Shangols

27 août 2014

Best of shangolien (1990-1999)

Un nouveau petit classement pour la route (top 40 : 1990-1999)

concoté par Gols (à gauche) et Shang (à droite).

On attend vos hurlements et vos indignations avec plaisir.

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LIVRE : Les Voix de Aimée F. & Nicole Anquetil - 2014

9782228911276,0-2240031Les deux thèmes qui me désintéressent le plus au monde sont le football et la psychiatrie. Pour le football, j'y reviendrai plus tard (je vous jure que je suis en train de lire un livre sur le sujet) ; pour la psychiatrie, j'ai fait ma B.A. en lisant ce témoignage amphigourique d'une folie. Aimée F., 75 ans, instite à la retraite, fervente catholique tout ce qu'il y a d'éduqué et de stable, voit un jour un merle se poser sur le rebord de sa fenêtre et s'adresser à elle. C'est le début d'un véritable enfer : d'abord bienveillantes, les voix qu'elle entend de plus en plus fréquemment suite à cet évènement se font de plus en plus oppressantes, de plus en plus nombreuses, polluant littéralement l'existence de cette femme, la ramenant à son enfance difficile (elle a été violée par son père), l'empêchant de penser, mettant en doute sa foi, lui sussurant des propositions pornographiques, l'incitant au suicide. Vaillante, Aimée se met à écrire ce qui lui arrive, et c'est ce témoignage qu'on a sous les yeux. Rares sont les occasions d'assister ainsi à une psychose décrite par la personne qui en est victime : les hallucinations auditives de l'auteur constituent un véritable cauchemar, et on regarde cette folie se développer comme un film d'horreur. Très pratique, elle catalogue une par une les interventions des voix, omniprésentes, harcelantes, dans une sorte d'exorcisme par l'écriture. Cette froideur scientifique confère au bouquin un aspect vraiment effrayant, la répétition et la rapidité d'exécution, qui ne se soucient jamais de style ou de cohésion, servant de petite musique infernale au monde intérieur ravagé de cette femme.

Ce document a servi de base à une psychotérapie effectuée par la psy Nicole Anquetil, qui livre ses réflexions dans un deuxième temps. Bon, là, j'avoue que les bras m'en sont tombés. Fan de Lacan, Anquetil se livre à une analyse alambiquée du cas d'Aimée, visiblement emballée par la complexité du cas. Sans empathie, mais avec une écriture qui ferait passer les écrits de Lacan pour un manuel de CP, elle s'enfonce bien profond dans sa bonne conscience de médecin, passant complètement à côté de ce qu'on attend : qu'est-ce qui a conduit la malade à entendre ces voix ? Que peut-on tirer de cette expérience ? Anquetil n'en tire qu'une auto-satisfaction d'érudite, qui se roule avec délices dans ses références, ses notes de bas de page et ses citations, et livre une fin de livre illisible. Du coup, on refait le tour et on se dit que le bouquin aurait été suffisant s'il n'avait fait que 50 pages (il en fait 300), et s'il s'était arrêté uniquement sur ce témoignage hallucinant et terrifiant, en en gommant les nombreuses redites, et en précisant un peu la biographie de cette Aimée F pendant sa folie. Hop, je passe au football.

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Arrête ou je continue de Sophie Fillières - 2014

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On dirait le titre d'un film d'Aldo Maccione, mais ne nous y trompons pas : voilà une rare réussite dans le cinéma français dit "littéraire-bobo-dépressif". Sophie Fillières ne raconte rien de plus que ses innombrables collègues : un amour en fin de vie, un couple qui ne se comprend plus et qui a du mal à solder son histoire. Mais on l'avait déjà vu avec l'excellent Gentille il y a quelques années : Fillières, c'est pas ce qu'elle raconte qui compte, mais comment elle le raconte. Or on se trouve là face à une des écritures les plus originales et fines qui soient, une personnalité dans l'invention qui fonctionne à plein régime. On ne sait pas vraiment si le film est drôle ou pas, si on a droit à une comédie (du dé-mariage, pour le coup) ou à un drame. Tout y parle dépression, incommunicabilité, mépris, fin de tout ; mais tout y respire la beauté de la vie, dans son aspect le plus lumineux. Fillières vous fait rigoler pour mieux vous assassiner, et peut dans la même minute nous montrer le sauvetage joli d'un petit chevreuil et la fin triviale d'un amour : c'est parfait.

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Pour l'aider à atteindre à ce fragile ton, il faut dire qu'elle est bien épaulée par deux purs génies : à ma droite Emmanuelle Devos, la parfaite femme normale, à la fois fantaisiste (souvent malgré elle) et tourmentée, burlesque et sexy ; à ma gauche, le toujours bluffant Mathieu Amalric, en même temps mufle et attachant, capable en un seul regard, sans un mot, lors d'une scène d'anthologie (il déguste une bouteille de champagne qui a explosé dans le congèle) de dire une phrase comme "ah non non je suis pas d'accord avec toi, ce champagne est exceptionnel, étonnant". Les deux ensemble sont comme un duo de clowns, ici deux clowns blancs, qui trouvent un ton à la Buster Keaton : c'est drôle, mais étrangement triste aussi, jamais gaguesque, toujours indicible. En tout cas, ils se délectent visiblement à ces dialogues hyper-ciselés, ping-pong virtuose mais qui ne s'affiche jamais comme tel, qui refuse le bon mot et préfère trouver quelque chose de musical, de juste. La bougresse a le sens des situations improbables : encore une fois, ce n'est pas grand-chose, mais on a l'impression d'être constamment dans le monde tel qu'il est tout en étant légèrement décalé. Comment se comporter quand on se trouve au milieu d'une tablée de musiciens classiques ? Comment se sortir de la situation délicate de la boucle d'oreille inconnue trouvée dans sa voiture ? Faut-il prêter son PQ à des randonneurs inconnus ? Est-ce normal de ranger les serviettes de bain avec les serviettes de toilette ? Autant de questions primordiales qu'on ne s'était jamais posées, et avec lesquelles Fillières tresse une véritable sonate pour coeurs solitaires.

