Shangols

20 janvier 2020

2010-2019 Best of shangolien

50 Trois visages (Iran)
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49 Les Garçons sauvages (France)
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48 Yourself and yours (Corée du sud)
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47 Adieu au Langage (Suisse)
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46 Un Jour avec, un Jour sans (Corée du sud)
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45 Still the Water (Japon)
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44 Notre petite Sœur (Japon)
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43 Le Loup de Wall Street (Etats-Unis)
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42 Too old to die young (Danemark / Etats-Unis)
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41 Un grand Voyage vers la Nuit (Chine)
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40 Jauja (Argentine)
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39 Grave (France)
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38 Black Coal (Chine)
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37 Michael Kohlhaas (France)
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36 Like Someone in Love (Iran / Japon)
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35 Kaili Blues (Chine)
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34 Le Guerrier silencieux (Danemark)
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33 La Grotte des Rêves perdus (Allemagne)
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32 Gravity (Mexique / Etats-Unis)
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31 La vie d'Adèle (France)
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30 Essential Killing (Pologne)
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29 Black Mirror (Angleterre)
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28 Nuits d'Ivresse printanière (Chine)
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27 A Touch of Sin (Chine)
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26 It follows (Etats-Unis)
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25 Il était une Fois en Anatolie (Turquie)
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24 Toy Story 3 (Etats-Unis)
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23 Nocturama (France)
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22 La la Land (Etats-Unis)
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21 L'Apollonide (France)
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20 Melancholia (Danemark)
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19 Certaines Femmes (Etats-Unis)
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18 Cemetery of Splendour (Thaïlande)
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17 Asako I & II (Japon)
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16 Tomboy (France)
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15 Hors Satan (France)
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14 Roma (Mexique)
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13 An Elephant sitting still (Chine)
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12 Under the skin (Etats-Unis)
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11 Ma Vie de Courgette (France)
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10 A la Folie (Chine) 
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9 Portrait de la jeune Fille en Feu (France)
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8 4h44, dernier Jour sur Terre (Etats-Unis)
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7 Ad Astra (Etats-Unis)
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6 Le Livre d'Image (Suisse)
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5 24 Frames (Iran)
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4 P'tit Quinquin (France)
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3 Mystères de Lisbonne (Portugal)
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2 Holy Motors (France)
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1 Twin Peaks : The Return (Etats-Unis)
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Série : Watchmen - 2019

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La mégalo Lady Trieu (mi-viet, mi-ricaine) pourra-t-elle s'emparer (après l'avoir dématérialisé) des super pouvoirs du Dr Manhattan (cet homme bleu qui aida l'Amérique à remporter la guerre du Vietnam, rappelez-vous, et qui vivrait désormais sur Mars) alors même que les suprématistes blancs (la fameuse bande des Cyclopes) lorgnent également sur lesdits pouvoirs ? (Ça y est, Gols a décroché). On ne peut compter que sur les flics masqués tels qu’Angela (dit Night Sister), Le Miroir ou la Courge masquée (de mémoire) pour faire échouer la chose. A moins que le génialissime Adrian Veidt (Jeremy Irons, mourant) ne parvienne à s'échapper de la planète Europa où il vit reclus et se remette à faire pleuvoir des mini calamars sur le monde pour troubler les cartes... Alors, oui, je sais, dit comme cela, on pourrait prendre peur. Et c'est vrai, avouons-le, que nous nous fîmes peur nous-mêmes : des super-héros, des bons flics (putain, quelle drôle d'idée ?), des manigances géo-politiques à l'échelle de l'univers... Il y avait devant la chose toutes les raisons de fuir. Sans parler de la possibilité de devoir prendre des notes à chaque épisode pour savoir bordel qui est qui... C'est coton, l'histoire, mais on s'en sort tout de même sans griller trop de neurones, les scénaristes ricains prenant toujours le soin de rappeler une bonne dizaine de fois le passé de chacun (on tombe d'ailleurs un peu dans le syndrome Lost passé l'épisode 5 : arrêtons le fil narratif le temps de deux-trois épisodes pour revenir sur le passé de tel ou tel individu ; vous verrez, vous serez chaud ensuite pour le final étourdissant...). Du coup, après tout de même quelques hésitations, tout s'éclaire. Le fil rouge, malgré tout, l'idée à la con de sauver le monde ou de le détruire, on pourrait de toute façon presque s’en passer - c'est toujours la même connerie dès qu'un abruti est nanti de super-pouvoirs.

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Plus intéressant (on y arrive, hein, quand même), ce rôle des minorités ethniques dans la chose (la viet revancharde ou le black pugnace qui tente d'effacer des années et des années de mépris ricain), ce rôle des femmes (gentiment masquée, mégalo en diable ou vieille peau du FBI : ce sont-elles qui mènent la danse) ou encore cette image abrutissante de l'Amérique (passée, fantasmée ? euh, pas forcément) où ces suprématistes blancs continuent encore et encore leur petits agissements merdiques dans l'ombre (si je ne me trumpe)... C’est déjà ça. Et puis, sujet éternellement cinématographique, le petit jeu des masques, ici, bien sûr, a aussi son importance : flics masqués pour préserver l'anonymat (pour le meilleur (ce n'est plus une cible dans le privé) et pour le pire (on peut anonymement faire de la merde)), super-héros ou super-zéros masqués (le tout-venant) ou encore digne héritiers du KKK qui n'ont pas forcément le courage d'avancer à découvert - la connerie, cela a toujours tendance à se voiler la face… Il y a de quoi faire au niveau des faux-semblants et des petits jeux sur l’identité et les apparences trompeuses. Du coup, on pourrait trouver dans cette série adaptée d'une célèbre BD (je n'y reviens pas, je connais rien à la chose) un semblant de fond éminemment contemporain, des petites résonnances avec notre monde et ses préoccupations actuelles - c'est une façon de regarder la chose en étant optimiste. On peut aussi simplement regarder le truc comme une petite série spectaculaire (qui soigne très joliment ses transitions entre les séquences, au niveau du montage - spéciale dédicace à), une série qui se plaît à mêler les fils pour le plaisir… et pour cacher aussi la misère de la profondeur intellectuelle du bazar (le pouvoir rend con, c'est pas une découverte, il suffit de regarder tous les jours autour de nous). Un truc à regarder, man, alors ? Bah, c'est esthétiquement soigné et cela réhabilite glorieusement et tarantinesquement le black dans l’histoire ricaine, notamment... Mais j'avoue sinon que comme toute bonne série ricaine qui se respecte, j'aurai oublié la chose demain.

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19 janvier 2020

Chronique d'un été (Paris 1960) (1961) de Edgar Morin & Jean Rouch

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C'est quoi le cinéma-vérité, hein ? C'est interroger bêtement les gens dans la rue, des gens qui t'évitent, qui au mieux te lâchent une connerie et au pire une insulte ? Ou prendre le temps de laisser parler les gens, tranquille, pour qu'ils en oublient la caméra ? Ces personnes qui s'expriment et qui livrent leur intimité sont-ils des comédiens, des exhibitionnistes ou tout simplement des gens qui plongent progressivement en eux, se confient, livre une véritable part de leur petit intérieur ? Et puis c'est quoi le bonheur ? Il est où bordel ? Peut-on être « presque » heureux ? Peut-on l'être sans argent ? Est-ce tout simplement être libre, amoureux... ? Ils s'en posent des questions, Rouch et Morin, et ils en posent dans cet été 1960 : ils décident avec leur petit micro qui fait peur aux plus vieux et leur caméra d'interroger leurs contemporains, ouvriers, employés, artistes, sur le fait d'être heureux, sur la guerre d'Algérie, sur le racisme, sur la vie quoi... Cela peine un peu à démarrer, oui, mais peu à peu certains se lâchent, comme cette dépressive italienne qui, constamment bourrée d'émotion (ou simplement bourrée ?), délire sur ses malheurs ou sur ses joies, comme cette rescapée des camps (le petit numéro sur le bras, j'en frissonne encore - il est bon de ne jamais s'habituer à certaines horreurs) qui donne sa pensée cash et revient sur ses difficultés, sur son père dans les camps, sur ses amours, maigres, sur ses désirs, comme cet ouvrier un peu exalté qui, même quand il pense parler avec les autres, parle surtout de lui, un brave type, un gentil garçon, qui te mettrait bien le feu à Renault parce que la vie en usine c'est quand même pas une vie… Des témoignages, oui, des discussions autour d'une table, des petits morceaux de vie même parfois (on découvre un excellent professeur d'escalade qui n'hésite pas à filer des coups de saton à sa propre gamine quand cette petite conne n'est pas foutue d'attraper correctement la corde - ah l'éducation à la dure (ou juste l’impatience ?) et ses dérives...) qui paraissent à la fois si banals et qui sont quand même un peu particuliers. De Paris la grisaille à Saint-Trop la canaille (ces starlettes en bikini in the streets - enfin un peu de pudeur), Rouch et Morin illustrent, analysent (petite discussion après le film avec les protagonistes d’icelui puis entre les deux réalisateurs : sans doute les parties les plus intéressantes, les plus "réflexives") et dressent, malgré la faible proportion des personnes interrogées, un portrait de cette France qui s'emmerdent, qui rêvent de révolution sans avoir non plus très envie de la faire, qui ne pensent qu'à l'amour et s'en lassent, qui ne pensent qu'à l'argent même si ce n'est pas l'essentiel, de cette petite France éternelle, insatisfaite et gaie à la fois. Paris, il y a 60 ans, c’était hier. Chronique d'une certaine tendance du cinéma toujours aussi pertinente.

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18 janvier 2020

Bronco Apache (Apache) de Robert Aldrich - 1954

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Quel canaillou, ce Burt Lancaster. Même recouvert de trois pouces de fond de teint mat, même abandonné par tous, même privé de chaussures et contraint de marcher sur les cailloux acérés du désert, même menotté, il trouve quand même le moyen de bondir telle une gazelle ivre dans tous les coins de l'écran. Bon, c'est pour la bonne cause : il interprète ici un des "derniers" Apaches, et sa révolte est digne. Géronimo a abdiqué, et son peuple, exterminé puis spolié par l'envahisseur blanc, est déporté loin de ses terres natales. Mais lui refuse la fatalité : seul, il s'échappe du convoi, refait le chemin jusqu'à son Nouveau-Mexique d'origine (un bien long périple), et, malgré l'exemple des pacifiques Cherokees, malgré l'avis de ses frères, malgré sa femme qui voudrait bien qu'il se range des voitures, va lutter contre les Blancs en un combat qu'on imagine désespéré. Entêté et mauvais perdant, ou grandiose et digne ? c'est la question que pose ce film, qui interroge les concepts d'identité et de rebellion, et marque des points au niveau de la réhabilitation des Indiens dans le cinéma hollywoodien.

