Shangols

20 mai 2013

5 Caméras brisées (Khamas Kamīrāt Muḥaṭṭamah) de Emad Burnat et Guy Davidi - 2013

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Documentaire in situ des combats "ordinaires" en Cisjordanie, et réflexion fulgurante sur le pouvoir du cinéma, chronique d'une enfance et cri de révolte, 5 Caméras brisées est tout cela à la fois, ce qui en fait le film le plus bouleversant et le plus intelligent qu'on ait vu depuis longtemps. Dans une construction de récit absolument impeccable (dûe visiblement à Guy Davidi, auquel Emad Burnat a amené ses images), le film raconte en parallèle trois histoires, qui n'en font qu'une : celle d'un village de paysans palestiniens, Bil'in, qui se voit du jour au lendemain privé d'une grande part de ses terres par la construction d'une ville israelienne, séparée de lui par un mur ; celle de l'enfant du cinéaste, né avec ce mur, et dont on va suivre les cinq premières années de vie au rythme des luttes de ses contemporains ; et celle des cinq caméras de Emad Burnat, cassées une par une dans les combats pour récupérer les terres spoliées.

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Ce qui convainc d'abord, c'est les images de la lutte. Jamais on n'avait vu les conflits quotidiens filmés d'aussi près, dans leur injustice flagrante et leur violence sèche. Burnat n'est pas un journaliste de CNN qui passe trois jours sur place : il est, pendant 5 ans, et chaque jour qu'Allah fait, au coeur de l'action, ramassant plus qu'à son tour des balles, voyant tomber ses potes et ses frères, assistant bouche bée aux exactions des militaires israeliens qui grignotent petit à petit le territoire, assistant aux petites et grandes défaites de ce combat perdu d'avance. En évitant tout voyeurisme, en tentant de montrer exactement ce qui se passe, en se plaçant du côté de l'humain avant tout (pas de réflexion géopolitique ample, mais des hommes qui se font face, des coups qui partent, des mots, des opérations symboliques dérisoires), le film est sûrement le plus juste qui soit sur ce qui se passe là-bas. On est transporté nous aussi par ce scandale, découvrant les méthodes des puissants pour s'approprier le bien des faibles. On découvre la violence inconcevable, physique et morale, que ce conflit représente, tous les jours. Sans angélisme et sans manichéisme, Burnat a tout enregistré, des luttes corps à corps aux espoirs, des petits commandos absurdes (les gars qui se menottent au mur, délogés en trois secondes à coups de crosse) aux grands drames, des morts brutales aux fêtes de village.

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Burnat filme aussi son fils, donc, petit môme qui découvre peu à peu le monde à l'aune des bombes lacrymogènes et des check-points. L'apprentissage déviant de ce gamin ajoute encore une touche d'émotion au film. Les premiers mots qu'il prononce (soldat), les questions naïves qu'il pose à son père ("Pourquoi tu ne vas pas tuer les militaires avec un couteau ?"), les moments tout simples (le bambin devant un arc-en-ciel, ou franchissant un barrage de soldats), tout est capté avec une tendresse infinie par son père, mais aussi avec un désabusement, une tristesse, qui finissent par nous gagner à notre tour. Tristesse d'alleurs transmise par la voix off, à la fois neutre et mélancolique, qu'on dirait déjà gagnée par le découragement.

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Enfin, il y a ces cinq caméras, qui donnet le ton final du film, qui lui font même gagner une certain espoir. Le cinéma, pour Burnat, peut changer la vie. La preuve : une de ses caméras a sauvé sa propre vie en recevant la balle qui lui était destinée. Quoiqu'il arrive, malgré les remontrances de sa femme, malgré les coups qu'il reçoit pour avoir filmé tel acte qui aurait dû rester secret, malgré le danger que ça lui fait courir, il filme, considérant le cinéma non seulement comme un témoin nécessaire de son combat, mais comme un bouclier. Il le dit plusieurs fois : quand il filme, il se sent à la fois acteur et témoin, et protégé par sa caméra. Superbement monté, le film est témoin de ça : que le cinéma sert à quelque chose. Le regard très direct du cinéaste, qui filme frontalement les choses (y compris la violence qui lui arrive directement à lui), finit de convaincre qu'on a droit ici à un véritable essai sur la puissance du cinéma, sur sa faculté de mémoire (enregistrer les choses) autant que sur son côté "pratique" (se protéger derrière l'appareil), sur son pouvoir de témoin autant que sur son pouvoir d'action, sur sa force politique autant qu'émotionnelle (les très beaux plans apaisés, sur des oiseaux, sur des gens qui rient, que le cinéaste sait insérer à bon escient dans son film), sur sa poésie autant que sur son devoir de vérité. Au final, 5 Caméras brisées est avant tout le témoin de la naissance d'un cinéaste, qui découvre, au contact de la brutalité de l'existence, que la caméra est une arme de poing. C'est fulgurant.

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19 mai 2013

La grande Evasion (High Sierra) (1941) de Raoul Walsh

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Classique parmi les classiques, voilà un film que je finirai sûrement un jour par connaître par cœur. On oublie en un clin d’œil la pâle copie colorisée et on suit avec un sourire gourmand notre ami Bogart, le chapeau enfoncé jusque-là, l’habit noir qui ne prête pas à rire (il sort tout juste de tôle. Au bout de huit ans, c’est pas rien), les cheveux coupés ras au niveau de tempes grisonnantes… Boggy mon beau Boggy, l’homme auquel on ne la fait pas - surtout quand on est truand, l’homme au cœur chamallow - surtout quand on est une jeunette de vingt ans, l’homme dont on tombe amoureux - quand on s’appelle Ida Lupino et qu’on a bien galéré avant d’en arriver là… High Sierra est construit comme une suite « d’évidences » qui fonctionnent comme dans tout film miraculeusement magiques : Boggy fait la connaissance impromptue d’une donzelle, c’est le coup de foudre - pour lui…, il croise le regard d’Ida, c’est le coup de foudre - pour elle…, il rencontre les deux barges avec lesquels il doit monter un coup, immédiatement il s’en méfie, il tombe sur l’indicateur qui bosse dans l’hôtel où aura lieu le casse, automatiquement il sent le cave… Bref, Bogart est un instinctif : seulement s’il dégage un je-ne-sais-quoi qui attire la confiance des autres (celle d'Ida mais bien sûr aussi ce légendaire chien, Pard (Humphrey's dog, obviously), qui ressemble à rien mais qui nous tire des larmes pour peu qu’on soit humain), il a du mal, lui-même, à faire vraiment confiance à son premier feeling…  Du coup, le pauvre va avoir une certaine tendance à se retrouver dans de sales draps… jusqu’à ce que ces derniers soient tâchés de sang ? Sans doute... On sent dès le départ en tout cas que le destin est en marche - sachant que celui-ci est sans pitié, voyez…

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Il y a un nombre incroyable de trucs qui fonctionnent dans ce film - de quoi rendre jaloux n’importe quel autre film de même envergure qui fait pschitttt : l’allure de Boggy, nombre de ses répliques (sa déclaration d’amour à Velma sous les étoiles - avec ce petit moment où il lui prend subrepticement la main alors qu’il parle de Vénus : du nanan, les amis), sa complicité - à la longue - avec Lupino, ce sacré clebs (sensé porté malheur aux différents maîtres qu’il se choisit) qui suit Boggy partout et qui lui arrache à chaque fois un petit sourire… à la Boggy, ce casse facile comme un jeu d'enfant qui se passe de façon tellement foireuse qu’il en serait risible, cette échappée finale dans les High Sierra et ce dernier plan… rahhh, cette fin… ce foutu travelling arrière sur le visage d’Ida… rah, putain Raoul, tu nous cueilles à chaque fois…

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Chaque information semble, mine de rien, donner une indication tragique sur la suite des événements (du big boss avec sa philosophie sur la mort au black dans le cottage avec sa théorie sur le chien) comme s'il était vain pour leur héros d'espérer quoi que ce soit : notre Boggy qui, après 8 ans de prison, pense retrouver la nature là où il l’avait laissée (l’incroyable visite dans le parc au tout début), qui pense être constamment en terrain connu, qui pense avoir assez d’expérience pour se préparer à tous les aléas de la vie, va passer son temps à « tomber de haut »… Un mariage qui semble tout fait d’avance ? Tu rêves Alfred ! Un vol qui devrait se passer comme sur des roulettes ? Tu parles Charles ! Un type indépendant, le Boggy ? Attends, you're joking, qu’une donzelle ou un chien s’intéresse à lui, et voilà notre rocher qui se fissure… A tough guy, with a soft heart, un gagnant destiné à tout perdre, un type solitaire qui rêve de tranquillité et qui va finir le nez dans la poussière devant une foule de voyeurs. Un monument dans la carrière de Walsh, un duo Boggart-Lupino mythique, et un enfoiré de chien craquant… Que demande la populace, bordel ?

