Shangols

16 septembre 2014

LIVRE : Dialogue d'été d'Anne Serre - 2014

9782715234291,0-2175716Anne Serre m'avait tellement épaté avec Petite Table, sois mise que je n'ai pu qu'être un poil déçu devant ce nouveau livre. Pas à dire, c'est moins bien, moins casse-cou, moins original, moins stupéfiant. Mais tout de même : voilà encore un essai vraiment unique, qui nous fait voyager le long du sujet le plus ardu qui soit : comment parler de l'inspiration littéraire, comment rendre compte de ce qu'est le processus d'écriture ? Abstraction totale que ce travail ineffable, que Serre décide pourtant d'attaquer frontalement, par un biais quasi-physique. On assiste à un dialogue entre une auteur et un intervieweur, ce dernier questionnant la première sur sa méthode d'écriture, sur sa définition de l'imaginaire, etc. Dès le départ, on est happé par les images fortes mises en place : le monde littéraire est un jardin gardé par une porte, et on patiente de l'autre côté, armé de tous les personnages et toutes les bribes de fiction qui piétinent. L'auteur-personnage file cette jolie métaphore en allant assez loin dans la jonglerie, envisageant son travail comme un travail tout aussi corporel qu'intellectuel. Peu à peu, des débuts de trame fleurissent, des relents d'enfance, des fictions mêlant l'autobiographie (la figure de la mère est omniprésente) et un rêve à la Lewis Carroll, le passé et le présent, et on retrouve là avec plaisir la Anne Serre amoureuse du conte et de la fantaisie, de l'allégorie morbide et des fées. Avec beaucoup d'audace, Serre serre à bras-le corps ce sujet absolument insaisissable, et livre un essai tonique et vivant sur la littérature, débarrassé de toute trace de crânerie ou de psychologie à la con. Et puis au final, on devine que derrière cet essai sur la littérature il y a une quête beaucoup plus douloureuse, celle d'une mère morte avec qui on aurait aimé tresser un dialogue ; l'effort d'écriture devient alors une recherche du temps perdu, et c'est bien troublant. Moins entêtante que dans son texte précédent, donc, mais bien intéressante quand même et toujours aussi inédite : une écriture à part.

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LIVRE : Viva de Patrick Deville - 2014

« Je buvais pour noyer ma peine, mais cette garce a appris à nager »
Frida (al) Kahlo

devilleLa différence entre Deville et Beigbeder, c’est que l’un est écrivain, « de métier », et pas l’autre. Deville aurait pu nommer son livre, si seul l’aspect marketing l’intéressait Léon et Lowry ou Malcolm et Trotsky. Il n’en fit rien et c’est tant mieux : derrière ce simple "viva", il y a bien sûr la révolution, une foultitude d’artistes qui vivota et mourut (« viva les artistes », autre expression moins connue malheureusement), ou encore, bien sûr, la muerte (mon espagnol étant aussi vivant que mon mandarin ou mon shimwali). L’écrivain nous propose une véritable plongée dans le Mexique de la première partie du XXème siècle (et qui dit Mexique dit téquila - ce qui donne tout de suite envie de boire la tasse) sur les traces de l’ami Trotsky (vraie tête de pioche dans son combat anti-Staline) et de l’ami Lowry (les fans d’Au-dessous du Volcan forment une véritable secte, comme le dit l’auteur, cela tombe bien, j’en fais partie - spéciale dédicace au gars Julien,  bien entendu). Autant le dire tout de suite : Viva est un ouvrage très riche, brassant moult événements historiques et moult personnages qu’ils soient artistes (Artaud, Breton, Diego et Frida, Traven…), activistes… ou les deux.

Deville ne prend pas son lecteur pour une poire, lui faisant confiance pour qu’il trace lui-même son chemin dans ce dédale de dates, de destins, de voyages, de drames. L’histoire mexicaine n’étant pas ma grande spécialité (l’Histoire en général entends-je dire en écho dans mon dos - pauv’type, va), j’avoue qu’il m’a fallu garder la tête froide pour suivre parfois toutes les circonvolutions du récit ; heureusement, il y a tout un chapitre sur la tequila, pardon sur le tequila (mais ouais, vous voyez, vous ne savez pas tout non plus) qui m’a diablement remis en selle : à partir de là, je me suis saoulé de ces liens incessants que Deville ne cesse de tisser entre les destins de ces grands hommes (de l’assassinat et du suicide à la pelle, je ne vous prends pas en traître), de ces allers-retours passionnants et virevoltants que l’auteur inspiré ne cesse de faire dans le temps et dans l’espace ; on est parfois un peu enivré par cette érudition, mais toute ivresse littéraire est forcément bonne - tout fan de Lowry se devra d’acquiescer. Alors oui, c’est vrai, si tant est que l’on puisse tenter une critique, nous, pauvre petit lecteur de pacotille, ce tourbillon de faits, d’événements, de vies tragiques empêche parfois le lecteur de se laisser prendre dans une certaine «émotion romanesque » : Viva est plein comme un œuf et Deville, une idée en amenant une autre, les parallèles d’un destin à l’autre se faisant constamment trop tentants pour son esprit totalement immergé dans la chose, ne laisse finalement que peu de respiration, de plages de repos à son lecteur.  On est pris dans un maelström de courants artistiques et politiques et il manque sans doute une petite pointe d’émotion à la chose pour que l’on y cède complètement. Voilà, une petite réserve d’usage, comme pour ne pas trop se faire écraser par le poids des recherches (un vrai travail de fond aussi bien comme rat de bibliothèque que sur le terrain - de voyages en rencontres, l’histoire de la création de ce livre est, à mon avis, déjà passionnante en soi), qu’a nécessité la chose. Sinon, bon, c’est clair, « Viva », oui, « viva Deville » même, lui qui redonne à la « biographie romanesque» toutes ses lettres de noblesse - surtout après la lecture de l’ouvrage de l’autre pingouin.

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15 septembre 2014

Nanayo (Nanayomachi) (2008) de Naomi Kawase

163942nanayoNanayo est une oeuvre délicate dans laquelle on entre sur la pointe des pieds, un film énigmatique et contemplatif dont l’on capte au vol les instants magiques. Une situation de départ qui emmène, doublement, Kawase, loin des sentiers battus : une Japonaise débarque en Thaïlande, rame pour trouver un hôtel et après quelques péripéties guère agréables (elle croit que le chauffeur de taxi veut la violer mais c’est juste un problème… de communication), se retrouve dans une pension perdue à la lisière d’une forêt. Elle y fait la connaissance de la tenancière spécialisée dans les massages et de son gamin, recroise le chauffeur qui n’est autre que le frère d’icelle (et n’est pas plus dangereux qu’une libellule) et rencontre un jeune Français homo (Grégoire Colin que je n’avais pas revu depuis tout petit) tentant de retrouver son équilibre. J’allais presque dire et voilà tout… Chacun parle dans sa propre langue (heureusement qu’il y a des sous-titres sinon le spectateur se tiendrait pendant tout le film en chien de faïence, tentant de sourire aux divers personnages sans rien comprendre) et même si les paroles partent souvent en fumée, cela n’empêche pas ces individus de vivre comme une vraie petite famille (avec des éclats de rire complices, des éclats de colère soudains et des moments de bien-être purement silencieux…).

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En deux répliques, on pourrait tenter de résumer la chose : lorsque la Japonaise (qui a des réminiscences des caresses d’un amant… fuit-elle ce passé douloureux ? Sûrement) avoue qu’elle trouve en cet endroit plus de « chaleur » [humaine] que chez elle. Et quand la tenancière insiste pour que son fils, un gamin haut comme trois pommes, se fasse moine : à défaut d’atteindre à la richesse matérielle, dit-elle (son père, un Jap apparemment, l’a abandonné), il aura droit à la richesse spirituelle. Deux ptites phrases glissées entre deux siestes mais qui tendent à rendre compte de l’esprit de la chose : c’est dans les attentions que l’on porte les uns aux autres (en pratiquant un massage (sans que celui-ci soit forcément réussi…), en prêtant son oreille aux confessions d’un autre (sans que l’on ait forcément besoin de comprendre ce qu’il dit)) ou dans la simple réflexion sur soi (en appréciant chaque minime variation du climat) que l’on peut trouver un semblant de joie, de zénitude…

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Comme dans la plupart des films de Kawase, la nature est omniprésente et filmée dans toute sa beauté, dans toute sa richesse : quand il pleut, le spectateur est humide, quand il vente, il frissonne. Kawase parvient à nous faire ressentir aussi bien la douceur d’une caresse (ou celle du vent) sur le bas du dos que l’odeur de pluie - ce qui n’est jamais évident. Tout comme dans Shara, enfin, Kawase conclue son film sur une longue procession où chacun, dans cette longue marche musicale, semble exprimer, par ses gestes, un moment de grâce, un certain bonheur retrouvé. Nanayo est un petit film fragile fait d’instants volés au tumulte du monde. Délicat et zénifiant.

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L'Aigle solitaire (Drum Beat) (1954) de Delmer Daves

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Charles Bronson as Captain Jack is a bad Modoc

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Jean Dujardin as Manok is a good Modoc

Drum Beat n’est peut-être pas, il est vrai, l’un des grands westerns de Daves ; il semblerait que le gars ait privilégié le « concept », la signification, le rôle de chacun des personnages, plutôt que les relations entre eux. Je m’explique. Daves nous dit grosso modo : chez les Indiens, les fameux Modocs, il y a ceux en quête de paix, les bons (à leur tête, deux frères et sœurs), et ceux qui sont assoiffés de sang - les mauvais (emmenés par Charles Bronson, sous amphètes et mauvais comme une teigne); chez nos amis les Blancs, il y a ceux qui sont adeptes de la méthode douce (Alan Ladd, le brushing toujours nickel et aussi souriant et mièvre qu’un Laurent Boyer ; sa copine (Audrey Dalton), qui s’y connaît autant que moi pour tenir une ferme - on l’imagine mal traire, par exemple -, une idéaliste qui veut voir avec ses yeux bleus l’avenir en rose), ceux qui font de beaux discours mais qui ne connaissent pas le terrain (mes supérieurs, oups, le Révérend « peace and love » qui n’a jamais vu une cartouche de sa vie et qui, tellement naïf et déconnecté de la réalité, risque de voir la première balle de sa vie lui filer entre les deux yeux), les opportunistes couards (mon vieux pote Elisha Cook Jr une fois de plus très savoureux... et ridicule) ou encore les types qui sont pour le « œil pour œil, dent pour dent » et qui vont foutre les chiens et les Indiens en chasse.