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Si Aldrich se montre ici en metteur en scène assez conventionnel, peu imaginatif et sans relief, il faut reconnaître qu'il assure au niveau de la narration et du rythme global du film. Le machin est mené tambour battant, on ne s'ennuie jamais, c'est agité et plein d'énergie. Ca tient beaucoup, c'est vrai, au jeu de Burt, littéralement survolté : plus athlétique que jamais, le gars franchit des fossés, saute sur des chevaux, chasse des cerfs, construit des cabanes en trois minutes et se bat contre les fâcheux, tout ça en restant toujours photogénique et sans jamais avoir le souffle court, les pectoraux saillants et huilés et la mâchoire serrée ; il insuffle une énergie au film qui est assez épatante, et son rythme finit même par être presque drôle, tant il met environ une seconde et demie pour prendre des décisions et passer à l'action. Le personnage est pourtant toujours très bien construit, et on sent qu'Aldrich n'a pas voulu en faire un héros d'un bloc et sans nuance. Souvent antipathique voire détestable, Massai (c'est son nom), de rebelle au système, devient peu à peu fou, obnubilé qu'il est par ses convictions, et son combat vire peu ou prou au suicide. Son entêtement le pousse à, par exemple, assommer sa femme sous les coups de bâton, ce qui confère au personnage une dose de brutalité et de monstruosité assez forte. En voulant ainsi recréer à l'écart de toute société son monde autarcique, Massai montre son côté autiste, hérité de son absence totale de concessions, et il court à sa perte. Face à lui, sa femme (Jean Peters) est une créature entièrement dévouée à lui, qui se renie elle-même dans son amour : la scène où on la découvre, rampante et mourante après avoir suivi son homme comme une âme en peine, vous fait mal au coeur, promis. Et ce n'est pas la scène finale, qui arrive franchement comme un cheveu sur la soupe, qui rend Massai plus sympathique : même si, sous les effets de sa paternité, il finit par renoncer à son combat sans but, on sent bien qu'il reste un indécrottable maquisard, qui n'écoute personne, convaincu de sa vérité. Un de ces personnages, en bref, qui luttent contre la réalité quitte à se fourvoyer. Pour ce personnage-là, on donnera à Aldrich un bon point à ce western sinon un poil terne.

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Go west, here

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Crépuscule (Sundown) (1941) de Henry Hathaway

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Comment résister à ce casting hors-concours : Gene Tierney (21 years old), Dorothy Dandridge (la Carmen Jones de Preminger - 19), George Sanders, j'en passe et des moins bons, c'est vrai. Non je ne vais pas vous refaire le sempiternel coup de mettre uniquement des photogrammes de Tierney sans parler du film, quoique ce n'est pas l'envie qui m'en manque... Tierney, de son avion privé qui survole le Kenya, jette un œil sur un troupeau de gnous (autant dire qu'on a énormément de points communs avec Gene mais vous ne pouvez pas comprendre). C'est une princesse habile dans le commerce (héritage de son pater) qui revient sur ses terres dans un climat plutôt délétère : les Anglais en charge du territoire apprennent qu'un vil individu fait du trafic d'armes auprès d'une tribu qui serait prête à attaquer les Anglais... Suspicion, suspicion. Gene débarque dans le camp anglais : cinq et bientôt six hommes blancs sont réunis (trois Anglais en charge des affaires civiles et militaire (Sanders, Bruce Cabot et Reginald Gardiner), un Rital (l'extravagant Joseph Calleia toujours prêt à se lancer dans un petit numéro géo-politique), un Hollandais (Carl Esmond) et un chasseur (Harry Carey) ; une étrange malédiction africaine plane : l'un des six hommes, ce soir va mourir. On rigole en prenant l'apéro mais on sent rapidement la tension montée... Des coups de feu seront tirés, le traître sera démasqué mais entrainera Gene dans le désert pour ventiler son trafic d'armes... La caravane part, Cabot aboie et se met en quête de la divine Gene... pardon, Cabot aboie et piste le traître en espérant pouvoir retrouver la divine Gene. On lui souhaite bonne chance.

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Bon, en 1941, on est déjà dans la petite œuvre de propagande - l'empire anglais au bout du monde est ready to resist à l'assaillant - avec un soupçon d'exotisme plutôt bienvenu (tournage au Nouveau Mexique et en Californie ? Oui, bon, ça le fait quand même). Soyons franc, on a vu Hathaway plus inspiré et le scénar n'est pas au niveau du casting. C'est étonnamment Cabot qui mène la danse alors qu'il a autant de charisme qu'un gnou au réveil ; Sanders, en administrateur coincé qui s'ouvre progressivement, et Tierney, en jeune femme rayonnante puis outragée, sauvent quelque peu ce film de l'oubli. On a vu pire comme film de guerre "in a remote area" certes, mais on doit reconnaître ici que le suspense fait fissa. On repère les "méchants" à dix lieues à la ronde et cela prend des plombes avant que l’on décide de partir à la recherche des traîtres - on discute, on discute entre ces English très procéduriers qui se décoincent uniquement quand la Gene, descendue du ciel et rayonnant de ses mille feux, entre dans leur champ de vision. C'est un peu réducteur au niveau psychologique... Bref. On s'excite un peu plus sur la fin (tu connais le coup de la fausse pendaison ?) mais on tremble tout de même guère pour les protagonistes : Esmond devrait mordre la poussière et Cabot gagner le cœur de Gene - je parle au conditionnel mais on s'entend. Le dernier speech du père de Sanders (hommage…), en son église, à Londres, devrait nous fendre le cœur mais non, on continue juste d'observer ici ou là, au détour d’un contre-champ, le regard si pâle de la Tierney, véritable madone païenne dans cette église éventrée. Pour les fans de la Gene à l'aube de sa beauté et, éventuellement, pour les cinéphiles aventuriers en mal de gnous. Sinon, c’est tout juste honnête.

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17 janvier 2020

Dark Waters (2020) de Todd Haynes

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Voilà un film très « dossier de l’écran » réalisé par le formaliste Todd Haynes qui, forcément, n’a pas une grande marge de manœuvre stylistique pour traiter de ce sujet relativement lourd (le Teflon, ça plombe) mais qui parvient tout de même à réaliser un film très « smooth » qui nous amène délicatement à la conclusion finale. Je pense qu’on peut maintenant conclure. Allons. Soit donc l’ami Mark Ruffalo (également producteur donc totalement impliqué dans son personnage) grand ponte du droit – il défend la plupart des industries chimiques, il est rompu au problème. Seulement voilà, dans sa bourgade-même, celle où vit sa grand-mère, un fermier voit ses vaches tomber comme des mouches après avoir connu un petit instant de folie. L’industrie DuPont qui jouxte le terrain de notre homme aurait-elle des incidences sur le problème ? Ruffalo, forcément, et ses supérieurs (Tim Robbins, impérial même s’il faudrait qu’il arrête le Bourbon) se demandent si cela vaut bien la peine d’attaquer un client potentiel. Ruffalo, tout de même, s’y attèle, épluche quinze milliards de dossier et tombe sur du lourd : DuPont, qui produit mes putains de poêle en Teflon, sait depuis des lustres que ce produit est toxique mais continue la production et de pourrir cette bourgade de Virginie. Voilà. Seulement c’est une chose d’en être sûr, c’en est une autre de gagner un procès contre cette firme aux tentacules gigantissimes.

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Pas de soucis dans le montage de la chose, tout en douceur (on alterne les séquences sur les bounoumes virginiens et celles plus stylés dans les bureaux d’avocat avec le papier peint en moquette), dans l’utilisation de la musique (joliment classieuse – on dirait du Desplat mais c’est du Zarvos, tiens), dans les explications (une vulgarisation claire comme de l’eau de roche), voire même dans le rythme : Haynes ne s’attarde jamais trop longtemps sur les procédures à la con, filmant les quelques scènes de procès avec le parfait timing. Pour donner un peu plus de corps à cette affaire, le réalisateur se focalise sur son Ruffalo : il s’enfonce corps et âmes dans ce procès et finit par avoir des œillères sur sa propre famille voire sur sa propre santé. Faut dire, qu’après chaque victoire contre DuPont, DuPont renaît de ses cendres et trouve une nouvelle manière de faire traîner le verdict. Ruffalo garde jusqu’au bout cet esprit de combat tout en sachant qu’il n’est pas immortel…  

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On apprécie ce casting savamment dosé (Robbins, paternel, qui sait hausser au besoin le ton ; Anne Hathaway, totalement dévouée mais qui commence après plus de 10 ans de procédure par perdre patience) et ces quelques scènes justement filmées qui jouent sur la montée de la tension (Ruffalo dans le bureau de Robbins), sur ses chutes (Ruffalo dans les bras de sa compagne après une victoire) et sur ses remontées (Ruffalo et Hathaway filmés de loin  (photogramme ci-dessous), dans une rue déserte, désemparés alors même que DuPont vient de trouver une nouvelle parade - un cadre et une lumière aussi réfléchis que dans un tableau d'Edward Hopper). Le film n’est pas d’un suspense insoutenable mais se construit autour de son petit scénario avec une belle rigueur. Pas de stylisation extrême, juste un scénar qui se déroule tranquillou : un beau « film à thèse » d’école, un film soigné et soigneux d’un artisan cinéaste qui s’efface peut-être finalement un peu trop derrière son sujet. Sobre et judicieusement mis en scène malgré tout.   

