Shangols

20 novembre 2014

LIVRE : Dragon bleu, Tigre blanc de Qiu Xiaolong - 2014

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Toujours un plaisir de retrouver les enquêtes du gars Chen Cao dans le Shanghaï d’aujourd’hui. Qiu Xiaolong se penche cette fois-ci sur l’affaire pour ne pas dire le scandale Bo Xilai dans laquelle un Américain avait perdu la vie. Qiu truffe une nouvelle fois son roman de moult poèmes anciens et proverbes chinois toujours finement décryptés et mis en perspective et évoque différentsfaits divers récents qui ont « secoué » la Chine - qui se remet toujours rapidement de ces petites secousses. Il est ainsi question de ces fameux porcs qui ont retrouvé le moyen de faire une compétition internationale de natation dans les eaux du Huangpu pour tous lamentablement coulés... L’écrivain est toujours au taquet de l’actualité et nous en livre quelques clés.

L’inspecteur Chen, dans cet ultime épisode, se voit obligé de quitter son poste de flic en raison d’une soi-disant promotion… Il se retrouve en fait dans un placard, professionnellement parlant, mais aussi dans la tourmente : il ne peut s’empêcher, en jouant aux détectives privés, de fourrer son nez dans des eaux troubles et le gars est à plusieurs reprises à deux doigts de s’y noyer.  Pièges futés (toujours dangereux d’aller aux putes, pardon au karaoke, à Shanghaï, je l’ai toujours dit), menaces de mort, cambriolage, Chen est plus que jamais au centre du danger. L’affaire progresse pas à pas et montre une nouvelle fois la merveilleuse capacité de la Chine à protéger les plus hauts membres du parti. Ce n’est qu’en dernier recours qu’un type du PC est sacrifié, la Chine gardant toujours superbement la face sur la ligne d’arrivée : vous voyez bien qu’on lutte contre la corruption au sein même des plus hautes instances. Trop forts, les cocos… Heureusement que Chen veille pour tenter de déterrer un millionièmes des affaires de l’Empire du milieu. Belle introduction chinoise et c’est le Shang (pas celui dont il est question dans ce roman, je vous rassure - jamais été trop fan des chants de la Révolution Culturelle) qui vous le dit.

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16 novembre 2014

La Brigade des Stupéfiants (Port of New-York) (1949) de Laslo Benedek

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Un film noir (forcément c'est mon 3425ème) aux airs un peu de déjà vu : deux agents (l'un des douanes, l'autre du bureau luttant contre les narcotraficants) font équipe pour retrouver une cargaison de drogue. De fil en aiguille (il faudra passer par plusieurs chas avant d'en voir le bout), ils remonteront la piste jusqu'à un certain Yul Brynner (premier rôle et, à l'époque, encore des cheveux) qui dirige son monde d'une main de fer - entendez par là : quand il y a un doute sur la confiance qu'on peut avoir dans une personne, le mieux c'est encore de la supprimer. Des meurtres à toutes les sauces (défenestration, strangulation, coups de feu...), des filatures en veux-tu en voilà et des policiers qui s'accrochent et prennent tous les risques pour mettre la main sur cet homme dangereux.

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C'est pas mal fait, remarquez (même si Laslo Benedek n'a pas une grande réputation et que ma version est passée au préalable dans un presse-purée - mais quand on aime les rayures, on ne les compte pas) : certaines scènes rendent bien compte de la tension qui règne (on sent ainsi parfaitement la détresse de cette pauvre K.T. Stevens (as Toni Cardell) lorsqu'elle prend rendez-vous avec la police pour dénoncer les exactions de Yul (un petit travelling arrière, en contre plongée, qui fait son petit effet dans les rues de New York) ; les interrogatoires menés par les flics ou par les traficants sont également assez musclés), la ville (N.Y. and not S.F. for once) et son port sont bien exploités en toile de fond, les seconds rôles (sans parler de Yul, royal, avec son accent et son regard qui font frémir - la scène dans le miroir où ils se démultiplie : un triple yul, gasp) sont terriblement inquiétants avec leur tronche pleine d'ire (premier (petit) rôle également pour Neville Brand et sa sale trogne), et le cheminement précis de l'enquête - plein de rebondissements et de pistes minces comme ça mais qu'il faut suivre au cas où - est clairement exposé (là un témoin à suivre, là un casier à surveiller, là un type à interroger, là un taff à effectuer undercover...). Rien de magistral, certes, mais quelques coups de poings et incidents imprévus - flic est un taff réellement dangereux, mes amis - rendent la chose agréablement visible. Et puis Yul, pour sa grande première en bel enfoiré, est brillant.

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Noir c'est noir,

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Une nouvelle Amie de François Ozon - 2014

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François Ozon fut. Rappelez-vous le brillant cinéaste vénéneux et expérimental de 5x2, Angel, Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, et maintenant tournez-vous vers Une nouvelle Amie : voyez ce que je veux dire avec mon passé simple d'entrée ? Voilà son plus mauvais film, tout simplement, et remarquez que j'ai cessé, depuis au moins 3 films, d'utiliser le terme de "moins bon". Que sauver dans cette merdouille amateure, mal écrite, mal jouée et mal mise en scène ? Le fugace effet de style propre à Ozon, qui marche toujours, consistant à aller chercher une chanson française désuette pour en tirer une émotion d'aujourd'hui en la faisant écouter dans son intégralité (Nicole Croisille ici... oui, Nicole Croisille) ? En effet, c'est le seul moment un peu sensible du film. Son projet de départ, qui vise clairement à attaquer les manifestants anti-mariage pour tous et leur mentalité judéo-crétine ? Admettons, le combat est noble, et le gars n'y va pas avec le dos de la cuillère : le dernier plan montre une petite fille élevée par un homme veuf et travesti et sa marraine mariée à un autre. La séquence d'ouverture, qui tente de raconter l'évolution d'une amitié sur 20 ans, en courtes vignettes et sans paroles ? Si vous voulez, c'est déjà vu, mais habile, surtout dans le façon qu'a Ozon d'ajouter subtilement les informations dans chacun des plans. Voilà, je crois que j'ai fait le tour des moments qui peuvent à la rigueur vous faire lever un sourcil et rester jusqu'au bout de ce bazar. Tout le reste est morne désolation, levage d'yeux au ciel et maudissage du Tout-Puissant.

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David perd sa femme, veuvage qui le décide à accepter sa passion : s'habiller en femme, et élever sa fille tantôt en père tantôt en mère. Cette métamorphose se déroule sous les yeux de la marraine de la petite, dont les sentiments vont tomber dans la confusion : aime-t-elle David comme amie, comme maîtresse, comme maîtresse d'une femme, comme maîtresse d'un homme, comme homosexuelle, comme maîtresse d'une morte ? Sur ce sujet éminemment ozonesque, notre compère écrit une comédie boulevardière à rire gras, ambiguité dans les chaussettes et provocation de bourgeois en bandoulière. Duris, à chier, casse son poignet, ensuave sa voix et affute son sourire lascif, persuadé qu'il tient là le rôle de composition de sa vie, jamais crédible dans sa pulsion de travestissement, supérieur à son personnage, jouant en roue libre pour la galerie ; Anaïs Demoustier, dont la médiocrité n'est plus à prouver, en rajoute encore dans le jeu d'élève de cours de théâtre du mercredi après-midi, surjouant tout, annulant toute épaisseur de personnage par son soulignement de chaque émotion. Les seconds rôles ont un peu plus d'allant, mais n'ont rien à jouer, depuis le mari dont la meilleure réplique doit être "Ouaouh chérie j'ai eu une promotion au boulot aujourd'hui !" jusqu'à la mère (Aurore Clément, la pauvrette) en imitation du jeu de Jacqueline Maillan, on est attéré. Ozon filme tout ce monde-là laidement, dans une lumière pisseuse et des costumes consternants de facilité, avec en coin ce sourire de petit malin qu'on lui connaît dans ses pires moments. Celui du virtuose du cinéma sulfureux qui veut nous apprendre la vie ; mais au vu de la pauvreté de son film, de son écriture, de son imaginaire qui semble bloqué sur le cinéma d'il y a 20 ans, on lui suggèrerait bien de changer de mine, de se sortir les doigts de là où ils sont régressivement placés, et de se remettre au boulot s'il veut rester un cinéaste de son temps. Là, il nous pond un film qui aurait pu à la rigueur faire frémir ma mémé Marthe, mais qui ne m'a donné envie que de mettre des coups de pieds à son auteur.