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Attention, on retrouve dans ce western en Cinemascope et en Warnercolor, une partie de ce qui fait le charme de notre ami Daves : des cadres impeccables, des vues d’ensembles spectaculaires et qui ressemblent parfois, à s’y méprendre, à des tableaux (quand les personnages bougent, notamment à l’enterrement, on en sursauterait presque) ou encore des acteurs divinement éclairés lorsqu’ils sont en gros plan (tous les acteurs finissent par paraître beaux, comme illuminés de l’intérieur, c’est assez dingue)… Nombreuses sont les fois où l’on reste en arrêt devant la composition de ces images, de ces plans (la « chorégraphie » des soldats s’avançant en territoire indien, ouah….). Du bel ouvrage comme on dit.

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On est en revanche un peu plus frustré lorsqu’on regarde de près les liens entre les personnages. Il y a bien une ou deux scènes passables entre Ladd et les deux personnages féminins (la jeune indienne (Marisa Pavane, terriblement sous-exploitée), qui lui fait une déclaration d’amour cash ; la jeune colon qui nous la joue déclaration d’amour plus romantique et niais) mais l’on est déçu, fortement, que ce triangle amoureux soit un peu laissé au second plan. Daves joue la carte de la facilité (si une personne meurt dans un triangle amoureux, cela simplifie les choses) et ne cherche pas vraiment à exploiter les « antagonismes sentimentaux » dans le clan des « bons » - les trois personnages ont du coup chacun leur petite auréole… et paraissent bien superficiels, bien lisses. Pour résumer pour les plus flemmards qui lisent en diagonale : c’est soigné, c’est propre, c’est beau, mais l’ensemble manque un peu de sang ou d’épice au niveau des relations sentimentales. Un Daves honnête, notamment plastiquement, mais sans plus-value émotionnelle, tenterais-je.

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14 septembre 2014

LIVRE : Oona et Salinger de Frédéric Beigbeder - 2014

PHO9b862140-285a-11e4-975e-a3dfdd16c4d0-300x470On quitte pour un temps les chemins de la littérature pour s'intéresser à la dernière rédaction de Frédéric Beigbeder. Certains, comme l'ami Gols, ont des a priori sur cet auteur sans jamais l'avoir lu. Il ne sait pas la chance qu'il a. Reconnaissons tout de suite que le titre et la photo de la couverture sont de loin ce qu'il y a de plus intéressant dans cet ouvrage assez pathétique. Que Beigbeder soit un éternel ado, passe encore. Qu'il considère qu'il est le seul à aimer Salinger, à écrire sur la seconde guerre mondiale et que la plupart de ses lecteurs sont aussi cultivés qu'un gamin de sixième, c'est insupportable. Maintenant, que son livre s'adresse uniquement à des ados, c'est son droit. Mais dans ce cas-là, il faut préciser qu'il s'agit d'un roman Jeunesse.

Qu'est-ce que l'on peut garder de ce conte sur l'histoire d'amour naissante et vite avortée entre Oona O'Neill et Jérôme David Salinger ? J'ai envie de dire rien. Beigbeder truffe ses paragraphes de citations (de livre d'auteurs, d'autobiographie ou d'Histoire) comme pour faire genre "j'ai fait de la recherche" (il aurait pas la moyenne pour un mémoire de master), de mots anglais (F. B. is bilingual, totally fluent, c'est à gerber) et fait le malin en offrant "des traductions personnelles de nouvelles inédites en français de Salinger". Je rappelle juste que traducteur est un métier. On a beau glaner deux trois anecdotes sur notre auteur culte, on ne frétille guère et l'on doit en plus se taper pour ce faire des parallèles absurdes (Debbouze en héritier de Chaplin !!!! - je ne sais s'il faut en rire ou vomir) ou des anecdotes perso désolantes - Beigbeder tient généralement trois pages sans glisser des propos sur sa propre existence (on reste bien là dans le pur anecdotique et non dans la réflexion à la Carrère, que les choses soient claires - ne mélangeons pas les torchons et...). Au bout de son mémoire de master, FB craque et ne peut s'empêcher de parler pendant dix pages uniquement de lui et de l'amour de sa vie - sous-prétexte (comment peut-on autant se raccrocher aux branches ???) que la tenue de plongée de sa future femme s'orne d'un O'Neill (Hasard et Coïncidence, Lelouch reste dans ce corps). On lit l'ensemble en diagonale en se disant qu'il est bon parfois d'approcher le degré zéro de la littérature comme pour mieux apprécier ensuite ce qu'est un écrivain. Allez, une seule chose à sauver, non ? Oui, cela donne envie de lire les fameuses nouvelles inédites de Salinger en anglais... Totalement inutile. Gols rigole, je baisse la tête. Une note ? 00, na !

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Cheyenne (1947) de Raoul Walsh

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Une femme entre deux hommes, un homme entre deux femmes, du pur Walsh, un western cent-pour-cent divertissement, diablement bien écrit (certaines répliques ont fait ma joie pour la journée) et porté par la musique d'un Max Steiner pleine bourre. Dennis Morgan (genre de John Wayne aux traits beaucoup plus mous), joueur de poker rapide de la gâchette, se voit obliger par des représentants de la loi (il a un passé...) d'aller débusquer un mystérieux bandit qui multiplie les hold-up, Bruce Bennet dit The Poet. Pour pimenter la chose, il y a bien sûr des donzelles, la classieuse Jane Wyman, mariée au poète mais loin d'être tout à fait insensible au charme de Morgan, et la "fille de joie", Janis Paige (toute en jambe et en big brown eyes pétillants) qui aime à s'offrir au plus offrant (Morgan ou Bennet, ce sera la surprise du chef...). Wyman finaude mais n'est pas à l'abri de tomber dans ses propres pièges, Morgan et Bennet jouent au petit jeu du chat et de la souris sans que l'on sache lequel mettra la main le cheese, quant à la chtite Janis Paige dans laquelle on croit pouvoir lire à livre ouvert (chacun de ses sourires est une invite...), c'est peut-être celle qui parvient le mieux à cacher son jeu (ce n'est pas pour rien qu'elle garde à porter de la main un mini-revolver, ohoh). De l'attaque de diligence à foison (et Walsh est peut-être borgne mais loin d'être un bras cassé pour filmer la rapidité et la fougue de la chose : sans qu'il ait besoin de mettre les chevaux en accéléré, lui), du flirt par seau, des règlements de compte qui charclent, ce petit Walsh est beaucoup plus grand qu'il en a l'air.

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Je me suis absolument délecté de la chose (je ressors certains vieux adjectifs du placard), charmé aussi bien par les reparties rigolotte de Wyman que par les constants rebondissements du scénar toujours intelligemment amenés. On se demande constamment quel est le personnage qui joue le plus "double-jeu" et comme c'est Walsh aux commandes, on se régale de toutes ces petites situations méchamment tendancieuses. Dès le départ, Morgan et Wyman sont amenés à la jouer "mari et femme" pour tromper les suspicions d'une bande de malfrats (emmenés par Arthur Kennedy) qui veulent s'associer avec le fameux Poet : bisous pour la galerie, petite scène de la vie conjugale forcée (le moment délicieux... et redoutablement érotique où Morgan titille Wyman avec... ses chaussettes - du jamais vu), c'est en soi de la pure comédie en milieu violent ; on sait parfaitement depuis le départ que les deux sont faits l'un pour l'autre (la scène de ménage, alors qu'ils ne se connaissent encore point, autour de la baignoire de Wyman squattée par un Morgan qui ne se refuse rien), mais comme chacun a des objectifs opposés (il doit mettre la main sur le Poet, elle doit se faire la malle avec celui-ci), cela retarde forcément l'échéance d'un vrai baiser sans arrière-pensées... Pour apporter une peu de légereté à cette situation romantico-polaro-westernique, il y a les petits numéros de Janis Paige (les jambes gainées de noir sur un comptoir ou tourterelle flirtant avec son ombrelle, la Janis vaut son poids en pastis) et ceux de mon gars Alan Hale (eh ouais, un fidèle de Delmer Daves qui me suità nouveau) en adjoint du shérif comiquement couard. Manipulable à souhait, notre homme est aussi sûr pour arrêter un type que les socialistes pour baisser les impôts. Qui saura le mieux manipuler les unes et les autres, that’s the question. 

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Walsh réussit son western à tous les postes : des dialogues savoureux (chaque femme est mi-ange, mi-démon, on le savait déjà et Morgan est prêt, on le savait aussi, à prendre les deux), des scènes d'action qui pèsent, de la comédie romantique d'une belle finesse, un scénar trépidant et un final exaltant. Avec deux héros un peu moins ternes (Morgan et Bennet, mouarf), ce Cheyenne ferait partie, à coup sûr, des coups de maître du Raoul. A découvrir absolument, foi de sioux.