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Au centre du film, il y a une situation extrême (le couple part se promener en forêt, elle y restera et y vivra une éphémère vie d'ermite avant de revenir à la vie) qui va faire virer le film. De la comédie amoureuse qu'il était, il passe à la chronique très amère, et on se retrouve gentiment bouleversé par ce merveilleux équilibre, par ce ton feutré et discret qui nous a cueilli sans qu'on sache comment. Excellent.  (Gols 12/08/14)


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L'ami Gols étant de bon conseil, je me décidai de voir la petite chose avec ma mie - l'érosion d'un couple est un sujet qui titille, forcément. Bien m'en a pris car en effet Fillières trouve tout du long un ton pince-sans-rire qui fait mouche. C'est très bien écrit, magnifiquement interprété (Devos et Almaric ont un merveilleux sens du timing, toujours capables de sortir la ptite mimique à la microseconde sans jamais être chichiteux) et terriblement vrai... Comment un couple qui se déchire sous nos yeux peut-il paraître aussi cocasse ? Il est forcément facile de se gausser de la mauvaise foi de l'un (mon regard se tourne irrésistiblement vers la gent masculine), l'insatisfaction permanente de l'autre (j'aime beaucoup les femmes, attention (...)), on prend plaisir à les voir faire mine d'avoir des problèmes de communication alors même qu'ils comprennent chacun parfaitement ce que l'autre n'a pas voulu dire (vous me suivez...). Ils se connaissent tellement bien qu'ils savent parfaitement comment une discussion peut vite dégénérer pour exaspérer l'autre et ils s'y vautrent souvent avec un délice malsain. Arrête ou je continue, magnifique titre.

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Jeux de mots mais également attitudes physiques filmées dans la longueur. Fillières se donne le luxe de filmer ses deux grands interprètes sans que ceux-ci aient la moindre ligne de dialogue à prononcer - essentiellement, lorsqu'ils se retrouvent, chacun de leur côté, dans la forêt. C'est là que nos deux personnages principaux en pleine période d'introspection se montrent le plus inspirés. Qu'Amalric ramasse de maigres bouts de bois sans bouger le cul de son rocher ou que Devos lance un regard interloqué face à un daim (dans le film on dit "chamois", Gols parle d'un "chevreuil", il faudra faire une table ronde sur le sujet pour se mettre au diapason), ils sont juste pathétiquement drôles et c'est là toute la force de Fillières de faire vibrer à la perfection cette petite corde sensible tragi-comique. La fin quant à elle, sans vouloir la dévoiler, est sèche, franche, brute, courageuse - comme on l'a d'ailleurs rarement vu avant... dans des films d'homme. Jolis choix de Sophie sur toute la ligne. Belle petite chose à déguster à deux... tant qu'il est encore temps.  (Shang 27/08/14)

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26 août 2014

LIVRE : Du Sexe de Boris Le Roy - 2014

9782330035976,0-2239991Du Sexe est un titre accrocheur pour un bouquin qui aurait pu aussi s'appeler "Des désarrois de l'homme moderne face aux femmes d'aujourd'hui, et des façons, politiques essentiellement, de les régler". C'est plus long, certes, mais ça donne une idée non seulement du contenu (sociologico-romanesque) et du style (lourd et alambiqué). Le Roy joue sur le genre très à la mode en ce moment de l'étude scientifique mise au service du roman (Houellebecq et plus récemment Bellanger se sont essayé à la chose avec nettement plus de brio) : il raconte la grandeur et la décadence d'un petit parti politique fondé sur une idée, la république binominale. En gros, ça veut dire partager chaque poste de la vie professionnelle et politique en deux, et mettre systématiquement un homme et une femme aux manettes. Une façon de prolonger la parité au maximum, en quelque sorte. Trois personnages sont à la tête du parti : un politique légèrement verreux, Simon, d'ailleurs inélligible, et qui veut se refaire une santé avec cette idée ; son frère, Eliel, petit mec féru de sociologie ; et Hana, fille secrète du président actuel, comptant solder quelques comptes avec son paternel en même temps qu'avec les hommes. On suit donc la formation de ce parti en parallèle avec les affres sexuels de ses protagonistes, dans une sorte de portrait en coupe de la perte des repères identitaires de ces messieurs-dames.

Intéressant, je ne dis pas, d'autant qu'au niveau purement théorique, la thèse de Le Roy tient debout. Le gars semble avoir été jusqu'à commander une étude de faisabilité de son parti, et il est vrai qu'il est très convaincant dans son projet de partage des taches. Il va loin dans l'analyse, dans l'essai politique, et on aimerait bien, tant qu'à faire, voter pour lui. Il allège la lourdeur de la théorie par un côté purement romanesque, qui ne s'interdit pas un humour caustique et cynique du meilleur effet, travaille même sur les contre-points et les hiatus entre fiction et réalité, c'est bien. Les scènes de cul, notamment, sont parfaites, drôles et cliniques en même temps, presque aussi techniques que ces longues pages d'explications politiques. Le gros souci, finalement, c'est l'écriture, vraiment impossible, pataude, maladroite, qui multiplie les longues phrases mal équilibrées et les tics de petit malin. On est absolument noyé sous les mots, les formules et les théories et on aurait bien aimé pourtant avoir un peu d'air. La trame romanesque a du mal à prendre, à devenir vraiment intéressante. Comme essai, intrigant mais lourd ; comme roman, raté.

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25 août 2014

LIVRE : Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli - 2014

9782330035938,0-2240003Biancarelli est un malin : il est allé chercher une trame qui a déjà fait ses preuves (True Grit de Charles Portis), et l'a transposée dans le décor le plus photogénique qui soit (la Corse du XIXème siècle, ses montagnes arides et ses sols rugueux). Deux éléments forts qui suffisent à notre bonheur, et font oublier toutes les autres exigences, secondaires il faut le reconnaître, du roman : l'écriture par exemple, ici lourdaude quand elle n'est pas maladroite et moche quand elle n'est pas lourdaude. Ce n'est pas que le gars ne s'essaye pas au style, visant même parfois un lyrisme naturaliste à la Giono, mais décidément l'écriture n'est pas le talent qu'il a le mieux reçu en partage. Dès la deuxième page, on trouve une phrase aussi pataude que : "Il lui arrivait de réajuster sa charge péniblement, nerveusement même, de s'accroupir à cet effet tout en blasphémant, puis elle reprenait son pas et on l'aurait dit comme une bête traquée", autant dire qu'on renonce vite au style.

