Shangols

28 avril 2016

LIVRE : Penser l'Islam de Michel Onfray - 2016

9782246859499,0-2999797Il est pas content, notre Michel. Après les attentats de novembre, il a eu l'impudence de remettre en question les raccourcis des medias consacrant l'islam, a été traité de tous les noms d'oiseaux (dont certains datant du IIIème Reich), et a été conspué par une grande partie de la presse qui n'attendait qu'un bouc-émissaire pour se déchaîner. Quelques mois sont passés, il tente avec ce petit essai en forme d'auto-interview de préciser sa pensée, qui a été ensevelie sous les réactions purement émotives de l'époque.

L'émotion, il n'aime pas ça, notre philosophe. Il préfère la raison, la culture, la réflexion, et on ne peut que lui donner raison dans le cas qui nous occupe. Le voilà donc qui pointe par le menu les ambiguités du Coran, qui reprécise soigneusement les termes honnis ("amalgame", "terrorisme islamiste", "laïcité"...), et qui fustige les télés d'information, les raccourcis à la "Je suis Charlie" et les politiques à langue de bois. On jubile de retrouver le sérieux et l'érudition du gars, qui a lu environ 87 traductions différentes du Coran pour s'assurer de pas dire de connerie, qui fait appel au bon sens pour comprendre les nuances à apporter au débat et la distance nécessaire pour parler de sujets aussi brûlants, et qui propose au final quelques solutions assez audacieuses : favoriser un Islam apaisé sur le territoire français, en salariant les imams prônant une religion de paix ; ne jamais s'imiscer militairement dans les affaires des autres pays (puisque la guerre menée entre autres par la France en Syrie ou en Irak a armé indirectement le bras des terroristes du Bataclan) ; requestionner la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France, à l'heure ou la religion musulmane remplace la catholique de façon beaucoup plus pratiquante... Autant de propositions politiques qui devraient à nouveau déclencher la polémique, mais dont on est bien obligés de reconnaître la pertinence devant la démonstration parfaitement construite du sieur.

Peut-être un peu trop indigné, peut-être encore un peu sous le coup de la colère face à ceux qui l'ont condamné, Onfray bâcle un peu son livre parfois, laissant pas mal de (ses propres) questions en suspend, préférant aller au plus vite comme si on pouvait à nouveau le couper comme sur les plateaux de télé où on l'a crucifié récemment. La première partie, qui revient sur les attaques dont il a été la cible, sent trop la rancune, et la deuxième, consacrée à ce long (et faux) entretien manque de développements. On reste donc un peu sur sa faim, et on attend toujours le grand livre sur l'islam écrit par l'athée Onfray. En l'attendant, on peut lire ce livre qui pose de bonnes questions, à défaut de répondre à toutes, saine lecture qui re-questionne inlassablement nos à-priori et les clichés rapides véhiculés sous le coup de l'émotion post-attentats.

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Carnage (2011) de Roman Polanski

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Polanski adapte une pièce de Yasmina Reza et nous livre une petite digression en huis-clos sur la connerie humaine parfois drôle. La sauce met franchement du temps à monter et après les vingt premières minutes, on se demande si la chose va vraiment avoir un intérêt... Deux couples, donc, l'un rendant visite à l'autre après que leur fils a frappé celui de leurs hôtes. A ma droite, le débonnaire John C. Reilly marié avec la quelque peu coincée Jodie Foster. A ma gauche l'excellent Christoph Waltz qui n'en a rien à battre - il passe son temps au téléphone pour régler un problème lié à un médicament foireux - et sa femme Kate Winslet que l'attitude de son mari - sûrement encore plus que celle de son fils - rend malade. On se fait au départ tous les petits sourires de circonstances pour essayer de ne pas pourrir la situation un poil tendue. Reilly/Foster font des efforts pour ne pas charger le fils des invités, Waltz/Winslet semblent n'avoir qu'une envie : celle de se barrer... Seulement à chaque fois qu'ils passent la porte et se retrouvent dans le couloir, le ton monte d'un cran et le couple de revenir dans l'appart pour ne po faire de scandale dans le couloir...

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Heureusement que l'humour pointe peu à peu le bout de son nez via notamment le personnage de Waltz qui fait chier tout le monde avec son portable ou par celui de Winslet malade comme une chienne qui va pourrir tout le mignon intérieur de Foster. Les froides petites répliques d'un Waltz caustique en diable font mouche et l'atmosphère commence à se charger de lourds nuages... Les oppositions ne cessent d'évoluer (couple vs couple, hommes vs femmes, femme vs mari (X 2)) et les règlements de compte commencent à fuser... Le pire c'est que tout cela se révélera terriblement vain (comme le film ? Bah, ne soyons po si dur), les deux gamins semblant, lors de l'épilogue, s'être rabibochés sans que l'intervention des parents n'y soit vraiment pour quelque chose (on ne pense pas, vu la façon dont la conversation a doucement dégénéré, qu'ils aient pris la peine de se revoir, ensuite, avec leur fils respectif). On peut rire gentiment de certaines répliques un peu vachardes - Reilly qui se lâche sur "les cons de jeunes mariés tout sourire" que personne ne prend la peine de mettre au jus sur les malheurs qui les attendent - ou de la tronche d'un Waltz aux abois après que sa femme a bousillé son portable. Avouons-le tout de même, cela n'atteint jamais non plus des sommets dans le délire... On sait que Polanski est un king depuis ses débuts pour filmer en intérieur et faut reconnaître que le gars sait s'y prendre pour varier à mort les angles ou jouer sur la profondeur de champ : l'évolution des alliances et des oppositions entre les personnages est toujours clairement lisible. Bien. Voilà, au final, un titre un peu trop fort pour un film un peu léger...   (Shang - 22/02/12)

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Voilà, c'est ce qu'on appelle le style Yasmina Reza, hein : c'est du boulevard, avec ce que ça comporte de caricatures, d'outrances et de facilités d'écriture, mais caché sous un vernis sociologique contemporain destiné à faire oublier le fait que les choses ont peu évolué depuis Jean Lefebvre dans ce domaine. Très agacé pour ma part par ce théâtre sur-écrit, supérieur par rapport à ses personnages, jamais crédible dans les relations qu'il décrit. Ce scénario fatigant, comme il constitue la matière principale de ce film un peu dépourvu de mise en scène, gâche tout : il y a presque plus de véracité dans Le Dîner de cons ou dans Le Père Noël est une ordure, pour parler de pièces dans le même registre, que là-dedans ; en tout cas on s'y marre plus.

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Tout est un peu gênant là-dedans : l'emprisonnement de Polanski dans cet appartement grand crin, le jeu forcé des acteurs qui ne semblent pas beaucoup s'amuser, la mise en scène forcée, et la métamorphose progressive de la gentille comédie en cynisme grinçant et désabusé. On a mal pour notre Roman de le voir ainsi jeter un oeil de vautour sur ses contemporains. Ca aurait pu pourtant être drôle de voir ces grands bourgeois s'étriper à force de politesse et de bonne conscience de gauche. Mais le film râte le coche, grime ses acteurs en clowns hystériques, et attaque au plus facile : le mariage, le téléphone portable, le snobisme des bobos, des cibles vraiment pratiques quand on n'a rien à dire. Reilly et Foster sont parfois drôles, c'est vrai ; mais ils tombent très vite dans un jeu pas dirigé qui les amène vers ce qu'ils savent déjà faire. Waltz nous ressort son éternelle panoplie de dandy sirupeux, et Winslet n'a jamais été aussi mal aimée... Répliques dignes de "Au théâtre ce soir", metteur en scène aux abonnés absents, acteurs en roue libre : le terme de "carnage" du titre n'est pas forcément aussi excessif que le dit mon Shang...   (Gols - 28/04/16)