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Walsh et gros mythe,

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J'ai été recalé, mais… (Rakudai wa shita keredo) (1930) de Yasujiro Ozu

I_Flunked__ButIl s'agirait presque d'un préquel de J'ai été diplômé, mais... (j'explique pas pourquoi, hein?) qui paradoxalement est presque plus optimiste dans le ton que ce dernier. Petite plongée dans l'art du pompage en classe, avec nos étudiants qui écrivent leurs cours sur leur chemise. Cela se révèlera fatal pour notre pauvre étudiant lorsque, le jour de l'examen final, sa chemise sera malencontreusement envoyée chez le teinturier. Son échec n'est po grave en soi vu que ses camarades, diplômés, ne trouvent pas de taff. On retrouve en fond, dans la chambre d'étudiants, une affiche de ciné (après un film d'Harold Lloyd dans le précédent film, Charming Sinners de Robert Milton) qui fait écho aux petits péchés de l'étudiant qui, en contrepartie, est le seul à flirter avec la voisine de palier. Ozu filme magnifiquement la séquence où nos deux tourtereaux se retrouvent après les examens, filmant séparément tantôt l'un debout, tantôt l'autre assis (et vice versa) avant qu'ils ne se retrouvent, dans le même cadre, ensemble. Ozu nous gratifie de quelques travellings sur ses étudiants qui patientent au dehors ou qui planchent en classe ainsi que ses fameuses scènes de groupes où nos étudiants improvisent, à 5 ou 6, quelque pas de danse ; il y a aussi ce plan parfaitement réglé lorsque l'étudiant sort de l'université avec un compagnon d'infortune, les deux marchant au pas jusqu'à se retrouver foulant le tapis au pied de l'escalier. Quelques signes plus tragiques font leur apparition comme cette corde qui pend au plafond ou ces ciseaux avec lesquels l'étudiant semblerait vouloir se trancher la gorge, mais ces mauvais présages sont vite détournés, les ciseaux servant finalement pour les ongles de pied. Un certain "esprit de groupe" contrebalance les petits soucis quotidiens, parfaitement illustré par la scène du repas où les convives mangent au même rythme que l'étudiant recalé : lorsque celui-ci décide finalement de se goinfrer pour se redonner du courage, les autres calquent leur gestes sur leur compagnon. Ozu n'a mis qu'une semaine (... Gosh) pour tourner son film et l'on sent déjà l'oeil du maître derrière chaque cadre et micro-mise en scène. Jamais recalé le Yasujiro.   (Shang - 16/04/08)


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Décidément bien emballé par la période muette de Ozu que je connaissais bien mal, j'en ajouterai une louche sur ce petit film entièrement consacré à la jeunesse, et qui arrive à exprimer quelque chose de rare : ce que c'est intrinsèquement que la camaraderie, à savoir un système de codes reservé à un groupe, complètement opaque aux autres. Ici, dès qu'un membre du groupe propose une posture, une démarche, un début de rythme, tous les autres enchaînent immédiatement avec un bel ensemble, avec comme résultat de minuscules danses codées, des chorégraphies qui unissent nos poteaux dans un même univers qui n'appartient qu'à eux. Ozu filme ça avec ce qu'il faut de distance et de proximité mélées : amusé et assez nostalgique, il enregistre le mystère de ce groupe, précisant les liens solidaires (et crypto-gays, si si si) qui existent entre eux. Grâce à ça, il capte un peu ce qui fait l'essence de la jeunesse, et touche du doigt la courte période qui fait passer de l'enfance à l'âge adulte. C'est pas grand chose, un gars qui mange un loukoum avec gourmandise, un petit jeu de loterie à la con, un spectacle d'ombres chinoises offert à la gorette du coin, mais ça en dit beaucoup : les personnages du film sont à cheval sur deux âges, deux manières d'être au monde. Symbolisé par cette fameuse licence qu'on obtient ou pas, le délicat passage à l'âge adulte est vu comme une nécessité un peu douloureuse (la dernière réplique : "finalement on aurait dû attendre un peu avant d'avoir la licence, vu le monde pourri qui nous attend maintenant", traduction personnelle), vision qui plonge le film dans une mélancolie douce-amère : le monde est dur, jeune, profite un peu des roses de la vie avant de l'affronter.

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Pour le reste, ce qu'en raconte le Shang est parfait. Tout en modestie et pourtant diablement au taquet techniquement, Ozu réalise un film joyeux et drôle, avec ces scènes d'examens vraiment bien montées et assez marrantes, ces séquences de bluette amoureuse charmantes, cette sophistication de mise en scène qui se cache toujours sous un masque de simplicité. On aime cette façon de faire traîner les plans juste un peu plus pour capter un dernier détail rigolo (les cinq mecs qui vont à l'examen avec une démarche clownesque), ces travellings souples, cette façon très précise de placer les acteurs dans le cadre et de rendre vivante une atmosphère. C'est parfait, alors que ça ne se veut jamais chef-d'oeuvresque, alors que ça s'assume toujours comme un divertissement. Mention très bien.   (Gols - 14/09/14)

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13 septembre 2014

LIVRE : Autour du Monde de Laurent Mauvignier - 2014

"Mais plus il y réfléchit, plus il se dit que c'est une erreur parce que, quand on part si loin de chez soi, ce qu'on trouve parfois, derrière le masque du dépaysement, c'est l'arrière-pays mental de nos terreurs"

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Voilà encore un auteur que m'avait fait découvrir l'ami Gols, un auteur qui se lance dans des ouvrages de plus en plus amples et qui finit toujours par m'embarquer dans son univers et me convaincre - on se sent étrangement proche de certains auteurs, comme s'ils étaient des amis potentiels, et le plus étrange dans l'histoire c'est qu'ils appartiennent tous aux Editions de Minuit, fermons la parenthèse. Quatorze histoires, rien de moins, délicatement écrites par Mauvignier qui nous amène à partir du Japon et de "l'onde de choc du tsunami" partout sur la planète : aux Bahamas, à Jérusalem, à Paris, à Moscou, à Rome, en Tanzanie, en Thaïlande, à Dubaï, aux Etats-Unis... Le plus simple dénominateur de ces récits est le voyage ou même l'idée du voyage, un voyage qui va être le révélateur de multiples émotions : il sera ainsi question d'amour, of course (passion tragique, passion sexuelle, amours naissantes...), d'espoir, de déception, de peur, etc... Mauvignier a l'art de nous faire entrer dans chacune de ces atmosphères en décrivant au départ des situations, des gestes, des paroles souvent des plus banales ; mais, inexorablement, on entre "dans la peau de" ses individus itinérants et l’air de rien dans leur psychologie, leur univers mental. Plus que le dépaysement, c'est l'issue de chacune de ses histoires qui finit par nous surprendre et par nous donner le sentiment que Mauvignier fait "le tour" de la question. Partant du Japon avant d'y revenir, évoquant pratiquement dans chacun des récits les évènements tragiques de Fukushima comme un fil rouge, Mauvignier au cours de ce très long périple around the world boucle la boucle avec une histoire aussi attachante et sensible que celles qui l'ont précédée.

Il ne peut s'agir de faire un compte-rendu en forme de catalogue de cet excellent ouvrage (quatorze histoires subtilement mêlées - comment contourner intelligemment la forme des « Nouvelles » dont personne semble ne raffoler -  dans lesquelles chacun y piochera son bonheur, dans lesquelles chacun s'identifiera plus ou moins - qu'il ait voyagé ou non en ces terres plus ou moins lointaines) mais l'on ne peut s'empêcher d'en citer une poignée qui nous ont particulièrement remués, émus : le récit de ces deux vieux Italiens qui veulent jouer leurs économies dans un casino en Slovénie (un "événement" dans leur petite vie de patachon de retraités solitaires qui va remuer... tout leur passé - et le fait qu'il y soit question d'un chien abandonné a fini par m'achever), celui de cette jeune femme chilienne qui va connaître une réelle "révélation" lors de ce voyage chaotique à Jérusalem (une révélation "loin des sentiers battus" bien qu'elle les emprunte...), celui de ce voyage à Rome, un voyage en forme de lune de miel entre un vieil homme et... l'ex petite copine de son fils (elle a choisi son camp... et l'on ne peut guère lui donner tort), celui de ce couple de jeunes Turcs au Bahamas qui va connaître un instant magique et... éternel, celui de cette fusion sexuelle entre deux amis malais dont les chemins se recroisent à Moscou... Bon, je suis parti pour tous les citer donc autant s'arrêter là. En quelques coups de pinceau, on passe avec aisance d'une histoire à  l’autre avant de se laisser prendre dans les longues longues phrases de l'ami Mauvignier (le type semble ne plus avoir besoin du point), un flux de mots qui agit comme un tourbillon dans lequel on prend plaisir à s'abandonner, à se laisser porter. Au gré des vents, des mers, des paysages urbains ou paradisiaques, Mauvignier nous entraîne dans un vrai voyage des illusions et des désillusions humaines. Excellentissime. 

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LIVRE : Joseph de Marie-Hélène Lafon - 2014

Lafon_JosephEncore une fois, Marie-Hélène Lafon revient sur ses familiales terres du fin fond du bout du Cantal, territoire qu'elle ne cesse d'arpenter depuis toujours, et qu'elle a fini par savoir décrire sans plus d'effort. Et encore une fois, elle écrit juste, direct et proche de la terre, nous livrant avec ce Joseph le portrait d'un ouvrier agricole d'aujourd'hui, ombre sans épaisseur engagé par les propriétaires du coin, passant d'une famille à l'autre, d'une histoire à l'autre en fantôme. Un homme normal, quoi, avec ses amours passées et boiteuses, sa propension à caresser un peu trop la bouteille, sa solitude, ses habitudes... Lafon n'est pas dans le spectaculaire ; elle préfère le pointillisme, attaquer son personnage par petites touches subtiles. La finesse de l'écriture force le respect, ainsi que la justesse sans faille des mots : Joseph devient peu à peu d'une belle vérité, et on a l'impression d'avoir toujours connu ce type (ce qui est vrai si on a un tant soit peu vécu à la campagne). Très belle accumulation de détails, notés avec une pudeur jamais démentie, qui dessinent à terme une existence complète, pathétique et désolante. Bref, Lafon écrit très joliment. Le souci ici, outre le fait qu'on l'imagine mal sortir un jour de ce thème alors qu'on aimerait bien la voir évoluer vers autre chose, c'est que c'est un peu court en bouche. Une fois le personnage défini, surtout aussi bien, on a envie de voir un roman se déployer, de le voir plongé dans des "aventures", en tout cas dans une fiction. Mais le livre s'arrête là, à la simple description de cet homme, et nous laisse sur notre faim. Un petit soupçon d'inutilité, quoi, voire de paresse de la part de Lafon, qui n'arrive pas à se lancer dans une forme longue, qui préfère se tenir à la lisière d'un grand livre et en écrire plutôt plusieurs petits. Joli, mais comme une bouchée apéritive qui se concluerait pas un "Allez, au lit" de la patronne.