Mais une fois n'est pa coutume, je n'ai pas fermé sèchement le livre pour autant. Parce qu'il faut reconnaître que Biancarelli, s'il écrit mal, raconte bien, et que son histoire est méchament addictive. Comme dans son alter-ego de western, Orphelins de Dieu raconte les rapports entre une jeune fille et un brigand, celle-ci ayant engagé celui-là pour une mission carnage en vue de venger son frère : le tueur doit retrouver et assassiner quatre membres d'un clan. Le vieux gars en profite pour raconter à cette gamine peu farouche son passé de bandit de grands chemins, revenant sur la camaraderie qui le liait aux membres de son clan sanguinaire et les exactions qu'ils commirent et qui le hantent sans cesse. Violent et sauvage, le récit se charge d'une sorte de brutalité ancestrale, comme si toute la violence des hommes (et en passant, celle de la Corse, le livre se montrant finalement très actuel) était convoqué à travers ce personnage de "L'Infernu". Au milieu de la nature, les hommes s'entretuent, se trahissent, se pourchassent, se torturent, et Biancarelli ne nous cache rien des détails de ces crimes barbares. Même s'il échoue un peu à rendre vraiment intéressant le personnage de la fille, qui aurait pu représenter une sorte d'innocence perdue, il excelle à transformer son histoire en récit d'aventures, et la charge en plus d'une sècheresse qui confine au gore. Pari audacieux, qui plus est : faire de cet assassin sans quartier le vrai héros légendaire de son histoire, un être mythologique et spectral qui endosse à lui seul tout le passé de barbarie de son pays. Comme en plus il y a pas mal de suspense là-dedans, et que c'est assez habilement monté entre narration au présent et flashs-back, on suit la chose avec intérêt, c'est vrai, même si on soupire souvent devant les tentatives ratées de faire de la littératûûûre. Pas mal.

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24 août 2014

Une brève Histoire du Temps (A brief History of Time) (1993) d'Errol Morris

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Si vous voulez tout savoir sur les trous noirs, si vous êtes certains qu'un Créateur est à l'origine de l'univers sans vous être jamais posé la question suivante "Qui a créé le Créateur ?", si vous êtes incapable de savoir pourquoi on se rappelle du passé mais pas du futur (je sens que Gols a une réponse toute faite, je lui conseillerais de ne pas trop faire le malin), ce documentaire est pour vous. Si, par exemple, vous ne savez toujours pas ce que vous allez manger ce soir, vous pouvez aisément faire l'impasse. Morris, vous l'avez compris, se penche sur les théories (gentiment vulgarisées) de Stephen Hawking. Après nous avoir conté son fabuleux parcours universitaire (le gars bosse une heure par jour et enfonce tout le monde - un peu comme moi en ping-pong) et sa malheureuse déchéance physique (qui l'a justement boosté à se pencher très tôt sur des problèmes épineux), de multiples interviews de spécialistes et du Stephen himself tentent de nous rendre un peu moins con sur la fameuse théorie du Big Bang et sur le phénomène d'extinction des étoiles, the famous black holes (and revelations).

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On s'accroche pour essayer de se mettre à leur niveau (eux-même s’abaissant plus bas que terre pour nous) et pour tenter d'imaginer la raison pour laquelle un astronaute qui tomberait dans un trou noir finirait comme un pauvre spaghetti. Hawking évoque aussi la possibilité d'une contraction de l'univers et un retour du monde dans le temps (retourner dans le ventre de sa mère risque de ne pas être chose facile) avant d'avancer sa grande théorie du Big Crunch (on semble en gros destinés à tous finir en grosse tablette de chocolat ce qui n'est pas forcément pour me déplaire). On hoche la tête dans son fauteuil pour faire croire à son voisin qu'on capte chaque explication avec une facilité déconcertante et on fait semblant de chercher au fond de son cornet de pop-corns quand défile toute une série de schémas géométriques du Steph - ah ouais, désolé, je vous aurais bien expliqué mais j'étais distrait : dommage parce qu'en terminale j'étais bon en courbes. Bref Hawking a révolutionné les grandes théories sur la création de l'univers et on est assez fier de lui - même respect (sans courbette, soyons franc) pour le gars Morris qui sélectionne chaque intervenant pour tenter de nous expliquer la chose. Cela ne nous empêchera pas malgré tout d'aller bosser demain, Big Crunch or not. Soyons lucide.

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Empreintes digitales (Big brown Eyes) (1936) de Raoul Walsh

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On avait quitté le gars Raoul dans une petite forme, il nous revient avec une bien sympathique screwball-detective story avec un Cary Grant et une Joan Bennett en pleine bourre. Il est flic et enquête sur un vol de diamants, elle est manucure et se fait journaliste pour aider son si beau boyfriend. Puis survient un drame terrible : des types impliqués dans le recel des diamants tuent un bébé lors d'une d'une fusillade dans un parc, damn it ! Grant et Bennett allient leur force pour coincer le coupable mais ce dernier, jugé, est relaxé. Pour les deux c'en est trop, ils démissionnent chacun de leur taff ; Grant part sur les traces de ce sombre assassin bien disposé à régler l'affaire d'homme à homme. Le final, dans le salon de manucure, mettra en scène nos deux courageux héros.

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Nan, ce n'est pas un chef d'oeuvre du gars Raoul mais on ne s'ennuie pas, grâce notamment à nos deux lovers qui passent leur temps à se lancer des petites vannes à bout portant : Grant, imitant une donzelle, n'a pas peur du ridicule (mais on peut tout lui pardonner) et prouvera que ses dons de ventriloque peuvent lui sauver la vie. Bennett est plus jalouse que ma mie mais cherchera toujours à prendre des risques pour sauver son homme (quitte à faire un titre complétement bidon en une d'un journal et à voler le flingue du Cary pour effrayer le complice de l'assassin). Un ptit couple qui fonctionne donc relativement bien malgré les légères chamailleries pour la galerie, toujours prêts à allier leur force... même pour ouvrir un tiroir. En seconds couteaux, il y a également du bon avec Walter Pidgeon en dandy-ponte de la mafia et ses deux assistants, l'imperturbable Lloyd Nolan qui te tue un gamin sans avoir aucun remords et le dragueur trouilloux Douglas Fowley qui ne fait pas le malin à sa sortie de prison.

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Walter Pidgeon est un parfait beau salop qui n'hésitera pas à sacrifier ses propres hommes pour se protéger mais qui sera trahi par ses empreintes digitales (c'est pas bon d'avoir une cicatrice sur le pouce) ; il est parfait dans son rôle de truand-gentleman ; c'est d’ailleurs avec un flegme tout britannique que, lors d'une balade dans un musée, il annonce à deux tueurs aussi peu cultivés qu'un champ mohélien leur mission : descendre un type pour s'assurer une bonne marge. Cynique, traître, cool, Walter est forcément à l'opposé d'un Cary, speed, honnête, droit. Un ptit poil de manichéisme pour la bonne cause, puisqu'il permet au couple Grant/Bennett de briller entre deux scènes de ménages et de mignons ptits bisous rapidement échangés. Un film des thirties déjà bien huilé.

