Shangols

Le classement imparable et à peine discutable des meilleurs films de 2017 de Shangols est .

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17 janvier 2018

3 Billboards : Les Panneaux de la Vengeance (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) (2018) de Martin McDonagh

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On avait déjà souligné un certain potentiel chez McDonagh dans le brouillon Bons Baisers de Bruges ; si j'avais pour ma part souligné des influences tarantiniennes, l'ami Gols avait évoqué une tendance coenienne. Avouons qu'il n'avait pas tort, tant cette œuvre respire l'influence des frères, et ce pas uniquement par la présence hantée de Frances McDormand. Intrigue policière travaillée, personnages jamais tout blanc, jamais complétement noirs, insidieuse morale (c'est bien gentil l'esprit de vengeance mais ça n'amène jamais que plus de merdes...), le cinéaste marque des points avec ce film qui nous tient en haleine de bout en bout en sachant constamment savamment nous surprendre (cela faisait bien longtemps que je n’avais pas dit du bien d’un film ricain, d'où joie et un brin d'exagération).

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Frances veut un coupable. Depuis sept mois que sa fille est morte (violée puis calcinée), l'enquête n'a pas avancé. Elle provoque donc le chef de la police (l'incontournable Woody Harrelson) en louant trois panneaux publicitaires géants à la sortie de la ville pour l'interroger sur ce statu quo. Une provocation qui ne tarde pas à évoquer une certaine émotion en ville, d'autant que le pauvre Woody est atteint d'un cancer - dans sa phase terminale. Frances, elle, s'en tape, elle veut juste que justice soit faite. Le ton ne tarde pas à monter entre les deux clans (Frances vs la police feat. guests) et comme dirait Kad Merad dans Je vais bien ne t'en fais pas, c'est (rapidement) l'escalade. Passage à tabac, suicide, incendie, la petite ville d'Ebbing risque bien de finir à feu et à sang...

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Des personnages solidement campés, disais-je (la digne Frances qui n'hésite jamais à passer à l'acte, un Woody emmerdé qui tente de donner le change, un flicaillon incontrôlable qui a tout de même un coeur, un nain avec une certaine grandeur d'âme (l'excellent Peter Dinklage)...), des situations imprévisibles qui dégénèrent souvent violemment (le dentiste de Frances aurait mieux fait de fermer sa gueule) ou qui tendent vers l’absurde (les deux ennemis qui se retrouvent dans la même chambre d’hôpital) et un engrenage qui se met dangereusement en route. L'une des meilleures séquences qui résume à elle-seule tout le film (et l'état dégénérescent de l'Amérique actuelle ?) est celle où le pauvre Woody, interrogeant Frances, lui crache involontairement (le cancer...) du sang à la figure... On sent dans cette scène tendue, où chacun défend bec et ongle sa position, toute la matrice du film : si chacun suit sa propre logique vengeresse, personne n'en sortira indemne : le bain de sang est inévitable ; comme toute sagesse, toute compassion, toute tolérance (Frances n'est pas non plus toute rose, notamment avec notre ami le nain...) semble avoir déserté cette Amérique-là, sans un minimum de sang-froid, on risque bien d’aller droit dans le mur mes agneaux. McDonagh, avec sa galerie de personnages, ses multiples rebondissements, sa capacité à jouer dans le registre le plus sombre tout en emmaillant les scènes d'un certain humour à froid (l'originale petite discussion entre les deux chaussons de Frances : mignon et osé), gagne ses galons de cinéaste avec cette œuvre beaucoup plus maîtrisée et finaude que son premier long-métrage. Un concurrent certain pour les Oscars, à n'en point douter, ne serait-ce que pour rendre hommage au crétinisme dangereux de Trump, héros de cette Amérique (même si Spielberg a déjà choppé le sujet qu'il fallait pour être favori cette année...).

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16 janvier 2018

Tornade (Passion) d'Allan Dwan - 1954

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Classique mais racé, ce western sort clairement du lot par l'attention constante de Dwan aux décors, extérieurs et intérieurs, et par la douceur avec laquelle il aborde les personnages. Le scénario est d'une simplicité biblique : un homme entreprend de liquider les cinq mercenaires qui ont flingué sa famille. Rien de plus. Sauf que pour raconter ça, Dwan utilise une poignée de personnages attachants, dotés de sentiments assez loin du modèle classique dans le genre : entre la femme amoureuse qui se transforme en complice tourmentée, le shérif tendu entre le devoir et l'amitié, et le méchant final, à qui le scénario trouve tout de même des circonstances atténuantes, on est surpris par l'humanisme qui se dégage de la chose ; même le cow-boy principal, interprété aec une sobriété impeccable par Cornel Wilde, n'est pas un vengeur solitaire et sans doute : d'abord presque féminisé dans son rapport de couple et dans son rôle de père, il va ensuite poursuivre son funeste parcours meurtrier non par cruauté, mais hanté par la passion qu'il portait à sa femme et son fils assassinés. Comme si sa mission allait de soi, comme s'il ne pouvait pas lutter contre. Les scènes de liquidations des vilains sont souvent hors-champ, pour ne pas charger le film en violence, et on découvre un Dwan sensible et tourmenté, qui se pose réellement la question de la viabilité de l'auto-défense et de la vengeance.

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Les décors sont superbes, depuis l'hacienda familiale jusqu'aux hauts sommets de la frontière mexicaine, et Dwan en tire tout le jus qu'il peut. On sent un goût classique pour l'architecture traditionnelle et la peinture flamande dans cette utilisation des ombres portées, des angles, des ouvertures (superbe dernier travelling quand, tout étant consommé, la caméra vient cadrer un paysage ensoleillé par la fenêtre). Tout ça est fait avec une modestie qui l'honore, jamais il ne se met devant ses acteurs, tous excellents. On retrouve le bon vieux Lon Chaney en méchant number one, qui monte à cheval comme un cochon (le canasson a l'air de le maudire), mais qui continue à avoir l'air suant et baveux même dans la belle bagarre qu'il mène avec Wilde. Il y a aussi Raymond Burr en policier las, et surtout la magnifique, rigolote, garçonne et craquante Yvonne de Carlo, qui amène là-dedans une énergie folle. Il y a enfin la splendide dernière demi-heure, une course lente entre deux hommes dans la neige et la tempête, ces deux hommes eux-même poursuivis par deux groupes de personnages. On ne se perd jamais dans la progression pourtant errante de tout ce petit monde, grâce à une mise en scène en cadres magnifiques et un montage très fluide. L'obsession sans faille de ce cow-boy malheureux a tout de la folie, et il passera à travers tempêtes, blessures et froid pour trouver enfin la sérénité ; une fin d'ailleurs étonnamment optimiste vue la teneur du film, qui sans le lumineux regard de Dwan sur la campagne californienne, serait d'une noirceur terrible. Comme quoi c'est pas si difficile de réaliser un bon western sans se la péter.