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Pontypool de Bruce McDonald - 2008

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Mis dans les mains de réalisateurs efficaces, les films d'horreur les plus fauchés sont souvent les meilleurs. Ca se vérifie avec ce Pontypool tombé de nulle part (en fait, des mains bienveillantes d'un fan de De Palma entre autres, que Dieu le câline), petit film de genre qui compense en idées ce qu'il perd en subventions, parvenant à rendre un hommage à ses maîtres tout en gardant une patte hyper-personnelle et en faisant la nique à tous les yachts croisés en chemin. Bruce McDonald veut faire un film de zombies, mais n'a pas les moyens de payer des figurants ou du maquillage ; qu'à cela ne tienne : fidèle à une tradition toute de suggestion, très conscient de ses effets et du pouvoir évocateur du cinéma, toujours expérimental mais jamais pompeux, il va utiliser le son et l'imaginaire du spectateur pour faire peur. Du coup, son survival va se transformer peu à peu en très belle réflexion sur le pouvoir des mots, sur la domination de la langue anglaise et sur la fascination que le cinéma peut avoir sur son public. Pas moins, et tout en restant un film de série B amusant et fun. Respects.

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Tout commence comme dans un bon vieux Carpenter de base, époque Assault on Precinct 13 ou The Fog (thématiquement et esthétiquement) : une station de radio, trois personnages enfermés en studio, et une menace à l'extérieur qui se rapproche de plus en plus, dans un huis-clos anxiogène et parano que le maître JC aurait apprécié en se lissant les moustaches. La petite ville de Pontypool semble envahie par la démence, ce que nous n'apprendrons que par des bribes de sons qui nous parviennent de l'extérieur par le biais de cette émission de radio en train de se faire. On pense bien sûr aux expériences d'Orson Welles à la radio, et on se dit d'ailleurs que tout ça va arriver à une conclusion attendue : l'invasion zombiesque est un fake. Point. Si le film se concentre entièrement sur les sons, et l'imagination qu'ils déclenchent chez le spectateur, on s'apercevra que les zombies sont bel et bien là, mais qu'ils ne sont pas atteints de la folie qu'on croyait. Leur démence est purement intellectuelle, et la puissance du Verbe est bien la cause de leur état. Oui, messieurs-dames, un film d'horreur est capable de parler de ça : de la force des mots. Ce petit côté intello qui vient compléter le magnifique scénario de Pontypool fait alors penser, autre maître, à Romero qui fouille depuis toujours toutes les possibilités du film de zombies, leur donnant peu à peu une aura conceptuelle épatante. McDonald est sur ces traces-là, nous bluffant complètement dans la résolution de son mystère, qui va nous emmener jusqu'au bout de son concept. Le film, anglophone, se mettra subitement à adopter un français improbable, non seulement pour lutter contre les zombies, mais surtout pour s'opposer culturellement à l'uniformisation de la société représentée par ceux-ci.

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Ah ça va loin, je confirme, et le film est vraiment très intelligent dans son fond. Mais McDonald se montre aussi très habile dans la forme, jonglant très agréablement entre humour (jamais parodique, ça c'est fort) et effroi. Très belle façon, par exemple, de concentrer l'attention du spectateur sur le son : on voit de nombreux plans en travellings latéraux sur des conversations banales, et soudain, la caméra s'arrête, zoome discrètement, et l'oreille se tend. Hitch dirigeait le regard dans l'écran, McDonald dirige l'oreille, c'est bien aussi. Du coup, quelques effets sont très effrayants, comme cette petite voix de bébé qui sort subitement des écouteurs alors qu'on est censé entendre une voix adulte, comme ces grésillements qui ouvrent complètement les portes de l'interprétation et de l'imaginaire. En plus, le montage, parfois très original et surprenant, amène des contre-points visuels assez forts (la jeune ingénieure du son, gagnée par la folie, qui vient cogner bruyament la vitre de la régie ; une fillette au regard fixe qui pète soudain les plombs en direct, terrible). Le gars ne cède presque jamais aux effets faciles, préférant travailler dans la lenteur, dans la modestie, dans l'épure, et y gagne indéniablement. Bon, allez, quelques défauts quand même, en vrac : les acteurs, vraiment pas terribles, notamment ce cow-boy animateur de radio très clownesque et pas crédible ; une psychologie des personnages traitée comme un gadget inutile ; deux trois longueurs au début, avec ces précisions de personnages inutiles (à quoi sert de savoir que la technicienne revient d'Afghanistan ou que l'animateur fait dans la provoc ?) ; un humour souvent pataud. Ces petits défauts de débutant n'y changent rien : voilà un film original et attachant, couillu et techniquement remarquable, doté en plus d'un très beau discours sur les vertus du cinéma. J'adhère et en re-veux.

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12 septembre 2014

Hanezu, l'Esprit des Montagnes (Hanezu no tsuki) (2011) de Naomi Kawase

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Kawase n’a pas pour habitude de faire dans le sensationnalisme et Hanezu le confirme. Une histoire toute en pudeur, en non-dits, en sentiments cachés : un triangle amoureux qui, chez d’autres réalisateurs provoqueraient moult cris, voire des coups et des larmes et des larmes et qui se déroule ici calmement, dans un silence… tragique. Le film est pourtant lumineux, léger dans ses deux premiers tiers. Une femme vit avec un homme qui semble avoir un peu les deux pieds dans le même sabot (pas méchant, le gars, pas du genre non plus à s’exploser la tête au saké en chantant Tostaki, genre). Elle a un amant, sculpteur, plus jeune, plus beau, plus wouah… mais tout aussi taiseux. Elle annonce à ce dernier qu’elle est enceinte en espérant le faire réagir… Mais son amant, comme son homme, ne sont pas du genre à prendre le taureau par les cornes, à forcer le destin, à faire de grandes déclarations d’amour et à bouleverser leur petit train-train… ou alors, lorsqu’il est trop tard.

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On avance dans le récit à pas feutré, par allusion (Kawase tisse un lien subtile avec le récit de la grand-mère de la jeune femme et le grand-père de l’amant : ils ont également vécu une histoire d’amour dans leur jeunesse également, une histoire vite avortée… L’histoire va-t-elle se répéter avec leur descendant ? Ceux-ci auront-ils le même type deréaction ?), par sympathique métaphore (le serin chez le mari qui est en cage, les hirondelles chez l’amant qui font leur nid en toute liberté). On retrouve, bien sûr, chez Kawase cette « mise en scène de la nature » avec, notamment, lorsque la tristesse étreint l’amant, la tempête, la pluie, le vent, qui agitent, comme des brindilles, tous les arbres de la forêt. On progresse, comme d’habitude, par petites touches mais l’ensemble manque tout de même un peu de souffle, pour le coup, d’envolées, de moments « extatiques » (comme dirait le gars Herzog). Du coup, on regarde cette œuvre zen et subtile (le jeu sur les couleurs, les teintes de rouges, forcément… j’ai fait japonais 6ème langue) avec un certain plaisir mais sans que la « Kawase touch » finisse par prendre totalement l’ascendant sur notre petit cœur alangui. Bel esprit, un peu trop vaporeux, peut-être. 

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LIVRE : Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive de Christophe Donner - 2014

9782246800323,0-2264296Claude Berri, Maurice Pialat et Jean-Pierre Rassam : le bon, la brute et le truand. Très intéressant sujet que celui choisi par Christophe Donner pour son docu-roman, le cinéma français de l'immédiat après-Nouvelle Vague ayant eu trop peu les honneurs d'une narration aussi amoureuse. Les personnages et l'époque sont pourtant passionnants. On suit parallèlement donc, l'ascension de Berri, brave gars avide de succès en tant qu'acteur et réalisateur, et se repliant peu à peu derrière la production à succès des films des Charlots ; celle de Pialat, véritable chieur qui accumule les frustrations ; et surtout celle de Rassam, flambeur grandiose qui brasse les millions, soudoie les membres du jury à Cannes, va sauver les enfants de Milos Forman à Prague, mise tout sur les films trotskystes de Godard, saute des putes et se vautre dans l'héroïne. Trois caractères très différents mais curieusement liés par un lien sacré, surtout constitué par les femmes, les soeurs des uns épousant les autres. Ce qui les lie aussi, c'est cette soif d'arriver à faire du ciné, quel qu'il soit, populaire ou exigent.

