Shangols

27 août 2015

I'm here (2010) de Spike Jonze

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Etre amoureux d'une femme peut vous coûter un bras... voire plus. C'est à partir de ce principe vieux comme le monde que Spike Jonze réalise ce court mignon comme tout. Il nous transporte dans une ère où les robots (construits plus à base de vieux TO7 70 qu'à partic de Mac) et les humains cohabitent (un monde qui fait plus penser à l'atmosphère très contemporaine de Real Humans qu'à celle de Transformers). Les robots, forcément, semblent plus cantonner à effectuer des boulots de tâcherons (conducteur de bus, ouvrier, bibliothécaire (...)...) que des tafs de cadres. On suit le parcours d'un certain Sheldon, un type-ordi ultra-timide, petit employé de bibliothèque : sa vie est morne entre deux branchements, le soir, assis comme un gland sur sa chaise. Un jour, il se fait accoster, ou disons brancher, par une fille elle-même super branchée : elle conduit (alors que c'est fortement déconseillé pour les gens dans sa branche qui sont des catastrophes au volant), sort avec des humains (featuring Chabal), se marre comme une andouille. Sheldon hésite, se laisse séduire, reprend des couleurs grises. Seulement c'est bien connu, quand tu commences à donner ça à une femme (geste), elle te demande souvent ça (autre geste)... Notre ami robot met un bras dans l'engrenage, il n'a pas fini de perdre des boulons.

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Jonze joue la carte du doux flirt lambda pour nous conter l'histoire de ce robot aux yeux de cocker et de cette jeune femme fofolle un brin maladroite. Nos petits tourtereaux en fer sont touchants comme tout quand ils vont se balader dans la nature, assistent à un concert, elle la tête sur son épaule à lui, se donnent la main. Lui, est humain au possible, quand il devient extraverti sous le feu de l'amour, s'inquiète des retards ou des absences de sa douce, courent pour lui porter secours. Il y tient comme à la prunelle de ses yeux, est prêt (littéralement) à tout donner pour elle, à tout sacrifier... Jonze nous amène en 27 minutes au bout de la logique et nos petits robots tout rafistolés finissent par nous paraître beaucoup plus humanistes que l'humanité elle-même. Craquant et malin.  

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26 août 2015

Les Merveilles (Le Meraviglie) (2015) d'Alice Rohrwacher

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Nous voici donc dans le thème "film de ruche européen" qui a donné par le passé de bonnes oeuvres - pour ceux qui suivent. Que penser de cette histoire de famille de Rohrwacher dont l'image semble datée d'une autre ère (les années 80, tenterais-je gentiment) ? Ben justement, on dirait un film familial "à l'ancienne" : un père colérique, une mère muette, quatre filles qui s'ébrouent dans la nature et voltigent, justement, telles des abeilles ; on suit en particulier l'une d'entre elles dans son passage en douceur à l'adolescence : elle a toute la confiance de son pater qui ne jure que par elle, est rêveuse et opiniâtre (elle inscrit sa famille, malgré les fortes réticences du dit père, à un jeu télé à la con sur les meilleurs artisans de la région) et commence à bourgeonner (en présence un très jeune garçon délinquant qui se "met au vert" dans leur ferme). C'est un peu celle qui a le plus la tête sur les épaules dans cette famille un peu olé-olé, celle qui donne du "suc" à cette oeuvre d'un autre âge (en 2014, le palmarès du festival de Cannes ne fut décidément guère avant-gardiste).

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Alors bon, ces petites anecdotes familiales se savourent comme un bon miel 100% naturel (la mauvaise foi du père qui gueule toujours dans son coin et qui se ridiculise un brin quand il a l'occasion de parler de son travail devant des (télé)spectateurs ; les pitreries des deux plus jeunes filles ; l'attirance très "ptite fille" de l'héroïne pour la présentatrice féérique du jeu télé - Monica Bellucci, quasi muette, son meilleur rôle - et son apprentissage de l'autonomie face à ce père ultra-protecteur...), Rohrwacher nous livre ici ou là quelques jolis plan-séquences qui "en disent long" (la scène de jeu dans la grotte des deux ados à l'esprit plus ludique que lubrique, le plan sur la fin pour exprimer toute la nostalgie de cette époque disparue...) mais reconnaissons que l'on reste un peu sur sa faim : le miel, c'est sain, mais tout seul, c'est un peu léger. Une sympathique chronique rurale familiale teintée de nostalgie adolescente (l'époque des possibles et des premières responsabilités) - tout ptit prix du jury.

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Rêves d'Or (La jaula de Oro) de Diego Quemada-Diez - 2013

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Sur le papier, on s'attend à l'éternelle cascade de bons sentiments et de dignité oecuménique (Quemada-Diez a été l'assistant de Ken Loach, ce qui augmente le soupçon) : l'odyssée d'un trio d'ados qui tente de franchir la frontière entre le Mexique et les States, avec ce qu'il faut de cavales dans le maquis, de solidarité et de drames, on se dit, oula. On a bien tort : voilà un film très intelligent et très tenu, qui évite la plupart des écueils et s'avère un très joli portrait d'enfance en même temps qu'un exemple d'écriture. Pour exagérer un peu, le réalisateur se fout un peu de son sujet principal, l'immigration clandestine. L'intéressent plus le cheminement intime de ses personnages, et son parallèle possible avec la traversée d'un territoire et d'une "histoire du monde". Bon, je m'explique, je vous sens pantois.

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Pendant tout le film, on a l'impression que Quemada-Diez filme une sorte d'Eden retrouvé : on y voit des enfants souriants courser des poulets, danser la salsa ou jouer aux premières amours, sur un décor de forêt vierge, tout à la joie de l'aventure. L'un des petits héros a même un physique à la Tom Sawyer, et le fait qu'il soit Indien (du Guatemala), donc d'un autre dialecte, ajoute encore à cet aspect primaire de l'esthétique : il s'agit pour ce groupe d'ados de découvrir le monde, apprendre à communiquer, s'ouvrir à l'amour, expérimenter la mort (très belle scène de mise à mort d'une poule), se dresser contre les adultes. Un petit monde certes rude et injuste, mais que nos trois petits héros découvrent avec un entrain et un intérêt communicatifs. Complètement privés de passé, puisqu'ils entrent dans le film presque brutalement, comme s'ils avaient toujours été là, ils sont les Adam et Eve du Mexique, traversant le jardin des Délices avec énergie. L'ambiguité étant bien sûr que leur seul but est de quitter cet Eden pour aller se frotter à l'Enfer, les Etats-Unis, gardé d'ailleurs par un Cerbère dont on n'apercevra que le funeste fusil à lunette. Très loin du misérabilisme, mais sans non plus occulter la dureté du voyage, le film joue sur cette curieuse idée, sur cet intéressant parallèle entre la Genèse et le Mexique d'aujourd'hui.