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Go west, here

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Black Mirror saison 4 - 2017

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Excellente cuvée que cette saison 4, après quelques errances : Black Mirror revient en force, toujours sur le fil entre comédie et thriller, sachant à chaque épisode relancer votre attention et vous embarquer dans son petit monde connecté, en variant les styles, les genres et les inspirations. A la base, toujours cette crainte du futur, toujours cette volonté de pousser le bouchon des trouvailles technologiques récentes pour en dévoiler les dangers possibles, toujours cette ironie sur le progrès, qui pourrait en faire une série un peu réac ; c'est sans compter sur le regard souvent très pertinent sur la modernité, qui s'appuie visiblement sur la réalité, et qui fait de chaque petit film une réflexion sans façon sur l'avenir, documenté, sérieuse, valable. Ma préférence ira d'une courte tête au premier épisode, véritable petit blockbuster fauché qui marque des points au niveau de l'impertinence et du ridicule : un film sur l'avenir possible des jeux vidéo, où il est permis de se venger des petiesses de votre petite vie de bureaucrate dans des jeux immersifs où les rôles sont inversés. On y voit un "homme sans qualité" introduire dans son univers fantasmatique (Star Trek et l'esthétique ringarde des années 60) ses collègues de bureau, qui se voient ainsi prisoniers de cet univers virtuel. Ce qui est le plus cruel là-dedans, c'est l'étroitesse d'imagination de ce type, reproduisant son esthétique de geek mal-grandi dans des jeux hyper-complexes, se nourrissant de pizzas et projetant sa sexualité frstrée dans ce monde de carton-pâte. L'épisode est de plus très fun, assez tendu, et fort bien joué par des acteurs qui ne se prennent jamais tout à fait au sérieux. A mon avis, mon voisin du dessus, qui a l'air de décharger son agressivité devant Grand Theft Auto et lui balance toutes les insultes de la terre ('tain ta mère toi son fils de pute de merde de ta mère!), devrait en prendre de la graine.

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Beaucoup aimé aussi l'épisode 3, un vrai polar qui prend appui sur une machine qui scanne les souvenirs récents des gens pour résoudre une enquête. Difficile d'assassiner quelqu'un si on peut visionner tranquillou vos dernières pensées : une chose que Mia (géniale Andrea Riseborough) n'avait pas anticipé et qui va la plonger dans une spirale de violence qui ne s'achèvera que dans un twist final impeccable. John Hillcoat filme ça comme un vrai thriller, très attentif aux ambiances et au rythme de la chose, et va tout droit son petit bonhomme de chemin radical : on se retrouve du côté de cette pauvre femme, assassin malgré elle, et qui se transforme en véritable monstre. Un bon point également pour l'épisode suivant, qui réfléchit sur les possibilités des sites de rencontres, au scénario un peu confus sur la fin mais qui parvient à transformer l'amour en véritable chemin de croix : il s'agit de trouver le partenaire idéal, et pour ce faire de tester pour des durées déterminées (de quelques heures à... un an !) des candidats potentiels. Tim Van Patten à la réalisation se moque aussi bien de ces gens qui changent de partenaire chaque soir que de ces gusses se contentant de quelqu'un qui n'est pas fait pour eux, pour mieux conclure sur une note romantique bienvenue : c'est peut-être le premier qui est le bon. Mon voisin du dessus, harnaché à une harpie qui n'écoute que du Jul, devrait en prendre de la graine. L'épisode 5 est un efficace "surviving" qui souffre d'une réalisation clicheteuse (un noir et blanc inutile, un sérieux papal, des tics de jump-scare fatigants), mais qui invente une bête 2.0 parfaitement effrayante : un robot sur-équipé et invincible, qui a tout du chien de chasse, lancé à la poursuite d'une brave bonne femme. Un cauchemar.

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Les deux autres sont plus oubliables, le 2 (réalisé par Jodie Foster) parce qu'il se sert de la technologie comme d'un simple alibi pour réaliser un mélodrame qui n'avait pas besoin de ça, le dernier parce que, voulant mélanger trop d'histoires en une seule, il perd en cohérence, hésitant entre farce macabre à l'ancienne (on pense à Creep Show) et réflexion puissante sur la douleur, les nouvelles façons de torturer ou la lutte contre la mort : il y avait de la place pour trois films, le réalisateur essaye de les cumuler toutes en une, et se vautre dans un flou artistique complet, un scénario flou et une réalisation à l'arrache. Au final : 4 épisodes fun et passionnants sur 6, c'est beaucoup plus que la plupart des séries contemporaines, non ? On attend la saison 5 avec une impatience proche des petits sauts nerveux.

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Une Nuit à l'opéra (A Night at the Opera) de Sam Wood - 1935

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Ce qu'il y a de formidable avec les films des Marx Brothers, c'est qu'ils n'ont besoin de rien : ni de metteur en scène, ni de scénario, ni d'histoire, ni même d'exigence technique particulière. Importent seulement la simple présence des frangins, le nombre de vannes à la minute que Groucho est capable de balancer, le nombre de grimaces impayables que Harpo peut amener simultanément sur son visage, le nombre d'âneries que peut énoncer Chico par scène. Une Nuit à l'opéra est donc assez emblématique de leur façon d'envisager le cinéma : on réunit quelques punch-lines et quelques situations improbables, on réunit ça dans un pseudo-scénar, on engage un anonyme pour placer sa caméra au bon endroit au bon moment, et le tour est joué. Peu importe que ce soit Sam Wood ou Georges Untel qui réalise, son travail ne se voit pas à l'écran. Par contre la présence sur-envahissante de Groucho fera tout le sel du film. Le bougre, c'est vrai, s'en donne à coeur joie : il ne doit pas y avoir une seule réplique banale dans ce film, le gars est en sur-régime pour balancer du calembour, du contre-sens, de l'absurdité et de l'irrévérence sur un rythme frénétique. Le personnage, un profiteur capable de bouffer à tous les râteliers, dragueur par intérêt, adepte de l'opéra comme moi de la ligue 2, est foncièrement antipathique ; pourtant, Groucho renverse le regard qu'on porte sur son personnage : on l'adore, et on attend sans arrêt sa prochaine saillie, la plupart du temps impertinente, égoïste et malpolie, avec un bonheur total. Un mélange d'érudition (ses jeux de mots sont complexes, souvent intraduisibles d'ailleurs) et de régression (son plus grand plaisir est de troubler l'ordre bien établi d'un spectacle d'opéra, de voir jusqu'où on peut remplir une cabine de bateau étroite, ou de scandaliser la grosse dondon de service). Il joue comme un pied, autant le dire, et il est génial : toujours à distance de son rôle, toujours dans une sorte de méta-humour qui n'oublie jamais qu'il est avant tout au spectacle, il fait rouler ses yeux globuleux en hurlant des bêtises, et on applaudit. Le film est une entreprise de destruction du politiquement correct, représenté ici par l'opéra, de perversion du système par la farce : le fond de commerce des Marx, mais qui trouve ici une sorte de paroxysme.

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Il faut dire que le spectateur en a pour son argent. A côté de l'humour assez savant de Groucho, on voit deux types d'humour se développer : Harpo est en charge de la partie burlesque, lui aussi joue comme une patate et lui aussi est génial. Hystérique, il représente l'enfant dans un monde d'adultes, qui ne peut résister à se coucher dans le plat ou à appuyer sur un klaxon rien que pour voir ce qui va se passer. Curieux contraste d'ailleurs, quand ce pitre incontrôlable nous sort son habituel morceau de harpe : la délicatesse de l'instrument tranche vraiment avec ses acrobaties faussement maladroites. C'est lui qui se taille la part du lion dans le final, une poursuite à la verticale dans les cintres et rideaux du théâtre, vrai numéro d'équilibriste au cours duquel il n'oublie jamais de balancer la petite grimace qu'il faut ou le "pouet-pouet" qui va déranger la représentation. Enfin, Chico est plus difficile à situer : c'est à la rigueur le plus sérieux des trois, c'est lui qui fait le lien scénaristique avec les seconds rôles (tous anecdotiques), mais on lui octroie pourtant quelques morceaux de bravoure, notamment un monologue très marrant où il est censé raconter une expédition en avion qu'il n'a jamais faite ("nous avions parcouru la moitié du chemin quand nous nous sommes aperçus que nous avions oublié l'avion"), ou un numéro de pianiste assez virtuose. Un comique plus discret, doté d'une personnalité moins anarchique (il peut même ressentir l'amour), mais qui fait le lien entre les deux comiques antinomique de ses frères. Les trois rassemblés donnent une sorte de spectacle total, et malgré la mièvrerie de la trame principale, malgré l'anonymat de la mise en scène,malgre un défilé d'acteurs faire-valoir à leur côté, on se marre franchement pendant 1h30.

