Shangols

28 juin 2016

Folie-Folie (Movie Movie) (1978) de Stanley Donen

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Stanley Donen nous propose deux films pour le prix d'un, l'un en hommage aux bons vieux films noirs dans le milieu de la boxe, l'autre aux comédies musicales des thirties. Tout en respectant à fond les codes des genres, Donen se fait volontairement satirique en multipliant les rebondissements et les coïncidences "heureuses". Dans la première partie, on a franchement l'impression que Donen nous livre un concentré d'une douzaine de films : un simple petit livreur qui ambitionnait de devenir avocat entame une carrière de boxeur pour pouvoir payer l'opération de sa soeur dont la vue baisse (...). Il est entouré d'une petite amie craquante et d'un entraineur au taquet, seulement il ne tarde pas à se laisser attirer par le côté obscure : tout d'abord une femme dont le numéro musicale le sèche, puis un mafieux qui lui propose d'accélérer sa carrière... Pour son dernier combat, il est censé devoir se coucher... Va-t-on avoir affaire à une fin tragique ou à un happy end « surréaliste » - that is the question. Le deuxième épisode suit les pas d'une jeune danseuse débutante : elle va tomber amoureux d'un comptable qui a écrit et composé la comédie musicale pour laquelle elle est embauchée (j'ai toujours dit que pour écrire une comédie musicale fallait pas sortir de la cuisse de Jupiter) : ce dernier va également succomber aux sirènes de succès (la star du show le prend dans ses rets) avant de revenir à sa douce débutante. Cette dernière, orpheline, est virée du show mais aura droit à un ultime retournement de situation : trouver un père, devenir star et retrouver l'amour - la coupe est pleine.

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On sent bien que Donen n'est pas du genre à s'embarrasser avec les énormes ficelles scénaristiques comme si pour lui l'essentiel était ailleurs... Ou est-il donc, cet essentiel ? Ben plutôt dans cet american dream cinématographique où le plus petit gars, la plus naïve petite gâte peut atteindre avec un minimum de pugnacité les sommets ; dans ces figures paternalistes et protectrices passionnées jusqu'au bout par leur travail (incarnées dans les deux épisodes par George C. Scott, entraineur de boxe se sacrifiant puis directeur de la revue atteint d'une maladie incurable) ; ou encore dans ces genres ultra ba(na)lisés (le polar en noir et blanc et la comédie musicale à paillettes) où les femmes ont des jambes interminables et séduisent les hommes en un clin d'œil. C'est vif, vivant, pétillant et, satire oblige, les deux oeuvrettes semblent se faire un point d'honneur à ne pas trop se prendre au sérieux. Voilà pour le côté positif. Si l'on veut se faire un peu plus critique (c'est pas mon genre mais là je vois bien qu'on me pousse - arrête, arrête !!!), on va dire que ce côté fun et volontairement fou-fou, ces exercice de style en quelque sorte, ont du mal à vraiment nous surprendre, pour ne pas dire nous émouvoir. Si j'ai bien aimé le numéro de danse très sexy du premier sketch c'est sans doute parce que, pour le coup, il sort un peu « du rang », des cordes, dénote et détonne dans cette ambiance un peu passéiste et étriquée... Le second sketch, quand il part un tout petit peu en vrille (le trio répétant le numéro de danse dans la bagnole à quelques heures de la première), peut s'avérer un tantinet drôle, mais on sourit plus qu'on se marre - comme le veut la formule consacrée. Bref un Donen qui a du peps, de l'énergie, de l'envie mais qui manque un brin de singularité et d'originalité dans le fond : on ne décolle pas vraiment de la simple et gentillette satire, quoi.

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Welcome to Leith (2015) de Michael Beach Nichols & Christopher K. Walker

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Leith est une petite ville tranquille (à peine une trentaine d'habitants) du Dakota Nord (il reste même encore des indiens : plus désert et plus zen comme paysage, tu fais plus). Débarque avec sa barbe blanche et ses cheveux longs de gourou LE connard suprême, j'ai nommé Craig Cobb, champion du monde toute catégorie de la défense de la suprématie blanche (celui-là même dont le test ADN ne se montrera guère probant quant à ses origines 100 % "caucasiennes"). Comme les terrains ne sont pas chers, non seulement il s’en procure un mais il fait aussi venir dans le coin des représentants de partis néo-nazis, autant dire des personnes d'une culture et d'une intelligence toute aussi effrayante... Rien qu’à voir les drapeaux devant la maison de l'un deux (représentant l'ensemble des factions d'extrême droite à travers le monde : les jeux olympiques de la connerie), on peut comprendre que cela puisse énerver ces si paisibles locaux. Quant en plus ces gaziers viennent au conseil municipal pour multiplier les provocations idiotes, le sang du dakotien se met à bouillir... Il suffira d'une provocation de trop (Cobb et son second se baladant en ville, fusil à la main, en haranguant les gens qu'ils croisent) pour faire coffrer ces deux abrutis modernes.

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Si le doc nous fait découvrir le petit côté tranquille de cette bourgade et nous montre comment parfois la tension peut rapidement monter à cause d'une poignée de misérables idiots (certains autochtones du Dakota prennent vite de la mouche et ne peuvent s'empêcher dans la foulée de se "sur-armer"... ah les Ricains), avouons tout de même qu'il reste un peu superficiel dans l'ensemble, voire même un brin putassier : il s'ouvre sur la "randonnée armée" des deux hommes avec en off des coups de fil effrayés des locaux aux autorités ("Ils s'approchent avec des fusils et insultent mon mari") mais une fois cet épisode passé (qui ne débouche sur rien, si ce n'est l'arrestation de nos deux randonneurs qui payent le plus stupidement possible leur sens de la provocation - ils aurait mieux fait d'aller à la chasse à la taupe), le doc tourne un peu en rond. La parole est donné à ce Cobb tout penaud en prison (il a l'air plus bête qu'agressif au final), aux habitants qui continuent de trembler, encore sous le choc de ces étrangers bizarres (ils ont toujours peur que le Cobb libéré se venge... ça va, il n’a plus le droit de posséder une arme à feu et de les approcher, faut savoir aussi passer à autre chose), et l'aspect sensationnel, ultra dramatisé annoncé en ouverture se révèle finalement aussi plat que les plaines du Dakota. Des extrémistes illuminés d’un côté (on le savait), des petites gens qui paniquent un brin de l’autre (Le Dakota, morne plaine…), pas grand-chose de neuf sous le soleil. On aura au moins découvert au passage une ville presque plus inquiétante que Twin Peaks. C'est déjà ça.

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27 juin 2016

Game of Thrones - saison 6 - 2016

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On prend les mêmes et on recommence. Au départ, comme d'hab, on est complétement perdu : qu'est-ce qu'ils vont foutre à Dornes (Allier) et qui assassine qui ? On reprend nos marques dès le second épisode avec ces cinquante minutes débitées en dix tranches de cinq pour nous donner des nouvelles de l'ensemble du royaume et des quarante-huit personnages principaux. En un mot, on s'ennuie, il y a bien des promesses pour que des armées se foutent sur la tronche mais rien ne se passe. As usual, la série reprend un peu du poil de la bête à l'épisode 8 (bon retour en forme de La Montagne (on reste en Auvergne) en bûcheron décapiteur - les têtes valsent, on reprend forcément le sourire) avant deux épisode finaux qui font enfin parler la poudre : notre blondinette de service ressort ses dragons pour incendier une flotte de trois petits capitaines qui se la pètent, deux armées se livrent une bataille sans merci avec gros charclages à la clé (les cadavres s'amoncèlent en tumulus, on se croirait en Bretagne) et la mère du roi, qui garde toujours un coup dans son sac, nous sort un coup de Trafalgar fumant... Des gorges sont éventrés, des ennemis bouffés par leurs propres chiens (notre bon vieux cota gore), et Jon Snow (mort à la fin de la saison précédente mais requalifié pour cette saison 6) continue de passer entre les flèches, les chevaux, les coups d'épées : bref, il est résolument invincible et je ne serais pas surpris de le voir reprendre le pouvoir lors de la saison 75 -malheureusement, je ne serai plus des vôtres.

