Shangols

08 février 2023

LIVRE : Les Dangers de fumer au lit (Los peligros de fumar en la cama) de Mariana Enriquez - 2019

4433571a44098b58f662b873b483bd13d45d13f5a0e6931ef532b811a7f87633L'Argentine, ses fantômes, ses enfants disparus, ses enlèvements en pleine rue, ses femmes qui dansent seules (comme chante Sting)... C'est sur ce terreau propice à l'imagination que Mariana Enriquez construit les 12 nouvelles de ce recueil intrigant. Toutes ont comme point commun la disparition, l'angoisse de voir un jour disparaitre un être cher et de ne le retrouver jamais... à moins que ce soit sous la forme d'un revenant implorant et triste qui ne cesse de vous harceler. Malgré ce terreau commun, qui pourrait être lassant à force, le livre n'est jamais répétitif ou ennuyeux : Enriquez est dotée de la plus grande imagination du monde, et parvient à livrer 12 variations sur le sujet sans jamais se répéter. Et ces variations sont passionnantes : ces textes, hantés, s'appuient fortement sur le folklore du pays, y ajoutent une touche de mysticisme, et plongent ce bouillon dans le monde d'aujourd'hui, cette Argentine mythologique peuplée de croyances, de sorcières ou de zombies. L’écriture est ultra-simple, fonctionnelle même parfois ; mais c'est pour mieux se mettre au service de ces petits scénarios diaboliques qui vont loin dans la perversion. On lit ces textes happé par l'atmosphère délétère, fantastique, morbide qui s'en dégage, mais aussi par la constriction souvent très habile. On aime par exemple cette histoires d'enfants enlevés et réapparaissant sous le forme de petits fantômes envahissants : sont-ils dangereux ? préparent-ils un acte funeste ou ne sot-ils que des poids morts, que des présences venues là pour rappeler les violences du pays ? On aime aussi ce vidéaste engagé pour filmer les visions d'une possédée : du pouvoir de la croyance et des limites du cinéma. On aime ces deux filles cannibales ayant mangé le cadavre de leur idole, un chanteur de pop sataniste à la con, et devenant à leur tour des icônes. On aime ce caddie, objet le plus trivial qui soit, qui se transforme en vecteur de malédiction sur tout un quartier. On aime tous les textes, quoi. A chaque fois, Enriquez s'appuie sur le contexte politique délétère de son pays ; corruption, mafia, misère sociale, inculture, exploitation des enfants, passé politique lourd, pour raconter une trame vénéneuse et très prenante. Il y a du Edgar Poe dans ces nouvelles affreuses, glaçantes et gothiques : une vraie réussite, un vrai cauchemar.

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Falcon Lake de Charlotte Le Bon - 2022

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Franchement, vous me trouvez aujourd'hui sidéré par ce film que je suis allé voir un peu au hasard. Un premier film mais qui fait déjà preuve d'une maîtrise effarante, d'un savoir-faire épatant et d'un délicatesse confondante. Le film est adapté d'une BD très délicate elle-même de Bastien Vivès, dont on connait la finesse de trait tant picturale que psychologique : Falcon Lake lui rend hommage avec brio, retrouvant le tact fragile, l'enregistrement feutré des plus infimes battements du cœur, voisinant avec les plus grands moments de Céline Sciamma (hop, on perd la plupart de nos lecteurs).

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Il ne se passe rien dans ce film, et pourtant tout y est : il s'agit de la chronique d'un premier amour, éphémère et agité, le temps d'un été au bord d'un lac québecois. Bastien, petit ado encore dans l'enfance, vient y passer des vacances en famille chez une amie de sa mère, et y rencontre Chloé, jeune fille à peine plus âgée. Histoire d'amour, de découverte, d'érotisme, d'émancipation : leur relation va se développer entre jalousies et passion, entre apprentissage et révélation, autour de ce lac symbolique, et de ses légendes de fantôme noyé. N'importe quel réalisateur (et, laissez-moi vous le dire, réalisatrice) en aurait fait un petit film tellement senti et infime qu'il se serait désagrégé de lui-même. Charlotte Le Bon est bien au-dessus de ça. Sa caméra, plantée strictement toujours à la place exacte, est au service des sentiments, certes, mais sait aussi les doper par sa captation d'une nature symbolique, inquiétante, superbement rendue. Dommage que le manque de moyens l'oblige à ce format carré inutile et à cet aspect numérique de téléphone portable ; dommage, parce que malgré cela, on voit bien que la réalisatrice sent merveilleusement les beautés de la nature, de la nuit, et leur pouvoir magique. En attestent par exemple ces nombreux plans où les personnages, pris de loin, semblent émerger de l'ombre, ou ceux où la surface du lac semble un lieu dangereux, hostile ; ou ceux encore où la forêt est un cocon à la fois superbe et hostile. L’émancipation sexuelle et amoureuse de Bastien se fait dans ce contexte-là, comme un décrochage onirique de sa vie (on ne sait rien de ce qu'il est en dehors de ces quelques jours), et le film y gagne une densité extraordinaire.

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Le film, comme la BD, enchaîne les séquences magiques, sans arrêt surprenant : une scène de masturbation, une scène de danse inattendue, une scène de défi érotique... Tout est inattendu comme le personnage de Chloé, jeune fille fatale et effectivement inoubliable comme un premier amour. Le contexte quasi-fantastique ajoute encore à l'aspect hors du temps, presque ancestral de cette histoire. Et on est scié par ces plans frontaux sur un garçon enveloppé d'un drap blanc comme un fantôme, par ces cris qui viennent de la forêt (jeu d'enfant ou vrai monstre caché ?), par ces plans nocturnes à la fois rassurants et inquiétants. Charlotte Le Bon, c'est la délicatesse même : elle sait non seulement toujours se placer par rapport à ses sujets, mais a un sens du timing exact très en place. Regardez juste ce dernier plan, sublime, et vous comprendrez que tout est dans l'art de bien sentir à quel moment couper. Il suffit parfois d'un geste, d'une posture, d'un regard pour qu'on devine les abîmes de peine, de joie, d'émoi, de surprise du héros face à ce qui lui arrive : le sentiment amoureux. En plus, elle sait aussi diriger ses jeunes acteurs, qui sont d'une grande justesse, et son équipe de techniciens, tous parfaits à leur poste (lumière estivale superbement rendue, musique craquante, même la production franco-canadienne fait sens). Voir une telle maîtrise pour un premier film ne m'était pas arrivé depuis Naissance des Pieuvres. Ceci est une déclaration d'amour.

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Don Juan (2022) de Serge Bozon

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J'ai décidément un peu de mal avec l'univers de Bozon... Mais je m'accroche en lui reconnaissant une sorte d'univers à part - qui malheureusement, once again,ne me touche guère... Il y a pourtant ici, au départ, d'assez bonnes idées : un séducteur (Rahim, tout en émotion rentrée et en regard de chien battu battu) et comédien (dans Dom Juan justement) se fait planter le jour de son mariage par sa future (Efira, multiforme, multifruit, qui me laisse encore une fois multifroid) ; le bougre, s'il se console avec une autre femme, a une certaine tendance à voir dans toutes les femmes son Efira. A croire qu'avant d'être amoureux des femmes, il est amoureux d'une et d'une seule... Seulement voilà, cette femme, l'Efira-Elvire, n'est pas du genre à succomber aveuglément à son charme... Elle a capté, chez son Don, ce regard flottant qu'il ne cesse de poser sur les autres femmes... Un simple regard de comédien pour se mettre à leur place ou un banal regard de convoitise ? L'Efira redonne une chance à son homme : notre Don Juan (incorrigible ou réellement passionné par sa douce) saura-t-il cette fois se montrer plus convaincant dans son amour ?

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C'est assez futé, en un sens, ce petit renversement des rôles, avec un Don Juan assez fébrile (son regard mouille souvent, il chante comme Philippe Chatel enroué) et une Elvire-Efira en femme forte, décidée et dominatrice (c'est elle qui donne le la au Don, jouant sur scène ou vivant hors-scène)... Le Don, un peu dépassé par la situation, charmé par cette femme et appréciateur de ses talents de comédienne, n'a de cesse de se lancer dans la chansonnette pour essayer de montrer la sincérité de son amour ; de petites chansons douces, un peu à la Honoré, au charme amer mais aux paroles un peu trop Delerm (vous savez le type qui fait une chanson quand il sort son chien, prend du lait dans le frigo, ou va acheter un timbre). Il y a là dedans un petit ton décalé (une voix de tête sur une musique modeste et lyrique à la fois) qui pourrait marquer des points si on ne s'en lassait pas au bout de deux chansons. Quant aux scènes de théâtre, si on apprécie cette façon d'introduire le texte de Molière, ce magnifique théâtre ouvert sur l'extérieur, elles laissent un peu sur le quai les amateurs d'émotions sentimentales... C'est d'ailleurs un peu là que le bât blesse en général. Cet amoureux transi de Tahar, cette Virginie virevoltante, s'ils jouent chacun de leur côté avec leur petit état d'âme sentimental (lui tout en cernes jaunes, elle toute en sourire éclatant), ils peinent à vraiment nous faire ressentir, à un quelconque moment dans le film, la chaleur de leur sentiment, de leur dévouement, de leur amour... un peu triste lorsqu'il s'agit ici du thème central. On sent Bozon, comme souvent, concentré sur son univers qui mêle moments intimes et moments de jeu, mais on peine à vraiment rentrer dans ce dispositif très intellectuel et un peu froid. Bref, une fois de plus, intrigué par les idées originales du cinéaste mais pas totalement convaincu par cette réalisation un peu trop statique et sans sang.   (Shang - 21/09/22)