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Une Histoire vraie (The Straight Story) de David Lynch - 1999

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Même à la revoyure, je continue à ne pas avoir grand-chose de bien à dire sur ce film. A l'époque, où la sortie d'un Lynch nous plongeait immédiatement dans une catatonie proche de l'extase, The Straight Story nous avait semblé fade, sans style, mignon mais très éloigné de son auteur. Eh bien c'est exactement la même impression aujourd'hui, surtout qu'après celui-là il en a réalisé encore deux de miraculeux. Rien à redire a priori à cette histoire tout en dignité et en noblesse d'âme : l'âge venant, Alvin Straight décide de se réconcilier avec son frère, qu'il n'a pas vu depuis des années et qui vient de faire une attaque. Mais son honneur lui dit d'entreprendre cette démarche seul, et le seul moyen de locomotion à sa portée est sa tondeuse à gazon, qui fait du 10 kilomètres/heure à tout pêter. Il va donc traverser une bonne partie du pays au volant de son petit tracteur, croisant au passage quelques spécimens d'Américains de souche, une auto-stoppeuse, des cyclistes, une gonzesse qui n'arrête pas de faucher des cerfs sur sa route ou un vétéran de la guerre entre autres. On le sait, le chemin est plus important que son but, et Alvin le sentira bien, lui qui, une dernière fois dans sa vie, peut éprouver le temps qui passe, la douceur de ses contemporains et la beauté du paysage avant de retrouver son frangin.

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Bon, voyez, c'est joli. Et puis Lynch est, ça va sans dire, un excellent metteur en scène, qui parvient à donner à cette tramouillette toute la puissance souhaitée : c'est noble, parce que le vieux Alvin est un personnage attachant, doux, fort, têtu mais sans les clichés du vieillard entêté ; c'est rigolo, parce que la situation est incongrue, et on sourit devant les têtes effarées des gens qu'il croise face à la lenteur anachronique du vieux ; c'est réconfortant, parce que tout le monde est gentil, solidaire, doucement mélancolique ; c'est beau, parce que Alvin traverse un pays encore ancré dans la ruralité, et que c'est bien esthétique ces champs et ces braves gens ; c'est même parfois touchant, parce qu'on voit bien que le film traite aussi de la mort, des choses qu'il faut accomplir quand on la sent venir, et des adieux (l'acteur principal est mort l'année suivante, diable). Lynch traverse une Amérique fantasmée, telle qu'il imagine qu'elle a existé il y a 50 ans, avec ces gens simples mais bons, ces soucis pas très graves et sa philosophie de bon sens (tu veux briser une brindille, pas de problème ; tu veux briser un fagot de brindilles, impossible ; eh bien, tu vois petite, le fagot, c'est la famille ; reprends donc un morceau de jambon Herta), donnant à ce road-movie lentissime une patine classique, presque westernienne dans ses cadres, pastoral en tout cas (ces nombreux plans vus d'hélicoptère sur les beautés du pays). Les acteurs sont impeccables, à commencer par Richard Farnsworth et ses yeux brillants, touchant en diable avec son grand chapeau et ses chemises vieillottes. Mais il faut attendre les seconds rôles pour obtenir quelques petites occurrences lynchiennes : Sissy Spacek excellente en simplette naïve comme une enfant, un couple de jumeaux garagistes qui amènent un peu d'étrangeté au bazar (dont un qui porte une sorte de... comme un... une excroissance (?) sur la joue), ou cette fameuse femme qui écrase des daims qu'on croirait sortie d'un recueil de Brautigan.

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Mais voilà : à part ces quelques petites pointes, le film est franchement dépourvu de style propre, ou en tout cas, de caractère lynchien. Il serait réalisé, disons, par Jerry Schatzberg ou Peter Farrelly, on dirait que c'est du beau travail bien propre. Mais réalisé par ce génie total qu'est Lynch, on s'attend un peu à autre chose, un film d'une autre ampleur, doté d'un autre regard. Il a le droit d'être déceptif, et d'être attiré pas d'autres horizons, je ne dis pas. Mais la nécessité de ce film n'apparaît pas clairement dans sa filmographie, coincé entre Lost Highway et Mulholland Drive. Agréable mais pas primordial, bien fait mais sans caractère, réconfortant mais un peu mièvre, humaniste mais naïf ; un peu comme si Jackson Pollock avait réalisé un tableau académique. Reste cette ode à l'Amérique des petites gens, des sans-dents, des vieux et des pauvres, attachante et irréprochable formellement.

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1917 (2020) de Sam Mendes

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Cela faisait longtemps qu'on ne s'était pas pris des éclats d'obus dans la tronche et c'est chose faite avec cette plongée dans les tranchées signée par le camarade Mendes (anglais, je le rappelle, et qui part donc avec un handicap). Great camera work ! Great great great camera work, my friend, et Lelouch pourrait manger au passage toutes les bobines de ses films pour expier. Mendes décide de filmer la chose en plan-séquence, ce qui, on le devine, nécessite une préparation de folie. Alors oui, il triche ici ou là, of course, avec un plan sombre, ou un objet filmé en gros plan qui permet de faire la jonction. Mais rien de tel pour se sentir totalement immergé dans cette mission, dans cette marche en avant, dans ce véritable marathon semé d'embuches, infernal. Le scénar tient sur un bout de papier, tout comme le message à livrer : il faut abandonner toute attaque, les Boches nous ont tendu un piège. Un message lourd de conséquence car 1600 personnes risquent d'y perdre bêtement la vie. Blake et Schofield sont les deux soldats désignés pour mener à bien leur mission ; Blake, outre le fait que c'est un as de la carte, a été choisi pour une simple raison : son frère fait partie du bataillon qui risque de se faire massacrer. Pas de temps à perdre, les deux hommes traversent toute leur tranchée et s'avancent à découvert sur la ligne de front. Ils ont moins de 24 h pour réussir leur mission, Jack Bauer est vert de jalousie.

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Oui, techniquement reconnaissons la gageure et le grand mérite (le seul ? Ah ben ça y est, le cassage commence) de cette œuvre de Mendes : ce "plan-séquence" (même truqué) permet de suivre les deux hommes en continu dans le flux de leur émotion, dans les moments de soulagement (de courte durée) comme dans les moments de doute (le reste du temps) ; guère de répit en effet pour nos deux soldats qui, dès qu'ils croient pouvoir souffler, viennent se faire emmerder par un rat, une balle perdue, un fil de fer, une voiture qui s'embourbe, un avion abattu qui leur tombe dessus... Bref, nos deux jeunes gens se retrouvent constamment blêmes, crevant de peur devant l'idée même de foirer leur mission. Mendes livre quelques séquences parfaitement bien menées et encore une fois diaboliquement filmées : cette traversée du pont ou cette chute dans la rivière (qui se transforme en pur canyoning) sont filmées au cordeau avec une caméra qui semble miraculeusement suspendue dans les airs. C'est efficace et là encore cela sert son sujet : ne pas quitter d'une semelle nos deux hommes dans les hauts et les bas de leur aventure de folie. Bien. Un voyage au bout de la nuit (qui viendra forcément), au bout de l'enfer (plus ils croisent d'hommes plus les blessés affluent - le carnage est proche) qui tient relativement en haleine sur 110 minutes.

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Après, dira-t-on, what else ? What else, what else, pas grand-chose, j'ai envie de vous dire... On est certes dans l'action mais pour l'émotion il faudrait changer de bonhomme. Quand Mendes tente de ralentir son récit (la mort d'un soldat ou la rencontre avec une petite Frenchie calfeutrée), on éprouve, c'est peu de le dire, pas vraiment de montée d'émotion... On regarde la chose un peu béatement, en attendant que la course contre la montre reprenne. C'est toujours le problème dans ce genre de film où l'action, la reconstitution, la technique focalisent l'attention ; dès lors que le rythme ralentit, il faut être sacrément fort pour trousser des scènes qui soient au niveau. Et Mendes, franchement, n'a pas les épaules. Les nappes musicales ont beau essayer ici ou là de donner un air de tristesse infinie à l'aventure, on reste un peu de marbre devant cette expédition qui, finalement, nous laisse loin des êtres humains, de leur sentiment, de leur histoire. 1917 demeure un film de guerre joliment filmé, mené tambour battant, et parfaitement taillé pour les Oscars : de la forme soignée et de l'émotion pop-corn. Du frisson sans le poil(u) qui se dresse.

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The Lighthouse (2019) de Robert Eggers

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Je suis fan des films de phare, généralement - autant dire que j’attendais avec une certaine impatience ce huis-clos brumeux à l’esthétisme (noir et blanc et format d’époque) d’un autre temps… Les premières images mettent indéniablement dans l’ambiance (le fog, le putain de cri des mouettes, cette mer agitée, ce phare dressé… Hummm) ; et on croise par avance les doigts pour que le metteur en scène théâtral Eggers sache mettre un frein à toute tentative de cabotinage de ces deux acteurs, Robert Pattinson et Willem Dafoe… Rapidement, Dafoe (qui fout les jetons simplement en le croisant dans la rue, alors imaginez, là, seul avec lui dans un phare, la nuit…) prend les commandes de la chose et traite le Robert comme une merde. Il parle et parle, pète à tout vent, éructe, au grand dam de l’ami Robert qui se fait royalement exploiter : de jour, c’est lui qui se tape toute les corvées ; arrivée la nuit, Dafoe monte dans son phare et se branle (littéralement) devant cette lumière fracassante. Bien. Pour l’instant, on essaie encore d’y croire. On sent que Robert (fragile des nerfs, au passé trouble) parviendra vite au point de rupture face à cet ogre qui lui laisse de moins en moins de liberté. L’atmosphère se détendra quand Robert cèdera à la boisson et que les deux compagnons d’infortune se saouleront comme des cochons. Des saouleries qui tissent des liens mais des délires plus spiritueux que spirituels qui semblent aussi les rapprocher chaque jour un peu plus vers la folie… Eggers exploitera au maximum cette tension (de plus en plus sexuelle) qui se joue dans ce phare-bite du bout du monde. Quitte à partir en vrille ?