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15 janvier 2018

Lady Bird (2018) de Greta Gerwig

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Nous revoilà donc en début d'année où l'on teste généralement les différentes œuvres ricaines qui ont le plus de chance pour les Oscars et autres prix à la con. Nous jetâmes donc notre dévolu sur cette petite œuvre adolescente située au début des années 2000 (cela a toujours un côté sympathique le vintage, même si on ne voit pas franchement l'intérêt vue la teneur du scénario). Dès la première séquence, on peut tomber sous le charme de cette piquante rousse (les rousses sont toujours piquantes), qui, suite à une discussion houleuse avec sa mère, décide de se jeter de la bagnole lancée à bonne vitesse. Oui, les parents c'est chiant quand on est ado et cela vaut le coup parfois de se casser le bras ne serait-ce que pour le marquer le coup. Ensuite, c'est un peu toujours la même chose ; il s'agit de décrire les tourments, les envies, les petites folies d'une ado un poil original (elle est rousse mais on l'a déjà dit), autrement dit, en commençant par la famille : sa relation avec sa bonne pâte de père dépressif, les tensions avec une mère sur les nerfs, les rapports distendus avec son frère... vient ensuite, mes bonnes gens, le rayon amical et sexuel : la bonne grosse copine trop marrante que l'on quitte pour une bonasse friquée avant de revenir à la raison (la bonne grosse copine sera toujours la meilleure copine qu'on peut avoir puisqu'il ne serait question avec elle de quelconque compétition) ; le premier flirt avec un individu un peu féminin qui se révèle justement gay (c'était fendard en 2002 - maintenant on ose plus en rire : le jeune bi n'est plus source de comique, faute de goùt, donc) ; le second flirte avec un type aux cheveux longs qui se la pète et qu'on jette en même temps que le préservatif à peine usé. Du grand classique de la "comédie américaine adolescente" me direz-vous avec ici ou là ces petites réussites (quelques bonnes réparties bien envoyées : il est toujours bon de balancer deux ou trois bonnes one-line jokes originales) et ces éternels vautrages (on part sur le portrait d'une ado un brin "border line" (juste un brin, elle est...) et on termine sur une morale à la con, doucereuse comme pas possible (maman je t'aime et tu me manques trop et puis tiens j'ai comme soudain l’envie, c'est dimanche, d'aller à la messe, cela me rappelle trop mon enfance)... Bref, un dernier quart d'heure vraiment en trop (on suit les débuts de la chtite dans une fac "de l'est", elle, la gamine de Sacremento (Moulins avec le soleil) qui rêvait de sortir de son trou...) après une heure et quart un peu dispensable, certes... On aura au moins eu l'occasion de découvrir la pétillante Saoirse Ronan et de prendre des nouvelles de la comédie ricaine new generation (qui reste collée quinze ans en arrière, c'est un fait). Léger, léger.

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L'Eté de Giacomo (L'Estate di Giacomo) (2012) de Alessandro Comodin

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Vous aimez les films pastoraux, sensuels, libres où il ne se passe rien ? Cette oeuvre de Comodin, entre docu et fiction, est résolument pour vous ; après avoir passé un quart d'heure à suivre dans la forêt les déambulations d'un jeune sourd et de sa jeune amie (simple amie d'enfance ou flirt éventuel ?), nos deux héros débarquent au bord d'un lac "couleur Maldives" - cela constitue déjà un cinquième du film... Est-ce une sorte d'errance à la Van Sant, un reportage forestier à la Weerasethakul ? Comodin n'a peut-être pas le même talent que ces deux pointures mais livre un film d'une grande liberté (on est constamment sur les basques de nos deux jeunes gens, sans que la caméra semble être là) d'où émerge une sensualité brute, pure. On aura droit à d'autres épisodes estivaux (la fête foraine, le bal, la balade en vélo...) sans qu'il y ait forcément énormément de paroles échangées (des petites discussions légères et badines) mais il continuera de se dégager de ces diverses séquences une réelle vitalité ; ce côté authentique, pris sur le vif est la grande force de ce petit film qui n'est pas, vous vous en douterez, sans quelques longueurs... Parce que forcément, notamment si l'on est sceptique sur le concept (tiens je vais suivre, en portant vaillamment ma caméra sur l'épaule, un petit couple le temps d'un été lors de leurs balades - super !), on peut aussi s'emmerder royalement - ça, je ne nie pas. Mais si jamais les brouillards de l'hiver pèsent trop sur vos têtes, ce film italien sera ouvrir des brèches ensoleillées dans votre âme. Pas plus que cela, mais pas moins non plus.

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Voyage à travers le Cinéma français de Bertrand Tavernier - 2016

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Un bon gros foutoir que ce docu "réalisé" par le bon Tavernier qui, en ses vieux jours, décide de rendre hommage non au cinéma américain qu'il chérit mais au cinéma français. L'occasion de voir sa cinéphilie, qu'il a immense, au service de ce cinéma qui n'eût pas encore l'heur d'une rétrospective complète. Eh bien le travail reste à faire. Tavernier est aux abonnés absents pour ce qui est de la construction de son film, réalisant un capharnaüm d'images, de souvenirs, d'anecdotes, qui ont bien du mal à coller ensemble. C'était peut-être le projet, après tout, l'ambition de parler de tout le cinéma français en 3h15 étant vouée de toute façon à l'échec. Mais là, le gars en fait un peu trop dans la nonchalance et la flânerie : privé de quelque ambition formelle que ce soit, passant sans vergogne du long hommage à un cinéaste à l'évocation d'un musicien, d'une déclaration d'amour à Jean Gabin ou à Melville à une interview de Tavernier en studio, d'une anecdote sur tel ou tel acteur à une critique de presse, le gars rate complètement l'occasion de réaliser une sorte d'encyclopédie personnelle du ciné hexagonal, collant bout à bout des courts-métrages qui n'ont rien à voir les uns avec les autres.

