Shangols

28 avril 2017

LIVRE : La Vie sexuelle des Soeurs siamoises (The Sex Lives of Siamese Twins) d'Irvine Welsh - 2014

9791030701036,0-4032637Ah on n'est peut-être pas dans la grande littérature, mais faire un tour du côté de l'univers barré et excessif de Welsh peut avoir du bon parfois, ne serait-ce que pour s'assurer que la gente humaine est odieuse. Le livre est à peu près raté de tous les côtés, mais on aime quand même ça, c'est mystérieux, un peu comme se taper un film d'horreur crétin le samedi soir. On est à Miami, ville superficielle s'il en est, ville où l'apparence est capitale, et cache des caractères monstrueux. Welsh choisit comme principal protagoniste une coach sportive dont les méthodes sont assez proches de celles de Goebbels : Lucy Brennan est une intégriste de la minceur et de la bonne santé, calculant au milligramme les apports caloriques de chaque aliment, préparant des programmes de remise en forme ayant tout de la torture, baisant façon ninja des amant(e)s de passage, et macérant dans sa haine totale des "grosses" qu'elle est chargée de remettre en forme. Elle va croiser la route d'une artiste dépressive de 90 kg, et peu à peu leurs rapports vont virer à la manipulation pure et simple : le programme d'ammaigrissement est l'occasion pour Lucy d'exercer sa pression dominatrice sur ce caractère affaibli et ce corps abandonné, et elle va aller très loin dans l'assujetissment de la donzelle. Mais qui domine réellement qui dans cette histoire de possession sexuelle et de lavage de cerveau ? Au gré des aventures de plus en plus chargées des deux femmes se dessine une sombre histoire de transformation des corps, que Welsh observe façon entomologiste trash, et la fin nous laissera tout chose, notamment dans le lien fait avec l'histoire de ces soeurs siamoises attendant l'opération qui les séparera.

Les oreilles et les yeux prudes devront s'éloigner de ce roman qui pratique l'art de l'insulte et du rabaissement en véritable esthète. Le livre est une longue diatribe injurieuse exercée par la narratrice sur ses contemporains, tous envisagés comme des cibles sexuelles ou comme des loseurs en surpoids. Le choix de rester (presque) toujours dans la tête de cette malade mentale du sport était un choix risqué, et il fait des dégats : on se fatigue un peu d'assister à ce vomis verbal, Welsh n'est pas Hubert Selby, et peine à tenir la longueur sur une seule obsession. Il mèle donc, à la longue, à son récit d'autres voix, saccageant une construction simple par l'ajoût de trames nouvelles qui ne convainquent pas. Le roman est très mal construit, écrit au fil de la plume, abandonnant pas mal de pistes intéressantes (la télé-réalité notamment) pour en choisir de plus douteuses (une sombre histoire d'enlèvement, qui arrive comme un cheveu sur la soupe). Ce nihilisme forcené apparaît souvent comme une posture, on sent que le gars veut sans cesse nous rappeler qu'il a écrit Trainspotting, et ce manque de sincérité devient un peu voyant. Des longueurs, des personnages secondaires inutiles, un style répétitif, on est très loin du grand roman. Mais malgré tout ça, on se marre plus souvent qu'à son tour devant les excès de la trame, et on aime ce personnage d'artiste victime des hommes, en proie à la torture de cette coach fêlée. La Vie sexuelle des Soeurs siamoises est un livre baroque, un truc de gamin insolent, qui emmerde profondément le bon goût et la vraisemblance. On lui en sait gré, finalement. Et puis on voit bien que Welsh en dit plus long qu'il n'en dit sur la société actuelle, et qu'on peut lire dans ce livre les déviances mordernes du "tout physique", ce goût maladif pour la santé à tout prix, et cette peur terrible de vieillir et de s'enlaidir. Satisfaction, donc, pour ce roman de gare plein de bruit, de fureur et de glaviots (encore augmentés par les dizaines de fautes d'orthographe laissées par les éditions "Au Diable Vauvert", mais que fait la police ?).

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Le Bon Gros Géant (The BFG) de Steven Spielberg - 2016

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Je l'ai repoussée, la vision de ce film, je le sentais pas, un sentiment. Mais je ne m'attendais tout de même pas à tomber sur un navet. Tout est raté dans The BFG, depuis le scénario jusqu'à la technique, et de la part du mec le plus bourré de thunes imaginatif du cinéma américain, ça fait mal. On se croirait revenu aux temps funestes de Hook, sauf que le film souffre en plus d'une imagerie puérile qui lui enlève le côté douloureux et troublant du sus-cité. Bon, en gros, c'est l'histoire d'une petite fille (insupportable tête à gifles Ruby Barnhill) qui rencontre un bon gros géant gentil tout plein qui l'emmène dans son pays merveilleux où son taff consiste à attraper les rêves (... on sent venir le désastre). Mais ce monde est en fait sous la férule de géants encore plus géants et très bêtes qui ont pris notre ami comme tête de turc. Aidé par sa nouvelle et valeureuse petite copine et par la reine d'Angleterre, le gars va bouter les méchants géants hors du royaume et retrouver l'harmonie d'un pays mignon et plein de rêves (et sans Macron). Roald Dahl, l'auteur du roman originel, a dû vomir dans ses toilettes le soir où il a pondu un truc aussi sucré, que même un enfant de quatre ans trouverait kitsch. Le texte est d'ailleurs réputé inadaptable, mais à l'impossible Spielberg n'est pas tenu, et le voilà qui chausse ses gros godillots psychologiques et numériques pour nous enfoncer la tête dans le gros gâteau.

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On ne sait pas vraiment où placer notre désolation. Dans la vision de papy du monde de l'enfance, celle persuadée qu'un attrapeur de rêves fait encore sauter de joie les enfants du XXIème siècle ? Dans cette version expurgée des grandes thématiques spielbergiennes, transformant le retour à une enfance trouble en odyssée au pays d'Haribo ? Dans la parfaite laideur des effets numériques, qui lissent tous les mouvements, transforment la moindre expression d'acteur en pixel privé de toute émotion ? Dans ce choix hyper douteux de mélanger à l'écran les couleurs primaires, dans une esthétique proche du vomis ? Dans ce rythme déséquilibré, qui fait alterner des scènes longuissimes (celle, centrale, de l'attarpage de rêves, 8h02, dont 8 heures de trop) et les mini-séquences incompréhensibles ? Dans ce goût douteux pour les pets, lors d'une scène vraiment pleine de malaise de la part d'un cinéaste pourtant habitué à des choses plus subtiles ? Dans ce piétinement en bonne et due forme de tout ce qui fait la magie spielbergienne, lissée par les effets à la con, saturée de trucages jusqu'à la nausée, qui fait penser à un remake de E.T. raté ? Tout peut être accusé, et tout afflige. La seule chose à sauver dans ce marasme, ce sont les dialogues : le géant emploie un langage inventé assez astucieux (mes hommages aux auteurs des sous-titres), et on reste du coup un peu réveillé. Mais au bout de ce très long pensum, on a quand même la sale impression que The BFG est le premier navet intégral de son auteur. Les débuts de la sénilité ?

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25 avril 2017

Une si jolie petite Plage d'Yves Allégret - 1948

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Le Nord, ses paysages riants, son climat de rêve et sa populace typique : c'est dans ce coin enchanteur que Gérard Philipe a choisi cette fois-ci de tirer une gueule de trois mètres de long, enfermé dans son déterminisme de pupille de l'Etat, et traînant derrière lui le boulet de son passé. Le gars débarque de nuit dans cet hôtel de fin du monde battu par la pluie, pour soit-disant reposer ses nerfs. Il est en fait un pauvre bougre que le malheur a suivi depuis l'assistance dont il est issu, revenant dans ces lieux pour un dernier adieu à tout ce qu'ils ont représenté pour lui. Peu à peu, son mutisme dépressif laisse apparaître la cruelle vérité : il a assassiné une chanteuse à la mode, qui a utilisé son innocence pour s'amuser le temps d'une amourette et lui a ensuite mené la vie dure. Le gars est coupable, le sait, et n'attend plus que l'arrivée de la police. Pour combler l'attente, il erre dans les rues détrempées du village, sur cette plage où il vécut jadis sa solitude, dans cet hôtel où les bien-pensants lui ont fait connaître l'enfer. Un sujet fermé par tous les bouts, qui fait du pessimisme son cahier des charges, et devrait vous filer le bourdon pour les trois mois à venir.