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Walsh et gros mythe,

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L'épouse de la nuit (Sono yo no tsuma) (1930) de Yasujiro Ozu

Comme dirait Thierry Roland, je peux mourir tranquille, maintenant que j'ai vu tous les Ozu. Je plaisante, il me reste à retrouver les films perdus (travail de longue haleine, j'en conviens). L'Epouse de la Nuit n'est d'ailleurs peut-être pas la plus grande réussite de Ozu, et on sent qu'il expérimente encore pas mal de choses, notamment au niveau du montage avant de poser définitivement sa caméra par terre. Mélange de styles aussi, puisque après une première partie de chasse à l'homme plutôt speed, on rentre à la fois dans le film social et dans le huis-clos, un mini drame moral se jouant dans un appart (décoré encore et toujours d'affiches de ciné américain ou de citations en anglais écrites sur les murs).

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Shuji braque un bureau en ligotant conscieusement les employés. Il est ensuite poursuivi par 3000 policiers et l'image est tellement sombre qu'on dirait presque une nuit américaine... tournée de nuit. Montage efficace qui enchaîne de courtes scènes, on sent qu'Ozu cherche à dynamiter son récit tout en faisant monter le suspens. Shuji finit par regagner au petit matin sa maison : en fait, sa chtite, Michiko, est diablement malade et sa mère veille au pied du lit ; la thune a été dérobée pour payer le docteur, on comprend que la sécurité sociale japonaise en 1930 avait de grosses faiblesses... Seulement un flic ne tarde pas à faire son apparition et la mère n'hésite pas à braquer le détective, le temps que le père s'occupe du bon rétablissement de Michiko. On s'endort à tour de rôle, Ozu opère de longs travellings dans l'appart pour signifier le temps qui passe et l'usure de la nuit, les flingues changent de mains, la tension ne cesse de changer de camp, mais comme on a, face à face, un gentleman cambrioleur et un gentleman policier, on se dirige vers une fin hautement morale à la Marchez joyeusement...

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Interprété avec une certaine fougue et une grande dignité, le film révèle à la fois l'énergie du désespoir et aussi une grande empathie en chacun des personnages. Chacun a conscience de son rôle (de père, de mère, de flic) et de ses fautes (braquer c'est po bien) et la situation de départ un peu "tire-larmes" tourne au drame psychologique de belle tenue. Un Ozu intéressant -forcément- au carrefour de thèmes (les problèmes sociaux, la famille, le polar) qu'il développera ultérieurement.   (Shang - 28/04/08)


Ah pour moi un très grand petit film du maître, déjà, qui mérite beaucoup plus de louanges que ça. Rien qu'après avoir vu le premier quart d'heure, on est convaincu qu'on est là face à du gros. Ozu est génial pour poser très subtilement les situations. Un type qui parle au téléphone, plan minuscule, puis une main qui se pose sur son épaule et le tire en arrière, on élargit le plan ; puis le canon d'un revolver, la situation se précise ; puis un visage masqué, ok ; puis on aperçoit un ou deux types ligotés, ça s'élargit encore, etc etc. Avec le montage, simplement, le gars dose parfaitement les informations successives qu'il donne au spectateur, et c'est vraiment génial de suivre le regard d'Ozu qui va au même rythme que le nôtre. Quand la situation est plantée, il y a cette série de plans très langiens sur la fuite dans la ville, décor désert et fantômatique duquel sort une horde de flics, comme issue de l'ombre, c'est magnifique.

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Puis on passe à l'appartement du sieur, grâce à un travelling que le gars Hitchcock a sûrement dû voir avant de faire celui, inaugural, de Rear Window. Une somme de détails pris dans un seul mouvement, et qui nous apprend des tas de choses sur le personnage : qu'il est fasciné par la culture américaine, surtout polardesque (une affiche d'un film avec Walter Huston), au point d'apprendre lui-même l'anglais (ce qui justifiera, plus tard, ses poses de gangster hollywoodien), la présence féminine avec la fleur, et le drame, avec ce médecin (représenté d'abord par son seul stéthoscope) tourmenté, puis l'enfant malade. N'importe quel cinéaste aurait mis 20 minutes à exposer la situation, Ozu concentre toute une vie en un travelling. On peut aussi évoquer ce superbe gros plan sur la main du médecin qui tapote le lit de la petite malade au rythme de sa respiration, de plus en plus doucement, élément visuel pour traduire un infini détail. Bref, cette première moitié est absolument splendide.

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Ensuite, le huis-clos, très tragique (unités de temps, de lieu et d'action respectées), fourmille lui aussi de grands moments. Ce qui bluffe le plus, ce sont les inserts, cette suite de gros plans innombrables qui traduisent à chaque fois une émotion, un état des personnages, une façon de faire avancer la micro-action qui se joue dans cet appartement. Il suffit par exemple, d'un geste du flic pour redresser une fleur dans un verre d'eau pour qu'on comprenne la douceur qui l'habite malgré les apparences. Il suffit d'un tremblement de la main du "bandit" pour qu'on voit qu'il n'est "bad guy" que pour de faux. Il suffit d'un tout petit regard de la demoiselle pour voir qu'elle ne tiendra pas le coup face à la situation, et que le drame va prendre un virage. Hyper subtil, le film avance ainsi avec une finesse incroyable, jamais versé dans le gros mélodrame qui tâche, toujours sous la pudeur des sentiments, exprimés par des détails, des objets, de tout petits gestes plus que par des situations enflammées. Les trois acteurs sont excellents dans ce sens là, tout en sobriété, très loin de l'expressivité outrée de l'époque. C'est toute une école qui se montre là, une façon de feutrer les grands sentiments pour mieux les mettre à jour. Quand dans la dernière minute, le flic trouve encore une minute pour fumer une clope avec le type qu'il conduit en tôle, on est achevé : c'est touchant à mort, intelligent et sensible comme tout, d'une tenue formelle jamais démentie. Un mélo sans excès, d'une rigueur et d'une émotion parfaites ; du Ozu, finalement.   (Gols - 24/08/14)

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LIVRE : Trente-six Chandelles de Marie-Sabine Roger - 2014

9782812606816,0-2240144Ô démon Daniel Pennac, sors de ce corps, et n'y reviens jamais, ô j'implore Belzébuth, Hapnonitek et Râ de chasser pour toujours le fantôme d'Amélie Poulain dans les tréfonds de l'anus de Thor pour qu'il ne revienne jamais plus polluer les pages des livres contemporains, ô Barbotis et Krüdnü !