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27 avril 2016

The Invitation (2016) de Karyn Kusama

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On cherche toujours à dénicher la dernière petite perle du film d'horreur. J'aurais mieux fait sur ce coup d'ouvrir des huîtres. L'affiche prend pourtant personne en traître : "There is nothing to be afraid of" - et ben, c'est vrai, au moins pendant les soixante-dix premières minutes (que vous pouvez donc aisément zapper tant elles n'ont aucun intérêt) ; les seuls trucs à savoir en bref : un couple qui s'est fait oublier pendant deux ans convie tous leurs anciens amis à une soirée : un couple gay, une black, une asiate, une type un peu enveloppé, deux barbus, Kusama ratisse large... Ce couple a passé deux ans au Mexique dans une sorte de secte (ohoh, ça sent pas du tout le déjà vu, déjà...). Cela a permis apparemment à la donzelle de "digérer" un trauma, la perte de son enfant de cinq ans ; son ex, un barbu qui est parmi les invités, ne cesse de voir dans cette maison (qui fut donc auparavant la sienne) des souvenirs de cet enfant. Voilà. Lui, dès le départ, il sent venir un coup de jarnac, la soirée qui dérape, il est tendu comme une arquebuse - en venant, il a d’ailleurs écrasé un coyote, et cela ne présage jamais rien de bon... Chez les autres convives, la bonne humeur est de mise et les jeux à la con fusent... Est-il parano, n'a-t-il pas lu le tagline ? Bon, nous, nous savons comme lui que le truc est étiqueté film d'horreur et donc on ronge son frein... Je ne dévoile rien mais il y aura au moins un mort dans le dernier quart d'heure... Le problème, c'est qu'on s'en fout, mais à un point... Son panel d'acteurs, auxquels il avait bien le temps de donner de la densité, n'a aucune profondeur (les deux homos sont interchangeables, for example) et le dernier quart d'heure n'a pas plus d'intensité qu'une ampoule de cagibi. Seul le dernier plan pourrait marquer des points (mouais) si on n’avait pas déjà décidé du manque d'intérêt total de la chose. Une Invitation qui aurait dû passer directement dans le panier avec les autres prospectus. Sans originalité, absolument vain.  

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LIVRE : Premières Chansons (1942-1949) de Georges Brassens - 2016

"Au côté du sien, l'fameux sourire de la Joconde
Ne mérit' qu'un accesit.
Si elle avait vécu au temps des sept merveilles du monde
Il y en aurait huit."

9782749147956,0-3016765Même si on avait déjà pu lire par-ci par-là la plupart de ces textes de jeunesse, c'est toujours un vrai bonheur de lire des poèmes méconnus de tonton Georges. Cette nouvelle édition les classe soigneusement chronologiquement, en note les petites variantes, et on découvre avec intérêt les traces du futur génie dans ces petits machins souvent sans ambition que Brassens écrivit à 20 ans. Inspiration première : les amours bucoliques, leurs joies suivies de peines, les amourettes dans les buissons et sous la lune. Très fleur bleue, Brassens tente la fantaisie à la Verlaine, dont il adopte souvent la métrique en vers impairs et les variations de rythme. Il en vise aussi la douce mélancolie, l'automne étant sa saison préférée et les oiseaux mélancoliques ses animaux fétiches. Curieusement, peu de chansons de cette époque sont réellement drôles ; au mieux légères, d'une légèreté qui rappelle son modèle d'alors, Charles Trénet, mais jamais complètement humoristiques. La plupart de ces textes sentent le débutant, c'est clair, et on aura du mal à percevoir là-dedans le futur grand. Mais quand même, on remarque déjà ces rimes obtenues en coupant sans vergogne des mots en deux, ces calembours anti-flics, ce sens de l'absurde, et certains poèmes ont déjà des thématiques chères au futur Brassens : les rencontres ratées ("Les Passantes" sont déjà plus d'une fois en filigrane), l'amour éphémère, la campagne idéalisée, la cruauté des femmes, ... Et puis on voit quelques premières moutures ("J'ai rendez-vous avec vous", "Bonhomme", "Les Amoureux des bancs publics"...) et le travail qui a été patiemment effectué par le maître pour en faire les trésors que ces chansons seront plus tard. Du coup, voilà un joli livre pour tout fan qui se respecte, derrière lequel on sent constamment la bonhommie, la modestie et la taquinerie du sieur.

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Les Ardennes (D'Ardennen) (2016) de Robin Pront

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Les Ardennes est un film belge qui n’est pas des frères Dardenne. Voilà, cette petite boutade lancée, que dire de ce film noir de fratrie (notion très actuelle au niveau des actes terroristes) à la sauce flamande ? Sans être méchant, avouons que les clichés ont la vie dure. Soit donc deux frères, habitués semble-t-il à faire des conneries ensemble. L’un, le grand frère, le vraiment pas gentil de l’histoire (il a même une balafre, histoire de bien marquer le personnage), se fait chopper et se prend sept ans de taule – il en fera quatre. Entre temps, le petit frère, le plus tendre, a la bonne idée de sortir avec la copine de son bourrin d’aîné. Il bosse maintenant dans une station de lavage (symbole…), et la pineco a arrêté la drogue : bref, ils sont cleans tous les deux, la métaphore est claire. Quand l’aîné est libéré, on devine que ça va chier des bulots, d’autant que les quatre ans d’enfermement (avec le sentiment qu’il a payé pour les deux autres, ceux-ci l’accompagnant durant son dernier coup) n’ont pas l’air de l’avoir assagi. Les deux autres, d’ailleurs, le comprennent vite et tardent à lui avouer leur liaison. On sent que l’ombre menace.

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Pront n’est pas forcément un mauvais bougre au niveau des ambiances (ambiance familiale pas olé olé,  milieu professionnel guère reluisant, boîte de nuit un rien glauque), notamment lorsqu’il nous transporte dans la seconde partie du film dans cette forêt des Ardennes avec ces grands arbres, bouh, qui font peur… Après, au niveau du scénar et des personnages, on ne peut pas dire que notre ami se soit beaucoup foulé : personnages monolithiques, bas du front et rebondissements que l’on voit venir gros comme une mansarde. Forcément, l’aîné va enchaîner connerie sur connerie, violence sur violence (du high kick pour prouver que Van Damme est un plus grand champion que Merckx (bienvenue chez les Belges) – l’autre, un type croisé en boîte, est forcément bien en peine pour répliquer d’un coup de pédale) – jusqu’au meurtre sur un coup de sang. Il entraîne son frère dans la galère, jusqu’à la tragédie finale tant attendue… On sent que Pront, à vouloir se coltiner au genre, n’a pas vraiment pris beaucoup de recul et livre une œuvre, certes noire et sanguine, mais qui peine à sortir du lot. Cette tension constante entre les frères est plus prévisible que l’hiver en montagne et cette plongée dans la violence à base de psychologie de comptoir ne raconte finalement pas grand-chose des différents personnages. Un essai qui ne laissera aucune trace dans les mémoires. Une tentative de noir en forme de trou.   (Shang - 29/03/16)

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On a déjà vu la chose 17 fois rien que le mois dernier, je confirme, à croire que Pront n'a pas de cinéma près de chez lui et qu'il a loupé l'essentiel des sorties depuis l'avénement du parlant. Tout est archi-vu là dedans, des personnages aux évènements, des ambiances au moindre petit épisode. Le gars n'a même pas l'excuse d'avoir du style, puisqu'il copie ses atmosphères et ses idées sur tout ce qui s'est fait en matière de film noir contemporain récemment. Que dire alors de la chose ? Eh ben rien...   (Gols - 27/04/16)

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Les Rats (Die Ratten) de Robert Siodmak - 1955

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On n'est pas dans les grands films noirs du gars Robert avec ce mélodrame morbide, mais il y a dans Les Rats une excellente atmsophère qui mérite quand même le coup d'oeil. C'est un film assez simple dans sa réalisation, qui ne parvient pas complètement à se départir de son aspect théatral (c'est l'adaptation d'une pièce) mais sait pourtant utiliser avec talent le peu de décors et la trame trop psychologisante pour en faire de vrais morceaux de cinéma.

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C'est l'histoire désolante d'une jeune femme enceinte, à la recherche du père qui a fui à toutes jambes. Elle débarque chez un couple qui, lui, ne parvient pas à avoir d'enfant. Peu à peu l'idée se fait jour : l'une va filer en secret son bébé à l'autre. Mais les sentiments maternels, je ne vous apprend rien, c'est pas simple à oublier, et nos deux femmes vont devenir de farouches adversaires, sous l'oeil dépassé des hommes. Une trame de mélo, quoi, complètement assumée par Siodmak qui y va sans vergogne dans l'oeil mouillé et la femme brimée, sous de grands coups de projecteurs en biais et de musique violoneuse. C'est Maria Schell qui est en charge de porter la sympathie du public, et elle est très très bien ; mais on peut préférer la simonesignoresque Heidemarie Hateyer dans le rôle plus ambigü de la femme prête à tout pour avoir son gosse et rentrer ainsi dans la bonne société. Elle joue la complexité de ce personnage à la fois touchant et antipathique avec une belle force et une belle sobriété. Il y a aussi Curd Jürgens, là aussi personnage tout en nuances, à la fois attiré par la jeune fille, protecteur et pervers. C'est surtout sur les acteurs que la trame tient, sans eux elle laisserait voir ses facilités et son aspect "roman de gare". Siodmak concentre tout ça dans un très beau décor de blanchisserie dans laquelle des rats symboliques pénètrent régulièrement. Et le contexte de l'après-nazisme fonctionne aussi comme un bel arrière-plan à cette histoire torturée. On sent la noirceur du cinéaste dans ce portrait d'une société remplie de lâcheté et de cruauté, où l'on sacrifie une jeune mère, où les pires épisodes ont lieu dans les chambres secrètes de l'intimité familiale, et où on préserve les apparences à tout prix. Un film peut-être un peu anecdotique dans la carrière du sieur, mais pas désagréable.