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Il le fait dans une forme passionnante : superbement éclairé, le décor naturel est regardé avec passion. Les plans simplement contemplatifs sont nombreux, filmés depuis des trains par exemple, ou à travers les branches des forêts.  Quemada-Diez aime de toute évidence les paysages tantôt arides tantôt luxuriants de son pays, et nous les fait voir à travers le regard encore plus subjectif des enfants. On y découvre un réseau de personnages solidaires, dignes et joyeux, même si la cupidité est souvent aussi de mise. La mise en scène alterne ainsi des moments de tension et des moments de plénitude, parfaitement équilibré. Et les deux ou trois coups de théâtre qui viennent donner au film des virages à angles droits sont parfaitement bluffants. On regarde ce récit initiatique sans trop savoir, du coup, qui est le vrai héros de cette histoire, se projetant tour à tour sur chacun des ados (dont les postures vis-à-vis des évènements sont très différentes, et du coup embrassent tout le spectre des émotions, de la peur à la joie, de la rebellion à la pitié). Les petits acteurs sont d'ailleurs impeccables. Dommage que le final soit un peu appuyé, et vienne presque en contradiction avec l'atmosphère presque onirique de l'ensemble. Mais tant pis pour ces 5 dernières minutes : Rêves d'or est à la fois radical et simple, épuré et riche ; un bien beau film sur le passage à l'âge adulte et sur l'appréhension du monde. (Gols 09/03/14)


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Je suis d'accord avec mon pote Gols et ce d'autant que je viens de l'avoir en visio-conférence en direct-live et que je le trouve très beau. Je ne vais pas revenir sur cette analyse si fine du "territoire" (Gols étant plus un gars de terroir qu'un géographe - il situe Mayotte dans les Bermudes et pense toujours qu'on a 12 h de décallage horaire), peut-être un peu plus sur le fait qu'il s'agisse d'une version guatémaltèque adolescente de Jules et Jim (Oui, c'est plus fort que moi, à toutes les sauces, d'autant que le guaqamol... mais je dérive). Quemada-Diez amène très joliment ce quidam indien sous le charme duquel, bien qu'il ne parle point la même langue, la chtite héroïne va tomber - la phrase est retorse, le film l'est moins. Forcément le petit copain de notre héroïne (un gars bas du front, fort en gueule mais beaucoup moins dans l'action) va être jaloux à mourir et envoyer balader à plusieurs reprises ce petit pignouf qui leur colle aux basques. L'héroïne fait le lien, pour ne pas dire le pont entre les deux, et c'est elle qui va donner de la cohésion à ce trio ; ce trio, comme le soulignait Gols, est embarqué avant toute chose dans une aventure intime : du flirt à l'attirance sexuelle, du mépris à l'amitié à la vie à la mort. Quemada-Diez, contrairement à d'autres sur le même thème, ne joue pas dans l'ultra-violence et nous coupe d'autant plus un bras ou un doigt à chaque fois qu'il y a un brusque rebondissement - alors même que ce trio se soude de l'intérieur, des éléments extérieurs vont faire imploser la chose. Quemada-Diez ne joue jamais sur les retournements de situation à la con (un personnage disparaît, va-t-on le recroiser plus tard ? Nan) et cela permet à la chose d'avoir une belle patine réaliste. Un film au ton juste, point "film du monde" - pas si courant de nos jours. Beau premier essai. (Shang - 26/08/15)  

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25 août 2015

Jurassic World (2015) de Colin Trevorrow

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S'il y a bien un truc qui m'excite dans la vie, c'est quand les raptors et les T. Rex se battent contre les traptosorus. Soyons sérieux deux minutes : comment deux parents peuvent être aussi cons pour envoyer leur gamin dans ce genre de parc alors qu'à chaque fois, je dis bien à chaque fois, la sécurité est aussi légère que dans un Thalys - sans vouloir jouer sur la polémique, on ne mange pas de ce pain-là dans Shangols. Cette fois-ci, ce petit con de chinetoque, pour faire plaisir à son boss indien (je dis ça, je dis rien, mais la mondialisation n'a pas que du bon) crée un monstre ultra hybride en le croisant, je n'invente rien, avec une sèche : résultat ? Ben le traptosorus de 15.000 tonnes arrivent à passer inaperçu derrière un cèdre - véridique. Pendant qu'on est d’ailleurs dans le petit côté limite crédible, est-ce qu'il y en a un parmi vous qui a déjà fait de la moto en pleine jungle ? Attention, pas sur un chemin déjà tracé, je parle bien d'un type qui prend sa moto et qui fonce à 200 km/heure en pleine jungle, comme ça, tout droit. On est d'accord, tu fais 12 mètres, tu te prends au minimum une grosse racine. Eh ben pas là. Le héros fonce à toute blinde avec quatre raptors à ses côtés (pfff) en pleine jongle et ça passe comme papa dans maman. Là j'ai vraiment commencé à voir les grosses ficelles du bazar - au moins Omar Sy (son meilleur rôle depuis Omar et Fred, même si dans l'histoire, il ne sert absolument à rien), il est sur un quad, ça le fait un peu plus (Omar sur un quad dans Jurassic World... Déjà rien que ça, ça prouve le grand n'importe quoi du projet).

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Sinon sur le fond - ouais sur la forme c'est toujours les mêmes bestiaux en troupe : tu les remplaces par des ânes ou des ours, tu produis franchement le même effet et pour moins cher en plus -, comme c'est produit par Spielberg, on aura donc droit à une analyse psychologique profonde des rapports familiaux. Deux parents divorcent au début - tu sais déjà qu'à la fin, ils seront ensemble. Deux frères qui ne s'entendent pas au début - tu sais déjà qu'au cours de l'aventure, quand ils auront un rhinopharungus au cul, ils vont s'entraider comme des frères. Une tante frigide anti-gamin au début - tu sais déjà qu'à la fin, elle se tapera le héros et qu'elle aura les yeux qui brillent en pensant à tous les mioches qu'elle va pondre (progéniture qu'elle amènera sûrement connement dans le prochain épisode, Jurassic Cosmos (oh merde, il y avait une faille dans la barrière du T. Rexharrisonfordus !!!!!, comment est-ce possible ?), alors que le parc Astérix est à deux heures. Bref, on décroche rapidement, les 30 dernières minutes d'action ne valant guère en soi le coup : elles ont  d'ailleurs fini par faire pleurer ma gamine de deux ans qui ne supporte pas la violence gratuite. Jurassic film, déjà fossilisé.

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24 août 2015

Le Journal d'une Femme de Chambre (2015) de Benoît Jacquot

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Jacquot, à l'image du valet Joseph interprété par un Lindon la mâchoire serrée et la démarche lourdaude, livre un film fruste, sec, rugueux. S'il prend un soin tout particulier dans la reconstitution (admirez messieurs-dames ces pinces à linge vintage), c'est bien sûr la gâte Léa Seydoux (toute en frustration et en colère rentrée) qui se retrouve au centre de cette troisième adaptation, après celle de Renoir et de Buñuel, du bouquin de Mirbeau. La Léa, qui n'a pas la langue dans sa poche, va aller de Charybde en Scylla avant de trouver une "échappatoire" guère glorieuse, par dépit pourrait-on dire. Trois flash-back qui rentrent en résonnance avec les différentes épreuves qu'elle subit chez les Lanlaire viennent éclairer son parcours de combattante : frustration sexuelle de ses maîtres - hommes et femmes (ce gode a fier allure, ne me dites pas le contraire) -, expérience douloureuse de la mort (Cet ex-beau gosse qui meure en jouissant dans le sang... brrrr), appel du pied à la prostitution. La Léa a beau jouer la fière, elle se prend mur sur mur. Elle, la servante rebelle, se verra finalement confier son destin en cet homme aux idées (très) arrêtées (raciste et sans doute violeur et pédophile - le sac est plein, sans parler de l'argenterie qu'il dérobe à ses maîtres...) qui lui propose une porte de sortie guère reluisante. Une technicienne de surface qui se cogne à tous les coins avant de prendre la poudre d'escampette, ses idéaux en cendre.