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C’est toujours le problème : il est des sujets qui demanderaient un certain niveau de sobriété pour rester crédible. Ici, irrémédiablement, les deux acteurs (en proie, Pattinson, aux hallucinations, Dafoe, à la mythomanie) vont avoir tendance à faire une petite démonstration de leur palette (c’est à celui qui prendra l’air le plus monstrueux, le plus inquiétant - les grimaces puis les postures...) et forcément, on est jamais loin dans ce cas-là du grotesque. On espérait du noir, de l’intime étouffant, de la finesse, de la douce folie et malheureusement le scénario et l’interprétation tendent de plus en plus à l’esbroufe, à la violence gratuite, à la folie pure et dure… Dafoe, rapidement, devient victime de ses excès (le vieux loup de mer (imaginaire) qui se la raconte ne fait plus illusion) et Pattinson-Icare, schizophrénique en diable, de vouloir prendre du galon, de la hauteur quitte à se brûler les ailes… C’est too much et cela sonne malheureusement souvent (ces saouleries systématiques, ces chants potaches, ces chahutages puérils) aussi creux que ce phare qui ne sert que de caisse de résonnance à ces deux enfermés du bocal. On est forcément déçu devant la piste scénaristique ultra prévisible d’Eggers (putain, lâchez cette hache, on sait très bien comment cela finit…) qui laisse ses deux acteurs faire leur petit numéro – ce qui n’amuse d’ailleurs même pas les mouettes, plutôt rieuses, d’habitude. Un phare esthétiquement soigné dont la lumière peine indubitablement à nous atteindre…   (Shang - 30/12/19)

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Malheureusement sur la même longueur d'onde que le grand Shang (qui sème dans son texte des allusions mythologiques ou sexuelles qui m'avaient, je l'avoue, échappé). J'attendais moi aussi beaucoup de ce film qui promettait sur le papier, d'autant que le premier film d'Eggers état plutôt intéressant et que, esthétiquement, The Lighthouse faisait de l'oeil. De ce côté-là, c'est vrai qu'on est pas déçu : noir et blanc somptueux, format carré, sens du cadre magnifique, Eggers soigne indubitablement ses effets et charge son film de références excellentes, de Dreyer pour le cadre à Kubrick pour le sens du rythme et les plans torves (toujours 2001 en point de mire, décidément une des plus grandes références du cinéma), de Lynch pour l'aspect onirique à Lovecraft pour les monstres gluants et les idées déviantes (une scène de sexe avec une sirène, il fallait oser). Dans les premières minutes, on en prend plein les mirettes avec ce montage très cut sur des plans superbes, qui sont autant de tableaux qu'on rêverait d'avoir en fond d'écran. Tout au long du film, et même si l'esthétique se fait heureusement un peu oublier au fur et à mesure que le scénario devient mystérieux, on retrouvera quelques bonheurs purement formels, mon préféré étant ce cri saturé et cette image qui passe en négatif quand Pattinson, sur la fin, s'approche enfin de la lumière. C'est certes clinquant, un brin crâneur et gratuit, mais après tout, on peut aussi de temps en temps prendre un plaisir d'esthète au cinéma, ça ne gâche rien.

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Mais cet écrin cache une histoire assez usante, et bientôt le vernis craque. Cette trame très facile de folie qui s'empare d'un homme en milieu clos fatigue assez vite, d'autant que Pattinson, trop beau, trop jeune, trop dans la contemplation de lui-même pour vraiment correspondre au personnage, échoue à donner à son personnage le mystère visé par Eggers. Une fois qu'on a compris qu'on est dans la tête du garçon, et qu'il est fou, la porte est ouverte à tous les délires, et le film cesse d'intéresser parce qu'il devient un pur illogisme. Peu importe que monstres et sirènes s'enchaînent, peu importe qu'on massacre ici une mouette ou qu'on pique là une crise de mysticisme, rien ne vient donner une once de logique à cette histoire qui part définitivement en torche. Eggers appuie pourtant bien fort pour nous montrer la schyzophrénie, l'isolement, la folie qui s'empare peu à peu de son personnage : le fim est très long, beaucoup trop répétitif et ne cesse de revenir sans cesse en arrière dès qu'il nous a donné une petite scène un peu spectaculaire. On ne compte plus les scènes de soûlerie entre les deux gusses, on ne compte plus les scènes de conflit et les réconciliations, on ne compte plus les motifs étranges qui jalonnent cette histoire gothique. Dafoe s'amuse bien, de toute évidence, dans ce rôle taillé sur mesure, et nous offre un vieux marin digne des romans de notre enfance ; même s'il en fait beaucoup dans le registre, on se marre devant ses grimaces torves et sa voix rocailleuse. Mais là aussi, le gars n'est jamais inquiétant, juste énorme, comme s'il s'était arrêté au stade de l'ogre pour enfants au lieu de s'attaquer à la vraie monstruosité de son personnage. Bref, on s'ennuie pas mal devant cette succession de scènes toujours les mêmes, en se disant qu'avec un tel contexte, un tel décor, un tel point de départ, et un tel sens de l'esthétique, Eggers aurait pu faire mille fois mieux.   (Gols - 17/01/20)

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Désirs volés (Nusumareta yokujô) (1958) de Shôhei Imamura

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Premier film d'Imamura qui se lance, sur le ton de la comédie romantique, dans le film de troupe (de théâtre) avec tous les aléas de la chose : le manque d'argent, les flirts à gogo et les embrassades dans les coins de tente, la déconnade, les beuveries et un public forcément exalté, quand il y en a un... Après des déboires à Osaka, la troupe part en rase campagne pour trouver une tente et une audience en demande. Le succès est immédiat, la troupe ayant la bonne idée entre deux scènes de kabuki de balancer une petite scène de strip-tease bon enfant (surement la seule façon pour que les hommes s'intéressent enfin à l'art). Dans le village, c'est du délire pur, qui s'arrache l'acteur bon-vivant, qui lorgne sur le vieux qui masse divinement, qui regarde les fesses rebondies d'une actrice, qui fantasme sur le jeune premier... Un succès qui redonne globalement le moral à la troupe. Mais dans son petit coin, le jeune metteur en scène ronge son frein : amoureux d'une actrice, poursuivie par la petite sœur d'icelle, s'interrogeant sur les trompettes de la renommée, notre homme a le cœur sans cesse en balance ; va-t-il, au milieu de toute cette mascarade y trouver enfin son dû ?

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Imamura, déjà, a le sens du rythme dans cette œuvre aux multiples rebondissements et en perpétuel mouvement. Nos acteurs, sur scène, se déchainent, pour enivrer la foule, une foule composée d'individus disparates qui s'en donnent à cœur joie : les pucelles ne cessent de jeter des fleurs aux jeunes premiers pendant que les branleurs du coin, un peu titillés après que l'une des jolies filles du village a rejoint la troupe, projettent de kidnapper une des actrices. Ça hurle, ça rit gras, ça chahute à tous les rangs, il y a autant de spectacle sur scène que dans la salle... On connaît le petit côté outrancier de la comédie nippone et Imamura ne se gêne pas pour agrémenter son récit d'une vieille à la voix de casserole rouillée, d'une bande de jeunes qui ne vivent que pour la vue d'un sein, d'un acteur toujours prêt à faire le spectacle (et à draguer) sur scène comme à la ville. Des personnages haut-en-couleurs, comme on dit, dans ce film au très joli noir et blanc. Mais le personnage central, le personnage pivot, ce jeune metteur en scène concentre malgré tout toute l'attention : écartelé entre l'art théâtral classique et la volonté de plaire, il l'est tout autant entre ces deux femmes ; celle, mariée, "inatteignable" (quoique) et sa jeune sœur prête à tout pour se pendre à son cou. Il y a bien sûr ce à quoi il rêve (peut-on encore divertir les foules avec des formes de théâtre classique, peut-on vivre avec la femme de son ami ?) et ce à quoi il peut facilement accéder (le succès populaire et facile, cette jeune fille enamourée) : des petits plaisirs faciles sur lesquels il préfère fermer les yeux pour ne pas tomber dans la facilité. Notre jeunot devra creuser sa route entre espoir (une nouvelle mise en scène, une femme mariée peut-être prête finalement à se donner à lui) et déprime (des acteurs peu intéressés par ses propositions, une jeune fille avec laquelle il couche sans ressentir pour elle au réveil le moindre sentiment). Imamura parvient parfaitement à varier ses atmosphères entre délire pur (les strips sur scène et les cris à déchirer la toile de la tente ; le kidnapping de l'actrice qui part méchamment en vrille) et petite angoisse existentiel de son héros – qui avec ses yeux d'épagneul breton et cette petite mou semble devoir incarner l’éternel insatisfait. Des désirs volés qui sont souvent vite repris mais qui n'entament en rien cette dynamique de troupe toujours prête à reprendre le chemin. Quant au héros, mis face à ses contradictions, il devra pour sa part trouver une nouvelle voie qui ne ressemble pas à une impasse. Un film plein d’entrain, rondement mené et un héros complexe partagé entre tradition et modernité, fantasme et facilité. Imamura devrait faire une belle carrière. 

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16 janvier 2020

Le Limier (Sleuth) (1972) de Joseph L. Mankiewicz

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Pour son ultime réalisation, le gamin Mankiewicz s'en donne à cœur joie et nous livre une petite mécanique scénaristique absolument jouissive. De cette ouverture sur ce jardin en forme de labyrinthe à ce "bloody" final - l'anglo-saxon aime à jouer sur les mots -, on se régale de ces multiples rebondissements où l'arroseur se fait arroser, le pseudo-inspecteur (Laurence Olivier écrit des polars) se fait pseudo-inspecter (oui, c'est pourtant vrai...), où le joueur malgré lui (Michael Caine) se prend fatalement à son propre jeu... Si l'intrigue de départ peut apparaître somme toute basique - deux hommes se disputent la même femme -, la façon dont ces deux personnages vont tenter de jouer au plus finaud est, elle, loin de l'être. C'est tour à tour vachard - l'aristo qui se moque de ce petit coiffeur d'origine italienne -, rigolard - on s'esclaffe théâtralement à tout bout de champ -, et diablement misanthropard - tous les coups - tordus - sont permis pour "se jouer" de son adversaire - et ce petit jeu de massacre entre individus point dénués d'imagination tourne à la démonstration magistrale. Laurence Olivier et Michael Caine interprètent ces bouffons de la farce avec un plaisir que l'on devine indicible - Caine est un peu limite dans la crise de larmes, mais il se rattrape magnifiquement quand il reprend les rènes de la situation... - et même si leur jeu peut paraître, par la force des choses, méchamment théâtralisé, grâce aux dialogues qui s'enchaînent sur un rythme de mitraillette et à la mise en scène d'une sublime fluidité de Mankiewicz, on se retrouve happé de bout en bout dans cette "représentation" qui passe comme un éclair - 2h20 qui passent comme une micro-tasse de thé.