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Bozon nous divise, et j'ai été plutôt charmé par ce minuscule film très branquignole. Pas de quoi se relever la nuit, mais il y a là-dedans un aspect décalé, dérangeant, pas dans les clous, qui fonctionne toujours très bien. Bozon est un iconoclaste, ça va sans dire, mais c'en est un sans forfanterie, sans pose, et on lui en sait gré, même si toutes ses idées ne se valent pas, même si ses films sont pleins de défauts. Ce qui plaît d'abord dans Don Juan, c'est la lecture du mythe, très pertinente. Don Juan est un homme paumé, perdu, abandonné, déçu, et sa quête, sa consommation effrénée de femmes, n'est qu'un aveu d'impuissance. Il est à la recherche de La Femme, et ne la trouve jamais puisqu'elle n'existe bien sûr pas. C'est donc Efira qui se charge du rôle, et elle apparaît sous différentes formes ; elle représente la féminité recherchée par Don Juan. Celui-ci n'est donc plus le prédateur qu'on nous présente habituellement, mais un mâle en mal d'idéal. Belle idée, filée tout le long de ce film romantique (la vision de Bozon est presque plus allemande que française ou espagnole, et je veux pas me la péter mais ça sent plus la version de Lenau que celle de Molière). Bozon choisit en plus deux options assez radicales : celle de contemporanéiser le mythe, en le faisant incarner par Rahim, figure très marquée du cinéma actuelle ; et celle de la comédie musicale, moins convaincante. On a déjà vu mille fois ce choix de faire chanter les comédiens eux-mêmes, avec ce que ça comporte de canards et de fragilité. Ici, malgré quelques belles chansons (et la présence maladroite mais touchante d'Alain Chamfort), les bougres ont du mal à tenir le coup. Pas de présence dans les parties chantées, une sorte de tristesse lourde qui marque toutes les chansons, on n'y est pas. Bon, mais sinon les décors sont beaux et inspirés, c'est bien écrit et toujours intrigant, le ton est singulier : il y a vraiment du chien dans ce cinéma-là, en marge, souvent ridicule mais parfois vraiment poignant.   (Gols - 08/02/23)

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07 février 2023

LIVRE : La Fête à venir de Sylvain Levey - 2023

2c9daf0bd224a98a63dffde41937590ce086efc03a23de4a9e98d0d1a2f7af18Sylvain Levey est l'auteur le plus attachant du monde, capable de vous trouer le cœur avec ses pièces toutes simples et naïves. Mais c'est aujourd'hui dans le roman qu'il fait son entrée fracassante, et on retrouve d'entrée de jeu son ton et son humanité. Fidèle à ses motifs, le bougre s'intéresse à un trio de jeunes mal dans leurs peaux, pas tout à fait au bon endroit, pas exactement dans la bonne famille, pourvu pas tout à fait des bons amis : Donovan, tête de turc du lycée, celui dont on se fout de la gueule dès qu'on s'ennuie ; Arès, qui déclenche l'hostilité par le seul fait qu'il est nouveau dans le coin et qu'il a un teint de rastaquouère ; et Chloé, narratrice de cette histoire, fille de paysans, mal considérée parce que fille. Trois déclassés ordinaires, pas malheureux non, mais pas heureux non plus dans cette petite ville de campagne à l'horizon bouché. Là où tout le monde pense tracteurs, ferme à reprendre plus tard et belles bagnoles, eux écoutent du rock, dansent dans les champs et brûlent des poubelles. Des révoltés au petit pied, oui, mais des révoltés quand même, comme on devrait tous l'être à cet âge. Dans un style très rapide, rythmé comme un morceau de rock, Levey nous raconte ces petites existences étriquées qui se rêvent un peu plus grandes, et il le fait avec une grande justesse. On croit à ces gusses car on les a croisés dans les couloirs du lycée. Le personnage central, surtout, cette Chloé, est attachant : une fille bien où elle est mais qui voudrait changer les atavismes de cette terre arriérée, trouver d'autres manières de vivre, d'autres rapports sociaux. Si les deux autres ont plutôt envie de quitter tout ça, elle est attachée à sa région. C'est juste qu'elle voit plus grand. Levey écrit simple, droit, sans effets de style fabuleux ; mais il monte son histoire façon poème en prose, impeccablement scandé. Il rythme ses chapitres par des incisions de petits dazibaos de révolte, des petites pointes lyriques là aussi bien senties. Discret et sans crânerie, ce petit livre instille un sentiment de révolte sans brandir le poing : c'est la politesse des grands, moi je dis.

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Piccolo Corpo (2022) de Laura Samani

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Voilà un film qui mérite une triple attention ; pour ce female gaze de Laura Samani - rien d'érotique ici mais une sensibilité toute féminine -, pour ces paysages du Frioul qui donnent indéniablement envie de se lover dedans (sans parler de cette langue dont je parle couramment un mot : bondi !), ou encore pour cette poésie qui imprègne magnifiquement toutes ces séquences aquatiques et basiliques (je me comprends). C'est un  film qui prend, comme on dit, tout son temps pour faire entendre sa voix, un road movie sur des chemins de traverse d'un autre temps (le film est censé se passer au début du XXème siècle et aucune scorie du monde moderne n'apparaît), un buddy movie aussi, en un sens puisque Agata, notre héroïne, et ce compagnon de voyage, vont entreprendre ensemble ce voyage jusqu'au bout du froid...

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Une femme, malgré les rites ancestraux de cette petite île du Frioul, perd son enfant en couches... Elle ne peut, à son grand désarroi, donner un nom à cet enfant ; sur les conseils de gens du village, elle décide de partir en solo, d'entreprendre un périple jusqu'à une petite basilique où une femme donnerait à l'enfant un ultime souffle de vie, permettant ainsi qu'on puisse le nommer. Armée de son courage et d'une petite caisse en bois contenant ce mini cadavre, Agata fait des rencontres (dangereuses, surtout - cet étrange compagnon qui d'abord la trahit, cette bandite de grand chemin et ses acolytes...) mais avance coûte que coûte jusqu'à cette temporaire résurrection promise... En pure perte, ou pour enfin retrouver ce lien avorté avec cette fille ?

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Il y a ici bien sûr la part de croyance, de foi, cette volonté plus forte que tout de croire en un miracle, il y a bien évidemment une touche féminine incontournable (on retrouve des femmes à tous les moments clés) mais il y a aussi bien sûr tout ce qui donne à ce voyage son sens, sa cohérence, sa valeur... Ne se séparant jamais de cette boîte où sa fille repose, on a l'impression qu'Agata essaie de forcer cette relation mère-fille - à laquelle l'accouchement et la mort prématurée ont pourtant mis fin : seulement Agata ne semble vouloir encore s'y résoudre. Une façon donc de prolonger cette "communion" (un brin à sens unique, certes) mais qui n'est pas non plus totalement vaine puisque lors de ce voyage elle va faire également la connaissance d'une personne dont le soutien sera plus fort que tout... Après avoir échappé à la mort (c'est l'enfant qui la sauve en un sens...), elle continue sa route avec ce drôle de compagnon qui lui sert de boussole ; elle émerge avec lui d'une montagne (un second accouchement ? why not...) et elle tisse avec lui des liens, une relation, une amitié, un partage, qui ira "au-delà" sans doute de ses espérances. Brisons-là pour ce qui est de la ligne narrative et posons nous au bord de ce lac-styx qui ouvrira une fin d'une beauté indicible. Le film, quelque peu lancinant dans son rythme, parvient doucettement à nous charmer par cette beauté des paysages, par ce sens de l'entraide qui émerge et par cette foi sacrée capable de faire bouger des montagnes. Magnifique premier long-métrage de Samani, dont l'acuité du regard ouvre de belles promesses.   (Shang - 19/04/22)

