchcockien complet : clique avec ton doigt

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LIVRE : Trois Jours chez ma tante d'Yves Ravey - 2017

9782707343598,0-4251461Le Ravey nouveau est arrivé, une bien agréable façon de retrouver ses chaussons encore tièdes et de s'y glisser sans façon d'une année sur l'autre. Avec Ravey, rien n'est tout à fait pareil et rien n'est tout à fait différent au fur et à mesure des bouquins. C'est le cas encore une fois. On est bien content de retrouver une nouvelle intrigue, bien retorse comme toujours ; et on est bien content aussi de se retrouver dans les marques habituelles, le polar provincial à écriture blanche pour aller vite. Plaisir intact, donc, même si on est bien en peine de dire si celui-ci est meilleur que celui-là ou que le prochain : Ravey semble construire une oeuvre, revenir sans arrêt sur le labeur, creuser toujours le même sillon.

Donc, voici Marcello, qui a fui il y a quelques années la France, après quelques aventures que le roman va prendre tout son temps à nous dévoiler. Il revient aujourd'hui voir sa tante, car celle-ci a annoncé sa volonté de couper les vivres du sieur, après des années de soutien, et même de déshériter le gars. Une décision mystérieuse qui oblige à sauter dans un avion pour régler cette situation. Marcello, l'oreille collée au téléphone (le chaos l'attend en Afrique, où il a monté une ONG), va déployer des trésors de diplomatie pour convaincre tata de renoncer à sa décision, et jongler entre femme, assistante et notaire pour arriver à décrocher le chèque convoité. Une situation un peu triviale que Ravey transforme en petit roman noir parfaitement dosé. Avec un humour fin comme tout, surtout sur la fin où tout tient à ce geste ultime de signature de la tante, il raconte tranquillement une grande histoire induite dans la petite, par le détail, pas les mille et uns minuscules faits qui font sa trame. Le gars sait à merveille noter tel ou tel détail qui dévoile sans bruit une personnalité ou un événement important. Toujours froid comme un Anglais, il tient miraculeusement son bouquin sur presque rien, sur l'attente, l'immobilité, et parvient à construire un suspense assez prenant sur l'aptitude physique de la tante à se déplacer (ou non) ce jour-là, un froncement de sourcil de la directrice de la maison de retraite ou un horaire d'avion. C'est assez virtuose, mais jamais crâneur, très en retrait et modeste comme tout. Le personnage principal, décrit uniquement par ses comportements ou ses dialogues (on est dans le roman béhavioriste), s'enrichit peu à peu et ressort de ce livre doté d'une personnalité qu'on ne soupçonnait pas au début. Bref, que du bien à dire de ce petit livre, qui s'oublie cela dit un peu vite, mais qui passe comme un vieux whisky.

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L'Amant double (2017) de François Ozon

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Terrible impression de déjà vu que cette histoire de double (Jérémie Rénier les yeux pétillants et l'air serein ou les yeux pétillant et l'air bourrin) et de schizophrénie (Marina Vacth pas toute seule dans sa tête...). On peut reconnaître à Ozon une certaine capacité à rentrer dans le sillon de la bonne vieille qualité française (une image propre, une mise en scène millimétrée... et figée), à jouer avec le reflet des miroirs ou à laisser traîner tout au long du film quelques indices permettant de déchiffrer, avant la chute, les tenants et les aboutissants de son histoire (réalité sensuelle et sexuelle ou pur délire mental ?)... Malheureusement après une première heure terriblement soporifique durant laquelle le cinéaste tente d'installer ses personnages, la suite se regarde d'un œil morne sans qu'on soit vraiment capable de rentrer dans la prétendue "tension dramatique". Marina est-elle odieusement manipulée par ces deux Jérémie régnant sur sa vie ou se fait-elle un véritable tour de France dans son esprit en ne cessant de projeter ici ou là ses propres angoisses, fantasmes, troubles... La démonstration est longuette et même si Ozon parvient jusqu'au bout à maintenir une certaine ambiguïté, l'ensemble est beaucoup trop froid, se prend trop au sérieux pour qu'on éprouve une quelconque empathie envers cette femme bien perturbée... On est loin du double zéro mais on n’est pas non plus particulièrement scié par ces multiples petites références (d'un escalier vertigoesque en début au fil rouge reprenant le motif du chat (en broche ou empaillé...) qui n'ont rien de bien originales en soi. Bien trop sage dans la mise en images pour qu'on en ressorte particulièrement troublé...   (Shang - 04/10/17)

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Aaaargh mon Dieu que c'est mauvais. Ozon cherche du côté de Cronenberg dans cette histoire rocambolesque de jumeaux antithétiques, et se vautre avec éclat, incapable du moindre trouble, pondant une pauvrette histoire de psys tordus que n'aurait pas reniée un auteur Harlequin de base. Le plus gros défaut du film, celui qui le fait dès le départ tomber dans le ravin, c'est les acteurs : Jérémie Rénier est aussi crédible en psy que moi en lutteur grec. Il pense que porter des lunettes, une mallette en cuir (mais qui est responsable des accessoires ?) et prendre un air profond, suffit à dessiner son personnage. Mais il n'a pas du tout la carrure de son rôle, c'est une énorme erreur de casting, d'ailleurs prolongée dans l'alter-ego négatif qu'on lui demande d'incarner : il est inquiétant comme une taupe, sexy comme un réverbère, et on ne croit pas du tout à la relation sado-maso qu'il entretient avec l'héroïne, ni à son pouvoir d'attraction. Rénier est complètement à l'ouest, et on se rend vraiment compte avec ce fim des limites de son talent. Mais c'est rien du tout à côté de cette Marina Vacth : on a trouvé la nouvelle tête à claques de base, la Romy Schneider 2.0, celle qui vous donne envie de péter votre écran par la vacuité sans fond de son manque de charisme, par sa voix (inaudible) de mannequin, par ses airs de vedette déjà parvenue. Elle est totalement nulle, et l'inconvénient est que Ozon lui demande d'endosser un rôle impossible, sorte de nymphomane hantée par la gémellité, victime consentante d'un salopard en même temps que maîtresse forte, complexe bloc de dérives psys. Il aurait au moins fallu une Meryl Streep en grande forme pour incarner une telle complexité ; Ozon a la Claudia Schiffer du pauvre, too bad. Ajoutons que le couple formé par les deux n'est jamais crédible, et c'est normal, c'est marier la carpe et le sanglier.