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A Shangols, on n'aime vraiment pas ce cinéma hyper-formaté d'avant-guerre, et c'est vrai que cette fois-ci encore on tremble plus d'une fois devant la mise en scène d'Allégret. Difficile de vibrer totalement pour ce pauvre garçon fantomatique, tant tout paraît artificiel dans cet univers : la lumière qui tombe façon peinture flamande sur les beaux yeux de Madeleine Robinson (bien jolie ma foi), la construction hyper-calculée du scénario, le jeu caricatural des acteurs, les saynetes romantico-mièvres dans les cabanes abandonnées, les dialogues finauds et irréalistes, les seconds rôles à trogne (Carette, comme toujours)... Ce cinéma-là n'existe définitivement plus, et on se demande un peu si c'est un mal. Mais ceci dit, Une si jolie petite Plage marque vraiment des points par son nihilisme obstiné, qui semble se répercuter sur tout le film. La photo d'Alekan strictement envahie par la pluie, la grisaille et la nuit, fait beaucoup pour l'ambiance très mélancolique de cette histoire ; si on y ajoute la voix presque inaudible, quasi-murmurée de Gérard Philipe, cette rengaine qui passe en boucle sur le tourne-disques et qui vient hanter le jeune homme, cette atmosphère fantomatique (le vieux muet qui reconnaît Philipe, l'ancien amant de la chanteuse qui habite dans la chambre à côté comme un remords qui ne desserre pas les crocs sur sa proie), et la profonde tristesse due à la lenteur des plans, on se retrouve dans une véritable élégie cruelle, qui sacrifie toute trace de beauté possible et l'enterre dans la boue. Allégret développe aussi une jolie idée, celle du destin qui se répète (et se répètera, on l'imagine, ad lib) : il construit parallèlement à l'histoire de Gérard Philipe un autre destin, strictement semblable, et on imagine ce jeune garçon de 15 ans déjà pris dans les rêts de la fatalité finir dans la même misère que notre Gégé. On l'aura compris, c'est pas la fête de la saucisse, mais le film est beau et triste, et c'est pour l'époque une belle marque de talent.

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21 avril 2017

Lost in America (1985) de Albert Brooks

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Voilà une comédie eighties assez enlevée (que je connaissais ni d'Eve) qui va bientôt avoir les honneurs de la collection Criterion. Si il est indéniable qu'au niveau vestimentaire les années 80 n'ont pas grand-chose à envier aux 70's, le film fait un constat assez édifiant sur "l'évolution des moeurs" entre les deux décennies. Soit donc David et Linda Howard (Albert Brooks himself, tout en énergie, et Julie Hagerty, véritable sparring-partner qui sait prendre les coups sans les donner), un couple financièrement peu à plaindre (ils sont cadres, lui dans une boîte de pub, elle dans un grand magasin) mais qui indéniablement s'emmerde ; s'ils projettent l'achat d'une maison toute équipée (et sûrement dans la foulée la conception du premier gosse), ils voient bien que leurs vieilles idoles (ils sont tous les deux fans d'Easy Rider) et l'esprit libertaire qui va avec appartiennent au passé... Sur un coup de sang, David va démissionner et entraîner Linda à l'aventure : on annule l'achat de la baraque, on se paye un mobil home grand modèle et avec toute la thune qui reste on se fait un trip sur les routes américaines : première étape Las Vegas pour un re-mariage qui pète. Ou pas. Car dès le départ, la gâte Linda va un peu s'emballer et perdre 100.000 $ (toutes leurs économies) à la roulette. Le road trip à la coule part vite en quenouille... Nos deux trentenaires pourront-ils s'en remettre (en vivant d'amour et d'eau fraîche...) ou vont-ils finir par se faire bouffer par les années thunes ?

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L'idée de départ, en plein reaganisme, est réjouissante comme si l'esprit des seventies n'était pas tout à fait mort... On est dès le départ de tout cœur avec les Howard, leur rêve et leur mobil home de folaille... Seulement voilà, l'euphorie fait long feu et sans le sou l'avenir apparaît vite assez sombre. Brooks se fait plaisir et fait tourner la caméra au max pour mettre en scène des discussions d'anthologie avec un responsable de casino (David cherche à se faire rembourser l'argent perdu... l'effort et les arguments sont beaux..), avec un type d'une agence pour l'emploi dans un bled (il cherche un boulot pas forcément aussi bien payé qu'avant mais assez consistant quand même... l'issue sera tout décevante...) ou encore un flic fan d'Easy Rider (relativement ouvert et empathique, le flic...). Des discussions à bâtons rompus qui donnent toute la sève à cette comédie très bavarde... Au sein du couple, passée l'engueulade de base (le David fait forcément la gueule quand il découvre la folie de sa femme et leur couple touche le fond au bord... d'un barrage abyssal), ils font preuve d'une relative solidarité, ils sont prêts, malgré les divers aléas, à aller jusqu'au bout de leur rêve comme disait l'autre à la même époque... Seulement voilà, la philosophie seventies a la vie dure dans cette nouvelle ère. Au moins, ils auront tenté mais à l'impossible...

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On ne passe pas son temps à se taper sur les cuisses mais on apprécie les divers coups de gueule et l’humour grinçant de l'ami Brooks même s'ils se révèlent bien souvent aussi pathétiques que son "fight" contre la montagne qui a pris sa femme en stop : on sent qu'au fond de lui, il aimerait y croire mais le sort semble s'acharner contre eux... ou bien c'est simplement leurs propres idéaux qui se sont trompés d'époque. Le fait est que cette petite oeuvre des mi-eighties garde suffisamment de sel et de peps pour l'apprécier encore... sous Trump. Si on fait fi de l'esthétique vintage, of course...

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LIVRE : Détartre et Désinfecte d'Eric Chevillard - 2017

9782851949837,0-4046136Net virage dans la production chevillardienne, Détratre et Désinfecte laisse apparaître un gars étrangement tourmenté, se risquant à un style beaucoup plus poétique et abstrait. Si certains des textes qui composent ce recueil sont encore de l'ancienne veine, celle de l'absurde et du jeu de mots effréné, la plupart le montrent jouant avec les affres de la création, et rendent le bouquin assez sombre. Sous couvert d'humour (ça, ça ne change pas), le gars a l'air de souffrir en ce moment, et livre une véritable profession de foi, faisant une croix pure et simple sur la légèreté (de surface) de ses livres passés. Le plus intéressant de ce point de vue est le poème central, "Du bon usage des muses", où Chevillard se livre à une destruction au marteau-pilon de ses inspirations d'antan : "Tu ne ressembles plus à rien, muse. Je t'ai pressée comme un citron. Je ne recueille plus maintenant en fermant le poing sur toi que quelques larmes amères". Simple exercice de style ou véritable déclaration de renoncement ? Le fait est que la longue insulte adressée aux muses qui l'ont inspiré est troublante, et laisse transparaître une véritable douleur, une volonté de passer à autre chose. Ce que confirment nombre de textes, plutôt drôles certes, mais véritablement emblématiques : "Nourrir le monstre", "Le renoncement" ou "J'éreinte" jouent avec habileté sur cette ambiguïté entre jeux de mots habituels et déclaration d'intention. Du coup, voilà un livre qu'on n'attendait pas de la part de cet auteur d'habitude si réjouissant et excitant dans l'exercice de style, prêt à sacrifier le fond au profit de la forme, du moment qu'elle est acrobatique et improbable.

Il est encore un peu bancal, ce bouquin, placé pile au milieu d'une remise en question et d'une volonté de prolonger le style d'avant. Il y a de véritables trésors d'invention, comme ce magnifique "Othon Péconnet" qui joue avec les sonorités du mot et avec son étrangeté, ou comme "Le guide", liste infinie de faits inintéressants brandies comme des anecdotes spectaculaires par un guide de musée ; il y a des passages très abstraits, complètement poétiques, comme ce "Nourrir le monstre" qui pourrait surgir d'Une Saison en Enfer, ou "Rapport parlementaire", logorrhée insaisissable en roue libre. On s'ennuie parfois, le style abstrait de Chevillard n'est pas encore complètement en place, ennui prolongé par les illustrations austères et raides de Richard Texier qui ne font rien pour arranger les choses. Mais la plupart du temps on est frappé par la noirceur de la chose, par le bilan que ce livre semble dresser par un auteur tourmenté, à un tournant de sa création. On sentait déjà un changement dans les romans de Chevillard depuis quelques temps, mais ces poèmes discrets publiés par une maison dans laquelle il a bien souvent livré ses meilleurs textes semblent en témoigner avec violence. Violence qui se dissimule toujours, pudeur oblige, sous l'humour : les chutes des textes sont toujours inattendues (la fin de "Ils sont venus", solennel poème qui se termine par des chatouilles), annulent le sérieux de la chose ; mais on n'est pas dupes : Détartre et Désinfecte est noir, très noir, et annonce un Chevillard en plein doute... ou en plein renouvellement. L'avenir nous le dira.

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20 avril 2017

Personal Shopper d'Olivier Assayas - 2016

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Il y a deux ou trois films dans le dernier Assayas, et chacun d'eux a ses qualités éclatantes et ses défauts dommageables. Le gars semble s'être trouvé une nouvelle muse en la personne de Kristen Stewart, et lui confie absolument tous les plans de Personal Shopper ; mais pour cette fois, on doute un peu en voyant la belle froncer les sourcils et prendre un air buté même pour demander un café. La belle est mauvaise, tout simplement, jouant "sur-américain" un rôle qui nécessitait plus de finesse, plus de nuances. C'est la grosse limite du film. Cette thématique de l'Amérique perdue en Europe jalonne d'ailleurs le film, qui fait appel à une sensibilité toute anglaise (le gothique) ou toute française (la mode) et y plonge une Américaine déracinée, perdue dans un métier qu'elle n'aime pas, anglophone dans un pays qui parle français.