J'ai peu goûté Trente-six Chandelles de Marie-Sabine Roger, et pour tout dire, si mon amoureuse ne l'avait pas apprécié, je ne me serais pas gêné pour en faire un joyeux auto-dafé dédié à la littérature outragée. Le livre suinte tellement de gentillesse et d'innocence qu'il en invente le concept de livre-tête-à-claques ; son écriture en est tellement piteuse qu'on en vient à rêver de lire La cuisine à la plancha (éditions Mango) pour y trouver un peu de style. Bref : Mortimer Decime (magie des noms) s'apprête à mourir. Tous ses ancêtres sont morts le jour de leur 36ème anniversaire à 11h, et il est persuadé qu'il va subir le même sort. Sauf que, non, il vit encore à 11h01. Cet évènement va être le point de départ de... non, rien. Une fois sa mauvaise idée mise en place, Roger ne sait plus quoi raconter, et se réfugie derrière des personnages sans épaissseur, des situations bêtement fantaisistes ou des flashs-back cocasses pour cacher le vide. Tous les vrais sujets qui pouvaient être abordés par ce biais sont occultés, et le livre préfère se vautrer dans la bonté de ses personnages, le consensus mou de son regard sur la monde et un humour dont on sent bien qu'il aimerait être légèrement noir (Roger rit de la mort, voyez l'audace !) mais qui n'est qu'inoffensif comme l'agneau qui vient de naître. Total : une accumulation de guimauve, des caractères qui mériteraient le pal tant ils sont oecuméniques, un fond moraliste absolument consternant. Quant à l'écriture, elle est calamiteuse, accumulant les mots et les phrases inutiles à l'envi, alors même que le livre est court et hyper-rapide. On croyait ce type de merdouille terminé depuis La Fée Carabine ; le ventre est encore fécond d'où ont surgi les Bisounours. De la bouse, oui, c'est ça, sauf le respect énamouré et légèrement intéressé que je dois à mon amoureuse.

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23 août 2014

Bouge pas, meurs, ressuscite (Zamri, umri, voskresni!) (1990) de Vitali Kanevski

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Ce film n'est pas un hommage à la tragédie de Ferguson, soit dit en passant et en intro. Voilà 24 ans (je fais plus jeune heureusement) que j'avais vu le film en salle et je ne me rappelais pas en fait d'une telle violence. Avec ma petite gueule d'ado et mes cheveux au vent, j'avais dû être surtout charmé par cette sympathique amourette entre Valerka et Galia (pas la peine de revenir sur le fait que la direction d’acteurs, des jeunes et des moins jeunes, est tout simplement ébouriffante), une amourette, disais-je, au milieu de la gadoue, de la merdouille, des joncs et de la brume. C'est certes un des seuls aspects lumineux dans ce monde ruskof de bruts. Parce que mon Dieu, ou plutôt mon Staline et mon Lénine, ça cogne à tout va. Entre gamins (l'histoire des patins à glace), les adultes frappant les gamins (l'histoire du voleur, le chauffeur du train se défoulant sur Valerka...), entre adultes (le vol du bijoutier - qui reste sur le carreau -, la baston dans la salle de bal avec les deux culs-de-jatte qui restent à terre ainsi que trois béquille...). La moindre occasion semble servir de défouloir comme s'il s'agissait de bastonner pour oublier pour un temps cette terre d'exil.

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Complicité entre gamins, violence à tous les coins, la vitalité du film de Vitali se trouve dans ce constant oscillement entre rires et coups : la caméra traque les 400 coups de ce jeune personnage avec une facilité monstrueuse et l'on est rapidement englouti dans cet univers cruel du bout du monde, dans cette terre totalement oubliée par l'humanité sous le regard éternellement stoïque du camarade Staline. C'est la toute la "beauté" de ce film, si j'ose dire, de rendre vivant, à l'image de ce gamin plein d'énergie, cet univers de mort-vivants. Kanevski nous emmène à travers ce paysage de brouillard, de fumées des cheminées ou des trains, à travers ce terrain boueux, spongieux, ces mares de merde sans nous laisser jamais en rade dans cet enfer du gris. On sort à chaque coup du sort de cette mouise en collant aux basques de ce jeune héros pour un périple qui va nous mener le long des rails… jusqu'à une éventuelle voie de garage. C'est lorsqu'on sent que la vie est belle, que tout n'est pas si terne, que l'amitié peut tout sauver que l'enfoiré de Kanevski nous assène un ultime coup sur la tête qui nous laisse le nez planté pour toujours dans les gravillons sibériens...

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Bien content d'avoir revu la chose car ce film demeure un réel tour de force qui n'a perdu en rien de sa jeunesse, de sa force, de sa grandeur à filmer les petites choses, le malheur, la vie. On est à la fois passionné par les diverses aventures de Valerka et stupéfié par le monde menaçant qui l'entoure. Même si le gamin est malin, même s'il sait prendre au besoin ses jambes à son cou, il n'est jamais à l'abri d'un regard scrutateur (qu'il s'agisse de l'effrayant homme au chapeau ou de la chouette effraie) qui pourrait le pétrifier à jamais. Il semble malgré tout toujours capable de s’en sortir miraculeusement jusqu'au moment où il n'y aura plus de miracles... La Sibérie, quoi, comme d'autres évoqueraient l'escalade (...) ou la fatalité. Caméra d'or 1990 amplement méritée qui malheureusement ne fera pas beaucoup de petits (très vague souvenir ceci dit d'Une Vie indépendante qui n'avait pas, si je ne m'abuse, la même fougue). A ressusciter, forcément.

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LIVRE : Tristesse de la Terre d'Eric Vuillard - 2014

9782330035990,0-2240015Grandeur et compromis de Buffalo Bill Cody, éternelle légende du Far West, inventeur du concept de divertissement de masse, pionnier du western, ancêtre de Photoshop quand il s'agit de travestir l'Histoire, et personnage pour le moins fascinant. Vuillard, dans un style gentiment lyrique, nous raconte l'incroyable histoire du Wild West Show, énorme barnum mis en place par le Buffalo pour retracer les grandes heures de l'Amérique face aux Indiens : des centaines de figurants, des reconstitutions de bataille, de vrais Sioux en cachet d'authenticité, le Star Spangled Banner comme hymne, et un merchandising bien en place pour faire rentrer le fric de façon continue. Buffalo Bill, à la tête de cette immense entreprise, nous est raconté dans sa complexité, à mi-chemin entre une vraie fascination pour les Indiens et un manque complet de scrupules dans leur exploitation. Il recueille une orpheline, mais il en fait l'attraction principale de son show ; il va serrer la main à Sitting Bull, mais c'est pour le transformer en chair à spectacle ; il va pieusement visiter le champ de bataille de Wounded Knee, mais c'est pour mieux récupérer les objets indiens abandonnés sur place.