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James White (2016) de Josh Mond

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Premier long-métrage nerveux, rugueux et dans l'ensemble d'assez bonne tenue de l'amie Mond. Christopher Abbott is James White, un jeune trentenaire un tantinet fêtard et taiseux qui se rend, la mort dans l'âme, chez sa mère... pour la mort de son père (un type qui est sorti très tôt de sa vie). Le sanguin James qui retrouve avec plaisir son brother Ben (black et gay) a tôt fait de virer tout ce petit monde assemblé dans l'appart maternel. Juste avant, avec son bro, ils avaient provoqué une baston dans un bar... Bref, un gars qui fait pas dans la demi-mesure. Sans taff, le James semble un véritable électron libre qui décide de partir rejoindre son bro dans le sud pour quelques semaines à la coule au bord de la mer - il promet de se mettre à bosser à son retour, of course ; il y fait la connaissance d'une très jeune gorette (Mackenzie Leigh, gloups) et mène une vie de patachon. Une vie subitement interrompue par un coup de fil de sa mother en détresse : le cancer a fait son retour... Alors qu'on pensait assister au portrait d'un jeune gars un brin immature, le film s'oriente sur des relations mère-fils, une relation de plus en plus plombée par cette saloperie de cancer.

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On pensait en effet être au départ dans un movie new-yorkais un peu hype, on se retrouve avec un mélo assez angoissant. La caméra de Mond colle au train d’Abbott, qu'il se torche en boîte, se réveille la tête en vrac au côté d'une minette ou qu'il marche droit devant lui dans ce New-York nocturne. Notre homme démontre un certain je-m'en-foutisme – pas une grande motivation pour décrocher un premier job – mais peut également se révéler être une véritable pile capable de quelques coups de speed (la baston dans le bar, la belle baffe à un jeune ami de la douce Mackenzie, la séance dans l'hôtel avec son bro et sa chtite...). Il va devoir cependant très vite redescendre sur terre devant la maladie dévorante de sa mère, une mère qui commence à perdre un peu la tête sous l'effet des médocs... Tout l'humanisme d'un fils un peu dépassé par les événements va se mettre en oeuvre. Le ton se fait de plus en plus noir à mesure que la mère sombre : mais le fils est bien décidé à rester sur le navire pour faire face à ce drame absolu... Mond réalise un film à l'énergie qui parvient à capter tout le désarroi d'un fils face à la mort in progress de sa mère. Un final pas vraiment olé-olé, c'est le moins qu'on puisse dire, mais une première oeuvre assez prometteuse pour son auteur. Je vous fais grâce de la formule d'usage dans ce cas. White is black.

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Le Plein de Super d'Alain Cavalier - 1976

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Cavalier fait son mai 68 huit ans après, sa Nouvelle Vague dix-huit ans plus tard, et parvient pourtant à trouver avec Le Plein de super la quintessence de l'atmosphère des 70's. Voilà le cinéma le plus libéré qui soit, un film qu'on peut placer sans rougir aux côtés de Blier ou de Ferreri si on veut construire un cycle "l'anti-bourgeoisie au cinéma dans les années 70". On a l'impression que Cavalier n'a fait que réunir une bande de potes et laisser tourner sa caméra ; mais on sent bien derrière cette comédie de moeurs un peu foutraque un tourment, une tristesse, et aussi une colère qui ne doivent rien à l'improvisation ou au bâclage.

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Un road-movie sur les petites routes de France, sorte de mix entre les grandes épopées américaines et les films de Chabrol : Klouk doit livrer une bagnole dans le sud de la France, et embarque pour ce faire son poteau Philippe, histoire de transformer la balade en fête avinée et virile. En chemin ils vont rencontrer et embarquer deux garçons aussi désabusés et farceurs qu'eux, et l'épopée du quatuor, de cafétérias d'autoroute en visites chez les ex, va se transformer en périple libertaire dans le France figée de l'époque. Point final : juste quatre jeunes gens qui traversent le pays, se saoulent, se battent, font des blagues de collégiens, pleurent les femmes qui les quittent, et font le compte de leur jeunesse qui s'enfuit. Sans aucune lourdeur, en restant du côté de la comédie (même noire), Cavalier dresse le portrait de la jeunesse de cette époque, et adresse un cinglant crachat à la bien-pensance giscardienne en même temps qu'au cinéma de papa.

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Cavalier choisit avant tout de regarder délirer ses acteurs. Ils sont tous les quatre géniaux, avec une mention, bien sûr, à l'incandescent Etienne Chicot, déjà mélange de petit garçon attachant et de dangereux loubard ; mais Patrick Bouchitey, Bernard Crombey et Xavier Saint-Macary sont tout aussi attachants, dans leurs petitesses et leurs grandeurs. Chacun a son caractère, mais l'osmose entre eux éclate à l'écran avec une grande évidence. Pas besoin de beaucoup plus qu'eux pour rendre le film libre et frondeur ; c'est pourquoi la mise en scène de Cavalier est très sobre, parfois très proche d'un cinéma immédiat, le réalisateur sachant s'emparer de sa caméra aux bons moments pour filmer les cabotinages de ses personnages, en impro à de très nombreuses reprises (du moins est-ce l'impression rendue). On a l'impression que le réalisateur saisit au vol les péripéties du voyage, profitant d'une cuite, d'une rencontre, d'une tension pour trousser des séquences pleines d'énergie. En tout cas, il se débarrasse de tout ce qui fait la lourdeur du cinéma traditionnel : lumières et son directs, scénario qui peut prendre des chemins de traverse, caméra simplement tenue à l'épaile sans appareils compliqués, équipe de toute évidence réduite au strict minimum. Résultat : un bidule frondeur, provocateur, très drôle, en liberté totale, parfois trop long, parfois fulgurant, parfois pénible, parfois génial... la vie, quoi ! Le Plein de Super : plein et super.

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26 avril 2016

Comment c'est loin de Orelsan & Christophe Offenstein - 2015

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Comment c'est loin a les mêmes qualités et les mêmes défauts que les chansons d'Orelsan : on se marre franchement bien, on s'incline devant l'écriture des punch-lines incisives, on aime ce je m'en-foutisme assumé et ce nouveau ton, plus érudit (certains diront plus bobo), dans le rap ; mais on constate aussi que ça ne tient pas vraiment sur la longueur, que l'interprétation n'est pas à la hauteur de l'invention, et qu'il n'en reste pas grand chose après écoute. Voilà : le film est court en bouche, mais on n'en demande pas plus ; ou, si vous préférez dans ce sens, on n'en demandait pas grand-chose, et on n'en obtient pas plus.

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Sous un scénario prétexte, les deux potes Orel et Gringe se livrent à une démonstration de leur talent de glandeurs professionnels. Ils interprètent leurs propres rôles, ceux de deux chomeurs rappeurs qui n'ont rien pondu depuis des années ; un impresario leur met le couteau sur la gorge : ils doivent créer des chansons pour le lendemain ; c'est le départ d'une folle journée de glandouille intégrale, de plans douteux et de discussions absurdes, entrecoupées comme il se doit de bribes de chansons parfaitement plaisantes. Cette non-trame est en fait l'occasion de mettrre bout à bout une multitude de petits sketchs plus ou moins inspirés : certains sont assez proches de la série "Bloqués", qui font ma joie quand je tombe dessus ; d'autres sont juste des façons de mettre en scène quelques saillies verbales marrantes (la plupart du temps éhontément phallocrates ou carrément cons) ; d'autres enfin, ceux qui recherchent plutôt le comique de situation, sont assez plats. L'humour de Orelsan est avant tout verbal, de ce côté là on est ravis. Malheureusement pour lui, un film nécessite aussi un minimum de talent visuel, ce qui semble manquer aux cinéastes. Montage incohérent, mise en scène sans imagination, on se croirait dans un des sketchs pour Canal+ que les gars produisent, et on peut dire que c'est pas suffisant.