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Jacquot, c'est le moins qu'on puisse dire, ne cherche guère à plaire, dans cette version des plus rêches de cette société peu aimable. Même si cette petite musique lancinante au piano, cette intelligente structure narrative, un travail intéressant sur le montage des séquences, ce filmage (de ces mouvements très fluides en caméra portée "à la Dardenne" - producteurs du film soit dit en passant - à ces légers zooms sur les personnages aux moments cruciaux) font leur petit effet, le "carcan" du film avec ces personnages enfermés dans leurs petits principes peine à séduire, à emballer sur la durée. On a l'impression, toujours à l'image du personnage de Lindon fait d'un bloc, d'un film qui ne laisse guère la place aux nuances, qui ne fait rien pour donner une quelconque chance de rédemption à ces êtres pris au piège de leur position sociale. Un peu terne et glaçant malgré une mise en scène souvent bien (voire trop ?) "pensée".

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23 août 2015

Le Paradis (2014) d'Alain Cavalier

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Petite œuvre précieuse que ce dernier opus d’Alain Cavalier : une véritable leçon de mise en scène pour tout apprenti cinéaste ayant à porter de main des clous, une oie mécanique, un robot, des feuilles de papier, du bois sec ou une papaye… Cavalier, d’une voix off feutrée, conte des histoires bibliques ou retrace des épisodes de l’épopée d’Ulysse sur un ton un brin familier pour ne pas dire cavalier. Des histoires simples qui évoquent la conception humaniste et terre-à-terre du gars Jésus ou de l’ami Ulysse… En plus de ces historiettes qui laissent souvent songeurs (qu’il s’agisse de réfléchir aux actions de dieux humains ou d’humains divins), des jeunes gens livrent des « anecdotes essentielles » qui les ont touchées, façonnées (leur premier souvenir, l’expérience de la mort…).

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Le mot « Paradis » du titre trouve des échos tout au long de ces courtes séquences qu’il s’agisse de monde idéal ou de paradis perdu. Il est bien sûr également question de mort (paradis promis…) avec la mort de ce petit paon (pan !) et de ce tombeau en pleine nature que l’on retrouve en fil rouge de ces micro-tranches de vie. Une œuvre précieuse disais-je, apaisée et apaisante, qui fait de Cavalier un maître filmeur des petites choses de la vie ; le coquin Alain se permet même sur la fin un petit clip jazzy chaud comme la braise mettant en scène notre fameuse oie mécanique et ce petit robot rouge. Rihanna peut aller se rhabiller – deux fois même, ne prenons pas de risque. Minimaliste dans son concept, humaniste par son approche, une œuvre cavalièriste pleine de douce sagesse.

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Mad Max : Fury Road (2015) de George Miller

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C’est clair qu’après Vincent n’a pas d’écailles, on a la méchante impression que George Miller avait un budget de 3-4 euros supplémentaires au niveau des effets spéciaux. On est dans le pur cinéma d’entertainment, dans la lignée de Mélies pour les puristes, et reconnaissons que deux heures durant ça dépote sa mère : il s’agit bien d’un road movie mené à 12.000 à l’heure ne laissant aucun repos au spectateur tant au niveau de l’action que du son (ceux qui n’aiment pas le tambour passeront leur chemin). On pourrait arguer que c’est con comme un bidon d’essence mais le film parvient tellement sur la longueur à maintenir une certaine tension qu’on ne va pas faire la fine bouche. Oui, c’est vrai, même si les bagnoles sont toujours trafiquées de bric et de broc, on est plus vraiment dans le côté artisanal et purement démerde du premier opus fondateur : l’essence coule à flot, Michelin a pignon sur rue et Feu Vert doit vendre une quantité non négligeable de plaquettes de frein. Niveau armes de guerre, on est également plus dans les rayons de chez Dassault que dans une armurerie du Far West traficotée. Bref, ces petites réserves mises à part (passons négligemment sur les bimbos nullissimes (Charlize Theron exceptée) et sur ce joueur de guitouse électrique grand-guignolesque) que peut-on tenter d’extraire du fond ? Œuvre féministe (les femmes comme éternelles gardiennes du temple de la re-naissance), écologique (la pénurie d’eau a remplacé la pénurie d’essence), oui, pourquoi pas même si on ne peut pas dire que Miller parvienne à pousser le bouchon vraiment loin. Œuvre héroïque ? Ah ben, il y a forcément le personnage de Max (il est libre, still) interprété par un Tom Hardy qui tente de s’aligner sur Nick Cave dans les basses (un peu pénible ce côté voix caverneuse – et cette tronche inexpressive…) : fool, puis insane puis enfin juste mad Max (il finit par dévoiler son identité après avoir joué au mystérieux tout du long : Max a encore un semblant de personnalité et de sensibilité), notre ami est un type définitivement sans espoir mais qui ne renacle point à aider ceux qui veulent encore bien y croire : un personnage ombrageux mais qui carbure toujours autant quand il faut exploser de l’ennemi. Voilà, si vous voulez bouffer de la poussière deux heures durant les cheveux flottant follement au vent, n’hésitez pas tant ce Fury Road porte son nom à la perfection.  Miller en a encore sous la pédale.

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Vincent n'a pas d'Ecailles de Thomas Salvador - 2015

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Un premier film, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne ressemble à rien de ce qu'on connaît, ce qui est une qualité. Salvador tente un genre dont il est jusqu'alors le seul représentant : le film de super-héros français. Il se pose donc de vraies et bonnes questions : comment faire entrer le genre comics dans le territoire français, faire se rencontrer le blockbuster et les ambiances pialatoises ou varda-esques bien d'cheu nous ? Contre toute attente, il parvient à mixer les deux genres, parfois un peu au chausse-pied c'est vrai, mais avec une indéniable vision, une vraie confiance dans l'hybridation des genres, et qui plus est un humour feutré et un grand sens de l'espace : son film est donc parfaitement intrigant et singulier, c'est déjà beaucoup.

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Vincent est un mec banal, timide et solitaire, qui découvre qu'au contact de l'eau, ses forces se voient décupler. Il se baigne donc longuement dans le lac voisin, et fait découvrir à sa copine ébahie son nouveau pouvoir dont il ne sait que faire. Un incident va mettre les flics à ses trousses, pour une longue course-poursuite sur les petites routes de France qui prendra une bonne moitié du film. Il y a un côté absurde dans ce gars aux super-pouvoirs inutiles, qui va les utiliser pour des besognes purement pratiques : abattre un mur (il travaille sur les chantiers), épater son amoureuse ou s'ébattre gaiement dans les lacs. La découverte de sa force va de pair avec celle de l'amour, la petite Virmala Pons (un peu agaçantre dans son imitation d'Anna Karina) est la spectatrice parfaite des performances du compère. Elle n'est pas en reste de super-pouvoirs elle non plus, réalisant une magnifique scène de "plus longue caresse du monde", apportant fantaisie et énergie dans la vie morne de ce garçon. Le scénario, allangui, flou, privilégiant les petites routes aux grands boulevards, est très agréablement relâché, et Salvador prend tout son temps pour faire exister ce personnage sans qualité (joué pas super bien par lui-même).