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La grosse tendance de cette saison d'hiver (winter is coming… winter is here, ouah, enfin), c'est bien sûr la domination des femmes (souvent jeunes mais parfois moins) dans tous les compartiments du jeu. Si nos hommes se révèlent soit de gros bourrins, soit bien naïfs, ce sont les femmes qui, sur le devant de la scène ou en coulisses, tire réellement les ficelles. Seuls le Jon et notre ami le nain en éternel conseiller font encore bonne figure ; côté femme, il y a celles qui prennent les rênes de leur clan (Daenerys, Cersei, ou encore la grosse sur son île dont le nom m'échappe, comme les trois-quarts du casting d'ailleurs) et, chez les Stark, un retour au premier plan de Sansa et Arya. Dans ce monde de cuirasses et de grosses barbasses, ce sont elles qui se révèlent résolument les plus influentes - sans parler de ce petit bout de douze ans à peine qui met un froid dès qu'elle prend la paroles devant ces gros morceaux de barbaques mâles. Au niveau finesse psychologique ou scénaristique, on ne peut pas dire une nouvelle fois qu'on progresse beaucoup, mais reconnaissons au moins à ces derniers épisodes de nous donner notre tranche de petit spectacle violemment divertissant. Pas ultra glorieux, certes, mais on n'en attendait non plus pas plus, et ce dès le départ, de cette histoire de trône...

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The Man who came back (1931) de Raoul Walsh

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Toujours un plaisir de retrouver le couple borzagien de Street Angel et de Lucky Star, j'ai nommé Janet Gaynor et Charles Farrell. Dommage, tout de même, que cette œuvre ultra-théatralisée (un comble chez Walsh) se contente de longues scènes ultra-bavardes mettant en scène notre petit couple dans la tourmente... Lui est un fils à papa alcoolo qui mène une vie de patachon ; il se retrouve littéralement banni par son père qui l'envoie d'abord à San Francisco (où le gars continue de faire la bombe) puis, de force, à Shanghai (là, il fait moins le malin au fond d'un bouge). Janet Gaynor, elle, va être amenée à jouer les filles de mauvaise vie par amour : elle l'a suivi de San Francisco jusqu'à ce trou shanghaïen pour voir s’il y avait encore un espoir... Les deux se font pitié et décident de démarrer une nouvelle vie en tout bien tout honneur à Honolulu. Dernier rebondissement dans cette œuvre qui se traine : les retrouvailles avec le pater - alors pardon (et embrassade générale) ou pas pardon ?

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Si la Janet se plaît une première fois à jouer les clochardes pour être au diapason de son Charles (qui parle, parle, parle), la seconde fois qu'elle se redonne son petit air de débauchée à Honolulu pour, à nouveau, "pousser son gars à réagir" est un peu too much. Ça sent à plein nez la resucée d'une ancienne recette qui ne fonctionne pas. Faut dire que Walsh ne se casse pas non plus trop la nénette au niveau des décors (alors pour Shanghai, on va faire passer une chinetoque au premier plan et voilà, on y est) et se contente de tout miser sur la confrontation entre son couple star. S'il y a une certaine complicité entre eux, cela ne suffit pas que nos deux acteurs parviennent à émouvoir notre petit cœur... Trop de plaintes, trop de délires alcoolisés, aucune action, c'est terriblement plan-plan... Walsh semble vouloir se suffire de filmer un scénario écrit pour le théâtre et cette adaptation très paresseuse ne passe malheureusement pas la barre. Revoir les Borzage eut été bien plus sage.

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Walsh et gros mythe,

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26 juin 2016

None shall escape (1944) d'André de Toth

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De Toth n'attend pas la fin de la guerre pour juger les responsables nazis et livre avec ce None shall escape une œuvre une nouvelle fois très solide. Lors du procès de Wilhelm Grimm (pas vraiment un conte...), plutôt que de considérer que l'homme n'a fait "qu'obéir aux ordres", plusieurs témoins vont raconter ce que furent sa vie, ses choix, ses décisions... monstrueuses. Alexander Knox campe superbement ce Grimm qui au départ n'a l'air de rien avec ses grosses moustaches roublardes : mais il va savoir lui donner, au fil du temps (alors même que le gars gagne du galon chez les nazis), une froideur, une façon d'exprimer son autorité qui vont résolument faire froid dans le dos. Au-delà de cette posture revêche et de son accent tranchant comme une lame allemande, le gars Grimm va avant tout se distinguer par ses actions : violeur pédophile (une base solide pour sa carrière : la jeune fille, honteuse, se suicide - le premier cadavre qui va jalonner sa route), délateur de son propre frère auprès des autorités allemandes pour que celui-ci parte dans un camp, assassin de Juifs à grande échelle (une scène de massacre frontale qui fait son effet), responsable (la boucle est bouclée) de la mort de la propre fille de son premier amour, Grimm est une enflure qui s'assume. Et le film de ne nous décrire son parcours effrayant avec un réalisme implacable.

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Outre la composition absolument bluffante de Knox (sans jamais en faire trop, il sait prendre un petit air pincé et un ton glaçant qui le rendent effroyablement crédible), le film de de Toth sait soigner les différents personnages et les séquences fortes de son film. Ainsi, il tente au départ d'humaniser ce Grimm (qui devient rapidement borgne... comme de Toth), petit professeur allemand qui revient de la Première Guerre en terre polonaise avec une jambe de bois : il y retrouve son ancienne amante qui fait tout pour le mettre à l'aise. Seulement, dès le départ, on sent que le gars est vicié de l'intérieur : alors même qu'il pourrait désormais couler des jours paisible auprès de sa sympathique polonaise, il ne pense qu'à traiter son peuple "d'idiots" et rêve de revanche... Lorsqu'il se voit dans l'obligation de quitter le territoire, un père catho et un rabbin vont venir en aide, humainement et financièrement, à cette pauvre âme errante... En un mot, du soutien, de l'amour, de l'amitié, le type en a reçu : quand il reviendra finalement en Pologne pour exhiber fièrement cette croix gammée qui lui octroie tous les pouvoirs, d'humanité, lui, il ne saura jamais en montrer une once. (Magnifique dialogue au passage entre Grimm et son ancienne amante : "I'm trying to see one spark of pity, she says / - In which eye ?, he replies / - The left one / - Hinhin, the glass one ! / - I know...).

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La séquence pour sûr la plus terrible est celle où il décide d'exterminer à la mitraillette tous les Juifs (femmes et enfants compris) qui s'apprêtaient à monter dans des wagons. Mais il y a aussi ces deux séquences-miroirs avec ces deux jeunes filles portées à bout de bras par leur parent, deux victimes du même homme : la première de sa cruauté, la seconde de sa cruauté au service de ce pouvoir nazi - preuve en est fait en tout cas que le gars n'est pas un simple maillon obéissant mais bien une pourriture mettant toutes ses "compétences" au service d'un parti infâme. Lorsque certaines personnes osent lui tenir tête, courageusement, frontalement, connaissant et sa position et sa liberté totale dans ses décisions, il n'hésite jamais à les abattre froidement d'un simple coup de révolver dans le bide - c'est là toute la limite de sa patience et de sa capacité à écouter ceux qui tentent de lui ouvrir les yeux (enfin au moins celui qui lui reste) : tu te dresses sur mon chemin, je te flingue, emballé, pesé. Alors même que notre homme aura l'occasion de se repentir, il se lancera dans une ultime diatribe pleine de colère et de ressentiment achevant de démontrer sa fière bêtise ou sa bête fierté. C'est simple, c'est brut, diablement efficace et remarquablement filmé (bien aimé notamment ses plans-séquences qui démarrent "à la grue" au début des flash-back). De Toth commence tout juste sa carrière aux States (c'est son second film) et livre déjà une œuvre de référence. Well done ami borgne. 