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Un bien beau film, oui oui, sérieux comme un pape mais très prenant. On oublie très vite ce rythme lent pour se concentrer sur cette jeune fille butée, tendue vers son but : libérer son bébé des limbes (il est plus question de croyance, de religion, de superstitions, que de donner une identité à ce môme), en le rendant à la vie quelques secondes, le temps de pourvoir le considérer comme un être "qui a vécu". C'est très beau comme histoire, et ça permet effectivement à Samani de jongler avec les vieilles croyances liées à son territoire (qu'elle filme magnifiquement, comme une terre de dangers et de mysticisme archaïques), tout en déployant ce personnage obstiné, têtu malgré les épreuves. Sa rencontre avec cet être hermaphrodite est elle aussi filmée comme une rencontre un peu magique : parce que c'était lui (ou elle), parce que c'était elle (ou lui), leur lien va s'étendre très loin, jusqu'à ce dénouement effectivement très beau et osé qui vous arrive façon uppercut, sans qu'on s'y attende. C'est peut-être l'aspect le plus abouti du film, au-delà de cette belle restitution d'un pays sauvage et légendaire : la solidarité féminine qui se construit "en marge", par-delà les codes de l'amour traditionnel. Le film est féministe, mais pas de façon démonstrative, revendicative. Piccolo Corpo parle de ça, mais le fait dans un écrin qui va du réalisme le plus cru à une magie panthéiste, du concret vers le mystique. C'est très ancré dans le territoire, un peu comme aurait pu le faire un Ermanno Olmi, et ça s'appuie sur le dialecte, les chants, la terre de cette région ; mais ça a aussi la tête dans les nuages, la quête religieuse étant finalement le seul but de cette femme. Très beau.   (Gols - 07/02/23)

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Walk Up (Tab) (2023) de Hong Sang-soo

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Notre homme qui tourne plus vite que son ombre nous ravit une nouvelle fois avec ce portrait d'un cinéaste... en pleins doutes, ou en tout cas, "en transition". Si une fois de plus, les thèmes principaux se dessinent progressivement, au fil des discussions, si on peut observer en cours de route des changements d'avis des individus sur tel ou tel sujet, des évolutions dans leurs affinités personnelles, on remarque surtout cette construction "hongienne par essence" : des ellipses un rien déstabilisantes, à chaque fois, mais qui nous laissent toujours le temps de la réflexion pour "retisser les fils" entre chaque trou plus ou moins long. De quoi est-il question ici sinon ? Ouarf, au départ de pas grand-chose : un homme vient avec sa fille visiter la maison de l'une de ses amies. On comprend qu'il est cinéaste, que sa fille aimerait devenir architecte d'intérieur et nouer des liens avec cette amie dont c'est la spécialité... Hong, appelé au taff, laissera finalement les deux femmes discuter ensemble... On retrouvera notre Hong rendant visite à son amie au même endroit "quelques temps plus tard"... Elle lui présente cette fois-ci la femme qui s'occupe du restaurant situé dans ce même immeuble ; cette dernière, fan absolue du cinéaste, semble lui taper dans l’œil... Grande séquence hongienne centrale avec moult verres bues et des êtres qui s'épanchent... On ne sera guère étonné de retrouver après un nouveau saut de puce dans le temps, le cinéaste et la restauratrice autour de la même table, dans cet immeuble dans lequel le cinéaste semble dorénavant vivre, nos deux personnages partageant bien plus qu'un repas...

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Des présentations qui se font, des relations qui se nouent et se dénouent, des êtres qui évoquent leur vague à l'âme, leur décision, leur éventuel projet... Rien de bien nouveau dans le cinéma de Hong même si les traits de caractère de chacun semblent être dessinés avec de plus en plus d'épure et de subtilité... On comprend notamment que ce cinéaste traverse une crise, par rapport à son métier, par rapport à sa santé, mais que derrière ces "doutes", une révélation n'est pas impossible (et la foi vint au personnage principal...)... Ce sont surtout ces tergiversations du caractère principal, ses changements de position, son "évolution" qui sont ici les plus intelligemment dessinés. Il y a notamment ce superbe plan fixe sur notre homme, couché dans son lit, attendant le retour de sa douce, et cette discussion en off qui se met en route comme si celle-ci venait tout juste de rentrer : des petites tensions apparaissent entre eux puis le ton devient plus apaisé, plus aimant... On comprend que tout cela a eu lieu dans l'esprit de notre homme, comme un fantasme, comme une projection de ses attentes... Seulement, aussitôt derrière, notre homme se lance dans un monologue sur son propre besoin de solitude... Va-t-il pour autant quitter cette femme ? rien n'est moins sûr chez cet homme si calme en surface mais indéniablement assez imprévisible dans ses choix... Des discussions qui semblent comme d'habitude relativement superficielles, qui demeurent en surface, mais qui trahissent peu à peu le caractère, les attentes, les points forts et faibles des personnages principaux (cinq au total, dont certains au rôle assez mineur), en particulier de ce cinéaste "fragile" que seules les femmes (voire Dieu !) peuvent remettre sur les rails - ou l'aider à remonter à pente... Un Hong de très bonne tenue aux portraits (en creux) finement ciselés.

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Rétrospective Hong à la cinémathèque (du 13 février au 5 mars 2023)

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06 février 2023

Las Vegas parano (Fear and Loathing in Las Vegas) (1998) de Terry Gilliam

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Jamais été un fan de Gilliam post Brazil... Ça se confirme avec ce truc que j'ai enfin osé regardé jusqu'au bout... C'est proprement calamiteux à mes yeux. Vous me direz, oui, il faut le voir sous influence ce truc... Je vous répondrai, sous influence ? tu parles, au bout de deux minutes, si jamais tu as le moindre goût à la drogue, tu t'en échappes pour aller prendre une dose plus forte (jusqu'à évanouissement), mais jamais tu tiens pendant deux heures devant ce film... C'est donc, faisons bref et efficace, l'histoire d'un Depp encore jeune qui imite un caméléon speedé et de Benicio Del Toro qui a pris quelques kilos ; en virée à Las Vegas, ils vont gober tout ce qu'il est possible d'ingurgiter en terme de produits illicites. Déjà que tout est affreusement laid à Las Vegas, eh bien pour la peine, cela le sera encore plus... Nos hommes éructent, gueulent, se trainent comme des savates, voient la vie en fuchsia, vomissent, se menacent, s'attachent, déconnent, se réveillent en sursaut, vomissent, éructent, se menacent, ont des flashs, vomissent. Oui, on regarde la chose de façon assez hallucinée (hébétée, hein), en se disant que Gilliam a une confiance énorme en son univers grave torve... Le problème, c'est qu'au bout de cinq minutes on a un peu compris le principe (on joue de la focale, de l'effet spécial à la main niveau lumière, on te vrille la caméra dans tous les sens pour faire genre, tu vois) et on se tient à son siège en se disant que non, on ne va pas vomir, même pour être au diapason... On risque surtout, d'ailleurs, plutôt, de s'endormir, tant le truc tourne méchamment en rond (maudit (plan sur ce) manège), se plaît à être bassement misogyne au besoin (Cameron Diaz, Ellen Barkin et Christina Ricci en font les frais) et joue dans la surenchère non pas tant au niveau des drogues, finalement, que de l'ennui... Gilliam, dès qu'il a les moyens techniques, envoie du pâté au niveau des décors et des effets visuels en tout genre mais oublie tout simplement d'écrire une ligne narrative captivante, un gag drôle et fin, laissant acteurs principaux et caméos de luxe libres de faire leur petit numéro de dingue à tout va. Vraiment pas ma came. Very bad trip.

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05 février 2023

La petite Bande (2022) de Pierre Salvadori

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Salvadori, plus ou moins doué pour nous servir des comédies françaises de "qualité" avec son acolyte producteur Philippe Martin, nous sert ici un film sur la génération Thunberg : une bande d'ados (4 puis bientôt 5, parce que c'est plus simple pour départager un vote, lol) décide de faire péter l'usine du coin qui pollue la rivière (moins lol)... Un délire potache qui prend vite une tournure un poil dramatique (un canoé rempli de 200 litres d'essence, ça peut faire du dégât ; kidnapper un patron d'usine, même un gros con, peut tout autant vite mal tourner). Même si le ton général "recherché" demeure celui de la comédie (ma fille ricana d'ailleurs au besoin : un type qui se prend un arbre dans la tronche ou un gamin qui vomit ses tripes, ça l'amuse toujours, la jeunesse), on navigue malgré tout dans des eaux assez troubles au niveau de la morale : peut-on espérer la mort d'un homme (et s'en réjouir le cas échéant), tout inconscient qu'il soit de ses méfaits ?... Les patrons de Total ou de Lafarge n'ont qu'à bien se tenir dans les prochaines années s'ils ne veulent pas se faire massacrer par les petits rejetons de la Greta (dont le sens de l'humour reste aussi cocasse que celui de mon cactus, rappelons-le ). Mais revenons à notre film qui ne se prend tout de même guère au sérieux une fois ce petit point moral évacué... Rah, c'est quand même pas d'une finesse terrible dans l'ensemble, même si les gamins semblent prendre un certain plaisir à cette aventure on ne peut plus risquée ; Salvadori, outre donc la morale, ne recule devant aucune grossièreté langagière : nos gamins parlent résolument tout du long comme des charretiers et ce petit lâchage verbal, qui aurait pu parfois sonner naturel pour ne pas dire bon enfant (pour le coup), devient tellement systématique qu'il finit par gâcher toute micro finesse éventuelle des dialogues. On sent que Salvadori n'est pas là pour s'emmerder avec les effets de manche rhétoriques et nous sert une œuvre qui tendrait résolument à nous faire croire que 50 mots de vocabulaire chez l'ado, c'est finalement presque trop. Le film, qui peine à gérer les rebondissements, s'étale également dangereusement en longueur, tournant en rond autour de ce kidnappé bien difficile à gérer... Le cinéaste, ne reculant devant aucune invraisemblance (les gamins ne passent pas forcément la nuit chez eux : tout le monde s'en fout), peine surtout à trouver un second souffle à son idée punk de départ et livre dans l'état une petite pochade adolescente écologique dont on a finalement bien du mal à voir à qui il s'adresse vraiment : trop simpliste et léger pour des adultes, trop noir pour des gamins, on se dit que la chose a dû salement ramer pour trouver son public (je regarde : 114 000 spectateurs : mouais, c'est pas la folie). Un certain effort (le film d'ados, pas si courant dans notre paysage français) dans l'air du temps (l'écologie, comment lutter efficacement contre la pollution, bordel ?) mais un projet un peu flou dans ses motivations et, surtout, tellement maigre comiquement qu'il peine à convaincre.  