Vuillard transcrit à la perfection la frontière ténue qu'il y a entre légende et Histoire. Le centre du livre est occupé par le fameux massacre de Wounded Knee, justement, où des milliers de Sioux ont été assassinés par l'armée américaine... et que Buffalo Bill transforme sans vergogne en "bataille" de Wouded Knee, où les Américains se battent noblement contre les sauvages. Simple relecture de l'Histoire, passée au broyeur du spectacle et de l'opportunisme : le spectateur préfère voir une image positive du passé ? On lui en donnera, quitte à mentir. A force de mensonges, notre Buffalo finira par croire aux siens, et se construira une image de héros qu'il n'a jamais été. L'ambiguité du personnage, son intimité étrange, est mise en regard avec l'énormité des moyens mis en place pour le show, que Vuillard décrit avec attention et fascination. Les anecdotes attachées à ce bazar (le Wild West Show en France, très marrant passage) sont toutes passionnantes, et le livre a la bonne idée, en plus, de publier des photos de l'époque, vraiment très fortes.

Le livre est un peu trop court pour aller loin dans le sujet, on aurait par exemple aimé en savoir plus sur le passé du personnage, ou toucher un peu plus du doigt l'essence même de ce Far-West de légende, qui n'a visiblement jamais réellement existé. Mais il parvient avec ses quelques 150 pages à nous montrer ce que c'est que l'Amérique de l'entertainement, et comment elle parvient, dès le XIXème siècle, à construire sa légende et devenir une terre de spectacle. Le Wild West Show est une brillante couverture pour cacher les horreurs de l'Histoire du pays, et cet ancêtre du divertissement d'aujourd'hui est indéniablement un sujet en or. Excellent petit livre.

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Real Humans (Äkta Människor) saison 1 - 2012

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Une série suédoise pour changer des rythmes ultra-rapides des américaines, why not... Bon, c'est vrai que Real Humans, c'est un autre tempo, plus peinard, parfois proche même, si on veut être méchant, de la stagnation. En 10 épisodes de 55 minutes, il se passe autant de choses que dans un épisode de 24, et la série manque sérieusement de nerfs pour vraiment emballer. Mais ma foi tant pis : on se laisse bercer par cette lenteur, qui permet de développer beaucoup de choses que les Américains traitent par-dessus la jambe, la psychologie des personnages, la finesse des situations, les rapports humains.

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D'humain il est beaucoup question là-dedans, puisqu'il s'agit de nous présenter une société qui mélange les humains-les-vrais et les "hubots", robots sophistiqués à allure humaine et qui accomplissent toutes les tâches subalternes dévolues ordinairement aux premiers : travail en usine, ménage, soins aux retraités et éventuellement, bien trafiqués, services sexuels divers et variés. On découvre cette société, que les auteurs ont refusé de rendre futuriste (ça se passe clairement aujourd'hui), crédible dans toutes les pistes que cette habile idée développe : il y a les humains anti-robots, les robots qui s'humanisent, les robots rebelles, les humains dépendants de leurs robots, etc etc. Tout le spectre des réactions vis-à-vis de l'arrivée de ces androïdes est développé, et porté d'ailleurs par des acteurs inspirés. La série pose plein de questions intéressantes, concernant l'immigration, la déshumanisation, l'industrialisation, voire même tout simplement la nature humaine (un des questionnements essentiels étant de décerner ce qui sépare réellement l'humain du robot). Aussi bien du côté des hommes que des machines, l'écriture parvient à inventer tout un faisceau de pistes vraiment passionnantes ; on aura même droit à un robot en proie aux angoisses mystiques, une fliquette agent-double ou triple (pro-humain ou pas ? mmmm...) ou un petit vieux curieusement attiré par son robot. Si certaines idées ne mènent pas à grand-chose (agacé à la longue par ces robots rebelles qui veulent s'humaniser, par cette traque d'un rebelle dont on apprend le passé par flashs-back usants), d'autres sont fascinantes, comme ces scènes dérangeantes entre des cougars genre "desperate housewives" et des robots sur-virilisés qui peu à peu prennent l'ascendant sur elles. Certains personnages sont vraiment fouillés, comme ce minable terroriste anti-robots ou cet adolescent à l'identité floue amoureux de sa bonne.

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Dommage que la mise en scène ne suive pas toujours. Outre ce rythme beaucoup trop lent, outre la longueur inutile des épisodes, on grimace devant cette photo surexposée qui rend tout l'univers lisse et propre. Je comprends l'esprit, mais trop c'est trop. Beaucoup de séquences répétitives et inutiles, des robots un peu douteux dans leur construction (super sophistiqués, mais leur rallonge ressemble à celle de mon aspirateur de 1983, ils font des bruits super bizarres quand ils réfléchissent et ils ne sont même pas équipés de GPS ou d'internet, tout pourris), de longs moments de piétinement (on revoit 64 fois la scène de noyade du héros), une saison qui se termine sans avoir rien résolu ou presque, nous laissant sur notre faim, bref c'est loin d'être parfait. Une série intéressante, comme point de départ, disons : les Américains vont te trousser un remake de la chose, tu vas voir que ça va fuser, à mon avis.  (Gols 07/06/13)


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L'ami Gols n'est pas loin d'avoir fait le tour de la question concernant aussi bien les défauts que les qualités du bazar ; Real Humans propose une réflexion assez fine sur toutes personnes cherchant à s'intégrer dans une société en s'occupant de taches subalternes, qu'il soit finalement robot ou autre (et c'est là le plus terrible, comme si le rang social déterminait forcément la valeur "humaine" de chaque individu - la série s'aventure malicieusement sur ce chemin sans jamais non plus tomber dans l'oeuvre à thèse). Dommage en effet que plus la saison avance, plus l'on truffe les épisodes de flashs-back qui - jusqu'à l'épisode 10 - révèlent pratiquement que dalle : ils n'ont finalement qu'une certaine tendance à embrouiller inutilement les choses (dans le genre, partez pas, on va tout vous expliquer plus tard). Du coup, déception sur la trame principale qui part en vrille.