C'est un vrai bonheur de se balader le long de ces trois existences, dont on nous narre seulement quelques années (en gros de la sortie du Vieil Homme et l'Enfant à celle de Nous ne vieillirons pas ensemble), de retrouver quelques grandes figures de l'époque (Godard, hilarant dans ses postures d'intello que personne ne prend plus la peine de comprendre ; Macha Méryl, touchante ; Michel Simon, véritable dictateur pornocrate...), de se rendre compte de ce que c'était que de faire du cinéma de ce temps-là : les projets se font souvent lors de soirées poker avinées, les grands films se concevant sur des coups d'éclats ou des paris idiots. Mais derrière la formidable énergie, parfaitement retranscrite par le style incisif et rapide de Donner, on voit se dessiner des sentiments beaucoup plus sombres : la frustration, la jalousie, la violence, et la mort. Le livre s'ouvre sur le suicide de Raoul Lévy, se clot sur la mort de Rassam, et est vraiment imprégné de la part sombre et tourmentée de ces existences (surtout celle de Pialat, véritable ange noir de la chose). Des existences en pleine tempête, sûrement géniales quelque part, mais tout autant dérisoires. En tout cas, le livre est délicieux, très loin des sérieuses biographies habituelles, et nous plonge avec empathie dans les tourments grandioses et minables de ces gusses. Très agréable.  (Gols 22/08/14)


« La corruption, explique Rassam, est le plus sain des systèmes, le plus humain. Je dirais même que la corruption est le fer de lance de l’humanisme. (…). La démocratie, c’est le cancer qui ronge notre civilisation. Dis-moi combien de temps il aurait fallu, dans un régime démocratique, pour expliquer à ces connards qu’on va à Prague pour sauver des enfants de la dictature. »

jprassamGols m'avait mis l'eau à la bouche et il a eu raison car la chose se dévore en quelques heures, halluciné qu'on est par la trajectoires de ces types relativement barges. Apprendre qu'A nos Amours mettrait en scène les parents de Berri (ancien proche de Pialat avant que les insultes ne fusent), c'est tout dire sur le caractère colérique de certains des individus qui hantent cet ouvrage et sur les coups d'enfoirés que les uns pouvaient faire aux autres. Trois types qui baignent dans le cinéma, trois types aux caractères diamétralement opposés, trois types avides de succès, de fric (Rassam et Berri)... ou frustrés de ne pas en avoir (le gars Pialat qui en prend pour son grade...). Alors oui, certes, c'est amusant, et je ne vais pas répéter platement tout le bien qu'en pense mon comparse - on est d'accord. Ajoutons tout de même que Donner (qui, à défaut d'avoir été un témoin direct, se base sur divers écrits et autres émissions télévisées de l'époque) semble prendre un certain plaisir mesquin à se lancer dans ce véritable jeu de massacre. Les trois compères (que Dieu ou le Diable ait leur âme) sont rarement à leur avantage sous la plume cynique et moqueuse de Christophe Donner ; rien ne nous est passé sous silence dès lors que nos trois individus se montrèrent pathétiques, merdiques, bas, aussi bien dans leur rapport avec les milieux du cinéma qu'avec leur propre milieu familial. Pour un acte de bravoure (la virée à Prague qui permet à Rassam de se lancer dans un petit topo sur la corruption absolument savoureux), on a droit à une liste interminable de coups foireux, de coups de pute de notre trio de caractériels. Christophe Donner botte également en touche quand il s'agit d'évoquer les oeuvres des uns et des autres (il y a simplement les merdes qui n'ont pas de succès (les films de Berri eheh), les merdes qui ont du succès (Les Charlots et Jean Yanne, hip hip hip), les chefs d'oeuvre qui n'ont pas du succès (Maurice, si tu nous écoutes)... quant aux chefs d'oeuvre qui ont du succès, c'est rare, très rare...). Alors c'est vrai qu'on se marre à voir ce petit monde du cinéma par le petit bout de la lorgnette, qu'on est plié en deux quand on se rend compte que depuis la fin des années 60 Godard est une vraie chierie (la petite anecdote avec les flics alors qu'il sort avec une fille mineure... Sacré Jean-Luc) mais les critiques sont tellement systématiques, tellement fielleuses qu'on sent un Donner un peu en free-lance, virant parfois au caricatural - heureusement, Dieu soit loué, il épargne Truffaut qui n'apparaît que fugacement au cours du récit. Un brûlot au final assez savoureux, je ne dis pas, mais on regrette simplement que les trois personnages principaux ne soient plus de ce monde : on imagine assez bien le trio, avec toute sa mauvaise foi, demander des comptes à ce petit merdeux de Donner. C'est un roman, allez...  (Shang 12/09/14)

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11 septembre 2014

LIVRE : Dans les Yeux des Autres de Geneviève Brisac - 2014

Couv Dans les yeux des autresChaque nouvelle rentrée littéraire (dit-il en vieux briscard alors que cela fait bien quarante ans qu'il n'avait pas lu plus de quatre livres à l'occasion de cette fameuse rentrée) est l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux horizons (eheh). Bon, j'ai essayé du Geneviève Brisac bien que ce nom, en lui-même, ne soit pas très vendeur - mais je reconnais qu'un tel jugement est outrageusement subjectif et bas. Dieu m'en est témoin, j'ai eu toutes les peines du monde à rentrer dans la chose, ne sachant guère sur quel personnage la Geneviève, cherchait vraiment à se focaliser : Molly, Anna (les deux sœurs ennemies), leur mère ou encore Boris, un ancien amant ? Cela est d'autant plus déstabilisant que l'on change de narrateur constamment sans que l'on voit vraiment l'intérêt. Il faut parvenir pratiquement à la moitié du livre pour qu'enfin l'un des personnages, Anna en l'occurrence, prenne le récit à son compte et ce jusqu'au bout (Brisac a-t-elle voulu brouiller les pistes, montrer le reflet d'Anna "dans les yeux des autres" ? Pas vraiment puisqu'il n'y a que Molly qui évoque vraiment sa soeur. Je ne fus en tout cas guère séduit par cette approche des choses... D'autant que l'on reste au final, soyons franc, dans de la littérature très classique au niveau de la structure narrative - bref). Le roman commence à prendre un peu son envol à mi-parcours avec cette histoire d'amour entre Anna et un certain Mareck sur fond de Mai 68. On s'accroche à ce tendre flirt entre les deux jeunes gens tout deux militants de la première heure en se disant qu'on tient là notre sujet. Pas vraiment. Le soufflet retombera en effet très vite, la vie de l'idéaliste Anna semblant destinée à être une longue suite de déceptions. Pas gai, pas gai quand on y songe.

Anna va aller de déception en déception, semble accumuler les ennuis comme d'autres les années de retard pour payer leurs impôts, avant de reprendre du poil de la bête et... écrire ce livre qu'on a entre les mains - le refrain est connu. Qu'il s'agisse des rapports conflictuels avec sa sœur (des rapports en symbiose à leur plus jeune âge qui vire à l'aigre), avec sa mère, avec son amant (de l'amour à l'indifférence...), de ses désillusions par rapport "au combat" (même si elle marche surtout au départ sur les pas de sa soeur et de son amant, elle va clairement tomber de haut), de son rapport à l'écriture (après l’écriture d’un ouvrage sur les êtres qui comptaient tant pour elle, sur cette « aventure révolutionnaire », ceux-ci vont l’attaquer en justice et l’Anna, disgraciée par ses pairs, ses proches, va perdre l'inspiration, ou tout simplement l'envie d'écrire), le destin de la pauvre Anna a tout du chemin de croix... Brisac nous rend compte des tensions qui s'installent entre ces êtres avec une certaine justesse ; seulement à trop vouloir brasser les personnages ou les événements (la "lutte" de la France au Mexique), elle peine à se concentrer sur un vrai point névralgique - si ce n'est la névrose de son personnage principal. Pas désagréable, non, ni réellement passionnant - à mes yeux, of course.

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LIVRE : L'incolore Tsukuru Tazaki et ses Années de Pèlerinage (Shikisai o motanai Tazaki Tsukuru to...) d'Haruki Murakami - 2014

9782714456878FSUn ptit Murakami pour la rentrée, ça fait toujours plaisir. Généralement. On a tout de même beau adorer le gars, s'être laissé prendre la plupart du temps à ses intrigues alambiquées ou ses histoires d'amour douces-amères, avouons que cet incolore Tsuruku Tazaki n'a que peu de saveur... L'histoire, pour faire rapide, d'un petit Caliméro qui aime les gares mais qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie avec ses congénères : alors même qu'il formait une super bande de potes avec quatre autres de ses camarades, il s'est fait soudainement exclure pour des raisons alors, de lui, inconnues ... Il fait la rencontre plus tard d'un pote, à l'université, qui disparaît du jour au lendemain... La trentaine venue, il rencontre enfin une femme, qu'il aime, mais vous allez voir qu'elle risque de lui être infidèle, pauvre choupinou incolore... et un peu insipide. Tsuruku, pour tenter de combler ce terrible vide existentiel qu'il ressent parfois confusément en lui (la psychologie des personnages murakamiens est toujours un peu floue - parfois, on s'y engouffre avec plaisir, là on reste un peu à quai), va partir à la recherche de ses quatre anciens camarades. Pour comprendre. At last. Il aura un choc (Murakami comme Modiano aime à soulever des lièvres... en les laissant souvent courir au loin, mais là, il y aura quand même une réponse claire) et sa petite coquille de se fendiller un peu plus. Tsuruku verra-t-il un jour le bout du tunnel (ferroviaire) ?