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LIVRE : L'Ordinateur du Paradis de Benoît Duteurtre - 2014

6198Certes, je savais que des gars comme Pennac et Jardin paraissaient dans la collection blanche de Gallimard. Je me disais que, pour Gallimard, c'était uniquement pour arrondir les fins de mois et non un principe acquis. On peut dorénavant ajouter Duteurtre à la liste de leur curieux recrutement littéraire... Vous allez voir qu'un jour ils finiront par signer un type comme Djian, les opportunistes... Je sais, allez, j'exagère. N’empêche, cet Ordinateur du Paradis n’est pas jojo si vous voulez mon avis. Ca ressemble plus d'ailleurs sur le fond à un livre pour ado. Le pitch en deux lignes (conclusion comprise) : un type se retrouve au paradis, un paradis qui a des allures de zone de transit à Dubaï - ou du Carrefour le plus proche de chez vous, si vous n’êtes pas un grand voyageur. Il ne regrette pas vraiment sa vie de merde : sur terre, depuis qu’il n’y avait plus de barrière entre vie privée et vie publique (un bug informatique dévoile à tout un chacun les mails que vous écrivez et les sites porno que vous fréquentez), la liberté semblait être devenue une notion désuète… Notre narrateur, mort bêtement, se retrouve donc dans cette avant-cour du paradis aux allures néo-libéraliste, et va jouer de malchance en gagnant un aller-simple en enfer : coup de bol, l’enfer c’est super cool - un monde sans internet et avec des très vieux trains comme à Moulins, le pied… Progrés + néo-libéralisme + internet + mondialisation = enfer (pour le narrateur) ; on est forcément mieux dans ce monde nostalgico-socialiste (idéalisé). On dirait une rédaction de quatrième - au niveau du style, je dirais moins, même - et le pire c’est qu’on a l’impression que le gars Duteurtre semble persuadé de l’originalité et (sûrement) de la drôlerie de sa thèse (au mieux, son livre peut constituer cinq minutes d’intro dans un épisode de Black Mirror… Et encore). C’est d’une naïveté qui confine à la sottise comme dirait l’autre. Gallimard file un mauvais coton… Gaston, si tu m’écoutes, reviens vite.

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15 novembre 2014

LIVRE : Tristesse de la Terre d'Eric Vuillard - 2014

9782330035990,0-2240015Grandeur et compromis de Buffalo Bill Cody, éternelle légende du Far West, inventeur du concept de divertissement de masse, pionnier du western, ancêtre de Photoshop quand il s'agit de travestir l'Histoire, et personnage pour le moins fascinant. Vuillard, dans un style gentiment lyrique, nous raconte l'incroyable histoire du Wild West Show, énorme barnum mis en place par le Buffalo pour retracer les grandes heures de l'Amérique face aux Indiens : des centaines de figurants, des reconstitutions de bataille, de vrais Sioux en cachet d'authenticité, le Star Spangled Banner comme hymne, et un merchandising bien en place pour faire rentrer le fric de façon continue. Buffalo Bill, à la tête de cette immense entreprise, nous est raconté dans sa complexité, à mi-chemin entre une vraie fascination pour les Indiens et un manque complet de scrupules dans leur exploitation. Il recueille une orpheline, mais il en fait l'attraction principale de son show ; il va serrer la main à Sitting Bull, mais c'est pour le transformer en chair à spectacle ; il va pieusement visiter le champ de bataille de Wounded Knee, mais c'est pour mieux récupérer les objets indiens abandonnés sur place.

Vuillard transcrit à la perfection la frontière ténue qu'il y a entre légende et Histoire. Le centre du livre est occupé par le fameux massacre de Wounded Knee, justement, où des milliers de Sioux ont été assassinés par l'armée américaine... et que Buffalo Bill transforme sans vergogne en "bataille" de Wounded Knee, où les Américains se battent noblement contre les sauvages. Simple relecture de l'Histoire, passée au broyeur du spectacle et de l'opportunisme : le spectateur préfère voir une image positive du passé ? On lui en donnera, quitte à mentir. A force de mensonges, notre Buffalo finira par croire aux siens, et se construira une image de héros qu'il n'a jamais été. L'ambiguité du personnage, son intimité étrange, est mise en regard avec l'énormité des moyens mis en place pour le show, que Vuillard décrit avec attention et fascination. Les anecdotes attachées à ce bazar (le Wild West Show en France, très marrant passage) sont toutes passionnantes, et le livre a la bonne idée, en plus, de publier des photos de l'époque, vraiment très fortes.

Le livre est un peu trop court pour aller loin dans le sujet, on aurait par exemple aimé en savoir plus sur le passé du personnage, ou toucher un peu plus du doigt l'essence même de ce Far-West de légende, qui n'a visiblement jamais réellement existé. Mais il parvient avec ses quelques 150 pages à nous montrer ce que c'est que l'Amérique de l'entertainement, et comment elle parvient, dès le XIXème siècle, à construire sa légende et devenir une terre de spectacle. Le Wild West Show est une brillante couverture pour cacher les horreurs de l'Histoire du pays, et cet ancêtre du divertissement d'aujourd'hui est indéniablement un sujet en or. Excellent petit livre.  (Gols 23/08/14)


Buffalo_bill_wild_west_show_c1899Tout à fait d'accord avec mon comparse sur le fond et sur la... légère frustration ressentie (un peu court, jeune homme). Nos amis Ricains ont toujours été les King du spectacle, capables de monter des "reality show" extraordinaires en travestissant 100% de la réality. Les States sont certes le pays de l'opportunité mais avant tout celui de la compromission : voilà la clé du succès, petit. Du coup il est clair que le blason du Buffalo et de ses amis "manager" ou "impresario" ressort bien terni à la lecture de la chose. Ah oui, en fait, le gars Bill était un gros enculé ? Il y a de ça. Un bon Indien est un Indien mort ou un Indien qui fait le mort le temps d'un spectacle... Bouh, bouh, bouh aurait-on presque envie de huer si cela ne risquait pas de faire penser à ces pauvres Indiens qu'on a longtemps cru imiter dans la cour de récré (ouais, le ouh, ouh, ouh des sioux, oubliez, c'est encore un enfilage du Bill... Vous pouvez, cela dit, continuer de vous amuser en scalpant vos petits camarades : ceci est authentique). Connerie de la société du spectacle, on ne va pas y revenir. On a surtout été touché, finalement, à la lecture de cette oeuvre minimaliste par la taille mais grande par ses idées, par ce "triste spectacle" des Indiens fuyant les autorités américaines jusqu' à cet horrible massacre de Wounded Knee, un massacre vite enseveli sous la neige... Vuillard nous fait sentir toute la détermination d'une tribu cherchant à "fuir la confrontation", une tribu, un peuple, un pan d'humanité qui sera fauché comme des lapins par des soldats ricains avinés (là il faudrait lancer "born in the USA" à fond les ballons, mais j'ai pas la technique). Heureusement, Buffalo Bill, grand défenseur du devoir de mémoire, sera là pour sauver les derniers hommes et rétablir la vérité - pfffft, je n'ai même pas la force d'en rire. Buffalo fut con comme un bison et capable de drainer une foule de petites gens crédules à ses spectacles mensongers mais "spectaculaires". Tristesse de la Terre, en effet, beau titre et grand petit livre de mémoire.  (Shang 15/11/14)

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Le Code criminel (The Criminel Code) (1931) de Howard Hawks

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Forcément un petit air de déjà vu à la vision de cette œuvre puisqu’il n’y a pas si longtemps j’avais vu le (second) remake de la chose (Convicted, 1950 - je n’ai pas vu en revanche Penitentiary de l’excellent John Brahm datant de 1938). Cela déflore un peu le suspense de ce movie de geôle du grand Hawks (crédité au générique comme producteur et non comme réalisateur mais ne chipotons point) mais il y a suffisamment de temps forts et de scènes joliment mis en scène par le sieur pour qu’on y trouve son dû. L’histoire en deux mots (vous la trouverez plus en détails dans la chronique sur Convicted si cela vous dit...) : suite à une altercation dans un dancing (un ptit jeunot, Robert Graham, lance une carafe d’eau à tête d’un type influent qui tripotait une fille : il le tue ; j’ai moi-même reçu dans les bas-fonds de KL une chope de bière sur le front dans des circonstances aussi troubles mais la tragédie ne fut pas au rendez-vous, croyez-le ou non), Robert écope de 10 ans de prisons. Le type, au bout de 6 ans, devient à moitié dingue mais le nouveau gardien de  prison (Walter Huston, plein de maîtrise et de charisme, qui n’est autre que le procureur qui avait instruit l’affaire du Bob) le prend sous son aile  : il devient chauffeur de sa fille (la pimpante Constance Cummings dans son tout premier rôle) ; notre gazier reprend des couleurs, entrevoit d’être libéré sur parole... lorsqu’un nouveau coup dur survient : il est témoin d’un meurtre au sein de la prison et refuse de donner le nom  de l’assassin au dirlo… Son avenir se couvre, again…