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Heureusement, il y a en effet tout ce petit réseau de scènes collatérales qui rendent la chose attachante. Gols en a cité certaines, on pourrait également évoquer les deux hubots au service d'un vieux (une vieille marâtre, sûrement le meilleur rôle de Christine Boutin, et un jeune éphèbe genre Pascal Sevran ressucité et jeune : leur poignée de main sur la fin est un grand moment, même la composition du cadre semble pour une fois maline) ou encore le grand retour d'Arielle Dombasle sous des tonnes de cosmétique en petite pétasse facile robotisée. J'avouerais personnellement une petite faiblesse pour cette serveuse hubot sinisante au regard plus doux qu'un pétale de rose ainsi que pour les deux hubots (Charles Denner jeune et un type avec une telle tronche de cake que chacune de ses apparitions me bidonne) asservis sexuellement aux deux femmes entre-deux-âges (pour une fois que les hommes ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade quant à la fascination pour les êtres-objets sexuels...). La saison 2 est là, on va se replonger illico et avec plaisir dans cette tranquille petite mécanique nordique.  (Shang 23/08/14)

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22 août 2014

Sacro GRA (2014) de Gianfranco Rosi

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"Tout est parabole" disait Paul Claudel (oui, bon, on se répète, mais allez trouver 6000 incipits différents, hein). Gianfranco Rosi filme le périphérique romain, une idée comme une autre, me direz-vous. Seulement si notre ami se plaît à découper et à nous montrer de mini-tranches de vie, c'est pour tenter d’atteindre un sens beaucoup plus profond, attention. Tout comme ces saloperies de bestioles qui s'attaquent à un palmier (« le palmier qui est comme l'âme humaine », ce n’est pas moi qui le dis mais le spécialiste des palmiers - son argumentation demeure tout de même un peu sèche), qui ne le lâchent pas tant qu'elles n'ont pas bouffé jusqu'à la racine cette plante si pacifiste, il pourrait parfois en sembler de même pour ces simples individus qui semblent ne pas avoir tourné la page du XXème voire du XIXème siècle.

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Ainsi de vieilles putes qui mangent leur mozzarella dans leur camping-car garé au bord de l'autoroute (les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas : mais un jour, quand on est tombé au creux de son art, faut lâcher le morceau ; c’est certes le plus vieux métier de monde mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de limite personnelle…), ce noble d'un autre temps qui invite un confrère lituanien de l'ordre de Saint Casimir (voici venu le temps...), ce pêcheur qui lit d'un air outré les journaux sur son domaine de prédilection : la rivière et les anguilles (putana, on est sur le terrain depuis les calendes grecques et on ne nous demande jamais rien, à nous - tope-là mon gars, tu vas voir que François ne va même pas faire un détour en bateau de par chez nous pour connaître le pays), cet urgentiste qui se tape tous les jours des semi-morts et qui, en week-end, s'occupe de sa mère sénile... Bref de petites existences microscopiques (déménageur de cadavre. cela a l'air aussi sympa comme taff) qui tentent de faire entendre leur petit cri dans l’univers (tout comme les larves - métaphore filée, bien vu John) ou qui tente de sucer jusqu’à la moelle leur infime raison de vivre. C'est intéressant comme concept, je ne le nie point et les images ne sont pas mal troussées. Seulement c'est longuet. C'est d’ailleurs parfois tellement plan-plan que cela mériterait presque de se prendre sur la tête un Lion d'Or (and the winner is... je me répète, once again, mais le chianti devait être vraiment très bon en 2013...). Un documentaire sur de petites gens qui n'est pas inintéressant en soi, je ne dis pas, mais qui, amputé d'une bonne moitié, ne m'aurait pas moins satisfait...

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The very Thought of you (1944) de Delmer Daves

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Dès son second opus, Delmer Daves nous conte une bien belle romance qui nous laisse avec tout plein de petits éclats de larme dans les yeux. L'histoire est simple comme bonjour : après deux années passées en Alaska (attaqué également par ces salopiots de japs), deux militaires viennent passer leur permission à Pasadena. Une poignée de jours de repos et donc l'occasion pour nos deux sympathiques gars de traquer la gorette. Seulement voilà, parfois tu traques et tu tombes tout bêtement sur l'amour de ta vie... Pas simple, malgré tout, quand tu dois dans la foulée repartir au front. Sortez vos mouchoirs, bonnes dames.

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Parfois, l'alchimie (sentimentalement et cinématographiquement parlant) prend, que dire de plus ? Il y a le couple phare, Dennis Morgan et Eleanor Parker (divine), deux amants qui s'aiment comme on s'aime dans les premiers temps, l'un buvant les paroles de l'autre, l'autre se perdant dans le regard de l'un ; il y a le couple de "bons copains" (la craquante Faye Emerson et le petit rigolo Dane Clarke) toujours là pour venir en aide au couple phare ; et puis parallèlement, il y a les relations (compliquées) entre Eleanor et sa famille : sa mère aussi casse-couilles qu'un casse-noix (plus tue-l'amour maternel, je ne vois pas), sa pimbèche de sœur (Andrea King, d'origine frenchy), plus infidèle qu'une grue (la confrontation entre les deux sœurs, l'une croyant à l'amour éternel, l'autre cherchant à profiter uniquement du temps présent - le mari d'Andrea est sur le front et youpla, on s’éclate ! - constitue l'un des grands moments du film - le sublime classique Tristan et Iseut accompagnant, en rythme, la séquence marquant encore une fois des points) ou encore son frère, inapte, plus frustré et mal dans sa peau que Nadine Morano... seuls son père et sa chtite sœur viennent lui apporter un soutien constant dans ce flirt avec ce soldat venu du froid.

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C'est d'une simplicité parfaite, cette complicité-coup de foudre entre deux âmes : l'entente est parfaite, l'accord est parfait et l'on se rassure en bon desprogien qu'on est en espérant que cela ne va pas durer, qu'au mieux l'un des deux va mourir. Mais le bon romantique en nous réussit à reprendre le dessus, émerveillé qu'il est de voir cette douceur, cette tendresse (le ptit soldat qui s'endort sur l'épaule de son aimée), cette pugnacité (ce mariage décidé en un coup de dé), cet amour jeune et sauvage (la seconde lune de miel sur plage). Lorsqu'ils se retrouvent séparés pour la seconde fois, on se met à prier et à re-croire en Dieu pour le principe en attendant le générique de fin : l'ami Delmer est suffisamment quelqu’un de confiance, se dit-on, pour ne pas nous sortir un coup de Trafalgar qui nous laisserait sur le carreau... Suspense. Superbe conte amoureux en temps de guerre, perfide portrait de famille, une très belle surprise que ce petit film méconnu des débuts - un Daves qu'il faut forcément avoir vu comme les 29 autres.