Un roman de gare (jeu de mot ohoh) ? Murakami, une fois n'est pas coutume, peine à vraiment nous entraîner dans le tourbillon de son récit. Il part dans deux trois délires qu'il se plaît à laisser en suspend (le type qui voit l'aura colorée des gens - mouarf), se plaît à nous reparler douze fois de la même chose (sur un bouquin de 500 pages, je ne dis pas, mais là, d'un chapitre sur l'autre, revenir en détails sur tel ou tel événement, reprendre en entier telle ou telle parole, c'est un peu ennuyant - previously on 24... mouais ça va, on n'a pas une mémoire en forme de passoire, malgré le rhum et la bière) et l'ensemble finit par paraître, ça me fait un peu mal mais c'est ainsi, terriblement superficiel. L'histoire d'un ptit gars pas bien dans sa peau mais qui veut croire que, lui aussi, il a droit à l'amour, non mais... Quand il va pas bien sinon, quand il veut laisser errer son esprit, il regarde les trains ou écoute en boucle une mélodie de Liszt (Années de Pèlerinage, ceci explique en partie cela). Bien. Et ? On pense que le roman va prendre enfin son envol avec une petite parenthèse en terre finlandaise... que nenni, Murakami est là encore bien paresseux pour nous dresser un tableau vivant et original de la chose. Il y a bien, comme toujours, de petites comparaisons qui se veulent diablement savoureuses, au détour d'une fin de paragraphe, mais elles tombent souvent un peu à plat, semblent un peu téléphonées pour faire genre... Cet incolore Tsuruku ne nous laissera décidément, j'en ai bien peur, guère de traces. Tant pis.   (Shang - 07/09/14)


Sans titreOui, un peu sévère, le sensei Shang, sur le coup. D'accord, on est assez loin des grands livres du maître, mais on n'est pas si loin de ses oeuvres les plus sentimentales (pas ma veine préférée chez Murakami, certes), par exemple La Ballade de l'impossible ou Les Amants du Spoutnik, ce me semble. Parenthèse dans le cours de ses romans fantastico-onirico-zen, celui-ci doit être pris tel quel : comme une petite forme, comme le simple portrait d'un homme. Un homme d'ailleurs très emblématique de pratiquement tous les personnages masculins du gars : sans aspérités, banal, "incolore" donc. Murakami aime traiter ce genre de personnage ordinaire et le plonger dans l'extraordinaire. Mais ici, pas de licorne ou de double lune, simplement un mini-drame qui a laissé au centre du bonhomme un trou glacé : se sentir abandonné par son clan, par sa jeunesse aussi. Sujet intéressant, trouve-je.

Il est exact que le traitement n'est pas génial. Notons une nouvelle fois cette traduction très faible, Hélène Morita a encore sévi avec sa grammaire hésitante (deux filles ne peuvent pas respectivement s'appeler machine et truc) et ses formules bancales ; mais elle n'est pas la seule responsable, et comme le note Shang, les répétitions ou les détails futiles sont trop nombreux pour ne pas être remarqués. On sait exactement combien le gars prend de sucres dans son café avant de parler, par exemple. Si cette poésie du quotidien fonctionne parfois, elle sert souvent un peu à remplir des pages pour arriver à faire un bouquin. On aurait apprécié cette histoire en nouvelle, tiens, insérée dans un de ces précieux recueils que pond Murakami parfois ; là, c'est vrai que c'est un poil long et stagnant.

Mais tout de même, j'ai trouvé que la petite musique murakamienne fonctionnait encore à plein d'endroits, dans cette douce mélancolie notamment, accompagnée par les notes de Liszt (Murakami et la musique : un sujet de thèse) et les petits picotements du coeur de notre héros. L'auteur a le sens des détails qui restent en tête (ces scènes à la piscine, par exemple, ou cet homme qui crache par terre à un moment complètement incongru). C'est pas grand-chose, mais l'atmosphère y est, et même cet agréable suspense, purement sentimental encore une fois, qui nous fait tenir le bouquin sans le lâcher. Ca ne se veut pas profond, et les soucis du héros ne sont pas si terribles, mais c'est juste l'enregistrement dans la douceur de la fuite des jours ma bonn'dame, la description sans esclandre d'un minuscule destin ordinaire, avec ses joies et ses peines, genre, et c'est suffisamment touchant pour qu'on apprécie. Un petit Mura sera toujours un bon livre.   (Gols - 11/09/14)

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10 septembre 2014

Destination Tokyo (1943) de Delmer Daves

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Premier film de Daves qui doit se faire la main avec un bon vieux film de propagande mais qui s'en sort, déjà, avec les honneurs. Après une scène d'ouverture avec une caméra aérienne des plus virevoltantes - petite visite des bureaux du Gouvernement toute en souplesse -, il est clair, qu'une fois dans un sous-marin (oui, c'est un film de sous-marins), les possibilités d'avoir une caméra ultra-mobile sont plus limitées.  Reste, alors, à compter sur les acteurs, et Daves dispose d'une belle brochette (certains devenant ensuite des fidèles) : Cary Grant en Commandant ultra vaillant (Grant mime à la perfection aussi bien l'inquiétude de se prendre une mine que celle de découvrir un truc chelou dans le viseur de son périscope : on dirait que le gars a fait cela toute sa vie - il est simplement bon, le gars), Garfield en dragueur insatiable (fantasme ou réalité ? Il s'impose en tout cas comme le grand conteur de l'équipage), mon pote Dane Clark en vengeur habité par l'ombre de la mort (il parle moins que d'habitude, mais il est très bien le garçon), l'incontournable Alan Hale en cuistot, John Forsythe (parfaitement) dans l'un de ses tout premiers rôles et j'en passe - on apercevra également Faye Emerson subrepticement, histoire de glisser l'image d'une donzelle dans cette histoire d'hommes (en guerre). La première heure et demi est gentillette, nous permettant surtout de faire connaissance avec l'équipage. Daves y va vraiment mollo au niveau des scènes d'action - une attaque en avion par des Japs aux abords du Groenland, une entrée dans la port de Tokyo en loucedé - mais comme les effets spéciaux sont vraiment meuh-meuh, on ne fait pas trop la fine bouche.

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Dans la dernière demi-heure, avec le débarquement de trois hommes sur la côte nipponne, on se dit que ça va enfin chauffer ! Ben pas trop, en fait. L'épisode (et c'est toute à la gloire de Daves) finalement le plus crispant est celui avec ce soldat qui trouve le moyen, le con, de faire une crise d'appendicite dans le sous-marin. Comme il n'y a à bord qu'un infirmier, autant dire que les gouttes de sueur s'accumulent sur le front de tout un chacun : sans opération, il peut tenir deux jours, avec l'opération... euh, je n'ai jamais opéré, voyez ? Là encore Grant se montre parfait en figure paternaliste rassurante et la séquence du passage sur le billard illustre à la perfection cette idée que la confiance des uns envers les autres constitue la base de la réussite. This is America. Rien à voir ces traîtres de japs qui entraînent leurs enfants dès l'âge de cinq ans à manier le couteau - d'où la nécessité de libérer cette île pour que les petits nenfants nippons aient un jour une réelle enfance... C'est beau, les discours ricains, on en pleurerait. Vers la fin, on a enfin droit à nos explosions en tous azimuts, le sous-marins de nos hommes étant méchamment chahuté par des Japs très très colère. Mais l'essentiel, disais-je, est ailleurs avec, entre ces quelques phrases propagandistes pour la galerie et ces bombes qui font vroufff, ces petits liens amicaux qui se tissent : nos hommes, avec chacun leur ptit défaut, sont capables d'évoquer n’importe quel sujet de discussion avec tolérance et respect (le rôle de la prière for example). God bless them. Daves, lui, apprend le métier en attendant des jours meilleurs, the end of the war.

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Sils Maria (Clouds of Sils Maria) d'Olivier Assayas - 2014

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Rien à dire, c'est à la pince à épiler que le gars Assayas a travaillé son nouveau film, jouant sur l'infime corde des sentiments humains, jonglant avec les dialogues subtils et profonds, et scrutant à la loupe le moindre changement sur le visage de ses comédiennes. Terrorisé par la peur d'en faire trop sur un sujet qui, certes, comportait ce risque, il marche sur la pointe des pieds au milieu de son dispositif, rivalisant de finesse... quitte à en devenir franchement inepte.

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Le fameux sujet casse-gueule, donc : la vieillesse. Ou plutôt le combat que se livrent, à l'intérieur d'une comédienne vieillissante, les deux âges de sa vie, sa jeunesse starisée et sa maturité difficile. Maria fut donc dès son plus jeune âge l'égérie d'un écrivain qui lui fit trouver le succès grâce à un rôle de jeune vamp lesbienne ; aujourd'hui, alors que le bonhomme vient de mourir, on propose à Maria d'interpréter l'autre rôle de la pièce, la femme mûre qui se fait vampiriser par la jeune. Maria va donc entrer en guerre contre elle-même et son image, sous les yeux de son assistante. Plusieurs couches de lectures nous sont soigneusement proposées, au-delà de cette histoire : ça parle aussi du mûrissement de Binoche elle-même, de celle du cinéma à travers un habile parallèle entre film muet et film contemporain, de la vieillesse d'Assayas en personne (qui, décidément, depuis Après Mai, semble bien tourmenté par un âge d'or enfui). Pas à dire, c'est vaste, et souvent réussi dans la construction du récit : on se pose des tas de questions, notamment sur l'existence réelle ou fantasmée de cette assistante (Kristen Stewart, excellente), représentant à elle seule la jeunesse terminée de Binoche. Tout est subtilement symbolique là-dedans, surtout grâce à cette excellente idée de confronter un vieux film (La Montagne sacrée de Fank Arnold) avec son propre fantasme de réalisateur. Très émouvant de voir dans les dernières bobines, Assayas parvenir à filmer les mêmes plans qu'Arnold 90 ans plus tard, dans une sorte d'apaisement enfin retrouvé après les combats intimes fatigants des deux heures qui précèdent.

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Parce que, oui, Sils Maria est assez fatigant. Comme d'habitude, Assayas a du mal à faire plusieurs choses en même temps, diriger ses acteurs et mettre en scène, ou mettre un disque et enregistrer un dialogue par exemple. Ici, la maîtresse du projet, c'est l'écriture, point. Tous les autres postes y perdent. A commencer par l'actrice principale, Binoche, dont on sait comme elle peut être crispante quand on se contente de la regarder béatement : elle passe à côté du truc, tant elle veut être profonde et complexe. Prise au piège du "psychologisme"', elle crispe carrément avec son rire cristallin et ses crises de colère, on n'est pas loin des pires moments d'Adjani. Mais erreur encore plus dommageable : le décor. Assayas plante son action dans le décor rêvé des Alpes suisses, ample territoire magnifique. Mais il ne sait absolument pas filmer la nature, en occultant tous les sons par exemple, ou ne sachant que cadrer platement ses actrices dans ce paysage, sans perspective, sans grandeur, accompagnées d'une redondante musique XVIIIème (Haendel ?). Inscrire une parole dans un territoire, c'est bien beau, mais c'est pas facile ; échec complet de ce côté-là, le film est quasiment radiophonique... et du coup, assez "prise de tête", comme on dit souvent à mauvais escient. On est vite épuisé devant les revirements psychologiques de cette actrice dont on a du mal à comprendre les douleurs, et on se dit qu'une bonne tisane résoudrait pas mal de ses ennuis. A part ça, Assayas tente plein de trucs, mais en rate beaucoup : un essai de séquence de science-fiction (inspirée peut-être par les prouesses passées de Maggie Cheung ?) très grossier, un bout de mise en scène théâtrale ringarde en diable (ne confiez jamais les clés d'un théâtre à Assayas, s'il vous plaît !), une volonté de rendre naturelles ses actrices (le responsable des costumes peut se faire du souci avec son karma) très française mais hideuse, ce genre de chose... Un ratage, donc, quasi-complet ne serait la belle écriture de l'ensemble.