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On appréciera chez Hawks, entre autres, ce talent indéniable pour le hors-champ (Hawks escamote la scène de la carafe et filme divinement le meurtre de la prison derrière une porte close), cet art de jouer du montage avec des images « en transparence » (quand notre petit jeune devient berdin à cause du bruit des machines ou lorsqu'il s'agit de montrer la colère qui monte chez nos bagnards - au moins 2000 figurants au bas mot : impressionnantes, ces scènes de promenades dans la cour) ou de filmer une séquence dans sa continuité (le dirlo tentant de persuader Robert de livrer le nom de l'assassin ; la fille du dirlo avouant son amour pour notre gars Robert) : dans la première séquence, on sent la pression monter - le dirlo tournant comme un vautour autour de sa proie -, dans la seconde, on sent l'émotion monter chez cette jeune fille qui dévoile ses sentiments à son pater. Huston se retrouve au centre de scènes relativement fortes (sa descente dans la cour parmi des bagnards revanchards, la fameuse scène du rasage effectué par un prisonnier qui avait... égorgé sa victime : Walter, dans les deux cas, reste de marbre, plein de sang-froid) ainsi qu'un certain Boris Karloff : compagnon de mitard du Robert, Boris fait frémir ; habillé tout de blanc - il est employé comme serveur chez le dirlo -, le type fout encore plus les jetons que lorsqu'il est grimé en Frankenstein. Droit comme un i, le regard plus noir que l'enfer, il s'avance vers sa future victime tout en douceur... Le gars a dû mourir d'une crise cardiaque avant même que le Boris sorte son couteau... Le final de Convicted était de mémoire un peu mollasson, il est ici (alors qu'il se passe la même chose) beaucoup plus tendu et pétaradant. Rien ne vaudra jamais, décidément, une bonne vieille version originale et originelle... surtout quand c'est Hawks aux commandes du bazar. Un code reçu 5/5.

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LIVRE : Pas pleurer de Lydie Salvayre - 2014

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C’est un roman bien sage que le Goncourt a couronné cette année, un roman qui a le mérite de nous plonger en 36 alors que la guerre civile espagnole monte en puissance. Par le biais de deux familles dont le destin va s’entrecroiser, l’écrivaine nous donne à voir un tableau complet des différents « courants » de cette période : libertaires, communistes, phalangistes, nationalistes, propriétaires terriens socialistes… on a droit à un véritable concentré d’opinions nationales dans ce petit village isolé. Lydie Salvayre donne la parole à sa mère qui avait 16 ans à l’époque et qui vécut un été « fabuleux » avant d’hiberner ensuite pendant pratiquement 70 ans (16 ans étant le summum d’une vie comme dirait le gars Irving…). Ce sont ces quelques pages sur la découverte d’une ville aux mains des « libertaires » qui sont les plus ensoleillées, les plus iridescentes… On sent qu’une vie peut se consumer en l’espace de quelques semaines avant d’avoir la vie devant de soi pour jouer avec les cendres. C’est ce qui donne un aspect assez touchant à cette œuvre somme toute bien classique et dans les clous. Certes, Salvayre tente de faire un compte rendu des plus lucides sur ce que fut cette période historique (l’horreur des exactions nationalistes sous le regard bienveillant du clergé qui fit sortit Bernanos de ses gonds, l’horreur des communistes qui trucidaient du curé avec la même nonchalance que s’il s’agissait d’embrocher des morceaux de viande un jour de barbecue) et l’on se rend compte que dans un camp comme dans l’autre,  les crimes les plus dégueulasses (au nom d’idéaux souvent bien commodes…) furent commis. Au niveau de l’écriture, on pourra s’amuser du langage franco-hispanisant dont abuse la mère de l’écrivaine. Cela crée quelques tournures et expressions originales qui peuvent en effet faire sourire (plus que les passages 100% en espagnol qui laisse un peu sur la touche quand notre langue II est le malgache (je me comprends…)). Au-delà de ça, on assiste aux vieilles querelles de clocher (avec des paysans toujours d’accord avec le dernier qui parle… surtout quand celui-ci prône l’inaction) et aux bonnes vieilles histoires de famille avec son lot de jalousie, de confrontations père/fils et de mères qui finissent toujours par pleurer… Pas pleurer, pourtant, nous indique le titre de ce roman où une femme-héroïne longtemps stoïque exhume le souvenir de sa vie pour sa fille.  Un Goncourt bien sage, disais-je, et plein de bonnes intentions, voilà, voilà, voilà.

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14 novembre 2014

LIVRE : Baumes de Valentine Goby - 2014

BaumesGoby se la joue à la Proust dans ce récit autobiographique axé autour des odeurs. Avec un père chef d'une entreprise de parfums à Grasse, on comprend pourquoi l'odorat est un sens particulièrement privilégié chez la bonne dame. La voici donc en train de retracer des bribes de son enfance, envisagées uniquement par les odeurs : celle du père essentiellement, qui le précède et le suit partout, et qui deviendra à la fois une malédiction (la singularité sied mal à un enfant) et l'identité de Goby ; mais aussi la sienne propre, les pages les plus belles étant sûrement celles où elle tente de s'émanciper de cette emprise olfactive paternelle en cherchant son propre parfum : l'apprentissage de la vie se fera ainsi à travers les choix de parfums, le livre devenant finalement un récit d'émancipation qui ne serait raconté que par le biais de l'odorat. Un pendant personnel au Parfum de Süskind, largement cité en référence, d'ailleurs. Très habile projet, qui fonctionne bien grâce à la précision méticuleuse du style de Goby : nul doute qu'elle sait mettre des mots sur les sensations souvent abstraites dûes au parfum, rivalisant de richesse de vocabulaire, de sensibilité et de rythme pour parvenir à ses fins : raconter son passage à la maturité. L'enfance est envisagée comme un univers uniquement sensitif, émotionnel, instinctif, et cette thématique filée du parfum est parfaite pour réssuciter ainsi des sensations enfouies, un peu comme le goût sert de révélateur et de machine à remonter le temps à Proust.

On peut certes tiquer devant cette écriture en porcelaine fine, tant il faut la manier avec délicatesse pour ne pas la froisser. J'ai tendance, c'est vrai, à aimer les textes plus charnus, plus costauds, et Baumes n'est pas vraiment ma tasse de thé. Mais si vous aimez la grande langue française dans son classicisme le plus franc, voilà un livre qui fait du bien aux oreilles, et au nez par la même occasion, donc.

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13 novembre 2014

La Rosière de Pessac de Jean Eustache - 1968

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La version de 1976 a fait vomir mon Shang, celle-ci risque de le faire frémir jusqu'aux os. Début 68 : un groupe de rombières, de vieux à sonotones et d'élus à cravates se réunit à la Mairie de Pessac pour choisir la rosière de l'année, comprenez une jeune fille moralement irréprochable (c'est-à-dire vierge et polie), si possible jolie et dont le père est un bon travailleur. Juin 68 : la cérémonie traditionnelle a lieu, avec moult majorettes et force cérémonie religieuse, distribution d'un panier de fraises aux anciennes rosières et chants avinés lors du banquet final. Entre temps, en mai, hors champ, quelques jeunes Parisiens ont balancé quelques pavés sur la gueule de quelques flics, évènement qui va irrémédiablement impacter ce docu, lui donner un caractère politique "par la bande", et transformer ce qui n'était qu'un morceau de cinéma vérité social et objectif en pamphlet politique.

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Eustache filme simple, dans la longueur des séquences, fasciné semble-t-il par ce qu'il voit. Il faut dire qu'entre les discours à rallonge du maire (une seule phrase, pleine de digressions et de flatteries, éminemment politique, qui donne son petit mot suave à chacun) et les cérémoniaux antédilluviens (beaucoup aimé la Rosière 1900 qui ne sait plus où elle crèche), entre les chansons braillardes et les baisers baveux de petits vieux rougeauds à des jeunes filles crispées, le spectacle est impressionnant. Le film enregistre une France d'avant, gaulliste et vieille, enfermée dans ses traditions et sa morale arriérée, touchante malgré tout dans cette petite vie communautaire où le fils du notaire épouse la fille de la pharmacienne, où le curé donne le la de chaque décision, où le maire rivalise de paternalisme bonhomme et de discours ronflants. Nul doute qu'un gars comme Eustache a dû être ébahi autant qu'énervé par cette communauté qu'il filme avec distance, comme un documentaire animalier en quelque sorte : pas de commentaire, un montage très discret (on filme les séquences dans la longueur, avec très peu de coupes), une immersion totale au milieu des acteurs de la chose (la scène où chacun s'entasse dans la petite maison de la rosière pour lui faire des bises). Un cinéma distancé et sobre, parfois encore assez maladroit justement dans ses rythmes, mais indéniablement efficace pour rendre compte au mieux de cet "évènement" (aux yeux des gens de Pessac, c'en est un, et très important).