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04 février 2023

Babi Yar. Contexte (Babi Yar. Context) (2023) de Sergey Loznitsa

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Nous voilà dans le film d'archives, le pur, le dur, celui sans voix off envahissante, mais avec juste quelques cartons pour expliquer le contexte (c'était dans le titre) : l'essentiel, lui, sera constitué d'images d'époque, des images, saisissantes, de guerre, d'avancée nazie, de massacres, de recul nazi et de jugements des perdants avant lynchage public. Il est toujours un peu troublant de découvrir ces images d'envahisseurs boches salués par la foule ukrainienne le bras bien droit en avant, puis deux ans plus tard, voir ce qui reste de la population, applaudir à l'arrivée en ville des troupes soviets - le vainqueur aurait-il, ma bonne dame, toujours les faveurs de la foule ? Ne rentrons pas dans cette considération hautement philosophique ou cynique, on sait que c'est à la fois un peu plus complexe que cela, historiquement, politiquement, on sait aussi que pendant cette même guerre qui se déroula en France il y eut 1% de résistants, 1% de collabos et au milieu, nous (même si je ne suis pas si vieux), simples spectateurs d'une période où il fallait avant tout survivre. On ne se fera donc point de toute façon ici le finaud analyste et juge de l'histoire (tout en notant au passage que 80 ans plus tard, ce sont des Allemands qui fournissent des chars aux Ukrainiens contre l'envahisseur russe... autre temps, autres mœurs, autre alliance), le point central du doc étant le génocide qui se tînt alors à Babi Yar : en 3 jours, plus de 33.000 juifs furent fusillés et enterrés par les troupes nazies, sans qu'il y ait non plus une rébellion particulière de la population ukrainienne locale - ceci dit là encore sans jugement particulier de ma part, juste pour citer les faits évoqués dans le doc. Des juifs appelés par les nazis à venir avec des vêtements chauds, de la nourriture et leurs biens - c'était affreusement fourbe, ce fut un carnage ignoble où tous y passèrent, femmes, enfants, vieillards... Des cadavres qui furent recouverts quelques années plus tard par des déchets d'usine, histoire sûrement de rajouter une couche d'ignominie humaine à la dignité que l'on se devrait d'avoir envers ces frères humains... L'histoire, dans toute son horreur, dans tous ses excès, dans toute sa folie... Des procès eurent lieu (on retiendra en particulier le témoignage éprouvant d'une femme fusillée sur cet amoncellement de cadavres mais qui s'en sortit miraculeusement en se faisant passer pour morte), des responsables allemands furent condamnés et les images de ces lynchages publics d'une dizaine de responsables, lynchages qui attirèrent une foule morbidement curieuse, ne permettent pas pour le moins de donner une image plus reluisante de notre humanité glauque et perverse. Un document plus qu'un documentaire qui fait forcément froid dans le dos : la bêtise comme la folie sanguinaire sont, on ne le sait que trop, sans limite. Éprouvant - un devoir (de vision) de mémoire.

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Cendres et Diamants (Popiól i diament) (1958) d'Andrzej Wajda

wajda_boxRèglement de compte, le soir du 8 Mai 1945 - fin officielle de la guerre -, entre jeunes résistants et membres anciens du Parti Communiste alors au pouvoir. Le James Dean polonais (si, ça existe en la personne de Zbigniew Cybulski), lunettes fumées et dégaine à la cool, a pour mission de descendre un des leaders locaux du parti. Après une première boulette -il s'est trompé de voiture et a tué deux jeunes ouvriers- il est prêt à se rattraper lors de cette longue nuit de fête dans cet hôtel. Seulement le hasard veut que le soir même, il fasse la connaissance d'une charmante serveuse qui pourrait changer le cours de son destin - lui que plus personne n'attend.

Wajda en adaptant ce livre très populaire à l'époque de Jerzi Andrzejewski déjoue la censure en se focalisant non pas sur le membre du parti mais sur ce jeune rebelle qui deviendra une sorte d'emblème en son pays. Il280px_Ashes_And_Diamonds_screenshot faut surtout reconnaître un don chez Wajda (qui a fait des études de peintre) dans la composition des plans : ce Christ, la tête en bas, alors que les deux jeunes héros font leur entrée au fond de l'église, comme si le monde était à jamais bouleversé, comme si la rédemption était en quelque sorte impossible pour cette jeune génération sacrifiée, est une image d'une force extrême. Magnifique idée également que ce drap blanc tâché de sang (Tarkovski, toujours plus malin que tout le monde alors que le film est en noir est blanc, y voyait le symbole du drapeau de la Pologne) qui recouvre le jeune héros avant que ce dernier n'achève sa course sur un tas d'immondices, ashes_1_comme si son combat -passé et présent- était une cause perdue... On retrouve également un cheval blanc qui fait étrangement son apparition dans le cadre alors que nos deux amoureux se disent adieu... Comme je veux pas dire trop de conneries (sinon Karamzin va encore me tomber dessus), d'après la commentatrice érudite, ce cheval blanc symboliserait la Pologne, pays sans guide... Moi j'y vois plutôt un symbole d'espoir (Cybulski peut refaire sa vie), un ange de la mort  (mais en fait...), un... nan je déconne, je vais po recommencer: c'est un symbole et chacun pourra y mettre ce qu'il veut, voilà, je suis vexé maintenant, na. Influencés par Citizen Kane et les films noirs de l'époque tels qu'Asphalt Jungle, Wajda et son chef op jouent des contrastes et de la profondeur de champ avec un certain plaisir (magnifique scène du téléphone avec le héros au second plan) et signe une scène exemplaire lorsque le leader coco finit par s'écrouler dans les bras du tueur, comme si les frères ennemis était indéfiniment liés par le sang.

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Bref suffisamment de profondeur (dans le fond et dans la forme) pour faire de cette troisième partie de la trilogie, un film des plus intéressants, même si je dois reconnaître un petit penchant pour Kanal : œuvre peut-être moins trouble, moins symbolique dans son traitement, mais beaucoup plus angoissante.   (Shang - 23/06/07)

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Beaucoup de tristesse et de fatalité sur ce film, qui arrive à détourner le film à thèse en essai métaphysique sur l'engagement et les choix. Il faut le reconnaître : Zbigniew Cybulski fait l'essentiel de la beauté du film, sa photogénie est immédiate comme celle d'un Delon ou d'un James Dean, et il campe à merveille cette jeunesse un peu perdue, un peu cramée que Wajda met ici en scène. Le personnage est constamment surprenant, on ne sait jamais trop comment il va réagir. Dès la première scène, d'une belle violence, il étonne par son comportement : d'abord allongé au sol et mâchonnant un brin d'herbe, à la cool, il se révèle finalement un tueur sans pitié trois secondes après. Il agira ainsi souvent en porte-à-faux tout au long du film. Mais sa plus belle métamorphose se fera au contact de cette belle serveuse : il devient tout à coup un jeune garçon romantique et aimant, pas loin de renoncer à sa funeste tâche par amour pour sa belle. L'acteur est non seulement immédiatement iconique, mais il sait en plus superbement montrer toutes les nuances de son personnage. C'est l'élément qui m'a paru le plus attachant dans le film, effectivement souvent un peu lourdement symbolique, effectivement pas toujours très tenu dans sa trame volontairement errante. C'est du très beau travail technique en tout cas, avec ce noir et blanc sublime, cette musique inspirée, ces plans sophistiqués. Une réputation de classique pas usurpée. (Sent-on que je ne suis pas très inspiré aujourd'hui ?)   (Gols - 04/02/23)

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03 février 2023

LIVRE : Mes Fragiles de Jérôme Garcin - 2023

011128020Et si on parlait de la mort, tiens, là maintenant... Jérôme Garcin, dont l'éternelle voix me berça pendant certaines nuits malgachisées il y a bien longtemps (j'écoute moins la radio, depuis, je sais, c'est un tort), évoque ici en quelques lignes pleines d'émotion retenue, la mort de sa mère, de son frère, de sa tante... Des proches, des très proches, qui, en l'espace de quelques mois disparaissent et le laissent tout de guingois... Plutôt que de se morfondre, que de nous servir une longue litanie pénible, Garcin revient, avec lucidité et amour, sur les derniers jours de ces êtres, leur personnalité, le bonheur constant qu'ils lui apportèrent. Des pages sincères, tout bonnement, qui sans faire fondre notre petit coeur ému trop facilement, content avec une grande tendresse les raisons pour lesquelles ces deux êtres comptèrent pour lui plus que tout. Déjà touché par le passé par des morts prématurées (celle de son frère jumeau, puis de son père), Garcin tente juste de mettre quelques mots sur ces vides sans s'épancher de façon tristoune. Cette mère, ce frère, tous les deux aimant peindre, essayèrent par le biais de cet art de révéler leur sensibilité ; elle si joyeuse, lui touché par un syndrôme handicapant, proche de l'autisme, tentèrent d'exprimer sur ces toiles leur vision personnelle. Garcin revient particulièrement sur ces peintures qui, elles, demeurent, quand ces deux êtres s'en sont allés à jamais. C'est un petit bouquin sobre, plein de vitalité et de fatalité, qui évite les écueils du larmoiement et touche par son style gentiment proustien - ces longues phrases qui s'étalent et qui reviennent en douceur sur leur pied. Honnête et touchant petit recueil de deuil.