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Walsh et gros mythe, clique

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Océans (2009) de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud

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Comme la journée de la tortue approche - oui, bon, peut-être que cela ne vous concerne pas directement, chacun voit midi à sa porte -, je me suis dit, tiens, et si je le matais ce film de Perrin sur les océans. Dès le générique, nous voilà prévenus, on remercie la fondation Total et le chèque d’un honorable Cheik au nom à rallonge (on évitera peut-être de parler pétrole, so ?), la fondation  Liliane Bettencourt (on ne parlera pas de graisse de baleine, hein ?) et j’en passe… Pour s’immerger totalement, il faudra donc fermer les yeux sur deux trois principes, mais également se boucher les oreilles pour éviter non seulement le discours plat digne d’un élève de cinquième dit sporadiquement par Perrin et cosigné Laurent Gaudé (!) ainsi que les bruitages ultra-gonflés qui tenteraient de nous faire croire que lorsqu’un oursin bouge tu peux écouter chacune de ses petites piques qui frétille. Bref, faut faire des concessions. Ensuite bon ben on a droit tout de même à deux trois moments qui déchirent : les baleines qui s’ébrouent - moins magique que de les voir en vrai, certes mais c’est juste pour vous faire bisquer -, les mouettes qui plongent tête la première au milieu d’un ban de poisson en forme de globe, les requins paisibles qui ne demandent qu’à ce qu’on les laisse tranquilles…

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Il y a bien sûr toujours dans ce genre de doc, les passages « drôles et insolites » : tiens des poissons qui ont la même tête que les frères Bogdanoff adultes, oh de jolis petits vers noirs et blancs, ouarf un truc qui ne ressemble tellement à rien qu’on dirait Christine Boutin déguisée en pierre et ouvrant sa gueule dès qu’un truc sexué passe malencontreusement dans son entourage… Il y a aussi l’instant « prise de conscience » avec Perrin marchant avec un mini Perrin au milieu d’animaux taxidermisés et maintenant disparus (le regard protecteur de l’un croisant le regard tout naïf de l’autre - c’est tellement mauvais qu’on dirait du Lelouch) : comme il est impossible d’accuser la pollution due au pétrole ou l’industrie des produits de beauté, on va s’en prendre à ces salopiots de pêcheurs qui coupent les ailerons de requins avant de remettre la pauvre bête à l’eau : elle coule du coup comme un tube de dentifrice qui fuit jusqu’au fond de l’océan et c’est franchement pas humain. L’homme est un requin pour le loup de mer - ou un truc comme ça. De bien belles images de fonds marins - la totale, quoi.

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18 mai 2013

Magic Mike de Steven Soderbergh - 2012

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Je vous vois esquisser un ricanement en découvrant que je viens de me taper un film sur les Chippendales. Eh ben oui, et je dirai même plus : c'est une très agréable surprise de découvrir Soderbergh sur ces chemins-là. Sans hurler au génie, je serais même à deux doigts de classer Magic Mike dans les très bons Soderbergh, en tout cas dans sa veine la plus commerciale. Derrière l'entertainement pur jus, derrière les dorures et le fun, derrière le scénario cousu de fil blanc, on entend la petite voix du metteur en scène nous crier quelque chose de très personnel, si bien qu'on comprend qu'on a affaire là à un film à tiroirs, qui se cache derrière le commercial pour dire quelque chose de touchant de son auteur.

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On regarde donc l'ascension d'un petit mec anonyme qui, au contact d'un pro, va découvrir le monde interlope et clinquant du strip-tease masculin : fric, drogue, filles, succès et cocktails sur des plages paradisiaques, bref la vie de Shang mais avec des abdos. Rien de bien novateur dans le scénario, toutes les étapes y sont, des débuts tatonnants à la déchéance, des coups bas aux moments de gloire, des engueulades avec le producteur aux discussions familiales houleuses. L'essentiel du film, et c'est la première qualité, est consacré à ces chorégraphies improbables où des gars taillés comme des bûcherons se livrent à de très suggestives variantes sur le métier de policiers, de militaires ou de chefs de chantier. Les danses, hyper bien montées par un Soderbergh vraiment virtuose du rythme, sont très drôles : non seulement les gusses sont excellents (Channing Tatum est vraiment impressionnants), mais en plus les chorégraphies elles-mêmes manient un second degré bon enfant qui fait mouche. Le film renverse les traditionnelles représentations de l'érotisme féminin, en nous montrant ces solides gaillards en tant que cibles de donzelles hurlantes. Ca balance de l'hormone par poignées, ça pousse du cri hystérique, ça joue du bassin et de l'objet contondant avec un vrai sens du spectacle, et Soderbergh enregistre tout ça avec une énergie, un fun, un humour communicatifs. Pour cette fois, les dorures clinquantes de sa mise en scène, les décors lisses et propres, les lumières dorées et clicheteuses, servent le sujet : il y est question d'apparence et de superficialité, les personnages sont avant tout de la chair à spectacle.

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Et c'est là qu'on commence à entrevoir la nécessité du film : véritable autoportrait, le film nous montre l'artiste qu'est Soderbergh condamné à la rentabilité, au spectacle, à l'entertainment. On voit très souvent dans ces personnages de mannequins des êtres malheureux, convaincu qu'ils sont bons à autre chose mais dévoués tout de même au pur divertissement. Pour le réalisateur de films aussi différents que Ocean's Eleven, Full Frontal ou Solaris, ça fait sens indéniablement : ce film est une sorte de confession intime du gars, qui dit son désarroi de faire partie du jeu hollywoodien tout en étant attiré vers l'expérimental et le contemporain. Il y a dans cettte foule braillante de filles un portrait assez amer du public de cinéma, dans ce chef de troupe égotiste (excellent Matthew McConaughey) un constat acide sur les exigences des producteurs, et dans la mélancolie étrange de Tatum un sentiment touchant de la part de Soderbergh. Le film est dix fois trop long, attendu la plupart du temps, clicheteux à plein d'endroits (le personnage de la nana), mais ce petit secret enfermé en son sein vaut le détour.

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17 mai 2013

La Peur (Non credo più all'amore (La paura)) (1954) de Roberto Rossellini

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Rossellini adapte Zweig et met en scène pendant 70 minutes une pauvre Ingrid Bergman remplie d’effroi. Ah c’est bien joli d’avoir un mari et un amant… Seulement voilà, cela devient beaucoup moins drôle quand l’ex de son amant se met martel en tête de vous faire chanter. L’Ingrid cède une première fois prise de pitié pour la pauvrette à la rue, puis résiste, un peu, pas longtemps, car l’autre est forte en gueule ; elle cède une deuxième fois mais la chtite semble bien décidée à ne pas lâcher prise... La maitresse-chanteuse va plonger notre Ingrid dans la panique quand elle va lui « emprunter » une bague - ce furent en d’autre temps des boucles d’oreille « disparues » qui provoquèrent la détresse d’une femme… -, d’autant que le mari de la belle Ingrid ne la lâche point pour voir réapparaître le dit bijou… Ingrid a le même regard perdu que celui d’un lapin dans la lumière d’un camion, la nuit…

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A l’aide d’un montage des plus « dynamiques », Rossellini ne perd point de temps pour nous faire partager la chute tourbillonnante de cette femme prise en flagrant délit d’adultère. Elle que l’on sent d’habitude si posée, si responsable, si respectée, se voit soudainement exposée au danger et se doit de multiplier les efforts, quitte parfois à en perdre haleine, pour donner satisfaction à ce poison féminin qui a pris possession de son existence… Deux épisodes en filigrane sont particulièrement révélateurs de l’angoisse qui étreint Ingrid : lorsque son mari force leur petite fille à avouer qu’elle a volé la carabine de son frère (joli plan avec cette petite fille de dos aux abois, le père au second plan qui la tance et la pauvre Ingrid, debout, au troisième plan, effrayée de trouver dans cette scène un miroir de sa propre vie - le mensonge, la trahison, la punition…) ou encore lorsque son mari et ses collègues parlent de leurs expériences en laboratoire sur des anesthésiants (depuis que cette femme a pénétré dans « l’intimité » d’Ingrid, celle-ci perd tous ses moyens : elle est comme paralysée, mourant de peur à l’idée que son mari puisse apprendre la chose - ces expériences « sans douleur » réalisées  sur des animaux pourraient également présager une fin tragique, si jamais la situation venait à échapper totalement à notre héroïne…)