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Mais surtout, il travaille sur la notion de territoire, géographique et cinématographique, avec une belle fantaisie. Vincent n'appartient pas à l'endroit où il évolue, son aspiration est américaine, et on dirait que le film épouse cette soif d'Amérique. Il est plein de clins d'oeil, au splastick (des copié-collé de Cops de Buster Keaton), au gros spectacle américain (les amoureux du Spiderman de Sam Raimi reconnaitront sans peine une scène culte de celui-ci), au cinéma de trucages (très bien réalisés, d'ailleurs) mais il reste pourtant profondément ancré dans la campagne française : la fuite de Vincent se fait dans de petits villages déserts, le long de chemins de la Côte d'Azur, dans des lacs qu'on croirait sortis d'un film de Guiraudie. C'est cet entre-deux qui fonctionne, entre une incarnation, un physique, une poétique du corps inspirés du cinéma américain, et un intellectualisme, un humour et un sens de l'identité qui appartiennent à une veine française. Du coup, on se balade interloqué dans cet objet étrange, pas toujours bien foutu, pleins d'imperfections (le jeu d'acteurs, le montage), mais qui affirme son originalité avec une belle santé. Très prometteur. (Gols - 25/07/15)


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A la vision de la première demi-heure, le constat est là : ce n’est pas un film de Rohmer. Les scènes d’exposition s’enchaînent, les dialogues sont ultra-minimalistes, au moins on ne pourra pas reprocher à Thomas Salvador de tomber dans la bonne vieille qualité française bavarde. Au-delà de ça, et ce malgré l’originalité citée par mon comparse, le film, sans écailles, on était prévenu, est terriblement lisse. Le super-héros à la française ne peut être que le French lover d’une gentille petite girl next door bien de chez nous (j’ai cela dit connu sous d’autres latitudes une Vimala mais je m’arrêterais là sous peine d’être hors-sujet) emmerdé plus que servi au final par ses superpouvoirs : l’éternel problème de l’exception culturelle française à bien y réfléchir. Le gars a beau tenter de se noyer (…) dans la masse en enchaînant les petits boulots de merde, il est rattrapé par ses dons qui tournent rapidement à la tare ; chez les Américains, le gars aurait sauvé les baleines et le Commandant Cousteau, chez nous il en est réduit à faire des longueurs dans des lavoirs pour échapper à la police – c’est plus fort que nous, faut qu’on se distingue du commun des mortels. Lisse, disais-je plus haut, car après le tournant du match - une baston qui tourne mal – nous voilà dans une bien longuette course-poursuite (un hommage à French Connexion ?) qui ne peut se terminer qu’en queue de poisson outre Atlantique (Vincent n’a pas d’écailles 2 tourné par Luc Besson est malgré tout en prévision avec Patrick Duffy et s’annonce d’ores et déjà comme un blockbuster à  la con qui remplira les salles et videra les crânes – mais je m’égare par manque de matière). On ne peut reprocher, once again, au gars Salvador de prendre les chemins de traverse et de nous servir un film minimaliste qui rend hommage au passage aux jolis paysages touristiques français. C’est louable, j’en conviens, et d’une sobriété sympathique ; ces 70 minutes sont malgré tout bien courtes en bouche. Une histoire d’eau bien légère qui ne laissera dans les mémoires qu’un petit filet d’écume. (Shang - 23/08/15)

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Thé et Sympathie (Tea and Sympathy) (1956) de Vincente Minnelli

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Minnelli et l’ami Douglas Sirk sont définitivement les plus grands pour traiter des sentiments, de l'affection, de la tendresse, pour jouer sur la corde délicate de la sensibilité ; certains pourraient ajouter qu’ils sont les chantres de cette notion appelée « amour » mais le terme paraît trop galvaudé, pas assez fin pour décrire l'univers cinématographique de ces deux artistes d'exception. L'autre point commun entre les deux cinéastes résiderait dans la maîtrise des couleurs : Tea and Sympathy est une merveille dans sa capacité à mêler le bleu (les sentiments à lui, J. Kerr) et le jaune-orangé (les sentiments à elle, D. Kerr) (ouvrons au passage une parenthèse pour saluer une énième fois le travail de John Alton à la photo et pour souligner la présence de ces deux Kerr au générique qui n'ont rien a priori en commun (pas plus d’ailleurs qu’au niveau de la parenté) et qui se trouvent en parfaite adéquation (ce sont des white & des Kerr, forcément)...

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De quoi est-il réellement question dans ce film de Minnelli ? Deux âmes en peine (elle, mariée à un prof, le mâle par excellence, avec un lourd accent circonflexe ; lui, jeune étudiant à l'écart des siens qui se voit affubler du surnom de "sister boy" - tout est dit) se retrouvent sur ce terrain si mouvant de la sensibilité ; il y a entre eux une évidente différence d'âge, de statut, d'expérience mais, comme deux couleurs qui se marient pour en faire une troisième, leurs pigments sentimentaux semblent identiques. Lui, John, a perdu sa mère très jeune et son père, un brin gentillet, n'a guère comblé le vide ; élevé par une maid, il est plus dans l'esprit couture que dans l'esprit sportif. Elle, Deborah, est une femme aimante qui se sent de plus en plus délaissée par ce  mari qui aime à jouer les forts-à-bras, les bons vieux leaders bourrins de jeunes garçons lors de jeux de plages ou d’excursions en montagne. Bref, entre elle, Deborah, protectrice et sensible, et lui, John, puceau et sensible, des affinités électives ne peuvent que voir le jour. Elles le verront.

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Parce que c’était lui, parce que c’était elle. Côté mâles, sur un campus ricain, il faut faire partie de l’esprit de meute : en gros être sportif (plus lutteur qu’être de la raquette) et avoir de la testostérone (parler de filles quitte à mentir sur ses prouesses de dragueur). Peu glorieux. Côté femelles, Deborah n’a guère d’équivalent : principalement des femmes BCBG dont l’activité intellectuelle principale se joue entre les terrains de golf et la plage. Il y a sinon une pétasse de bar qui aime à déniaiser les étudiants. Guère plus glorieux. Ces deux-là, isolés, frustrés (car entourés de frustes), différents, will kerr for each other, par la force des choses. Minnelli nous montre deux individus à l’écoute l’un de l’autre, elle, experte en son jardin, prenant soin de cette jeune pouce comme une mère aimante, lui, sans guère de repères affectifs, cultivant dans son jardin secret des sentiments pour cette fleur qui se fane en son intérieur. Ils se retrouvent loin des tensions diverses (elle subit la jalousie de son mari comme il subit les vexations de ses pairs – à l’exception de son comparse de chambrée qui le prend sous son aile : la sublime séquence où ce dernier tente d’apprendre à John à marcher : d’une belle légèreté comique) pour partager un thé, une sympathie réciproque (dans tous les sens du terme : il partage aussi bien leur douleur que leurs goûts – littéraires notamment) et plus si affinités. Le final, quant à lui, plein de tact et d’empathie – même envers la personne la plus antipathique de l’histoire – est tout aussi intelligemment mis en scène – les nuances sur les couleurs étant une nouvelle fois à tomber à genoux. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, diront les plus sceptiques, mais toute personne insensible à cette œuvre si fine (dans la fond) et « haute-en-couleurs » (dans la forme) est soit daltonienne, soit un lanceur de nains. Minnellissime.

