Shangols

23 octobre 2014

La Chambre bleue de Mathieu Amalric - 2014

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Un virage dans la carrière de cinéaste d'Amalric, le voilà qui s'attaque au polar "à la française", un genre en soi, surtout qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de Simenon (déjà narré par mon collègue, complémentarité au taquet). C'est le premier souci : embourbé dans son dandysme littéraire coutumier, et qui lui va bien au teint je ne dis pas, Amalric a du mal à se dépatouiller des vieilloteries de Simenon : dialogues précieux (surtout ceux concernant le sexe), situations dignes d'un Tintin, interrogatoires de flic à gabardine et surtout enquête policière complètement anachronique. Assassiner des gens avec de la confiture empoisonnée, ça peut passer dans un vieux Club des Cinq ; dans un vrai polar, moins. Amalric, peu conscient de la ringardise du scénario, modernise pourtant l'ensemble, replace ça dans un contexte contemporain, mais sans changer le style. Résultat : on n'y croit pas une seconde, et on a souvent l'impression, au niveau scénar, de se retrouver dans une dramatique ORTF d'il y a 60 ans.

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Le gars est pourtant habile (tout comme l'était Simenon, si j'en crois Shang) pour retarder le plus possible les informations. Pendant une grande partie du film, on ne sait pas qui a tué, certes, ça c'est normal ; mais on ne sait pas non plus qui a été tué, ce qui apporte une petite touche de cruauté délicieuse. Amalric est accusé de meurtre, bon. Mais qui a-t-il tué ? Sa maîtresse trop envahissante qui menace son confort bourgeois ? Sa femme qui l'empêche de vivre sa passion amoureuse ? Sa belle-mère, qui ne l'aime pas ? Très adroit d'arriver à nous faire tenir sur un joli suspense tout en nous cachant l'essentiel du drame. On suit donc, dans une succession d'allers-retours entre flashs-back et présent, l'interrogatoire que subit ce brave bourgeois face à un juge implacable. Ces scènes de commissariat sont les plus réussies : Amalric a un vrai sens du huis-clos, et la variété de ses angles donne une belle énergie à un exercice de style qui pourrait être fastidieux : dialogues infinis, pas de mouvement, des répétitions, et pourtant on est bien tenus.

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C'est beaucoup plus laborieux dès qu'on sort de cette pièce. Trop pressé sûrement, Amalric bâcle ses scènes extérieures. Montage aléatoire, direction d'acteurs médiocre, technique dans les chaussettes. Mon conseil : dans un film, regardez les figurants, et vous aurez une idée du soin qu'un réalisateur a mis dans son projet. Dans La Chambre bleue, les figurants sont empruntés, on a l'impression de lire les consignes qu'on leur a données, tellement ils semblent téléguidés. Tout le film est ainsi, sentant l'amateurisme et le vite-fait. Si Amalric acteur est plutôt très bon dans ce personnage fiévreux et dépassé, ses partenaires sont dirigées avec simplisme : Stéphanie Cléau caricature sa femme-mante religieuse, tout est tellement fait pour la rendre froide et opaque qu'on se doute très en avance de son innocence ; Léa Drucker n'a rien à défendre, et se retrouve prise dans des scènes impossibles (discuter avec son mari en tenant chacun un bout de guirlande de Noël par exemple). Amalric voudrait bien pourtant se la jouer sexuello-romantique, sulfureux et moderne : il filme le sexe de sa maîtresse en gros plan, joue sur les ambiguités des relations amoureuses, s'amuse de montrer cette sexualité au milieu d'une province tranquille ; mais, mis à part la splendide musique tourmentée et herrmanienne de Grégoire Hetzel, le souffle manque pour parvenir à une vraie exaltation des sentiments. On reste au ras des situations, souvent complètement invraisemblables, et on se retrouve avec un très sage polar de début de soirée sur FR3, où le Colonel Moutarde assassine Mademoiselle Rose avec un chandelier dans la cuisine.

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22 octobre 2014

The Homesman de Tommy Lee Jones - 2014

366735-the-homesman-620x0-2Tommy Lee Jones a dû entendre dire quelque part que réaliser un western aujourd'hui équivalait obligatoirement à en réaliser un désenchanté, qu'il n'y avait plus de place pour la foi dans le genre depuis que Leone et Eastwood avaient éreinté le genre. The Homesman est donc un western désenchanté, tellement privé de sève et de foi que cette impression gagne aussi peu à peu le spectateur. On regarde la chose légèrement hébété, tentant désespérément de s'accrocher à quelque chose ; mais non, Jones travaille sur l'inneffable et l'évidage, on n'aura aucun point d'appui. A force d'user le genre, il n'en reste auourd'hui plus qu'une étoffe hors d'âge. C'est comme si Tarantino et son amour du genre n'étaient pas passés par là : Jones ne croit pas en son film.

12_09_14_4_ntsIl n'y croit pas non plus en tant qu'acteur. Il réunit la bande à Clint (lui-même, donc, Hilary Swank, Meryl Streep), et croit que ça suffira. Mais, très mauvais directeur d'acteurs, il mène ceux-ci au plus simple, leur confiant des rôles caricaturaux. Swank en tête, qui est en charge d'interpréter une vieille fille en manque d'homme, et qui est envoyée à travers le Far-West hostile pour convoyer des folles jusqu'à un asile lointain. Elle n'a jamais été aussi laidement regardée, et il s'avère que l'idée d'en faire une sorte de cow-boy fragile et féminin est une fausse bonne idée : elle n'a aucune marge de manoeuvre, et n'a à jouer que des bribes de situations convenues. Le film est complètement dépourvu d'évènements. On nous fait croire que le danger rôde partout, mais il ne se passera pratiquement rien, sauf tout ce qu'on attend (la fugue d'une des folles, le contact ardu avec les Indiens, l'amour naissant entre l'héroïne et ce vieuxthe-homesmanbriscard revenu de tout censé l'escorter, etc.) C'est vrai qu'il y a un coup de théâtre aux deux tiers qui surprend un peu, et qu'on apprécie les très rares moments un peu plus dynamiques (une bagarre assez bien filmée). Mais pour le reste, on s'ennuie comme un rat mort, sans même la consolation de voir de beaux paysages : Jones n'a aucun sens de l'espace, croit qu'il suffit de cadrer des ciels pour faire du John Ford, et nous perd complètement dans ce territoire ; le paysage aurait pourtant dû constituer l'intérêt de la chose, celui à qui on appartient, celui qu'on traverse, celui vers lequel on va. Jones ne voit pas ça, tout comme il n'a pas vu ce qui faisait la grandeur de son mentor Clint Eastwood. Complètement raté, quoi.

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20 octobre 2014

LIVRE : Philippe Djian en marges de David Desvérité - 2014

DjianVoici la première vraie bio quasi-complète (elle s'arrête à "Oh...") de notre maître à penser à tous, Philippe Djian, celui qui changeât jadis la vie de votre serviteur (et je ne crois pas trop m'avancer en ajoutant que celle du Shang a dû vaciller aussi sur ses bases à ce moment-là) avant de se fourvoyer dans les années 95 pour revenir plus ou moins en forme depuis quelques romans. David Desvérité devait avoir en gros la vingtaine à l'époque des premiers Djian, c'est l'âge idéal pour aborder l'oeuvre et la vie du sieur. Avec une admiration totale, qu'il ne dissimule jamais, il re-raconte par le menu ce que c'était que de tomber sur un machin comme Zone Erogène il y a 30 ans, et parvient joliment à retrouver et transmettre ce sentiment. On a l'impression, à lire sa bio, et pour peu qu'on ait lu le sieur à cette époque, de rencontrer un pote, et que Philippe Djian en marges a tout du livre générationnel : comme Desvérité, on a vibré aux mêmes endroits, on a erré dans les mêmes coins pour retrouver le fantôme du gars (Gruissan et Biarritz, c'est Djian pour nous), on a été déçus au même moment (Sotos...), on a disséqué les mêmes chansons. Ce parcours de vie, finalement, est un peu celui de la nôtre, gloire à l'auteur.