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25 juin 2016

Cute girls (Jiushi liuliu de ta) (1980) de Hou Hsiao-Hsien

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Tout premier film de HHH qui s'essaie à la comédie romantique locale. Il a depuis renié ce film (qui eut un certain succès en salle) et c'est tout à son honneur. En un mot comme en cent, c'est cucul la praline à mort et formellement sans grand intérêt. Il est donc question de mariage arrangé (l'héroïne est promise à un Chinois revenant de France - elle apprend d'ailleurs le français pour faire genre : une minute de comédie très exploitable en classe de FLE mais c'est bien tout...) et d'amouuuur... Notre chtite chinoise n'est pas très chaude pour se marier avec ce grand échalas un peu couillon qu'on lui colle et lui préfère un type à la coule dont elle a fait la connaissance à la campagne...

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On peut apprécier le plaidoyer du gazier devant les parents de la donzelle (les parents résistent et quand les parents résistent dans ces contrées orientales, c'est comme un arrêt de mort - et je sais de quoi je parle, ma bonne dame) pour qu'ils lui donnent la main de leur fille... Seulement voilà, comme il n'est pas le fils d'un gros patron, hein, il peut toujours rêver... HHH s'attaque à la lutte des classes, dès les années 80, on applaudit pour la forme... Malheureusement, il foire même cet aspect « engagé et révolutionnaire » sur le fil, car son héros s’avère être un fils de gros industriel - du coup, tout le monde est content et sa longue bataille pour épouser la very cute girl paraît terriblement inutile... Une pure perte de temps, tout ça, pour ça.

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On est donc bien dans la pure tradition de la comédie gentillette asiatique, avec acteurs qui en font des tonnes (ils ne jouent pas, ils grimacent), pudeur extrême (un seul baiser sera échangé littéralement "sous le manteau" - La Boum à côté, c'est un film porno) et troupes de petits nenfants trop trognons... Bref, à découvrir à la limite pour se dire que, parmi les plus grands cinéastes contemporains, certains ont dû faire de méchantes concessions pour mettre le pied à l'étrier mais sinon, une œuvrette bien banale et ultra light... Un truc collector qu'on peut aisément laisser bien au fond d'un tiroir.

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La Vallée des Poupées (Valley of the Dolls) (1967) de Mark Robson

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Le film date de 1967 et semble déjà affreusement daté... Du scénar (le destin croisé de trois femmes dans le "show business", leurs hommes, leurs pillules (dolls en anglais, ce qui semble avoir échappé au traducteur du titre en français), leurs problèmes...) aux jeux des actrices (Patty Duke dans un "rôle" à Oscar (une pétillante chanteuse abusant de l'alcool et des fameuses pillules - inspired by Judy Garland) est aussi crédible que moi en pom-pom girl cubaine), de la musique sirupeuse signée John Williams (nominé aux Oscars justement) à ces pubs vintages multicolores (Barbara Parkins faisant voler ses cheveux aux vents : l'horreur), de ces rôles de mâles paternalistes à la voix grave à ce personnage tire-larme atteint d'une maladie qui le paralyse progressivement (il devient un légume mais sa compagne, la plantureuse Sharon Tate dans un rôle de potiche assumée, se refuse à le planter - mouais), tout est ennuyeux et semble renvoyer à un cinéma américain mathusalemien.

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Chacune de ses femmes ont leur petit talent personnel (Duke sa voix, Parkins sa beauté et sa classe, Tate son corps) mais la vie est vacharde et semble incapable de leur procurer du bonheur à long terme : Duke a un caractère de chien à cause de ses excès pillulaires (allez hop au sanatorium), Parkins n'arrive pas à garder l'homme qu'elle aime (tu vois, vaut mieux qu'on sépare en se disant peut-être, un jour, qui sait ?... Oh ma grand-mère), Tate a un mari légumisé, une mère dépensière et cherry on the cake, une tumeur maligne... heureusement qu'elle n'a pas en plus une tendance suicidaire... Ah ben si, mince... Bref, pas de quoi sauter au plafond et les petites ritournelles entonnées ici ou là ne font pas grand-chose pour nous donner la banane. La mise en scène (ça y est je suis parti) est lourdaude, les décors sont laids, les audaces sont pauvres... Quand Sharon Tate se dénude (enfin) pour jouer dans un "film d'art français" (un film de cul, donc), le réalisateur prend bien soin de lui laisser son soutif et de ne point montrer son fessier - genre film érotique interdit au moins de huit ans. L'ensemble dure deux heures et semble en faire huit. J'aurais sans doute été moins frustré si je m'étais refait le Beyond the Valley of the Dolls de Russ Meyer ou toute oeuvre riche en formes de ce saint homme. Oublions en tout cas rapidement ce Robson...

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24 juin 2016

Jane got a Gun de Gavin O'Connor - 2016

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Film de genre raté chapitre 2. Réaliser un western aujourd'hui semble être une sorte de fantasme. Et c'est vrai qu'à l'époque de Tarantino et des écrans verts, la tentation est grande de s'y risquer, on compensera le manque de talent par les effets numériques, t'inquiète pas. D'autre part, le fantasme est tout aussi dévorant de faire un western dont le personnage principal serait une femme : on sait depuis Sharon Stone que filer des bottes et un gun à une fille peut être super sexy, et ça donne en plus un vague alibi féministe au cinéaste, qui ne s'est pourtant donné la peine que de filer des bottes et un gun à une fille. Bien, cette intro passée, découvrons le film de Gavin O'Connor, Jane got a gun. Tout le programme du film est dans son titre. Jane a une arme à feu. Bien. Et ?... Non, ben rien, elle a une arme à feu. Ah si, quand même, des méchants veulent tuer son mari et la violer. Alors elle doit s'organiser, et elle recontacte un ancien amant pour l'épauler dans le siège qu'elle s'apprête à subir. Voilà. Côté scénario, c'est fait.

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Malheureusement, les camions de transport des écrans verts n'ont jamais dû atteindre le plateau, et les ordis tomber en panne et empêcher les effets numériques. O'Connor se retrouve avec un film à dix millions qu'il doit boucler avec 42 dollars. Il a donc une idée de génie : on n'a qu'à rien faire, mettre des bottes et un gun à Natalie Portamn, et attendre que ça se passe. Ben oui, mais et les fusillades ? euuuuh, dans le noir ! Roule ma poule. Le réalisateur engage un chef-opérateur pas manchot, qui, lui, a bien reçu sa cargaison de 10000 filtres "couleur sable" qui avaient déjà servi pour tous les westerns depuis 1980, il lui confie les clés du studio et s'éclipse modestement. Du coup, rien ne se distingue dans cette sous-production inutile, ni les acteurs, ni la trame, ni les dialogues, ni la mise en scène, tout ceci complètement transparent et tellement académique que c'en est à pleurer. O'Connor tente le coup des flashs-back romantiques à la Sergio Leone, et c'est kitsch comme un clip de country, saccage complètement les séquences finales (les seules, finalement, qu'on attend au moins qu'il réussisse), et pulvérise son film par son manque complet de regard, d'idée et de talent.