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Prise telle quelle, chacune pour soi, chacune des séquences peut à la rigueur être intéressante. Tavernier met l'accent sur tel travelling imparable chez Carné, sur tel faux plan-séquence chez Renoir, sur l'utilisation du même escalier dans les films de Melville ; il nous sort de solides anecdotes sur le flou politique de Renoir, sur Eddie Constantine qui en avait marre des bagarres, sur les acteurs qui se sont engueulés avec Melville, sur les musiques introuvables de Maurice Jaubert, sur le record de spectateurs (0 à la première séance) de L'Oeil du Malin de Chabrol ; il raconte son amitié avec Sautet, réhabilite Gréville, vénère Becker, revoit Carné à la baisse, ignore Truffaut, affirme son attachement pour tel ou tel mini-détail dans tel film raté... Tout ça est bel et bon, et il est bien agréable de retraverser ainsi quelques années (en gros, des années 40 à la fin des années 60) de notre bon vieux cinoche. Mais à force de s'attarder indûment sur quelques personnages (Gabin, Constantine, Sautet...), il n'a plus le temps de parler des autres, et gâche pas mal de pellicule à nous raconter des histoires pas toujours géniales, en occultant tout un pan d'histoire. On ne dénombrera pas le nombre d'oubliés, du cinéma muet au cinéma contemporain, après tout le film est subjectif, et il a le droit de préférer Léon Morin prêtre à Léos Carax. Mais on déplorera ce montage erratique, qui se perd dans des longueurs infinies alors qu'il y avait matière à rendre une copie pleine comme un oeuf. Finalement on a l'impression que Tavernier a plus parlé de ses potes que du cinéma français : aucune perspective historique (sauf pour balancer sur Renoir), aucun regard vers le cinéma "parallèle", peu de notations sur le style concret des cinéastes (la cinéphilie de Tavernier est plutôt instinctive, émotionnelle, rejoignant ainsi celle de Scorsese qui fit jadis le même exercice sur son cinéma national à lui) ; mais une tendresse affirmée pour ses grands amis. C'est souvent ça la vieillesse : s'enfermer dans un hommage un peu gavant aux gens dont on a croisé le chemin, et oublier tous les autres, voir Delon et ses "il est parti rejoindre Romy et Lino" à chaque décès d'acteur. La vraie histoire du cinéma français reste à faire, et je propose que Godard s'y colle : au moins, lui n'a pas d'ami.

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Leatherface de Julien Maury et Alexandre Bustillo - 2017

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Bon, n'y allons pas par quatre chemins : Leatherface est nul. J'aurais dû m'en douter, direz-vous, vu le nom des réalisateurs (Maury et Bustillo, c'est les Lelouch et Besson du cinéma d'horreur), et vu tout le bien que je pense de Texas Chain Saw Massacre. Eh bien c'est pire que ça : les deux complices saccagent complètement le film original, et c'est même à croire qu'ils ne l'ont pas vu. Ils y ajoutent ce qui a ruiné le cinéma d'horreur contemporain, l'ingrédient diabolique que tous les tâcherons du genre utilisent, le hochet que tous les nullards brandissent : la psychologie. Massacre à la Tronçonneuse étant peut-être le film le moins psychologique du monde, on peut grimacer. Aucune explication mentale, aucun personnage, aucun scénario même dans le chef-d'oeuvre de Hooper ; c'est justement son nihilisme, son aspect punkoïde et crasseux, l'absence totale d'explication, qui en fait un grand film. Maury et Bustillo s'enfoncent donc dans l'inverse, et livrent un objet totalement affreux : le brave Leatherface (car, oui, le gars n'était pas méchant à la base, faut pas croire) est un petit garçon brimé par sa famille qui l'oblige à décimer du figurant. Devenu quelque peu perturbé, il se retrouve enfermé dans un asile hyper-sécurisé d'où il s'échappe avec quelques autres fêlés sanguinaires et une infirmière pas sanguinaire. Commence alors une cavale sanguinaire, de laquelle notre infirmière n'arrivera pas à s'extraire malgré les 174 opportunités et qui va conduire à la folie définitive et peu saine de Leatherface. Il finira même (tant pis, je gâche le film, ils avaient qu'à pas me gâcher ma soirée) par décapiter la belle, dans un revirement de caractère qu'il faudra bien un jour que les gars expliquent parce qu'on n'y comprend rien. Bon, on va me dire, peu importe l'histoire, l'important est que ça gicle. Oui, certes, mais je vous arrête : là aussi, c'est une très mauvaise lecture du premier opus, très peu sanglant. Maury et Bustillo font rentrer la franchise dans le gore, et trahissent ainsi l'esprit si précieux de Tobe. D'autant qu'ils sont bien nazes aussi de ce côté-là, même si on exclue la série : du film plan-plan, parfois incohérent (un mort trouvé dans une caravane, qui ne sert à rien d'autre qu'à une scène de sexe crade, un flic ripou qui s'avère être encore plus méchant que la famille de Leatherface), clinquant, rempli de fumigènes à la con et de lumière rasante de studio. C'est un ratage intégral, jamais un petit frisson, un gros navet.

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LIVRE : Capitaines Courageux (Captains Courageous : a Story of the Grand Banks) de Rudyard Kipling - 1897

A36354Vous me voyez à présent au jus de la technique de pèche à la morue au large des Grands Banks, encore une corde à ajouter à mon arc. Kipling a semble-t-il découvert ce petit monde coloré par hasard, et nous en livre sa vision dans ce roman amusant et un peu oubliable, qui donne sa dose de dépaysement tout en vous laissant enfoncé dans votre fauteuil favori. Harvey est un fils de millionnaire qui tombe malheureusement du cargo luxueux sur lequel il était embarqué ; il est alors recueilli par une bande de joyeux pêcheurs,et durant les mois qui suivent, va travailler avec eux pour gagner son pain, redécouvrant les vertus du labeur et de la solidarité avant de retrouver son berceau doré. D'abord égoïste et capricieux, il va se frotter, au contact du brave capitaine Troop et de ses solides compagnons, au métier sans concession de la mer, et devenir très vite un vrai petit marin. Kipling ne joue pas les Melville ou les Stevenson : pas de cannibales, de pays exotiques ou de gros coups de tempête dans Capitaines Courageux : simplement le quotidien de ces hommes, assez réalistement décrit, dans ses moments terribles (la mort des hommes, la misère, les veuves restées au port) et dans ses moments joyeux (les chansons, les récits, les bonnes blagues, les personnages hauts en couleurs). Intéressant d'apprendre par la bande, tout en restant dans le récit, quelques techniques, quelques termes qui nous font pénétrer ce monde à part, beaucoup moins glamour que celui des marins au long cours, mais qui comporte suffisamment de détails croustillants pour mériter l'intérêt. Par exemple, la concurrence entre bateaux, les moqueries entre nationalités, ou la sorte de solidarité fragile mais émouvante entre pêcheurs du même bord. Harvey trouve en Troop un père de remplacement, une autre façon de voir la vie, et on reconnaît bien là notre Kipling avide de toute expérience : pour devenir un être complet, il faut que Harvey en passe par cette période "d'orphelinage", apprenne la vie par l'expérience et la dureté. Ce n'est qu'à ce prix-là qu'il deviendra un homme (mon fils).

D'autant que si le roman manque un peu de surprises dans cette partie maritime, il devient relativement profond dans son dernier tiers. Quand le bateau rentre au port, Harvey retrouve sa famille. On pouvait s'attendre à une critique en règle du monde des nantis opposé à celui, simple, des marins ; que couic. Le père (justifiant le pluriel du titre) s'avère être exemplaire, distribuant ses largesses pour améliorer la vie de l'équipage, mais surtout portant sur son fils un regard neuf et juste. C'est peut-être le personnage le plus attachant du livre, sa richesse ne l'a pas abîmé, et il donne à Harvey les conseils d'un sage. Dans un dernier chapitre court, on voit se réaliser le fantasme politique ultime : concilier riches et pauvres pour créer un monde harmonieux. Bien belle idée utopique mais forte, malheureusement démontrée pour cette fois par un style un peu heurté, qui manque nettement de fluidité : c'est la marque de Kipling de chercher une façon de décrire les choses qui soit plus en phase avec la vie, privée des forfanteries littéraires habituelles ; mais cette fois, il nous perd un peu dans les méandres d'une écriture déséquilibrée, qui met à égalité les moments forts et les moments  plus faibles, et manque ainsi de vrais pics d'émotion. Le livre ne rentre donc pas dans la catégore des grands romans maritimes, mais il a au moins le mérite de présenter des personnages forts et de tenter le coup du livre marxiste avant l'heure.