Avec des mots simples, avec méthode, sagement chronologiquement, sans déborder, le livre retrace cette vie somme toute très simple, ce caractère moins complexe que la légende le dit. Il parvient à mettre des mots sur ce que Djian a tenté d'insuffler dans la littérature française sclérosée de l'époque, en replaçant les romans dans leur contexte, en scrutant le style (parfois plein de coquetteries), en proposant différentes lectures de la chose. On découvre par exemple une vision très surprenante de Djian sur 37°2 le matin, qui explique pourquoi il estime que Beineix n'a pas compris son roman. On traverse aussi les malentendus qui ont créé une légende fausse d'écrivain-rockeur, les difficultés à se dépétrer du succès de 37°2 le matin, le chaos du changement d'éditeur, et (dans le dernier tiers, pas exempt d'une certaine tristesse) en quoi Djian a fini par mettre un peu d'eau dans son vin dans la dernière partie de sa carrière, notamment au niveau des médias : Desvérité dit sans le dire le train-train un peu bourgeois avec lequel le gars sort régulièrement ses 200 pages depuis quelques temps, soupire un peu sur le côté dispendieux de son idole (Djian dépense son fric...), lève un sourcil devant les apparitions télévisées ou scéniques (avec Eicher) du gars, évacue vite fait le prix Interrallié, et est beaucoup moins disert sur les derniers romans que sur les premiers. Il a bien raison. Ces réserves, presque amusantes tant elles sont feutrées, n'empêchent pas cette biographie d'être une véritable déclaration d'amour à Djian, qu'on suit presque jour par jour. On apprend notamment beaucoup de choses sur son enfance et ses boulots "pré-écriture", sur son obsession du déménagement et sur sa vie de famille (on pourrait s'en foutre, mais la famille est un thème si récurrent chez lui depuis Lent dehors qu'on ne peut que féliciter Desvérité d'être entré ainsi dans le foyer Djian, pour montrer son rapport avec ses ados, par exemple), sur ses amitiés et son éternelle haine de la littérature normée type Académie française, sur sa méthode de travail, sur cette inlassable passion pour les écrivains américains, sur sa recherche constante de la musicalité de la phrase au mépris de la trame, pour le pire ou pour le meilleur. En gros, disons-le, ce livre fait à peu près le tour de son sujet : il y manque peut-être juste un appareil critique un peu plus élaboré, une plus grande mise à distance par rapport à l'admiration qu'il lui voue. Mais le gars a réuni plein de documents et de témoignages précieux, et on finit la chose en se disant que, "malgré qu'on en a" comme dirait le Djian lui-même, on a bien raison de penser que celui-ci est un auteur important. Il suffit, pour finir de s'en convaincre, de lire la belle préface de Despentes, témoin du nombre d'écrivains qui sont nés sous l'influence de Djian. Passionnant et touchant.

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19 octobre 2014

Si nos Maris s'amusent (The Cradle Snatchers) (1927) de Howard Hawks

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Même s'il y a un "petit trou" au  milieu du film (25 minutes de perdues, 45 de retrouvées...), cette comédie hawksienne reste ma foi assez plaisante. On pourrait traduire aujourd'hui Cradle Snatchers par couguars, au féminin, et par sugar daddies (ou tout simplement "hommes"...) au masculin. Le point départ est plutôt rigolo : trois maris entre deux âges laissent leurs femmes entre deux âges pour sortir avec des poulettes (the oldest story of the world, hum). Les femmes se rebellent et décident de "louer" trois jeunes hommes (l'un d'eux étant le propre petit copain de la fille d'une des mères, prêt à marcher dans la combine) pour donner une petite leçon aux maris respectifs - ces derniers, de retour d'une nuit chaude (enfin, on devine... la bobine manquant alors...), interrompent ladite fiesta et découvrent le pot-aux-roses. Scandale et... splendide décision finale de la gent féminine - Hawks serait-il un pur féministe en herbe ?   

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Ce qu'il y a de drôle, c'est surtout l'extrême "dramaturgie" des jeunes gens lorsqu'ils doivent séduire une jeune femme... ou impressionner pour ne pas dire draguer les mothers : entre le gars qui se la joue espagnol (pour une raison qui nous échappe un poil) pour faire fondre sa "loueuse" (il faut la voir revenir du balcon avec ses deux chaussures à la main (...!?) toute émoustillée - la plus vieille, qui veut y mettre de l'ordre - elle sent que la blague dégénère -, reviendra du balcon plus dépeignée qu'une fouine au réveil) et le Viking - un garçon très timide sauf après deux verres - qui pourchasse littéralement sa proie (effarouchée), on a droit à quelques situations gaguesques sympathiques. On apprécie chez Hawks ce sens du rythme (même si au départ, pour la présentation des personnages, les cartons sont un peu envahissants), du montage (le joli parallèle entre la fille qui embrasse son ptit copain et la mère délaissée qui pleure sur le lit - la fatalité de l'amour ?) et de la mise en scène - notamment lors de cette fameuse soirée entre les 3 jeunes et les 3 couguars ; il y a également une poignée de scènes, lorsqu'une jeune fille puis ensuite deux jeunes gens courent dans l'immense maison, assez impressionnantes (un mix entre caméra portée et  travelling (avant et arrière) !!) : l'image tremblote sa mère mais l'effet de speed est réussi. Une bonne petite comédie hawksienne, certes amputée, mais qu'il est bon d'avoir exhumé pour montrer que, dès le départ - il s'agit de son troisième film -, le Hawks avait un sens évident du tempo, de l'efficacité.   

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I used to be darker (2013) de Matthew Porterfield

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I used to be darker sent le ptit film indie à plein nez et en met en effet plein les narines à ce niveau-là : un scénar avec des trucs trop embêtants pour ne pas dire moches - des parents qui divorcent, une jeune fille de 19 ans qui tombent enceinte -, des adolescentes ultra languides qui se cherchent, une impression générale de banalité et de "naturalisme" qui confine à l'anecdotique... Bon, vous allez peut-être trouver que je charge d'entrer de jeu un peu la mule. Certes, d'autant que le film, malgré ces maudits tics indie, est loin d'être aussi désagréable que cela : tout d'abord il y a Adèle Exarchopoulos (ok, un rôle de 3 secondes lors des toutes premières scènes mais cela suffit, dès le départ, à mettre une petite étincelle : eho Adèle, t'es parti aux States, ça va, tu t'es bien remise de ta rupture avec l'autre aux cheveux bleux ? - on a forcément beaucoup de compassion pour notre Adèle même si on sort totalement du sujet) ; ensuite, le film, grâce à Dieu, n'est pas bavard : et ça franchement c'est ô combien appréciable. On aura tout juste droit à une petite explication entre nos deux jeunes divorcés (sans hystérie ni composition d'acteur qui se pète la voix, ouf). De même, lorsque les deux jeunes filles échangent quelques paroles, ce n'est pas pour nous faire croire qu'elles ont déjà lu tout Kant et Nietszche et nous faire sentir, à nous, vieux con du siècle dernier, qu'elles ont tout compris de la vie, tu vois. Enfin, l'ensemble est truffé de petites ballades folk (ah ben oui, qui dit film indie, dit guitare sèche les amis ; allez, je suis mauvaise langue, il y a un morceau de guitare "lourde" : des ptits jeunes qui essaie de faire du Nirvana énervé - c'est bien d'essayer tant qu'on est jeune), des ballades folks, disais-je, qui constituent de jolies petites pauses musicales aux paroles lourdes de sens - l'entêtant refrain d'"American Child".