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Premier film donc : le portrait d'une fille courant les boutiques de luxe pour fournir une mannequin. Un boulot alimentaire et peu gratifiant, qui oblige Kristen à passer de pays en pays, se riant des frontières et du temps. Côté réussi : Assayas parvient à rendre le monde, ou en tout cas l'Europe, comme un seul territoire, où, pour passer d'un pays à l'autre, on ne met que quelques minutes, et où tout est indifférent. Les boutiques de mode sont uniformémement les mêmes, et la caméra épouse avec vitalité et élégance cette sorte de mondialisation des choses. Très moderne, Assayas fime les villes avec un grand dynamisme, même si ça et là pointent quelques tics issus des années 80 (les flous, berk). Côté raté de cette partie : une sorte d'illogisme, qui endommage cette partie qui se veut à la fois onirique et très concrète. Assayas, d'autre part, est un peu le cul entre deux chaises, critiquant le monde brutal et superficiel de la mode, mais aimant aussi filmer longuement son actrice en train d'essayer des robes ou des chaussures, sacrifiant son film aux marques (budget oblige ?) tout en en critiquant le fond.

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Deuxième film : la belle a perdu son frère jumeau, et, comme elle est médium, cherche à retrouver sa présence, attend le signe de l'au-delà que le garçon avait promis. C'est la partie gothique de la chose, et on sent avec plaisir la patte toute française du cinéaste dans ces ambiances : il y a du Tourneur, du Feuillade, du Epstein dans cette maison que le gars filme là aussi comme un espace mental ; et dans les apparitions "à l'ancienne" de ce fantôme. Malgré une photo qu'il faut bien qualifier d'immonde, le cinéaste s'essaye ici à un genre qui lui va bien, le "fantastique intello". Et quand il montre l'étrangeté d'un spectre invisible qui quitte un hôtel, ou quand il fait entendre les bruits assourdissants d'une âme en colère, ou quand il confronte au final son héroïne à elle-même, on sent resurgir toute une imagerie romantique qui lui ressemble bien. L'actrice scrute à travers des écrans de portable des documentaires ou des films sur le spiritisme (apparition hilarante du cocker Benjamin Biolay), et on reste happés, on attend avec elle cette rencontre. On se dit aussi que c'est là qu'Assayas fait son Assayas, et cette partie-là cultive un symbolisme inatteignable bien français. On ne comprend pas trop où le gars veut nous emmener, et on devine que ça lui fait bien plaisir.

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Troisième film : l'échange de sms, qui prend toute la partie centrale du film. Kristen est poursuivie par un homme ambigu, qui parvient à instaurer un rapport dominant/dominé à travers des sms. Brusquement le film plonge dans le muet, et devient uniquement rythmé par les vibrations du téléphone de Kirsten. Beaucoup aimé cette partie, qui renouvelle la science du dialogue au cinéma. Les conversations se font par-delà les frontières, et Assayas filme avec une immense fluidité les rapports intimes qui s'installent, sans mot, entre les deux personnages. Difficile de rendre intéressants des plans sur des écrans de téléphone : le gars y arrive, réussissant parfaitement l'opposition entre le monde extérieur (le film semble se dérouler comme en arrière-plan) et le secret des messages de plus en plus intimes. Au final (il faut encore ajouter à ces parties pas mal d'autres mini-films qui naissent et meurent au cours de la chose), on obtient un film assez hétérogène, souvent maladroit, parfois crâneur, mais aussi habile, ambitieux et prenant. C'était mon opinion de Normand. (Gols 30/12/16)


 

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Ah putain, je le sentais pas ce film... J'aime bien Assayas mais parfois j'ai un peu de mal à voir où le type veut nous emmener - si jamais il veut nous emmener quelque part. Et là, paf, qu'il réalise trois films ou douze différents, rien n'y fait : mais qu'est-ce qu'on en a foutre de la vie de cette pauvre Kristen, qui se cherche, trouve pas grand-chose... si ce n'est elle-même (ou pas). Elle personal shope sans envie mais se rêve dans la peau de cette Paris Hilton à deux balles, elle veut recevoir un message de son jumeau par-delà la mort mais elle a un peu les boules quand même, elle reçoit des messages d'un "inconnu" mais on n'en saura pas plus... Elle se fait son film, quoi, et Assayas avec... Et donc ? Alors oui, il y a toujours une superbe fluidité dans le filmage et le montage (pour la mise en scène, pas compris le prix cannois...), une actrice dont la caméra est amoureuse (comme Gols, j'ai trouvé la Kristen trop affectée, "au-dessus de tout" (les séquences "émotion" sont une catastrophe, les séquences "stress" une parodie de Woody Allen sous vodka)  donc en-dessous de tout... Et une actrice hautaine qui a un jeu bourré de tics, c'est très vite fatigant) et un désir de brouiller les pistes... Mais on se détache bien vite de cette histoire en matant en effet plus les marques des robes que l'actrice, en étant plus subjugué par la vitesse d'exécution des sms que par la teneur des messages, ou encore en faisant la moue devant des effets spéciaux types «ghostbuster» noyés par des bruitages bourrins. Elle erre dans les boutiques les paupières lourdes, elle erre dans cette maison vide le cœur tremblant, elle erre les yeux rivés sur son portable : elle erre super bien (remarquable maîtrise de la conduite de scooter soit dit en passant (et je sais de quoi je parle) qui permet, pour le nostalgique, d'apprécier la vision des rues de la capitale) mais on ne voit pas trop ce qui nourrit finalement cette petite assistante médium au physique agréable. Je ressors de cet Assayas avec l'impression d'avoir mon panier beaucoup plus vide (sur le fond) que plein (un satisfecit sur la forme mais rien de nouveau sous le soleil). Un avis de normand déçu. (Shang 20/04/17)

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LIVRE : Pour la Peau d'Emmanuelle Richard - 2016

9782757862483,0-4072535On dit qu'il y a trop de livres qui sortent. Tant qu'on éditera des trucs inutiles comme ce bouquin-là, on n'y échappera pas. Véritable entreprise de pollution de tout ce qui fait la grandeur de la littérature, Pour la Peau représente à peu près tout ce que je déteste dans un bouquin. L'auteur a vécu une histoire d'amour, comme 100% de la population mondiale, s'est fait jeter comme 100% de la population mondiale. Mais alors que 99,9% de la population mondiale accepte et passe à autre chose, Emmanuelle Richard estime que son expérience est édifiante, et entreprend donc de rédiger un texte pour narrer dans le détail les petites anecdotes de son histoire. Si la belle pète de travers ou si son amant change de sous-pull, les chiens sont lachés, la tragédie prend sa place et ça remplit deux pages de "oui, mais ça veut dire que la couleur de son sous-pull ne lui convenait pas, et donc que moi non plus je lui conviens pas et donc qu'il m'aime pas et donc que j'ai besoin d'aller à Biarritz pour lui montrer que je l'aime mais il a déjà été à Biarritz avec son ex donc c'est elle qui va lui acheter ses sous pulls mais pourtant que je l'aime mais...", le reste à l'avenant. Dans ce charabia psychologique, on devine la très grande mégalomanie de l'auteur, qui trouve que tout ce qu'elle vit est beaucoup plus important et tragique que tout ce que vivent les autres, la preuve c'est qu'elle sait écrire. On se met à sincèrement plaindre l'amant en question, s'il a dû se fader ce caractère et ce bavardage incessant, et à se demander pourquoi il est resté plus de deux heures avec elle. Mais à qui peut bien s'adresser ce machin, inintéressant et vide ? La belle essaye bien, pour faire acte littéraire, de varier les styles, d'attaquer chaque chapitre de façon différente ; mais ses tentatives échouent sur la vacuité de l'entreprise : on ne fait pas un livre avec une liste de courses, ou alors il faut être un très grand écrivain. On se prend alors à devenir réac, on rêve d'une littérature qui nous tirerait enfin vers le haut, d'un Dosto, d'un Harrison, d'un Giono, et de voir ce genre de produit pour magazines féminins disparaître définitivement dans les journaux intimes pour demoiselles pensives.

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19 avril 2017

Broadchurch saison 3 - 2017

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Nouvelle et ultime saison pour cette série policière anglaise qui nous aura donné notre dose de plaisir total sans jamais faillir. Gloire en soit rendue, encore une fois, aux acteurs, véritable plus-value de ce feuilleton qui, sans eux, ne serait que d'honnête facture. Cette fois, les inspecteurs Miller (empathique et sensible, mais cette fois aussi bien couillue quand il le faut) et Hardy (froid et professionnel, mais cette fois assailli sur sa gauche par quelques soucis personnels qui fissurent l'armure) enquêtent sur un viol commis lors d'une fête arrosée à Broadchurch. Les suspects : une cinquantaine d'hommes tous invités à la fête, et dont la plupart sont plus ou moins douteux dans leur rapport avec cette pauvre Thrish, la victime : qui pirate son ordi pour l'espionner, qui est amoureux d'elle jusqu'à l'obsession, qui s'est fait mettre un vent par la donzelle, qui a couché avec elle le jour même, qui rôde façon prédateur et ment allègrement au policier... Les deux flics ont du pain sur la planche, et il faudra les longs entretiens de rigueur, la patiente observation du terrain, et les recoupages informatiques pour mettre la main sur le coupable, forcément inattendu, de ce viol.