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Ingrid ne sait plus à quel saint se vouer en ce bas-monde (joli petit coup de théâtre à vingt minutes de la fin même si on pouvait s’en douter) et risque de commettre l’irréparable : il y a ce plan lorsqu’elle entre, de nuit, dans la salle de laboratoire et que son ombre fantomatique apparaît au plafond ; l’Ingrid, ayant perdu tout dignité, toute raison de vivre, tout amour touche le fond et quand l’on repense à la fin même de Zweig on se dit que ce dernier avait déjà prévu sa propre porte de sortie… Chronique d’une mort annoncée… à moins qu’un petit miracle, sous forme de prise de conscience salvatrice, ramène l’Ingrid de la mort à la vie. Récit rondement mené d’une femme qui perd pied, avec un Rossellini toujours aussi doué au niveau du rythme, de la construction des plans - le jeu sur les profondeurs de champ notamment - et dans sa direction d’actrice… Haletant - l’adultère, c’est mal, Ingrid, hum, hum…

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Oeuvres de Jean Painlevé (1929-1978)

Hyas et sténorinques (1929)

Petite plongée dans le monde délicieux de ces malins animaux marins qui font d'un camouflage un véritable art (tu as le choix entre les algues et l'éponge). Alors, la première question que vous me posez et vous avez raison d'en profiter, c'est : comment distinguer l'un de l'autre ? Bon, grosso modo les premiers sont des araignées (pour le profane que je suis) plutôt "balourdes" et les secondes sont plutôt "élancées", voyez. Je vous conseille en particulier celui qui prend des poses de bouddha ou encore le magnifique "guerrier japonais" comme l'appelle le commentateur toujours à l'affût. En guest star, il y a quelques apparitions du spirographe (c'est quoi ? Attendez, attendez) un ver qui vit tout enfoui dans sa branche et qui lorsqu'il sort sa tête donne une magnifique corolle spiralaire qui t'assoit. Un feu d'artifice final du spirographe qui mange po de pain.

L'Hippocampe (1933)

painleve_20Toute la dignité et la majesté de cet intéressant poisson immangeable et pacifique. Si l'hippocampe peut se caractériser par sa moue dédaigneuse et sa queue de caméléon, son regard a l'air constamment inquiet, notamment chez le mâle; on comprend vite pourquoi, vu que, le gars, c'est lui qui accouche et ce pendant des heures, en tressautant comme un malade. Dès son plus jeune âge, l'hippocampe aime à attraper son congénère par la queue, ce qui nous laisse à penser, au vue des images, qu'il est plutôt joueur. Vous m'arrêtez si cela devient franchement inintéressant.

Barbe Bleue (1936)

film-barbe-bleue-painleve-bertrand1Une petite merveille du cinéma d'animation des débuts, tout en stop-motion, en fil de pêche tendu et en travail manuel, pour une illustration haute en couleur du fameux conte. Painlevé s'en donne à coeur joie dans la profusion des effets : couleurs primaires poussées à leur paroxysme, mouvements de caméra assez prodigieux (des travellings arrière de toute beauté, une plongée vertigineuse depuis la tour de la Soeur Anne à la fin), et surtout exploitation dans toutes leurs possibilités de ses personnages de pâte à modeler. On est très fidèle au conte dans cette version presque gore de la chose, où les têtes volent mais continuent de parler, où les corps sont découpés en deux dans le sens de la longueur, où les épées s'enfoncent dans les chairs, etc. Mais Painlevé n'est pas non plus avare dans l'inspiration poétique : le brouillard qui se lève sur le champ de bataille, le magnifique château jaune, les insertions de motifs gothiques, tout est beau, tout est scintillant. Dommage que tout ça soit raconté en opérette, et la pire qui soit, celle qui vous nique les oreilles et vous vrille les nerfs. Mais ça ajoute encore à l'aspect humoristique de la chose, déjà pas mal fun en elle-même (bien aimé l'armure pour protéger la barbe du héros). Une vraie découverte, dûe à notre camarade de Racines, qui ne voit pas que l'herbe qui verdoie mais aussi des bien belles trouvailles.

Les Oursins (1953)

On pense que l'oursin se réduit à ses piquants qui vous font maudire sa race si vous avez malheur de marcher dessus (j'ai fait l'expérience et le truc est paisiblement dans mon talon droit depuis 4 ans sans s'être jamais plaint). Et bien pas du tout : on découvre qu'il a aussi des ventouses, le bougre, des organes bizarroïdes en forme de tête de serpent et de trèfles à trois feuilles et même des cils vibratiles. On regarde, après ça, l'oursin d'un autre oeil.

Comment naissent les Méduses (1960)

La vie d'une méduse ayant l'air chiante comme la pluie, il semble normal qu'on s'intéresse en priorité à son mode de reproduction. Painlevé nous filme la sortie de la méduse (deux fois par jour, c'est bon à savoir si vous avez rendez-vous) en accéléré et c'est guère plus passionnant. Non franchement, être méduse, je vois po l'intérêt.

Histoires de Crevettes (1964)

painleve_14D'après le commentateur apparemment avisé, la crevette ferait preuve d'une "ruse sans lendemain". Et c'est vrai qu'en y réfléchissant bien, la crevette a bien l'air aussi con que la méduse. On assiste au repas d'une crevette qui à l'air de se mettre à table en dégustant une moule - il la broie avec des "pattes-mâchoires" dis donc - puis à sa toilette aussi minutieuse que celle d'un chat. On apprend aussi que la crevette mue, ce qui la rend toute pataude pendant quelques instants et que ses potes en profitent souvent pour bouffer la crevette en perte de repère. La crevette est un loup pour la crevette.

Amours de la Pieuvre (1967)

painleve_01Painlevé nous sert une musique et un texte ultra angoissants (la voix off est assez croustillante, faut l'admettre) alors que l'on découvre sous nos yeux ébahis un poulpe qui tente de tracer sa route à marée basse : c'est un peu comme une grosse bouse mouvante et cela ne nous rend l'animal encore moins sympathique. Lorsque l'envie prend au mâle (reconnaissable à ses grosses ventouses, c'est bon à savoir) de se reproduire, il se vautre sur la femelle comme un malpropre et la scène d'accouplement ressemble franchement à du grand n'importe quoi - personne n'a jamais pensé à écrire un kama sutra de la pieuvre? Franchement, il y aurait matière.

Acera ou le Bal des Sorcières (1972)

JP1_ph_aceraL'acera est un mollusque qui soulève sa jupe quand il nage et qui pourrait en effet presque faire penser à des sorcières s'il y avait des balais dans l'océan. Alors l'acera, sinon, est un genre de limace marine bisexuée qui ne rebute point à la partouze. Cela n'a pas l'air de gêner quiconque ce qui tenterait à prouver que le monde marin est des plus tolérants.

Cristaux liquides (1978)

painleve_03De bien belles images dont les variations dans les formes et les couleurs font curieusement penser à un clip disco. Ca tombe plutôt bien, on était en plein dedans.

 

(A suivre... eh oui, je vous rappelle qu'on a dit "pointu", faut assumer jusqu'au bout...)

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Après Mai d'Olivier Assayas - 2012

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Le cinéaste de la jeunesse enragée est devenu le cinéaste de la jeunesse désabusée, et on y perd au change. Après Mai est certes maîtrisé, mais il y manque la fièvre, l'urgence, cette énergie électrique que le gars Assayas avait su trouver avec force dans L'Eau Froide ou Désordre. Cérébral, vidé, sans émotion, allangui, presque déprimé, ce film-là dresse un constat vraiment trop glacial de la perte des idéaux, et échoue même à la transmettre réellement. Trop ppréoccupé par sa reconstitution appliquée des années 70, trop empêtré dans sa direction d'acteurs, trop obnubilé par la signifiance de son scénario et la sophistication de ses mouvements de caméra, Assayas en oublie l'essentiel : le spectateur. Il réalise un film pour lui seul, dirait-on, un film un peu masochiste dans sa façon de se renvoyer lui-même dans les cordes en s'accusant de n'avoir pas su rester fidèle à ses idéaux politiques.