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Porterfield, même s'il ne fait pas preuve d'une inspiration démoniaque pour nous conter les petits travers de la vie (le guitariste un peu drunk qui kiss la jeune fille not really farouche ; la fifille, grande ado, qui préfère son pôpa à sa môman pasque - en plus celle-ci s'est tirée avec la poêle à gauffre, le truc le plus dégueulasse que j'ai vu depuis la dernière décapitation des types en noir), fait tout de même preuve d'indéniables qualités au niveau de la mise en scène et du montage : le film possède une fluidité, une légèreté qui fait que malgré le fond parfois un peu pesant (les multiples petites prises de bec), on a jamais l'impression que le pessimisme, la noirceur va finir par régner en maître dans cette vie moderne à la con. Sans jamais abuser de la caméra portée à l'épaule, Porterfield sait capter la démarche de grande ado un peu maladroite de son héroïne, sa fragilité, sa candeur, sa fraîcheur (les belles séquences dans la piscine quand les deux jeunes filles, complices, se mettent à nu - sens figuré, bien sûr...) alors même qu'elle vient de se prendre son premier mur en pleine tronche. Quand Porterfield (dont c'est le 3ème film tout de même) se sera totalement désundancisé peut-être que ses films pourront enfin réellement grandir. On l'espère pour lui, il y a du potentiel.

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18 octobre 2014

LIVRE : Charles Péguy dans nos lignes de Charles Pennequin - 2014

9782930440798,0-2345259Il est toujours bon de lire à intervalles réguliers un bouquin de Charles Pennequin, ne serait-ce que pour s'assurer que la langue française reste une matière vivante et charnelle qu'on peut violenter de temps en temps (l'anti-Foenkinos et Delacourt, pour faire un clin d'oeil à mon Shang qui lit tous azimuts ces jours-ci). Cette fois, l'homme met son flow heurté et logorrhéique au service d'une de ses idoles, Charles Péguy, qu'on n'attendait certes pas là. En quelques textes-poèmes, Pennequin rend hommage au poète, à ses engagements, à sa vie, à sa mort, mais surtout à son écriture, qu'il tente de définir par l'émotion, par la sensibilité plutôt que par un froid essai littéraire. La fusion des fièvres pennequienne et peguyenne accouche d'un volcan : encore une fois complètement pris dans le flot de mots et de correspondances de l'écriture du gars, on assiste bouche bée à une vraie ode à l'écriture, Pennequin parvenant à nous faire véritablement toucher du doigt la nature du style de Péguy (alors même que je n'ai pas lu cet auteur depuis mes vagues après-midi assoupies sur les bancs de la fac).

Le gars est passionné, et laisse sa langue se faire le témoin de cette passion, lui lâchant la bride pour qu'elle exprime tour à tour son amour pour le poète, sa défense de la langue, sa colère contre les a priori véhiculés par Péguy (réac ? trop catho ? poussiéreux ? tout le contraire !) ou son indignation de le voir si oublié aujourd'hui. Mine de rien, à travers ce style "de fil en aiguille", un mot en amenant un autre par un travail incessant de polissage des sons, par une sorte de sample infini qui fait s'enchasser les phrases les unes dans les autres, Pennequin donne des indications biographiques, stylistiques, factuelles, tout en rendant compte de ce qui fait la beauté de cette écriture (sans jamais citer un mot de Péguy, d'ailleurs). Mais avant tout, c'est une nouvelle fois un profond autoportrait, torturé, indigné, souvent drôle pourtant, rendu d'autant plus troublant qu'il semble avoir trouvé dans Péguy un frère d'armes, un alter-ego, un vrai camarade d'écriture. Réhabilitation d'un grand poète par un autre : c'est beau.

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17 octobre 2014

The Human Centipede (First sequence) de Tom Six - 2009

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Tom Six (le fils de Tom Five ?) apporte un peu de fraîcheur et de bon goût dans le panorama parfois un peu déviant du cinéma néerlandais, et c'est tant mieux. Réalisant a priori un film d'adolescent à la découverte du sexe, il ose en fait, habilement, un pamphlet politique profond sur la mondialisation et l'uniformisation des goûts. Chapeau l'artiste. Voici donc l'histoire d'un médecin allemand à la retraite, jadis spécialiste de la séparation des siamois, désormais désoeuvré mais très au point sur le rictus nazi et l'accent plein de ß. Deux jeunes Américaines qui ont crevé un pneu dans le voisinage viennent frapper à sa porte pour avoir une serviette et un verre d'eau, ainsi qu'un Japonais (j'ai oublié d'où il venait, lui). Notre doc, toujours aussi vif d'esprit, décide de tenter une désopilante expérience : souder ensemble nos trois amis, la bouche de l'un greffée à l'anus de l'autre, pour créer un mille-patte humain à l'utilité indéniable. C'est une bonne idée, et le docteur, tout en ricanant comme ça : iarr iarr iarr, charcute du cul jusqu'au succès. Ensuite c'est les scènes habituelles, déjà vues chez Lelouch par exemple : vas-y que je défèque dans ta bouche parce que tu es soudée comment veux-tu, vas-y que je suinte de la bouche parce que la greffe a mal pris, on connaît la chanson. En tout cas, nos trois camarades ont l'air de peu goûter l'expérience, et il faudra l'intervention d'un couple de flics issus d'un Fassbinder sous amphète pour les sortir de ce sac de noeuds... ou pas, la dernière image, qu'on peut qualifier de ballotte, laissant penser que l'échec de l'expérience médicale est avéré.

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Le sexe adolescent, disais-je, puisque les acteurs sont contraints de jouer la tête dans le cul de l'autre. Celle du milieu, une bombasse, a le beau rôle, puisqu'elle est enfouie dans le cul du Japonais et a sa copine américaine (une bombasse) collée au sien. Une belle mort, finalement. Ensemble, par l'expérience et parfois avec brutalité (le docteur est sévère, juste mais sévère), ils vont découvrir l'osmose de groupe, et surtout que si le gars en tête de cortège mange, celle en fin n'écope que de restes peu engageants. Mais surtout Six jongle très habilement avec les nationalités de chacun, déclenchant de troublantes questions : pourquoi avoir mis le Jap devant, alors que le docte professeur ne parle pas un mot de japonais ? Comment se fait-il qu'il comprenne pourtant parfaitement les mots (peu amènes) que lui adresse celui-ci ("salaud de Boche", ce genre de choses) ? Deux bombes et un Jap, moi franchement j'aurais mis le gars au milieu, vous me voyez venir. En tout cas, le docteur réalise un fantasme de mondialisation, et produit un animal grâcieux fait de plusieurs cultures qui fait plaisir à voir.

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Le jeu subtil des comédiens, notamment du docteur qui fait penser à Klaus Kinski mais en beaucoup plus excessif, ajoute au charme délicieux de ce film. On aurait bien vu, par exemple, Romy Schneider dans le rôle de la queue de mille-pattes : le rôle est complexe, laissant beaucoup de place à l'actrice pour exprimer les nuances de son désarroi (cf photo 3). Et puis, même soudées au cul de l'autre, les comédiennes gardent une coiffure et un maquillage impeccables, c'est du respect, ça. La photo, sorte d'image vidéo en 2D d'un marron vinaigre, et la mise en scène (magnifiques plans larges, forcément) finissent de convaincre : on tient là notre nouveau Claude Sautet. Espérons maintenant que la suite (réalisée par Tom Seven ?) saura garder cette tenue irréprochable dans les dialogues et la direction d'acteurs.