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22 juin 2016

Everybody wants some !! (2016) de Richard Linklater

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Très déçu par ce dernier opus de Linklater : non pas que j'en attendais monts et merveilles mais disons tout de même plus de subtilités (vous remarquerez quand même que je vous ai mis en photogrammes les meilleurs morceaux - ouais, quand je suis colère, je pars en vrille). Cela pourrait être la suite de Boyhood (qui contenait quelques jolis petits moments et qui se révélait parfois même presque émouvant - Gols grince des dents) puisqu'il s'agit de suivre l'un de personnages de cette "œuvre-somme" à l'université. Juste avant la rentrée, en ce début des années 80 où les garçons ont tous la moustache et où les filles portent toutes des shorts (ah ouais ? On a pas les mêmes souvenirs), Linklater va dresser en quatre jours la petite vie d'un groupe d'étudiants dont le point commun est... le baseball (ouais, déjà cela partait mal). Des jeunes gens qui semblent intéressés comme tous jeunes gens par le cul, l'alcool et la fumette. Si notre héros va se démarquer un tantinet en semblant s'ouvrir un peu plus au monde extérieur (un pote un peu trash, un donzelle qu'il ne drague pas en boîte... ça pète pas loin, je vous l'accorde), le reste du groupe (des gosses musclés un peu interchangeables) va développer au fil des aventures (pseudo baston en boîte, jeux à la con, entrainement de baseball en autonomie...) l'esprit d'équipe… Voilà, voilà. Linklater tente le film "d'époque" sans aucun cachet, multiplie les styles musicaux mais nous sert une BO aussi excitante qu'une soupe froide, s'essaie au film de djeun’s un peu ohohoh délurés et déconneurs sans jamais être drôle (et puis pour "l'érotisme", avouons que mes deux photos sont franchement frauduleuses : un attrape-nigaud mais qui saura rendre cet article populaire les samedis soirs (on a des stats)). On a l'impression d'avoir vu ce genre de bazar trente fois, et même souvent en mieux... Ce pauvre petit gars avec son air un peu nigaud fait preuve de bonne volonté pour "s'intégrer au groupe" et "s'ouvrir au monde" (cela sonne comme un pub pour les scouts, au secours) mais s'il se révèle un brin moins lourdaud que ses camarades de chambrée vraiment concons, on ne peut pas dire qu'il brille par sa personnalité - il est gentillet, fait du baseball et connaît Whitman et Sisyphe (ouuaaah ! Dans la vie, on répète toujours un peu la même chose : re-ouah !) : franchement, sur deux heures de temps, on bâille comme des loutres (roh les séquences en boîtes... rarement vu quelque chose d'aussi ennuyeux et mauvais). Bref, si everybody wants some, perso, je n'en reprendrai pas une tranche. Mièvre et platounet (contrairement aux, ci-dessus et dessous – oui, je sais).

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Femme de Feu (Ramrod) (1947) d'André de Toth

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André de Toth est à la baguette de ce western noir de la plus belle eau. Veronica Lake incarne THE femme fatale de cette histoire où les cadavres vont s'amonceler autour d'elle. Héroïne avant tout de western, Lake est une âme fière, butée, rebelle qui s'oppose aux décisions de son père et à son désir de la voir marier avec l'homme le plus puissant de la vallée ; si elle est vénéneuse, toxique, c'est presque malgré elle : elle ne cherche pas à ensorceler les hommes juste pour le plaisir ou pour avoir l'impression de les dominer ; lorsqu'elle use de ses charmes, c'est toujours pour leur demander de faire quelque chose pour elle, soit en agissant dans son sens soit en leur demandant de mentir. Lake est une figure presque fantomatique (une beauté pure et brute, sans apparat) dont les apparitions sont comptées mais dont les décisions vont avoir des conséquences sur tous les hommes qui l'entourent. Dès le début du film, dans la séquence où elle se tient devant Joel McCrea, elle le domine, de toute sa hauteur ; lui, assis, a comme un petit air angélique avec son regard tourné vers le ciel (McCrea incarne lui l'homme brisé (il a perdu sa femme et son gosse), alcoolo, le parfait loser prêt à rendre service : il sera finalement le seul qu'elle ne pourra "détruire", agissant pour elle par pure bonté et non tant pour lui plaire). Elle est dominante et se révèle rapidement être une parfaite comédienne ; toujours dans la séquence d'ouverture, son fiancé est humilié : elle se jette sur son lit, laisse couler deux larmes mais les essuie très vite pour mettre en place une nouvelle stratégie. Une Lake maline et perfide avec son petit air de ne pas y toucher dans lequel plus d'un va se noyer.

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L'histoire sinon en deux mots : c'est assez classique, puisque l'on a deux clans ; d'un côté, Lake qui emploie McCrea dans son ranch et quelques bons potes à lui ; de l'autre, le vil Frank Ivey et ses hommes de main : il est le boss du coin et veut, avec la bénédiction du pater, la main de la Belle. Au centre, un shérif qui met en garde chacun des deux clans de rester dans la limite de la légalité... Mais rapidement, de fil en aiguille, chacun va se permettre les plans les plus pourris et les plus traîtres pour toucher l'autre : Ivey bastonne un proche de Lake, un homme de Lake (Don DeFore as Bill) tue de sang-froid un homme d'Ivey et fait croire à un acte de self-defense, Lake demande à Bill de projeter son propre troupeau vers une falaise pour faire croire à un acte malveillant d'Ivey, etc... Tous les coups sont permis, d'un côté comme de l'autre, et c'est peu reluisant. Seul McCrea, un peu naïf, veut encore croire à la justice : lorsque le shérif est froidement assassiné, il change cependant de braquer - tout en restant, contrairement aux autres, relativement de "bonne foi". Comme dans un bon noir, on est dans un engrenage de violence qui va culminer lors d'une mortelle randonnée by night dans les montagnes (de Toth ayant un don, disons-le au passage, pour mettre en valeur les extérieurs : cette scène de nuit de les falaises est proprement magnifique) : on assiste alors à une mise à mort d'une violence extrême. Place alors au magnifique duel final (attention spoiler, désolé pour le photogramme final mais je n'ai pu résister tant ce plan est "parlant") où McCrea va vouloir littéralement "marcher" sur son ennemi et retrouver sa "dignité" (le plan en caméra subjective avec son fusil dressé montrant parfaitement où se place sa dignité... Sera-t-il enfin digne de Lake ?... Tttt, McCrea ne mange pas de ce pain-là...).

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Les amoureux du western et du noir en auront donc pour leur argent avec cette nouvelle œuvre de l'excellent petit maître borgne austro-hongrois de Toth. Il parvient parfaitement à utiliser Lake comme un simple reflet (la beauté fatale) avant de livrer progressivement les côtés obscurs de la donzelle (superbes séquences chargées d'érotisme lorsqu'elle se rapproche de Bill puis plus tard du petit jeune pour qu'ils opinent à ses souhaits : cette simple main féminine qui se pose sur les épaules des deux jeunes mâles, brrrrr). La blonde Lake a bien sûr, comme dans tout bon noir, son négatif en la personne de la brune, effacée et sage, Arleen Whelan as Rose. Si McCrea est relativement droit dans ses bottes (il se posera cependant de moins en moins de question avant de faire feu), le personnage de Bill est beaucoup plus « gris foncé » : ce dragueur des chaumières nous semble au départ bien frais et sympathique mais on découvre peu à peu que son éthique, son honneur est aussi faiblard que son sens de la fidélité... Il aura l'occasion d'obtenir la rédemption (au nom de son amitié) mais à quel prix... Bref, je laisse le soin à Gols d'exhumer des westerns de troisième zone (oui, bon, ça arrive...) pour me concentrer sur les derniers petits joyaux du genre. Celui-ci en est résolument un.   