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C'est ça, le sujet : comment la radicalité politique des ces années-là (l'immédiat après 68, les lycéens trotskystes et maoïstes qui affrontent les fachos, ce genre de choses qu'on voit aussi in situ dans les Godard de cette époque) a dû baisser les bras devant les aventures sentimentales ou les ambitions artistiques. Autoportrait en jeune homme hésitant, Après Mai nous montre un gars complètement impliqué dans la révolution céder peu à peu le pas devant ses rêves : devenir peintre ou cinéaste, être aimé des gorettes qu'il croise (la garrelienne Carole Combes ou la mutine Lola Créton) et construire sa vie. La reconstitution des AG mouvementées de la première partie (vraiment ratée) est remplacée peu à peu par une errance sentimentale à la poursuite de ses ambitions. Bon, il a peut-être raison, après tout : l'amour est plus beau que la lutte. Mais du coup, le film se teinte d'une amertume presque cynique qui finit par contaminer l'ensemble de la chose. Pas d'énergie dans ce personnage, pas d'émotions dans ses atermoiements amoureux un peu clicheteux, pas de jeunesse finalement dans un film qui lui est pourtant consacré. Juste le regard trop dur d'un adulte revenu de tout. C'est vrai qu'Assayas évite pas mal de pièges, notamment un esprit hippie qui aurait été trop facile ; c'est vrai aussi que la musique qu'il colle là-dessus est parfaite, succession de tueries (Syd Barrett, Soft Machine, Nick Drake) qui changent des éternels disques "de l'époque". Mais la direction d'acteurs (tous affreux), l'application de bon élève dans l'écriture, le faux rythme et la sur-schématisation de l'ensemble font écrouler tout ça. Inutile et fade : Assayas loupe son film autobiographique...

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16 mai 2013

Les Amants crucifiés (Chikamatsu monogatari) de Kenji Mizoguchi - 1954

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La dernière période de Mizoguchi est décidément pleine de beautés, et ces Amants sont vraiment une merveille à tous points de vue. Il s'agit moins cette fois de la narration d'une déchéance féminine que de celle d'un couple. Au XVIIème siècle, Mohei, brave employé d'une imprimerie, tente de sortir sa maîtresse d'une suite compliquée de dettes familiales. Mais par une suite de malentendus, de secrets non révélés, de liens familieux obscurs et de tromperies d'alcôve, Mohei va être soupçonné d'entretenir une coupable et adultérine relation avec la femme du patron. Le couple est contraint de fuir, poursuivis par les flics, les créanciers, les maris outragés et la vindicte populaire. La punition s'ils ont pris sera la crucifixion, les braves gens n'aimant pas qu'on suive une autre route qu'eux.

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D'abord on est scié par la modernité du scénario. On sait Mizo très moderniste dans sa vision des humains, on le sait très en avance sur les moeurs de son époque. Mais voir ainsi LE sujet tabou (l'adultère) traité avec cette frontalité fait vraiment plaisir. Les personnages, complexes, épais, pleins de contradictions et de refoulés, se distinguent très nettement du cinéma japonais classique, qui a tendance à cantonner (jeu de mot) les êtres à leur statut social. Ici, certes, on sent le poids insoutenable de la hiérarchie, de l'argent, des coutumes, de la famille et du qu'en-dira-t-on, et les êtres subissent une sorte d'annihilation de leur nature à cause du rang social qu'ils sont forcés de représenter ; mais les personnages sont plus que ça, se débattent sous leurs masques, à l'image du mutique Mohei, dont les amours ne seront dévoilés qu'en ultime recours, et dont le courage sera inattendu, tant le personnage nous est d'abord présenté comme falôt et discret. Son honnêteté sans faille (même quand il envisage le temps d'une scène de falsifier un document, c'est pour arrondir les choses, pour rendre la paix à sa patronne) se heurte au portrait terrible que Mizo dresse de la bourgeoisie et du patronnat : tout est mesquinerie, avarice, impitoyable dans ce minuscule monde de l'imprimerie, où on est prêt à piétiner l'autre pour gagner un peu de blé ou accéder à un rang supérieur. L'univers moral est fermé de tous les côtés chez ces gens-là, à l'image des décors de la première partie, cloisons rigides qui séparent les êtres comme des castes, qui servent à cacher les complots et les comportements déviants.

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Heureusement, les gars, l'amour triomphe de tout. A la moitié du film, après une scène proprement somptueuse au milieu des herbes hautes battues par les vents, nos deux desespérés quittent les intérieurs sclérosés pour se lancer sur les routes ; et, malgré la peur, malgré le désespoir, malgré les envies de suicide qui rôdent, l'amour mène ce couple envers et contre tous. D'un romantisme sombre, Mizoguchi filme cet amour au sein d'une nature paradisiaque, eaux endormies des étangs filmées plein cadre et qui envahissent l'écran, et petits chemins de montagne édéniques. Le film s'ouvre à la beauté des choses, un peu comme un haiku : on sait que c'est éphémère, que ça ne durera que queques scènes, que nos amants en fuite vont vite être repris par leurs poursuivants, mais ces minutes d'exaltation amoureuse en milieu rural sauvent toutes les tares des comportements de la première partie. Le rythme magnifiquement allangui vient adoucir les excès des sentiments, et on a droit véritablement à une déclaration d'amour à l'amour en tant qu'émotion fulgurante et vouée à mourir. On comprend alors la sérénité de notre couple d'amoureux lors de cette dernière scène complètement zen. Un spectacle constant et magnifique.

mise sur Mizo : clique

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15 mai 2013

La folle Enquête (A Miracle can Happen/On our merry Way) (1948) de K. Vidor et L. Fenton (J. Huston et G. Stevens non crédités)

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Tout d'abord, pour la petite histoire, la version que j'ai vue, intitulée A Miracle can happen contient le "sketch" avec Charles Laughton - une partie remplacée dans On our merry Way par un sketch avec Dorothy Lamour (po vu donc mais apparemment j'ai rien loupé...). Une foultitude de réalisateurs présents ou absents au générique, une gerbe d'acteurs (James Stewart, Paulette, Paulette, Paulette Goddard, Henry Fonda, Burgess Meredith, Charles Laughton...) et au final, un terrible ratage... Certains semblent se lamenter ici ou là de ne pas avoir pu voir la "légendaire" partie avec Charles Laughton, moi je dis bof et rebof... Mais reprenons dans l'ordre. On a donc droit en fil conducteur aux mésaventures d'un type au fond du trou - financièrement - que sa femme va motiver à donf : il bosse à la rubrique des chiens perdus et sous l'inspiration de sa douce, il va se transformer en reporter. Pour écrire une rubrique dans un journal, il pose la même question (question justement soufflée par sa femme) à différents individus qu'il va rencontrer : Comment un enfant a-t-il déjà influencé votre vie ? Tout un programme...

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On assistera donc à trois rencontres et à autant d'histoires ; Fonda et Stewart forment dans la première un ptit couple de musiciens fauchés... Alors qu'ils tentent de truander pour remporter un concours de musique, ils vont croiser la route d'un bien joli bébé (!), une jeune donzelle surdouée en musique (disons une bonnasse qui tient une trompette comme un sex-toy) qui va, contre toute attente, leur remettre le pied à l'étrier... Les mimiques de Stewart, sa voice si soft ou la voix caverneuse d'un Fonda ne suffisent point à rendre attachant le bazar... Plus ils font les pitres, moins on trouve cela drôle et l'on finit par être presque gêné de les voir autant galvauder leur talent. Arrive la "mythique" partie avec Laughton qui se veut douce amère... Avec force grimaces, le père Charles va conter l'histoire biblique de David et Goliath à un type hypocondriaque et le remettre sur pied... Il y a bien cette fois-ci un gosse : c'est lui qui pousse Laughton à se rendre dans cette maisonnée (un gosse d'ailleurs qui n'est qu'une "apparition", l'historiette réservant une sacrée surprise à sa conclusion... hum, hum). Franchement, j'adore Laughton, mais là je trouve qu'il en fait vraiment des caisses pour rendre vivace la fameuse histoire... On n'a qu'une envie, c'est que David achève Goliath en deux coups de cuiller à pot pour que ce passage qui dure des plombes, tout en champ/contre-champ (Laughton qui éructe, le patient qui se passionne), finisse avant qu'on tourne définitivement de l'oeil... La troisième histoire est encore plus couillonne avec deux pauvres gars aussi fendards qu'un sketch de Lagaff qui vont subir les turpitudes d'un sale gamin. Même si on retrouve sur la fin le sourire ultrabright de Goddard qui s'est mise sur son 31, l'ensemble manque tellement de rythme, de peps, de gags, d'humour, d'intérêt qu'on a même pas envie de lui rendre... Un truc resté longtemps aux oubliettes, incontournable pour voir toute la filmo des pré-cités réalisateurs, mais malheureusement affreusement ringarde humoristiquement et facilement oubliable.