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Dans un Recoin de ce Monde (Kono sekai no katasumi ni) (2017) de Sunao Katabuchi

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Un dessin très sobre pour une histoire sans bruit ni fureur autour de l'un des événements les plus affreux du siècle dernier : les bombardements des alentours d'Hiroshima avant le flash cinglant de la fameuse bombe. On suit le destin d'une jeune et frêle jeune fille, Suzu, qui quitte soudainement sa famille pour aller s'installer chez son futur mari. On suit son quotidien en temps de guerre dans cette petite maison perchée sur la colline entre ses beaux-parents, sa belle-soeur et la fille d'icelle, et son très jeune mari engagé dans la Marine. Chaque scène est une sorte de petite vignette mettant en scène des gestes simples (faire à manger avec deux sardines et trois racines, coudre un nouveau vêtement...), où se font parfois entendre de simples rires, où l'on perçoit parfois de légères tensions qui ne durent jamais... Suzu est appliquée, sage, docile, toujours prête à rendre service, jamais la première pour se plaindre. Dit comme cela, cela pourrait sonner comme un peu mou mais on se laisse gentiment bercer par cette douceur tranquille, par ce scénario qui ne cherche pas les éclats... Et pourtant des éclats (d'obus surtout) il y aura, tant cette ville à proximité d'un port sera pilonnée. Plus les réserves alimentaires baissent, moins les habitants sont épargnés par toutes sortes de bombes, des traîtres bombes à retardement (le moment le plus déchirant du film, pour le coup) aux bombes incendiaires... Suzu voit tomber les gens dans son entourage les uns après les autres mais tente de garder le cap et la foi.

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Attachant personnage que cette petite fille tout juste sortie de l'adolescence qui prend plaisir à dessiner avec simplicité les acteurs de sa vie et les décors alentours. Sans que l'on sache vraiment si elle est heureuse ou pas (elle se retrouve loin des siens auprès d'un mari pas vraiment expansif...), on apprécie l'humilité et le charme discret de cette petite héroïne jamais à court d’idées. Les personnages en général semblent dessinés d'un simple trait mais parviennent, grâce à ce scénario qui accumule les petits riens, à acquérir une certaine force, un vrai relief. Plus d'ambition est mise dans la peinture des navires de guerre ou des lâchers de bombes comme pour mieux souligner le futur carnage (bateau à l'eau et ville rasée). Katabuchi signe au final un dessin-animé d'une grande délicatesse, une sorte de petite dentelle nippone, sur un sujet éminemment sombre. Joli rayon du pays du soleil levant.

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Les Croix de Bois (1932) de Raymond Bernard

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Voilà un réalisateur français qu'exhume la collection Criterion et que je découvre avec vous (on va dire) - il est également responsable d'une version de 6 heures des Misérables mais là c'est pas sûr que je trouve un vendeur chinois pour me trouver ça. Bref, à partir du roman de Roland Dorgelès, Bernard nous plonge jusqu'aux racines dans la vie des poilus. L'enfer quotidien des tranchées comme si vous étiez, en direct des studios de Joinville, une plongée dans l'horreur qui ferait passer le Soldat Ryan pour un spectacle de guignols.

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Première image et premier choc: des soldats en rang d'oignons qui se retrouvent rapidement superposés à l'alignement de croix dans un cimetière. Déjà ça calme. La fin du film sera tout autant terrible et inspirée avec ce défilé pour la parade dans un village de soldats morts de fatigue avec en surimpression dans le ciel une armée d'estropiés en route vers le paradis ou l'enfer, puis des images de l'arrière avec des femmes qui dansent et l'argent qui tombe du ciel vite remplacé par des gerbes funéraires qui tombent du ciel sur le champ de bataille. Tu vois ça en 32, tu réfléchis à deux fois avant de crier "hourra, vive la France" en 39. Le héros, l'Adjudant Gilbert, joué par Pierre Blanchar ressemble comme deux gouttes d'eau (de boue même) à Hippolyte Girardot (incroyable non?) ce qui nous le rend automatiquement sympathique. Antonin Artaud lui ne ressemble bien qu'à lui-même. Voilà donc notre recrue Gilbert qui fait la connaissance de son régiment; s'il est tout fier, les autres ont vite fait de le mettre au jus et, dès l'arrivée dans les boyaux de la mort, ça fanfaronne déjà moins. Il faut dire d'abord que les Allemands, c'est comme au football, ils ont une grosse défense. Quant aux contre-attaques (l'équipe du Brésil féminin en a fait les frais ce week-end, pour les spécialistes), elles sont souvent décisives: les Boches ne dorment jamais et passent la nuit à creuser comme des taupes jusqu'aux lignes ennemis; ils finissent par y mettre une mine et toute une équipe de 11 joueurs avec les 4 artilleurs-remplaçants part en fumée; heureusement pour notre Gilbert que la relève était arrivée juste 5 minutes avant, mais franchement, ça glace. Et puis vient le grand jour de l'attaque, 10 jours sans fin, à crapahuter comme des malades dans une région pas super touristique et rendu impraticable par les coups de boutoir de nos amis les Boches. Les explosions n'arrêtent jamais, et il se peut qu'on ait manqué de bombes en 39-40 à cause de ce film. C'est un véritable feu d'artifice et tous nos courageux soldats tombent les uns après les autres. Ils finissent même par se retrouver dans un cimetière à se cacher dans les tombes ouvertes au ciel ce qui ajoute au côté glauque de l'histoire...

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La caméra de Bernard se fait ultra-réaliste (il n'hésite pas à faire du caméra à l'épaule et le montage est d'une fluidité impressionnante); même lorsque les images sont un poil accélérées, cela ajoute à la panique de nos hommes; ça hurle, ça râle, ça déchiquète, on se croirait dans Voyage au bout de la Nuit aux côtés de notre Ferdinand. Le noir est d'une noirceur impassible (superbe travail de rénovation au passage) et nos hommes de passer leur temps à serrer des dents et des fesses (moi on m'y prendrait pas deux fois). Bernard ne cherche en rien à faire un portait à charge des ennemis, il se contente de montrer simplement de pauvres bougres qui se tirent les uns sur les autres comme la misère s'abat sur le pauvre monde. La solidarité entre les hommes, leurs petits mots de soutien échangés en passant n'y changent rien, ils courent à l'abattoir, destinés à être abandonnés morts ou mourants sur cette terre en ruine. "Ils nous useront jusqu'au trognon, jusqu'aux pépins même" s'exclame un de nos gars en pensant aux gradés bien calfeutrés. Croix de bois, croix de fer, un des films les plus réussis sur la boucherie de la guerre.  (Shang - 02/10/07)