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Et puis, comme je le disais, il y a le "sous-texte", ce mai 68 qui s'est déroulé un peu loin de Pessac, et qui a visiblement changé un peu la donne. Ca commence avec le curé qui inclue ces évènements dans son prêche, avec d'ailleurs pas mal de sympathie pour la jeunesse ; puis ça se poursuit avec le discours du maire, contraint d'y faire allusion dans sa défense de la moralité et des traditions françaises, nettement moins bienveillant avec la révolte étudiante. Mais surtout, l'ensemble de cette deuxième partie est baignée dans ce hors-champ politique : Eustache filme une jeunesse complètement muette (aucun jeune n'aura la parole dans le film, à commencer par la rosière elle-même), un peu hébétée devant cette énorme barnum de fanfares et de diatribes ronflantes, comme une communauté autre qui vivrait en marge de celle des vieux, acceptant les règles de celle-ci mais évidemment différente d'elle. C'est très subtil et adroit, cette façon qu'a Eustache, peut-être malgré lui, peut-être dans le rush des prises de vue en direct, de mettre la jeunesse en marge de son cadre, alors que c'est elle qu'on prétend honorer par cette cérémonie. Finalement, on se rend compte que le film, sans l'affirmer, sans l'afficher ostensiblement, est l'enregistrement d'un monde en train de mourir, déjà à moitié enterré, et dont les figurants muets vont bientôt prendre la place des acteurs principaux. Passionnant, sous ses dehors de petit doc sans importance.

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12 novembre 2014

LIVRE : Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud - 2014

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Au début - et ce dès la première phrase -, disons-le, on a un peu peur que Daoud écrive "à la manière de", se retrouve "esclave" de son "modèle" (aujourd'hui, c'est journée "guillemets"). On est heureusement bien vite rassuré... Le gars Daoud parvient avec une certaine finesse et un style qui lui est propre à s'amuser (ironiquement pour ne pas dire caustiquement) de ce terme d"Arabe" employé 25 fois chez Camus sans jamais que la personne soit nommée. C'est le début d'une lente et belle digression sur les relations entre Français et "Arabes", doublée d'une réflexion sur les thèmes de l'indifférence, de l'absence, du déchirement... (le narrateur de Meursault, contre-enquête est le petit "frère" de cet Arabe assassiné et son ressenti, suite à ce crime, par rapport à ses propres relations familiales (absence du père, disparition du frère, mère envahissante...) pourrait facilement s'entendre à un niveau beaucoup plus large... C'est un procédé diablement malin et finaud en soi. Le narrateur en profite, au passage, pour dire qu'elles furent ses motivations pour maîtriser cette fameuse langue française, une langue qui lui permet de livrer cette contre-enquête avec les mêmes armes que cet étranger... Là encore, l'air de rien, il s'agit d'une sympathique petite leçon en soi.

Si Daoud reprend ici ou là quelques éléments de la trame de ce roman "originel" (un meurtre, sa relation avec une certaine Meriem...), il parvient aisément à trouver un ton et des idées des plus personnels pour que son oeuvre trouve sa voix, sa voie loin de celle de ce "maître" (à penser... ou non). Il y a ainsi quelques pages couillues sur la religion musulmane - ou plus précisément sur ses "rites" (le narrateur ne prend pas plus de gants pour traiter de ce thème que pour évoquer le comportement des anciens colons) mais aussi quelques très beaux passages sur l'amour et, paradoxalement, sur la difficulté à aimer (ce n'est pas "l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches" mais on en est peut-être finalement pas si loin...). Un livre qui s'extrait avec talent de la gangue camusienne et qui vaut d'être découvert pour le propre talent de son auteur. Une belle réussite dit-il.     

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11 novembre 2014

Vallée ardente / Les Portes de l'Enfer (Hellgate) (1952) de Charles Marquis Warren

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Notre ami Charles Marquis Warren pompe ingénument le scénario de Je n’ai pas tué Lincoln pour nous plonger dans une geôle infernale au cœur d’une montagne plantée elle-même au milieu d’un désert… C’est Sterling Hayden qui s’y colle dans la peau du pauvre vétérinaire accusé de collaboration avec un chef de la guérilla (un gang sanguinaire qui fait alors rage) : un chef blessé aux côtes s’est fait soigner chez notre bon Hayden, a oublié une sacoche dans sa fuite et voilà notre infortuné Hayden condamné bêtement à cet enfer. Heureusement Hayden n’a pas le physique de Zemmour sinon il serait déjà mort, coupé en huit, dans la carriole qui l’emmène dans cette prison dantesque. Hayden va tout connaître : des camarades de prison violents, des gardiens tortionnaires (l’impressionnant Wilke avec sa tronche hirsute), des responsables qui ne lui font aucun cadeau (Ward Bond, pur et dur), des conditions de travail indignes des 35 heures (casser des pierres c’est fatigant mais en plus dans la poussière, c’est intenable), des possibilités d’évasion intorchables (non seulement il y a le désert à traverser mais en plus on te colle au train une bande d’Indiens surentrainés qui touchent une plus grosse prime s’ils te ramènent mort - ce qui est franchement déloyal). Hayden désespère de s’extraire un jour de ces grottes et jouera son va-tout en se portant volontaire pour aller chercher de l’eau - la maladie faisant rage dans le camp. Hayden a-t-il l’étoffe d’un héros ? A voir.

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On sent que la production a fait des économies sur le scénar et le décor (un bon gros tas de cailloux fera l’affaire avec quelques troncs d’arbres taillés en pointe) mais ce petit western  de derrière les tas de pierre tient parfaitement la route. On ne sait plus par quels douleurs, par quelle horreur Hayden devra passer pour prouver son innocence mais le moins qu’on puisse dire c’est que l’homme est pugnace pour ne pas dire résistant - tu te vois tenir 3 jours dans une armoire en fer en plein cagnard ? C’est juste impossible. Ben lui, il le fait : le regard hagard, la barbe en vrille, le teint noirâtre, notre prisonnier innocent serre des dents mais passe à travers les épreuves comme Peyron dans la tempête. On sent la sueur, la violence (le petit freluquet qui s’échappe… ahah, empalé, le gars, qu’il finira et proprement en plus), la hargne, la volonté transpirées par tous les pores de la pellicule… On devient aussi claustrophobe que ces individus pris au piège de tortionnaires sans foi ni loi (tu te manges ta « faute » en triple) et l’on prie pour que Hayden puisse miraculeusement avoir sa chance (en prison, petit, il n’y a pas d’amis, que des vendus ou des traîtres…). Un western de Warren qui ne rate une fois plus point sa cible : on finit en s’époussetant et en se jetant sur la première boisson fraîche qui passe… Prenant.

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LIVRE : Glacé de Bernard Minier - 2011

glacéJe suis très bon public pour les polars, en général on arrive à me bluffer même avec des enquêtes du club des Cinq (comment ? c'était le directeur du collège le coupable ? naaan ?). Du coup, quand j'arrive à deviner tous les tenants et aboutissants d'une énigme à la 200ème page d'un livre qui en compte 700 (et si j'y arrive, un gamin de CP y arrivera), comprenez que je sois un poil déçu. C'est le cas avec ce blockbuster que tous les lecteurs s'arrachent : c'est tellement surfait, tellement déjà vu, tellement classique, qu'on voit très exactement où ça va aller dès les premiers chapitres. Pourquoi aller jusqu'au bout, alors ? Juste pour s'assurer qu'il n'y aura pas en fin de compte un ultime rebondissement qu'on n'attendait pas et qui va tout remettre en cause. Non, y en a pas.

Mais que s'est-il donc passé dans cette contrée profonde des Pyrénées dont les montagnes côtoient une colonie de vacances désaffectée et un asile de psychopathes dangereux ? Mmmm ? On retrouve un cheval décapité en haut du téléphérique, puis un gusse pendu sous un pont, ça sent le notable véreux à plein nez et le suspect facile (un psychopathe vachement inquiétant) ; notre héros de flic, assisté à distance par une jeune psy, va mener son enquête à environ 5 kilomètres derrière nous. A la fin de chaque chapitre, on l'attend : on a bien remarqué, nous, que cette colonie abandonnée cache de lourds secrets inavoués, que le juge qui prend le flic sous son aile est un peu trop suave, que la directrice de l'asile est un poil trouble... Lui ne s'en rend compte qu'une cinquantaine de pages plus loin, et arrive essoufflé alors qu'on est déjà passé à autre chose. Comme il est une nouvelle fois question d'enfants maltraités, de bourgeois pédophiles et d'union sacrée entre criminels, on se dit que nous aussi on a vu Le Silence des Agneaux et Les Rivières pourpres, et qu'il serait peut-être temps que les polardeux français aillent explorer d'autres thèmes. Pire : on voit même tout ce que le flic a oublié comme pistes (la plus rigolote, c'est cette photo de quatre psychopathes celant leur union, et dont l'enquêteur ne se demande jamais qui en est l'auteur), tout ce que le roman pouvait amener de surprises. Autrement dit : on écrit un bien meilleur polar que Bernard Minier.