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Dur d'en dire plus sur l'intrigue sans la trahir - je vous laisse notamment la surprise des autres personnages annoncés au générique d'ouverture... On pourrait tout de même ajouter deux mots sur cet incroyable décor, véritable manoir hanté par l'imagination d'un enfant (voyez le genre, nan...?), et sur cette incroyable armada d'automates présents dans le film - "le rire est une mécanique plaquée sur du vivant" disait grosso modo, ce me semble, le gars Bergson, et vice versa serais-je presque tenté de rajouter, humblement, en écho à cette œuvre joliment huilée... Outre ces individus animés qui se retrouvent malgré eux au cœur du récit, il y a tout une panoplie "d'accessoires" merveilleusement employés : de cette panoplie de clown d'un ridicule extrême (l'expression du rire aux larmes est illustrée en une bien belle image) à ce puzzle entièrement... blanc (si les morceaux de l'intrigue s'emboîtent magistralement, bien difficile de deviner ce qu'ils vont nous "révéler" à la fin de chaque acte...), de ces éternels objets (chaussures, vêtements, bracelets...) qui servent généralement de preuves pour éclaircir un meurtre et qui sont ici constamment "détournés" (on s'en sert plus pour "jouer" que pour résoudre véritablement un crime) à ce squelette qui ne cesse de sortir de son placard (gag facile pour gamin ou allusion directe à ce qui se trame en sous main ?...), on est totalement bluffé de voir comment, à chaque fois, le cinéaste parvient à en tirer toute la sève et à les inscrire subtilement dans ses cadres - une leçon sur l'utilisation de la profondeur de champ. Mankiewicz termine sa carrière avec ce film absolument captivant et d'une parfaite causticité (jusqu'où peut-on aller pour avoir le sentiment de triompher de l'autre...) qui semble avoir été tourné avec une facilité, pour ne pas dire un esprit, proprement enfantin(e). Rideau maestro - po trouvé de rime avec "Sleuth", désolé...   (Shang - 30/09/11)

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On s'amuse bien, c'est vrai, devant ce scénario totalement improbable filmé par un Mankiewicz en surchauffe, qui n'a plus grand chose à prouver et ne prouve donc rien en matière de mise en scène : même si Sleuth repose surtout sur ses dialogues, sa trame et ses acteurs, on reste épaté par le sens du rythme que la caméra du maître parvient à insuffler à cette pièce de théâtre un peu ringarde. Le mari, la femme, l'amant, un monstre sacré mais vieillissant, un huis-clos avec rebondissements en mousse, on a de quoi trembler en effet ; mais on se retrouve charmé en fin de compte par cette comédie policière délicieusement retorse, jouée pas si mal que ça, écrite avec malice, et surtout filmée de maître. Ce qui apparaît finalement le plus touchant là-dedans, c'est la transmission des vieux briscards du cinéma de papa à la jeune génération : de Laurence Olivier, star du jeu shakespearien, adepte d'une théâtralité un peu poussiéreuse, à Michael Caine, jeu naturaliste beaucoup plus moderne, construction plus expérimentale du personnage. Les deux rivalisent "pour de rire", et sont tour à tour géniaux (Caine qui accepte sans rechigner tous les registres de jeu ; Olivier en dandy malicieux) ou pathétiques (Caine dans sa scène de pleurs, ouille ; Olivier dans son rire démoniaque, aïe), et le spectacle se suffit à lui-même de voir ces deux stars tirer la couverture ou au contraire laisser toute latitude à l'autre. Mais le scénar vient en rajouter une couche dans le plaisir : même si on est dans la convention de grand papy au niveau du polar pur, de la crédibilité, des dialogues et des situations, on ne peut qu'applaudir la façon qu'ont Shaffer (au scénario) et Mankiewicz de secouer tout ça, de ne pas prendre cette histoire au sérieux et de ne fabriquer qu'un objet de cinéma, fun et sans nuance. C'est brillant, clinquant, complètement gratuit, inoffensif et rigolo, et si on n'est sûrement pas dans les sommets du 7ème art, on a face à nous des professionnels de la profession au savoir-faire irréprochable, on ne va pas s'en plaindre.   (Gols - 16/01/20)

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Ring (Ringu) d'Hideo Nakata - 1998

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Voilà peut-être le dernier film d'horreur "classique", celui qui, avec le personnage assez fabuleux de Sadako, a inventé une nouvelle mythologie. Malheureusement, comme beaucoup de classiques, il a tellement été copié, et parfois même dépassé, qu'il n'en reste plus grand chose aujourd'hui, fors les souvenirs et deux ou trois frissons ici ou là. C'est bien dommage : on se souvient avec émotion de la peur qu'on avait éprouvée il y a 20 ans devant les inventions de Nakata. Aujourd'hui, il ne reste qu'un film assez creux aux effets usés, et on reste très éloigné d'un Dark Water du même Nakata, autrement plus profond et intéressant. Tant pis : hommage à nos effrois d'autrefois, et courbettes devant Ring.

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Beaucoup de pistes scénaristiques s'ouvraient devant Nakata pourtant avec cette histoire de film maudit. Pour résumer cette trame que tout le monde doit connaître maintenant : un mystérieux film circule sur une chaîne du câble d'une île japonaise ; dès qu'on a vu ce petit film, le téléphone sonne, et une semaine plus tard, on est mort, dans une grimace d'horreur qui aurait fait frémir Munch. Une sorte de malédiction, si vous voulez, ou pour mieux dire, de virus. C'est une des options possibles : on a affaire là à une allégorie sur les maladies de mort qui se transmettent, ce que le dénouement tend à corroborer. L'héroïne comprend en effet que la mort se transmet uniquement si on réalise une copie de la cassette et qu'on la transmet, le sida est évoqué, et on aime cette idée improbable et belle d'inoculation par le cinéma. Autre piste intéressante, d'ailleurs : Ring pourrait être une variation sur la cinéphilie, le pouvoir de prescription du cinéma se transmettant de geek à geek dans une spirale infinie. De temps en temps dans le film (et connaissant le sens aigü du symbole dans certains films de Nakata), on entrevoit les possibilités de l'histoire, ce que le film aurait pu être s'il ne s'était pas contenté d'être mollement efficace et lourdement explicatif (la malédiction, la mediumnie, l'enfance brimée, etc... au secours !) Mais on dirait que le bon maître nippon n'entrevoit aucune de ces possibilités. Il réalise plutôt sagement un film au cahier des charges spectaculaire trop chargé, et finit par pondre un truc assez creux, qui ne dit rien de précis ou enterre toutes les options sous une bête histoire. C'est dommageable d'autant que tout, là-dedans, pêche un peu : les acteurs, nuls ; le scénario, mal composé, maladroit, laissant tout en plan, multipliant les idées sans en suivre une seule ; et finalement, souvent, la mise en scène, un comble pour ce grand réalisateur de l'horreur, qui n'est que fonctionnelle dans plein de scènes : toutes les recherches des héros autour du film sont poussives et sans style, et leur but est sans intérêt. Aïe aïe aïe, se dit-on.

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Heureusement restent quelques beaux, très beaux éléments là-dedans. En premier lieu, la réalisation du film maudit : parfait ersatz entre Buñuel période L'Âge d'or et l'expérimentation façon Fluxus, ces deux minutes sont parfaites, inquiétantes, intrigantes, hypnotiques, effrayantes. Peut-être à cause de ce son strident placé discrètement en fond, peut-être à cause du mystère qu'elles dégagent, peut-être grâce à la préparation que Nakata a fabriquée à leur vision (on sait que le film est maudit, et on a presque peur de le regarder soi-même), ces images rentrent dans votre rétine : on les croirait tout droit sorties de l'enfer, alors qu'elles ne montrent rien de directement horrifique. Dommage que Nakata passe le reste de son film à le disséquer : c'est son mystère qui le rend génial. Autre atout, et non des moindres : le personnage de Sadako, donc, immédiatement culte dans son dessin : une jeune fille, cheveux qui cachent son visage, chemise de nuit cradasse, ongles sales et longs, qui avance façon théâtre kabuki vers vous. En deux secondes, on sait qu'on a assisté à la naissance d'un grand personnage d'horreur, une sorte de croquemitaine 2.0. Avec de telles idées, Ring aurait pu être formidable ; il n'est que correct, à cause d'un scénario pas passionnant et de personnages fadasses. Grand film sur le papier, mais raté...

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15 janvier 2020

Bannie du Foyer (Tormento) (1950) de Raffaello Matarazzo

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Matarazzo, le roi du mélo, est de retour sur Shangols et on peut dire qu'au niveau « avanie » il frappe fort, le salaud. Anna (Yvonne Sanson, rotonde) vit avec son père et sa fourbe de belle-mère : cette dernière a la thune et fait subir l'enfer aux siens. Anna, heureusement (mot qu'on emploiera plus par la suite : c'est plus les malheurs qu'elle enchainera, ce sera d’ailleurs véritablement la loi de Murphy), retrouve Carlo (Amedeo Nazzari, tout le charme dans une moustache) qui va l'emmener, suite à une petite altercation, loin de ce foyer de dingues. Exit la famille, bonjour la liberté ? Mouais. Carlo trouve le moyen de se fâcher avec son associé et, le bougre, après avoir quitté cet enfoiré en lui ayant quand même soutiré un peu de pognon, se retrouve accusé de meurtre. Oups. Tourment. Anna est enceinte. Tourment. Il plaide forcément l'innocence, il en prend pour 20 ans. Tourment. Le père d'Anna meurt. Tourment. Anna travaille, elle se fait harceler sexuellement par son boss. Tourment. Sa fille tombe malade. Tourment... Une seule échappatoire dorénavant : sa connasse de belle-mère… qui met en place un chantage digne des pires sorcières de l'histoire. Tourment, tourment, tourment... Et vous espérez encore un happy end ?