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Huston ? Nan mais allô, Huston ? Clique

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Malcolm de Nadia Tass - 1986

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Un film culte en Australie, ah ah, on va enfin avoir du bon à se mettre sous les yeux... Ah ben non. Malcolm n'est pas non plus le pire film australien (puisqu'il s'agit de Bootmen), mais en faire un grand film montre le peu d'intérêt du cinéma national tout de même. Bon. Nous revoici donc en plein coeur du sentiment sucré et consensuel, du personnage épais comme une feuille de cigarette, du scénario prévisible et du happy end sur fond de musique pop-rock la plus infâme. Malcolm est un brave gars autiste qui passe son temps à bricoler des maquettes de tramways. Un nouveau locataire vient habiter dans son immeuble, en l'occurrence un vague braqueur de banque du dimanche, gentil et protecteur, accompagné de sa fiancée gentille. La fine équipe va monter des braquages rigolos, grâce au savoir-faire du voyou, à l'appui psychologique de sa donzelle et aux bricolages pointus de Malcolm. Ca dérobe donc des millions à l'aide de poubelles trafiquées, de petites voitures customisées, et de faux tramways. On ne se tape que peu sur les cuisses devant les trouvailles de la chose, autant le dire : ça ressemble à du bricolage à la Gondry, mais en pas drôle, si vous voulez. Le ponpon, par exemple, si vous voulez un exemple, c'est quand les gars sont poursuivis par la police, et que leur voiture se fend en deux (48 minutes de séquence environ), hihihihi. De Funès est dans la place.

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Ode à l'amitié par-delà les différences, comme ils disent au Jour du Seigneur, le film est aussi profond qu'une partie de 1000 bornes, aussi nécessaire qu'un coup de pied aux parties et aussi drôle qu'un dimanche pluvieux. C'est de la comédie, oui oui, sous-entend-on là-dedans, il ne faut donc pas trop se prendre la tête, et se laisser aller à la légèreté de la chose. Bon. Encore faudrait-il que Tass nous amuse un tant soit peu : sans situations, sans idées, sans personnage, sans rythme, son bazar apparaît d'une longueur désespérante. La réalisatrice, elle a ça de différent par rapport à ses contemporains locaux, sait filmer plutôt correctement, ce qui sauve Malcolm du naufrage complet. Mais ça ne suffit vraiment pas pour relever quoi que ce soit de consistant dans ce fade et moche téléfilm de dimanche soir.

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14 mai 2013

La Blonde et le Shérif (The Sheriff of Fractured Jaw) (1958) de Raoul Walsh

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Walsh s'attaque au western comique avec Jayne Mansfield en proue (mouais...) et réalise son chef-d'oeuvre ! Quoi ? Oui, je sais c'est pas crédible. Disons alors qu'il réalise petit film léger sympathoche: il s'agit, histoire de la faire courte, d'un Englishman au Far West, un type ultra gaffeur (oh, oh, oh) qui, avec son vocabulaire de dictionnaire incompréhensible pour un Ricain et sa volonté coûte que coûte de discutailler le bout de gras, parvient, malgré tout, à réussir tout ce qu'il entreprend. Genre : il se fait attaquer par les Indiens, il réussit non seulement à se faire accepter par eux mais aussi à se faire adopter par toute la tribu (aime bien quand il s'adresse au grand chef Indien en l'appelant Dad - facile mais fendard). Genre bis : deux gangs rivaux de cow-boys se tirent la bourre autour d'un point d'eau et remplissent régulièrement le cimetière, il réussit non seulement à les désarmer mais également à les pacifier for ever... avec l'aide des Indiens d'ailleurs qui jouent, une fois n'est pas coutume, les grands intermédiaires diplomates. Le mythe du cow-boy vengeur et vainqueur en prend un coup dans la tronche mais il est clair que tout cela n'est po bien sérieux... La preuve, il y a Jayne Mansfield.

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Jayne Mansfield, c'est, comment dire, une actrice faite, de profil, pour le format scope... Elle va, presque malgré elle, s'amouracher de cet anglais inconscient mais né sous une bonne étoile, un véritable Gandhi du western. Le type doit mourir 45 fois mais il s'en sort à chaque fois par chance ou par coolitude - sans même qu'il réalise d'ailleurs vraiment ce qui vient de se passer. Le croque-mort qui le suit tout au long du film ira du même coup de désillusion en désillusion... Mais revenons à Jayne : il y a bien au détour de deux trois saynètes un ptit vent d'érotisme qui se lève (elle veut absolument apprendre à son anglais à tirer... comme il foire systématiquement (il tire des coups dans l'eau... mouais), elle lui saisit son poignet pour qu'il soit bien ferme... celui qui ne voit pas là une allusion est bon pour voter Boutin) mais l'ambiance du film est tellement light que le comique gentillet prend le plus souvent le pas sur l'audace des situations et les double-sens du langage... Sinon, bah quelques gags dans la série "comique de situation" (notre Anglais, qui se pointe systématiquement, la gueule enfarinée, derrière un tueur aux aguets pour essayer de le raisonner - man, come on, let's have a talk...), quelques cavalcades honnêtes qui ne resteront pas forcément dans la légende walshienne (il est horrible ce "fond d'écran" lorsque les personnages sont à l'intérieur de la diligence) et une poignée de répliques à la coule genre confrontation de deux mondes (l'argot Mansfieldien vs la langue châtiée de... ah oui putain comment il s'appelle déjà le héros... Kenneth More... porte bien son nom, in french...). Parfait pour ne pas se prendre la tête après une journée de bûcheron - m'en parlez pas... Je garde à ce propos en sous-main deux-trois petits incunables de Bergman mais, nan, définitivement pas ce soir, voyez...   

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Walsh et gros Mythe, clique

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L'Homme qui a porté plainte contre Dieu (The Man who sued God) de Mark Joffe - 2001

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Dans l'univers de ce film, tout est simple : les gentils sont légèrement demeurés (ils parlent avec leur chien et ne savent pas se tenir à table) mais très sympa, ils ont les cheveux longs, ils aiment l'amour, les enfants, le bateau et rigoler, ils sont du côté des prolétaires et ont le bon sens rivé au corps ; les méchants tirent la gueule, s'habillent en noir et gris, ils représentent l'institution (c'est caca) et se passent à voix basse des coups de fil secrets pleins de complot dans des bureaux bourgeois et sinistres. Heureusement, les premiers vaincront les seconds et pourront rire sur leur bateau avec leur gentil chien après avoir menacé cette société corrompue et triste. Pratique : cette aide bénévole du réalisateur pour ce qui concerne le côté qu'il faut choisir pour être gentil permet de ne pas trop réfléchir par soi-même, et de se laisser aller à rire devant les gags super fins du film. Le gars se prend carrément les pieds dans le tapis, c'est vous dire la poilade.

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Le sujet : un brave gars (Billy Connoly, au physique et au jeu de rugbyman) voit son bateau détruit par la foudre, et son assurance lui déclarer qu'il s'agit d'un "Act of God", entendez non pris en charge. Le type va donc intenter un procès à Dieu, et se frotter à tous les institutionnels religieux qui vont bien sûr en trembler de peur tellement le gars crie fort. Entre temps, il sera aussi tombé amoureux d'une journaliste qui s'intéresse à son affaire (Judy Davis, dans ses marques), il aura soldé ses comptes avec son ex-femme et il sera devenu le chouchou des médias puisqu'il a le bon sens de son côté : les assurances c'est tous des méchants, ça c'est bien vrai ma bonne dame. Même si on passait sur l'indigence de la mise en scène (un grand n'importe quoi dans le montage, qui vous coupe des plans à mi-chemin pour les coller au scotch sur d'autres de façon complètement illogique ; une grande foire dans le plaquage de musiques improbables sur la moindre séquence : c'est comme si le gars avait oublié de couper la radio pendant le tournage, tant tout ça est monté sans aucune sensibilité, sans aucun sens de la bande-son, omniprésente et consternante), même si on fermait les yeux sur le jeu de l'acteur principal (sa façon de réagir en plan serré à ce qu'il voit ferait passer le travail de Christian Clavier pour du Henry Fonda), on ne pourrait que hurler de douleur devant le simplisme de cette trame toute tracée, populiste et bête. Le film vient racler le fond de nos clichés les plus éculés, sachant très bien que ça va nous faire applaudir à tout rompre. Certes, Joffe tente parfois d'être plus mesuré, de donner la parole au camp adverse ; mais il se replace très vite du côté du manche, et nous avec. C'est celui qui crie le plus fort qui a raison, surtout s'il manie un côté "tous pourris" à la limite du putassier. Un navet, on dit, non ?