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L'enquête se fait toujours dans le côté humain. Plus que les traces ADN ou les dépiautages de disques durs, c'est les rapports entre les acteurs qui font toute la texture des investigations. On sent que les auteurs de la série se sont renseignés sur les tout petits détails d'une affaire, qu'ils se sont beaucoup intéressés à la façon dont les flics abordent un entretien pour faire craquer un suspect, les mots employés lors des enquêtes. Broadchurch est ainsi très documenté sur l'aspect humain d'une affaire, rendue ici d'autant plus important qu'elle prend place dans une minuscule ville où tout le monde se connaît, envisagée comme une communauté refermée sur elle-même, dans laquelle le monde extérieur ne semble pas avoir de prise. On retrouve ainsi quelques personnages des saisons précédentes, et aussi d'autres, mais le nombre de personnages est très réduit, rendant la série simple et épurée. La droiture de la chose est d'ailleurs tout à son honneur. Certes, il y a bien la sous-trame de Mark Latimer qui repart sur les traces de l'assassin de son fils, ou celle de Hardy en froid avec sa fille, mais elles ne servent qu'à densifier un peu les personnages et n'entravent jamais la merveilleuse simplicité de la trame principale. On reste dans la patiente enquête, dans les petits rebondissements qui vont mener à la vérité, et si quelques dialogues entre les deux protagonistes principaux viennent de temps en temps ponctuer l'action, c'est pour rajouter une touche d'humain dans le scénario.

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Au niveau mise en scène, on reste dans le classique, là aussi le plus près possible des petites variations de jeu des acteurs. Mais on note quand même que le contexte est particulièrement bien rendu : ce décor de plage et de falaise, ce commissariat en bois, tout y est pour accentuer le côté petite bourgade tranquille, qui cache bien entendu les sentiments les plus sombres. Et puis les gars excellent à y planter des saynètes à la fois pathétiques et tragiques, et on aime ce réalisme social, ces losers, ces femmes trompées, ces flics aux prises avec les soucis domestiques, et on se love doucement dans cette série parfaite, cohérente et très attachante.

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18 avril 2017

Wild Girl (1932) de Raoul Walsh

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Voilà une petite rareté de l'ami Walsh aussi vivifiante que le parc national de Californie (avec sa forêt de séquoias géants) où il a été tourné. Dès le départ on est dans le move en suivant les pas de la sauvage jeune femme du titre : Joan Bennett, aussi blonde que les blés s'il y en avait, semble particulièrement intrépide. La chtite se retrouve le centre de l'attention de différents mâles du coin : le plouc Rufe Waters (Irving Pichel), le joueur gentleman Jack Marbury (Ralph Bellamy) et le politicard pervers Phineas Baldwin (Morgan Wallace). Aucun n'a vraiment les faveurs de la belle qui attend son prince. Il apparaitra sous les traits du borzagien Charles Farrell en balade dans le coin pour accomplir une sombre vengeance. Dès qu'ils se croisent (elle, nue dans l'eau, brrr, lui classieux sur son cheval), c'est le coup de foudre : elle joue l'effarouché, lui le timide mais la flèche cupidonesque a bien été tirée... Tout va pour le mieux dans le meilleur des parcs ? Ah mon Dieu, que nenni, puisque le Charles, meurtrier-vengeur, va se retrouver condamné à être pendu, que le voisin de la Joan, le paisible Red Pete, soupçonné de vol, va être condamné à être pendu, et qu'un certain Laramy veut tuer le père de l'héroïne... Les courses-poursuites dans les bois sont moult, les rebondissements foison et les surprises multiples. De quoi réjouir bien entendu le spectateur malgré l'ombre qui ne cesse de planer sur cette romance aussi fébrile que les petites lèvres de la Joan.

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Le "set naturel" est magnifique, l'action toujours au rendez-vous, le rire souvent présent (Eugene Pallette, le conducteur de diligence excelle dans les bruits de bouche lorsqu'il narre une quelconque histoire), la sensualité douce (Joan est bien nue, j'ai vérifié image par image), le drame parfois terrible (on assistera bien, contre toute attente, à une pendaison qui fait froid dans le dos - de la préparation de la mise à mort à l'image de l'ombre du pendu, Walsh montre toute l'étendue de son talent dans la dramatisation). Joan, alors même que le Charles qu'elle n'a croisé qu'une fois va être pendu, ose s'approcher de lui et lui donner un tendre baiser devant tous ses prétendants visiblement atterrés... On ne peut croire que cette histoire d'amour ne puisse avoir lieu et Walsh joue intelligemment la carte du suspense. Romance mais aussi tension constante entre ses hommes qui ne peuvent se sentir les uns les autres : si Farrell, que l'on pensait un peu tendre, n'hésitera pas une seconde lorsqu'il devra se faire justice, Bellamy aura également l'occasion de prouver dans quel bois il est moulé lorsqu'on tente de le provoquer (gentleman ou fumier, il aura le choix des rôles à jouer). Le politicard (tous pourris, putain) se montrera on ne peut plus pressant auprès de la ptite Bennett et cette dernière devra faire preuve par deux fois d'astuce pour échapper à ce saligaud (qui tombera dans le marigot, bienheureusement). On frémit donc tout au long de ces quatre-vingt minutes qui montre toute la maîtrise une nouvelle fois du Walsh dans la direction d'acteurs, dans l'utilisation du parlant et de son décor. Une œuvre de très très bonne tenue dans cette filmo des thirties faite de hauts et de bas.

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 Walsh et gros mythe

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LIVRE : Les Animaux (The Animals) de Christian Kiefer - 2015

9782226318206,0-3718806Kiefer est un nouvel auteur des lettres américaines, et comme de bien entendu, il est tout de suite sacré nouvel espoir d'icelles, adoubé par Richard Ford, couronné de succès et tout ce qui s'ensuit. Ce qui prouve bien que la littérature ricaine est devenue histoire de coups médiatiques : Kiefer ne démérite pas, écrit même un bouquin solide et souvent très beau, mais disons que, pour la trame et même pour l'écriture, il ressemble strictement à tout ce qui a été écrit par les "nouvelles plumes" du pays depuis 10 ans. On prévoit dès la page 16 tout le déroulé du roman, et c'est vrai que tout rentre dans les cases, aucune surprise de ce côté-là. On aura notre lot de héros courant dans la neige pour tuer son ami de toujours, de séjours en taule, de rémission impossible, de flashs-back traumatiques, de passé idyllique brisé par la misère sociale, de grands paysages de campagne, d'amour impossible, n'en jetez plus. Il faut être au moins un Peter Heller pour arriver à renouveler le genre, ce que Kiefer n'est pas.

Bien, ceci dit, on passe un moment agréable à relire cette histoire mille fois écoutée, et on arrive même à espérer un vrai écrivain lors du premier chapitre. Le héros du livre est le gardien d'une minuscule réserve d'animaux perdue dans la forêt de l'Idaho, retiré et au passé chargé, qui prend en charge en quelque sorte la misère des animaux retrouvés blessés dans la nature. Pour le début du livre, il est chargé d'achever un orignal fauché par une voiture. La description minutieuse de l'acte, entremêlée à l'écheveau de sensations éprouvées par le gusse, est un modèle d'écriture, à la fois violemment réaliste et complètement vouée au monde intérieur, comme si l'homme et la bête arrivaient à se communiquer leur douleur, comme si la frontière qui sépare les monde humains et animaux étaient poreuses. Magnifique moment de tension, cauchemar nocturne et enneigé qui présente en quelques pages un homme, son univers, et laisse présager de son passé, de sa souffrance, et du thème du livre : la rédemption impossible, la violence intrinsèque du monde, c'est absolument parfait. A partir de là, Kiefer va poursuivre l'allégorie, précisant les rapports du gusse avec les animaux, et dressant par chapitres disposés en flash-back et en retours au présent la biographie chaotique d'un loser, appelé par une sorte de grâce et d'innocence, et rattrapé inlassablement par la misère, la passion du jeu, et quelques éléments traumatiques qu'il n'arrive pas à chasser (dont la mort de son frère). Le scénario se déroule pépère, on se doute bien que son meilleur ami, un grizzly aveugle, ne fera pas long feu, que le frère d'armes vengeur va bientôt refaire surface, et que l'amour pour la belle vétérinaire peut se faire du souci, et effectivement, c'est ce qui se passe.

Au niveau de l'écriture, Kiefer se donne du mal, et réussit quelques très belles pages dans la continuité de ce premier chapitre. Il reste toujours du côté de son sensible héros, et réussit un roman qui est à la fois un thriller assez palpitant et un portrait intime très précis. Les plus belles pages sont celles où le gars erre en bordure des cages de ses animaux, et il place des mots très justes pour parler des loups ou des ratons-laveurs (!) dans une tradition naturaliste chère aux Américains. Il tente même le décrochage intrépide, en écrivant tout un chapitre (pas super réussi, il faut le dire) du point de vue d'un ours, ce qui ne manque pas d'audace. L'ensemble manque nettement d'originalité, fait un peu penser à ces cours d'écriture en vogue aux USA ; Kiefer a dû y remporter une bonne note, son roman est solide et intéressant. Mais il faudra attendre encore pour la grande découverte.