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Ceci dit, on regarde Comment c'est loin sans réel ennui. Les auteurs ont une façon bien à eux d'affronter l'exercice laborieux de l'auto-portrait, et excellent dans la lose-attitude là où d'autres rappeurs ne savent qu'exhiber leurs gourmettes et leurs gonzesses en maillot. Le portrait n'est pas à la gloire de leurs auteurs, et ce masochisme latent finit par emporter le morceau : comme dans les chansons d'Orelsan, on reconnaît nos petitesses dans ces deux potes qui n'aiment rien tant que rien foutre, aller dans des soirées médiocres, draguer des filles pas terribles et s'envoyer des vannes à tours de bras. Les vannes, elles fusent, et elles sont souvent impayables, audacieuses, franchement vistuoses dans l'écriture et dans la finesse du regard sur le monde contemporain. Rien que pour ça, et pour les morceaux de musique très agréables ("L'av'nir appartient à ceux qui s'lèvent à l'heure où j'me couche"), on accepte que le film ne soit qu'un film de radio, mal fagotté et assez débutant.

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The End (2016) de Guillaume Nicloux

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Suite à un rêve qu'il avait fait (à chacun ses inspirations), Guillaume Nicloux entraîne Gerry Depardieu et le spectateur dans un cauchemar éveillé. Le film est intrigant et je pense qu'une fois qu'on a dit cela, on a dit l'essentiel... Intrigant et motivant parce qu'on ne se sait absolument jamais ce qui va se passer dans les secondes qui suivent. Cette chronique est donc relativement inutile pour toute personne qui n'a pas vu le film : si vous n'avez pas envie de le voir, vous n'allez pas la lire (quoique, il y a chez nous des pervers) ; si vous voulez le voir, ben voyez-le et ne lisez pas non plus cette chronique (ouais, j'écris juste pour Gols en fait), l'intérêt principal de la chose étant qu'il faille s'attendre à tout... Seul l'effet de surprise est vraiment, à la limite, titillant... Pour le reste, c'est au spectateur de remplir les trous et autant dire qu'ils sont nombreux dans le morceau de gruyère filé/filmé par Nicloux.

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Soit donc Gerry D. partant avec son chien ("Yoshi, qu'il est con ce chien !", une des meilleures répliques du film) à la chasse sur "la route des lapins" - c'est pas drôle en soi mais dès le départ on se marre à voir notre Gégé national bougonnant avec son fusil - il nous en faut peu, ça tombe bien, on aura pas grand-chose. Gégé/Gerry perd son chien ("le con !"), perd son chemin et épuise vite sa bouteille de Schweppes agrumes (dont je suis également friand). Voilà, voilà. Au bout de vingt minutes, on se dit qu'on assiste à une drôle de balade/débandade en forêt avec un Depardieu de plus en plus vénère - et il ne se passe toujours pas grand-chose. Dans l'heure qui suit, il y aura bien deux-trois péripéties (si on compte les scorpions) mais reconnaissons qu'il n'y aura pas énormément de grain à moudre. C'est justement là le côté sympathique de la bête parce que chacun commence à se faire son propre film : on est dans une sorte de Near Death Expérience sauf que le Gégé ne semble pas vraiment avoir choisi au départ de "se perdre". Mais il est complétement lost et on se dit que cette oeuvre serait un bon film testament pour le Gérard : un type avec sa gouaille et son couteau qui s'enfonce dans la jungle de la vie et qui finit par se perdre en route... Il arrêterait là, que ce serait tout à son honneur - mais le Gégé est immortel et a encore une bonne centaine de films devant lui... Il croisera en route en tout et pour tout  un jeune con chelou, une gonzesse fantomatique sortie d'un film d'horreur nippon - qui représente la mort ou l'amour, c'est selon (c'est un peu fourre-tout, je vous l'accorde) - et puis Xavier Beauvois qui l'aidera... Une oeuvre ouverte, en quelque sorte, avec une fin ouverte (Gégé est "le narrateur du Horla de Maupassant", Gégé est toute la littérature française...) qui laisse un peu pantois (j'imagine déjà la tête de certains : "mais c'est complétement con !") mais dont la vision s'avère jamais déplaisante. Non jamais déplaisante car toujours intrigante (j'y reviens) et parce qu'il y a notre masse Gégé, un roc, une limace, une montagne en mouvement, un type qu'on a vu grandir et grossir et dont chaque réplique ("putain de bordel de merde, ça fait chier", de mémoire) est du Canigou pour tout ami des bêtes. Plus il s'enfonce dans la mouise, dans le doute, plus le Gérard m'a fait marrer avec son air bougon et ses 120 kilos de bidoche qu'il traîne comme un fardeau - un genre de Sisyphe des temps modernes qui recommencerait chaque jour le même cauchemar (on peut se laisser aller au niveau de l'interprétation et des références (on pourrait aussi citer Buñuel, Ferreri ou que sais-je...) : il y a en effet de quoi se faire plaisir dans ce film qui laisse entièrement libre votre propre imaginaire). Bref une expérience pas si mortelle que cela et un sacré ovni dans la production française actuelle - ce qui mérite toujours d'être salué. Maintenant libre à vous de. ♫ This is the end ♫   (Shang - 09/04/16)

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On ne peut guère ajouter grand-chose au texte de mon camarade de jeu : voilà un film surprenant, qui affronte le genre le plus mal aimé du cinéma français, le fantastique, et le fait avec une belle poésie. Souvent les films basés sur les rêves sont un peu chiants, et dénués d'enjeu puisque tout peut arriver, et de ce fait rien n'arrive. Mais là, Nicloux touche de très près la texture des cauchemars les plus angoissants. Il y a dans cette étrange façon de filmer la forêt, dans ce rythme heurté, dans l'aspect vide (en surface) de la trame, quelque chose de terrifiant, une étrange inquiétude qui imprègne le film dès les premiers plans. L'absurdité de ce qui se passe nous fait très vite cesser de rechercher une logique narrative dans le scénario, et on se concentre sur les seuls épisodes "au présent" de la trame : la rencontre avec le garçon, génialement dirigée et filmée (l'art du champ/contre-champ est un art très subtil, que Nicloux possède à la perfection) est sûrement le point culminant de la chose : rien n'y est dit ou presque, mais on sent que le personnage principal se tient là en bordure d'un autre monde, morbide, dangereux, comme dans certains textes de Lovecraft où il suffit d'un pas pour plonger dans l'enfer. Depardieu n'y plongera (pratiquement) jamais, mais se tiendra toujours à l'orée de l'horreur. On le sent rien qu'à la mise en scène, très inspirée, qui sait gérer à merveille l'immobilité, la surprise, l'attente, le presque rien qui fait vriller la réalité, le dialogue (un seul dans le film, mais superbe).

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Et puis il faut ajouter que depuis quelques films, notre Gégé revient en très grande forme. Les neuf dixièmes du film sont constitués de plans sur lui errant dans la forêt, de gros plans sur son visage surpris ou agacé, d'enregistrements de souffles rauques et de jurons grommelés, et voilà longtemps qu'on n'avait pas senti le compère aussi bien regardé, qu'on avait pas senti combien sa présence, même obèse, même épuisé, n'était aussi forte à l'écran. Subtil et habité, il fait ici une performance tout en sobriété, et remet les pendules aux heures de ceux qui le voyaient mort et enterré. Au final, The End, même s'il sent parfois un tout petit peu le petit malin qui veut faire son film expérimental, est un film superbe. ♫ Beautiful friend ♫   (Gols - 26/04/16)

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25 avril 2016

Women of All Nations (1931) de Raoul Walsh

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Deux Marines qui se tirent la bourre pour la forme (Victor McLagen vs Edmund Lowe), moult donzelles de différents horizons (de la nordique Greta Nissen à la Frenchy Fifi d'Orsay), une apparition belalugosienne, des guerres et des tremblements de terre, un tour du monde en quelques bobines vu par un Walsh jamais en panne d'inspiration quand il s'agit d'insuffler du rythme et du punch à une histoire. On ne va pas prétendre qu'il s'agit d'un chef d'œuvre caché du maître ; il n'en demeure pas moins qu'on passe un sympathique moment à voyager autour du monde : soixante-douze petites minutes qui passent comme une traînée de poudre en feu. Sois donc nos deux gaziers qui vont se retrouver sur tous les fronts (de la guerre de Verdun - séquence explosive qui part dans tous les sens - à un petit « port méditerranéen » où les voiles cachent les visages et moins les nombrils - séquence harem et pépiements féminins), toujours prêts à aller au combat, toujours prêts à venir en aide (lors du tremblement de terre au Nicaragua - séquence émotion avec un chat allant récupérer ses chatons sous les décombres : ça fonctionne toujours chez l'ami des bêtes que je suis) et surtout toujours prêts à traquer tout ce qui porte jupons. Une certaine suédoise, Elsa (Miss Nissen) qui les appelle en miaulant (quand les hommes obtiendront enfin l'égalité avec les femmes et cesseront de se rendre ridicule ? Je pose la question) est de presque toutes les aventures, sachant faire risette et lever gambettes pour qu'ils viennent, nos deux couillons, lui manger dans la main. C'est très léger au niveau du scénar mais emballant comme tout. 