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Edge of Tomorrow (2014) de Doug Liman

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Comment ça, Shangols n'aurait pas le droit de se mater de gros blockbusters qui tâchent ? Allons donc. Ce n'est pas la première fois mais peut-être la dernière, par exemple (je dis ça, je finis toujours par succomber à la facilité... N'écouterais-je point le prochain Marillion quitte à faire une moue dépitée pendant deux heures ? Si, again and again). Bref, c'est Doug Liman à la barre, hein, et Tom Cruise sur le pont. Ce premier filme les scènes d'action comme ma grand-mère faisait cuire les pâtes : c'est impossible de rater la chose systématiquement et pourtant... (c'est pas le fait de mettre 3000 plans en une seconde qui donne du rythme, ça donne juste envie de se remettre des gouttes dans les yeux - je dis ça, je dis rien). Le second est pour sa part toujours aussi expressif : soit Tom Cruise ne bouge pas un des muscles du visage (et il y en a 60, cela reste une performance), soit il en bouge deux - lorsqu'il nous fait grâce de son fameux rictus pince sans rire (c'est souvent quand ce qu'il dit est drôle). Ce type me fait penser au musée Grévin dans sa totalité. Bon attaquons-nous au scénario : un type est embarqué malgré lui dans une guerre mondiale (enculés de Mimics qui ont même attaqué la France et sauvé, d'une certaine façon, François Hollande avant la fin de son mandat), meurt sur le champ de bataille... et recommence la même journée. Oh je l'ai déjà vu, avais-je envie de lancer comme quand j'étais petit. L'idée n'est pas originale mais peut être drôle - le comique est du répétitif plaqué sur du vivant, remember ? Et c'est drôle une ou deux fois - comment vous savez que je dois prendre trois sucres ? Tu me fatigues Emily. Oui, l'héroïne est interprée par Emily Blunt aussi fadasse qu'Enora Malagré mais moins vulgaire quand même. Les deux font la paire pour s'attaquer au grand cerveau des Mimics (Bourvil ? Soyez sérieux deux minutes sinon j'arrête) qui a pris possession du Louvre (!... Ils ont de l'imagination ces Américains... Et pourquoi pas d'un centre culturel aux Comores, hein ? Je sais, je m'énerve dans le vide). Je ne vous dis pas la fin du bazar mais juste quand on croyait que tout était mort, ohoh, re-open your eyes, you won't be disappointed. A part l'idée (pas vraiment maline) de cette guerre aux allures de jeu video (putain il ne me reste que 34 vies), on se demande vraiment s'il y a un fond... Au fond du trou, justement, on trouve le cerveau de la créature... Le blockbuster de trop ? Nan, tu verras le prochain Marillion devrait être pas mal, il y a un morceau de 65 minutes. Pffff... Edge of my ass, oui.

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LIVRE : Charlotte de David Foenkinos - 2014

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David Foenkinos, que je ne connaissais point jusqu'alors, s'attaque (sous forme de poème en prose, on y revient) à la vie de l'artiste Charlotte Salomon que je ne connaissais guère. L'intérêt principal de ce récit qui se lit rapidement est principalement de nous faire (re)découvrir la vie tumultueuse de cette femme et de cette famille de suicidaires - mais "les suicides allemands" aurait été un titre de mauvais goût, surtout dans le contexte actuel... Les amateurs de tragédie seront servis. Les amateurs de littérature le seront surement un peu moins : l'écriture de Foenkinos est terriblement descriptive (il semble vouloir botter en touche toute part de psychologie, et pire, toute part de mystère - comme si le gars voulait absolument montrer qu'il avait bien bossé pour faire son enquête, ne voulant rien laisser au hasard). La forme originale (ce poème en prose), qui a des allures de litanie, d'hommage, était au départ intéressante en soi. Le problème c'est que le style (et le vocabulaire) de Foenkinos est affreusement plat : tenter de jouer sur les sonorités ou sur le rythme ne semble jamais le tenter et la bonne idée de départ semble finalement être un peu vaine. Pire, lorsque l'auteur intervient lui-même (cette manie récurrente (Beigbeder, sors de ce corps) de vouloir se mettre en scène dans son oeuvre, sans que cela représente un quelconque intérêt pour le lecteur - Carrère, lui, sait déjouer ces pièges en traçant des parallèles entre sa propre vie et son récit de façon beaucoup plus fine), cela casse radicalement cette forme qui s'effondre totalement le temps de quelques paragraphes inutiles. Le livre de Foenkinos a malgré tout au moins un mérite, celui d'inciter le lecteur à se plonger illico dans les peintures de Charlotte Salomon : l'on découvre alors une fermeté du trait, une explosion de couleurs qui font paraître cet ouvrage de la collection Blanche encore un peu plus terne. Au final, l'impression d'avoir lu une introduction a minima au destin de cette artiste "totale" - cette façon très particulière de lier le texte, les mots à la couleur de ses souvenirs. Juliette Binoche dans le rôle de Charlotte Salomon ?... Sait-on jamais eheh.

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LIVRE : La Ligne des Glaces d'Emmanuel Ruben - 2014

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Bien que l’on ait (surtout actuellement) une expérience aux antipodes, il y a chez Emmanuel Ruben une façon d’aborder la « vie d’expate » qui nous le rend rapidement proche. On s’amuse particulièrement lors de la première partie du roman à s’intéresser aux espoirs, aux attentes de ce Volontaire International, des attentes qui sont rapidement suivies des premières désillusions, des premiers coups de cafard… Pas question pour son héros, Samuel , de vivre « à la Française » (et surtout de de se taper tous les soirs ses collègues, ses compatriotes et leur discussion qui tourne méchamment en rond), celui-ci se mettant rapidement à arpenter les petites rues de ce mystérieux (…) pays balte, à picoler le soir dans des bars louches, à faire des rencontres plus ou moins affriolantes… S’il prend à cœur, tout du moins au départ,  sa « mission » (définir une improbable frontière maritime), celle-ci s’avère tellement retors qu’il ne tarde pas à se demander qu’est-ce qu’il fout dans cette région : il commence, malgré de blondes amours, à trouver le temps un peu long dans ce petit pays aux confins de l’Europe où l’hiver dure  au moins trois ans… La seconde partie dérive quelque peu sur un questionnement plus en profondeur (mais aussi un peu moins passionnant) sur l’histoire de ce petit pays, sur les ethnies qui disparaissent progressivement ou survivent difficilement, sur les massacres (juifs) qui ont eu lieu dans un passé pas si lointain, sur l’évolution (peu reluisante) de cette nation qui fait désormais partie de l’Union européenne. Si l’on prend toujours un certain plaisir à suivre les annotations précises de notre voyageur avide de découvertes (Ruben a définitivement plus de vocabulaire que Djian… C’est la ptite pique du matin), on sent que l’ouvrage perd un peu en rythme.  Il est de moins en moins question des états d’âmes de notre exilé et de plus en plus de l’âme de cet Etat. La dernière partie, aux allures de grandes bacchanales, mêle avec un certain talent, rêve et décadence, tradition et ultra-modernité comme un voyage merveilleux en terre inconnue, une terre inconnue qui se trouverait tout près du gouffre… On apprécie la perspicacité de ce jeune héros, partageant à la fois ses doutes, ses petits instants de gloire et sa lucidité. La petite histoire de cet étudiant en géographie tente ainsi de se mêler à la Grande et même si notre ami semble parfois un peu perdre sa voie, s’égarer en route, ce voyage littéraire vaut indéniablement  le coup - Ruben a l’œil et souvent le bon.  