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Konopielka (1982) de Witold Leszczynski

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On aime ce genre de petit film miraculeux, sorti de nulle part (enfin, si, de Pologne), réalisé par un cinéaste inconnu au nom imprononçable ("szcz", faut être soigneusement bourré à la vodka pour sortir la chose correctement), ce genre de film beau, drôle ce qu'il faut, teinté d'un érotisme suranné et qui se conclut en beauté, dans un voile du fumée mystérieux... Il est question ici d'une campagne polonaise bien reculée, dans l'après-guerre, un village aux confins des marais. Des cul-terreux avec leur petite vie... Lorsqu'un curieux clochard débarque, cela ravive semble-t-il quelque peu les superstitions et les croyances - à l'image de ce veau qui semble tout droit sorti du ventre du jument (celle-ci, en tout cas, semble vouloir clamer la maternité de la chose). Rien de bien neuf sous le soleil dans ces arrière pays-là. Plus révolutionnaire sera l'arrivée dans le village, en particulier pour notre héros fermier à moustache, non pas tant de l'électricité mais de cette blonde maîtresse venue apporter, enfin, aux gamins du coin quelques enseignements de base... Notre homme, lui, dont les derniers rêves avaient déjà quelque chose de prémonitoires et de fantasmagoriques, voit la jeune femme venir s'installer dans sa propre ferme, ce qui va pour le moins le troubler : non seulement les connaissances acquises par son gamin vont quelque peu mettre à mal son autorité, mais surtout, cette charmante jeune femme qu'il côtoie de près va quelque peu troubler son quotidien et son repos... Pour le pire ou le meilleur ?

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Leszczynski, après nous avoir bien installés dans ce décor champêtre, avoir filmé cette nature dépouillée mais belle, avoir donné aux propos de son héros (qui considère chaque arbre comme un être - et chaque hêtre comme son bras (? pfff)) des accents panthéistes, bref après avoir soigneusement planté le décor de ces villageois qui craignent tout progrès, ont des croyances préhistoriques (un mystérieux trésor serait enfoui sous la colline), s'esclaffent dès lors que l'un d'eux pète en réunion, va laisser à cette jeune femme tout le champ des possibles pour venir troubler les habitudes de notre héros. Son autorité, son côté patriarcal et sa prétendue sérénité sexuelle vont forcément en prendre un coup sur la tête. On rit à sa mauvaise foi, on craint son voyeurisme (il mâte la belle maîtresse quand elle accueille un jeune homme dans sa chambrée : sa façon langoureuse, plus lente qu'un pou, de faire l'amour le rend complétement dingue...), on se moque de ses soudains accès de colère... On ne sait trop si notre homme ne va pas finir par craquer... Passer à l'acte avec la jeune femme (en fantasme ou en vrai...), va-t-il lui ouvrir les portes de la liberté ou le conduire tout droit en enfer (que sont les autres...) ? La fin, délicieusement ambiguë, jouera subtilement de ces deux éventuelles interprétations... Un récit qui embrasse la nature (et qui la filme dans toute sa beauté : le noir et blanc est somptueux), qui décrit de façon caustique les différents habitants de ce village quelque peu arriérés, qui joue de cet éternel féminin venu sur terre pour troubler les hommes, qui évoque également, de façon à la fois merveilleuse et réaliste, le monde des rêves (le cinéaste filme Marie et Dieu dans la scène d'ouverture de façon terriblement crédible)... bref, pour faire plus court et conclure, une œuvre qui alterne esthétisme et causticité avec la même maestria... Sont forts ces "ski" - spéciale dédicace à notre petite Bambi à nous polonaise.

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Snowpiercer, le Transperceneige (Seolgungnyeolcha) de Bong Joon-Ho - 2013

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C'est toujours un délice de se taper un Bong (comme dit souvent mon amoureuse), et encore une fois le gars nous surprend et nous bluffe. Rien pour me plaire a priori : un film de SF burné, avec acteurs américains et se dirigeant vers un twist final un peu attendu. Mais la mise en scène, le sens des personnages, l'humour et le rythme de la chose transcendent sans souci cette trame un peu passée : c'est un vrai spectacle de cinéma comme on l'aime, un peu bas du front dans l'écriture mais justement défoulant, un peu trop clinquant dans la forme mais justement virtuose.

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Ça se passe dans un train du futur, au sein duquel ce qui reste de la population du monde a pris place après une bête catastrophe climatique. Entassés comme des sardines, les gars des basses couches sociales survivent à l'arrière du train ; à l'avant se trouvent les nantis, guidés par un Dieu mystérieux qu'on imagine logé dans la locomotive. Le train roule éternellement, s'il s'arrête le gel le détruit. On démarre le film au moment où une poignée d'hommes de l'arrière décide de remonter tout le train pour aller en découdre avec les dirigeants à l'avant. De wagon en wagon, tels des niveaux de jeux vidéo, les gusses vont gravir les échelons sociaux (mais à l'horizontale), traverser toutes les strates de la société, et se frotter à leurs ennemis les aristos, armés jusqu'aux dents. Ça charcle grave, ça décime à tours de bras, le sang gicle façon geyser, et autant le dire, peu seront les élus qui parviendront enfin au saint Graal : les commandes du train.

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Brillante idée de départ que ce train immensément long, dont chaque wagon représente un état de la société, en mouvement dans le vide. Il y a indéniablement quelque chose de métaphysique à voir ce bolide traverser le blanc total simplement troué de vestiges du temps passé (carcasses de buildings, cadavres gelés), et Bong semble bien inventer ici le travelling éternel parfait : un groupe d'homme qui avance de gauche à droite (seul mouvement de caméra possible, a-t-on l'impression) dans un train lui-même en mouvement dans le même sens. Du coup, temps et espace se confondent : on fête d'ailleurs la nouvelle année à chaque fois que le train franchit un certain pont, tous les ans. C'est une très belle situation de départ, qui permet de parler à la fois de lutte des classes de façon concrète, de notre rapport à Dieu, et aussi de la durée de l'existence elle-même. Au gré des wagons, nos amis traverseront une école propagandiste, un resto de sushis, une serre tropicale, un fumoir pour vieilles bourges, un bordel, une boîte de nuit, etc., belle traversée en accéléré d'endroits emblématiques d'une vie.

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Mais de toute façon, même sans ce fond très agréable, le film se suffirait à lui-même s'il n'était que le bazar d'action qu'il est. Bong est absolument impeccable pour doper son suspense, rendre lisible une scène de baston, enchérir sans cesse dans le spectaculaire. Surtout, marque très nette de son auteur, le film désamorce sans arrêt le sérieux qui menace (c'est un scénario de SF, et du coup ça pourrait se prendre facilement pour plus que ça n'est) par un humour et un humanisme constants. La grande trouvaille, c'est un ingénieur coréen drogué jusqu'aux cheveux et cynique façon Escape from New-York (Song Kang-Ho, hilarant), contraint de faire tout le chemin avec le héros type américain (Chris Evans, beau mais un peu fadasse) : ça devient alors un de ces films de duos dépareillés (c'est buddy-movie qu'on dit ?) comme on les aime. Bong ne cesse de nous surprendre, poussant son humour de mauvais goût très loin : les scènes malaimables de la salle de classe, ou la composition en sur-surjeu de Tilda Swinton sont des sommets d'absurde, qui sont comme des pavés dans la mare du sérieux papal de ce genre de films. Certes, ça tombe du coup de temps en temps dans une imagerie too much à la Terry Gilliam, et c'est dommage. Comme il est dommage que la résolution du film soit si prévisible et si pesante (quoi que le dernier plan, hein, soit magnifique). Mais franchement, pendant deux bonnes heures, notre compère nous aura baladés à la manière des montagnes russes entre le bon vieux blockbuster à l'ancienne et la comédie burnée, et ça, on lui en sait gré. Techniquement, c'est en plus irréprochable : musique, couleurs, lumière, rythme, et même costumes, tout est parfait. Je veux bien une autre tournée de Bong. (Gols 13/11/13)