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LIVRE : Le Royaume d'Emmanuel Carrère - 2014

"J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens"

le royaumeEmmanuel Carrère écrit sa bible et le moins qu'on puisse dire c'est qu'on rentre dans ce royaume, des plus terre-à-terre, avec gourmandise (ce qui est déjà un péché en soi). N'étant point, c'est le moins qu'on puisse dire, un grand fan de la grand-messe catholique, l'ouvrage avait tout pour me rebuter. Au demeurant. Mais que nenni. Surement parce que Carrère écrit cette œuvre à hauteur d'homme et ce malgré son évidente érudition sur le sujet : disons, en d'autres termes, qu'il transmet sa "passion" du Christ - bien qu'il l'ait, au sens propre comme figuré, remisée pendant longtemps dans un placard - avec des talents d'écrivain, de romancier absolument indéniables. Si au départ - ses anecdotes sur cette nurse, mouais passons vite - on a un peu peur qu'il se vautre un peu trop dans la seule vie que la sienne, on est heureusement très rapidement pris dans la tourmente de sa version (feat. Luc) du premier siècle de la chrétienté. Faut dire que notre ami, qui aime à se laisser aller à sa subjectivité, à ses instincts, fait feu de tout bois : s'il cite à loisir des exégètes et des philosophes, l'Emmanuel est capable de faire des références aussi diverses qu'inattendues pour illustrer son histoire, ses pensées : ainsi l'on croise au détour des pages Lucky Luke, François Truffaut, Il était une fois en Amérique, une vidéo pornographique (qui a fait chuter les lunettes du saint Bernard P.), Fabrice Luchini, j'en passe et des meilleurs... Certes l'homme continue de revenir sur sa propre trajectoire, sur ses propres oeuvres mais toujours en tentant de tracer des liens judicieux avec son propos. Parfois les parenthèses dans les parenthèses, les échos d'écho, les digressions aux allures parfois de coq à l'âne pourraient faire croire que l'on va finir par perdre le fil, mais l'on finit toujours par retrouver la trame de l'Histoire, par retomber sur nos pattes.

Sans se faire l'apôtre de ce petit mouvement religieux qui compte aujourd'hui encore une poignée d'adeptes, Carrère sait nous amener à nous pencher sur les destins (multiples) de ces quelques disciples (Paul & Luc en particulier), sur leurs états d'âme, sur leur choix et bien sûr sur les nombreuses petites "anecdotes" de cette période que viennent agrémenter quelques paroles de Jésus himself : Dieu sait qu'il y a alors matière à méditer, qu'on soit tombé dans l'eau bénite dès son plus jeune âge ou pas. "Les premiers seront les derniers" est un des leitmotive de la chose et notre ami Jésus, grand défenseur des "sans-dents" avant toute chose, joyeux rebelle en son genre, est loin de l'image un peu trop proprette et «sage » de bien des culs-bénits. On mord dans cette vie du Christ à pleines dents et la lecture à peine terminée, il reste en bouche non pas une matière pâteuse indigeste, mais mille petite saveurs : des saveurs que l'on aurait envie de faire partager au premier gourmet que l'on croise. Lis cette œuvre, ceci est mon conseil. Carrère n'aura pas le Goncourt, pas assez académique, l'enfant. Tant mieux pour lui.   (Shang - 04/09/14)


280px-Weyden_madonna_1440Mon camarade se met à lire, moi je dis que c'est une bonne chose, eheh. D'autant qu'il lit les bons livres : tout à fait d'accord avec la bienveillance qu'il exprime par rapport à ce Carrère grand crin, annoncé par l'auteur lui-même comme sa pierre d'angle, son chef d'oeuvre même (enfin, espéré ainsi, disons). Et c'est vrai que l'ambition est démesurée, tant il doit être attendu au tournant par tous les historiens, mystiques, et autres religieux de tout poil : retracer la naissance du christianisme, historiquement, en s'appuyant sur quelques livres et surtout sur sa propre imagination, jugez du peu. C'est sûr que Carrère va avoir des soucis : il affirme avec une santé réconfortante la véracité de ce qu'il écrit, même s'il reconnaît à pleins d'endroits que ce qu'il ne sait pas, il l'imagine au plus près de la réalité. On voit donc une poignée de personnages célèbres (Paul, Luc, Djizeuss, Marie, Timotée) vivre une vie d'hommes, enfin débarassés de leur aura sanctifiée, ancrés profondément dans le contexte de l'époque. Cette monographie prend donc souvent des allures de roman d'aventures, avec notre saint tentant de convaincre à travers l'Europe et l'Asie de la réalité de la résurrection du Christ alors que les méchants Juifs traditionnalistes tentent de le faire taire, le tout sur fond d'empereurs partouzards et de tactiques politiques torves. C'est passionnant, on sent le Carrère bardé de documentations pointues, piochant à l'envi dans des historiens chrétiens ou non, dans des livres d'histoire, dans des représentations iconographiques... ou dans les sites porno du moment qu'ils peuvent étayer son propos (grand moment sur la réalité de la représentation, qui fait le parallèle entre une représentation de la Vierge et une fille qui se branle en vidéo).

Ca pourrait n'être qu'un document intéressant, qu'un livre d'Histoire (de plus) sur le sujet, mais c'est bien sûr beaucoup plus que ça grâce à la toujours précieuse subjectivité de l'auteur. Ca semble gêner un peu mon camarade, alors que pour moi c'est ce qui fait la grandeur de Carrère : qu'il parle de Jean-Claude Romand, d'un tsunami, d'un dissident russe ou de Jésus le Christ notre Seigneur, il s'arrange toujours pour ne parler que de lui-même, fouillant sans cesse dans sa propre vie pour éprouver les résonnances que la grande Histoire a sur elle. Tout part de cette courte crise mystique éprouvée par lui, de cette foi qui l'a à présent abandonné, et de sa vocation d'écrivain. Joyeusement, dans un exercice d'auto-critique souvent assez poussé, le gars opère sans cesse des allers-retours entre le 1er siècle et lui-même, nous expliquant ce qu'il tente de faire, insérant entre deux allégories bibliques une réflexion sur les femmes qui l'ont quitté, profitant d'un épisode biblique pour parler des Revenants ou de L'Adversaire, etc. C'est ce qui fait depuis toujours sa marque, et qui est particulièrement réussi ici : le fragile équilibre entre le récit documenté et l'autobiographie, cette façon de "tout ramener à lui" en quelque sorte. La marque au final d'une vraie personnalité, fragile et autoritaire à la fois. Même si le livre n'est pas passionnant de bout en bout, notamment quand il se perd dans les minuscules détails ou dans les batailles d'écoles catho, on en ressort avec cette impression, désormais habituelle chez Carrère, d'avoir assisté au récit d'un humain, d'un gars de notre époque. Que le Royaume des Cieux lui soit donc grand ouvert au jour du Jugement.   (Gols - 10/09/14)

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09 septembre 2014

L'Homme de la Planète X (The Man from Planet X) (1951) d'Edgar G. Ulmer

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Edgar G. Ulmer est un type capable de nous faire vibrer, avec ses sympathiques séries B, mais aussi parfois de nous faire copieusement marrer… à ses dépens.  Cet individu de la planète X est tellement improbable que dès le départ on a envie de lui taper sur l’épaule : allez Roger, enlève ton masque en plâtre que tes gamins, en maternelle, t’ont offert pour la fête des pères, ton costume fait avec des mini-barils de SKIP et ton pistolet que tu as arraché bêtement à une station-essence. Rien que tes gants de jardin sont ridicules. Cet individu tombé des cieux qui se contente, pour tenter de communiquer (la séquence où le héros se lance dans un mime : inoubliable) de tendre les bras, les paumes levées au ciel, constitue une vraie menace pour l’humanité : heureusement, il suffit de tourner l’écrou de bouteille de gaz situé sur son épaule (et censé l’alimenter en oxygène alors que le gars est sur terre, le con) pour le rendre définitivement inoffensif. Ah si attention, le truc dangereux dont il use à l’accès (à l’aide d’une lampe de poche de chez Pier Import qu’il te fout dans les yeux) : l’hypnose. La faiblesse de son « spécial » : si tu parles aux gars hypnotisés par ses soins, ils t’obéissent tout autant. Bref, la poilade.