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17 avril 2017

Pour une Poignée de Dollars (Per un pugno di dollari) (1964) de Sergio Leone

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Notre pauvre Sergio a été curieusement délaissé sur ce blog tant l'on connaît ses films par cœur. Coup d'essai du petit gars Sergio dans le western et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il est plutôt prometteur ; certes, il bénéficie au casting de la présence de l'ami Clint, stoïque comme un menhir avec son regard légendaire de druide, du maestro Morricone à la musique, du sieur Dallamano à la photo et d'un décor... espagnol monumental... Mais ce qui épate déjà, c'est cette incroyable efficacité, cette véritable science du rythme, du cadre, du montage, qui permet de doper chaque séquence. Le scénar est con comme un baril de poudre : Eastwood a compris depuis longtemps qu'il fallait diviser pour mieux régner ; lorsqu'il découvre dans ce petit village du bout du monde deux familles qui monopolisent le commerce de l'alcool et des armes, la stratégie est simple : dresser les uns contre les autres et laisser agir. Tout se passe à merveille pour ce personnage qui semble avoir un coup d'avance sur tout le monde... Et puis il va finir, à force de jouer avec le feu, à se faire choper... Clint morfle, perd son sens du clin d'œil, se fait même broyer la main (gauche). Mais notre homme, qui parvient à s'échapper dans un cercueil, préparera minutieusement sa résurrection. Il reviendra, littéralement indestructible, et la vengeance sera terrible...

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Clint est un taiseux qui a le sens de l'opportunisme : "toujours là au bon moment" pour fournir à l'un des deux clans l'info capitale, le petit renseignement utile pour résoudre un problème - c'est souvent lui qui est d'ailleurs à l'origine des problèmes (les deux soldats mexicains qu'il met en scène dans le cimetière, l'enlèvement de Marisol...), mais c'est de bonne guerre : il n'y a pas de mal à jouer avec la crédulité des uns et des autres tant ils sont vénaux, qu'il s'agisse des Rojo avec leur tronche de déterré ou des Baxter avec leur trogne d'abruti. Notre homme se joue donc des uns et des autres pour... de l'argent ? (éventuellement mais pas vraiment), la gloire ? (pas forcément), par pur angélisme (pourquoi pas (une sale blessure du passé à ce que l’on capte)... même s'il est prêt à user pour ce faire de stratagèmes démoniaques, pour ne pas dire infernaux : il porte une certaine responsabilité dans le véritable génocide des Baxter - dans un décor d'enfer pour le coup). Une finesse indéniable, un nez creux fabuleux et surtout une gâchette qui ferait rougir une mitraillette. Clint règne en maître sur les lieux et, même lorsqu'il se verra laminé par les Rojo, il ne perdra jamais totalement la face - il s'échappera en rampant comme un animal blessé mais n'en reviendra que plus décidé à tout faire péter.

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Bon, il y a ce fond gentiment malicieux mais surtout, of course, cette forme qui semble redessiner grammatico-cinématographiquement tout le genre. Montage alterné de deux séquences, sens aigu du gros plan (avec (ou pas) une magnifique petite contre-plongée), plan à ras de terre pour filmer les jambes des joueurs avant un duel, utilisation judicieuse de la profondeur de champ pour juxtaposer deux ou trois personnages, plans américains au cordeau ou encore utilisation jouissive du scope... Leone bouffe littéralement le genre en nous faisant comprendre en 1964 quelle forme il fallait lui donner - j'exagère à peine tant l'on sent la petite réflexion derrière chaque cadre, chaque plan, chaque séquence. C'est millimétré et aussi précis que le jeu de ces acteurs capables de bouger un micron de leur visage pour changer d'expression - Clint restant le Dieu du genre. Bref, on jubile devant la facilité avec laquelle Sergio Leone nous goinfre d’images avec simplement une poignée de dollars - et le pire c'est que le plaisir reste identique même après douze visions. L'autre maestro.

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Go west

Tout Clint

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L'Homme de fer (Czlowiek z zelaza) (1981) d'Andrzej Wajda

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Dieu sait et Lénine aussi que j'aime Andrzej Wajda (notamment celui du tout début), mais reconnaissons que j'ai un peu souffert à découvrir cet Homme de fer. Sur le fond, bien sûr que le film, tourné dans la foulée des manifestations ouvrières des années 80 en Pologne, est difficilement attaquable. On sent que le cinéaste a pris la balle au bond de l'Histoire et, par l'intermédiaire de son héros à l'origine des événements de Gdansk, parvient à retracer dix ans de lutte (de père en fils) : il évoque les manifs étudiantes de 68 puis celles, tragiques, de 70 où l'on retrouvait les ouvriers des chantiers navals. On sent toute l'envie de Wajda à pouvoir enfin parvenir à donner la parole à ceux que le parti a réussi à étouffer pendant plus d'une décennie. Il nous fait découvrir toute une foule de "petites gens" (ouvriers, journalistes...) qui par leur engagement et leur pugnacité ont fini par faire évoluer les choses. On suit en particulier le parcours d'un journaliste que "les hommes du pouvoir" veulent manipuler pour pouvoir organiser la répression ; ce dernier, conscient dès le départ d'être utilisé à des fins guère avouables (alors même qu'il était témoin des revendications ouvrières en 70), commence en transpirant à grosses gouttes sa "mission" ; il sera heureusement progressivement gagné par la foi qui agite les uns et les autres, des gens du peuples bien décidés, cette fois, à mener le combat à son terme. Wajda insère, plus ou moins habilement, des images d'archives des divers événements (plus anciens et récents) mais la pilule, si elle n'est pour le coup pas dénuée de consistance, est un peu lourde à avaler sur plus de deux heures...

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Voilà une palme éminemment politique pour un film qui a su capter l'air du temps (plus que Danton, par exemple, voyez) : on sait à quel point le festival est friand de ces films en phase avec l'actualité, même si parfois ils ne font pas preuve de très grandes originalités formelles (Michael Moore acquiesce). Et s'il est forcément louable de célébrer le combat de cet homme de "fer" (qui reprend le flambeau de son père adoptif croix de fer en main (une croix qu'il installera en toute illégalité en pleine rue, sur le lieu où le pater fut abattu par la milice)), s'il faut reconnaître le travail de recherche indéniable du scénariste pour mettre en scène les divers acteurs de ces événements et leur écrire des dialogues fidèles à la réalité, on est forcément beaucoup plus déçu, justement, par la mise en scène. Certes, les interviews ne sont pas ce qu'il y a de plus fun à filmer (les éternels champs/contre-champs), et le sujet pourrait se passer de toute recherche dans l'esbroufe formelle. Certes. Mais c'est un peu pesant et lourd à la longue... Wajda n'est pas toujours ultra finaud pour placer des images d'archives (celles des négociations entre ouvriers et politiques que l'on découvre suite à un coup de fil : on a d'abord le son en off, au téléphone, puis les images - c'est terriblement poussif comme idée de montage) et la petite pointe romanesque-romantique qu'il tente de développer avec l'histoire entre son héros (Jerzy Radziwilowicz as Maciej Tomczyk) et la toujours sublime Krystyna Janda as Agnieszka manque un peu de souffle... Certes, ils ne sont pas vraiment à la fête, nos deux jeunes gens (lui ouvrier elle journaliste) devant livrer de front leur combat face aux autorités toujours à l'affût du moindre raffut. Mais quand Wajda ose, à leur sujet, faire dans "l'émotion" (leurs séparations notamment sur un quai de gare) on ne peut pas dire qu'on soit dans du Demy... Ça tombe même un peu à plat, oserais-je, malgré les petits yeux rouges de la si blonde Miss Janda. On n'ira pas jusqu'à dire que le film se déroule sous une sorte de chape de fer (c'est un peu l'idée, remarquez) mais avouons qu'on a connu Wajda plus inventif dans son cinéma. Les petites pitreries alcooliques du journaliste, au début du film, tombe vite à l'eau (c'est le moins qu'on puisse dire puisque l'alcool est interdit pendant la grève) et ce personnage qui apportait un semblant de grotesque fait long feu. Bref, il faut une sorte de croyance dure comme fer envers le sujet pour aller jusqu'au bout de la chose. Une palme politique, donc.

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 Quand Cannes

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Two of a Kind (1951) de Henry Levin

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Il y avait du potentiel dans ce noir de Levin : Lizabeth Scott, un intrigant pitch initial, Lizabeth Scott, la chtite Terry Moore ou encore Lizabeth Scott. Cette dernière est vénéneuse à souhait dans les premières séquences : elle est la reine du double-jeu en mettant ses talents au service d'un certain Vincent Mailer (le cerveau de l'affaire avec lequel on devine que) et en séduisant le pigeon de l'affaire (Edmond O'Brien dans un rôle point à sa taille...) ; il s'agit en fait de faire passer ce dernier pour l'héritier perdu d'une riche famille - et de toucher l'héritage dans la foulée. Un pitch qui en vaut un autre mais qui nécessite pas mal de finesse pour introduire le gars auprès de ses "parents". Lizabeth Scott fait des merveilles pour mener O'Brien par le bout du nez tout en assurant ses arrières... Puis les scénaristes ont dû partir en vacances en confiant les clés à un stagiaire fan d'AB production...