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On le voit, niveau scénario, Matarazzo ne se contente pas d'une louche de malheur mais de dix. N'importe qui finirait par maudire le ciel, Dieu et le reste du cosmos. Anna, elle, tente de faire le dos rond devant tant d'adversité... mais se fissure quand même en route. Dès qu'on pense qu'Anna va recevoir une bonne nouvelle, la bonne nouvelle se transforme en cauchemar... La pauvrette s'évanouit à tour de bras et on pense tout du long qu'elle va nous claquer dans les bras avant la fin du film. Sanson, et ses airs de Madone bien en chair, s'en donne à coeur joie pour avoir l'air tourmenté (le fil rouge), pour convoquer les saints, pour se mettre à genou, supplier... tout en restant un minimum digne - c'est un sacerdoce mais elle semble accoutumée au système Matarazzo (adepte des grilles et des scènes d'intérieur pour renforcer le côté cocotte-minute) : mettre le spectateur sur le grill, le faire ruminer sa mère (cette pauvre enfant sans père, sans mère et avec une fausse grand-mère pire que Folcoche ! Elle arracherait une larme à un chaton si on prenait tout au premier degré...) et sur le fil, quand le spectateur pense que tout le monde va mourir dans d'affreuses souffrances, lui balancer le coup de grâce mélodramatique : la mort ou... ou... le rayon de lumière inattendu. Bon. Si la recette est un peu éventée, pour ne pas dire éculée (trop, parfois, c'est trop), on doit reconnaître qu'on tient avec la belle-mère un rôle de salope intégrale auprès de laquelle les autres protagonistes paraissent finalement un peu pâlots... C'est cette méchanceté, finalement, qui est le moteur de ce mélo et qui finirait presque par éclipser le reste - malheureusement, serait-on tenté de dire, Matarazzo n'est pas un réalisateur de film noir et se sent obligé de trousser un final beaucoup trop bienveillant. Au final, on obtient un simple mélo pour midinettes (endurcies) mais finalement sans grand éclat émotionnel. On demeure en effet plus du côté de la sensiblerie que du sensible. Du Raffaello quoi, fondant mais guère consistant en bouche.

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Lost Home Movies of nazi Germany (2019) de Nick Watts & Martin Davidson

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Vous l'aurez compris, on n'est pas franchement dans le Home Movie "mdr" : si dès les premières images filmées par Eva Braun, on découvre un Adolf décontracté (pas l'air rassurée totalement la gamine - elle a du nez), ce montage d'images et d'extraits de journaux intimes d'époque illustrera quelques instants des plus sombres de notre Histoire contemporaine ; découpé en deux parties justement nommées (Hubris et Némesis), ce "film" dépeint tout d'abord la période 39-42, l'époque où les Allemands pensaient que le Reich durerait des millénaires, puis 42-45, l'époque où les Allemands prenaient conscience qu'il faudrait sans doute revoir à la baisse leur prévision. Scènes de la vie quotidienne outre-Rhin pendant la guerre (des camps de scouts où Adolf a remplacé Jésus dans les paroles des chansons à ce bien joli Noël où ce bambin joue au petit train - sans forcément savoir, hein, le pauvre) mais aussi illustrations de faits dont l'on ne parle pas forcément dans les livres d'histoire : ainsi quand on voit ces Allemands partir sur le chemin de la guerre, en direction de la France, à pied ou en voiture à cheval (une Blitzkrieg qui prend plutôt des allures de petite balade un dimanche à la campagne) ou quand on voit ces images toujours aussi horrifiques d'exécution systématiques de Juifs de l'Est (par balles ou par pendaison) - bien avant les camps de la mort, le génocide, aux yeux de tous, avait sauvagement commencé. Des Allemands la fleur au fusil le plus souvent goguenards qui vont, en route vers Moscou, jusqu'à se faire lire les lignes de la main par des gitans bienveillants (on se demande d'ailleurs ce que la vieille a pu lui raconter : oui, oui vous allez gagner, fit-elle en riant sous voile). Bref des images volées, hors de toute propagande, qui permettent de voir que pour certains la vie quotidienne se déroulait sans superflu de stress. Et puis vint Stalingrad et le début de la déroute : les bombardements de Hambourg puis de Dresde sont à leur tour tout autant infernaux ; à voir ces Allemands sur le chemin de l'exil on constate que le vent a tourné. La déroute n'est pas loin (ces Allemands qui continuent d'envoyer des obus en rase campagne alors qu'ils sont sur le point d'être massacrés - indécrottables) ; viendra le temps des découvertes des camps de la mort et avec lui la volonté des Alliés de montrer aux citoyens allemands l'arrière-cour de la politique du Führer. Un juste retour des choses pour tenter de traumatiser pour des millénaires cette population aveugle qui a porté au sommet des malades mentaux (cela n'a pas suffi pour éliminer tous les camps de scouts mais passons, ne nous braquons point sur la guitare sèche). Tout au long des deux épisodes, on voit également cette population juive victime de moquerie crasse (cet effrayant carnaval), humiliée (de l'interdiction de tout animal domestique à la confiscation de leurs chaussures - remplacées par des sabots taille 58 ; la bêtise obscène) avant d'être déportée avec leurs bambins babillants (on a beau le savoir, ces images sont toujours fracassantes). Des images historiques comme on dit qui permettent, selon la formule consacrée, de voir les choses sous un autre angle, plus intime, plus humainement affreuse. Le devoir de mémoire de fin d'année de la BBC.

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Au-delà des Grilles (Le Mura di Malapaga) (1949) de René Clément

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On ne le laisse pas tomber notre gars Clément même s'il nous sert des romances un peu tièdes. Arf, plaisir tout de même de découvrir Gênes en ruines et Gabin au diapason - pas rasé, dépité, sortant tout droit d'un féminicide (bah elle avait 22 ans, elle voulait partir avec un type de son âge, j'ai serré... Ouais, ça n'excuse rien, hein, on est d'accord ?). Jean, en fuite donc, parvient à s'extraire d'un bateau dans ce port de Gênes avec un objectif : se faire soigner sa molaire - on sent la tension dès le départ. Gabin met des plombes avant de trouver un dentista (il parle aussi bien italien que moi serbo-croate) et l'on se dit qu'on part sur un faux rythme... Le temps de purger sa rage de dents (et sa rage tout court), voilà notre bon Jean sans une thune (il vient de se faire voler par un Italien - tous des voleurs, je vous apprends rien) qui hésite entre aller au commissariat pour se faire arrêter et un plat de pasta. Les pasta l'emporteront et cela lui donnera l'occasion de faire connaissance d'une serveuse bien aimable, Isa Miranda (plus dans ses âges) ; bah, elle aussi elle a ses problèmes (un ex mari qui veut lui enlever sa fille) et elle est bien contente de trouver notre Gabin pour faire rempart ; les deux erreront en ville, tenteront de flirter pour le plaisir et d'imaginer le temps d'une balade un avenir - mais le flic rital veille et le Jean risque, à Gênes, de ne trouver un plaisir que momentané...

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Alors oui, ça se traîne un peu, les dialogues de Aurench et Bost alignent les poncifs (oh tu sais, hein, la vie... chacun ses problèmes, c'est sûr... mouais faut faire son petit bonhomme de chemin, quoi...) et Clément tente tant bien que mal de créer une étincelle entre ces deux désillusionnés de la vie - Isa s'accroche, Gabin s'en branle un peu même s'il fait bonne figure (on ne peut pas dire non plus qu'il soit rongé par les remords, le bougre (Gabin, quoi, merde, fataliste) ce qui ne rend pas franchement le type sympathique...). Et j'ai malheureusement déjà l'impression d'avoir tout dit, mince... Il y a bien cette chtite fille qui tente de mettre un peu de vie dans ce film (elle aide Gabin dès le départ dans ses rues étroites, puis le déteste car les voisins cancanent sur lui, puis tente à nouveau de lui venir en aide en voulant empêcher les flics de lui mettre la main dessus). Elle a un petit côté intrépide (quand elle sillonne toute la ville pour prévenir les amants du risque, déjouant les flics aux aguets) qui donne un peu de luminosité au film, mais c'est bien la seule ; Gabin rumine, dépense du blé (quand il récupère finalement sa valise laissée sur le bateau) avec un je m'en-foutisme évident, et même rasé de près demeure aimable comme une porte de prison. Ça tombe bien, me direz-vous, puisqu'il risque de s'y diriger tout droit : cela donnerait, n'en déplaise aux romantiques italiens à deux balles, un tantinet de moralité à la chose – y’avait féminicide, eh oui... Des amants un poil désœuvrés et une œuvre un peu trop poussive qui ne fait pas particulièrement briller la filmo de Clément (qu'on aime par ailleurs, attention !)

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14 janvier 2020

Le Parfum de l'Encens (Kōge) (1964) de Keisuke Kinoshita

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Bien belle fresque de l'ami Kinoshita qui nous emmène sur 200 minutes dans l'histoire (amoureuse) pour le moins contrariée de la belle Tomoko (Mariko Okada) : abandonnée par sa mère, déposée dans un bordel par son beau-père à la mort de sa grand-mère, Tomoko va recevoir l'éducation classique d'une geisha - arrivée à maturité (plus de 16 ans, hein, facile), elle est le centre de tous les regards alors même que sa mère, dorénavant, se prostitue (un exemple, this mother...) ; les protecteurs se bousculent mais la jeune Tomoko n'a d'yeux que pour un militaire... Le début d'une belle histoire d'amour ? Penses-tu, le destin de Tomoko est comme plombé – en particulier par sa mère, dont la « réputation » l'empêche de se marier... Alors même que l'histoire en arrière-fond s'agite (du tremblement de terre au bombardement de Tokyo), Tomoko va tenter, professionnellement, de mener sa barque (la reine des auberges)... Seulement si sa mère (plus opportuniste tu meurs) collectionne les mariages (et un, et deux, et trois...), la pauvre Tomoko semble vouer, elle, à vivre sa vie en solo : comme une sorte de malédiction ? Possible.