Reconnaissons quand même que celui-ci est relativement bon dans quelques pics d'action, dans quelques mises en scène de séquences marquantes : un gars qui se fait buter dans un téléphérique observé par le passager impuissant de la cabine d'en face, une avalanche bigger than life, ce genre de choses, qui amènent enfin un peu de suspense à cette trame plan-plan. C'est même pas si mal écrit, fonctionnel mais précis, avec une réelle volonté d'imposer des atmosphères prenantes et des décors spectaculaires. Il faudra se contenter de ça, c'est peu.

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White Bird (White bird in a blizzard) (2014) de Gregg Araki

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Certes, je n’ai jamais été un grand fan de Gregg Araki. Et ce n’est pas avec ce film que je vais le devenir. Il adapte le bouquin de Kasischke comme un livre d’images… Il en garde la trame, en perd la substantifique moelle, la finesse, la profondeur. L’un de nos commentateurs vénérés disait il y a peu qu’il ne sert à rien de comparer un livre avec son adaptation. Je ne suis pas d’accord. Certains réalisateurs s’en sortent avec grandeur, d’autres se ramassent et ce pour de multiples raisons qu’il n’est jamais inutile de chercher à comprendre. Araki ne garde de l’œuvre de Kasischke que des personnages dessinés à (très) gros traits aussi bien physiquement  que psychologiquement  (la fille obèse devient énorme (…)- et reste la bonne pâte de service, le père n’est qu’une ombre à moustache, la mère est une alcoolo primaire, le petit copain est con comme un bol, le flic roublard… il change seulement le personnage de la pom-pom girl en petit homo caustique, la belle affaire - tout en gardant le même prénom, on ne va pas se creuser la tête), il reprend des lignes de dialogues basiques et basta… On ne lui demandait pas de garder obligatoirement une voix-off pour respecter les analyses fouillées de l’écrivaine mais le Gregg aurait au moins pu faire l’effort de chercher à exprimer malicieusement certaines de ses images, de ses métaphores. Araki garde des rêves uniquement l’idée « frigorifique » et ne s’emmerde pas trop des autres nuances.

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Du coup, bien difficile d’être vraiment transporté par la chose et ce d’autant que la direction d’acteurs laisse souvent à désirer. Eva Green, en particulier, est très bien quand elle doit rester face caméra à ne rien faire, dévorant l’image de ses grands yeux verts. Sinon, franchement, elle est en free-lance, jouant comme une sagouine l’état d’ébriété avancée (Green ne sait pas être bleue, mouais, si vous voulez). Les autres acteurs souvent filmés en plan fixe restent gentiment et téléfilmiquement dans le cadre de jeu et il n’y a bien que lorsqu’Araki fait péter de bons vieux tubes late eighties (Depeche Mode, The Cure, New Order… Gols grimace) que le film décolle un poil. Un gentil livre d’images, sinon, disais-je… But, but… là où le Gregg est tout de même un peu taquin c’est qu’il finit, sur le fil, par surprendre le lecteur du roman de Kasischke avec deux petites pirouettes relativement inattendues. Genre : ahah, les gars, je vous ai bien eus - vous pensiez que mais non. Deux petites surprises assez amusantes et un final où l’on touche légèrement du doigt un soupçon d’émotion - aaah l’absence de cette mère… Cela rattrape in extremis la sauce sans lui donner non plus réellement du liant… Une adaptation très sage pour ne pas dire plan-plan.   (Shang - 10/11/14)

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Reprenez le texte de mon camarade, mettez des négations à la place des affirmations et vice-versa, et vous aurez un aperçu de ce que j'ai pensé personnellement de ce film. Pas que j'ai trouvé ça génial, on est bien d'accord en fin de compte, mais jamais pour les mêmes raisons que mon Shang. Evacuons d'abord la fausse critique de la fidélité au roman de Kasishke : non seulement on en aurait voulu à Araki de vouloir "illustrer" le livre, mais en plus je trouve qu'il parvient très bien, pendant une bonne heure au moins, à trouver quelque chose du mystère de l'écriture de Kasischke. On est perplexe au départ devant le projet : Araki et sa culture pop chez les gris-blancs des atmosphères kasischkiennes, on se dit que ça na va pas coller. Justement : le gars arrive à imposer son style de couleurs primaires, de personnages symboles et de glamour 80's à l'intérieur du carcan glacé de la dame.

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Toute la première partie est de ce point de vue impeccable : opposer les couleurs joyeuses de la vie de cette ado, les bleus et roses fluos, les copains de lycée outrés, au réalisme blanc, à l'immobilité, aux mystères effrayants et cachés de la vie des adultes. L'héroïne est en train de grandir, de devenir elle-même adulte, et Araki nous le montre par sa mise en scène, par sa façon de placer son univers (celui des ados) en regard avec celui des adultes (avec cette disparition très freudienne de la mère, avec ce père incompréhensible). Du coup, tout nous est montré du point de vue de cette jeune fille à peine sortie de ses peluches : d'où l'excès du jeu des acteurs, que mon comparse a pris pour un manque de talent. Bien sûr que le flic est caricatural : il représente le Mâle bronzé et musclé pour Kat, l'archétype du flic qui fait des cascades et prend des risques (très drôle d'ailleurs, de le voir tirer sur sa clope à la Bogart alors que son incompétence a l'air avérée). Bien sûr aussi que le jeu de la mère est outré, puisqu'il s'agit encore une fois, de la vision effrayée et critique de sa fille, qui parle depuis le présent à propos d'un passé fantasmé. Tout le film, grâce à cette mise en scène à la fois pop et lente, arrive à nous plonger dans le rêve, dans l'hébétude, si bien qu'on comprend assez vite (comme dans le roman), que cette disparition et cette enquête policière ne sont là que symboliquement. Il ne s'agit pas de retrouver le corps d'une mère, mais de voir grandir une jeune fille, de la voir s'émanciper et couper le cordon. Tout se fait dans une supension de tout, gestes, rythmes, dialogues : c'est ce que j'appelle une ambiance kasischkienne.

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Deuxième partie : Kat est devenue adulte, sexuellement très libre, et le film laisse tomber les couleurs pour devenir joliment crépusculaire. C'est l'heure où on fait les comptes, où on découvre des vérités intimes, où on quitte définitivement le père et les anciens amoureux, où les refoulés de cette vie de banlieue terne éclatent au grand jour : dépression, violence, frustrations, trahisons amoureuses, etc. Là encore, Araki est excellent pour opposer cette lumière de plus en plus sombre à la blancheur éclatante de la mère (les rêves sont certes maladroits, mais l'intention est bonne, tout de même). On n'attendait pas le réalisateur de Smiley Face dans ce sérieux-là, dans ces ambiances mélancoliques et délétères, dans ces scènes fortes avec le père, dans ces à-plats de cadres (les dialogues, vraiment bien filmés, frontaux, comme ralentis par la drogue) : il est pourtant très présent, essayant de retrouver quelque chose de cet "étrange quotidien" qu'il y a dans le roman, et y parvenant bien souvent. L'histoire se passant à la fin des 80's, on se dit que le gars avait de quoi passer à côté de son sujet en retournant à ses films légers ; on a plutôt l'impression qu'il revient à sa meilleure veine, celle du génial Mysterious Skin par exemple. La reconstitution est bien là, parfois bancale je le reconnais (les rapports avec le petit amoureux, un peu lourds), les tubes musicaux y sont (mais la veine plutôt gothiques d'iceux, Cure, New Order, etc.) ; mais l'alchimie avec l'intemporalité de cette trame fonctionne très bien.

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Dernier désaccord avec mon Shang : la fin, qui pour moi gâche tout ce qui a été patiemment mis en place jusque là : des rebondissements inutiles et artificiels, une volonté de sur-expliquer ce qui était beau parce qu'inexpliquable, un whodunit absolument nul qui va à l'encontre du final génial de Kasischke (une des plus belles dernières phrases de roman que j'aie pu lire) : la dame sait cultiver un mystère, laisser son lecteur devant des brêches ; Araki bouche tous ses trous au ciment frais. Ce malheureux dernier quart d'heure enlève à lui seul toute la magie du film, tout son soufre, toute son intelligence, le concluant comme un polar à clé à la con. Dommage : pendant 1h15, White Bird est un excellent film de metteur en scène.   (Gols - 11/11/14)