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21 juin 2016

Smith le Taciturne (Whispering Smith) de Leslie Fenton - 1948

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Voilà un western qui vous laisse un goût de rien dans la bouche. Tout y est tellement correct que tout y est lisse, et on aura bien du mal à trouver autre chose qu'un (tout juste) honnête travail d'artisan en série dans cette oeuvrette sans sel. A peine note-t-on que Fenton est assez habile pour restituer le contexte choisi avec précision : le monde du rail au temps du Far-West hostile. Entre les bandits qui font leur beurre sur le braquage des trains, les "démolisseurs" qui détournent les marchandises des trains déraillés, les gardiens complètement dépassés par tout ça, on est plongé dans un monde crédible, bien documenté, et qu'on voit assez peu dans les films de genre habituels. Le héros est une sorte de détective privé engagé par la compagnie des chemins de fer pour mettre fin aux exactions des frères Barton, qui te pille du convoi comme d'autres pointent à l'usine ; sur place, il retrouve son ex-gorette, qui, lesse d'attendre que le gars se range et la marie, a fini par épouser son meilleur ami et frère de lait. Celui-ci fricote douteusement avec la pègre du coin, et notre Smith va avoir du pain sur la planche entre écarter son pote de la gabegie, lutter contre ses érections face à la donzelle et combattre les frères Barton et leurs comissionnaires véreux.

Whispering Smith 1948 14 Alan Ladd, Robert Preston, Brenda Marshall

Le film, de toute évidence privé de moyens, multiplie les plans moches et les à-peu-près. Des transparences constantes et maladroites, des faux raccords à répétition, des scènes très bavardes pour compenser l'action... Fenton a envie, on le sent, de faire des choses, et par-ci par-là on remarque une jolie ellipse (un travelling coupé par une locomotive sert de jonction entre deux plans), ou un cadre bien travaillé (quelques beaux intérieurs). Mais ça ne suffit pas : le film est raté formellement. Et côté acteurs, ce n'est pas terrible non plus : mis à part la douce et tourmentée Brenda Marshall, on a là un défilé de seconds couteaux qui manquent cruellement de charisme. On nous avait prévenus dès le départ : Smith est taciturne et ne s'énerve jamais. Alan Ladd invente donc un jeu hyper fade, qui consiste à ne jouer qu'avec la bouche, tout le reste du corps et du visage restant figés comme s'il avait fait un AVC la veille ; quant aux méchants, entre l'homme de main à la perruque de travers et le parvenu au rire sardonique, on ne peut pas dire qu'on soit comblé niveau subtilités. Allez, on apprécie quand même cette lutte fratricide et le côté immaculé du héros, prêt à tout sacrifier, honneur, gonzesse, vie et réputation, pour sauver la peau de son pote pourtant ingrat, et qui donne quand même, fait rarissime, une larme coulant sur la joue du cow-boy à la toute fin. Mais autant le dire : Whispering Smith ne restera pas dans les mémoires, m'est avis.

Whispering Smith 1948 12 Brenda Marshall

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LIVRE : L'Urgence et la Patience de Jean-Philippe Toussaint - 2012

9782707322265Un peu déçu par ce petit essai toussaintien sur le difficile exercice de l'écriture. C'est fin, délicat, modeste, certes, mais manque aussi un poil de consistance. Le livre est en fait un recueil de textes épars sur le petit monde de Toussaint, qui peuvent aussi bien prendre la forme d'essai (sur l'inspiration, sur ce difficile équilibre entre urgence et patience nécessaire à la naissance d'une oeuvre), de digressions légères (sur les hôtels qui servent de décor aux romans du gars, sur les échecs) ou d'exercices d'admiration (Proust, Dostoïevski, Beckett). On navigue gentiment entre pages poétiques et gentils enfonçages de portes ouvertes, le gars est sympathique, aucun doute, mais on aimerait que la superficialité laisse plus souvent la place à ces quelques phrases qu'il sait trousser parfois. On cherchera vainement l'étonnante originalité de Toussaint dans ces textes trop courts pour aller au fond de leur sujet, trop délicats pour ne pas devenir légèrement transparents (on voit ses genoux au travers, comme dirait Chevillard). De l'urgence, il en manque justement, et ce livre ne se justifie pas vraiment. Bon, ne soyons pas trop durs, c'est quand même plaisant. Dispensable, quoi.   (Gols - 31/03/12)


 111305246Une petite gâterie de l'ami Toussaint (que je suis depuis ses débuts et que j'avais même rencontré après son second roman, mais il ne s'en souvient pas, je pense) qui nous parle, avec ces divers articles rassemblés dans ce recueil, "boutique" : il est assez agréable de lire l'écrivain lorsqu'il axe sa réflexion autour de ces deux axes évoqués dans le titre : l'urgence de l'écriture qu'il définit de façon très fine en tentant de détourner tous les poncifs sur "l'inspiration" et la patience de la réécriture, l'homme prenant un soin particulier à remettre sur le métier chacune de ses phrases - sans que l'on sente pour autant tout le côté laborieux de ce travail à la lecture, je tiens à le préciser (avec peut-être tout de même une petite réticence envers... La Réticence qui lui donna d'ailleurs beaucoup de mal). Il est également question de tous les endroits (bureaux et villes diverses) où furent conçues ses œuvres, de ses diverses machines à écrire (une partie qui pourrait sembler a priori un tantinet anecdotique - il va même jusqu'à nous donner, le bougre, la marque de ses feutres - mais qui m'a toujours personnellement titillé l'esprit : de l'influence (ou pas... piste qu'il développe d'ailleurs) de ses lieux sur l'écriture...). On découvre en prime des articles sur les auteurs qu'il affectionne, de Dostoïevski (Crime et Châtiment lui donna l'envie d'écrire... il a bien de la chance, cette lecture me coupa les pattes concernant mes velléités d'écrivain en herbe (ce n'est un mal pour personne) ; je partage par exemple complétement son ressenti quant au personnage de Raskolnikov - ce qu'aucune œuvre cinématographique (et j'en ai vu un paquet) n'a à mes yeux réussi à transmettre) au Dieu Beckett (autre influence, stylistique celle-là, dont il eut du mal, à ses débuts, à se défaire). Il évoque aussi ses multiples lectures et relectures d'A la Recherche du temps perdus et les divers lieux (dont il se souvient à la perfection), là encore, où il découvrit certains épisodes de cette somme littéraire. Ce recueil qui condense des articles écrits en diverses occasion pourrait paraître décousu (exhumerait-il déjà des fonds de tiroir ?), il n'en est rien, tant sa passion, sa foi, sa vision de la littérature (de la lecture à l'écriture) se ressent à chaque mot. Un vrai petit plaisir toussaintien.   (Shang - 21/06/16)