Vous connaissez mon amour pour les films de train, hein ? J'ai seulement l'impression ici que trop de wagons, finalement, tue le film de train. Il est étrange de voir, en intro, que j'avais accroché (les wagons ?) à Last Train for Busan (Gols moins, de mémoire), alors que ce film-ci, signé du gars Bong, me laisse pour le coup un peu froid... Comme l'impression fâcheuse (la chose est pourtant adaptée d'une BD que ma douce vient de finir - moi, j'y touche pas, aux BD, trop compliqués...) d'entrer ici dans un jeu vidéo (survivre à chaque wagon) que d'assister à un vrai grand spectacle cinématographique métaphysico-écologico-sociologique... Tout est intéressant dans cette idée de départ, dans cette façon en effet de "traverser la vie" horizontalement comme le rappelle subtilement le gars Gols, mais tous ces personnages hirsutes, violents, grandiloquents, fou furieux n'ont guère plus d'épaisseur que des ombres mouvantes... Non seulement la foule de figurants n'a guère d'intérêt (comme dans une série, genre Lost, qu'importe qu'une cinquantaine d'entre eux meurt, il semble toujours y avoir un réservoir infini : on peut donc enchainer les carnages ad libitum, tant que les héros demeurent), mais les personnages principaux n'ont eux même que peu de "valeurs" : le bourrin ricain et le drogué rêveur coréen, on aurait voulu faire plus stéréotypé qu'on ne s'y serait pas pris autrement... Du coup, rapidement, après un début pourtant prometteur chez les pauvres (Bong soigne les détails comme le passage rapide dans le gourbi-couchette du personnage du dessinateur, mémoire vivante de cette populace assemblée dans ces wagons plombés), c'est parti pour défoncer les portes une à une de ce train plus long qu'une attente dans une gare SNCF... Une résistance d'abord molle, puis dure, avant de traverser les wagons sans réaction de ces cons de nantis qui planent (une petite rébellion quand ils n'ont plus de drogue, oui, certes, mais un peu tardive) et cette résolution philosophico-crétine aussi crédible que la retraite à 50 ans. Le divertissement, moui, il est là, parfois, même si on décroche (les wagons, still ?) un peu trop rapidement en route devant cette marche forcée jusqu'au-boutiste (bon, c'est quand qu'il arrive ?). Une traversée pas inintéressante dans son concept et sa folie du décorum, mais aussi consistante au final qu'une névé sous le soleil (levant) (Shang 03/02/23)

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02 février 2023

LIVRE : Crépuscule de Philippe Claudel - 2023

f0dd3f0f21b20b5c8503eaad0a944133efadfcd7a0458b9bdab617c581cb5445Faut-il voir dans le dernier roman de Philippe Claudel une allégorie ? Peut-on lire au travers de cette histoire de meurtre de curé et de chasse au musulman une satire de notre époque, voire d'une autre plus ancienne où les Juifs furent massacrés ? Mmmm ? Je me le demande bien, et c'est vrai que le bougre avance à peine masqué avec son livre, qui se veut ample et tragique comme l'Histoire, mais aussi léger et fun comme un polar, mais aussi raffiné comme du Flaubert. C'est un peu trop d'ambition à la fois, dirais-je. Si le roman finit par convaincre, c'est en pointillés. Il faut se taper des pages et des pages de verbiage, de piétinement d'intrigue, de style inutilement ampoulé, pour de temps en temps trouver un paragraphe un peu inspiré, une idée de rebondissement maline ou un personnage attachant. Le roman se situe dans un petit village perdu, au sein d'un pays imaginaire qui tient plus ou moins d'un pays de l'Est, battu par les neiges, arriéré et gai comme une porte de prison. Mais les communautés vivent en harmonie dans la ville. Jusqu'au jour où le corps du curé est retrouvé assassiné d'un coup de pierre. Le policier de la ville, Nourio, se lance (mollement) dans l'enquête, assisté de son grand dadais d'adjoint. Mais les manipulations politiques, les comportements des habitants persuadés que la communauté musulmane est responsable du crime, les pièges tendus par les uns ou les autres, tout ça va entraver sérieusement notre flic, plus préoccupé pour sa part par la poitrine naissante de la (très) jeune fille du sabotier que par la résolution de l'énigme. Il faudra 400 pages pour venir à bout de ce simple crime. D'ici là, Claudel s'intéresse beaucoup plus à  la désintégration de l'harmonie entre les hommes, à la violence cachée derrière la placidité, aux tares de ses héros, qu'à l'assassinat du cureton.

Il s'intéresse aussi beaucoup à son écriture, ce qui est tout à sa gloire. Mais celle-ci devient en quelque sorte le personnage principal du roman, et finit par avoir la tête qui enfle. C'est bien beau de s'essayer aux phrases très longues, au rythme classique, aux formules savantes et complexes ; mais Claudel n'a pas les épaules pour ça. Le style de Crépuscule est criant de lourdeur : les phrases, saturées de relatives, alambiquées à l'envi alors qu'une simple ponctuation aurait suffi, deviennent illisibles, et on doit s'y reprendre plusieurs fois pour parvenir à identifier leur construction. Les chapitres s'alignent sans que rien ne bouge, sans que rien n'ait avancé dans l'intrigue comme si Claudel tirait à la ligne, comme s'il prenait un malin plaisir à nous dire : "vous voudriez que l'enquête avance ? eh ben c'est moi qui décide, et je préfère décrire ce petit brin d'herbe". Au milieu de ce chaos littéraire, étonnant chez le vieux briscard qu'il est, si bien qu'on se demande si cette complexité n'est pas une sorte d'effet comique voulu, il y a, c'est vrai, quelques jolies choses : une partie de chasse à l'ours très "à la russe", une manière de traiter le personnage principal avec ambiguïté (au départ noble et courageux, à la fin pathétique), quelques personnages secondaires pas mal troussés (l'idiot du village, ou l'imam), une atmosphère proche du Roi sans divertissement de Giono. C'est très inégal, un peu flou, mais allez, je donnerai un satisfecit à ce roman pour sa figuration de l'histoire récente (on reconnait la France post-Charlie Hebdo) et ancienne (on reconnaît quelques massacres du temps passé, comme chez Maurice Pons) qu'il effectue avec intelligence.

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Metalmeccanico e parrucchiera in un turbine di sesso e di politica de Lina Wertmüller - 1996

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Peut-on être un communiste convaincu et tomber tout de même amoureux de la militante de droite basique ? Je connais bien le problème, ayant été moi-même amoureux d'une végan complotiste antivax et fan de yoga, je peux donc vous le dire : oui. C'est aussi l'opinion de Tunin, fier défenseur de la cause ouvrière. Le jour des élections, son parti est laminé par la droite, il sort pour en découdre, tombe sur la militante la plus farouche du camp opposé, et à la faveur d'un frottement son entrejambe le condamne : il va devenir obsédé par la donzelle. De son côté, elle est bien décidée à dompter ce viriliste tout en orgueil, tant pour le rallier à son parti que par fierté féminine. Commence alors un ballet très enlevé de "je te prends, je te jette", sur fond, on est chez Wertmüller, de féminisme et de masculinisme subtilement chroniqués. Car derrière la grosse farce, qui peut même verser dans la vulgarité, il y a un discours, et beaucoup plus subtil qu'il n'en a l'air, sur les caractères des deux sexes et l'éternité de leur combat. Sous prétexte d'opposition politique, elle parle d'opposition des sexes, et même d'une certaine conception de la vie.

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On connaît l'audace de la dame, sa tendance à s'opposer aux discours politiquement corrects ambiants. Ici, on est en plein dedans. Comme dans le merveilleux Travolti da un insolito destino nell'azzurro mare d'agosto (beauté des titres...), elle renvoie soigneusement dos à dos nos deux personnages, aimant et moquant tour à tour l'un et l'autre. Si Tunin est sa tête à claque favorite, elle ne se prive pas non plus de montrer la légèreté et la vanité des femmes : Rossella est une fieffée salope qui mène notre pauvre homme par le bout du nez. On s'amuse beaucoup, franchement, à regarder ces deux acteurs hystériques s'envoyer des noms d'oiseaux, trouver un terrain d'entente pendant  minutes pour ensuite s'arracher les cheveux, incapables de faire la paix par fierté, par orgueil, par vanité. Les deux ne comptent par leur énergie et sont entourés par tout un tas de seconds rôles parfaitement compétents : l'ami de Tunin par exemple, qui présente un personnage un peu à l'opposé de notre héros, fait un pendant parfait dans le pathétique des hommes, faible et concon. Et les femmes officielles de ces deux hommes, même si elles sont autoritaires et peu aimantes, s'avèrent de sacrées caractères féminins, émancipées et libres. Ce petit monde s'agite beaucoup, et les scènes de pure comédie sont savoureuses, comme celle où Tunin campe devant le salon de coiffure de sa belle, fulminant de jalousie, trouvant n'importe quelle ruse à la con pour la déranger.