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On aime cette scène malsaine où la Lizabeth passe d'un regard noir à un sourire fatal : elle demande juste à O'Brien de sacrifier l'une de ses phalanges dans la portière de la voiture ; elle le drive fermement pour qu'il "convienne" au rôle et le rassure avec un simple baiser. Le O'Brien est tout tourneboulé, il en oublierait presque à la fois son doigt déchiqueté et qu'il est dans un film... La relation entre les deux amants aurait pu devenir franchement attachante et trouble si O'Brien était un peu moins lourdaud en "séducteur" sûr de ses charmes (il a de longs sourcils ? Mon chat aussi...) et si elle n'avait pas été mise si longuement entre parenthèses : O'Brien doit séduire la jeune nièce un peu fofolle (Terry Moore, innocente enfant) de ses parents adoptifs... Là encore, il le fait avec une morgue confondante (elle aime les voyous ce qui plie l'affaire...) et leur petit couple est aussi crédible qu'Hamon au second tour. On a l'impression que les tenues du casting féminin signées Jean Louis ont demandé plus d'attention que l'écriture du scénario et des personnages. Gros coup de mou dans le film avec cette idylle gnangnante : on espère au moins que tout le monde va se réveiller pour le final, pour en faire un film au moins digne d'un film noir ; grosse catastrophe à l'atterrissage (l'idée même d'un crime semble faire trembler Levin qui a décidé de réaliser finalement une romance à deux balles...) avec un dénouement terriblement niais, un improbable happy end qui met en l'air toutes les bonnes idées initiales de la chose... Dommage, pour Lizabeth Scott... On en hésiterait presque à mettre le bazar dans notre liste des films noirs... Bon, allez, c'est bien parce qu'il y a Lizabeth et sa voix chaude d'ensorceleuse.

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 Films noirs

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16 avril 2017

Au Long de Rivière Fango (1975) de Sotha

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Deux ans après l'urbain et déjanté Themroc, on retrouve une partie de l'équipe du Café de la gare (Bouteille, Dewaere, Rufus et Sotha aux manettes) dans cette histoire babacoolos champêtre qui tourne au tragique... Le film s'ouvre avec deux sortes de troubadours à cheval (Rufus, blond et... chevelu et son compagnon, un certain Bild (Ben Mangelschots !)) qui sont partis en quête d'une certaine Mathilde (la transcendante Emmanuelle Riva) : celle-ci serait la mère du jeune compagnon de Rufus. Ils vont trouver la Mathilde à la tête d'une sorte de communauté qui vit d'amour et d'eau fraîche ; cette dernière a acquis une immense propriété il y a quelques années (magnifiques paysages corses) où elle reçoit de doux rêveurs fuyant la société. Si la Mathilde douche froid le Bild (je t'ai abandonné, n'en parlons plus), nos deux jeunes troubadours trouvent un certain réconfort dans la compagnie des jeunes nymphettes de l'endroit (dont une certaine... Robert (Elisabeth Wiener) pas plus farouche qu'une courge mais à l'ardeur sexuelle non légumière). On découvre parallèlement à cet intrigue de « fils caché » les différents personnages de cette communauté à la coule avec ses petites histoires de fesses, ses jalousies et ses différents individus peace and love. Le gars Bild, cependant, a vite tendance à ne pas se sentir vraiment à l'aise dans ce pays de branle-manettes : il finit d'ailleurs par le faire savoir et s'expose à la colère (aveugle) de la communauté...

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Atmosphère libertaire et détendue avant l'arrivée d'un final beaucoup plus crépusculaire et angoissant (une dernière procession "punitive" qui n'est pas vraiment un appel à la tolérance : si vous n'aimez pas les communautés reculées, venez pas les faire chier, vous risquez d'en payer le prix fort..."). Emmanuelle Riva rayonne sur son territoire où chacun vaque à ses petites occupations (l'une compose un mystérieux "produit", l'un (Bouteille) écrit, une autre papillonne de garçon en garçon, encore une autre travaille sur un métier à tisser...). Il y a un certain sentiment d'apaisement et de joie de vivre chez ces jeunes gens qui se sont volontairement coupés du monde. Il suffit de vivre au gré du vent et des inspirations... et de ne pas trop tomber (pour les mâles…) dans la mécanique destructrice de la jalousie (notre bon vieux Dewaere à la fraîche sous son chapeau de paille en fera un brin les frais). Femme se donnant à deux hommes le temps d'une nuit, amour en pleine nature, situation incestueuse "délicate", Sotha n'a pas froid aux yeux pour rendre compte de cet univers où les femmes mènent la danse et s'ébattent sans contraintes. Même si le film sent un peu le patchouli et que le montage est parfois à l'arrache, cette petite diatribe anti-consumériste garde (grâce à ses actrices légères et ses comédiens en free lance) toute sa fraîcheur 40 years later. Le final, plutôt osé dans sa violence, fait également passer un petit message de rébellion exacerbée (accepte ou meurs... c'est radical) sans véritable concession… Et puis rien que de revoir Dewaere, de toute façon, cela suffit à justifier la vision de ce petit brulot englouti (point de DVD) dans la Rivière Fango…

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15 avril 2017

Les Soirées du Hameau (Вечера на хуторе близ Диканьки) de Nikolaï Vassilievitch Gogol - 1832

9782070381258,0-786298Ecrits de jeunesse du bon Gogol, ces récits annoncent déjà l'éclatant pouvoir poétique et le sens de l'humour de l'auteur des Nouvelles petersbourgeoises, avec ce je ne sais quoi de tout frais encore et de très attachant. Malgré les deux ou trois longueurs, on aime beaucoup ces petites histoires pleines de diables taquins, de filles à marier et de cosaques bourrés, qui prennent place dans la nature aride et les minuscules villages de l'Ukraine. Les croyances et les superstitions les plus fantaisistes y sont racontées au coin du feu, et on est prêt à adhérer à l'idée que, bien plein de vodka, le diable peut se transformer en mouchoir, piquer la lune pour la mettre dans sa poche, ou prendre les traits de votre père. Sur cette base, Gogol raconte une série d'histoires mouvementées, la plupart racontées depuis le point de vue de braves crétins imbibés qui ont vu l'homme qui ont vu l'ours. Ça tremble d'effroi dans les nuits noires, ça croise des sorcières sur des balais patibulaires, ça invente des formules magiques autour de chaudrons peu ragoûtants, mais surtout ça se trompe et ça se demande en mariage à tour de bras, et ça se cache dans des sacs quand le mari déboule, et ça se trompe de maison après des fêtes, et ça quiproquote à qui mieux mieux. L'âme slave, qu'est-ce que vous voulez, ça pète de partout.

Plus que ces sujets un peu frivoles et pas mal répétitifs, c'est l'écriture de Gogol qui est superbe. Les minutieuses descriptions des paysages pourtant austères du pays sont déjà pleinement en place : le vocabulaire choisi est toujours simple (couleurs franches, motifs familiers), mais on est tout de suite bien dans cette familiarité avec la nature, dans ces indications directes bien que formidablement poétisées de Gogol. Le gars aime les sombres forêts vertes, les étangs insondables, les nuits glacées, et nous entraîne avec lui vers la beauté pourtant âpre de ces motifs. Mais il est tout aussi présent dans ces monologues parlés que les personnages utilisent, dans la description pleine d'humanité de ces gens simples d'esprit, superstitieux, vantards, pathétiques qu'il regarde avec une tendresse communicative. Il sait aussi se faire discrètement politique, décrivant avec ironie une visite chez la tsarine ou les moyens dont use cette population pauvrissime pour lutter contre la misère. Enfin, il est toujours drôle et taquin, la plupart de ces histoires se terminant par des cocus buvant leur peine ou par des mégères triomphantes qui arrivent enfin à faire rentrer leurs fêtards de maris au bercail. Le tout est raconté dans des ellipses bien pensées, un rythme souvent très bon, et présenté par un narrateur qui, à lui seul, est un personnage : Panko le Rouge, apiculteur au vocabulaire populaire et au caractère bien trempé. Bref, c'est impayable, à part cette longue nouvelle centrale, "Une terrible vengeance", qui flirte avec le drame et la tragédie, peut-être la plus belle du recueil par les excès qu'elle déploie et la force des descriptions. Gogol deviendra encore plus grand par la suite, mais dès ses 23 ans, il peut en remontrer à plus d'un.

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Calvary de John Michael McDonagh - 2014

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Bernanos dans l'Irlande contemporaine, écrit par Dino Risi et filmé par Terrence Malick. Voilà à peu près ce à quoi vous aurez droit en matant ce film étrange, qui se cherche quelque peu, mais marque quand même de temps en temps quelques points. Bon, Bernanos + Risi + Malick n'arrivent pas cela dit à faire un bon film, et disons que le truc tangue sans arrêt d'un style à l'autre, s'inscrivant peut-être au final dans le cinéma contemporain en plein, hybride, hésitant, refusant les étiquettes. On saluera donc les inspirations éclectiques de McDonagh, qui vont de la comédie de caractères au grand drame lyrique, et son casting qui laisse pantois : il y a de l'acteur de série, du grand comédien de théâtre, de l'acteur français iconoclaste et de la star de base ; signe que les inspirations partent dans tous les sens, et après tout c'est peut-être tant mieux.