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20 juin 2016

LIVRE : Quatre Jours à Tallin suivi de Toscha de Laurent Durasnel - 2015

9782955589502,0-3347991Shangols fait feu de tout bois au niveau lecture puisqu'il s'agit là de l'oeuvre de l'oncle d'un collègue (...). Après la petite mise en bouche que constitue Quatre Jours à Tallin (où le narrateur exprime son souhait de ne pas être publié - il le sera quand même, post-mortem), Toscha conte l'histoire d'un réfugié tchèque accueilli par le narrateur. Avec un vrai sens de la drôlerie, ce dernier se verra entre autres contacté par la DGSE pour faire des rapports sur cet individu "suspect". Nos chers services secrets en seront pour leur frais avec le premier (et dernier) rapport sans langue de bois que leur fera notre narrateur. Ce dernier, outre ses rapports culturo-alcoolico-amicaux avec Toscha, revient également sur sa liaison avec une jeune femme "pentecôtiste" (l'épisode où il est question d'individus de ce groupe de croyants parlant "la langue" me rappelle une étrange anecdote vécue à Vichy) et sur diverses soirées organisées en présence de ses connaissances (de son dealer de drogues (douces) à son ex). Si Laurent Durasnel avec cette tentative romanesque ne fait pas preuve d'un "style littéraire" inoubliable, il faut lui reconnaître une certaine capacité à trousser des dialogues non dépourvus de vivacité ainsi qu'un ton un brin désabusé qui fait souvent mouche. Qu'il évoque des épisodes un tantinet absurdes au commissariat ou avec les flics en général ou qu'il fasse part de sa conception de l'amour ou de la foi (on pourrait condenser l'affaire en disant qu'il n'éprouve de foi qu'en amour - il livre d'ailleurs au passage quelques jolies pages sur ce sentiment amoureux qui tend rapidement à gouverner nos moindres pensées), ses propos sont toujours teintés d'une petite pointe d'ironie de bon aloi. Au final, un ouvrage qui ne révolutionnera sans doute point la littérature mais qui constitue un témoignage vif et pointu sur les multiples petites misères et les micro-bonheurs de notre passage ici-bas.

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L'Ange et le mauvais Garçon (Angel and the Badman) (1947) de James Edward Grant

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Excellente surprise que ce western de la Republic produit par John Wayne (toute première production, il a le nez creux) et dirigé avec brio par le scénariste James Edward Grant (deux films à son actif... voilà la moitié d'une odyssée déjà faite). Grant parvient à la fois à concilier une trame assez originale (le dur à cuir John Wayne as Quirt Evans tombe raide dingue d'une toute jeune quakeresse - Gail Russell, jolie comme un cœur et craquante de bout en bout) et toutes les figures imposées d'un bon vieux western des familles (bastons, poursuites à cheval, embuscades, vols de troupeau, esprit de vengeance entre mâles fiers comme des paons, shérif à l'affût du moindre faux pas). On se réjouit de voir John Wayne se faire domestiquer progressivement par la Gail (coup de foudre au moment de la rencontre et magnifique premier baiser donné par Wayne à la Belle alors même qu'il s'évanouit - il avait été blessé lors de la séquence d’ouverture ; Wayne farmer ; Wayne avec un bébé dans les bras (aussi inimaginable Paul Pogba avec un livre) ; ou encore, cerise sur le gâteau, Wayne recevant une bible avec son propre nom dessus...) mais celui-ci va se sentir obligé de réagir et d'arrêter l'hémorragie sentimentale. Il rejoint l'un de ses anciens comparses pour aller détourner du bison... Finie la vie de patachon, retour au wild wild west et aux mœurs dissipés...

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Mais un être vous manque et tout est dépeuplé : Wayne, déchiqueté après une bonne vieille baston laissant un bar en ruines, blindé de thunes, une bouteille de whisky à portée de main et sa prostipute dans les bras, n'y trouve plus son compte ; il décide de revenir chez les quakers et de retrouver le sourire angélique de Gail. Le Wayne est conquis et remise son colt au vestiaire. Seulement forcément, c'est toujours lorsqu’on veut rompre avec son passé que celui-ci se plaît à ressurgir : des hommes de main de son ennemi intime décide de prendre le Wayne en chasse ; Grant se frotte à la scène d'action et réussit une nouvelle fois son coup : la carriole de Wayne et de sa douce bondit dans les airs à chaque tronc d'arbres rencontrés en route avant un superbe saut dans le vide... On en a résolument plein les mirettes... Tout ce qui dorénavant nous inquiète, c'est le final. On sent venir la tragédie à grands pas : est-ce le Wayne, sa douce (blessée dans la chute en carriole) ou les deux qui vont y laisser leur peau ? On tremble en se disant que le Grant risque bien de poignarder son idylle dans le dos...

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Wayne est au top de sa forme en cow-boy sûr de lui puis en romantique qui semblait s'ignorer, Gail apporte une touche de fraîcheur et de candeur en quakeresse toujours prête à s'ouvrir au bonheur et les séquences s'enfilent sans aucun temps mort, sans aucune longueur. On sent que Grant réalise le western qu'il souhaite, soignant aussi bien sa romance (la Gail passionnée ou un brin boudeuse) que les instants de connivence ou de haine frontale entre mâles. A chaque poste (décors de la Monument Valley parfaitement exploité, séquences en extérieur lumineuses, laissant une belle place au ciel (Archie Stout à la photo, pas vraiment un débutant en la matière), et même la musique, souvent simple accompagnement de fond dans ce genre de production, sait intervenir aux moments opportuns) Grant assure et offre à Wayne un western sur mesure. A redécouvrir d'urgence par les amateurs du genre.

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19 juin 2016

Belladonna (Kanashimi no Beradonna) (1973) de Eiichi Yamamoto

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Une œuvre d'animation nippone historico-psychadélico-érotico-féministe, je suis forcément preneur. La littérature française est à l'honneur puisqu'il s'agit d'une adaptation de La Sorcière de Jules Michelet, mais une adaptation pour le moins originale puisqu'elle mêle longue planche de dessin fixe (un peu comme s'il s'agissait d'estampes à l'horizontale, voyez), animation à la limite du gore et du porno ("l'évocation" du viol de la jeune fille est pour le moins suggestif - elle se scinde littéralement en deux, verticalement cette fois), ou encore morceaux de bravoure très seventies avec une multiplication d'illustration vintage lors d'orgasmes explosifs, le tout sur une petite musique mélodynelsonienne (j'exagère à peine) du meilleur effet. Bref, un feu d'artifice visuel wasabisé.

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L'histoire en elle-même est plutôt simple : Jeanne, une jeune femme mariée à un pauvre bougre de paysan sans le sou est bannie par le gouverneur : elle décide de vendre son âme son corps au diable pour pouvoir sauver son homme. Lorsqu'une épidémie de peste s'abat sur la ville, notre Jeanne vient en aide aux indigents à l'aide notamment d'une plante magique, la belladonne. Lorsque le gouverneur lui demande de livrer son secret, elle refuse et la Jeanne est conduite illico au bûcher, comme une victime expiatrice. Ce qui est plus étonnant, dans ce final, c'est de voir le désir de Yamamoto de faire de cette femme "libérée" un symbole de toutes les femmes : en évoquant la marche des femmes sur Versailles puis le tableau de Delacroix avec la liberté, seins à l'air, guidant le peuple, il semble vouloir rendre un hommage marqué à l'émancipation des femmes à travers les âges. Pourquoi pas. Cela dénote tout de même un poil avec les scènes orgiaques : si la donzelle prend indéniablement son pied, elle est souvent prise de force par un pouvoir diabolique à la mégateub. Bref. 

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Mais disons-le franchement, c'est surtout dans la forme que Belladonna surprend le plus. Lorsque Yamamoto passe la seconde et se lance dans l'animation, on assiste souvent à un déchainement de visions psychadélico-séxuées de la plus belle eau. Yamamoto, tout terrain, flirte parfois avec la pornographie et ne se refuse pas non  plus quelques pointes d'humour égrillard : pour preuve ce petit génie-bite (pas mieux) qui grandit furieusement en se glissant malicieusement dans la main de Jeanne. Les allusions sexuelles (la révolution sexuelle, celle de 68, semble avoir trouvé sa voie au Japon) sont constantes et la charmante Jeanne, jeune femme aux allures très fleur bleue dans ses traits, se retrouve plus souvent à poil qu'à son tour. Yamamoto sait aussi trouver un second souffle avec cet épisode, après celui consacré au sexe, très mortifère et sombre : la peste bubonique s'étend sur le village comme un champignon noir hiroshimesque et les cadavres, le corps rongé, s’empilent. Graphiquement, le film évolue vers des lignes plus épurées et l'on apprécie au passage ce surprenant virage artistique. Belladonna se révèle au final une sorte de paquet-surprise animé relativement explosif qui donne du moyen-âge une image très sex, drug and death (métal ? non, dommage pour le jeu de mots). Même si Yamamoto part parfois un peu vrille dans ses délires, cette oeuvre qui se permet tous les excès artistiques et orgasmiques fait du bien par où ça passe. Yamamoto en totale roue libre explose nos sens. 