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22 août 2015

LIVRE : 1974 (Nineteen Seventy-Four) de David Peace - 1999

1974Les auteurs de polars pourvus de style ne courent pas les rues. Les écrivains sachant compter leurs mots avec parcimonie non plus. Il est donc primordial de lire David Peace, qui prolonge avec brio la tradition américaine de l'épure, entamée avec Hemingway et filant jusqu'à Ellroy. Le gars est pourtant anglais, et le plus anglais qui soit, puisque sa trame est fortement ancrée dans le territoire du Yorkshire, et que son souci de la tradition le pousse aussi vers les ambiances à la Jack l'Eventreur. On a fait le tour des influences ; il importe avant tout de préciser que Peace est l'auteur de polars le plus original qui soit, et que la lecture de 1974 est un moment de pur bonheur stylistique. Rien de bien nouveau dans le scénario, même si le gars sait sans conteste monter une trame retorse et crédible. Des fillettes disparues, un probable serial-killer qui rôde, des implications politiques et policières louches par-dessus, et un journaliste poivrot pour enquêter là-dessus. Peu à peu, les personnages se multiplient, le réseau se complexifie, et notre Edward Dunford court après cette satanée vérité, talonné en plus par son concurrent en scoop. Le mystère est parfaitement mené, les jeux de fausses pistes nombreux, les personnages les plus secondaires toujours crédibles, et ce avec une économie de moyens qui force le respect. Les caractères sont dessinés en deux mots, il faut que la trame avance coûte que coûte, dans une course contre la montre que le style de Peace rend parfaitement concrète.

Bon, c'est vrai que du coup, je n'ai pas compris grand-chose à la résolution de la chose. Il paraît que c'est normal, m'a-t-on dit, et puis il reste trois tomes pour lever les derniers mystères. De toute façon, on se moque bien de savoir qui a tué qui et qui escroqué qui. Ce qui fait que 1974 est un grand roman, c'est cette écriture incroyable (parfaitement traduite par Daniel Lemoine) qui s'apparente parfois à un style télégraphique. Peace ne s'embarasse de rien, enlève tout ce qui est inutile, et tente un style fulgurant, plein de trous qui marque des points. En quelques mots, en paragraphes courts et cinglants, il vous fait comprendre toutes les arcanes des situations. Lecture exigente, certes, puisque notre cerveau paresseux doit combler lui-même les béances, mais lecture fascinante. Ce style à l'os fait merveille dans les scènes violentes, qui dans le dernier tiers virent carrément au gore. On termine ça à bout de souffle, emporté par un rythme millimétré qui confine à la cavalcade. Le polar le plus percutant et génial qui soit.

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21 août 2015

LIVRE : Les Loups à leur Porte de Jérémy Fel - 2015

loupsUn premier roman français qui flirte avec le noir américain, ça éveille l'attention. On plonge donc avec délice dans ces ambiances délétères, violentes et trash déployées par Fel, disciple de toute évidence de Stephen King. Ambitieux, son roman tente de faire de la violence le personnage principal de la trame. A partir de l'assassinat de deux vieux par leur fils, la noirceur se transmet de chapitre en chapitre, de personnages en personnages, comme un virus qui semble condamner chacun soit à être envahi par cette brutalité, soit en être la victime. La violence de cet acte primaire s'étend, et si le jeune homme du début, transformé en serial-killer sans pitié, refait de temps en temps son apparition, les autres personnages sont peu à peu gagnés, eux aussi, par ces pulsions meurtrières. La construction du récit est de ce point de vue très habile : chaque chapitre semble ouvrir une nouvelle fiction, comme si on avait affaire à un recueil de nouvelles, mais en fait tous les personnages sont liés par la présence de ce funeste personnage de serial-killer, et par la violence elle-même. Ce qui fait que la pléthore de personnages différents finit par paraître homogènes, par-dessus les époques (beau maniement des flashs-back), les lieux et les atmosphères. On peut trouver que Fel se complait un peu, à la longue, dans la violence pure, gore, glauque, et qu'il peine à trouver de l'oxygène dans son récit ; mais le fait est que ce portrait d'un élan meurtrier en marche est impressionnant dans son projet, et qu'on admire le plan d'ensemble.

Malheureusement, dans le détail, c'est beaucoup moins réjouissant. Pour tout dire, Fel écrit comme un pied. Grammaire de fin CE1, phrases bancales, musicalité de l'écriture dans les chaussettes, vocabulaire très limité, on se dit que le gars est sûrement un bon scénariste mais un très mauvais réalisateur, ou un excellent parolier mais très mauvais interprète. On se demande même comment Rivages, pourtant éminente maison, a pu laisser paraître un livre aussi truffé de fautes d'orthographe et de syntaxe, on prend ici les éditeurs en flagrant délit de non-relecture. Voilà qui casse complètement le talent de Fel à la construction d'ensemble : le gars ne sait pas écrire, et je veux bien qu'on mette ça sur le compte de la jeunesse, mais je doute qu'il s'améliore vraiment avec l'âge. Typiquement le genre de roman qui mise tout sur sa trame et en oublie le style, ce qui nous fait retrouver, effectivement, Stephen King en étendard. Un bel élan gâché, un beau roman raté.

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20 août 2015

Frank de Lenny Abrahamson - 2015

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Parfois, on ripe, et on regarde un film anglais. On s'en mord les doigts aussitôt, bien sûr, mais enfin le mal est fait. Frank ne déroge pas à la malédiction qui frappe depuis toujours le cinéma britannique : il est nul. Abrahamson a beau faire tout ce qu'il peut pour être original, il ne sait pas écrire, dirige mal ses acteurs, se trompe de point de vue, oublie le rythme en cours de route et pose systématiquement sa caméra au mauvais endroit. Dès le départ, ça sent la fausse bonne idée : un musicien du dimanche se trouve engagé par hasard au sein d'un groupe de rock expérimental, mené par l'énigmatique Frank, chanteur cassos tellement introverti qu'il porte jour et nuit une grosse tête en bois qui dissimule son visage ; une sorte de Daft Punk avant l'heure, quoi, et qui ressemble à un gros Playmobil. Le film va donc tenter de travailler sur les affres de la célébrité, en déployant ce complexe personnage, moitié fou moitié génial, sous les yeux de notre candide narrateur.

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La grosse erreur première, c'est de penser que ça va donner quelque chose : passée la surprise du premier plan où arrive Frank, on ne cesse de se dire pendant tout le film que ça aurait été tellement plus simple de ne pas lui faire porter ce masque ; plus simple et plus subtil : les gros sabots d'Abrahamson sont faits du même bois que la tête de Frank, et son lourdaud discours est asséné par des dialogues soulignés, bavards et sans aucune nuance. Dialogues portés d'ailleurs par des acteurs péniblement caricaturaux (sauf un ou deux personnages secondaires étonnament sauvés du massacre, François Civil notamment) : Maggie Gyllenhaal en punkette hardcore est épuisante de construction de personnage, Michael Fassbender en Frank arrive à faire 40000 grimaces/seconde alors que son visage est dissimulé (mais quand le masque tombe à la fin, c'est pire encore, Rain Man n'est pas mort). Mais la plus grosse erreur, de casting et d'écriture, tient dans le personnage interprété par Domhnall Gleeson : aucun charisme, aucun charme, on se demande ce qui a pris les auteurs de vouloir lui faire tenir le rôle du narrateur ; à moins qu'ils n'aient voulu le confondre avec le spectateur, ce qui en dit long sur leur vision d'icelui... Jamais drôle, musicalement maigrichon, pas intrigant pour un sou, le film déroule sa trame courrue d'avance en tentant à chaque séquence d'être sur-signifiant et original, et on a l'impression peu à peu de regarder un Gondry, mais qui n'aurait gardé de celui-ci que la panoplie de bricolo. Vide, inutile, chiant, oubliable comme un film anglais.