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Le niveau des dialogues vole heureusement très haut, à l’image de ce vaisseau spatial qui s’est finalement  gaufré sur terre dans un marais et qui est  à l’origine de longues discussions : ceci est une « création scientifique » lance mystérieusement le vieux spécialiste de cosmos devant la soucoupe en forme de pot de théière, mais où a-t-il bien pu être manufacturé, demande-t-il à sa fille. Sur le coup, j’aurais dit « dans ton … » mais refusant toute vulgarité je me serais repris pour rétorquer, le regard sérieusement hagard : soit en Corée du Nord soit par le gars de Pif Gadget… Tout est à l’avenant : les effets spéciaux sont dûs à un gars qui a dû foirer son CAP en électricité (ayant fait fondre tout le système électrique, le set est envahi par la fumée du début à la fin) et le final est tellement éblouissant qu’on en pleurerait - l’armée de terre, appelé en renfort, qui dézingue à coup de bazooka cet ancêtre pacifique des Télétubbies aussi futé qu’une poêle. Bon, je ne vous ai pas raconté l’histoire, vous vous en tirez bien mais je ne résiste pas à cette saillie du commissaire local (l’un des pires acteurs du monde avec Laspallès dans le rôle du sombre Dr Mears - un type au passé trouble, tellement trouble qu’on en saura pas plus) alors que la tension est à son comble (la moitié du village est sous hypnose) : « ceci est tellement inquiétant que même le thé a un goût amer ».  Un film d’Ulmer qui laisse un goût terriblement amer, exactement.

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08 septembre 2014

Les Professionnels (The Professionals) (1966) de Richard Brooks

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Lancaster, Marvin, Ryan, excusez du peu, les gars ont beau avoir une moyenne d’âge de sénateurs français, c’est tout de même pas de la blanquette. En bonus track mon gars Jack Palance rôti au soleil mexicain et moustachu comme Vassiliu et cherry on the cake, Claudia Cardinale, radieuse, sauvage, à croquer. Les trois premiers cités + un certain Woody Strode (pas tombé non plus de la dernière pluie, Mr Woddy sait bander entre autre un arc comme personne) doivent arracher des griffes de Jack la belle Claudia - tout cela pour une poignée de dollars, enfin une belle poignée. En route pour l'aventure dans la poussière du désert mexicain.

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Lancaster est expert en dynamite, Ryan en chevaux, Marvin en tout ce qui touche de près ou de loin aux arme à feu et Strode en flèches, disais-je. La bande des quatre doivent prendre (ou tout du moins faire diversion dans) un campement où se trouvent cent cinquante hommes, une paille d'autant que les types sont des mexicains ripailleurs. On aura notre lot d'explosions, de Mexicains qui tombent en faisant floufff, de flèches qui percent son homme, de coups fourrés et de longues chevauchées. C'est l'excellent Conrad Hall qui une fois de plus est à la photo et le Technicolor semble ne jamais avoir été aussi beau - pourquoi les couleurs des films des sixties sont encore si éclatantes et celles des seventies si grises, question mark ? On se régale de ces cieux divinement bleus, de ces chevaux qui soulèvent de la poussière au coucher de soleil, de ces faces burinées subtilement éclairées qui lâchent quelques mots autour d'un feu. The Professionnals s'avère à la fois un plaisir d'esthète, d'acteurs sur le tard (mais avec quelle bloody carrière derrière... et puis du moment qu'il y a Ryan - yes, once again...) et de grand fan de western sévèrement burné. Ce n'est peut-être pas The Shootist mais on en est franchement à deux doigts.

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Pour ne rien gâcher, nos hommes nous livrent également quelques réflexions bien senties sur la révolution (et les femmes... un parallèle osé mais finaud) : le face à face Palance, Lancaster, un duel de gentlemen (de la tequ', des femmes, des cigares nom de Dieu ♪♪...) qui se savoure sur la fin. Nos hommes, enfin, pourraient paraître bien vénaux, sans grande morale, affreusement opportunistes ; là encore nous ne sommes jamais au bout de nos surprises... Derrières ces faciès qui semblent avoir tout connu, être revenus du tout, ne plus croire en rien... se cachent encore un vrai coeur de jeunots. Le goût de l'aventure, de la ruse et le reste, fuck it all. Du travail de pro.

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Go west here

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Still the Water (Futatsume no mado) (2014) de Naomi Kawase

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Naomi Kawase a toujours eu tendance à me laisser comme deux ronds de flan, les bras ballants - bras que j’ai recollés hier - (dans le genre époustouflé, baba, béat) et elle signe une nouvelle œuvre, pointilliste, qui touche une nouvelle fois au coeur. Avouons que la Nippone prend tout son temps pour nous narrer ce "joli conte initiatique de deux jeunes gens le temps d'un été - ou d'une tornade" mais que chaque petit coup de pinceau, chaque cadre, finit par faire un tableau d'une grande douceur, d'une belle justesse, d'une vraie beauté. Elle est volontaire, jeune, amoureuse mais en proie à l'incompréhension face à la maladie inexorable de sa mère. Il est timide, jeune, amoureux mais en proie à l'incompréhension face aux "infidélités" de sa mère (et ce alors même que ses parents sont séparés depuis un bail). Les deux jeunes gens se tournent autour, enterrent la terre entière lorsqu'ils sillonnent ces routes de bord de mer en vélo - c'est beau d'être jeune, insouciant, les cheveux aux vents avec néanmoins des regards déjà tellement graves... - mais semblent avoir du mal (enfin surtout lui) à "passer à l'acte". Il est question de désir, de mort, de pardon, de nature, de cette mer, ou plutôt de ces mers (mères, of course, like I said yesterday) qui peuvent se révéler aussi tempétueuses, remuantes, que calmes, insondables.

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On le sait depuis son premier film, Kawase est prodigieusement douée pour capter les mouvements, les bruits d'un paysage, le geste d'une main qui se perd vers le ciel, un air de chanson aussi vertigineux que le plus pur des silences. Des choses minuscules qui s'imprègnent peu à peu dans notre regard et qui finissent par nous faire frissonner l'échine. Still the water est prodigue en scènes qui laissent le souffle court : la plongée sous-marine de notre jeune sirène toute habillée (qui fera écho à celle de la jeune fiancée mise à nu… sur la fin), des balades en vélo ébouriffantes, des premiers baisers adolescents intimidants, la mort d’une femme sur un ultime air de musique, le temps d'une ultime danse minimaliste (je vois déjà Gols, à mon chevet, s'attaquant à un solo de Steve Lukather ou de Gary Moore alors même que je lance un dernier râle - il n'est pas sûr d'ailleurs qu'il y survive lui-même), les sages paroles d’un vieillard qui prend cette jeunesse sous son aile, la colère d’un jeune homme alors même que la tempête fait rage (comme ici à ce propos : on a depuis deux jours un vent à décorner les gnous comme dirait mon comparse. Pourtant François est parti). Difficile d'être plus en phase avec cette oeuvre, avec tous ces moments précieux que Kawase capte avec un tact infini, une pudeur féminine et narusienne - l'essentiel est que je me suive, hein.

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Le film est avare en mots mais point en regards et on se laisse charmer pendant deux heures par ces non-dit que l'on comprend à demi-mot (...) par ces regards lourds de sens faciles à décrypter. Certes, on ne peut pas dire que les événements ou les rebondissements se bousculent au portillon mais cet objet cinématographique au fragile équilibre (tout comme la jeune fille à l'arrière du vélo... sa chute et ses mots... plutôt ce mot qu'elle a... rololo) parvient, jusqu'au bout, à toucher juste (les deux dernières séquences avec nos deux adolescents sont une tuerie en soi). Bref un film qui émeut en douceur, un réel ptit bonheur pour tout naomiphile.   (Shang - 01/09/14)

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Popopo je suis mon camarade sur toute la ligne, en y ajoutant pour ma part quelques seaux de larmes. Encore plus sensible, si cela est possible, que ses films précédents, mais plus simple, plus épuré, moins expérimental dans la narration, Still the Water (un titre anglais pour une fois subtilement choisi, on dirait du Valéry) vous attrappe là où ça fait pleurer et vous fait toucher du doigt la beauté pure des choses. Ca parle, oui, de mort, et aussi de vie, et aussi de naissance. Dans ce conte initiatique, tous les âges de la vie se mèlent, et on assiste à tout ce qui fait les bonheurs et les douleurs d'une existence. C'est surtout devant la mort que nos deux ados se tiennent avec le plus de désarroi : celle, d'abord d'une pauvre petite chèvre que la vie abandonne peu à peu avc son sang qui coule, moment absolument génial, suspendu, plein de terreur et de douceur à la fois ; puis celle de la mère, dans cette séquence qui m'a laissé exsangue (j'ai noté que tu veux du Gary Moore pour ton agonie, mon Shang, mais ma chaine hifi prend pas les 78 tours) : tout le Japon est là, avec son zen, ses côtés un peu ridicules, et surtout cette modestie, cette pudeur, ce respect face aux choses qui nous dépassent. La famille réunie autour du lit, face à l'océan et au grand banian, danse et chante en accompagnant le dernier souffle d'une femme, c'est d'une justesse incroyable (ah ce dernier souffle symbolisé par une petite larme qui se transmet sur le visage de la jeune fille !). Tous ces grands thèmes (mort, sexe, angoisse existentielle) sont toujours placés au sein de la nature, qui, comme le dit Shang, est captée dans ses infinies nuances. De la métaphysique pure, disons, mais avec ce ton zen qui empêche toute emphase, qui ne tombe jamais dans le mélodrame ou la lourdeur. Comment mourir, comment vieillir, comment grandir, comment s'aimer, comment pardonner, autant de questionnements qui trouvent leur réponse dans le roulis des vagues, le vent dans les arbres ou le sourire d'un homme triste (grand acteur que celui qui interprète le père).

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La mise en scène n'est pas la seule à être géniale, même si c'est à cette hyper-sensibilité du regard qu'on est le plus sensible : le scénario aussi est parfait, avec cette savante alternance des points de vue entre les deux ados (aucun des deux ne prend jamais le pas sur l'autre, on suit vraiment en parallèle les deux "aventures"), avec ces dialogues très fins, avec ce côté mystérieux qui grandit en fond (ça commence par un homme retrouvé mort dans la mer, qui servira de toile de fond toute de noirceur dans cette histoire de découverte sentimentale). Kawase raconte simple et droit, densifiant l'épure de son écriture par un regard profond et ravageur sur notre bonne vieille planète. Un petit chef-d'oeuvre modeste, excellente Palme d'or 2014 (ah non ?)   (Gols - 08/09/14)

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