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Oui, un film honnête sur une boucherie, qui force le respect par son réalisme et son humanisme. Il y a dans le portrait de ce peloton banal toute une époque, toute une façon de parler (malgré un son abominable, on est dans les débuts du parlant), toute une façon d'être, que la guerre a broyées. Bernard s'arrête avec amour sur chacun de ses personnages, le brossant à traits certes un peu caricaturaux (il y a l'intello sensible, le va-t-en-guerre, le noble et courageux commandant, le rigolo, etc.), mais accordant son intérêt pour chacun d'eux. Si décidément Pierre Blanchar n'est pas l'acteur du siècle, on remarque que Bernard utilise à merveille son physique étrange d'aigle cabossé: ce sera son personnage-fil rouge, le témoin du massacre. Face à lui, donc, un défilé de trognes assez irrésistible, et qui vont s'écrouler peu à peu sous les obus. Les scènes de bataille sont très spectaculaires, et même si les tranchées paraissent un peu trop propres, même si les conditions de vie des soldats sont un peu embellies, on ressent physiquement le poids des bombes, l'attente, l'effroi des assauts... Bernard n'est jamais binaire dans sa façon de voir les choses : la très belle scène où les Français regardent subrepticement un Allemand chanter un air au fond de sa tranchée montre bien que son opinion sur la guerre est loin d'êre manichéenne : pour lui, c'est un massacre, point, dans les deux camps, et c'est un massacre inutile. Un des films les plus honnêtes sur le sujet.   (Gols - 15/01/18)

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Le Mercenaire de minuit (Invitation to a Gunfigher) de Richard Wilson - 1964

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Bien paresseux, ce western, réalisé pourtant par un assistant d'Orson Welles. Sur un scénario qui ne tient pas la route une seconde, Wilson réalise un machin plein de trous et d'incohérences, oublie de diriger ses acteurs et, malgré les bonnes intentions, délivre un film exsangue et tout boiteux. Dès le départ, le naufrage s'annonce : Matt Weaver est interprété par un jeune George Segal absolument nul, il suffit de le regarder courir en zig-zag sur les scotchs pour s'en apercevoir. Le gars donc rentre chez lui après la guerre de Sécession pour se rendre compte qu'un salopard s'est octroyé ses terres et les a vendues. Ni une ni deux, le gars flingue le nouveau proprio et va demander des comptes au spolieur. Mais celui-ci (le caricatural Pat Hingle) est le maître de la ville, et retourne toute la population contre le jeune homme ; il va même jusqu'à engager un mercenaire sans pitié (le trouble Yul Brynner) pour liquider le gars. Notre mercenaire (de minuit, dit le titre français, et j'aimerais bien qu'on m'explique) exécutera-t-il sa sinistre tâche ? ou, par amour pour la belle Ruth (la transparence faite actrice), épargnera-t-il icelui ? Le film est tout entier concentré sur l'attente du fameux jour J, notre homme froid et sans pitié étant gagné peu à peu par un dégoût des gens qui l'ont engagé et par une remise en question de ses principes moraux et politiques.

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Ce ne serait que ça, on voudrait bien attendre le duel final sagement nous aussi. Mais les scénaristes ont voulu densifier les personnages, et notamment le mercenaire, par une bio qui finit par être aussi lourde que peu crédible : Jules Gaspard D'Estaing (oui, c'est son nom) est un Créole issu de l'esclavage, et a transformé la douleur de son passé en misanthropie et en violence. Il trouve donc dans le paria qu'il est censé assassiner un alter-ego : celui-ci est un rebelle dans son camp, et son côté "seul contre tous" finit par rencontrer un écho chez le mercenaire. Son opinion se retourne alors complètement, lourdement, et Brynner aimerait bien donner à son personnage la complexité dûe : monstre froid au début, il se change comme une fleur en cow-boy au grand coeur. Il va même se retourner contre la ville entière, dans une scène un peu gênante et incompréhensible où, bien bourré, il se met à détruire méthodiquement le décor, devant les yeux effarés de la population On veut bien croire que la fascination presque mythique qu'il engendre empêche toute offensive contre lui, mais là, quand même il est en train de détruire le saloon, bordel... Pour punir le gros méchant, il le fait mettre à genoux devant un âne et réciter un mea culpa niaiseux : on en attendait un poil plus, vue l'attente... Bref, le film accumule les maladresses et les scènes ratées, beaucoup aussi à cause des acteurs, Brynner en tête : il est d'un bloc, alors que pour jouer un scénario aussi acrobatique, il aurait fallu de la dentelle. Le face-à-face final n'arrivera jamais, et on quitte ce film comme Yul : un peu dubitatif, pas très sûr de ce qu'on vient de voir.

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Go west, here

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Female (1933) de Michael Curtiz (& William A. Wellman & William Dieterle non crédités)

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L'ami Michael (avec le soutien des deux William, en particulier le premier honteusement non crédité) réalise un film féministe... à double tranchant. En effet, dit-il, si Ruth Chatterton se plaît à jouer les femmes à poigne (elle dirige un des fleurons de l'automobile, un exploit en 1933), s'il fait bien plaisir de la voir diriger toute une armée de mecs qui lui obéissent au doigt et à l'œil, force est de constater que la petite morale finale... est diablement rétrograde. Après nous avoir montré les compétences professionnelles de la belle Ruth, sa capacité à réagir au quart de tour à un coup de fil, à diriger une réunion, à commander des hommes, après nous avoir décrit les exploits de cette mangeuse d'hommes (plutôt que de perdre du temps au taff, elle les convoque chez elle le soir venu et leur propose tranquillement une petite partie de jambe en l'air, le temps d'une soirée arrosée de vodka : voilà... Il y a presque du Harvey chez la Ruth si on se plaisait à vouloir confondre les genres), les cinéastes semblent ensuite faire machine arrière : Ruth se conforme bêtement aux propos de l'un de ses hommes de main ("vous n'êtes qu'une femme..." - Diable) et de son amoureux plus dominateur que moi face à un moustique blessé (femme = amour, mariage, enfant ; là est ton rôle nom de Dieu) ; pire, elle est la première à reconnaître que ce statut de dirigeante de grande entreprise ne lui convient pas... Du coup, après avoir applaudi à deux mains toute l'audace vintage de ce portrait de femme, on ressort la mine un peu abattu : bon, tu t'es bien amusée, maintenant retourne au foyer et restes-y scotchée, Chatterton.

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La Ruth en tout cas ne se refuse rien dans un premier temps : directive au boulot, elle l'est encore plus chez elle lorsqu'elle ordonne aux jeunes invités de rejoindre son divan (elle jette un cousin sur celui-ci pour que les petits toutous aillent s'y coucher gentiment et s'y montrent "enthousiastes") ; elle est comme ça, en Ruth ma brute. Plusieurs types un peu niais y passent jusqu'à ce qu'elle tombe sur George Brent, un type auquel on ne la fait pas, c'est lui l'inventeur de la boîte de vitesse automatique (bon). Le George n'est pas du genre à obéir aux caprices de madame, à céder à ses moindres demandes, cheffe ou pas cheffe. Forcément, il marque des points (la Ruth aime qu’on lui résiste, bouh) et dès lors qu'elle se montre un peu plus aimable, bing, il la demande en mariage : il est comme ça le George, tout ou rien... Comme elle est prête à lui laisser en plus les rênes de la compagnie (à lui l'homme viril... grand temps pour elle d'aller apprendre à faire des lessives), on se dit que les thirties n'étaient pas encore super prêtes à l'égalité des sexes... Mais il y avait au moins des tentatives louables. On reste malgré tout sur la bonne impression de la première partie (le franc parler de Ruth, son énergie, son abattage...), on laissera volontiers la seconde aux mâles conservateurs...