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Le père James reçoit en confession un mystérieux inconnu qui lui dit que dans une semaine il va le buter, à cause d'une sombre histoire (un peu douteuse) de viol par un curé. On suit donc la dernière (?) semaine du père James, ses petites actions désespérées dans un village d'Irlande où tous semblent avoir définitivement fait une croix sur les ambitions catholiques. Au gré des rencontres, il croisera à peu près tout ce que la vie peut offrir de pathétique, bourgeois dépressif, pilier de comptoir raciste, fille suicidaire, nymphomane hystérique et hommes adultères, et même, ô miracle, une belle veuve qui semble un peu le comprendre, avant de se rendre sur la plage fatale où le gars lui a donné rendez-vous. Bon, il est vrai que le postulat est un peu flou, on se demande un peu pourquoi le père James va ainsi à sa perte, mais ok, on accepte et on regarde.

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On a l'impression qu'on a appelé un grand cuisinier pour servir un verre d'eau. McDonagh, malgré ses clins d'oeil mystiques vers une symbolique christianique très solennelle, réalise une sympathique comédie grinçante ; mais il l'habille sous les oripeaux du grand cinéma, drônes acrobatiques pour saisir les splendides paysages irlandais, dialogues emphatiques, jeu d'acteurs bigger than life. Ça ne colle pas toujours ensemble, et on a l'impression que le gars cherche un ton, ou plutôt qu'à force d'hésiter sur un seul, il a choisi d'en aborder plusieurs. Le film prend très souvent des détours de comédie, dans ces portraits chargés des autochtones, dans ces situations surréalistes face auxquelles notre curé réagit toujours en porte-à-faux, dans le personnage principal même, homme de foi mais qui ne refuse pas une bonne grosse bière ou une voiture de sport. D'autres fois, il est dans le drame, d'autres fois dans le mélo, d'autres fois dans le polar pur... Certaines scènes sont vraiment ratées, le trait est trop lourd. Mais d'autres sont assez étranges, et possèdent un ton original qui fonctionne : les scènes déconnectées avec la veuve (toujours amoureux de Marie-Josée Croze, pour ma part) notamment, trouvent enfin leur style dans cette chose éclatée, une façon ludique et discrète d'aborder la foi, de questionner le sens du sacrifice (sujet qui aurait dû être le thème principal de la chose, et qui prend trop de détours). Mais tout ça ne parvient pas vraiment à trouver sa voie. Les acteurs sont tous, dans leur type de jeu, parfaits (à commencer par Brendan Gleeson, vraiment très bien, qui s'est composé un personnage assez insaisissable), mais ils semblent ne pas jouer dans la même histoire. Un peu dubitatif devant ce film pop, à la fois atteint d'un sérieux papal et d'un humour bon enfant, mais déstabilisé, ce qui est déjà quelque chose.

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12 avril 2017

LIVRE : Marlène de Philippe Djian - 2017

9782070143191,0-3985453Allez, les enfants, on y croit, au retour de Djian. On constate que le gars revient plus ou moins en force depuis quelques romans (oublions Love Song, voulez-vous), avec ce style très maîtrisé, ces romans moins ambitieux certes mais plus apaisés, moins petit malin. Et louons tous en choeur le dernier né, Marlène, un des meilleurs crus depuis longtemps. Pour une fois, le gars laisse (presque) tomber ses coquetteries d'auteur en vogue. Ok, il n'y a toujours pas de ponctuation autre que les points et les virgules, Djian semble trouver que c'est définitivement génial, si il veut ; ok aussi, ses chapitres découpés à l'emporte-pièce, qui durent parfois un seul paragraphe, ça sent un peu la gaminerie, mais je veux bien. Mais pour tout le reste, on est étonné de voir un tel équilibre, une telle maîtrise de l'écriture, et on applaudit des deux mains.

D'abord parce que le gars renouvelle bien sa galerie de personnages, de plus en plus tourné vers les femmes, qui n'avaient pas la part belle naguère. Il resserre cette fois sa trame sur une poignée de personnages, et notamment deux vétérans de l'Afghanistan : l'un est un indécrottable célibataire plein de tocs, l'autre un gars incontrôlable. Il vivent entourés de femmes, Nath, l'épouse pas très fidèle, Mona, la fille en pleine crise, et surtout Marlène, la belle-soeur à lunettes, qui va venir façon Betty mettre le feu aux poudres. Mais contrairement à l'héroïne de 37°2 le Matin, celle-ci est une brave nana, pas super jolie, maladroite et attachante, et la zizanie qu'elle sème autour d'elle semble lui échapper. Personnage ambigu, que Djian décrit comme un secret : est-elle la dangereuse manipulatrice que voudrait y voir Richard, mettant le grappin sur Dan pour mieux trouver un père à son enfant ? ou est-elle juste une bénédiction du ciel, un personnage curieusement mûr et calme dans l'oeuvre de Djian ? Autour d'elle les petits événements (ou parfois les gros) s'enchaînent, toujours le goût pour transcender le quotidien par des personnages forts et bigger than life.

On aime cette petite tramette ramassée, simple, remplie de coups de théâtre abrupts et d'humour. Mais surtout on aime le style djiannesque, qui a rarement été aussi fin. Qu'il décrive un nuage qui menace ou un type qui nettoie un bowling, qu'il s'attarde sur un chien ou sur l'éclair d'une cuisse nue, Djian choisit toujours le bon angle, le regard qu'il faut, la petite formule qui rend le détail intéressant. Ce qu'il montre là, et c'est nouveau chez lui depuis Dispersez-vous ralliez-vous,  c'est la vie toute simple : pas la peine d'en rajouter (ou presque pas la peine : il y aura bien quelques coups de fusils dans cette histoire, le gars ne peut pas s'en empêcher), les personnages qui la font sont déjà bien assez passionnants. En tout cas, Djian revient en excellente santé, chargeant son roman d'un humour bon enfant, de sexe torride et de considérations sur la vie comme il ne nous en avait pas offert depuis longtemps. Un livre lumineux sur l'amour apaisé, sur la camaraderie et sur le toilettage pour chiens : un excellent moment. (Gols 08/03/17)


"Elle mesurait la dégringolade alors qu’ils avaient approché le sommet. Ils avaient été frappés par la foudre et avaient roulé plus bas encore que le camp de base."

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100% d'accord avec la chronique de mon camarade ce qui ne fut pas toujours le cas (les Djian moins bons et mauvais nous divisent souvent) : le Philou cesse de se réfugier sous des références musicales ou littéraires et livre un bouquin qui ferait presque penser, dans son empathie pour les différents personnages, au Djian "old school" (celui d'avant Gallimard...). Depuis, son style, lui, a évolué et ses phrases plus ramassées, plus compactes, donnent encore plus de punch à sa trame. Gols l'a dit, Djian (si ce n'est à l'avant-dernier paragraphe) ne cherche pas ici à balancer juste pour le plaisir d'incroyables coups d'éclat, comme s'il avait retrouvé la foi dans le dessin/dessein de ces cinq personnages principaux. On retrouve, par exemple, cette éternelle philosophie djiannesque : dès qu'un personnage pense atteindre enfin un sommet, il en redescend bien vite, cette sorte fatalité où dès qu'on pense toucher le bonheur du doigt le ciel nous tombe sur la tête. Si notre gars a toujours le sens de la formule (elle "attirait les merdes comme un aimant attire le fer" - c'est pas du Corneille, mais on frôle la perfection), il semble ne pas s'en faire une fixette à chaque page. Il préfère se concentrer sur l'évolution de ses personnages, sur ces liens d'amitié fort mais jamais à l'abri d'une embrouille, sur ces rapports sentimentaux plus compliqués à cernés qu'un discours de Jean Lassale. Bien lui on prend et on aime, sans le dire pour une fois un peu du bout des lèvres, cette Marlène. Qui va chopper l'adaptation au cinoche ? Beineix ? Oui, journée de l'humour aujourd'hui. (Shang 12/04/17)

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Taipei Story (Qing mei zhu ma) (1985) d'Edward Yang

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Voilà un film absolument réjouissant sur la forme (Yang + Hou Hsiao-Hsien au scénar, de la fine dentelle narrative) et plutôt déprimant sur le fond (t'habites à Taipei à la même époque, tu te tires une balle). Le constat est clair : alors même que la ville est en constante évolution (un architecte n'y reconnaîtrait pas ses propres petits buildings), on ne peut pas dire qu'au niveau humain et sentimentale cela suive. On suit le parcours de Chin et Lon, deux amis-amants qui font depuis longtemps route commune. Lon (HHH) doit partir aux States avant de revenir sur Taipei et d'emménager dans leur nouvel apparte. Que de perspectives réjouissantes ! Seulement rien ne va vraiment se passer comme prévu : manque de communication, manque d'implication, manque d'argent, manque de chance, le fait est que nos deux amants auront de plus en plus de mal à cohabiter et à trouver chacun sa propre "joie de vivre". Chin va perdre son boulot au retour de Lon et cela sonnera le début d'une  terrible décrépitude morale et sentimentale. Comment sera l'atterrissage, là est la question ?