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Si jamais certains épisodes sont dramatiques (Verdun, le Nicaragua...), nos deux amis ont tôt fait de détendre l'atmosphère : du gars Lowe imitant malgré lui Buster Keaton en se prenant un mur sur la tronche après le tremblement de terre au gars McLaglen qui joue les forts-à-bras mais tombe souvent sur plus fort que lui (un géant suédois qui le fait passer au travers d'un mur, un sultan qui le pourchasse de son sabre), on est plus dans la déconne (et la gaudriole) que dans l'apologie de la virilité et du courage. Cela nous vaut certaines séquences avec des ribambelles de gorettes souvent peu farouches (en Suède ou dans ce bienveillant harem) même si ces dernières demeurent surtout "en toile de fond". C'est l'amie Elsa qui tient la corde - et le devant de la scène - et qui mate à l'envi nos deux matous. S'ils passent pas mal de temps à roucouler autour de la belle, ils finissent souvent par prendre leurs jambes à leur cou à chaque apparition du maître des lieux… Pour accompagner les deux compères, notons la présence d'un troisième homme, le "comique" El Brandel coupable de plusieurs séquences prétendument gaguesques : il est celui en charge de running gags tels que celui de l'éternuement intempestif ou de séquences triviales comme celle avec un pauvre petit singe (qui fout le feu à son slip, voyez le genre) ou encore comme celle qui consiste à se cacher dans un vase dans la demeure du sultan, tel un des quarante voleurs d'Ali Baba ; bref, le bout-en-train de base, plus ou moins drolatique, cela dépend de l’humeur du spectateur... L'ensemble demeure ma foi relativement léger mais non dénuée de charme grâce à des présences féminines relativement joueuses. Un Walsh à la coule.

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 Walsh et gros mythe,

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Ryuzo 7 / Ryuzo and the seven Henchmen (Ryūzō to 7 nin no kobun tachi) de Takeshi Kitano - 2016

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Ouille... A force de flirter avec le déjà-vu, de clamer partout sa baisse d'inspiration, de brandir sa dépression comme justification de la chute libre de la qualité de son cinéma, Kitano finit par oublier même ce qui restait de qualités dans ses films. Même dans les creux (en gros, toute sa production depuis 2005, à l'exclusion du précieux Achille et la Tortue), Takeshi a toujours su garder sa singularité, son ton, sa façon unique d'aborder le burlesque et de le mêler avec le film d'action. Que s'est-il passé alors pour que Ryuzo 7 soit à ce point raté, poussif et terne ? Je ne l'explique que par un trop plein de saké (certains gags sentent véritablement le coin de comptoir), un abus d'anxiolitiques (le rythme du film est comme hébété, figé) ou une démission définitive. En tout cas, voilà le film le plus gênant de son auteur depuis Getting any...

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Beat Takeshi tente de faire son Space Cowboys à lui, façon de parler en creux du temps qui passe, du bon vieux passé japonais et du vieillissement de son cinéma. Une bande de vieillards, tous anciens yakuzas, décide de se rassembler à nouveau et de repartir pour un dernier tour d'exactions, choisissant pour ennemis une bande de jeunes loups qui rançonne le quartier. D'un côté, donc, ces voyous nouvelle génération, qui utilisent des arnaques sophistiquées pour racketter les gugusses, de l'autre ces petits vieux tatoués et nostalgiques des codes d'honneur révolus, la friction entre les deux bandes étant sensée constituer le sel de cette comédie désuète. Malheureusement, dans l'écriture autant que dans la réalisation, le film ne trouve jamais le bon ton : strictement jamais drôle (Kitano sème des pets à tout va, dirige ses vieux acteurs vers la grimace grand-guignolesque, caricature allègrement chaque personnage, et on est malheureux pour lui), jamais tendu non plus (la partie "polar" est massacrée, et les pics de violence virtuoses habituelles du maître sont ici lissés pour plaire au plus grand nombre), il est à cheval sur les deux grandes inspirations du cinéaste (slapstick et mafia) et du coup passe à côté de tout. On compte véritablement les minutes en se demandant bien ce que les acteurs ont pu penser de ce non-scénario qui part dans tous les sens, ne va au bout d'aucune piste et se contente d'aligner des saynètes drolatiques maigrelettes. Au bout de 2 minutes, on cesse de rire devant les pitreries de ces vieillards qui se croient encore à la grande époque, et on s'afflige devant ces ombres de personnages : l'homme au pistolet qui tire toujours en l'air, le héros qui enlève sa veste à la moindre embrouille pour exhiber des tatouages qui ne font plus peur à personne, etc. A peine si on lève un sourcil devant les scènes finales, un poil mieux rythmées, où notre bande attaque la bande rivale en se protégeant derrière le cadavre de l'un d'eux, celui-ci prenant tous les coups à leur place (un gag assez subversif quand on y pense).

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On comprend bien que Kitano a voulu se livrer à une sorte d'auto-critique, pointant le vieillissement de son cinéma de yakuzas, enregistrant le passage du temps (il joue lui-même un petit rôle de conciliateur entre les deux générations de gangsters), ricanant devant son cinéma d'antan qui n'intéresse plus grand monde. Ryuzo 7 est après tout une nouvelle preuve du masochisme étrange de son auteur, qui le pousse à casser systématiquement ses jouets. Mais il a atteint ici un point qu'on craint être de non-retour, la limite de ce cinéma parodique et cynique, un peu geignard (on entend Kitano pleurer sa dépression à chaque plan) et vraiment bâclé qui devient une habitude chez lui. Bon, à voir si vous aimez les vieux qui pètent ; dans tous les autres cas, euh...

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24 avril 2016

La Baie sanglante (Reazione a Catena) (1971) de Mario Bava

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Ne faisons pas l'innocent. Si le principe d'un film d'horreur et de décaniller un maximum de voisins en usant de procédés divers et originaux pour les trucider, La Baie sanglante est une réussite en son genre et vous en aurez pour votre argent. Si vous cherchez un polar futé et stimulant, passez plutôt la tondeuse. Cette fameuse baie attire donc toutes les convoitises : on a enfin réussi à se débarrasser de la proprio, retrouvée pendue (qu'elle soit sur une chaise roulante et qu'on ait conclu à un suicide, cela met tout de même un doute sérieux sur le soin apporté à l'enquête) et les divers héritiers et autres investisseurs aimeraient mettre le grappin sur ce petit coin de paradis... Paradis, tu parles, en attendant le coin est aussi dangereux qu'une banlieue chaude de Marseille et l'essentiel du casting (y'aura-t-il au moins un survivant ? C'est tout le suspense - sans vouloir spolier disons qu'au moins un poulpe survit au carnage) sera victime de mort violente. Bava, à la caméra, aime à filmer les couchers de soleil sur ce lac paisible mais semble surtout préférer les mises à mort sanglantes et brutales ; tout y passe : coup de serpe qui te fend le visage en deux, empalement (c'est pratique quand un couple fait la bête à deux dos sur un lit), égorgement (une Suédoise de passage dont la mini-jupe (micro-jupe ?) a une fâcheuse tendance à laisser voir sa petite culotte aura, même sous le choc, le soin de prendre une pose sexy – qu’elle en soit remerciée), coups de fusil, empalement bis, massacre à grands coups de couteau dans les omoplates... autant de meurtres qui ne laissent aucune chance de survie à la moquette...

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Alors, oui, bon, même si Bava tente de multiplier les pistes sur les (premiers) meurtriers, le suspense ne fait guère long feu vu qu'ils sont vite réduit à une poignée... et comme ils sont, semble-t-il (si ce n'est ces quatre couillons de touristes qui avaient mal choisi leur destination du week-end), tous prêts à s'assassiner les uns les autres, on ne fait pas non plus grand cas du tout premier meurtrier. Les cadavres ont donc tôt fait de s'amasser dans cette petite baie, paradis des insectes, où le poulpe (le fameux poulpe) se révèle un amateur de cadavre et où les baignoires se remplissent vite de corps humains baignant dans les globules rouges (fluo). C'est un concept qui en vaut un autre et avouons que Bava ne cherche pas vraiment à sauver quiconque - quels que soient son origine sociale ou son sexe - dans ce massacre sans tronçonneuse. Seuls les ptits nenfants abandonnés pourraient éventuellement trouver grâce à ses yeux dans ce monde d'adultes turpides, vénaux et opportunistes ? Ouais, je serais vous, je ne chercherai pas trop vite à tirer des conclusions... Une Baie résolument sanglante mise en scène avec un certain soin (vintage) par un Bava adepte de corps humains dégoulinant d'hémoglobine par tous les pores. Et l'omelette ? Non, ça va, je vais passer mon tour ce soir. Du gore assez léché ne nécessitant, à sa vision, aucune perte de neurones.