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La Forme de l'Eau (The Shape of Water) (2018) de Guillermo del Toro

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Il est étrange et basique, ce Guillermo del Toro, à l'image de ses films. Ainsi, force est de reconnaître le bon vieux travail d'artisan du gars qui sait créer une atmosphère, inventer des personnages, construire des plans de caméra impossibles. Au début, on est toujours assez ébaubi devant ses petits dons de faiseurs. Jusqu'à ce qu'on s'intéresse à l'histoire, j'ai envie de dire. Ici, pas la peine de chercher à la faire simple, tout est simpliste : une femme de ménage muette (elle aurait pu aussi boiter mais cela aurait ralenti le scénario) tombe amoureuse de la créature du lagon noir (ou son frère) que les Ricains ont pêché quelque part en Amérique du sud. Bon. Elle veut le sortir des mains de méchants scientifiques mais ce salopiot de Michael Shannon veille... Et lui, c'est pas un drôle, il est même du genre violent... Sur une petite musique gentillette améliepoulainienne (au moins au départ, musique que l'on doit à l'incontournable Desplat qui fait dorénavant toutes les musiques de film), on suit cette grande histoire d'amour liquide peu commune avec l'éternelle épée de Damoclès qui plane : il existe dans ce monde des méchants trop méchants qui cherchent à vous péter le moral ; et si on peut même plus tomber amoureux des "aliens", qu'est-ce qui nous reste putain ?

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Alors, bon, on pourrait volontiers nous reprocher d'être sans cœur : comment, vous ne craquez pas devant cette love story entre une muette qui communiquent elle avec les mains et une créature qui communique avec les ouïes ! Mouais, bon, certes, leur relation est pleine de petites attentions mignonettes (elle lui offre des œufs durs, il lui fait les yeux doux), mais c'est limite niaiseux, non ? Et puis, bon, ok, il y a un effort de la part de del Toro (il est mexicain, hein) de montrer un agent double soviétique très urbain. Certes. Mais, le personnage de Shannon, avouons qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère : misogyne, homophobe, raciste, pervers, fan de Michel Sardou (c'est pas dit, mais c'est sous-jacent), la coupe est pleine, non, ou plutôt l'aquarium... Les quelques tentatives succinctes "d'échappées poétiques" (une scène d'amour aquatique, un décrochage soudain, en noir et blanc, vers la comédie musicale vintage) ne suffisent pas à noyer le poisson : le scénario est plat comme une limande ; oui, c'est joli ces jeux de lumières, ce décors sombre et inquiétant, cette noirceur de fond (j'aime bien la formule, cherchez pas) mais on reste tout de même devant un film qui, au niveau intérêt, file un peu entre les doigts... Ma note : une petite goutte, et encore, de sueur.

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14 janvier 2018

Best of 2017

Les Amours communes

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Les Amours goliennes

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Les Amours shanguesques

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13 janvier 2018

La Petite (Pretty Baby) (1978) de Louis Malle

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Sujet hautement explosif à notre époque macro(n)puritaniste (les amours entre un photographe et une fille de douze ans dans un bordel de la Nouvelle Orléans en 1917 - Morano avale de travers, Boutin s'étrange : deux de moins) traité de façon très sobre par Louis Malle la Tendresse ; s'il y a un plan ou deux un rien dommageable (montrer subrepticement l'enfant Brooke Shields nue qui prend la pause - on pouvait s'en passer), l'ensemble reste d'une grande pudeur, Malle ne donnant jamais l'impression de mettre le spectateur en position de voyeur ; c'est déjà une gageure et c'est forcément tout à l'honneur du Louis. Maintenant que vaut vraiment le film sur le fond et la forme, une fois que l'on évacue d'un revers de la main les éventuels polémiques sur le choix du sujet ? Franchement, il y a pas de quoi fouetter un chat... Louis (et l'ami Sven Nykvist à la photographie) tentent de rendre l'ambiance de ce bordel ricain début du siècle : jeunes femmes en blanc, clientèle bon enfant et climat familial. Bon. Et ? Susan Sarandon exhibe ses seins (ok) puis sa fille (Brooke) qui badine de plus en plus avec les clients. On est bien d'accord qu'il ne s'agit pas de la meilleure éducation, mais la chtite Brooke se fond dans le moule (si j'ose dire) avec une certaine facilité... Viendront ensuite les amours avec ce photographe qui rôde dans l'établissement (pas un violent le Keith Carradine, avec son allure aussi molle que sa barbe est douce) mas là encore pas de scènes torrides too much qui feraient grimper au rideau une bourgeoise de la Manif pour tous... La morale est presque même préservée puisque la chtite finira par quitter et le bordel et son homme pour suivre sa mère, consciente de l'importance de lui donner enfin "une éducation" - la Brooke paraît encore tellement innocente, hum...

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Ce n'est pas le film de Malle qui jouit de la meilleure presse et ce n'est pas immérité : le gentil petit minois de Brooke illumine ça et là la pellicule mais ses petits airs d'enfants déjà mature et ses minauderies peuvent parfois tout autant agacer. L'action, disons-le, patine mollement, au point qu'on finirait presque par se demander quel était vraiment le projet de Malle : se focaliser sur cette histoire d'amour qui tourne court (bof), faire un portrait "historique" de ces anciens bordels (les filles semblent toutes plus ou moins interchangeables et seule la patronne (millénaire) donne un peu de cachet à l'entreprise),... ? On est rapidement un peu à court d’idées dès lors qu'on tente de vouloir cerner les tenants et les aboutissants de la chose ; si l'on évacue l’âge trop tendre de Brooke, il ne reste que voilures et tenues légères, ce qui ne suffit pas en soi à passionner le spectateur. On sent chez cet éternel jeune homme de Louis une réelle fascination, une certaine envie, à montrer cette trop jeune femme essayer de grandir trop vite (bon, pourquoi pas) mais il n'y a franchement que guère d'éléments pour construire un vrai débat de fond... Un tout petit film de l'ami Louis qui parvient, sur un sujet sulfureux, à faire une œuvre guère piquante.

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Félicité (2017) d'Alain Gomis

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Joli portrait de femme congolaise signé Gomis qui mêle à son récit quelques morceaux de musique classique totalement envoutante ainsi que des passages oniriques nocturnes zénifiants. Félicité a des seins himalayens (je pèse mes mots) et donc du coffre, ce qui lui permet de se produire chaque soir dans un boui-boui où les clients (festifs et buveurs) sont sous le charme de sa voix ; seulement, bing, un pépin tombe sur cette femme qui vit seule : elle apprend que son fils a eu un accident de moto et qu'il est gravement touché à la jambe. Toute la première partie du film se concentre sur les efforts de Félicité pour réunir la somme mirobolante pour permettre une opération de la dite jambe ; notre chanteuse s'emploie tant et plus (corruption d'agent de police pour aller récupérer l'argent qu'on lui doit, visite surprise chez son ex (qui l'envoie violemment paître) ou chez un quidam des beaux quartiers (Félicité se fait violenter mais parvient à obtenir l'argent qu'il lui fallait)) ; Mère Courage peut enfin retourner à l'hôpital pour lancer l'opération... Mais une méchante surprise l'attend... Félicité plie mais ne rompt point face à ce coup du sort et on la verra dans la seconde partie reprendre du poil de la bête auprès d'un géant quelque peu alcoolique, un certain Tabu ; ce dernier n'hésite jamais à provoquer des rixes là où la belle Félicité chante (il ne semble pas connaître le mot modération - je dis ça, je dis rien) mais parvient en pleine journée (lorsqu’il est sobre) à apporter un certain réconfort à notre Félicité en plein doute... Après de nombreux soubresauts et quelques violences, il semblerait que l'on se dirige vers un final qui respire l'apaisement...