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Kinoshita nous la joue très sobre dans le filmage (ces multiples plans de deux individus face-à-face et ces légers zooms pour se recentrer sur l'un ou l'autre des personnages) mais se montre beaucoup plus audacieux dans les ellipses ; même si l'on suit de près les transformations physiques de Tomoko, il nous arrive de faire des bonds dans le temps sans même qu'on les voie venir. Mais ces bonds, s'ils permettent parfois de mettre en relief la réussite indéniable de Tomoko dans le business, semblent ne rien devoir changer à sa vie affective : désirée, adorée, sponsorisée, Tomoko passe malgré tout à côté du grand amour ; comble du sort (et de son ironie), sa mère (qui l'avait quand même lâchement oubliée lorsqu'elle n'était qu'une enfant) rapplique à chaque fois à son domicile, notamment quand Tomoko est au summum de sa réussite ; une mère qui la plombe, qui la dégoutte, qui la gonfle, mais une mère qu'elle va tenter malgré tout de supporter tout au long de son existence. Le film se concentre en grande partie sur les relations tendues entre les deux femmes qui donnent souvent lieu à de très belles joutes verbales ; la fille exaspérée face à la mère sans foi ni loi toujours prête à jouer les crampons. Si les deux femmes, leurs engueulades, leurs réconciliations constituent le fil rouge de l'histoire, on a droit aussi à de très belles séquences quant au ressenti  émotionnel et sentimental de Tomoko : lorsque toute chtite, elle se retrouve toute seule dans cette chambre de bordel et dans ce kimono trop grand ; lorsque ses larmes se font perles quand, chez son "protecteur", elle repense à son amant qui lui échappe ; lorsque, à bout de force, elle demande à son autre sœur de prendre en charge leur mère - en vain ; lorsqu'elle se fait lourder par son amant militaire qui n'y croit plus ; lorsqu'elle rend visite en prison à cet ancien amant condamné à mort pour crime de guerre (le regard de la famille de cet homme sur cette femme toute menue qui sort de nulle part : terrible) ; lorsque... Il n'y a peut-être pas de scène particulièrement déchirante mais toute une suite de situations déprimantes qui semblent vouloir s’abattre sur cette Tomoko pourtant si combattive, si indépendante, si solitaire. Kinoshita réussit à n'en pas douter un de ses plus jolis portraits de femme en prenant le temps d'échelonner ici son récit sur des dizaines d'années. Une vie rythmée par les saisons (magnifique travail esthétique sur les décors) mais qui semble vouloir perpétuellement répéter la même histoire : l'abandon originel de Tomoko est comme un signe qui va la poursuivre toute sa vie ; personne ne semble être capable de briser ce destin qui doit se jouer en solo, seule contre tous. Un parfum dont on ressort enchanté tant par le fond que par la forme : la mise en scène épurée et toute en sobriété de Kinoshita le rapproche définitivement ici des grands maîtres nippons.

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13 janvier 2020

The Nightingale (2019) de Jennifer Kent

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Ça va mal aujourd'hui en Australie mais faut pas croire qu'hier (en ce début du XIXème siècle et en Tasmanie, plus précisément) les choses allaient pour le mieux : à l'époque ces bloody fucking English défonçaient sans gêne des Aborigènes abhorrés (ces derniers tentaient de résister avec leurs lances face à la poudre à canon - autant souffler, debout, dans un didgeredoo) et traitaient la chair irlandaise (notamment les ex-convicts) comme de la pelure de pomme de terre... C'est d'ailleurs le sort (atroce) que subit cette pauvre Clare (dit the Nightingale pour sa voix claire) en ce début de film : des officiers anglais (en particulier un lieutenant que l'on pourrait qualifier d'immonde individu) vont la violer sous les yeux de son mari et les cris de son bébé  - et ce avant de 1) trucider le mari (un peu violent dans sa rancœur) et le bébé (trop bruyant le con - bercé trop près du mur, il finira tout de même par se taire, for ever). C'est le début du calvaire pour Clare qui se met martel en tête de retrouver l'officier et ses deux comparses pour leur faire la peau... Elle part sur les routes labyrinthiques de Tasmanie (envahies, on le sait, de féroces koalas) en compagnie d'un Aborigène qui ne garde pas non plus le meilleur souvenir des Anglais (ils ont descendu son arbre généalogique sous ses yeux quand il était gamin - il se surnomme lui-même Black Bird sans doute pour son cri rauque qui le définit). Ces deux individus qui se méfient du genre humain (en particulier de l'Anglais – on ne peut leur donner tort) et l'un de l'autre (une blanche avec un noir s'alliant dans le bush ? c'est à l’époque aussi inconvenant qu'un piano partant à l'aventure dans la jongle) vont tenter malgré tout d'aller au bout de leur quête : réduire de l'Anglais en gelée. Une terrible course poursuite s'annonce donc dans la jungle, les officiers anglais se retrouvant également avec d'autres Aborigènes à leurs trousses (l'Anglais violant tout ce qu'il croise) et notre duo de chocs avec d'autres violents Anglais (qui violeraient bien - c'est désormais une manie - cette Irlandaise avec son boy). Nos deux oiseaux n'en ont pas fini de se faire prendre pour des pigeons sauvages. Pull !

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On est à nouveau dans le film en pleine nature sauvageresse sauf qu'ici les principaux dangers de la forêt résident dans l'Anglais armé. Kent pourfend ces occupants violents et violant (peu d'Anglais trouveront grâce à ses yeux... un couple de vieux, peut-être, dont le mari parle quand même un brin misogynement à sa femme) qui font preuve d'un racisme sans fond (l'Aborigène est une espèce à exterminer comme les scolopendres). Au niveau du discours, c'est clair et un brin too much (comment ne pas espérer que ces Anglais ne se fassent pas tous trépaner de la pire des façons, une lance en plein foie ou une balle en plein cœur ?). Un peu réducteur, donc, sans doute. Au niveau des sentiments, on est surtout happé par la colère sans fond de cette pauvre Clare (littéralement hantée - elle fait des cauchemars tout au long de la route - par ce trauma initial) et cette relation "pleine" de respect entre le rossignol et l'oiseau noir (manque la pie qui chante mais passons) ; c'est certes un peu attendu, l'un comme l'autre, (cette vengeance inextinguible et cette tolérance "dans l'air de notre temps") mais ce petit couple qui s'appuie l'un sur l'autre (l'une pour aller au bout de sa quête, l'autre pour retrouver son honneur) fonctionne relativement bien dans ce cadre luxuriant et original. Kent se fait une joie de faire partager quelques excès de violence qui réveillent au passage son diable de Tasmanie et cette aventure au bout du bout de la souffrance, malgré ses longueurs (ce rallongement d’une quarantaine de minutes, alors que l'on touchait au but, n'apporte pas grand-chose), se suit d'un œil constamment aux aguets. Une balade australienne pas franchement de tout repos qui fait la part belle aux femmes combattives et à leur esprit d'ouverture ; toujours cela de pris d'autant que l'écrin n'est pas si commun. Pas si mal, so.

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12 janvier 2020

Jabberwocky de Terry Gilliam - 1977

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Gilliam se désolidarise de ses copains des Monty Python, et pour l'instant on peut dire que, globalement, il a tort. Après son coup d'essai assez brouillon de Sacré Graal, immense film de gag mais privé de mise en scène, le voilà seul aux commandes de ce nouveau film médiéval, adapté d'un conte de Lewis Carroll. Un royaume, un roi, une princesse, un dragon, un écuyer qui va devenir un héros, le scénario est sagement dans les normes ; mais bien entendu, l'esprit foutraque et absurde du compère, hérité de ses potes, va touiller tout ça pour en faire une farce débridée pleine de gags. Enfin, pleine de gags, il faut le dire vite, et ce sera ma première réserve. Habitués aux vannes en rafale des Pythons, passez votre chemin : Jabberwocky est certes parfois drôle, mais Gilliam a l'air beaucoup plus préoccupé par ses ambiances que par la puissance de feu de l'absurde, et il faut quand même se taper des plages entières de scènes au mieux bof-bof, au pire sinistres pour obtenir de temps en temps un gag, une réplique idiote ou un exemple de non-sens. Le rythme, en gros, n'y est absolument pas, et le film se traîne affreusement entre deux pointes de rire. D'autant que même au niveau de l'invention, Gilliam et ses scénaristes ne sont jamais à la hauteur des Monty Pythons : personnages surjoués et pas très drôles (Michael Palin a beau faire tout ce qu'il peut, il ne se départit jamais de son air ahuri qui fait son temps au bout de trois minutes), goût prononcé pour le pipi-caca (refuge facile), imagerie très attendue de Moyen-Âge de carton-pâte anachronique, extrême prudence dans les gags quand les compères allaient jadis jusqu'au bout du bout de ce qu'ils pouvaient extirper de chacun d'eux... Bref à l'exception d'un ou deux personnages (le roi sénile est rigolo, le hobereau timide est impayable) et d'une ou deux idées qui vont un peu loin (le sang qui gicle sur les spectateurs pendant le tournoi), on s'ennuie un peu en guettant les moments où on peut s'esclaffer, et c'est bien dommage. On dirait que Gilliam a hésité entre faire un film historique et faire une comédie non-sensique, et que, dans le doute, il n'a pas tranché.

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Et puis il faut bien dire qu'au niveau de la mise en scène, on est là aussi bien loin du savoir-faire et de l'efficacité de Gilliam par la suite. De ce côté-là aussi, le manque de rythme du montage, qui coupe systématiquement trop tard, l'application scolaire qu'il met à sa reconstitution pourtant absurde, l'inefficacité de certains gags perdus dans l'amateurisme des cadrages (les annonces de l'arrivée du roi, gag récurrent et qui ne marchent jamais), les bruitages qui se veulent poilants et qui sont presque gênants parfois, la direction d'acteurs au plus court, tout ça enfonce le film dans le bout de ficelle et le bâclage. D'autant que la lumière, blafarde, trop sombre, moche à mort, et la musique, convenue, ne font rien pour améliorer la chose. Restent quelques idées, comme la mort des victimes de la bête (Terry Jones qui se fait dévorer entièrement sauf la tête) ou le dessin de la bête elle-même, qui rappelle l'univers graphique bien barré de Gilliam., ou encore les effets spéciaux, fun et plutôt bien faits. Il faudra attendre deux ou trois films pour découvrir que Gilliam peut faire beaucoup mieux que ça.