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16 octobre 2014

It Tolls for Thee in Le Virginien (The Virginian) (1962) de Samuel Fuller

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Pas toujours facile à dénicher les contributions cinématographiques du gars Fuller (ces maudites odyssées qui nous font devenir des Indiana Jones du septième Graal) ! Il s’agit, mes amis, attachez-vous bien, d’un épisode de The Virginian : si pour les plus vieux ou les plus morts d’entre vous cela peut rappeler une bonne vieille série ricaine sur fond de western, pour les plus vivants, cela ne parlera guère. The Virginian se concentre sur le destin d’un homme (The Judge :  Lee J. Cobb et son regard de traviole qui donne a priori peu de foi en la justice) entouré du Virginian (James Drury)  et de 2 gaziers toujours à cheval (« 3 cowboys » sélectionnés plus en fonction de leur regard qui tue et leur physique de « beau gosse » que par rapport à leur réelle compétence artistique). Dans l’épisode que Fuller écrit et dirige - attention -, The Judge se fait kidnapper par l’ignoble Lee Marvin et ses hommes de main. The 3 cowboys partent à leur trousse ainsi qu’un certain  Sharkey (et ses hommes…  le western, une inspiration pour les gang bang ?) qui, au tout début de l’épisode, a échappé à une tentative d’assassinat de l’ignoble Marvin. J’insiste sur la présence de notre ami Marvin (les cheveux blancs en bataille, la moustache en vrac, le bronzage aux UV) qui constitue l’intérêt principal de cet épisode fullerien. Qu’il le film de dos, pour mieux faire raisonner sa voie plus grave que Zemmour, de face, menaçant ses hommes ou souriant affreusement (dans les deux cas, il est inquiétant, l’enfant), Marvin imprime la péloche, l’ignominie dégoulinant des pores de sa peau rouge. On a droit également, parmi les méchants,  à une belle petite galerie de tronches au nez boxerisé ou à la fine moustache perverse et l’on se régale de ces gros plans qui mettent en avant la difformité de leur tronche à l’égale de celle de leur âme.

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The 3 cowboys  apparaissent en comparaison bien proprets (pas étonnant que la plus longue séquence qui leur soit consacré soit une scène de douches…) et beaucoup plus lisses et fadasses que ces trois bonnes vieilles tronches inquiétantes. On sent que le gars Fuller doit respecter le cahier des charges (rien de bien virevoltant dans sa façon de filmer les paysages ou la pétarade finale dont le suspense… traîne terriblement en longueur comme pour tenir jusqu’au générique de fin) se faisant plaisir surtout dans les discussions entre l’homme droit dans ses bottes, The Judge, et le Lee, toujours bavard pour défendre les abîmes du mal - pour bien prouver au juge que sa conception du bien est vaine, Marvin et son homme du main lui balancent parfois des beignes, juste pour le plaisir : hein, et alors, que se passe-t-il, personne nous punit ? Ohoho. The Judge ronge son frein sachant bien que ses hommes finiront par le tirer de ce mauvais pas. Un happy end attendu vu le format de la chose…The Virginian signé Fuller, cela fait aussi bien dans son salon qu’une assiette signée Ducasse (le parallèle ne s’impose pas immédiatement, j’en conviens). 

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La Dame de Musashino (Musashino fujin) de Kenji Mizoguchi - 1951

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Dommage que Mizoguchi ait choisi de privilégier les dialogues au détriment du silence dans ce film : on sent qu'il aurait pu être très grand, mais beaucoup trop bavard, il passe un peu à côté de sa puissance. Pourtant, dans les premiers plans, on pense qu'on va avoir à faire à un Mizo à son meilleur : un couple qui fuit une ville bombardée au loin, un autre vieillissant qui l'attend à la campagne, les deux se retrouvent, quelques lignes de dialogue et tout est planté en quelques secondes : une jeune femme, Michiko, a épousé le mauvais homme, profiteur, vénal et infidèle. Pas besoin de plus de quelques secondes pour imposer avec beauté un personnage fort. On apprend peu à peu que la voisine est elle aussi en manque d'affection, qu'il y a un cousin charmant qui rôde autour de Michiko, et on se doute bien que ce ballet sentimental va mal tourner. Tout ça se déroule sur fond d'après-guerre, où Tokyo tente de se redresser de ses ruines.

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Malheureusement, après ces belles scènes d'exposition, le film s'enferme pendant sa majeure partie dans des scènes longuettes, remplies de dialogues, dans lesquelles Mizo ne parvient pas à trouver une façon visuelle de traduire les émois amoureux de ses personnages. Mise en scène un peu fade, pour tout dire, de cette histoire qui vire au vaudeville sans conséquence, où on se promène le long des jolis sentiers et des rivières en ne se disant pas qu'on s'aime pour mieux se le dire, où on se frôle la main pour exprimer sa passion, et où on enterre sous les mots le moindre sentiment. Le fond de la trame est mélodramatique à souhait, mais Mizogushi feutre tout ça, utilise du pastel pour mieux mettre en valeur les couleurs éclatantes cachées derrière. On y gagne en modestie, on y perd un peu en caractères ; et on se désintéresse un peu de ces tromperies, adultères et autres serments trahis.

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Tout de même, le maître réussit une très belle chose : mettre en place le parallélisme entre ce Tokyo torturé, en ruines, qui peu à peu reprend vie et s'étend jusque dans la banlieue, et les sentiments de ses personnages. Le Musashino du titre est en fait une province de Tokyo, mais dans son élan de reconstruction la grande ville vient peu à peu empiéter sur ce territoire. Et avec elle la gabegie de la civilisation. Mizoguchi pointe du doigt les déviances draînées par l'arrivée de la civilisation moderne : Mishiko est de la vieille école, celle des sentiments nobles et de l'amour éternel ; son mari ou sa voisine ont, eux, été bouffés par Tokyo, et s'abandonnent à la trahison et au cynisme. Ca pourrait paraître manichéen, mais Mizo parvient aussi, à de nombreuses reprises, à montrer les bienfaits de la modernité, et ridiculise même un peu les atavismes des anciens. C'est donc très subtil, mesuré et intelligent comme tout. La fin est touchante à souhait, avec cette femme représentant l'ancien monde qui s'éteint, et ce fabuleux travelling sur Tokyo qui approche, et cette musique (d'ailleurs pas du tout niponisante, très belle) qui dope le tout. Un beau film, au début et à la fin.

mise sur Mizo : clique

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15 octobre 2014

LIVRE : Ecoute le Chant du Vent de Haruki Murakami - 1979

big_fr_135575_haruki-murakami-ecoute-le-chant-du-vent_1383869611_24985Toute première œuvre de Murakami et premier volet de la fameuse trilogie du rat (suivront Pinball 1973 (sur ma table de chevet virtuelle) et La Course au Mouton sauvage - et éventuellement Danse, danse, danse…). Il y a dans ce premier jet un peu bancal - on passe d’un chapitre à un autre sans toujours repérer le fil rouge du bazar - déjà un petit ton murakamiesque (oui, on ne peut s’empêcher de voir ici ou là des traces de l’œuvre à venir) : ainsi ces dialogues assez légers entre un jeune homme et une jeune femme (deux cœurs solitaires qui ont peur de s’imposer dans la vie de l’autre), cette franche amitié entre deux jeunes hommes scellée à grands coups de bière (ça picole et ça fume sec…), ces digressions (l’histoire spatio-temporelle sur Mars…) et ces comparaisons, ces évocations systématiques (Murakami semble obsédé par les éléphants et Kennedy…) quelque peu farfelues. Le fil narratif est par trop décousu, disais-je, pour qu’on s’immerge totalement dans l’univers murakamien ; on apprécie déjà chez le gars ce regard plein de naïveté (on est jamais loin de Salinger… « où est passé le doigt broyé dans le moteur de l’aspirateur de la jeune fille ? » semblant faire écho à la disparition de certains canards en hiver à Central Park…), ces petites envolées sans prétention sur le sens (ou le non-sens) de la vie, cette passion pour la musique ricaine (California Dreaaaaaam) et le base-ball, ces événements tragicomiqes (l’accident de voiture, le corps de cette jeune femme sans vie ramassée dans un bar et le petit matin qui s’en suit… lorsqu’elle se retrouve nue avec notre héros). Aux origines de Murakami quand il tâtonnait encore…