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Bien que le climat soit lourd (dépression au-dessus du béton taiwanais), on suit avec un certain entrain le parcours de chacun des personnages, finement ciselés. Chin, après la déception de la perte de son job, va tenter de prendre un peu de recul... Force est d'admettre que rien ne se passe vraiment comme prévu : Lon a bien de mal à s'épancher et, pour passer le temps, elle continue de fréquenter des hommes (dont un ancien collègue) eux-mêmes un peu perdus dans leur vie de couple. Elle va finir par se rabattre sur la compagnie des copains de sa jeune soeur (à fond sous influence occidentale) mais elle peinera, passée le premier petit temps d'excitation, à y trouver son compte. Lon, lui, va suivre un vrai chemin de croix : tout ce qu'il touche foire (il prête de l'argent à son beau-père en pure perte, il joue il perd, il projette de partir aux States mais ne parvient pas à s'entendre (financièrement) avec son beauf installé confortablement là-bas...) et chaque pas qu'il fait dans cette citée bétonnée l'emmène un peu plus bas. Pourtant, il a le cœur sur la main : il aide ainsi un ancien pote qui touche le fond avec sa femme joueuse et ses trois gamins ; il ne parviendra qu'à faire fuir définitivement la mère... Quand il pousse une gueulante ou se rebelle (elles sont loin derrière lui ses années de joueur de base-ball couronnées de succès), il retombe encore plus bas et la dernière rixe (idiote) dans laquelle il se retrouve le laissera... exsangue. Bref, on rit guère sous les cieux taiwanais notamment pour ce qui est des couples croisés en route : homme et femme semblent tous aller un peu à la dérive, comme lâchés en route par cette économie fleurissante... Pour un petit moment de défoulement chez les djeun's (virées en motos et en boîtes - on se trémousse en écoutant Footlose : moment collector), que de chienlit et d'ennuis chez nos trentenaires sans réels repères. Un film massue du regretté Yang.

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11 avril 2017

Dans la Chaleur de la Nuit (In the Heat of the Night) (1967) de Norman Jewison

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Sidney Poitier is the man. Il ne pensait pas en allant simplement visiter sa mère qu'il serait encore victime de discrimination dans la petite ville mississippienne de Sparta : alors même qu'il s'apprêtait à reprendre le train pour regagner son poste, il se fait arrêter pour meurtre. Clair que les policiers qui procèdent à son arrestation n'ont pas inventé l'eau chaude... Ils mettent des plombes à se rendre compte qu'il est lui-même policier, le Sidney, et en plus spécialiste en homicide... Le Sidney, sur ordre de son chef, mais aussi par fierté personnelle, se retrouve à enquêter sur la mort de cet industriel en zone franchement hostile... Est-il vraiment plus malin que tout le monde (ce qui ne serait pas si difficile) ou est-il lui-même nourri aux a priori ? C'est là tout l'enjeu.

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On est en mode sixties, couleurs un brin délavées et musique polardienne quincyjonesienne qui envoie du pâté (de maison) : Poitier, classieux, se retrouve face au bouledogue Rod Steiger, sûrement un peu moins con que la moyenne dans cette ville de province, mais pas vraiment en confiance face à ce grand black qui le regarde de haut. Pour le meilleur (la découverte du criminel) et pour le pire (chacun se tire la bourre pour se jeter sur le premier suspect venu), ils vont devoir collaborer. Sidney la joue enquêteur de terrain pointilleux mais doit faire face à deux ennemis : son intime conviction qu'un roi du coton local est impliqué dans l'affaire et la confrontation avec les petits racistillons du coin qui aimeraient bien se faire un renoi en costard. Rod se la joue plutôt instinctive, jetant son dévolu sur le premier individu au comportement louche (il est du coin, il connaît chacun par cœur) ; malheureusement, il a le même nez que moi pour les truffes. Une chose, cependant le sauve, il a, quoiqu'il en dise, un certain respect pour le Poitier et laisse à ce dernier une certaine liberté pour agir... The beginning of a great multiracial friendship ?

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La bonne idée de Jewison est de partir du principe que tout le monde fonctionne avec ses stéréotypes : cela permet de mener le Sidney avec le spectateur (acquis à sa cause, pour peu qu'il ne soit pas un fan de Frank de Lapersonne) sur de fausses pistes ; derrière ses lunettes jaunes de kakou, Rod Steiger conserve (malgré ses nombreux défauts) un regard aiguisé sur la situation et saura éventuellement (de façon plus ou moins réfléchie) mettre le Sidney sur la bonne voie. Nos deux âmes solitaires se retrouveront à la coule le temps d'un whisky mais leur fierté respective fera vite des étincelles... Tout n'est cependant pas perdu pour que les deux hommes se retrouvent "on the level" sur le fil...  Jewison fait le taff dans ce polar qui n'a pas pris trop de rides et qui permet de traiter de façon assez fine des discriminations raciales - sans forcément jouer les Bisounours. Une chaleur de la nuit point encore trop tiède.

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Que le Spectacle commence (All that Jazz) de Bob Fosse - 1979

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Bob Fosse manquait encore curieusement à notre liste de réalisateurs, et le voilà intronisé par une entrée un peu malaisée, Palme d'Or controversée à Cannes et effectivement film assez borgnole. Largement autobiographique de toute évidence, All that Jazz raconte la fin de carrière d'un cinéaste-metteur en scène-chorégraphe mégalo, obsédé sexuel, éternel insatisfait, perfectionniste et odieux, rêvant d'Art au sein de la grande machine du show-biz, et dont les hautes ambitions se heurtent à la trivialité du milieu. On suit donc la mise en scène de son dernier spectacle : les producteurs rêvent d'un vulgaire spectacle familial qui plairait au plus grand nombre, lui imagine une sorte de show sexuel qui rendrait compte des moeurs sexuelles de son temps en même temps que de ses idées fixes sur les femmes. D'où source de frustration et d'insatisfaction, d'autant que côté cinéma ce n'est guère mieux : il monte et remonte et remonte éternellement son film (dans lequel on reconnaît Lenny), brulôt politiquement incorrect sur un show man cynique et violent, au grand dam des producteurs qui gardent un oeil sur les cordons de la bourse. En parallèle, on regarde des bouts de sa vie privée, et notamment son rapport aux femmes, qu'il multiplie allègrement, depuis l'ex-épouse aimante jusqu'à la danseuse naïve.

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C'est Roy Scheider qui s'y colle, et le moins qu'on puisse dire c'est que le gars ne s'épargne pas. Clopeau au coin du bec, mal rasé et engoncé dans des costumes moulants trois tailles en-dessous, il sillonne le film en gros dégueulasse, lassé de tout ce qu'il voit, d'une mauvaise foi totale quand il s'agit de parler à ses soupirantes, cynique à mort quand il s'agit de choisir les prochaines danseuses de ses chorégraphies. Le portrait est largement à charge, et Fosse choisit l'angle le plus noir qui soit : le gars est mort, et c'est depuis les limbes qu'il revient sur sa vie, interrogé par la belle Jessica Lange au milieu d'une loge en désordre qu'on imagine symbolique de sa vie dissolue. Une option qui lui permet également de faire passer le film dans un aspect plus onirique, presque symbolique, en tout cas irréaliste, qui en fait tout le style. L'aspect "musical" du film en rajoute encore une couche : on est dans la vie mise en spectacle, dans une existence dont l'aspect misérable et sordide est mis en symbole par la danse, la musique et le "fantastique". En atteste d'ailleurs le jeu des comédiens, outré, caricatural, et la mise en scène très pop du film, montée en très courts plans cut, morcelée façon Warhol, où tout semble s'emballer de plus en plus au fur et à mesure du film. "It's showtime !", s'écrie tous les matins le gusse face à son miroir, et c'est ça : le film est à la fois une très douloureuse et masochiste réflexion sur la vie et le spectacle, et un show (qui se veut) étincelant, drôle et dynamique.

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Si Fosse réussit assez bien du premier côté, celui donc du portrait désabusé, il pose plus de problème du côté du second, le grand spectacle à paillettes. Mettons ça sur le compte des années (le film est super ringard), mais tout de même : on frémit devant ces chorégraphies théâtralisées grotesques, filmées de façon hystérique, devant ces nymphettes en collants et leurs pointes d'un autre âge, devant ces homes en moule-burnes prenant des poses précieuses, devant cette musique brodwayienne inécoutable, et devant Scheider au milieu de tout ça, à la fois gêné et de bonne volonté, agitant grotesquement son cul moulé dans le lycra dans les 143056 ampoules des studios. Au milieu de ce style très daté, une chorégraphie ressort : celle où le gars décide de recommencer à zéro son travail, et propose une danse hyper-sexuée, où hommes et femmes se mélangent, où chaque geste semble être une provocation au bon goût bourgeois. Là, on comprend l'ambition du héros (et de Fosse), véritable trublion au milieu de ce monde polissé. Mais sinon, depuis l'ouverture du film, très maladroite, jusqu'à la chorégraphie finale, sorte de furie baroque ouvrant déjà sur les délires punks à venir, on frémit devant le ridicule de la chose. Ou plutôt : Fosse est toujours à la frontière du ridicule, et se relève toujours au dernier moment. On se retrouve ainsi tout dubitatif, assommé par la somme d'images et d'impressions, étouffé sous le montage hystérique, mais finalement intrigué et relativement convaincu. On serait né 10 ans plus tôt, on aurait adoré ce film.

Roy Scheider Erzsebet Foldi All That Jazz

Quand Cannes,

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