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Par-delà cet aspect, on apprécie aussi beaucoup le portrait du monde du travail mis en scène ici. Le contexte est celui d'une libéralisation du travail, les robots font leur apparition, et les braves ouvriers se retrouvent avec plus de temps libre, dont ils ne savent pas quoi faire. C'était déjà difficile pour Tunin de travailler comme carrossier chez Ferrari (le luxe des bourges par un marxiste convaincu, pas simple), mais quand on le renvoie, remplacé par une machine, ça se complique vachement. Wertmüller s'amuse avec la valeur travail et le chômage, sujets qui ne sont portant pas d'une gaieté folle, et réalise, en même temps qu'une comédie de mœurs, une farce politique très attachante. Vous aurez compris que j'aime beaucoup ce petit film, et que je me prosterne une nouvelle fois devant Lina Wertmüller, une des cinéastes les plus originales et audacieuses que cette terre ait comptées.

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01 février 2023

À vot' bon cœur de Paul Vecchiali - 2004

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Je découvre après coup la filmographie de Paul Vecchiali, et je dois dire que mon bonheur est grand de trouver ainsi un cinéma libre, artisanal, d'une extraordinaire sincérité et finalement très touchant. A vot'bon cœur n'est certainement pas un grand film à afficher en tête de liste des palmarès, mais il a ce côté "envers et contre tout" qui marque des points. C'est d'ailleurs sur un sentiment de colère qu'il repose : voilà 20 fois que Vecchialli propose son scénario de La Guêpe à la Commission d'avances sur recettes, voilà 20 fois qu'elle lui dit non : trop bordélique, trop dépassé, trop expérimental. Le bougre sort de ses gonds et, avec la complicité de l'équipe du film et de sa femme, décide d'exécuter chaque membre de la Commission. En parallèle, on suit deux pistes : un voleur en roller qui dépouille les riches pour donner aux pauvres ; et la vision erratique des bribes de La Guêpe déjà tournées, un film qui tourne autour d'un couple pris dans la drogue. A noter aussi, sinon le film serait presque normal, qu'une grande partie est chantée par les acteurs eux-mêmes ; car en plus de faire un film social sur la drogue, de faire un polar, de faire un film politique sur le partage des richesses, Vecchiali veut faire une comédie musicale.

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C'est foutraque comme c'est pas permis, mais assumé comme tel. Côté polar, on a une suite d'assassinats "pour rire", l’exécution des fameux dirigeants de la Commission étant la plupart du temps franchement improbable. Il faut voir Vecchiali rouler placidement avec sa voiture sur tel gars, ou voir tel autre avaler une tasse de café empoisonnée, pour se rendre compte que les visées du cinéaste ne sont pas si vengeresses que ça. C'est pourtant une saine colère qui l'anime, et le film prend souvent des airs de défense d'un cinéma frondeur, loin des circuits, libre et passionné, que ces professionnels de la profession ne veulent pas voir. Pour enfoncer le clou, il filme dans la longueur le président de la Commission rappeler les origines de ladite commission (les nazis en sont à la base, bien avant Malraux !). Il y a une certaine jubilation de la part de notre Vecchiali à réunir sa bande de comploteurs assassins du dimanche, et le plaisir est évident de jouer les serial-killers. Côté film politique, c'est moins convaincant, on a du mal à voir où il veut en venir avec ce Robin des Bois muet ; même si les pauvres gusses qui découvrent des enveloppes pleines de biffetons sont assez marrants, le film se perd un peu dans cette direction-là, surtout quand il complique cette trame avec une histoire d'amour inutile.

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Deux aspects sot particulièrement réussis : 1 / le film dans le film, c'est-à-dire les extraits de La Guêpe. C'est vieillot, certes, cette histoire d'écorché vif qui se ruine dans la drogue alors qu'il aime d'un amour fou sa blonde. Mais les deux comédiens (Elsa Lepoivre et Mathieu Marie) sont super, et Vecchiali les filme avec un amour évident. 2 / la comédie musicale. C'est l'aspect le plus artisanal, le plus improbable, le plus mal foutu, mais c'est de lui que vient la grande authenticité et la vérité du film. Les comédiens chantent comme des patates, et la caméra les attrape souvent en plan serré et fixe pour mieux augmenter la gène. De gène, il n'y en a pas, tant la confiance du réalisateur envers ce procédé et sa tendresse envers ses acteurs sont totales. Les chansonnettes, parfois très émouvantes (Françoise Lebrun qui chante un hommage à Jacques Demy) donnent un aspect encore plus bricolo au film, et on sort du machin convaincu par les parti-pris très radicaux de Vecchiali, qui nous a offert un film désarmant de sincérité.

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Tár de Todd Field - 2023

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Je ne sais pas ce que valaient les premiers films de Todd Field (pas grand chose, si j'en crois mon camarade), mais ce retour se fait par la très grande porte. Voilà longtemps que je n'avais pas vu deux fois de suite un film au cinéma : Tár est si beau, si complexe, et un tel coup au plexus à sa première vision, qu'il fallait bien y retourner pour en admirer en plus toute l'intelligence. C'est du cinéma très maîtrisé, qui peut faire penser dans sa tenue très radicale et son cérébralisme froid à P.T. Anderson ou à Kubrick. Mais ce vernis glacial cache un film vibrant de sentiments et de sensations, et on ne peut que rester baba devant la rigueur de la mise en scène qui ne se laisse jamais aller à la facilité ou au grandes orgues. La première heure a même tout du génie pur : dans une installation super froide, faite d'intérieurs ouatés, de salons feutrés, de tunnels interminables (le premier dialogue dans la voiture est enfermé pendant de longues minutes dans un de ces tunnels), on nous présente Lydia Tár, cheffe d'orchestre adulée et célébrée, au faîte de sa gloire. Elle s'apprête à couronner sa carrière par l'enregistrement de la 5ème de Mahler, sort ses mémoires, est interviewée par les grands spécialistes de la musique classique et a sous sa baguette un des meilleurs orchestres du monde, le Philharmonique de Berlin. En de longues scènes aussi épurées que possible, aux champs-contre-champs de toute beauté, au cadrage mathématique, Field nous présente son personnage tout de maitrise, et en profite pour nous parler également de musique. Jamais je n'avais eu l'impression de toucher d'aussi près à ce qui fait la nature de la musique classique. C'est érudit, parfois même pédant, mais les dialogues arrivent à mettre en mots l'abstraction de cet art, ainsi que la subtilité du métier de chef d'orchestre. Le personnage est porté par Cate Blanchett, qui mérite franchement tous les prix du monde pour son interprétation habitée, profonde, hyper-intelligente du rôle ; observez ses mains surtout : un poème. Elle est certes dans la composition à l'américaine, mais aussi dans un jeu super naturel et incarné, très très loin des tics de ce genre d'emploi habituellement. Elle est géniale, voilà tout.

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Interviews, cours (la splendide séquence où elle s'en prend à un élève qui refuse de jouer du Bach parce que celui-ci était misogyne), conversations de travail avec son assistante (la fragile et grande Noémie Merlant) ou avec ses pairs, choix de la pochette du disque : on a l'impression qu'on fait le tour des aléas du métier de star de la musique classique. Mais le film ne se contente pas de ça (qui est déjà miraculeux). Peu à peu, le personnage de Tár se densifie, devient plus complexe, plus discutable. Si au départ on applaudit à deux mains sa condamnation du wokisme, si on admire le raffinement du personnage, on se rend compte peu à peu que cette femme n'est pas si impeccable qu'on nous le dit. Ça commence avec de minuscules détails, qui prennent la forme de faits étranges mais pas graves du tout : un son de sonnerie qui la dérange, une voisine foldingue, un métronome qui se déclenche tout seul, des cris dans un bois où elle fait son footing, une vague silhouette derrière son piano (que je n'ai vue qu'à ma deuxième vision). On se dit que cette Tár a peut-être un peu de folie en elle, et que tout ça n'est pas très sain. Mais peu à peu on comprend que quelque chose la harcèle plutôt, un sentiment de culpabilité pugnace qui la sape doucement. Derrière la façade se cache en fait une manipulatrice perverse, ce que prouve le suicide d'une musicienne qu'elle a harcelée, passé qui la rattrape en même temps qu'une foule de problèmes liés à son autorité légèrement sadique.

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Si bien qu'on assiste peu à peu à une variation sur le harcèlement sexuel de nos jours, sous la forme non d'un homme mais d'une femme ; qui plus est une femme éduquée, érudite même, et apparemment parfaite. Jamais le film n'est moral ou accusateur, jamais il ne joue le jeu de "les femmes aussi peuvent être de fieffées salopes". Avec un tact infini, Field  montre une surface se craqueler petit à petit, un personnage se révéler. On n'est jamais complètement contre Tár, elle est trop intelligente et elle a souvent des comportements tout à fait normaux ; mais on n'est jamais avec elle non plus, et sa perversion, qui frôle parfois le pathétique quand elle s'éprend de sa nouvelle violoncelliste ou quand elle doit virer son fidèle assistant, empêchant la sympathie. Cette mesure extraordinaire dans le personnage, ajoutée à une mise en scène qui ne dévoile pas tout son jeu, qui nous laisse la place pour la réflexion et le jugement, fait toute la grandeur de Tár. Même si le film est parfois trop long (surtout dans sa dernière heure), on reste admiratif devant l'intelligence du procédé, devant ces acteurs tous impeccables (je n'ai pas parlé de Nina Hoss, mais c'est également un modèle de subtilité) et devant cette merveille de mise en scène d'une maitrise diabolique. L'année démarre très fort.