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LIVRE : Crash-test de Claro - 2015

crashLes livres de Claro sont toujours plus ou moins renversants, sachant qu'il alterne habilement les fantaisies mineures et les amples projets. Crash-test fait partie de cette dernière catégorie, et constitue sûrement le meilleur livre du bougre à ce jour. Lâchant enfin la bride à la pure ambition formelle, il est débarrassé de la dérision un peu encombrante qui rendait même ses grands livres passés (Tous les Diamants du ciel) un peu bancals. Pas d'humour ici, mais libre cours est donnée à une vision glacée d'une humanité qui se robotise et des corps qui se marchandisent. On pense bien sûr immédiatement à Ballard, à cause du scénario : on suit, tressés l'un dans l'autre, trois pans de vie ; celle d'un gars engagé pour faire des crash-tests, donc, et auquel on fournit de vrais cadavres pour calculer les impacts des chocs ; celle d'une strip-teaseuse en plein doute, fascinée par le destin chaotique de Linda Lovelace, l'actrice de Gorge profonde ; et celle d'un geek accumulant les visions hébétées de pornos sur son écran. Il est question d'une sorte de mélange entre chocs mécaniques et sexe, et Claro comme Ballard excelle à lier en un seul flot sexué les peaux, la ferraille, les fantasmes, la violence urbaine, l'obsession sexuelle, la mort et l'explosion des corps. Sujet insaisissable, presque apocalyptique (alors que ces histoires se déroulent dans les années 70) dont Claro ne livre pas toutes les clés : il fait légèrement déborder le destin de l'un sur celui de l'autre, comme si ces trois solitudes étaient liées par un pacte secret (qu'on appellera "Le Corps Supplicié", disons) ; mais le sens de cette association reste à la discrétion du lecteur. Ballard est donc aussi dans l'atmosphère du roman : une violence sourde imprègne tout le livre, celle des voitures qui écrasent les corps déjà morts, celle de ce corps érotisé jeté en pâture à la consommation de masse, celle qu'a subie Lovelace à la merci de son mari-maquereau, celle généralement d'une humanité abandonnée à la fascination du sexe et de la brutalité. Un roman de SF, finalement, prophétique et dystopique, mais qui se passerait il y a 40 ans.

Si le fond est déjà impressionnant, la forme laisse carrément hagard. Sans jamais tomber dans le gadget ou le procédé de petit malin, Claro se livre entièrement à la musicalité des mots et des formes. Il fait claquer les assonances et les allitérations, écrit des paragraphes entiers sous la contrainte d'une seule lettre, invente de nouveaux signes de ponctuation (le fameux ":::" qui rythme les phrases, grande trouvaille qui laisse attendre la suite en habillant le silence : oui, Claro réussit à écrire le silence avec un signe de ponctuation), alterne façon jongleur entre narration et poésie pure : la page, formellement, est envisagée comme un tout, le regard doit être satisfait autant que l'esprit, et il y a dans le livre quantité de calligrammes et de dispositions purement esthétiques des mots dans la page, qui en font un objet expérimental qui dépasse son sujet et même son style. Tout semble pertinent, et tout saute aux yeux avec une force impressionnante. Le livre agacera sûrement certains, c'est la marque des grands expérimentateurs ; moi, il me laisse pantois et admiratif.

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19 août 2015

LIVRE : Notre Désir est sans Remède de Mathieu Larnaudie - 2015

notre désirCertaines personnes ont des destins déplorables, dirais-je en exergue. C'est le cas par exemple de Frances Farmer, actrice glamour et jolie apparue dans des films que seul Shang a pu voir dans sa compulsion de films noirs inregardables (elle a tourné avec Hawks quand même). D'abord promise aux sommets de la gloire, elle se laissa entraîner par les excès de la boisson et par une violence incontrôlable, avant de voir sa carrière brisée par ses internements en HP avec séances d'électro-chocs. Un destin tragique que Larnaudie relate avec une empathie et un amour pour la belle qui réjouissent les yeux. Farmer est la matière romanesque idéale, physique de rêve, carrière au sein du Hollywood fantasmé par tous, vrillage psychologique fascinant, mort jeune et oubliée. Construisant son livre sur une poignée d'étapes décisives (jeunesse, arrestation, tournage avec Hawks, électro-chocs, dernière apparition publique), pas forcément placées dans l'ordre chronologique, il tourne autour de ces images, de ces coupures de journaux et de ces légendes, et en profite, on s'en doute, pour dresser un portrait de la machine à (broyer les) rêves que constituait le monde du cinéma à l'époque.

Car le livre, dans ses meilleurs moments (la première moitié), est une brillante analyse du caractère social du cinéma, en tant que briseur de rébellion politique, de catalyseur de violence, d'enchanteur de vies banales. Quand Larnaudie s'infiltre sur un plateau de l'époque ou à une avant-première grand crin, on apprécie sa façon de faire revivre l'époque d'or de l'industrie du cinoche, de rendre compte du tourbillon dangereux de ces existences, et surtout de ces jeunes filles-chair à spectacle sacrifiées à l'autel de la concurrence et du spectacle. Parmi elles, Frances Farmer est effectivement un personnage fascinant, mystérieux : qui est-elle ? comment se sent-elle dans ce milieu ? qu'est-ce qui a déclenché sa folie, lors de cette arrestation épique ? et quelles sont ces pensées profondes lors de cette minable émission de télé à laquelle elle se prête avant de disparaître ? On n'en saura rien, Larnaudie se livrant à une sorte de description hyper-minutieuse mais distancée en même temps des faits, n'extrapolant "qu'autour" de Farmer (les pensées du producteur Mayer, de la mère de Frances, du gusse qui paye pour se la taper alors qu'elle est assommée de médocs, etc.) plutôt que de tenter de l'expliquer, elle. Il va pourtant loin dans la précision des émotions et des sentiments, le roman est éprouvant et plein d'un véritable amour pour son modèle. Mais il en conserve l'opacité, il fait bien.

Le style de Larnaudie est plus que jamais virtuose, la longueur des phrases et la complexité de leur construction sont impressionnantes. Parfois, c'est remarquable de tenue, tant il arrive à nous guider dans des phrases d'une page remplies de ponctuation, de parenthèses, de relatives et de digressions sans rien perdre de leur netteté. Parfois, c'est un peu moins lisible, frôlant même la périphrase ou le style ampoulé. On a l'impression, quand le livre se perd un peu (à l'asile psychiatrique, par exemple), que le gars essaye de faire compliqué pour ne pas faire simple. On en sort mi-figue mi-raisin : Larnaudie est bon, mais à deux doigts de se regarder faire. Restent un sujet vraiment intéressant, et une réhabilitation émouvante d'une victime sacrificielle d'Hollywood.

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18 août 2015

L'Enquête est close (Circle of Danger) (1951) de Jacques Tourneur

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Jacques Tourneur et Ray Milland se la jouent pépère lors de cette longue enquête qui amène l'Americain Ray à se balader en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse. La photo joliment contrastée d'Oswald Morris apporte certes du plaisir à la vision de la chose, mais reconnaissons que même si le suspense dure jusqu'au bout, l'ensemble n'est guère particulièrement trépidant : Ray Milland sillonne la Grande Bretagne pour éclaircir un sombre mystère ; son jeune frère a été tué à la guerre lors d'une mission commando, le petit problème étant que la balle semblait venir de son propre camp… De fil en aiguille l'ami Ray tente de remonter la piste même si les individus qu'ils croisent ne sont guère causants voire franchement antipathiques (la palme revenant à l'excellent Marius Goring, reconverti en danseur...). Certes, cela nous permet de traverser diverses couches sociales (des marchés londoniens au manoir écossais), de faire connaissance avec des paysages breathtaking, mais cette suite de rencontres ("je ne peux rien vous dire mais je peux vous laisser le nom d'un gars qui pourra peut-être vous en dire plus...") finit par être un brin répétitive. Le Ray, lui, garde son flegme ricain et l'on aimerait le voir un peu plus bouillir...