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L'étrange Obsession (Kagi) (1959) de Kon Ichikawa

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Ambiance morbide pour ne pas dire mortifère dans ce film "d'amour" très noir pour ne pas dire ultra caustique de l'ami Ichikawa adapté d'un bouquin de Tanizaki (non lu). Soit donc quatre personnages en quête d'amour : Kenji (Ganjirô Nakamura), qui commence à ressentir les effets de la vieillesse malgré les piquouses de vitamines qu'il s'injecte, n'arrive plus à lever popaul en présence d'Ikuko, sa femme un brin plus jeune que lui (Machiko Kyô et ses sourcils qui foutent les boules). Il se permet d'inviter chez lui le jeune aspirant docteur Kimura (Tatsuya Nakadai et son regard qui vous transperce) pour le pousser dans les bras de sa femme... Il pense qu'en attisant sa jalousie, popaul parviendra à reprendre du service. Pour compléter le carré, évoquons Toshiko (Junko Kanô), la fille de Kenji et Ikuko qui en pince pour Kimura - sans que ce dernier, d’ailleurs, soit particulièrement réceptif... Une quadrature du cercle amoureuse dont on a du mal à deviner par avance l'évolution...

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Notre gars Kenji, qui n'hésite pas à filer des photos nus de sa femme pour titiller le docteur, semble parvenir, avec ses petits jeux dangereux, à faire remonter popaul mais aussi sa tension... On sent bien qu'à chaque fois qu'il a l'occasion de triturer sa femme, il a le cœur a deux doigts d'éclater. Le vieux, dès le départ, on ne lui donne pas une éternité dans l'histoire : le dernier round de popaul risque bien de lui faire jeter définitivement l'éponge... Ikuko, qui semble prendre un malin plaisir à s'évanouir pour que son mari puisse la prendre en photos ou abuser d'elle, semble, telle une mante religieuse, prendre de plus en plus d'ascendant sur ce Kimura un peu tendre... Elle imagine très bien son mari lui pétant rapidement dans les doigts (elle se prête du coup d’autant plus volontiers à ses petits jeux érotiques) : le Kimura n'aura plus ensuite qu'à épouser leur fille pour qu'elle l'ait constamment sous la main à la casa… Maline, la vieille. Et le Kimura dans tout ça... S'il devient de plus en plus blanc à mesure que le récit avance, il n'a pas trop de mal à s'imaginer se tapant les deux générations sous le même toit. Après tout, hein, pourquoi s'enquiquiner la vie ? Reste Toshiko qui assiste à ces petites mises en scène perverses d'un oeil assez morne... Bah, si finalement tout cela lui permet de mettre le grappin sur Kimura, pourquoi chercher à s'offusquer...

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On sent qu'un climat malsain gagne de plus en plus les lieux (joli jeu sur la lumière et les recoins sombres dans ce film d'intérieur) et nos personnages, à la mine de plus en plus fantomatique, semblent résolument courir à la catastrophe... Entre l'abus d'injections vitaminées, les jeux alcoolisés et la présence de poison dans la cuisine (la servante, daltonienne, s’emmêle un peu les pinceaux entre les différents pots…), on sent que ce petit mélange est explosif : une ambiance à la Haneke avant l'heure dans cette famille nippone qui flirte avec les transgressions. Il y aurait alors comme un petit parfum de tragédie dans l'air ? Ouais, comme vous dites, sans que l'on sache d’ailleurs vraiment d'où cela va venir. Une oeuvre d'Ichikawa très vénéneuse, pour ne pas dire toxique, ou le sexe tend (...je n'allais pas passer à côté) à flirter avec le danger, voire la mort. L'ambiance est cependant un peu trop morose et délétère pour qu'on s'identifie vraiment à ces personnages qui, avec leur petit calcul personnel, ne sont guère, c'est le moins qu'on puisse dire, attachants. Sex is dead.

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Voyage à deux (Two for the Road) (1967) de Stanley Donen

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C'était l'époque où Hollywood savait encore faire des films matures (ne restent maintenant que des films d'adolescents très attardés (Apatow, au secours !) ou des films de super-héros à la con (Spider-man, au secours ! Ok j'arrive)). Il faudrait être aveugle pour ne pas tomber sous le charme de ce couple qui s'aime presque "malgré lui", qui essaie ensuite de s'aimer, puis ne s'aime plus guère et se sépare - ou pas. Si ce n'est l'évidente réserve relative aux différentes coiffures de l'Hepburn (une choucroute avec deux ou trois saucisses reste une choucroute), tout le reste est parfait : les dialogues cousus mains, la couleur des voitures et des pulls vintage (ambiance très Pierrot le Fou), des seconds rôles féminins à tomber (Jacqueline Bisset, la madre puttana de dio pour rester poli...), des seconds rôles masculins en col roulé (Georges Descrière ou l'élégance française ? Ah ouais d'accord), le montage finaud, la musique de Mancini somptueuse, les imitations d'animaux au taquet (Hepburn es-spécialiste en poule et mouton, Finney es-spécialiste en canard)...

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Je gardais bizarrement en tête un souvenir beaucoup plus sombre et caustique de ce couple qui se craquèle avec le temps. Des disputes, il y en a, des invectives aussi, des tromperies en prime (des deux côtés), des têtes d'enterrement en veux-tu en voilà... Mais pas que, du romantisme bon enfant, autant dire du romantisme tout court, il y en a aussi. Oui, un couple s'use et j'avais beaucoup aimé ce petit ton qui montre "l'air de rien" un couple qui s'auto-détruit de l'intérieur : il est beau gosse, elle est glamour, ils voyagent à la coule, ont presque tout pour eux et se prennent quand même à un moment le mur... Même si cela peut sembler un peu facile, Donen fait un choix radical : tant qu'on n’a pas de thune, tant qu'on se fout des autres, tant qu'on reste indépendants, tant qu'on ne calcule pas, on enjoy sérieusement la life - on ne s'en rend pas toujours compte sur le coup car il y a... des contre-coups (c'est souvent un peu fatiguant...) mais c'est dans ces moments qu'on prend vraiment son pied en improvisant en temps réel, en ayant rien d'autre à faire que de surprendre l'autre... Puis viennent les vacances avec les amis coincés du cul, leur gamin (une gamine pour laquelle l'idée de baffasse a été inventée... la chierie, les gosses, au cinéma...), l'argent qui rend la vie trop facile, le manque de liberté qui rend les choses tristes, la routine même sur la route... Tout était prétexte à rire (un oeuf), tout est prétexte à engueulade dantesque (un oeuf). Donen multiplie les fils rouges au cours des aventures et l'on ne cesse de trouver des échos d'un épisode à l'autre : des lieux, des objets, des instants qui se répondent, qui créent aussi bien une complicité entre les deux amants qu'entre ceux-ci et le spectateur. On s'amuse de leurs péripéties initiales, on est chagrin de les voir se regarder en chien de fusil - comme si l'on avait malheureusement si peu de mal à s'identifier à eux - bien qu'on soit moins beaux (je parle pour moi... quand ma fille a vu Andrey Hepburn, elle a dit "c'est maman ?" C'est flatteur sauf qu'Audrey Hepburn n'a quand même rien de malgache... Je dis ça...).