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13 mai 2013

Bootmen de Dein Perry - 2000

bootmenVous avez aimé Footloose ? Vous aimerez Bootmen. Ah merde, vous avez pas aimé Footloose ? Vous êtes pénibles. Bon. Il est vrai que vous aurez du mal à adhérer à Bootmen, alors, qui est à peu près aussi fulgurant dans le fond et encore plus poisseux dans la forme. Un ga fé tro bien des klakett et i monte un spectak trofor, voilà le résumé du film adapté au public visé. On assiste à la lente ascension du gars vers la gloire, le tap-dance à son plus haut niveau et la jeune première aux gros seins à ses pieds, avec toutes les étapes trépidantes de la chose : va-t-il convaincre son père ouvrier qu'il va réussir dans l'univers de la danse ? Va-t-il réussir à lutter contre les vilains qui le traitent de pédé ?  Va-t-il convaincre son professeur (un gars avec une canne, c'est bien connu : tous les professeurs de danse sont handicapés et ont une canne) qu'il est bon, même s'il est coquin parce qu'il improvise ? Va-t-il réussir à régler ses problèmes sentimentaux avec les gros seins de sa copine qui est enceinte de son frère mais en fait c'est lui qu'elle aime ? Va-t-il réussir à danser correctement ? La réponse à toutes ces questions sauf la dernière est : oui, autant vous le dire. On se demande d'ailleurs comment, en l'an 2000, ce Dein Perry peut encore penser qu'un tel scénario peut fonctionner... C'est à croire qu'il n'a jamais vu un film de sa vie pour nous ressortitr ainsi des clichés éculés depuis les premiers collants de Patrick Swayze. Chaque seconde du film, chaque plan, chaque séquence semblent sortis d'un de ces films ringards des années 80, des couchers de soleil immondes à la musique de hard-rockeurs de Moulins, des dialogues ("ta mère serait fière de toi", dit le père convaincu à son fils ; "ta mère" aurait suffit) aux personnages (97 clichés/seconde concernant la virilité, le rapport entre frères, la camaraderie, etc.) C'est immonde, racoleur, poujadiste, archi-ringard dans l'esthétique, en un mot consternant. On arguera que les scènes importantes sont celles dansées, et je dis certes : elles sont au moins pas trop mal filmées. Mais les chorégraphies de bucheron ukrainien gâchent tout. On dirait que les danseurs découvrent, je répète : en 2000, qu'on peut faire des percussions avec des machines industrielles, et Perry semble considérer cette trouvaille comme le fin du fin du contemporain hype. Au secours : ça donne une espèce de lourdaude bouillie hyper-virilisée, entièrement vouée à la performance sportive et au feu d'artifice, portée par une musique que Toto aurait trouvée trop lourde. Quand on repense à ce que peuvent être les claquettes quand elles ne sont pas dansées par des surfeurs bodybuildés (au hasard : Gene Kelly, sa grâce, sa légèreté), on se dit que Dein Perry n'a pas assassiné que l'art cinématographique : celui de la danse en prend aussi un sacré coup dans les machoires. Ca donne presque envie de revoir Billy Ellliott à la hausse, c'est vous dire l'état de ma consternation pantoise et hébétée.

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Chers Voisins (The King is dead) de Rolf de Heer - 2012

Petit cycle cinéma australien la semaine dernière, avec de la rareté qui aurait dû rester rare, du premier degré à foison, du coucher de soleil sur l'horizon et du bon sentiments par quintaux. Y aurait-il de la concurrence vis-à-vis de l'Angleterre dans le grand concours du cinéma le moins bon de la planète ? C'était mon introduction.

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Bon, commençons par le moins catastrophique de notre panorama : The King is dead est, hihihi, rigolo. Un couple de braves gens s'installe dans un quartier tranquille, mais déchante vite quand il s'aperçoit que les voisins sont des freaks punkoïdes et mongoliens, trafiquant de la drogue, écoutant du rap-core à fond l'enceinte de récup et tapant leurs gonzesses hystériques toutes les nuits. Comment se débarasser de ce génant voisinage tout en gardant sa bonne conscience de gauche qui nous incite à accepter la différence, c'est toute la question de cette comédie qui soulève au moins un lièvre à défaut de la poursuivre à travers champs. Le couple décrit est joliment dessiné, dans ses tares aussi bien que dans ses qualités : De Heer réussit particulièrement bien à filmer la complicité qui unit ces deux personnages gentiment déjantés. Il suffit que l'un d'eux échafaude une vague hypothèse improbable à base de projets irréalisables et complètement crétins, l'autre surenchérit aussitôt; c'est ça, l'amour, et finalement le film réussit bien à enregistrer ça, un couple qui s'aime, se comprend et vogue sur la même longeur d'onde. De Heer est aussi bien caustique quand il s'agit de fustiger les bons sentiments qui s'effondrent sous les coups de butoir de la réalité : l'ouverture d'esprit de nos héros quant au comportements des voisins ("ils sont intéressants") s'écroule vite sous la réalité (il faut dormir et éviter d'être cambriolé toutes les nuits), et ils devienennt presque aussi fermés que les demeurés d'à côté. Le scénario va même les amener à jouer le rôle de dealers crétins à leur tour, dans un retournement de situation qui les guettait depuis un moment.

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On a fait le tour de ce qu'il y a de réussi dans ce film. Du côté des plantages, notons tout le reste. La bonne piste de départ (transformer des démocrates en réacs, en gros) ne dure que très peu de temps, et de Herr préfère se concentrer sur ses gags très poussifs qui traînent en longueur plutôt que de creuser la veine dangereuse de ce qu'il est en train de raconter. Le danger, parlons-en ; là aussi, à force de gros comique, le film passe à côté de la dangerosité de ses situations. On n'a pas peur pour les deux héros, les voisins ne sont pas assez terrifiants, les situations les plus tendues s'arrêtant à mi-chemin. La mise en scène, d'une platitude désespérante au mieux, d'une laideur terrible au pire (la photo, et surtout, grande tare du ciénma australien contemporain si j'en juge les quatre films que je viens de voir, la musique), ne sait jamais comment résoudre les invraisemblances de son scénario, et préfère botter en touche (la longue scène ni drôle ni tendue du cambriolage final). C'est 1000 fois trop long, jamais vraiment marrant, c'est juste gentil comme tout, propre comme un communiant, et gentiment amusant. On en retiendra ce portrait de couple assez réussi et ces deux acteurs pas mauvais.

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12 mai 2013

Le Village des Damnés (Village of the Damned) (1960) de Wolf Rilla

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Wolf Rilla, prédestiné à s'attaquer au sujet des loups-garous (c'est dimanche, c'est humour), nous prend à revers avec cette petite historiette villageoise sulfureuse : soudainement, tous les habitants de Midwich s'évanouissent pendant une poignée d'heures. C'est pas forcément grave quand tu étais au téléphone, c'est plus emmerdant quand tu étais en train de repasser ou de conduire un bus... Peu après que la police arrive sur les lieux - tentative de pénétration de la zone avec un masque à gaz, le type tombe comme une mouche -, elle assiste au réveil des habitants qui, à part une légère sensation de froid, reprennent leur vie là où elle s'était arrêtée... Rien d'anormal donc...a priori. Deux mois plus tard, on retrouve l'un des habitants du village, le toujours excellent George Sanders, qui apprend de la bouche de sa femme (Barbara Shelley), the news : elle est enceinte, il est pantois, semble sur le coup effaré, mais c'est seulement le choc de la bonne nouvelle... Il y a juste un petit hic, hic qui pourrait constituer d'ailleurs le cauchemar de Gols - je titille, titille : toutes les femmes du village sont enceintes de deux mois... Oh, oh, on se frotte les mains, tout cela est bien mystérieux ma foi.

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Après ce départ assez sidérant et poétique - tous les villageois soudainement endormis -, ce coup de trafalgar qui pose problème à plus d'une femme du village ("mais puisque je vous dis que je suis vierge !", "Coucou chéri, ton marin est revenu de son périple d'un an - comment ça tu es enceinte de deux mois !!!?"), le film tombe dans une certaine léthargie "à l'anglaise" : cette petite communauté n'a de cesse de se poser 3000 questions sur ce curieux phénomène ce qui n'est pas vraiment palpitant en soi - le suspense planne, mais mollement... Les gamins naissent enfin, semblent terriblement précoces et sont tous étonamment de type aryen : bref, ils n'inspirent guère confiance de prime abord... Le film prend un vrai tournant à la fois plus dramatique et intéressant dans la dernière demi-heure quand ces gamins se révèlent de vrais carnes : lisant dans les pensées, capables d'un simple regard d'hypnothiser les adultes voir de les pousser à s'auto-détruire, on rit (jaune) devant le massacre provoqué par ces chères têtes blondes (pas mal le coup du type qui retourne son fusil contre lui - filmé d'abord en contre-plongée avant que ne résonne une terrible détonation alors que sa tronche est pudiquement hors-champ) ... Un gamin, tu lui donnes ça d'attention, il te bouffe carrément ta vie... Rilla malheureusement ne fait qu'effleurer le sujet en ce sens (ce sont uniquement les adultes qui cherchent à les annihiler qui morflent) mais a le bon goût de laisser planer jusqu'au bout le mystère sur leurs origines... Un peu trop sage dans la forme et sans doute un peu "timoré" dans le fond ; heureusement que le côté "politiquement incorrect" (des gamins - solidaires - si intelligents et déterminés qu'ils foutent les boules à chacune de leur apparition - une des principales influences de l'excellent Les Révoltés de l'an 2000 de Serrador ? Probable) donne du sel à l'ensemble. Bien fait d'avoir une métisse, songea-t-il intérieurement.