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It must be Heaven d'Elia Suleiman - 2019

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On n'attendait pas Suleiman dans un registre aussi léger, lui qui était habitué à nous balancer quelques skuds politiques à travers ses comédies taquines. Mais en y réfléchissant, It must be Heaven pourrait bien être une autre façon de faire de la politique, plus douce, plus rentrée, plus discrète, mais tout aussi frontale. Il s'agit cette fois-ci d'éviter bien soigneusement LE sujet qui fâche et qui semble inévitable quand on est un cinéaste palestinien, la guerre donc, pour se concentrer sur un sujet a priori plus inoffensif : le regard d'un Palestinien, donc, sur deux pays (la France et les USA) et sur le sien en regard, histoire d'aller prendre l'air et de poser un regard neuf sur le monde contemporain. Pas ou peu d'allusions au conflit donc : il y a bien cette otage ligotée à l'arrière d'une voiture où deux beaux mâles s'échangent leurs lunettes de soleil pour tester la virilité de leur image, ou ces plans gentiment allégoriques sur un voisin qui s'occupe mine de rien du citronnier de Suleiman, ou encore cette scène de tension drolatique autour d'une sauce au vin servie à une jeune fille, mais tout ça passe comme de rien et n'a pas l'incision de Intervention divine. Suleiman choisit pour cette fois la voie plus buissonnière de la chronique (quasi-)muette, l'enregistrement tout simple des choses absurdes ou amusantes de la vie. On y gagne en simplicité, on  perd un peu en efficacité : le film est très agréable, parfois drôle, mais il manque un peu de contenu et se perd dans le détail.

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N'est pas Tati qui veut. En plein hommage à son modèle, Suleiman tente comme lui d'enregistrer une somme de choses minuscules, doucement décalées, et d'en faire le fin du fin de son film. Parfois ça marche. Notamment quand ce qu'il observe est emblématique du regard d'un étranger lointain sur les choses. Le voyage en France est la meilleure partie du film : le gars nous met le nez dans nos contradictions et nos privilèges d'occidentaux avec un sens aigu de l'absurde. Adoré cette scène surtout où une voiture de la Croix Rouge s'arrête pour aider un SDF, lui propose un menu digne de Troisgros, puis s'en va avec la bonne conscience de rigueur ; ou ces mille moyens de transport utilisés par l'autorité (il débarque à Paris le 14 juillet), depuis le ridicule roller jusqu'au char d'assaut. Très loin de son pays natal, Suleiman montre tristement que le ridicule ne tue jamais, même à l'autre bout de la planète, et appuie doucement là où ça nous fait mal : dans nos convictions droits-de-l'hommistes, qui ne sont qu'une autre expression pour se moquer complètement d'autrui. Moins pertinent en Amérique, où il enfonce quelques portes grandes ouvertes, Suleiman n'est jamais meilleur que quand il prouve le général avec le particulier. Certaines séquences sont ratées, par exemple quand il filme une femme de ménage épousseter un écran qui passe des mannequins luxueux : le coup est manqué, par manque d'imagination de mise en scène ; ou quand il montre un voyou toiser Suleiman dans le métro désert : la scène n'est pas menée au bout, alors qu'elle est longue. Parfois, donc, le style-Tati ne passe pas : Suleiman se sent obligé d'en rajouter pour que ça soit drôle, comme dans cette poursuite d'un ange à Central Park. Et puis le jeu de Suleiman lui-même est assez éloigné de Hulot : trop ironique, trop triste aussi là où il n'y a pas lieu de l'être, son personnage manque de contour, et la sorte de distance précieuse trouvée jadis par Tati manque ici beaucoup. Mais ok, arrêtons de comparer et regardons simplement ce film pour ce qu'il est : un pamphlet caché sous la farce, un acte d'engagement politique qui ne parle pas de politique (seule occurrence contemporaine : un couple de Japonais qui cherche à rencontrer "Brigitte"), et au bout du compte, un petit film bien poétique et innocent, qui prend les chemins de traverse et jette un regard mi-amusé mi-désabusé sur nos minuscules travers. C'est déjà ça.

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11 janvier 2020

Le Goût du Saké (Sanma no aji) (1962) de Yasujiro Ozu

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Tout a une fin, même la carrière du père Ozu. Un dernier film assez serein, au rythme paisible, teinté d'un grand coup de calcaire sur la fin : un vieil homme qui vient de marier sa fille se retrouve à moitié ivre dans la pénombre de sa cuisine. Son plus jeune fils est déjà couché et on a la triste impression que notre patriarche en a plus pour bien longtemps. Malgré cette terrible solitude qui semble envelopper notre homme sur la fin, le ton général du film n'est point trop larmoyant, mais nan.

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Trois amis se réunissent autour d'un petit verre de saké ; l'un d'eux vient de se marier avec une jeune femme qui a presque l'âge de sa fille et forcément les deux autres le charrient à mort... Il est également rapidement question de la fille de l'un d'eux (Hirayama) qui, à 24 ans, s'occupe encore de son père veuf, sans être ne serait-ce que fiancée. C'est le genre de souci qui passe un peu dessus de la tête d'Hirayama, profitant de la présence de sa fille qui organise sa maison, cette dernière ne semblant pas forcément pressée de quitter le domicile paternel. Peu à peu l'idée va tout de même faire son chemin, notre Hirayama côtoyant l'un de ses anciens profs de lycée dont la progéniture, maintenant un poil décatie, est restée, c'est le cas de le dire, vieille fille. Ce pauvre prof, lorsqu'il sort avec ses anciens élèves, est rapidement rond comme une queue de pelle et a ce petit côté misérable d'un homme qui a gâché la vie de sa fille : cela finit par titiller notre Hirayama qui décide de marier la sienne, nom d'une pipe ; première tentative, coup dans l'eau, le prétendant dont la chtite est amoureuse étant déjà fiancé ; elle est tout chagrine et on se sent tout bêta devant ses ptites larmes qui coulent sur ses joues roses. Po grave, le Hirayama a de la ressource et lui présente un autre prétendant grâce à l'aide de l'un de ses vieux potes. Bingo, la voilà dans une tenue traditionnelle toute mimi, la chtite a retrouvé un demi-sourire. Notre Hirayama peut s'en aller chez lui cuver sa tristesse, réalisant que le temps file vraiment comme po possible.

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Le récit a plusieurs ramifications : on suit aussi le fils aîné d'Hirayama, soucieux d'avoir tout le confort moderne et passionné de golf - l'occidentalisation est non seulement bien en marche et sa femme prouve que la nipponne, dorénavant, porte la culotte : c'est elle qui gère les finances du couple, point à la ligne ; on découvre également Hirayama dans sa tournée (enfin, n'exagérons rien) des bars : il a rencontré par hasard un ancien collègue de l'armée (leur salut et leur petite danse en écoutant l'air de la marine est bien pathétique...) et dans le bar où ce dernier l'emmène, notre vieil Hirayama fait les yeux doux à la patronne qui lui rappelle sa femme ; on sent que le vieux soldat voudrait presque mettre ses dernières forces dans la bataille mais cette envie reste coincée derrière son petit sourire et sa fine moustache. Si la conclusion, avouons-le une ultime fois, est un peu amère, Ozu traite, avec son immense humanité habituelle, de temps qui passe, sur une petite musique qui reste bien légère : voilà, c'est un fait, laissons les jeunes générations se faire les dents sur ce nouveau monde et Ozu tire sa révérence sur la pointe des pieds dans un film où l'on trinque abondamment. Kampai ! bon mot pour la fin... On a de notre côté fini notre première odyssée, je devrais fêter cela dignement, ce soir, dans un resto japonais... Forcément.  (Shang - 30/10/08)

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Pas grand-chose à ajouter : c'est tellement épuré, tellement "presque rien", qu'il est difficile de critiquer quoi que ce soit dans cet ultime haiku parfait. Ozu se délaisse de tout, grammaire de cinéma, histoire, scénario, rebondissements, et livre le plus doux et le plus mélancolique film de la terre. Certes, il est bien question là-dedans de tout ce que relate Shang, mais c'est plus parce qu'il faut bien raconter quelque chose que par réelle nécessité. Ce qui compte là-dedans, c'est l'enregistrement des infimes sentiments humains à travers la chronique du temps qui passe, des tout petits événements qui font une vie, des vies : un petit vieux qui rentre chez lui bourré, une jeune fille dont les espoirs de mariage s'effondrent en un tour de main, un jeune garçon qui flambe l'argent qu'il n'a pas dans des clubs de golf, un type qui se laisse aller à la nostalgie le temps d'un disque, tout ça constitue des éléments suffisamment forts pour être filmés par un Ozu qu'on n'a jamais connu aussi apaisé, aussi sage. Et le fait est que, oui, ça suffit pour faire un film. Avec ses plans fixes, sa narration en ligne droite, ses plans tatami et ses jolis portraits, ses natures mortes et sa petite musique, Ozu réalise ce qui pourrait être considéré comme son "chef-d'oeuvre" au sens de compagnonnage : un film qui contient toute l'essence du maître, même s'il n'est pas son meilleur. On note que c'est tout de même un de ses meilleurs quand il s'agit de noter l'émancipation des femmes et de la société dans son entier : le Japon, encore marqué par la défaite, se relève doucement du combat contre les Ricains et en adopte peu à peu tous les codes (capitalisme qui passe par les objets, ici un frigo) ; les femmes ont enfin droit à la parole, peuvent diriger les finances d'un foyer, choisir leur vie, voire même ont le droit d'épouser l'homme qu'elles veulent, même s'il est tout vieux ou tout pauvre. La modernité entre de plain pied dans la tradition nippone et Ozu est le meilleur pour enregistrer ça, en tant que le plus moderne des cinéastes nationaux. Moderne et soucieux de la tradition aussi, en tout cas aussi respectueux des kids que des seniors : son film est empli de sentiments, de nostalgie, de mélancolie, est un merveilleux portrait d'un homme vieillissant qui veut être moderne ; et il est plein de joie, d'entrain, est un bel hommage à la jeunesse. Un peu long peut-être compte tenu de ce qu'il raconte (en gros, rien), mais bien entendu incomparable quand il s'agit d'ériger la pudeur et l'élégance en drapeau. Merveille.   (Gols - 11/01/20)

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