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Il y a heureusement un vrai rayon de soleil grâce à l'apparition de la chtite Patricia Roc : après une entrée en matière fracassante - elle fait tomber un livre sur la tronche du gars Ray -, elle va marquer définitivement son esprit. Dommage que le pauvre bougre de Ray passe son temps à arriver en retard aux rencarts qu'elle lui fixe, car cela fait également méchamment trainer l'idylle. On le voit, Tourneur n'est pas pressé pour nous donner les clés de son polar sentimental et même si cette petite promenade de santé en terre anglaise n'a rien de déplaisant, on aimerait bien une pointe d'inattendu dans ce moteur diesel... On se dit que la chute sera sûrement saignante et devrait nous faire tomber de notre fauteuil... Ben, ffffffftttt, il nous faudra déchanter : Tourneur a doucement remonté le ressort mais celui-ci a bien du mal à nous claquer dans les doigts. Restent les petites mines déconfites ou souriantes de la Patricia pour que l'on garde un souvenir quelque peu charmant de la chose. L'enquête est close without any fuss... (Circle of Danger par exemple, je ne vois guère le rapport... Un peu trompeur, comme titre, avouons-le).

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La Fonte des Glaces / Le Dégel (Ledolom) (1931) de Boris Barnet

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Cela commence avec une histoire d'amour joliment montée en cut, une histoire rapidement avortée (elle tombe enceinte, il refuse de l'épouser) pour laisser la place à une bonne vieille dénonciation sociale à la soviétique : les koulaks (les riches propriétaires paysans) continuent d'exploiter les pauvres villageois et n'hésitent pas, au besoin, à les assassiner. Prolétaires, continuez de vous tenir sur vos gardes pour lutter contre le cancer du capitalisme ! Bon, les discussions et les engueulades de la petite communauté dans une baraque en bois sont loin d'être passionnantes : même si on reconnait au passage cette bonne vieille école russe du montage (visages éructant montés à la mitraillette, gros plans sur des poings levés ou des doigts pointés qui décomptent les voix lors de l'élection...), on s'ennuie tout de même un brin.

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Il faudra une course dans la neige filmée tambour battant pour nous sortir de notre torpeur (le caméraman est-il embarqué sur des chiens de traîneau ? En tout cas, ça défile sa mère) ou un accouchement en solo et au forceps (la fonte des glaces qui s'en suit tombe symboliquement bien...) pour que l'on retrouve un semblant de beauté (dans les paysages) et d'efficacité (la fameuse école de montage déjà citée). Oui, Camarades, il ne faut rien lâcher même dans les endroits les plus isolés : on ne vous oublie point et vous recevrez du soutien, le temps venu. Certaines ellipses dans le récit nous perdent parfois un peu en route et l'on regrette que le côté sentimental rapidement ébauché (ce joli baiser nocturne plein de douceur) soit si vite mis de côté. Le portrait de ces paysans reculés vintage restent tout de même saisissant et ce voyage dans l'histoire et dans l'espace mérite malgré tout le détour... Et puis c'est Barnet, quand même, hein, pas un manchot même en milieu glacial sur les bords de la Volga.

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17 août 2015

Le Génie du Mal (Compulsion) (1959) de Richard Fleischer

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Richard Fleischer n'en finira jamais de me régaler : ce Compulsion (basé sur le cas Leopold / Loeb comme La Corde du Bouddha) est un petit délice de polar : deux jeunes gens de la haute en quête du crime parfait (l'excellent Dean Stockwell, Mister Suave in Blue Velvet, et Bradford Dillman absolument parfait en jeune homme au rire carnassier), un noir et blanc magnifique, un rythme relevé, un Orson Welles - au top du générique - qui fait son apparition après 70 minutes de film et qui emplit l'écran, une plaidoirie finale écrite au cordeau et d'une belle intelligence (une descente en règle de la peine de mort)... Bref, difficile de ne pas tomber sous le charme de cette oeuvre une nouvelle fois brillante - et un brin méconnue - du grand Fleischer.

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Ils sont riches, beaux, jeunes et croient en Nietzsche comme d'autres, à leur âge, en Tintin. Quoi de mieux pour montrer leur intelligence supérieure, que de monter le kidnapping du siècle... qui se transforme en simple crime... qui se transforme en meurtre minable. Du crime parfait au crime parfaitement con. Les indices contre eux s'accumulent, ils ne tremblent pas, ils chiadent communément leur alibi (une solidarité à la vie à la mort) et craquent à la première pression (ce sera donc surtout à la mort - nos jeunes amis rient un peu plus jaune). Leur exécution ne fait aucun doute jusqu'à l'arrivée du monstre sacré des avocats, Orson Welles himself : il est obèse, a le pas et la voix traînantes, prend son temps pour peser ses mots mais chacune de ses phrases sont des torpilles d'intelligence. Lui seul peut les sauver, lui seul va les sauver - les riches ayant le droit aussi bien que les pauvres d'être correctement défendus (admirons l'ironie de la chose).

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Fleischer a un don pour qu'on ne s'ennuie jamais : qu'il s'agisse des discussions entre ces deux jeunes loups imbus d'eux-mêmes (à noter, au passage, l'intelligente ellipse sur leur crime : pas besoin de montrer la violence outre-mesure (dans ta gueule Tarantino) quand on est capable de montrer tout le cynisme des personnages), des simples scènes entre amis, des personnages féminins un peu sggggaiiiiiiinnngggggs (la trop rare Diane Varsi, parfaite en girl next door), des parents amidonnés ou encore du procès final (rien de plus chiant que les scènes de procès dans le cinéma américain), on est toujours impressionné par leur justesse, leur précision. Le film a un rythme trépidant, semble toujours en mouvement, comme pour épouser le rythme de ces deux cerveaux qui réfléchissent trop vite, stupidement. Même l'arrivée pesante de Welles est un bonheur tant ses réparties fusent - il amène d'une certaine façon enfin un peu de poids et de bon sens dans cette société ultra-friquée qui se croit, par la force des choses, au-dessus de tout. Compulsion se regarde forcément avec un plaisir compulsif : une vraie découverte que l'on se doit de partager - et la meilleure chose dans tout cela est que je suis encore loin d'en avoir fini avec la filmo du Richard.

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L'Epouvantail (Scarecrow) (1973) de Jerry Schatzberg

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Voilà ce qu'on pourrait nommer un road-buddy movie from the seventies - rouflaquettes et images marronnées d'usage - mettant en scène l'optimiste et ptit rigolo Al Pacino et le déterminé et dur-au-mal Gene Hackman. Rien ne devrait les unir et tout va les réunir – parce que c’était lui, etc... Le menhir Gene prend le Al sous son aile, ce dernier parvenant, chemin faisant, à le dérider un poil. Un échange de bons procédés entre voyageurs peu pressés. Ils ont tout de même chacun un but : le Al veut voir pour la première fois son enfant - et of course la mère du dit gosse restée sur Detroit - après cinq ans d'escapade en mer, le Gene a lui pour objectif de monter une station de lavage de bagnoles sur Pittsburg après six ans passés en tôle. En route, petits boulots, bastons et rencontres plus ou moins affectives. La ligne est claire, les villes sont sombres ; les temps sont durs mais l'amitié peut heureusement l'être tout autant.