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09 novembre 2014

LIVRE : Un Oiseau blanc dans le blizzard (White Bird in a blizzard) de Laura Kasischke - 1998

oiseauEncore un immense livre de la part de Laura Kasischke, qu'est-ce que vous voulez je l'adore. On est en territoire connu avec ce roman (qui nous arrive maintenant, mais qui est en fait son deuxième) : c'est, comme toujours, le récit intime d'une adolescente qui grandit mal, et par la bande un portrait des horreurs de notre monde en déréliction, genre. Cette fois, la gonzesse s'appelle Kat, et a quand même une spécificité : sa mère a disparu du jour au lendemain, sans rien emporter, elle s'est volatilisée sans que personne ne parvienne à expliquer ce mystère. On va suivre les quatre années qui suivent cette disparition, vues donc par le biais de cette ado, ses métamorphoses physiques, ses amours, ses hormones qui se réveillent, ses rendez-vous chez la psy, ses rêves récurrents, etc. Toute l'évolution de Kat se fait littéralement à l'ombre de cette mère absente, la morbidité et le froid envahissant peu à peu sa vie jusqu'à la résolution finale. C'est en effet la mort et le blanc de la neige qui dominent ce portrait intime : Kasischke est vraiment la meilleure pour nous faire systématiquement côtoyer l'abîme tout en restant dans un quotidien banal, un peu comme a su le faire (peut-être un peu plus subtilement, je reconnais) Raymond Carver. Le mal, la putréfaction, la mort, le gel, la nuit, sont en bordure de chacun des épisodes du roman, dans une profusion de motifs affreux. En surface, Kat est une ado presque banale, et le roman ne fera pas dans l'évènement spectaculaire ; mais dans le fond, c'est terrifiant, et assez vertigineux. La vision de la vie selon Kasischke n'est certes guère florissante, et les thèmes qui pourraient paraître les plus positifs (sexualité, amitié, maternité, émancipation) sont traités dans la violence et le désespoir. Mais l'écriture est la plus forte qui soit. Un Oiseau blanc dans le blizzard (titre très naze) est peut-être le plus noir des bouquins de Kasischke, et est certainement un des deux ou trois plus beaux.  (Gols - 30/08/12)


un-oiseau-blanc-dans-le-blizzardOui, c'est vrai que ce n'est pas le roman le plus gai qui soit même si je n'ai pas autant été "happé" que cela, par rapport à mon comparse, par la noirceur de la chose. Certes, les parents de Kat sont tristes (sa mère, avant de partir, n'a jamais été tendre avec elle, son père a toujours été terne... comme absent), son petit ami est aussi passionné et passionnant que de la guimauve (après quelques mois de feu, ils ne baisent plus, ne s'embrassent même plus), ses deux copines ont une vie aussi trépidante qu'une machine à laver (l'obèse que personne ne regarde, la pom-pom girl qui tourne à vide), sa psy n'est pas olé-olé et son amant (un inspecteur poilu au nom imprononçable) est aussi romantique qu'un robot-mixeur. Certes. Mais la chtite Kat tente malgré tout de trouver sa voie, de ne pas déprimer, d'oublier autant que faire ce peut ses cauchemars pour continuer de vivre le plus simplement du monde... avec ses doutes, ses questionnements, ses incertitudes. Le système narratif de Kasischke est relativement élaboré (ses courts paragraphes qui se suivent, reprenant souvent la même scène mais en creusant un peu plus profondément le sillon), ce jeu constant entre présent, images du passé et rêves, ses comparaisons/métaphores ultra-orignales qui sortent de nulle part et qui sonnent toujours juste (l'image de cet ouvrier qui passe son temps à mettre des messages optimistes dans de petits gâteaux chinois... On ne voit pas trop le rapport au départ avec ce qui est dit précédemment puis tout d'un coup le parallèle devient lumineux) et la chose se lit comme un bonbon acidulé qui fonderait tout seul en bouche et laisserait un goût amer de tragédie lorsque l'on découvre, froidement, les dernières pages... Le mystère est révélé mais celui du sombre coeur des hommes reste entier. Allez, à nous deux Araki ! (Shang - 09/11/14)

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Larceny, Inc. (1942) de Lloyd Bacon

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Je m'attendais à un bon vieux film avec Edward G. Robinson en dur, un type à qui on ne la fait pas, un type qui se met en boule à la moindre occasion, un type qui comble sa petite taille par sa grande gueule. Y'en a, comme qui dirait l'autre mais là n'est pas vraiment la raison centrale de cette œuvre joliment troussée et cuite à point par Bacon : il s'agit bel et bien d'une comédie et d'une comédie - une fois n'est pas coutume (je sais, je me déride rarement devant mon écran, c'est un fait) - qui est drôle. Je me suis esclaffé deux trois fois, ce qui est déjà 3 fois de plus que ma réaction habituelle devant l'ensemble des comédies franco-ricaines de ces 30 dernières années (comme ça, à la louche). Franchement, quand vous voyez la tronche de tueur de Robinson pendant qu'il torche un papier-cadeau, c'est dur de rester de marbre... Mais comment notre petit truand est-t-il parvenu derrière un comptoir ? Robinson sort de taule, jusque-là, tout va bien. Il veut se ranger - en organisant des courses de lévriers - mais pour cela il faut un minimum d'investissement. Comme les banques ne prêtent qu'aux riches (déjà), il décide d'en braquer une. Il achète un commerce de valises en cuir situé juste à côté de l'une d'elles : il suffit de creuser un tunnel dans le sous-sol et à lui et à ses deux acolytes (le bourrin Broderick Crawford et le petit rigolo Edward Brophy) la thune. Seulement, tout ne va pas se passer comme prévu : le commerce de valises qui n'avait pas un client va commencer à marcher sa race... ce qui va progressivement changer la donne.

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Le ressort comique est connu : plus tu fais tout pour foirer un truc, plus ça fonctionne. Un peu comme le parti socialiste, à l'envers. Robinson n'en a que faire de ce magasin de vieilleries mais les circonstances vont s'acharner... pour que les affaires fleurissent. Entre ce type à la colle avec sa belle-fille (Jane Wyman, honnête) qui va lui faire de la pub et sa popularité dans le quartier auprès des autres commerçants (suite à un quiproquo), Robinson et ses deux hommes de main ne savent plus où donner la tête pour satisfaire la clientèle. Cerises sur le gâteau, la banque les contacte pour racheter le magasin à un bon prix (elle veut s'agrandir) et les hommes de Robinson, à force de creuser, trouve du pétrole en plein New York (ils ont en fait crevé le tuyau de la chaudière qui marche au fuel - mais le gag est fort, sur le coup...). Comique de situation, comique de mots (on frôle souvent la screwball comedy dans les réparties de Robinson (- Come to look over my lingerie, lui dit la commerçante voisine - Come to look over my trunks, lui répond-il spirituellement (trunks, en anglais : malles et slip, hein, pour ceux qui n'auraient pas révisé pour le BAC)), comique de tronches (Robinson, sérieux comme un pape alors que tout le dépasse et part en live (la fuite d’eau dantesque…), Crawford, sérieux comme un couillon, alors que tout le monde le prend pour un couillon), on se fend la pipe jusqu'à ce que, sur la fin, le polar tente de reprendre ses droits : Mister Anthony Quinn, tout jeunot et déjà terrifiant, s'échappe de prison et espère bien "profiter" au maximum de la situation de Robinson - alors que ce dernier veut se ranger des voitures, définitivement, l'autre veut le faire "replonger"... Le drame semble vouloir prendre le pas sur la comédie à moins qu'il n'y ait une ultime pirouette… 95 minutes en quasi huis-clos (on sort de là, on sent le cuir) sans que l'on s'ennuie une seconde... Gols, prends de la graine pour les paquets-cadeaux, c'est bientôt Noël - une leçon.

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08 novembre 2014

La Chambre bleue de Mathieu Amalric - 2014

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Un virage dans la carrière de cinéaste d'Amalric, le voilà qui s'attaque au polar "à la française", un genre en soi, surtout qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de Simenon (déjà narré par mon collègue, complémentarité au taquet). C'est le premier souci : embourbé dans son dandysme littéraire coutumier, et qui lui va bien au teint je ne dis pas, Amalric a du mal à se dépatouiller des vieilloteries de Simenon : dialogues précieux (surtout ceux concernant le sexe), situations dignes d'un Tintin, interrogatoires de flic à gabardine et surtout enquête policière complètement anachronique. Assassiner des gens avec de la confiture empoisonnée, ça peut passer dans un vieux Club des Cinq ; dans un vrai polar, moins. Amalric, peu conscient de la ringardise du scénario, modernise pourtant l'ensemble, replace ça dans un contexte contemporain, mais sans changer le style. Résultat : on n'y croit pas une seconde, et on a souvent l'impression, au niveau scénar, de se retrouver dans une dramatique ORTF d'il y a 60 ans.

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Le gars est pourtant habile (tout comme l'était Simenon, si j'en crois Shang) pour retarder le plus possible les informations. Pendant une grande partie du film, on ne sait pas qui a tué, certes, ça c'est normal ; mais on ne sait pas non plus qui a été tué, ce qui apporte une petite touche de cruauté délicieuse. Amalric est accusé de meurtre, bon. Mais qui a-t-il tué ? Sa maîtresse trop envahissante qui menace son confort bourgeois ? Sa femme qui l'empêche de vivre sa passion amoureuse ? Sa belle-mère, qui ne l'aime pas ? Très adroit d'arriver à nous faire tenir sur un joli suspense tout en nous cachant l'essentiel du drame. On suit donc, dans une succession d'allers-retours entre flashs-back et présent, l'interrogatoire que subit ce brave bourgeois face à un juge implacable. Ces scènes de commissariat sont les plus réussies : Amalric a un vrai sens du huis-clos, et la variété de ses angles donne une belle énergie à un exercice de style qui pourrait être fastidieux : dialogues infinis, pas de mouvement, des répétitions, et pourtant on est bien tenus.