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Horreur humanum est, clique

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11 mai 2013

L'Ecume des Jours de Michel Gondry - 2013

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Un roman sur-estimé de Boris Vian avec Omar Sy, Audrey Tautou, Romain Duris et Gad Elmaleh de 2h15... parfois, c'est vrai, on tend la hache au bourreau. Mais bon, c'est du Gondry, dont on a aimé quelques films, alors on se laisse aller à espérer, d'autant que notre snobisme nous porte à penser que, comme tout le monde en dit du mal, il doit y avoir du bon dans ce film. Ma réaction, après vision : aaargh. C'est encore pire que mes pires estimations. Dès la fin du généraique du début, on n'a déjà plus faim, gavé comme une oie de gadgets et d'effets spéciaux. Littéralement saturé, rempli jusqu'au débordements de "trouvailles" à l'ancienne, L'Ecume des Jours, qui voudrait être un hommage fantaisiste à l'histoire du cinéma à trucages, tourne à vide dès les premières secondes, et n'arrivera jamais à trouver sa voie. On regarde passer les références (il y en a 3800, de Murnau à Svankmajer, de Muybridge à Ed Wood, de Méliès à Nick Park) en se disant que c'est bien mignon, que Gondry a vu des tas de films jolis, mais qu'on s'en cogne. D'émotion, d'intelligence, et même finalement d'invention, point, tant tout semble uniquement tendu vers l'effet facile, vers le feu d'artifices hystérique, vers la surrenchère qui se cache sous la fausse modestie.

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A vouloir jouer sur une fantaisie bon enfant, Gondry réalise un film pour enfants que les enfants détesteront. Le ventre est encore fécond d'où a surgi Amélie Poulain, et Tautou est l'archétype de ce jeu de femme-enfant légèrement demeurée qui gâche tout le ton du film : elle est in-su-ppor-table, et on a envie que le nénuphar qui lui ronge le poumon mette enfin un terme à sa carrière. C'est vraiment nous prendre pour des crétins que de penser qu'un voyage sur un nuage rose effectué par deux amoureux béats va nous extasier, qu'on va apprécier de voir une petite souris aider nos intrépides héros à se sortir de la mouise, que contempler Sy danser avec des jambes très très longues en rigolant comme un damné peut faire notre bonheur, ou qu'assister à une partie de patins à glace avec Elmaleh fait partie de nos attentes. Mais de toute façon, le film nous prend pour des crétins, du début à la (presque) fin, ce qui étonne de la part de Gondry, dont la naïveté se teinte habituellement d'une belle réflexion sur la communauté, l'héroïsme ou le monde moderne. Le monde ici décrit est ringard (même si l'univers de Boris Vian est greffé arbitrairement sur le monde d'aujourd'hui), à cheval entre une imagerie surréaliste cantonnée à deux-trois clichés, l'atmosphère viannesque (le jazz, voilà on a fait le tour) et une critique légèrement réac de notre société contemporaine. Bref, cessons d'enfoncer un film qui n'a pas besoin de nous pour se faire descendre partout, à juste titre pour une fois, et concentrons-nous sur les qualités de la chose.

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Elles tiennent toutes sur le dernier tiers du film. Comme Vian, qui "noircissait" le style de son livre au fur et à mesure de la maladie de son héroïne, Gondry tente lui aussi, parfois avec succès, de "polluer son film en fonction de la déchéance physique de Tautou et morale de Duris. Les couleurs fanent jusqu'au noir et blanc, le format même du film se rétrécit, le ton se durcit clairement jusqu'à atteindre un romantisme gothique sur la fin (l'enterrement de Tautou en hommage aux muets de Murnau). Les étonnantes et malaisées pointes de violence précédentes nous avaient déjà mis la puce à l'oreille : une fillette qui se fait éclater sur une piste de patinoire, Jean-Sol Partre qui se fait trucider, une broyeuse qui avale ses employés, autant de motifs pas toujours réussis techniquement, mais qui en tout cas témoignent d'une volonté de Gondry de s'éloigner du lisse de son film pour aller vers le mauvais goût, le sordide, le trouble, le corps en mutation. On pourra donc, si on est indulgent, tenter de voir dans le massacre du film une volonté de sabordage de la part de Gondry, comme s'il avait voulu lui-même casser ses jouets et pointer le côté démodé du roman de Vian, et on traitera dans nos moments d'indulgence L'Ecume des Jours de film malade, au sens "détraqué" de la chose. C'est la seule qualité que j'aie pu trouver là-dedans, franchement, et ça ne suffit absolument pas pour vous encourager à aller voir ce naufrage hystérique et soulant.

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10 mai 2013

Les Diables (The Devils) (1971) de Ken Russell

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Russell livre une oeuvre esthético-hystérique qui n'a rien perdu de sa fraïcheur. Un univers entièrement en noir et blanc avec simplement ici ou là quelques touches de rouge - les costumes de Richelieu et ses sbires et les quelques tâches sanguines... Visuellement, difficile de ne pas avoir le souffle coupé dès la première séquence devant cette immense décors très stylisé des "murs" de Loudun signé Derek Jarman et cette foule (surtout féminine) prise d'un vent de folie à l'apparition d'Urbain Grandier (Oliver Reed, inspiré) qui vient célébrer la mémoire d'un saint homme protecteur de la ville. Si ce Grandier est un prêtre indéniablement olé-olé - les femmes ont tendance à lui confesser non seulement leurs pêchés mais aussi leur amour... envers lui (et le bougre consomme) - c'est un noyau de cerise comparé à ce qui se trame en sous-main : sur fond de guerre contre les protestants, Richelieu et ses hommes veulent détruire les fortifications de Loudun (qui pourraient selon leur dire abriter des protestants) contre la volonté bien sûr de Grandier défenseur de sa ville et du roi Louis XIII qui avait pris des engagements auprès du saint homme décédé. Tous les prétextes seront bon pour accuser Grandier d'être possédé par le démon (les femmes du couvent de Loudun dont la Soeur Jeanne (Vanessa Redgrave, torturée...) semblent totalement, fanatiquement sous son emprise - leur réaction à chacune de ses apparitions ferait passer les fans d'Elvis pour du lait en poudre) et avec l'aide de membres de l'inquisition (Michael Gothard, possédé...) son procès à charge va commencer... Entre séquences orgiaques et violence extrême - des scènes qui semblent de véritables exutoires pour un peuple facilement en transe (Loudun, la ville de rock'n roll) -, cette vision russellienne du moyen-âge prend souvent des allures d'oeuvre sous acide...

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Et vas-y, oui toi, la nonne, que je me masturbe sur le sexe pendouillant d'un Jésus-Christ éternellement crucifié, et vas-y, oui toi, la nonne bis, que je me sers d'un cierge comme d'un sex-toy, et vas-y, oui toi, l'inquisiteur peu scrupuleux, que je fracasse à coups de marteau les genoux du "présumé coupable" pour qu'il avoue son côté obscur (en vain)... Russell n'y a va pas avec le dos de la petite cuillère à thé pour mettre en images cet univers totalement décadent, cette hystérie collective où l'abus de pouvoir associé aux "hommes de religion" (qui ne laissent jamais leur part aux chiens quand il s'agit de forniquer) prend une ampleur... délirante pour ne pas dire démoniaque. Ca éructe, ça vocifère, ça mugit, ça proteste... Urbain Grandier a beau chercher à se défendre en en appelant la raison de ses juges cagoulés (Ok, il a commis quelques écarts mais il ne peut se résoudre à reconnaître une quelconque responsabilité dans le fait d'avoir cherché à "posséder" cette pauvre Soeur Jeanne (qu'il n'a jamais croisée de sa vie) ou toute autre femme du couvent), ses accusateurs résolument possédés par le mal mettent en place un engrenage qui ne peut que le broyer... Plus il en appelle à l'humanité, à l'honnêteté de ses juges, plus il fait face à un mur (...). Sa ville est vouée à la destruction, à l'implosion... The Wall... of Loudun.

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Même si certaines scènes sont un peu montées à la hache (le résultat des multiples coupures - j'ai vu la version d'une heure quarante-huit - ou la volonté de faire oeuvre psychédélique jusque dans la folie du montage ?), avouons que Russell frappe fort (ah oui, les coups de marteau sur les rotules, po sûr que je m'en remette... mes proches savent à quel point je suis sensible à toutes séquences mettant en scène des marteaux) et réalise une oeuvre inspirée de bout en bout. Sauvage et brut de décoffrage, un film qui fit et fait toujours date...    