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14 octobre 2014

Tomorrow I'll wake up and scald myself with Tea (Zítra vstanu a oparím se cajem) (1977) de Jindrich Polák

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Après Ikarie XB 1, le tchèque Polák nous offre un nouveau film de S.F. quelque peu starbé. Il est question de voyages spatio-temporels, de bombe H, d’Adolf Hitler et de jumeaux… Le résultat est un joyeux bordel avec des êtres qui ne cessent d’aller et venir dans le temps, devant constamment faire face à leur double - quand vous allez dans le passé, vous croisez votre double plus jeune, quand vous retournez dans le futur en arrivant quelques minutes avant votre départ original, vous recroisez votre moi (si vous avez en plus un frère jumeau, cela part forcément terriblement en vrille). En ce qui concerne la trame, accrochez-vous : une poignée d’hommes fidèles à Hitler décide de remonter dans le temps (il est possible, dans ce futur tchèque de voyager dans le temps à la coule : on peut ainsi revenir aux temps de Cléopâtre, de Waterloo ou de la prise de Bastille (la promo du mois…)) et de lui filer un coup de main dans son bunker, le 8 décembre 1944, en lui fournissant une bombe H miniaturisée - jusque-là ok. Le problème c’est que le pilote de ce voyage dans le temps, leur complice,  meurt le matin même de l’expédition (en s’étouffant avec son petit-dèj, une mort con) : son frère jumeau  prend sa place dans la vie (dans l’espoir de lui ravir sa gonzesse) et se lance dans cette expédition sans vraiment savoir de quoi il retourne. Non seulement, ils vont arriver… en décembre 1941 (Hitler est alors en pleine bourre) mais le « faux-frère » va également n’avoir de cesse d’essayer de contrecarrer ce plan pro-nazi - il est en effet beaucoup moins couillon que son frère…

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On ne cesse d’être trimballé entre bonne vieille comédie tchèquouillarde (les imbroglios dus à ces deux jumeaux antagonistes : un pro-nazi machiste vs un pacifiste puceau), romance (le frère rescapé qui doit se coltiner toutes les ex de son frère, pour le meilleur et pour le pire) et drame historique (un Hitler en grande forme, colérique et guère mesuré, qui n’en croit pas ses yeux (sa mèche en tangue) quand on lui montre (grâce à un vidéo-projecteur miniaturisé - Polák est un sacré visionnaire…) sa future déroute). Le gros plan sur son regard effrayé vaut le détour, comme s’il prenait (enfin) conscience un jour du désastre de ses actes pour l’Allemagne… Au niveau esthétique, on sent que le gars Polák n’avait pas plus de moyen que Jacques Martin pour nous faire croire à l’existence de cette capsule spatio-temporelle mais il s’en sort tout de même avec les honneurs dans la « re-création » de ce bunker nazi plus vrai que nature - on a vraiment l’impression que nos héros font irruption dans l’Histoire… L’histoire, elle, la petite, part définitivement en cacahuète quand le frère décide de sauver son jumeau, revient dans le futur avant l’acte fatal - mais ne parvient pas à le sauver -, repart dans le passé et revient une seconde fois dans le futur avant la mort de son frère… mais le sort semble s’acharner pour rendre ce sauvetage impossible. On ne peut pas reprocher à Polák de ne pas faire dans l’originalité et le farfelu. Il est juste un peu dommage que l’aspect « historique » soit un peu sacrifié, Polák préférant s’attacher aux petits problèmes sentimentaux de son héros : le ressort comique fonctionne souvent mais du même coup le « fond » reste malheureusement un peu à la traîne. Culte malgré tout - ben oui, c’est tchèque (avec son lot de bombasses en prime...)

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LIVRE : Troisièmes Noces (Het derde huwelijk) de Tom Lanoye - 2014

9782729121143,0-2265291Les textes de Tom Lanoye m'ont toujours eu aux points, jamais par K.O., mais ma foi ça fait partie du mérite de ses livres de vous charmer petit à petit, par touches discrètes. Que dire alors de ce lourdaud Troisièmes Noces qui, à force de lorgner vers les têtes de gondole des librairies, se fourvoie dans un style grossier et des psychologies à deux sous ? Ben disons qu'il est raté, non ?

Un homo vieillissant et veuf se voit proposer moyennant finances d'épouser une jeune Africaine en mariage blanc ; il l'hébergera six mois histoire de lui obtenir des papiers, puis divorce et remariage avec le commanditaire de la chose. Bien. On se doute bien, vues les 350 pages, que ça ne va pas se passer tout seul, et le fait est. Il y a les visites insistantes des inspecteurs, il y a la présence fantomatique d'un troisième larron inattendu, et il y a surtout les rapports de plus en plus ténus entre l'immigrée têtue et l'inconsolable héros du roman. Le roman nous propose moult aventures et rebondissements dans un intrigue qui se veut à la fois drôle, amère et grinçante : le narrateur, particulièrement antipathique, est un réac ordinaire, cynique et désabusé, rempli de clichés sur les femmes, noires en particulier ; elle est forcément une beauté pure au caractère de chiottes, qui l'amènera jusqu'à l'illégalité (héberger un autre sans-papier ou se fritter avec une bande de jeunes dans le tramway).

On n'y croit pas une seconde, le postulat de départ étant déjà complètement improbable : qui irait confier sa future femme à un type si revenu de tout ? Le reste est dans la même veine, et si on retrouve parfois le Lanoye qu'on aime dans certains passages (les pages sur son ex petit ami, ou les descriptions crues des passes dans les jardins publics), l'ensemble est si ouvertement "fait pour rigoler" qu'on ne cesse de soupirer. Très au-dessus de ses personnages, pathétiques et caricaturaux à l'exception du héros-narrateur-auteur, Lanoye nous livre sa vision pauvrette de la société en crise actuelle, mais finit par accumuler les poncifs de bistrot de province. Où sont passées les subtilités de ses écrits biographiques, la finesse et la saine franchise de ses jolis récits ? Ici c'est pas drôle et mal écrit. Mais que s'est-il passé ?