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C'est beaucoup plus laborieux dès qu'on sort de cette pièce. Trop pressé sûrement, Amalric bâcle ses scènes extérieures. Montage aléatoire, direction d'acteurs médiocre, technique dans les chaussettes. Mon conseil : dans un film, regardez les figurants, et vous aurez une idée du soin qu'un réalisateur a mis dans son projet. Dans La Chambre bleue, les figurants sont empruntés, on a l'impression de lire les consignes qu'on leur a données, tellement ils semblent téléguidés. Tout le film est ainsi, sentant l'amateurisme et le vite-fait. Si Amalric acteur est plutôt très bon dans ce personnage fiévreux et dépassé, ses partenaires sont dirigées avec simplisme : Stéphanie Cléau caricature sa femme-mante religieuse, tout est tellement fait pour la rendre froide et opaque qu'on se doute très en avance de son innocence ; Léa Drucker n'a rien à défendre, et se retrouve prise dans des scènes impossibles (discuter avec son mari en tenant chacun un bout de guirlande de Noël par exemple). Amalric voudrait bien pourtant se la jouer sexuello-romantique, sulfureux et moderne : il filme le sexe de sa maîtresse en gros plan, joue sur les ambiguités des relations amoureuses, s'amuse de montrer cette sexualité au milieu d'une province tranquille ; mais, mis à part la splendide musique tourmentée et herrmanienne de Grégoire Hetzel, le souffle manque pour parvenir à une vraie exaltation des sentiments. On reste au ras des situations, souvent complètement invraisemblables, et on se retrouve avec un très sage polar de début de soirée sur FR3, où le Colonel Moutarde assassine Mademoiselle Rose avec un chandelier dans la cuisine.  (Gols - 23/10/14)


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Ah la confiture de prunes, la fameuse confiture de prunes... Je pensais que mon comparse avait eu la dent un peu dure avec le dernier film d'Amalric, mettant cela, en partie, sur le compte de la confiture de prunes : je ne suis pas sûr qu'il l'apprécie à sa juste valeur alors que j'en suis friand. Mon Dieu, difficile de ne pas aller dans son sens après la vision de ce téléfilm FR3 (au format 1,33:1 !!!! Cela existe-t-il encore ou c'était une promo, une fin de stock ?) qui n'a rien de vraiment personnel ou encore d'original (la musique, mouais... bien aimé pour ma part le juge, Poitrenaud, mou, calme, plan-plan qui se fond parfaitement dans la déconfiture de l'ensemble - Léa Drucker est vraiment transparente même avec une guirlande autour du cou). Les quinze dernières minutes sont un véritable sacerdoce (le film se serait arrêté au bout de 57 minutes, personne ne serait venu se plaindre...) - ah si, il y a le truc de la chambre (de justice) bleue : tu l'as vu le clin d'oeil, tu l'as vu ? Il y a en plus cette volonté terrible de désigner clairement un coupable - coupable qui d'ailleurs sort presque de nulle part, Amalric ayant pratiquement gommé ses relations avec l'une des victimes - alors qu'une petite part de mystère n'aurait pas fait de mal à l'affaire. Mais non, bon diou, faut aller jusqu'au bout de la logique, que tout soit clair, bon sang... Les personnages n'ont ni historique, ni relief et aucune séquence ne vient leur donner une chance "dans la longueur" ; pour ne pas faire "ennuyeux", devine-t-on, Amalric découpe ainsi au maximum ses séquences - des plans très brefs - mais cela ne suffit pas non plus pour donner au film du rythme, du sang, de la foi, de la passion, du... bleu, que sais-je encore ?... Raplapla et sans saveur - même Amalric, acteur, ferme de plus en plus les yeux à mesure que le film avance, comme s'il ne voulait pas assister lui-même au massacre. Si menon m'était conté, euh non.  (Shang - 08/11/14)

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LIVRE : L'Homme traqué de Francis Carco -1922

9782226186645-jJe ne connaissais pas le Francis Carco sous cet angle policier (je l’eus parcouru en long et en large il y a bien longtemps pour ses descriptions de la vie à Montmartre dans les années 20) et cette œuvre est une bien jolie découverte. Il s’agit d’une intrigue « à la Simenon » (le type est incontournable alors ne le contournons point) : un simple boulanger commet un meurtre pour une poignée de francs. Il pense qu’une prostituée du coin a des soupçons sur lui et il se met à la colle avec elle… Est-ce qu’il l’aime ? Non. Est-ce qu’elle l’aime ? Encore moins… So why ? Est-ce une façon, pour lui, de tenter de vaincre une certaine lassitude, de se rassurer (mieux vaut l’avoir comme amie que comme ennemie), de « rentrer dans le rang » ? Est-ce une fascination, pour elle, exercée par ce criminel, un individu peu ragoutant a priori, une façon de se rassurer, de « rentrer dans le rang » ? Un étrange pacte les unit, au-delà du bien (l’amour ne risque point de poindre), au-delà du mal (même s’il passe à confesse, elle sera la dernière à le dénoncer). Il y a chez Carco une indéniable connaissance des bas-fonds, du côté popu du monde (sans jugement aucun) et  un sens aigu des dialogues : ils sentent la sueur , ils transpirent de véracité (je ne peux pas dire mieux). On découvre avec un réel plaisir cet étrange « combat amoureux » (ni avec toi, ni sans toi) où chacun tente de reprendre sa liberté, ou aucun ne parvient à se détacher de l’autre. L’on ne sait si cette prostituée sera capable de lui servir longtemps de radeau de la méduse , notre boulanger raskolnikovien risquant bel et bien de se faire bouffer par sa mauvaise conscience…  Carco nous plonge avec un réel talent dans les affres psychologiques de nos deux personnages qui, l’un l’autre, pour différentes raisons, crient au secours. Une belle découverte, disais-je, et l’on s’étonne que personne n’ait jamais pensé (Simenon aurait-il l’exclu des adaptations de polars en France?) à porter la chose à l’écran.

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07 novembre 2014

La Femme et les Favoris (Shukujo to hige) (1931) de Yasujiro Ozu

Egalement intitulé La Femme et la Barbe, le titre français ci-dessus ajoute à la confusion (subtil jeu de mot sur "favoris" se dit-on) mais qui finalement est peu en accord avec l'histoire. "Le barbu et ses favorites" serait finalement plus en adéquation avec la trame.

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Okajima est un pro dans l'art du combat traditionnel (Pierre Richard a dû s'inspirer fortement de la scène d'ouverture dans le Retour du Grand Blond, franchement hilarante - oui, bon pas sûr qu'il l'ait vu, ok) et porte fièrement sa grosse barbe style Capitaine Haddock. Il est invité chez un jeune aristocrate et croise en route une jeune fille délurée et occidentalisée qui attaque une chtite avec un couteau pour avoir de l'argent. L'Okajima est impérial et met en déroute en un tour de main et deux coups de bâtons la braqueuse et ses deux acolytes. La chtite remercie son sauveur et se répand en courbettes. Notre Okajima reprend sa marche sur ses socks qui feraient passer les talonnettes de Sarko pour des espadrilles et s'en va gaillard chez le jeune baron. Il y trouve une ribambelle de jeunes filles en fleur qui ne tardent point à battre froid ce type hirsute complètement démodé à leur goût de nippones friquées et modernes. Sur les conseils de la chtite, qu'il recroise alors qu'il cherche du taff, Okijama se rase finalement la barbe et ne tarde point à trouver un emploi dans un hôtel. L'aristo, l'occidentale délurée et la chtite (modeste, portant kimono mais ouverte à son époque) vont tour à tour courtiser notre Okajima un peu dépassé par la situation.