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 Horreur humanum est, clique

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La Soif de la Jeunesse (Parrish) (1961) de Delmer Daves

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On continue d'explorer la filmo du gars Delmer Daves en restant dans les sixties lorsqu'il délaissa (malheureusement) le western pour conter des histoires d'amour et de haine avec toujours le même humanisme. On suit cette fois les pas du blondinet Troy Donahue au côté de sa mère (la fringante Claudette Colbert, 58 balais, dont il s'agit d'ailleurs de la dernière apparition au cinoche) qui débarquent au Connecticut dans l'univers impitoyable du tabac. Si l'on est clairement fixé dès le départ sur le caractère des personnages (les gens définitivement bons, les gens définitivement mauvais), Daves tente malgré tout d'éviter un certain manichéisme (enfin, si on veut) en variant à l'envi les défauts et les qualités de chacun ; en tête de gondole des gens bons, Troy, type pugnace et travailleur ; viennent ensuite sa mother, libre et rassurante, le pater familias du clan Post, Dean Jagger, honnête et solidaire, et parmi les personnages féminins, la blondinette des champs Lucy tendre (un peu trop, presque) comme du bon pain, et la jeunette et jusqu'au-boutiste Paige, du clan Raike. Dans le florilège des personnages antipathiques, il y a tout le reste du clan Raike, du vieux Karl Malden (self made man qui fait payer sa réussite en passant sa vie à donner des ordres à son entourage) à ses deux jeunes cons de fils ; autre personnage peu recommandable parmi les donzelles qui vont tourner autour de Troy, la peste capricieuse Alison qui se la pète avec ses airs de petite midinette.

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On aura droit à autant de revirements sentimentaux (Troy qui s'émancipe et s'initie sexuellement avec la peu farouche Lucy puis revoit ses ambitions (sociales) à la hausse avec la chieuse Alison avant de jeter son dévolu sur la douce Paige ; la mère de Troy attirée par la poigne du gars Karl qui finira par la dégouter) que de maladies du tabac (une véritable encyclopédie en images des emmerdes de la culture du tabac : les larves, le froid, le mildiou, les incendies... - le tabac flambe bien, je ne vous apprendrai rien). On assiste donc durant ces 135 minutes à l'initiation sentimentale et professionnelle de notre ami Troy qui garde du début jusqu'à la fin sa même ligne de conduite franche et sincère et la même expression faciale - regard bleu perçant buté et sourcils froncés pour faire sérieux ; on reste reconnaissant à l'ami Daves de toujours s'encadrer de chefs op (c'est Harry Stradling Sr cette fois qui s'y colle) de talent pour livrer des images technicolorisées de haut vol (Daves aime les yeux bleus et verts d'eau) et de confier à Max Steiner l'accompagnement musical... Avouons qu'on n'est pas vraiment dans une ambiance ultra rock'n'roll avec ces personnages toujours joliment habillés qui tentent de mesurer leur langage et leur comportement (une baston, enfin, à la 132ème minute) mais on apprécie cette façon chez le cinéaste de prendre son temps pour dessiner la psychologie et rendre attachantes ces "bonnes gens". Pas un chef d'oeuvre, nan, mais une oeuvre soignée qui rend ce trip dans les feuilles de tabac jamais désagréable. Plein de gentille sagesse et d'humanité, tenterais-je.

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09 mai 2013

LIVRE : Orgasme à Moscou (Gib acht, Genosse Mandelbaum !) d'Edgar Hilsenrath - 1979

orgasme_a_moscouBientôt l'été, va falloir songer à rentrer du stock de livres de plage. C'est chose faite avec ce pastiche rigolo de romans d'espionnage grand crin, qui ne casse certes pas trois pattes à un canard soviétique, mais qui réussit à nous faire sourire agréablement pendant quelques heures. Hilsenrath propose une nouvelle variation autour de l'effet papillon, puisqu'il démontre ici comment un orgasme éprouvé à Moscou peut avoir des répercussions sur la structure de la mafia italo-américaine, sur le terrorisme international et sur la Guerre froide. La fille d'un Parrain se fait mettre en cloque par un dissident soviétique ; le paternel influent va tout mettre en oeuvre pour ramener l'étalon aux States, peu importent les moyens, même si on doit pour ce faire castrer le prédateur sexuel choisi comme passeur ou détourner un avion entier rempli de candidats à l'exil vers Israël... C'est peu probable, certes, et c'est ce qui fait le bonheur de ce grand foutoir : tous les éléments y sont pour faire un vrai roman d'espionnage ambitieux, mais le gars Hilsenrath désamorce toute trace de sérieux, en traitant tout comme une grosse blague, y compris les problèmes géopolitiques les plus sombres. Tout tient à une histoire de bite particulièrement bien développée, finalement, et après tout il n'est peut-être pas si loin de la vérité en faisant ainsi tout reposer, ambitions, guerres, terrorisme, sur des histoires de cul. Dialogues non-sensiques très joliment rythmés, personnages au QI de 12 hilarants, trame je m'en-foutiste : on est autant charmé qu'un peu dubitatif devant la légèreté trop revendiquée de la chose. Le spectre du docteur Folamour n'est pas loin, mais sans la profondeur satirique, sans la noirceur cachée sous l'humour. Tel quel, c'est juste un bouquin marrant, ce qui n'est pas si fréquent. A noter de savoureuses illustrations colorées et pop de Henning Wagenbreth, qui sont tout aussi intéressantes que le texte. Contentons-nous de ça, et mettez m'en trois avec un tube de crème solaire.

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La Maison de la Radio de Nicolas Philibert - 2013

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Le nouveau film de Philibert ressemble à un film de Philibert, ce qui est une qualité : sobre, attentif aux gens et aux ambiances, sans commentaire ce qui évite les redondances ou les surexplications, joliment construit. Cette fois, il s'immerge au sein de la Maison Ronde, filmant plein d'endroits, d'émissions, depuis la coulisse : débats, infos, émissions musicales, fictions, jeux, etc., tout passe sous le regard passionné de la caméra, avec pour objectif avoué : comment filmer la parole, comment filmer ce que d'habitude on préfère laisser caché, à savoir "l'incarnation" de la radio. Ce média reposant essentiellement sur son pouvoir d'évocation, sur l'imaginaire qui l'accompagne, il semble impossible de rendre visuel le concept. Philibert y parvient, en inversant quasiment son projet : moins que la voix, il va filmer l'écoute. C'est ce qu'il y a de plus beau dans son film : tous ces moments où les sujets filmés sont tendus vers l'écoute plus que vers la parole. Splendides face-à-face entre animateur et interviewé (une écrivain) qui se regardent, se jaugent, s'attendent ; moment suspendu où on attend la fin des travaux pour reprendre l'enregistrement ; écoute hyper-attentive d'une metteur en scène de fiction qui reprend inlassablement chaque détail de l'enregistrement ; commentaires acides de la journaliste envers un débutant en JT, qui explique comment "entendre les guillemets" d'une brève ; exercice de diction allemande par un chef d'orchestre... Bref, il y a une foule de moments où ce n'est plus l'émission qui compte, mais l'attente, l'écoute. Le film nous remet en quelque sorte en position d'auditeur, comme quand on écoute la radio, et réussit un pari vraiment osé.

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Du coup c'est presque moins convaincant dans le souci d'exhaustivité de la chose : on dirait que Philibert veut tout filmer, de la femme de ménage à l'invité-vedette, des cuisines au standard. Même si ça reste intéressant (on découvre vraiment les recettes de construction de toutes ces émissions qu'on aime, notamment que le "ting-ting" du jeu des 1000 euros est fait manuellement et en direct !), on aurait préféré que le gars resserre sur le concept plus que sur le côté "reportage". Il était plus intrépide et plus expérimental avec Nénette, finalement, qui acceptait de filmer le vide, l'ennui, la suspension, et ne cherchait pas de "trame". Là, il se perd un peu dans la foule de choses qu'il voudrait montrer. Son montage est en plus parfois un peu douteux, par des champs/contre-champs de toute évidence fabriqués (la scène du stagiaire du JT, dont les réactions en contre-champ sont en faux raccord avec son interlocutrice en champ), ou par une musique rajoutée vraiment inutile et qui gâche même pratiquement le concept d'écoute. Quelques petits défauts qui empêchent d'applaudir franchement à la chose. Ceci dit, si comme votre serviteur vous aimez la radio, vous serez comblé en découvrant comment l'artisanat a encore toute sa place dans le processus de fabrication des émissions. Très joli.

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