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18 juin 2016

LIVRE : Plancher japonais de Jean Cagnard - 2016

9782847206937,0-3270102Le retour du grand Jean Cagnard, avec son univers minimaliste absurde et sa poésie étrange. On reconnaît dès les premières lignes la patte à nulle autre pareille du compère. Cagnard, voyez-vous, n'est pas de ces écrivains qui restent à suer devant leur machine à écrire en attendant l'inspiration ; l'écriture, chez lui, est une expérience physique, qui se traduit dans ses romans par une thématique récurrente, celle de la construction, du travail manuel, de la maçonnerie. Il construisit jadis un mur dans L'Escalier de Jack ; il construit cette fois-ci un tipi, incapable qu'il est d'accepter de se fixer réellement quelque part, avide de renouer avec un certain sens de l'aventure, de la nature et du fait main. Le livre suit la lente construction de cette habitation, avec toutes les précisions techniques qui s'imposent (schémas à l'appui), et raconte aussi un "retrait", le voyage d'un homme qui se désolidarise de la société (et entre autres de sa compagne énamourée) pour renouer avec la sauvagerie, le monde, la terre. Sous une indéniable influence de Thoreau, il relate une sorte d'odyssée moderne, tendant à démontrer qu'aujourd'hui encore il est possible de vivre l'aventure, la vraie, et de retrouver la nature dans son aspect le plus direct (ce qui passe par la violence de celle-ci, prédateurs voraces, éléments déchaînés, etc.)

Cagnard écrit donc son Walden à lui, mais comme il est également un précieux poète et un étrange surréaliste, il teinte ce récit "physique" d'une couleur absurde, prolongeant ce style insaisissable et surprenant. On ne sait jamais où chacune des phrases va nous mener, tant le gars aime à tirer le fil d'une pensée le plus loin possible, jusqu'à son épuisement dans les confins les plus barrés qui soient. Quand il saisit une image, une idée, il la développe jusqu'au bout, en trouve toutes les arcanes possibles, avant de passer à autre chose. Parfois, ça ne donne rien, quand le roman piétine un peu, quand Cagnard ne sait pas couper, quand il se perd dans une poésie trop "volontaire" ; mais la plupart du temps, c'est parfaitement ahurissant, les jeux avec la langue sont virtuoses sans être crâneurs, la modestie est de mise alors même que le gars jongle avec les images en vrai magicien. C'est sûrement ça qui marque le plus, cette simplicité d'exécution alliée à une grande complexité dans les images. Le livre, peu à peu, évolue vers une ode à la lecture, à la musique aussi (Neil Young est un personnage important), et vers une autre thématique chère à Jean Cagnard : l'émancipation par l'art et la littérature. Le gars revendique un statut d'artisan, de travailleur physique, et prône une littérature ancrée dans la réalité ; et son livre est pourtant un grand moment de déconnection du réel, lunaire et unique. Peut-être un poil long, voilà en tout cas un roman qui ne ressemble à rien de ce qu'on connaît, terrien comme un paysan et allumé comme un calumet d'Indien. Précieux, donc.

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17 juin 2016

Tombstone : The Town too tough to die (1942) de William McGann

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Après Law and Order découvert récemment (où l'on reconnaît les mêmes personnages malgré, pour des raisons obscures, un changement d'identité et une trame comparable dans les grandes lignes), on retrouve la ville de Tombstone et l'ami Wyatt Earp (incarné par Richard Dix sur dix pour le côté granit). C'est toujours la même histoire : Wyatt souhaite le retour au calme (dans ce bled où il se retrouve shérif malgré lui) en se confrontant au perturbateur de la ville (Edgar Buchanan et son bidou as Curly), se voit donner un rendez-vous à OK Corral qui sera sanglant avant un ultime face-à-face crucial. Disons-le dès le départ, McGann se révèle un sérieux artisan qui assure le taff et qui bénéficie d'une distribution tout à fait correcte : notons ainsi la présence de Kent Taylor as Doc Holiday (sorte de doublure physique de Dix en plus affiné), du jeunot Don Castle (pris entre deux feux, Curly et Earp, le mal et le bien, il a la possibilité de trouver la voie de la rédemption) ou encore de la charmante Frances Gifford en amoureuse de Castle. On suit d'un oeil bienveillant la force tranquille de Dix, les écartades de Castle qui flirte sans cesse avec le côté obscur de la force, les coups foireux de Curly à l'éternel petit sourire coincé aux bords des lèvres, le numéro de charme de Gifford qui veut attirer dans ses rets un Castle repentant... C'est solide mais un peu attendu, sans séquences faisant réellement vibrer. On attend avec une certaine impatience le fameux rencart à Ok Corral avec un premier face-à-face à découvert qui fait parler la poudre. On se flingue quasiment à bout portant mais Dix bronche à peine, pas un poil de sa moustache ne s'envole. Bien. Mais Curly demeure intouchable. Il nous faudra attendra les dix dernières minutes pour assister à un flingage en règle : les revolvers sont chargés comme des mitraillettes et on se canarde dans tous les coins, les coups de feu résonnant dans la montagne. Bon. C'est solide disais-je mais quand même un peu court en bouche. La présence féminine est réduite au max (on a un numéro de cancan, le minimum syndical) et Richard Dix, avouons-le, s'il est volontairement impassible même dans les situations les plus tendues, n'apporte pas vraiment une touche de fantaisie ou de déconne à la chose. Une série B de qualité mais qui a un peu du mal à nous apporter notre dose de frisson et de poussière urbaine westernienne euphorisante. Joli titre tout de même.

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American Nightmare (The Purge) de James De Monaco - 2013

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Film de genre raté chapitre 1. James De Monaco (moi aussi, j'aurais pris un pseudo) a dû revoir sagement tous les films de John Carpenter avant de s'attaquer à The Purge, et c'est vrai qu'il en a retenu quelques éléments intéressants, et pas les plus communs. C'est ce qui fait la qualité du concept même du film et de sa première partie. Dans un futur proche, l'état américain autorise une nuit par an où tout est permis, où on peut assassiner qui on veut sans conséquences, histoire de canaliser la violence populaire et de réguler la surpopulation. Cette "nuit de purge" est acceptée par tous comme un bienfait social, et certains profitent même de l'opportunité pour faire leur beurre, comme le personnage principal, qui vend des systèmes d'alarme. Les bourgeois se calfeutrent en matant la télé, les prolos s'entretuent, tout va pour le mieux. La charge politique est au bulldozer, mais l'idée est bonne dans son nihilisme, et évoque Escape from New-York ou Assault on Precinct 13 de Carpenter. De Monaco utilise la politique pour fabriquer du film de genre, c'est une bonne idée, et ça donne des scènes assez dérangeantes où on voit chacun préparer cette nuit d'horreur comme s'il s'agissait de Thanksgiving. Le film démarre donc sous d'heureux auspices, cultivant un ton très sarcastique quand il s'agit de pointer la brutalité qui se cache sous la paix sociale. On se frotte les mains alors que la nuit tombe sur ce quartier calme qui s'apprête à plonger dans le chaos consenti.