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Schatzberg scelle cette amitié naissante lors d'un énorme plan séquence au comptoir d'un bar à l'heure du petit dèj. Les deux gaziers sont sans réelles attaches, ils s'agrafent. La philosophie du Al est plutôt de prendre les choses sur le ton de l'humour avant de s'énerver. Celle du Gene est d'abord de frapper avant de discuter. On espère, sûrement par excès d'idéalisme et de foi humaine, que le Al prendra l'ascendant sur le Gene. Notre gentille naïveté sera mise à rude épreuve : si le roc Gene parviendra parfois à se fendre d'un sourire et faire preuve d'auto-dérision (son strip-tease dans un bar chauffé à blanc est un must), le petit scarabée Al devra subir plus d'un revers (de la violence à l'état brut jusqu'à l'effondrement psychologique). Mais on ne lâche heureusement jamais un vrai ami.

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On s'attache à cette amitié virile, ou encore à ces doux petits moments d'accalmie lorsque le Gene retrouve une amie (et se tape sa copine aux seins hiroshimesques) mais l'on sent que cette fuite en avant risque de finir en quenouille. On croit que le Gene va finir dans le mur (notamment lorsqu'il retourne en prison) mais le plus fébrile des deux reste résolument le Al : une baston le laisse le regard hagard (et Dieu sait que Pacino a des yeux de cocker), une mauvaise nouvelle le laisse le regard perdu. Le "lion" Al pète les plombs et nous livre un remake fontainesque de la Dolce Vita à la sauce aigre dure. Le plus "fêlé" des deux n'était pas celui qu'on croyait. Schatzberg, sans faire montre d'un talent de mise en scène mirobolant, laisse ses deux acteurs mener la barque et l'on prend plaisir à suivre ces deux monstres hollywoodiens dans leur merveilleuse petite technique d'acteurs. Pas si mal pour une oeuvre des seventies...

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Quand Cannes,

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16 août 2015

The Smell of us (2015) de Larry Clark

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Larry Clark, en filmant des corps adolescents dénudés, peut parfois finir par provoquer un certain malaise, comme si le cinéaste se faisait plus voyeur que véritablement filmeur. Il peut aussi savoir plus faire preuve d'incandescence que d'indécence : en montrant le pouvoir d'attraction de ces corps jeunes sur des adultes décrépis (Clark se mettant lui-même grotesquement en scène) et en traitant parallèlement le désenchantement de ces jeunes, leur malaise, le spectateur retrouve chez Clark cet oeil acéré de metteur en scène plus que celui de simple metteur en branle (oui, c'est un peu lourd, j'en conviens). Les deux scènes les plus "dérangeantes" (1 - Clark en pervers, grand admirateur de pieds qu'il suce tant et plus en beuglant "fuck my nose with your toes" - d'où l'expression "cor de narine" en français ; 2 - cette mère incestueuse, qui ferait passer Brigitte Fontaine pour une nymphette timide, qui insiste pour sucer son ado d'enfant - sous le simple prétexte qu'on s'emmerde un brin) sont celles qui concentrent tout le suc de ce film : des adultes en manque d'amour sexuel et des ados (souvent aussi réactifs qu'une huître) en manque d'amour, comme déjà dégoutté de la vie, de ce qu'elle peut promettre, de ce qu'elle peut offrir. Il n'est guère étonnant d'ailleurs dans ce portrait de cette énième génération sacrifiée que le seul ado capable d'exprimer des sentiments amoureux finisse par se suicider : ces jeunes, perchés du matin au soir sur leur skate, semblent plus à même de fuir toute responsabilité (sex, drug, alcohol and rock'n'roll) que d’assumer le moindre engagement - c'est d'ailleurs l'un des sens que l'on peut donner à cette séquence où une jeune fille proposant gentiment son corps à l'un de ses potes se fait littéralement planter là : le gars préfère remonter sur son skate avec ses potes et entamer une descente à la coule plutôt que de tomber dans le moindre sentimentalisme de midinette (très ouverte, certes...).

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Clark filme cette bande de jeunes friqués totalement à la dérive en alternant caméra "classique" et téléphone portable : c'est simplement dans l'air du temps, me ferez-vous remarquer avec une moue dubitative. Ok. Mais l'aspect sans doute le plus malin dans la chose, c'est qu'elle donne l'impression que le gars Clark, après avoir lui-même assumé les rôles peu glorieux de clodo déchiqueté et de pervers de l'orteil au sein de son film, parvient une nouvelle fois à se dédoubler : ce petit jeune (véritable assistant-réalisateur du maître Larry) qui passe son temps à capter sur son téléphone les frasques de ses potes, ce pourrait être un Clark rajeuni, fantasmé déjà en quête d'instants magiques.

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Si Clark sait capter comme il sait si bien le faire les sens (en éveil) de ces jeunes, il réussit cette fois-ci avec un certain brio à en capter l'essence : sans tomber dans le psychologisant, les images de Clark ont la capacité de saisir cette odeur pas vraiment de sainteté de cette jeunesse qui patine (...) et se prostitue "sans but" (pour une poignée de dollars - histoire sans doute d'avoir une valeur marchande, pour ne pas dire tout simplement une valeur...). Cette vie d'abus (alcoolique ou sexuel) est vécue jusqu'à la lie par cette jeunesse qui semble porter l'insouciance jusqu'à l'incandescence : on brûle une bagnole pour le fun comme on se fume un ptit joint pour la route. Une énième génération perdue que la caméra affutée de Clark a trouvé sur son chemin : A Clark's movie which smells like teen spirit. Troublant.

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Miroirs de Hollande (Spiegel van Holland) de Bert Haanstra (1951)

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Un court-métrage qui nous vient des Pays-Bas et qui eut l'honneur de recevoir ex-aequo le Grand Prix à Cannes en 1951 pour saluer l'un des meilleurs longs métrages de la sélection - la logique cannoise à ses limites, vous allez voir qu'un jour même Audiard finira par gagner. Bref. Y a-t-il des moulins à vent inside, vous allez me demander, taquin que vous êtes ? Oui, y en a, dès les premières images d'ailleurs, mais la chose demeure tout de même relativement originale : l'ami Bert a en effet eu la maline idée de filmer les choses par le biais de leurs reflets sur les canaux. Cela permet de suivre entre autres une embarcation voilée filant à travers des nuages de nénuphars ou de voir se gondoler de lourdes bâtisses bourgeoises au passage de bateaux. Haanstra accompagne ces troublantes images aquatiques (vous avez déjà vu une vache marine ? Eh bien c'est l'occase) de petits airs de flutiaux et de violons allant au rythme de ces vagues à l'âme artistiques et cette petite chose de neuf minutes passe du même coup comme un charme.

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Ce jeu de miroir/reflet déformant donne des formes des plus singulières et Haanstra parvient à capter, au meilleur de sa forme, des images qui tendent à de véritables peintures abstraites en mouvement - ce n'est pas de la petite bibine, pour du 51. Ces jeux d'eau qui donnent aux choses des formes longilignes et molles n'auraient sans doute point déplu à un Dali en quête d'aqua réelle (c'est la rentrée, lâchons-nous un brin même si je tiens à informer mes plus fidèles lecteurs qu'après l'oeil droit, j'ai perdu - momentanément j'espère - la main gauche : heureusement que l'être humain a des doubles, fermons la parenthèse). Un documentaire filmé au fil de l'eau qui se goûte à goutte. Un peu de poésie en terre hollandaise, c'est, par les temps qui courent, toujours bon à prendre.

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Quand Cannes,

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