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D'aucuns trouvent Audrey Hepburn fade ? Alors là, je ris tout seul face à mon clavier : elle a toujours un sens parfait du timing, de la bonne expression quand, du froncement de sourcils où. Légère, grave, mutine, sombre, lumineuse, elle est l'essence même de ce road-movie amoureux qui se crashe à l'occasion mais trouve toujours de l'énergie pour repartir. L'autre moteur du film est la bête jalousie masculine et elle est ici superbement mise en scène par un Donen qui n'a point besoin de forcer le trait pour le rendre parfaitement crédible. Two for the Road reste un tour de force des sixties, un film incontournable pour tout couple pré ou post mariage, pour tout couple voulant tenter de faire un petit tour à deux pour le pire et le pire en souvenir du meilleur (le meilleur est toujours derrière soi, c'est l'idée même de couple qui veut ça). Two for the Road, un chef d'oeuvre ? Comme cela n'a pas plus de sens que l'amour éternel, disons simplement oui. For the road.   (Shang - 24/01/16)

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Pas à dire c'est effectivement un film super audacieux qu'on a là, ni comédie pure ni drame complet, disons un film qui se tient exactement à l'endroit de la vie de couple dans toutes ses joies et ses peines, même si ça peut paraître clicheteux. Two for the Road réussit le miracle de raconter toute l'existence d'un couple au présent, et il y parvient par la seule grâce d'un montage casse-gueule hyper inventif. Balançant la chronologie dans les orties, il raconte par flashs assez proches du pop-art en vogue à l'époque, une foultitudes de petites anecdotes liées à ce couple qui évolue : les premiers temps sont légers et insouciants, les autres plutôt graves et désabusés, mais Donen colle tout ça ensemble, en un seul mouvement, avec une homogénéité dans le son et dans le rythme qui force le respect : on pourrait se perdre complètement dans le récit, et on se perd effectivement parfois, si on n'est pas attentif aux détails de la voiture ou aux 10.000 costumes d'Hepburn ; mais ce choix esthétique couillu permet de tout raconter, le grave et l'amusant, dans un seul mouvement, comme si tout était bon à prendre dans les circonvolutions sentimentales de ce couple ordinaire. Du coup, c'est vrai, malgré le cynisme latent (le mariage est un tue-l'amour, les enfants), le film n'est jamais que cynique ; et malgré les couleurs chatoyantes (Donen vient de la comédie musicale, ça se sent même s'il n'y a pas de chansons dans ce film), il n'est jamais que léger. Il est la vie, quoi.

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Et s'il s'avère que la vie ressemble à Audrey Hepburn, alors vive la vie. Je suis le premier à dire que la mignonne est aussi actrice que je suis spéléologue ; mais sa photogénie, sa modernité, sa drôlerie, sa beauté, font la grande partie du charme du film. Elle tente tout, depuis les mines glamour jusqu'aux grimaces les moins sexy, et pour une fois son rôle de charmant porte-manteaux est justifié par le sens du film : traverser l'histoire de l'évolution des moeurs à travers l'évolution des modes, tout en suivant l'évolution d'un couple. Albert Finney est bien aussi, à peu près à l'opposé de la belle, bourru, de mauvaise foi, pas beau, mais beaucoup plus "concret", beaucoup plus ordinaire, beaucoup plus crédible du coup, que l'icône Hepburn. Donen entoure ses deux stars d'un écrin élégantissime, couleurs, musique, costumes, seconds rôles, et fabrique un objet complètement de son époque, chaotique et très rapide, fou et amer. On peut trouver quelques longueurs à la chose, on peut penser que le film aurait été mieux débarassé de quelques répétitions ou quelques excès de romantisme sucré sur la fin, on peut préférer la partie douloureuse à la partie purement comique, mais Two for the Road n'en reste pas moins une bien précieuse chose finement écrite et bellement raconté, qui tente plein de choses techniques (des accélérations, des faux raccords, des décrochages complets dans l'intrigue) tout en restant d'un brillant classicisme. Beau voyage.   (Gols - 24/04/16)

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LIVRE : L'Agrume de Valérie Mréjen - 2001

book_375_image_coverMélange de grande simplicité et de sophistication, encore une fois, pour Valérie Mréjen qui signe, avec ce deuxième volet de sa "trilogie intime" un portrait tout en finesse. Après le grand-père, c'est l'amant qui a cette fois les faveurs d'un livre : le texte revient en détails sur les mille et unes anecdotes qui ont constitué l'aventure de l'auteur avec "l'agrume", homme piquant et acide comme son surnom. Par minuscules paragraphes, on avance dans ce récit par petits traits impressionnistes, par le petit bout de la lorgnette, et on découvre une histoire chaotique, faite de domination psychologique et d'asservissements, de mensonges et de manipulations, mais aussi de nombreux moments joyeux et légers. Mréjen, comme à son habitude, met tout dans le même sac, le sombre et l'anodin, le signifiant et l'anecdotique, se rapprochant ainsi plus que jamais de la sève même de la vie. Au sein de ces centaines de petits détails se cachent des forces obscures, des fêlures indicibles, que la belle noie sous le quotidien et le futile. Pourtant on sent bien que cette histoire d'amour a été faite de beaucoup de malheurs et de violence ; mais, c'est la marque de Mréjen, le livre ne versera jamais dans la confession larmoyante ou colérique : tout est sur le même registre, les faits rien que les faits, énoncés avec une fausse objectivité quasi journalistique, et c'est juste ce côté distancé, froid, qui nous fait scruter les anecdotes avec angoisse et inquiétude, qui nous fait deviner que derrière le catalogue se cachent la douleur de la femme et la perversité de son amant. Mréjen parvient à mettre des mots très simples et justes sur ce qui fait une relation amoureuse vouée à l'échec, sur l'alternance de joies et de douleurs qu'elle constitue, sur ce qu'est la vie, aussi, tout simplement. Encore un grand livre, donc.

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Ne tirez pas sur le Dentiste (The In-Laws) (1979) d'Arthur Hiller

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Voilà un genre d'ovni comique qui nous vient de la fin des années 70 et qui associe avec brio un dentiste (Alan Arkin, effaré tout du long) et un agent de la CIA aux méthodes pour le moins particulières (Peter Falk en gaffeur perpétuel). Une association pour le moins surprenante entre ces deux hommes que tout oppose (l'un ultra plan-plan, l'autre totalement azimuté) liés simplement au départ par le mariage de leurs enfants. Falk entraîne Arkin malgré lui jusqu'en Amérique du Sud pour une sombre histoire de plaques volés qui permettent l'impression de billets. Les courses poursuites à pied ou en bagnoles sont pléthores et notre pauvre Arkin de douter de plus en plus de la santé mentale de son partenaire (vrai ou faux agents de la CIA ?). Falk, dont le plan initial pour faire tomber un dictateur semble de plus en plus improbable, va aller jusqu'à amener son compagnon de déroute devant un peloton d'exécution... Un voyage jusqu'au bout de l'enfer pour notre pauvre dentiste qui fait tout du long le maximum pour sortir Falk de ses plans foireux.

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C'est un bon vieux buddy movie entre deux types qui n'ont dès le départ absolument rien à voir ensemble (l’honnête homme et le magouilleur), une sorte de mix vintage à la ricaine entre La Chèvre (Veber se serait fortement inspiré d'Hiller que cela ne m'étonnerait guère) et OSS 117 - en beaucoup moins percutant au niveau des dialogues. On ne cesse d'osciller entre la bonne vieille comédie familiale (les face-à-face entre Falk l'abruti et Arkin l'ahuri de service), le bon vieux film d'action (les fusillades en plein New York ou les poursuites en bagnoles en Amérique du Sud qui se terminent fatalement dans des caisses de fruits exotiques ou des bananes...) et le burlesque parfois un peu lourdaud (le passage avec le dictateur sud-américain collectionneur d’art ultra kitsch et sa "main qui parle" - on frôle là carrément le pathétique). L'ensemble demeure tout de même assez plaisant tant il est difficile de savoir à l'avance ce dont est capable notre ami Colombo pour aller jusqu'au bout de ses obsessions (schizophrène complet ou espion de génie ?) : le pauvre Arkin fond à vue d'oeil, ne pouvant s'empêcher malgré tout de mettre la main à la pâte pour sauver la peau du futur beau-père de sa fille. Encore faudrait-il qu'ils en ressortent vivant… C'est, allez, relativement cocasse, d’un humour très bon enfant même si certains gags tombent définitivement à plat. Deux couronnes.   

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22 avril 2016

Midnight Special (2016) de Jeff Nichols

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Je sentais qu'un jour ce gars Nichols, qui m'a toujours laissé un peu figue, allait nous pondre un scénario à la Shyamalan. Ben c'est fait avec en plus des emprunts plus ou moins bienvenus à Spielberg (genre, en mash-up, "I see E.T." - le mioche aura même droit au coup du drap sur la tête, bouh !), voire à Lucas, avec cette fameuse salle toute blanche qui lorgne du côté de THX 1138. On suit donc les mésaventures d'un gamin tout lumineux de l'intérieur kidnappé par son propre père (l'incontournable Shannon et son regard torve) : le gamin, qui a le don de capter des ondes (!) intéresse au plus haut point le FBI et les services secrets - il a huit ans mais, à leurs yeux, il est super dangereux, of course. On assiste donc à une longuette course poursuite entre les flics et les parents du gamin (elle a grossit Kirsten Durst ou c'est moi ?). C'est également une course contre la montre car un jour fatidique a été annoncé par le gamin : une rencontre avec les extra-terrestres aura-t-elle lieu ce fameux Jour J ? C'est original.