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13 octobre 2014

LIVRE : On ne voyait que le Bonheur de Grégoire Delacourt - 2014

9782709647465-GEncore un ouvrage, en cette rentrée française décidément peu optimiste, qui dresse le portrait d'un homme apparemment "bien sous tout rapport", marié, deux enfants... et qui finit par péter un gros gros plomb - et cela reste d'ailleurs un doux euphémisme (acheter un flingue pour tirer à bout portant sur l'un de ses enfants endormi, avouez que c'est tout de même extrême). Oui notre gars Antoine va voir sa vie totalement dérailler et, sous la pression, va finir par perdre le contrôle... Une jeune soeur qui meurt dans son sommeil, une mère qui se fait la malle, un père peu démonstratif, une femme qui "hésite" à l'aimer, le trompe, se barre, un licenciement soudain, un enfoiré de plombier qui facture un service les yeux de la tête... c'est l'escalade, ou plutôt la dégringolade... Le ton assez enjoué et rigolo des premiers (courts) chapitres (ça se lit "à la volée" : on peut aisément lire un chapitre entre deux stations de métro, dirais-je, à vue de nez...) fait progressivement place à une certaine noirceur alors que les emmerdes s'accumulent. Notre gars gamberge, ne sait plus trop sur qui, sur quoi rejeter la faute et boum... Notre homme, dans la seconde partie tentera de refaire sa vie au Mexique (retour aux choses simples, à la base - on connaît la musique) pendant que son adolescente de fille (qui survit à cette balle tirée dans le gras (...) de la joue...) tente de réapprendre à vivre... Le pardon est-il possible, point d'interrogation.

Le style du gars Grégoire est alerte, vif, il sait placer ici ou là de petites références comiques qui font mouche (ça ne mange pas de pain, oui c'est agréable, sans prétention), avant qu'une terrible chape de plomb s'abatte sur le coin du nez de notre homme - maudite société - trop bon, trop con -, maudits parents aveugles, maudite femme libertaire, maudit monde... On sent qu'il s'agit d'un (léger) petit ouvrage dans l'air du temps alors même que les coutures humanistes de notre bonne vieille société française craquent de toutes parts. Delacourt a le sens du rythme à défaut d'avoir le sens du lyrisme, dessine des personnages à la psychologie relativement basique pour toucher (semble-t-il) le plus grand nombre et son ouvrage, parfois drôle, parfois un peu répétitif et simpliste, se lit avec une certaine bienveillance. Maudit bonheur.

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12 octobre 2014

Memento Mori (1992) de Jack Clayton

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Dernière oeuvre (télévisuelle) du grand Jacques Clayton qui décide d’adapter un célèbre roman de Muriel Spark. Il retrouve le fidèle Georges Delerue au niveau de la bande originale (du travail de velours, comme d’hab) et dirige une armada de vieux acteur anglais de haute volée (Maggie Smith, Michael Hordern, Renée Asherson, Stephanie Cole, Thora Hird...). Nous sommes dans les fifties et faisons rapidement connaissance avec toute une tribu de petits vieux liés par des histoires d’amour, des relations maîtres/serviteurs ou des accointances littéraires. Le point communs entre tous, c’est qu’ils reçoivent depuis quelque temps d’étranges coups de fil, un mystérieux quidam leur annonçant d’une voix qui n’est bizarrement  jamais la même « Remember you must die / Souviens-toi que tu dois mourir »… Une déclaration aussi glaçante que celle d’un corbeau dans une œuvre de Poe qui met tout ce petit monde en émoi…

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L’on passe d’un salon l’autre, d’une maison de retraite à un hospice, découvrant peu à peu le passé (plus ou moins glorieux) de ces vieux ainsi que certains de leurs petits secrets enfouis depuis des décennies. Un enquêteur à la retraite part à la recherche de ce mystérieux « informateur » de l’au-delà qui stresse plus ou moins nos vieilles gens… Si celui-ci semble insaisissable (et pour cause…), plusieurs informations, plusieurs faits viennent pimenter le récit : on découvre un mariage caché qui refait surface au moment d’un héritage, des chantages qui traînent depuis Mathusalem, des bisbilles entre poètes… On s’amuse des vices cachés de certains (le type qui fantasme sur les bas des femmes…), de certaines révélations tardives (un vieux couple qui finit par avouer ses infidélités), on s’effraie de certains actes violents (un cambrioleur aux manières particulièrement expéditives). Chaque enterrement permet à ce petit monde de se retrouver, de s’observer, la mort de l’un d’entre eux finissant of course par donner raison à cette mystérieuse voix fataliste…

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Ambiance à la The Dead avec ce casting hors d’âge : si Clayton s’amuse de quelques effets de montage (le jolie enchaînement entre le générique d’ouverture et la première séquence :  la pendule à l’arrêt à laquelle se superpose le cadran d’un téléphone - la mort a pris possession du réseau téléphonique…), c’est surtout la direction d’acteurs qui fait l’intérêt de cette nouvelle : qu’ils soient « lèvres pincées », qu’ils jubilent, qu’ils grognent (le vieux voyeur, excellent) ou qu’ils balancent, on sent que ces petits vieux ont un pied dans la tombe mais pas encore leur langue. On est, la plupart du temps, dans des scènes d’intérieur assez oppressantes, anxiogènes comme si l’air commençait à manquer à ces personnages at the end of the road. L’ombre de la mort plane, mais la truculence des personnages et des petites piques qui s’envoient font malgré tout de ce memento mori une sorte de joyeux moment sous respiration artificielle… Clayton adapte Spark et trouve l’étincelle.

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La Bataille de la Villa Fiorita (The Battle of the Villa Fiorita) (1965) de Delmer Daves

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Ultime oeuvre du gars Delmer qui prouve qu'il en avait encore sous la semelle en fin de carrière. Certes, le début du film nous fait un peu craindre le pire : une femme entre deux âges comme on dit poliment (Maureen O'Hara) vit dans une grandiose résidence en Angleterre et quitte son mari et ses enfants pour suivre un pianiste italien (Rossano Brazzi, ma) dans une somptueuse résidence en Italie. La musique inspirée de Mischa Spoliansky est romantique à mort et l'on a bien peur d'assister pendant deux heures à un film terriblement cheesy... et un peu creux car il est bien connu que deux amoureux (surtout arrivés à cet âge de la disons, euh, sagesse...) n'ont généralement pas grand-chose à se dire (ils se regardent, s'embrassent, se comprennent à demi-mot... à peine de quoi faire un court-métrage). Ca sent les fleurs qui embaument à tous les étages et le pognon dans tous les coins, on sent que Daves n'est pas produit par le PCF français...

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Heureusement, heureusement, il y a les enfants... On ne sentait pas vraiment le coup venir mais ce sont eux qui vont mettre un peu de piment à cette love story a priori trop simple pour être intéressante. Les deux gamins de la Maureen vont décider comme des grands de traverser la France pour aller la rejoindre et vont s'allier à la très jolie et terriblement précieuse gamine (Olivia Hussey dont ce fut le début d'une longue carrière... euh molle... à part le Roméo et Juliette de Zeffirelli, on ne peut pas dire que ce fut énorme au niveaux des choix...) du gars Rossano (qui est veuf, lui) pour faire exploser cette liaison. Vaste programme, c'est la fameuse bataille du titre - si vous vous attendiez à un film de guerre, vous pouvez déjà plier votre barda. Le voyage jusqu'en Italie est déjà épique en soi (de jeunes gens on the road, c'est toujours truculent - on apprend ainsi que les Français mangent dans le train des poulets entiers et fument comme des pompiers - surtout les vieilles dames, pouah). Le combat qui s'engage s'annonce lui assez corsé : certes les deux gamines ont l'air particuliérement obstiné mais le gars Rossano ne semble pas du genre à s'emmerder longtemps avec deux chieuses. Elles se lancent dans une grève de la faim histoire d'user les nerfs des deux adultes et le moins qu'on puisse dire... c'est que cela marche. Nos deux lovers qui pensaient couler des jours paisible dans cette villa paradisiaque se retrouvent chaque jour préoccupés par ces deux têtes de mule qui ne cèdent pas un pouce de terrain. Il y a de la fessée en l'air mais aussi du drame quand le jeune garçon et la fille de Rossano décident de fuguer en bateau... par un jour de grand vent... Et la musique de se mettre à repartir plus lyriquement - et funestement - que jamais.