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Avec un tel point de départ bancal, on sent le naufrage se pointer. Et il arrive à peu près 20 secondes après le générique. Ozon n'est pas du tout fait pour la complexité, et se mélange les pinceaux dans ce scénario trop long, très répétitif, pas du tout cinématographique. Il a beau mettre des miroirs dans tous ses plans (c'est sa grande idée de mise en scène, et c'est quand même un poil court), il n'arrive jamais à semer le moindre trouble dans cette histoire de jumeaux qui en sont mais n'en sont pas mais en fait c'est la fille qui pète un plomb mais en fait non. C'est vrai qu'il n'avait guère encore attaqué le genre du thriller, mais on ne saurait trop lui conseiller de continuer à faire ses petites provocations sans chercher à être profond. L'intelligence ne lui va pas, et je dis ça en restant fan de ses films de début, et encore intéressé par-ci par-là par ses films récents. Il est bien meilleur quand il travaille des images sulfureuses (ici une sodomie inversée assez trouble) ou quand il fait des clins d'oeil cinéphiles (Jacqueline Bisset, pour le coup très bien) que quand il veut refaire Dead Ringers, images glaciales et rythmes lents à l'appui. Un futur "nanar".   (Gols - 07/10/17)

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06 octobre 2017

Deux Hommes en Fuite (Figures in a Landscape) (1970) de Joseph Losey

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Très bonne surprise que ce film de Losey (il me déçoit rarement le Joseph, il faut dire) qui nous propose de suivre pendant 100 minutes deux forcenés traçant leur route en Andalousie. A ma droite, le starbé Robert Shaw, bourrin, sanguinaire, qui aime à s'épancher, chemin faisant, sur sa petite vie familiale. A ma gauche, le taiseux et jeune Malcolm McDowell qui se paye un road trip en pleine nature un an avant d'être pris au piège dans Orange mécanique (autant qu'il en profite). On ne sait point ce qu'ils ont fait, dans quel pays ils vivent, mais une chose est clair : ils ont un paquet de monde à leur trousse. En fait, oui et non. Certes, ils devront tenter de passer à travers les mailles du filet tendu par une bonne centaine de militaires qui ratissent la région à leur trousse. Mais l'ennemi principal demeure ce putain d’hélicoptère qui les traque. Un petit jeu (meurtrier) du chat et de la souris se met en place entre nos deux fuyards et les deux occupants de l'hélicoptère et ce duel va représenter le véritable fil rouge (sanguinaire) de cette folle évasion.

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Ces deux hommes-là n'ont rien pour s'entendre (Shaw fort en gueule et rentre dedans, McDowell méfiant et instinctif) et pourtant, nos deux héros vont bien devoir coopérer pour avoir une infime chance de s'en sortir. Il faut d'abord qu'ils coupent les liens qui retiennent leurs main, trouvent de la bouffe puis sachent, le cas échéant, compter sur l'intuition de l'un quand l'autre n'en a point. La route qui s'ouvre devant eux est semée d'embûche (c'est le moins qu'on puisse dire) et ces paysages andaloux offrent un magnifique écrin à ce road movie sauvage. Des anfractuosités du terrain, dans lesquels les deux hommes peuvent trouver refuge, aux montagnes aux neiges éternels (synonymes de liberté) en passant par ces champs immenses ravagés par le feu, le décor est à n'en point le troisième personnage du film. C'est dans cette nature spectaculaire que se joue ce récit intime de survie ; mais à quel jeu joue véritablement nos deux échappés ? Si McDowell veut résolument sortir de cet enfer, Shaw semble plus intéressé par une sorte de reconquête de sa dignité, de sa fierté qui passe par la destruction de cet ennemi du ciel : fuir, pourquoi pas, mais pas avant d'avoir annihilé cet œil volant qui ne lâche pas leurs basques. C'est le combat entre cette machine ailée (et qui fait le malin dans l'hélico tombera de haut) et nos deux hommes enragés qui donnent une tension constante à ce film toujours en mouvement. L'épisode des bombes incendiaires lâchées sur le champ est sûrement le plus impressionnant et le plus symbolique des conditions infernales de nos deux fuyards qui n’ont pas d’autre choix que de continuellement progresser pour ne pas crever - l'interprétation reste ouverte d’ailleurs, ce qui fait tout le charme de cette petite escapade guère touristique. C'est le grand Henri Alekan qui est à l'image (assisté de Peter Suschitzky et Guy Tabary) et l'on se régale devant ce spectacle pur et dur, ce véritable parcours du combattant en milieu naturel et hostile. A lost Losey qu'il faut se faire une joie de redécouvrir.

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