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On aime chez Nichols ces longs plans tranquilles et cette musique planante, son art du story-telling en un mot, même quand il ne se passe pas grand-chose. Ici, vu les tenants et les aboutissants de la chose on a quand même méchamment l'impression d'être pris pour des jambons (intergalactiques, certes, mais des jambons quand même). Il est bien sûr question de la notion de famille (Steven, si tu nous écoutes) : elle se doit d'être unie, réunie, jusqu'au bout pour le bien du gamin... ou pas, si jamais il décide de se barrer avec ces individus lumineux avec lequel il partage plus de points communs qu'avec ces ternes humains. Du coup, sur ce plan, on se sent déjà un peu floué : vive la famille, hein, c'est THE valeur de base... mais pas forcément, au moment du choix final. La démonstration paraît du coup un peu bancal. Qu'en est-il sinon du côté de ces fameux extra-terrestres ? Le gamin, comme E.T. semble avoir des pouvoirs, mais il ne s'en sert jamais (c'est franchement bêta, on ne voit du coup pas trop l'intérêt). Un gamin, d'ailleurs, il faut le préciser, qui fait la gueule (comme son pater) du début à la fin avec ses lunettes de plongée - irritant. On s'accroche tout de même jusqu'au bout pour cette fameuse rencontre du troisième type annoncée... qui n'aura pas vraiment lieu malgré la présence d'un "représentant du gouvernement" gentil tout plein (Adam Driver as Paul Sevier - a French name en hommage à Claude Lacombe ? il doit y avoir de ça, mais là encore la piste ne mène à rien de bien concret...). On se sent pour ainsi dire pris pour des moules creuses par ce scénario qui met en place, certes, un certain suspense mais qui débouche sur quelque chose de franchement creux et gnangnan... Toujours aussi génial ce Nichols, hein, les gars ? Je dis ça, je ne fais pas le fanfaron.

 

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Le Grand Jeu (2015) de Nicolas Pariser

On est rapidement plongé dans l'ambiance dans ce thriller politique à la française : Dussolier (royal) en homme politique de l'ombre parvient rapidement à convaincre un écrivain à la dérive, Poupaud (princier), d'écrire un bouquin pour servir ses "intérêts" ; on est dans le petit monde des guillemets, dans le petit monde où l'on se parle, l'on s'entend à demi-mot : on comprend grosso-modo qu'il va s'agir de se servir de groupuscules d'extrêmes-gauches (faut bien qu’ils finissent par servir à quelque chose, de nos jours) pour venir ternir la carrière d'un Ministre de l'Intérieur. Poupaud se prête à ce jeu de dupes sans savoir vraiment dans quoi il met le doigt...

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Pariser nous sert une atmosphère à la fois cosy et trouble avec en maîtres d'œuvre deux interprètes dont l'on est particulièrement fan. Cela nous donne une première demi-heure toute en mystère, autant de promesses pour la suite. C'est malheureusement un peu là où le bât blesse... Une fois qu'on a compris qu'il se tramait dans l'ombre du pouvoir des coups fourrés pas très catholiques (ah les arcanes de la politique), on a presque déjà atteint les limites de cette œuvre qui ne creuse pas plus son sujet qu'une pelleteuse Playmobil. Même si Pariser nous sert un petit twist sur la fin (ohoh, faut se méfier des apparences, hein...), on a depuis longtemps perdu tout espoir d'assister à un thriller politique réellement captivant... Dès que le gars Melvil se met au vert dans cette ferme altermondialiste et flirte avec une petite blonde pas commode, on perd totalement de vue le sujet principal - on finit par nous balancer deux trois infos sur le tard pour faire semblant de nous tenir au courant et pour nous montrer qu'on n'est pas dans un monde de Bisounours mais, encore une fois, notre foi en une enquête fouillée des hautes sphères politiques et de leur capacité à nous manipuler a depuis déjà longtemps sombré. Reste au final un produit à la forme joliment ficelée (Pariser ose des discutes en plans-séquences qui tiennent vraiment la route) mais dont le fond demeure, au final ... peu profond. Une veine, pourtant, dans le cinéma de l’hexagone, à creuser.  

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20 avril 2016

Permission sur Parole (Urlaub auf Ehrenwort) (1938) de Karl Ritter

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On connaît mal en France le cinéma allemand de 1938 - comme s'il y avait une petite reluctance à cet endroit. C'est bien dommage parce que cette Urlaub auf Ehrenwort signé Ritter (un remake sera fait en 1955 par Wolfgang Leibeneiner - promis, vous n'y aurez pas droit cette fois) est un film assez virevoltant qui n'est pas dénué de qualité. Certes, j'en vois d'ici qui font la fine bouche en soulignant le "petit" côté propagandiste de la chose (l'action se passe en automne 1918 mais dès l'intro, les slogans pacifistes qui fleurissaient à l'époque sont critiqués - ça sent le boudin) ou encore l'indéniable aspect "l'Allemand, d'où qu'il vienne, quelles que soient ses convictions, est prêt à s'unir pour la défense de la patrie etc...". C'est de bonne guerre ou de pré-bonne guerre diraient certains. Au-delà de ça, il n'en demeure pas moins que l'œuvre recèle de multiples qualités : tout d'abord, il y a la présence d'Ingeborg Theek (pour son second et donc dernier film au cinoche - c'est pas rien) ; ensuite, l'Allemand est montré sous toutes les coutures (on a droit justement à des portraits riches et variés - du Teuton régionaliste au Teuton coco ou, justement, pacifiste) ; ajoutons encore que cette œuvre parvient à dénoncer une caricature ignoble de l'Allemand : non, il n'est pas toujours à l'heure. Enfin, la mise en scène et le final trépidant ne sont pas pour rien dans le plaisir que l'on prend à explorer ces multiples petites tranches de vie dans une ère troublée.

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Le pitch est simple : un lieutenant donne la permission à ses hommes - ils sont en transit à Berlin avant d'aller sur le front - d'avoir quelques heures de libres en ville ; seul impératif : être à 18 heures à la gare pour un départ à 18h30. Soixante-dix bonhommes sont donc lâchés dans la nature (alors que la fatigue de la guerre se fait douloureusement sentir), autant dire que notre lieutenant joue gros. Ritter décide de suivre une dizaine d'entre eux dans leurs retrouvailles ou leurs explorations berlinoises : il y a ceux qui vont voir la famille (un peu de schnaps avec les potes avant une petite après-midi coquine), ceux qui vont aux putes (un habitué reçu comme un roi dans une maison close : il donne au passage l'opportunité à un jeune soldat de se faire dépuceler - classique), ceux qui vont dans les bars rouges, ceux qui passent l'aprème à courir après leur dulcinée, ceux qui flirtent avec les idées pacifistes dans les bras d'une donzelle sophistiquée, ceux qu'on amène dans des musées et qui ne pensent qu'à boire de la bière (de lointains cousins germains) ou encore ceux qui attendent bêtement sur le quai d'une gare (notre jeune lieutenant) que leur donzelle (la Theek) vienne les surprendre... On passe en un éclair d'une situation à une autre et même s'il est beaucoup question de femmes (de la sensuelle entraîneuse qui prend gentiment par la main notre puceau jusqu'à la bonne mutter rigolarde en passant par de jeunes femmes légères ou tendrement amoureuses), les situations sont diverses : il y a ceux qui partent au septième ciel, ceux qui rigolent comme des pendus enivrés et ceux qui vivent un véritable cauchemar - ce pauvre jeune homme qui ne peut mettre la main sur sa petite midinette... Lorsque l'heure fatidique approche, la tension monte d'un cran. Si notre petit lieutenant a eu la chance de faire quelques pas de danse sur le quai au bras de la charmante Ingeborg – un instant de grâce dans un monde de bruts -, deux choses lui tordent le bide : l'incapacité à lui dire qu'il l'aime et l'appréhension du non-retour de certains hommes (sa hiérarchie l'a prévenu : il joue gros sur ce coup) - repartir à la guerre, finalement, c'est que du bonus pour l'Allemand (ben ouais). Certains jouent de malchance en tentant d’arriver à l'heure, d'autres ne cessent de se tâter. Ritter, dont la caméra semble tout du long toujours en mouvement, nous emballe un final sur les chapeaux de roue (genre folle poursuite). Une œuvre donc absolument emballante si l'on reste bienveillant sur l'aspect propagandiste incontournable de la chose. 

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