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L'aristo apparaît vite dans ses choix et ses revirements sentimentaux totalement superficielle, la braqueuse, elle, semble avoir perdu son âme et sa foi et seule la chtite, un mixte entre tradition et modernité, semble digne de confiance en faisant preuve de constance. Ozu signe un film qui évoque toutes les mutations de son époque avec toujours un don dans la description des sentiments (il faut voir la chtite toute pensive au départ d'Okajima, un pur moment de bonheur mélancolique) et dans le comique de certaines situations (de nombreux quiproquos comme la mère de la chtite qui prend Okajima pour un simple vendeur de journaux et l'envoie paître avant de se confondre en excuses - 45 courbettes - lorsqu'elle comprend sa méprise). Ozu fait preuve d'un don inouï pour capter toujours les petits détails (gros plans, en coupe, sur une main qui gratouille une chaise d'énervement, sur une mère qui pince les fesses de son fils qui a dépassé les bornes, sur les pieds peu soignés d'Okajima qu'il couvre de son chapeau comme pour cacher la gène de sa condition) et, usant avec une grande parcimonie des intertitres, montre tout ce qu'il a dire grâce à la finesse de sa direction d'acteurs et de sa mise en scène au taquet (le déplacement du cadre lorsque Okajima se saisit du bras de la braqueuse est au millimètre). Ozu, mon petit bonheur matinal, dont l'art du détail et de la suggestion n'en finira jamais de m'émerveiller.   (Shang - 22/04/08)


Tout à fait tout à fait, c'est superficiel comme tout mais absolument charmant. Pour ma part, je serais bien en peine de rajouter quoi que ce soit aux lignes énamourées de mon sensei Shang, tant on a tout de même affaire à un Ozu très mineur. Peu de ses thématiques du moment sont vraiment présentes (presque pas d'allusions à la société occidentale et américaine, tiens), le style est parfois un peu brouillon ; mais oui, il y a ces micro-détails vraiment extraordinaires, des gros plans qui, par leur simplicité, apporte énormément de sentiments aux scènes les plus banales. Et puis l'humour : cet acteur est vraiment fendard avec ses mimiques entre le guerrier farouche et la jeune fille gracile, et les courbettes se comptent par paquets de 12, c'est vraiment bien. Voilà, après, c'est un Ozu qui ne restera peut-être pas dans l'Histoire non plus...   (Gols - 07/11/14)

sommaire ozuesque : clique là avec ton doigt

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Magic in the Moonlight de Woody Allen - 2014

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Les voyages exotiques en Europe que se paye Woody depuis quelques films ne sont peut-être là, finalement, que pour cacher une profonde dépression. Jadis, le gars savait transformer son anxiété métaphysique en comédies pétillantes ; avec Magic in the Moonlight, on voit ce qu'il est advenu du système Woody aujourd'hui : malgré les ors des décors et la légèreté des trames, on voit poindre quelque chose de beaucoup plus grave qu'auparavant, une sorte de peur de la mort, de désabusement complet sur l'Humanité, beaucoup plus sérieux que dans les années 80/90.

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Tous les thèmes alleniens, sont là, bien en place : la passion pour le spectacle et la magie, le pouvoir de l'amour, le personnage masculin cynique qui revient de son cynisme, etc. On a même droit à un remake de la scène de l'orage de Manhattan, ici dans un "observatoire désaffecté" (mais dont toutes les lampes sont allumées, sans un brin de poussière et en parfait état de fonctionnement), signe peut-être d'un certain piétinement dans les inspirations quand il s'agit de rapprocher deux êtres amoureux. On est en terrain connu, donc, y compris dans cette vision carte postale du paysage, la Côte d'Azur ici : la mer est bleue comme dans un manga, la lumière est jaune et les filles sont belles, il ne manque plus que l'inscription "Gros poutous de Cassis" pour compléter le tableau. Que ce soit Rome, Barcelone, Paris ou les calanques du Sud, Woody ne se force pas, recopie les pages de Géo et s'en trouve très bien. Il s'est adjoint pour ce faire les services de Darius Khondji, dont le talent n'est plus à prouver ; pourtant, le compère rate complètement sa photo : lumière incohérente, filtres laids qui rendent l'herbe fluo, tout paraît vieillot et poussiéreux dans ce film pourtant hyper-propre sur lui. Comme en plus, Woody fabrique une de ses mises en scène les moins inspirées, avec ces mouvements de caméra mochissimes (les travellings arrière à partir de gens qui descendent de voiture, les piteuses tentatives d'inscrire les personnages dans le décor naturel), avec ce montage chaotique (où est passé le brillant talent pour filmer les dialogues en mouvement, dans Alice ou dans Manhattan Murder Mystery par exemple ?), avec ces champs/contre-champs plats, on se dit que le désastre n'est pas loin, et qu'on a là un des plus médiocres Woody Allen au niveau technique. Même la musique sent le réchauffé, ces éternels disques de jazz qui ont déjà servi 10 fois dans les films passés du maître.

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Heureusement, la chose est sauvée par ses acteurs, qui parviennent à donner de la chair à un scénario pourtant très gentillet. Excellent Colin Firth en star de la magie cynique et cartésien aux prises avec une mignonette Emma Stone (aux yeux gris fascinants) en vraie fausse medium ; et parfaite distribution également des seconds rôles, qui constituent une galerie de personnages amusants et énergiques à défaut d'être crédibles. Ils s'attaquent à un scénario très écrit (énormément de dialogues, très peu d'action), privé de ces bons mots qu'on attend (encore) chez Woody mais assez fin parfois. Il y est question de foi, de croyance à la magie de la vie, et finalement, par la bande, de métaphysique : peut-on encore croire à une part mystérieuse dans la vie ? tout n'est-il qu'un trucage ? Où chercher la magie ? Dans l'amour, nous répondra-t-on in extremis, on n'en attendait pas moins. Mais ce joli conte sentimental cache aussi un autoportrait désabusé : la confiance dans le cinéma, son pouvoir magique, sa faculté de faire rêver, sont un peu laminés sous les sarcasmes de ce personnage principal, un magicien revenu de tout comme Woody Allen peut être un cinéaste revenu de tout, qui ne croit pas à l'émerveillement de son métier, et qui pense que tout est affaire de mécanique. Quand il va découvrir son erreur, il traversera une période "mystique" avant de retomber lourdement sur ses pieds : il n'y a pas de magie, ni dans le spectacle ni dans l'amour (ni dans le cinéma, pourrait-on ajouter), tout n'est que non-sens et angoisse devant l'absence de Dieu. Le film dit ça sans le dire, en se cachant sous les costumes vintage et les jeunes filles en fleurs, ce qui n'est pas si mal. Qu'il le dise avec autant de masochisme et autant de baclage dans la forme est bien dommage pourtant. Un tout petit Woody sous anxyolitique, un peu génant au final.

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Tout sur Woody sans oser le demander : clique

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06 novembre 2014

Going Hollywood (1933) de Raoul Walsh

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Walsh nous la joue rafraichissante et pétillante avec cette joyeuse comédie musicale. L’histoire est éternelle - une aspirante comédienne (Marion Davies, plus blonde qu’une bière) tombe amoureuse d’une star (Bing Crosby, the young crooner à la bouche de travers) et prend la place (dans le cœur de et sur le plateau de tournage) d’une comédienne capricieuse (The Frenchy Fifi D’Orsay). Rah ça ne pète pas deux neurones à un canard, mais la pimpante Marion Davies tient son rang en ex prof de français qui rêve en écoutant des chansons douces et qui décide sur un coup de tête de se faire la malle : elle se jette au coup du Bing, bing il l’envoie paître, elle se met au service de Fifi, fi elle la congédie (avec une belle baffe, ma foi), elle cherche à se faire remarquer sur un plateau de tournage en jouant les figurantes en mini-short et en se moquant ouvertement de la Frenchy… rah, là, elle marque des points. Elle aura le rôle et réussira à pécho cet alcoolo de Bing.

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Si la voix plus chaude qu’un hammam de Bing vous tape sur les nerfs, ce n’est pas si grave en soi, il y a suffisamment de petites gâteries comédico-musicales dans cette œuvre légère pour vous tenir éveiller jusqu’au bout. D’abord, attention c’est le linguiste qui parle, c’est truffé de ptites piques in French (les échanges mordants entre Fifi et la Marion) : Bing roule des yeux comme des billes (on est dans un film hollywoodien, les amies, ouhouh) mais lui-même finira par tenter sa chance dans la langue de Houellebecq : « bonnejooouuur » lance-t-il avec un sens aigu des diphtongues. Bon, c’est drôle. Ensuite, il y a la Marion au jeu très moderne (je trouve… ou c’est moi qui suis vieux…) dans ses petites mimiques amoureuses très « natures ». Que ses yeux mélancolo se perdent dans les cieux des studios, qu’elle s’essaie à faire quelques pas de danse en jupe grunge au côté d’un épouvantail (!) ou quelques pas de claquettes en mini-short (non, ce n’est pas une obsession... et je ne vous parle pas de la mini-jupe bien avant l'âge de l'allumeuse Fifi-Cendrillon) ou qu’elle embrasse goulument son partenaire un peu pantois (picole décidément trop le Bing), la chtite Marion irradie. Walsh a comme toujours un sacré sens du rythme - les dialogues partent aussi drus que les claques de Fifi à la Marion (il y aura un retour de bâton qui vaut le détour) - et certains décors sont tellement too much qu’on s’en amuse volontiers (le champ de marguerites en plastique qui dansent !, l’alcôve dans une partie du décor final de Cendrillon où l’on place trois mille musiciens re- !). Y’a de la joie, pas forcément d’hirondelles, mais y’a de la joie sur ce tournage walshien. Allez, on se casse tous à Hollywood et on en parle plus.

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 Walsh et gros mythe,

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