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Dès que le concept est posé, dès que le film a exposé ses ambitions politiques, ça s'effondre. De Monaco a peut-être un bon pitch de départ, mais ne sait jamais filmer la violence, non plus que le huis-clos et le suspense. Il y a encore une bonne idée, politique là aussi, celle de faire entrer par effraction, au sein de cette famille bourgeoise sur-protégée un ennemi, un SDF, black de surcroît, transformant la maison hermétique en cible de tueurs nietszchéens. Mais quand il s'agit de fabriquer un film d'action, de construire une tension, on passe aux abonnés absents. Les motivations des personnages sont incompréhensibles, comme cette jeune fille qui, au lieu de rejoindre sa famille pour se protéger du danger, préfère fuir dans l'autre sens (toujours pas compris pourquoi) ou comme ce môme qui bricole un robot télécommandé au moment où il est en danger de mort ; l'espace est pulvérisé par une mise en scène illisible, notamment dans les scènes d'action : difficile effectivement de suivre 6 personnages séparés dans un dédale de pièces, il faut du talent pour ça, et De Monaco est un pâle metteur en scène ; les méchants sont ridiculement clicheteux, et font peur comme ma mémé ; et le scénario se perd dans un vain "survival" alors qu'il aurait pu être intéressant en restant une allégorie politique, sans esbroufe, sans surenchère (d'autant que tout ça est bien frileux dès qu'il s'agit de mettre un peu de violence là-dedans). Tout est sur-tracé, mal tenu, mal joué, attendu, on sait exactement comment tout ça va finir et qui va tuer qui à quel moment, on s'ennuie ferme, et on assiste avec un soupir à l'effondrement d'une jolie idée de base. T'es loin d'être un prince, De Monaco.

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Bang Gang (une Histoire d'Amour moderne) (2016) d'Eva Husson

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Et la jeunesse moderne, par dépit et par nonchalance, inventa le Bang Gang - une resucée de la partouze en quelque sorte mais cela sonne moins sexy comme titre. On a beau vouloir désespérément se persuader que cela est frais, léger, dans l'air du temps... l'ensemble est juste inconsistant... Oui, il y a des petits culs, des airs boudeurs, et même des ptites larmes de chagrin... mais tout cela est tellement convenu qu'on a plus l'impression d'assister à une version un peu dénudée de La Boum qu'à un film innovant à l'ère de youtube et des réseaux sociaux bigbrotheliques, pardon bigbrotheriques. Ces petits jeunes ont beau avoir l'impression de réinventer le sexe (on ne doit plus étudier l'Histoire à l'école, c'est dommage car ils auraient entendu parler de la révolution sexuelle), ils ne peuvent s'empêcher de creuser un même sillon en jachère... en choppant en plus au passage des maladies sexuelles ultra modernes telles que la syphilis. A l'image du discours du père handicapé qui engueule son fils (faire des partouzes, oh mon dieu, parce que vous êtes tous interchangeables !... Il est de quelle génération le gars ? Seizième ou dix-septième siècle ?), le discours du film est terriblement creux, déjà archi daté. Husson filme des ptits jeunes avec l'air rebelle et des jeunes filles en micro-short sur de la musique électro de daube (oups, ok, chacun ses goûts) en espérant livrer un témoignage de son temps ("inspiré d'une histoire vraie" découvre-t-on juste avant le générique de fin : cela m'a achevé) et délivre une banale love story contrariée aux dialogues à la limite de l'indigence (tu sens l'énergie qui passe entre nous... Ouais, il y a un truc spécial entre nous... au secours). Bang Gang se complait dans l'érotisme adolescent pour faire "moderne et libéré" (les joints de Larry Clark se retournent dans sa main...) et ferait presque passer les romances de Marcel Carné pour des oeuvres d'avant-garde. Un film de jeunes sans Léa Seydoux c'est plutôt rare mais ce n'est pas un gage de réussite pour autant. Bang bang...

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Les Chevaliers blancs (2016) de Joachim Lafosse

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Lorsque l'affaire avait éclaté médiatiquement, les raisons pour lesquelles cette ONG s'occupant d'orphelins en Afrique avait été gaulée n'avaient pas été clairement énoncées (en tout cas à mon souvenir). Dès le départ du film de Lafosse, on comprend toute la bêtise de l'entreprise 1) L'ONG ne va pas sur le terrain pour s'occuper d'orphelins dans le besoin mais en chercher : la démarche est déjà fumeuse 2) L’ONG annonce qu'elle va s'occuper des enfants jusqu'à leur majorité alors qu'elle a planifié dès le départ de les ramener en France dans la foulée dans "une famille d'accueil". C'est un projet, quelle que soit la bonne volonté du gars à la tête du projet (à rediscuter), complétement con, puisque certains parents vont forcément confier leurs enfants pour qu'ils soient en sécurité et pour que leur éducation soit prise en charge. Vouloir ramener ces gamins en France sans avoir l'assurance de leur véritable statut d'orphelins, c'est toute l'ambiguïté et la bêtise du bazar : on veut sauver des gosses ou juste faire du business ? (ou disons, en essayant de trouver des circonstances atténuantes au responsable du projet, simplement "contenter" des familles en recherche d'enfants à adopter - toute la perversité du système d'adoption lorsque de l'argent est en jeu). Une fois cela exposé, malheureusement, le film se contente de nous montrer cette bande de médecins aux frontières de l'illégalité tentant coûte que coûte de "trouver du gamin" en ayant la naïveté de croire qu'ils sont orphelins (leurs pathétiques tentatives pour s'assurer qu'ils le sont bien tournent vite en rond). C'est notre Lindon national (il a donc trouvé du boulot depuis La Loi du Marché, mais à quel prix...) qui se colle à ce rôle de boss d'ONG pas toujours très clair. Notre homme, notamment, aime à régler le moindre des problèmes en filant une petite liasse de biffetons - un type qui ne s'emmerde pas trop avec l'éthique pour résumer... Au-delà de ça, notre petite équipe tente bon an mal an de faire son job, c'est à dire s'occuper des gamins recueillis (parfois même blessés) du mieux qu'ils peuvent... en mettant de côté pour la plupart (deux personnes un peu moins perchées quittent l'aventure en route) le côté éminemment foireux de la démarche initiale... Que Lafosse ne cherche pas à "juger" Lindon (comme j'ai pu le lire dans deux-trois critiques), je ne vois pas franchement où est le mal : il tente le plus objectivement possible (enfin, on l'espère) de montrer le type à l'oeuvre avec ses contradictions et son sens si particulier de la diplomatie - bien, cela nous éclaire sur la personnalité du gars et l'on peut se faire nous-mêmes notre petite analyse sur la « droiture » de l'individu (qui avait d'ailleurs déjà eu des problèmes avec la justice même si le film n'explore guère cette zone d'ombre). Non, ce qui fait réellement défaut au film (un sens du story-telling honnête mais qui ne va pas plus loin), c'est ce manque de volonté, d'ambition même, de creuser, d’explorer les pistes qu'il soulève - la dérive des "ONG business", le problème des diverses filières pour l'adoption d'un gamin, le désir européen de "sauver des vies" (et de jouer les Pères Noël) à dix-mille kilomètres sans être capable de se pencher sur la misère locale... ou encore, que sais-je... On sent que Lafosse est terriblement frileux pour tenter d'explorer une quelconque piste de réflexion sociétale et se contente sagement de sa petite histoire truculente et juteuse (une ONG dont les membres finissent en prison... pour avoir voulu soi-disant "bien faire", ohoh). C'est dommage, on a connu Lafosse un peu plus ambitieux lorsqu'il s'agissait de creuser des sujets sensibles. Là, son film tombe un peu à plat.

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Posté par Shangols à 07:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]