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On apprécie forcément le fort caractère de cette femme, aussi brillante en chanteuse que volontaire pour réussir à sauver son fils. Cette dernière, lors de ce combat engagé pour réunir l'argent, semble payer en partie son passé : si elle semble aujourd'hui fière de son indépendance, il lui faut faire quelques concessions par rapport à sa fierté ; elle payera cher son retour chez son ex (violente diatribe d'icelui, qui tient sa petite vengeance mesquine) ainsi que cette visite chez cet homme riche (elle n'en sortira pas indemne physiquement). Il faut noter d'ailleurs ces constants revirements entre moments chantés qui tirent vers une certaine sérénité, qui dispense même parfois une sensation de légèreté et ces quelques accès de violence qui rythment la vie quotidienne (les voleurs choppés au marché, Félicité mise à terre plusieurs fois dans sa quête, les provocations tapageuses du gros Tabu...). On tique parfois un peu devant ce rythme un brin lancinement, quelques longueurs et répétitions (bon Tabu, maintenant t'arrêtes de boire et tu rentres chez toi), et un montage narratif qui paraît parfois un peu décousu (dans la seconde partie notamment). Mais ces petites faiblesses mises à part, il faut avouer qu'on se laisse entraîner par cette mama au caractère bien trempé qui parvient à mettre progressivement de l'eau dans son vin ; Gomis finit même par se permettre une petite pointe d'humour (le coup du frigidaire) dans cet univers tout de même un brin rugueux. Bon film africain doux-amer (cinéma qui se fait malheureusement de plus en plus rare) qui remporte à coup sûr la palme du plus gros bonnet - tu gravis un sein, tu dois être sacrément essoufflés quand même, conclue-t-il admiratif. 

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12 Jours de Raymond Depardon - 2017

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Grand plaisir de retrouver un Depardon beaucoup plus modeste et professionnel, après deux ou trois films en extérieur qui ne lui ressemblaient guère. Renouant avec une forme hyper radicale, qui a fait le succès de ses grands films, il ajoute un volet à ses oeuvres sur la folie, en filmant les auditions d'individus enfermés contre leur gré en hôpital psy. 12 jours après leur incacrcération, ils doivent passer devant le juge qui décidera de la reconduite ou non de leur séjour chez les félés. Autant le dire : de la dizaine de personnes qu'on voit défiler, pas une seule ne sera libérée. Mais quand on voit leur état, on se dit que c'est pas dommage. Depardon installe trois caméras dans le bureau du juge : une sur le sujet, une sur le juge, une qui prend un plan plus large incluant les témoins et avocats du débat. Point. Ce système austère, une fois de plus, en dit beaucoup plus long sur la teneur de ce qu'on est en train de regarder qu'un dispositif compliqué : presque politiquement, le réalisateur filme cette entrevue comme un face-à-face (montage au cordeau du champ contre-champ), comme deux paroles opposées qui n'arrivent pas à se convaincre. D'un côté, le discours très officiel et formaté de la justice, sage, apaisé, de l'autre le chaos incohérent et les délires des malades, les deux n'arrivant jamais à se rejoindre. Loin de ne filmer que la parole, Depardon aime cadrer sur les longs silences, sur l'écoute (butée, anxieuse, effrayée ou carrément vacante) des fous, sur leurs regards parfois terrible, sur leur désarroi qui pointe devant l'incompréhension de ce qu'ils sont en train de vivre. Il fallait ce procédé simple, cette opposition sans nuance dans le placement des caméras pour obtenir ces moments prodigieux. Les malades défilent, des plus innocents (une employée d'Orange qui fait un burn-out, une mère de famille à qui on a pris l'enfant) aux plus inquiétants (ce type qui entend des voix "de chaise électrique", ce gars qui a tué une femme de 13 coups de couteau, ce parricide en plain déni), et c'est à chaque fois le même constat : le discours n'est pas adapté, leur folie est irrémédiable, la cérémonie à laquelle on assiste est vouée à l'échec.

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Une grande tristesse émane donc de ce film assez desespéré, même si, parfois, émergent un trait d'humour ou un éclat de poésie ("J'ai la folie de l'être humain, monsieur le juge, et la démence du dément !"). Depardon sait comme personne nous happer par l'observation pure et simple de la parole vers les êtres, à la fois extérieur à eux et en profonde empathie avec eux. Il aère malheureusement ces moments forts et intenses par des plans extérieurs moins réussis. Si on aime ces plans kubrickiens le long des couloirs fantomatiques de l'hosto, on reste plus dubitatifs devant ces cadres lourdement symboliques sur l'hôpital pris dans la brume, sur des routes hivernales (et ce panneau "ralentisseur"), accompagnés par la dommageable et lourde musique de Desplats. Comme si Depardon avait voulu induire ce qu'il fallait qu'on pense de ces scènes d'entrevue, nous prenait par la main et nous imposait une lecture. Voilà une tendance qu'il avait toujours réussi à éviter jusqu'à maintenant. Si on enlève ces scènes, on obtient un film fascinant sur l'aliénation, sur ce très léger basculement qui transforme un gars normal en fou, et sur l'incapacité de la société à vivre avec eux.

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Actua I (1968) de Philippe Garrel

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Alors que nous approchons dignement de la célébration des cinquante ans de Mai 68 (En marche, bordel ! Ah ben non, y'a plus de pavés), voilà que ressort d'un vieux tiroir cette petite chose de 6 minutes de l'ami Garrel. Des images prises sur le vif de ce fameux mois de Mai (une manif qui a mal fini, il faut savoir transmettre l'histoire aux jeunes) avec en fond sonore une femme et un homme qui anonnent des slogans, des formulations qui foutent les pétoches ("Ce qui vient au monde pour ne rien changer ne mérite ni égard, ni patience" - voilà, tremble bourgeois !) ou évoque certains faits pas réglo pas réglo commis par les forces de l'ordre (CRS enculés ! Ah ben non ça rime pas) : des grenades pas aux normes et vachement nocives, des matraquages de blessés sortant de l'hôpital (le flic est fourbe quand même), ou encore des personnes entassées dans des cellules à l'hôpital (ils sont devenus fous...). Bref, autant dire que cela ne respire pas la gaieté et que le ton est encore plus sérieux qu'un journal d'Yves Mourousi (Garrel, c'est pas le roi de la déconne quand même). Une petite piqûre de rappel donc pour ne pas oublier que la jeunesse ben c'est fait pour bouger et pour changer le monde (Cohn-Bendit s'en marre encore). Donc décroche de ton putain de smartphone, toi, le jeune, regarde ce pensum d'un autre temps et sors dans la rue pour balancer le premier truc qui te tombe sous la main contre un homme casqué (ne le blesse pas quand même sinon tu vas avoir des problèmes). Si les quelques millions de jeunes qui lisent cet article passent à l'acte, je vous jure que ça va péter. Une petite gâterie de Garrel qui serre son petit poing bien fort et qui le lève bien haut. Engagé, l'artiste.

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Garrel saoule ou dessaoule, là

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