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31 janvier 2023

Un Homme médiocre en cette époque de prétendus surhommes d'Angelo Caperna - 2012

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Encore un docu intime fabriqué à partir d'images d'archive, se dit-on au moment où on lance Un Homme médiocre en cette époque de prétendus surhommes (encouragé par le gars Ba***en, qui n'est pas le dernier en conseils pointus). Oui, mais alors je vous arrête tout de suite : ce témoignage-là est d'une importance capitale, puisqu'on assiste ni plus ni moins au témoignage d'un personnage historique. Médiocre, certes, comme il le dit lui-même, mais ayant expérimenté un truc incroyable. Bandinelli, jeune intellectuel italien, fut engagé dans les années 30 pour servir de guide, le temps d'une journée, à Hitler et Mussolini pour une visite des plus grands musées d'Italie. Cet esthète qui pourtant n'a pas caché son hostilité au fascisme, se retirant même de la vie publique en protestation, est pourtant enrôlé pour emmener nos deux hommes devant les plus beaux tableaux italiens. Et c'est lui qu'on voit donc sur ces vieux films, entraînant Adolf et Benito le long de ces musées. Si Hitler est un connaisseur, feignant en tout cas l'érudition et la sensibilité par rapport aux œuvres, Mussolini ne cache pas son inculture et son mépris pour les tableaux. A travers cette visite, ce sont deux cultures qui s'affrontent, une partisane de l'ordre et de la beauté, l'autre prônant un bon sens populiste, et c'est donc à une joute politique que se livrent nos deux dictateurs. Avec au milieu ce petit mec sans importance, qui a pourtant noté ses impressions sur un carnet ; impressions qui nous parviennent aujourd’hui, et qui sont restituées par la belle voix off de Caperna.

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Les plus belles choses du texte, ce sont les aveux de lâcheté de cet homme, qui ne va pas au bout de ses convictions. Il envisage un attentat, songe à un refus, mais il finira par obéir servilement aux ordres. Et qui n'aurait pas fait la même chose ? Le texte interroge avec de larges béances, de grands silences très bien sentis, notre posture par rapport à l'Histoire : quand on est plongé dedans, que reste-t-il de nos convictions ? Le texte et la façon de le dire sont assez formidables, mais je me suis heurté aux images. Mises à part ces rares images d'archive, où on voit les deux gusses arpenter les couloirs des musées, jetant là un œil courroucé sur l'autre, passant ici devant son homologue pour un moment de gloire, on est moins convaincu par les images du présent. Au début, ce rythme très lent induit par des images de lieux vides, au ralenti, fait son effet : on est dans la tristesse du texte, dans cette sorte d'oubli que l'Histoire entraîne forcément, et on comprend l'esprit. Il ne reste plus rien maintenant de cette époque, à part une Italie sans âme, à part quelques rails qui ne mènent nulle part, l'effigie du Duce sur des serviettes de plage et quelques terrains vagues pluvieux. Mais peu à peu on se lasse. Le film ne fonctionne que sur une seule émotion (la mélancolie), et sur 1h20 c'est trop peu. C'est dommage, mais Caperna a peut-être plus réalisé un documentaire de radio qu'un vrai film de cinéma, faute de matière. Un film assez troublant tout de même, et qui vous fout un cafard durable.

UN HOMME MEDIOCRE

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LIVRE : Eteindre la Lune (Shoot the Moonlight Out) de William Boyle - 2023

554Petit tour aux States, plus précisément à Brooklyn, avec ce bouquin de type "choral" : Boyle construit son ouvrage en se focalisant tour à tour sur divers personnages, personnages qui vont forcément se croiser, se rencontrer, se retrouver même ensemble lors d'un climax sanglant... Le bouquin s'ouvre sur un stupide accident fatal : deux gamins jettent des cailloux sur des bagnoles, jusqu'à ce qu'une jeune conductrice soit touchée et termine prématurément et sa course et ses jours... On retrouvera quelques années plus tard ce gamin pour le moins maladroit, un peu couillon, Bobby, et le père de la jeune fille décédée, Jack. Ce dernier croise une certaine Lily dans un atelier d'écriture, celui-là fait la connaissance d'une certaine Francesca pour laquelle le coup de foudre est immédiat... Quelques jours de tranquillité pour ces deux "couples" (Jack retrouve en Lily une certaine image de sa fille, cette dernière trouve là des bras protecteurs ; Bobby oublie pour un temps ses soucis dans les bras d'une Francesca aspirante cinéaste qui rêve enfin d'un peu d'aventures) avant que le "destin" et une certaine inconscience les fassent se retrouver dans une position pour le moins délicate... Bobby braque en effet son employeur (un financier chelou), le tue, et se terre... Les circonstances et les accointances vont faire, pour boucler la boucle, que Jack va se retrouver fatalement sur le chemin de Bobby pour un final pour le moins explosif... Une œuvre où les morts rôdent (outre les cadavres, chacun a perdu un proche, un parent accidentellement), où l'amour et l'amitié tissent des liens inattendus, et où la violence n'est jamais très loin... Un Brooklyn où chaque âme en peine tente de ne pas sombrer, où chaque âme reprend parfois espoir, où chaque âme n'est jamais à l'abri d'une balle... On saute d'un personnage l'autre (d'un tueur à gage à l'animatrice empathique d'un atelier d'écriture en passant par une poignée d'individus un peu perdus), d'une ambiance l'autre, et plus les fils se nouent entre les êtres, plus le sac de nœuds devient inévitable... Une écriture fluide, des personnages complexes au passé lourd assez bien dessinés, touchants même, et une intrigue, un brin téléphonée, certes, pleine de rebondissements. Easy reading mais assez bien ficelé. Good Boyle.

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Thérèse d'Alain Cavalier - 1986

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On ironise parfois (ou on se fait chambrer) sur le terme de "mise en scène". Eh bien, si vous cherchez ce que j'entends par là pour ma part, revoyez donc Thérèse : vous y assisterez à un modèle de mise en scène, c'est-à-dire de choix, d'options mûrement réfléchies, sur la place de la caméra, le décor, l'atmosphère, la couleur des costumes ou le rythme général et interne de chaque scène. On est en tout cas sidéré par la maîtrise formelle de la chose, qui n'empêche jamais une émotion directe et simple de s'exprimer, preuve que avec la mise en scène on peut arriver à déclencher l'émotion. A priori pourtant, rien n'est plus éloigné, dans le monde décrit ici, de notre monde contemporain à nous, même en 1986. Cavalier y raconte la vie de la petite Thérèse, jeune fille obsédée par son désir de rentrer au couvent pour se consacrer enfin pleinement à son bien-aimé : Jésus. Une fois la belle consacrée, une ou deux messes, trois prières, et la voilà atteinte d'une tuberculose qui l'enverra ad patres. Le cinéaste s'inspire de la vie édifiante de Thérèse de Lisieux, qui sera canonisée pour sa dévotion. Loin des clichés doloristes sur le sujet, loin de l'imagerie austère (mais sans l'oublier non plus), Cavalier filme une jeune fille "ordinaire" face à un destin extraordinaire, une femme véritablement touchée par la grâce, heureuse avec ses sœurs, dans le dénuement et la prière mais une femme capable de rire, de faire des petites blagues ou de regarder les hommes. Catherine Mouchet, elle-même touchée par la grâce, est une merveille de naturel et de vie, et l'univers construit autour d'elle semble une vraie déclaration d'amour non seulement au personnage, mais aussi à l'actrice.

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Cet univers est unique, bien que dans le lignée du travail de Cavalier : un dépouillement mystique, une austérité qui peut évoquer Dreyer ou Bresson, des décors réduits à leur strict minimum (une table, deux chaises devant une toile peinte unie, et c'est tout), une manière de vider l'écran, de tout ce qui pourrait compliquer la trame et le déroulé du scénario. Une manière qu'il poursuivra par la suite de chercher la plus grande simplicité, trouvant la beauté dans le dénuement. C'est très chrétien, oui, mais pourtant Thérèse n'est jamais lénifiant, ne tombe jamais dans la bondieuserie. Il a au contraire les deux pieds bien sur terre (même si la tête est dans les limbes), nous présentant en Thérèse un personnage très humain, très crédible ; et finalement pas si éloignée d'une jeune fille normale, avec cette différence qu'elle a choisi comme amoureux d'adolescente Jésus en personne. Par de courtes vignettes magnifiques, de véritables tableaux composés au millimètre, photographiés avec sensibilité par Philippe Rousselot, de simples intérieurs rehaussés ici par une bougie, là par une porte, là par un voilage, il raconte ce parcours avec un sens du rythme incroyable : c'est souvent juste une image, une impression, un moment fugace, entouré de deux fondus au noir rapides. Derrière cette simplicité apparente, il doit y avoir un travail énorme pour atteindre une telle grâce. On sent toute la sensibilité de Cavalier dans ces plans dénudés, dans cette épure qui est aussi bien esthétique que mentale : un auto-portrait en même temps qu'un splendide exemple de cinéma à l'état pur.

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Posté par Shangols à 16:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]