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Daves aime les beaux décors et les belles petites frimousses et on peut dire qu'il nous gâte avec ces vues sur ces baraques sorties tout droit de Modes et Travaux ou encore sur ce subime lac - c'est chiadé, l'Italie, pas de doute. Si le monde des adultes n'a pas grand intérêt (à l'image de la choucroute sur la tête de Maureen (1965 fut-elle l'année de la grève des coiffeurs ? Je dis ça...) et de son négligé bleu transparent un poil ridicule - ta mère la... ? Restons courtois, allons), les 400 coups des gamins sont un peu plus joyeux et attachants - même s'ils se la pètent drôlement pour leur âge... Une oeuvre de Daves où les enfants sont les vrais seigneurs du château, les grands animateurs et l'amouuuur risque pour une fois d’avoir bien du mal à triompher face à ces maudites petites têtes rousses et brunes. Des illusions devront tomber sur le champ de bataille ; une œuvre raffinée du gars Elmer à mettre définitivement - et en bonne place - dans la liste des films avec gosses. Daves clôt ainsi sa filmo avec une oeuvre charmante au final... assez inattendu - l'amour, les enfants, ces éternels drames, eheh, ne m'en parlez même pas...

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11 octobre 2014

LIVRE : Pour que tu ne te perdes pas dans le Quartier de Patrick Modiano - 2014

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Le Modiano nouveau est arrivé, tout auréolé de son Nobel - lors de la première conférence de presse faite par le Patrick, il a donné l'impression d'avoir reçu un coup de massue sur la tête ; entre les bribres de phrases qu'il prononçait, le type semblait vouloir comprendre de quoi on l'accusait - ou pourquoi on l'avait choisi -, lui qui n'écrivait que de petits livres personnels sans prétention... Modiano ou le Nobel de l'humilité. Et sinon ce roman ? Eh bien comme chaque année (enfin presque, c'est vrai que son précédent ouvrage, de mémoire (...), ne m'avait pas complétement tenu sous le charme), on aime à se perdre le temps de quelques pages dans le flux modianesque qui mêle avec magie enfance (perdue - mais avec collier : le titre du roman...), passage à l'acte (il s'agit bien sûr pour lui d'évoquer le premier livre qu'il a écrit : le Patou est pudique) et pente douce de la vieillesse (Modiano semble vouloir nous faire croire qu'il fait tout pour "perdre la mémoire", qu'il se rassure en sachant que ses souvenirs tiennent dans une valise dont il a perdu les clés... Mais on n'est pas dupe, on sait que l'homme marche à la nostalgie floutée comme d'autres à la cocaïne). Ayant parcouru toute l'oeuvre de Modiano, on croit tout connaître de lui, connaître les moindres recoins de sa petite enfance, les moindres actes de ses premières amours, les moindres traces de ses parents évaporés dans l'après-guerre. A chaque fois, pourtant, il réussit à nous cueillir en dévoilant un pan de ses souvenirs (imaginaires ou réels : il n'y a aucune frontière puisqu'il s'agit d'un écrivain), un pan formateur, un pan essentiel... comme tous ceux qu'il a livrés auparavant. Le personnage principal de ce roman nous fait croire qu'il doit se replonger dans son passé sous la menace (un mystérieux coup de fil suite à un carnet d'adresses perdu, un carnet qui contiendrait des informations confidentielles - bouarf, juste un nom et un ancien numéro de téléphone, "presque rien" ou plutôt, pardon, presque tout pour Modiano...) mais l'on sent bien, passé les premiers chapitres, que notre homme remonte le fil de ses pensées avec un certain plaisir, chaque phrase en amenant une autre qui en amène une autre, bref du Modiano pur jus ou l'art de nous embobiner dans ses rets littéraires. Une maison abandonnée et entourée d'arbres (comme dans un conte), en banlieue parisienne, où notre enfant est recueillie par une jeune femme, un retour sur les lieux de son enfance pour construire les chapitres de son premier roman (qui seront forcément détruits pas la suite, comme si la réalité devait finir par disparaître derrière la fiction - des (bonnes) feuilles, comme en automne, vouées à être emporté par le vent...), un simple appartement où vit dorénavant, en solitaire, notre vieil homme sous le regard solidaire d'un tremble dont la simple présence le conforte. Les racines de notre écrivain sont dorénavant profondément enfouies dans le terreau de ce passé... qui le hante, l'effraie, mais qui demeure une inépuisable source d'inspiration. Que dire, sinon, du style modianesque ? Chaque phrase est millimétrée, parfaitement pesée, équilibrée - je ne saurais mieux dire. Un mystère, un suspense qui reste en suspend, un Modiano délectable.  

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LIVRE : Chéri-Chéri de Philippe Djian - 2014

product_9782070143184_195x320Le Djian nouveau est arrivé. Et le moins qu'on puisse dire c'est que le Philou est en forme au niveau de l'humour. Je n'attends plus grand-chose du gars au niveau de l'histoire (il s'agit de la traditionnelle histoire d'un écrivain (qui se travestit la nuit par plaisir, certes, mais aussi pour arrondir les fins de mois, les temps sont durs...) qui tente de survivre entre sa bimbo de femme, sa nympho de belle-mère et son fou-furieux de beau-père : bref, un gars qui voudrait vivre paisiblement mais qui doit constamment arrondir les angles pour ne pas sombrer dans la folie douce ambiante...). Je reste tout de même sensible au rythme de l'écriture de notre bon vieux Djian (des dialogues qui fusent, quelques descriptions avec des adjectifs à rallonge qui font leur petit effet) et surtout à sa causticité légendaire. Djian c'est un peu chaque année comme un Woody (la sénilité, pardon la stérilité imaginative ne permettant plus guère de parier sur ce dernier) : on sait pertinemment qu'on n'assistera pas à un chef d'oeuvre cinématographique ou littéraire, mais on prie pour que le gars soit suffisamment bien luné pour nous sortir des vannes et des réflexions dont il a le secret. Et j'avoue que dans la première partie tout du moins, lors des échanges tendus entre Denis/Denise, notre héro(ïne)s et Paul, son beau-père plus mafieux que De Niro dans un film de genre, on a plus d'une fois le sourire aux lèvres. C'est l'éternel débat entre la brute, le truand et le type naïf et cool, c'est loin d'être original dans l'oeuvre djiannesque, mais on a l'impression, que, à l'im(âge) de son héros, le Philippe a retrouvé ses jambes et ses crochets (stylistiques) de ses quarante ans (oui, faut pas pousser non plus). Djian aime ce combat incessant du gars qui puise dans ses réserves, qui tente de faire pour le mieux (comme travesti/critique/écrivain), qui reste intègre et droit dans ses bottes contre ces sombres individus violents, incultes, vénaux, intolérants. Oui, le gars Djian tente de défendre une certaine idée du gars "juste" et pacifique dans ce monde qui suit une sale pente... Heureusement, la démonstration n'est jamais trop pesante grâce à ces petites saillies drolatiques qui arrivent à la fin d'une phrase comme un mini SCUD. Chéri-chéri se lit d'une traite, en deux-trois heures, convenant parfaitement pour sauver de la misère une journée un peu terne : avec Djian, la nuit prend soudainement des teintes rose-pêche qui n'ont pas grand-chose à voir avec la choucroute ni avec la grande littérature, certes. Mais on ne peut s'empêcher, juste avant de plonger dans un sommeil réparateur, de lui être reconnaissant pour nous avoir amusé le temps d'un cessez-le-feu a minima entre deux guerres mondiales. Chéri-Chéri vaut tout de même un peu mieux que sa couverture... un chouïa putassière.

Posté par Shangols à 10:34 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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