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LIVRE : Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive de Christophe Donner - 2014

9782246800323,0-2264296Claude Berri, Maurice Pialat et Jean-Pierre Rassam : le bon, la brute et le truand. Très intéressant sujet que celui choisi par Christophe Donner pour son docu-roman, le cinéma français de l'immédiat après-Nouvelle Vague ayant eu trop peu les honneurs d'une narration aussi amoureuse. Les personnages et l'époque sont pourtant passionnants. On suit parallèlement donc, l'ascension de Berri, brave gars avide de succès en tant qu'acteur et réalisateur, et se repliant peu à peu derrière la production à succès des films des Charlots ; celle de Pialat, véritable chieur qui accumule les frustrations ; et surtout celle de Rassam, flambeur grandiose qui brasse les millions, soudoie les membres du jury à Cannes, va sauver les enfants de Milos Forman à Prague, mise tout sur les films trotskystes de Godard, saute des putes et se vautre dans l'héroïne. Trois caractères très différents mais curieusement liés par un lien sacré, surtout constitué par les femmes, les soeurs des uns épousant les autres. Ce qui les lie aussi, c'est cette soif d'arriver à faire du ciné, quel qu'il soit, populaire ou exigent.

C'est un vrai bonheur de se ballader le long de ces trois existences, dont on nous narre seulement quelques années (en gros de la sortie du Vieil Homme et l'Enfant à celle de Nous ne vieillirons pas ensemble), de retrouver quelques grandes figures de l'époque (Godard, hilarant dans ses postures d'intello que personne ne prend plus la peine de comprendre ; Macha Méryl, touchante ; Michel Simon, véritable dictateur pornocrate...), de se rendre compte de ce que c'était que de faire du cinéma de ce temps-là : les projets se font souvent lors de soirées poker avinées, les grands films se concevant sur des coups d'éclats ou des paris idiots. Mais derrière la formidable énergie, parfaitement rtetranscrite par le style incisif et rapide de Donner, on voit se dessiner des sentiments beaucoup plus sombres : la frustration, la jalousie, la violence, et la mort. Le livre s'ouvre sur le suicide de Raoul Lévy, se clot sur la mort de Rassam, et est vraiment imprégné de la part sombre et tourmentée de ces existences (surtout celle de Pialat, véritable ange noir de la chose). Des existences en pleine tempête, sûrement géniales quelque part, mais tout autant dérisoires. En tout cas, le livre est délicieux, très loin des sérieuses biographies habituelles, et nous plonge avec empathie dans les tourments grandioses et minables de ces gusses. Très agréable.

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21 août 2014

LIVRE : Le Règne du Vivant d'Alice Ferney - 2014

9782330035952,0-2239998Alice Ferney trouve le sujet idéal pour traiter de son thème fétiche : l'engagement. Elle choisit de suivre les agissements d'un activiste écologiste radical, Magnus Wallace, homme d'action jusqu'au boutiste qui va jusqu'à couler les baleiniers ou se mettre entre les harpons et les baleines pour condamner le massacre desdites. Prêt à tous les risques, préférant l'action, même violente, aux blablas faussement engagés, le gars prend peu à peu la figure d'un héros mythique, convoquant toute une mythologie marine qui irait de Melville à Conrad en passant par Verne. De toute évidence passionnément admirative de son héros (qui est certainement tiré d'un personnage réel), Ferney camoufle pourtant ses vives émotions derrière la fiction, s'inventant un double masculin candide, cinéaste engagé par Wallace pour que son action soit relayée par les médias. Cette idée lui permet de méler habilement l'aspect documentaire et les passages beaucoup plus poétiques, tout en y ajoutant des portraits de personnages (la bande à Wallace) très attachants, complètement dans la tradition d'un Melville justement.

Les pages les plus intéressantes sont celles constituées par cette sorte d'ode amoureuse à la mer et aux animaux qui la peuplent. Usant d'un lyrisme puissant, Ferney y trouve une musicalité, un souffle, une ampleur que vient atténuer une sorte de style très secret : on est dans le mystère des profondeurs autant que dans le jaillissement de la vie, c'est assez spectaculaire. Même si ces passages, un peu longs, finissent par déborder un peu le livre, on ne peut qu'admirer le style de la dame. Son indignation est palpable, et Le Règne du Vivant peut se lire comme un pamphlet pour la défense des animaux : il y a notamment une description des souffrances d'un requin à qui on découpe l'aileron qui vous reste en tête. Ferney utilise la force de l'écriture pour nous indigner, comme son protagoniste utilise celle du cinéma, et tout ça peut se lire aussi comme un éloge de l'art pour défendre une cause. Elle en profite pour envoyer paître quelques faux écolos (Arthus-Bertrand, Cousteau ou les politiques entre autres), ce qui fait du bien, et pour déployer toute une théorie de l'écologie intéressante et intelligente. Pour ce qui est de la narration, des scènes d'action, disons, elle est moins bonne, de toute évidence elle n'est pas complètement faite pour raconter des histoires. Du mal à gérer la montée du "suspense", à faire vivre ses personnages, à amener l'émotion nécessaire (la fin en aurait eu besoin, pour le coup). Un roman, donc, si on veut, mais qui aurait plus sa place dans les rayons poésie ou essais des librairies.

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20 août 2014

Jeune & Jolie de François Ozon - 2013

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Il faut bien se rendre à l'évidence : François Ozon, que j'adorais il y a encore peu (jusqu'à Ricky, disons), a cessé d'être intéressant depuis quelques films. A chaque nouveau truc, on se dit qu'il y a dans le sujet matière à un grand retour en territoire sulfureux du garçon, et on est déçu à chaque fois. C'est le cas ici : on y parle d'une nana de 17 ans qui décide de se prostituer, alors que rien ne semble expliquer cette décision : famille aisée et aimante, pas de troubles psychologiques particuliers, aucune crânerie auprès des copines, pas de traumatisme à effacer. Isabelle se prostitue, point. On apprécie, certes, qu'Ozon nous mette face à ce mystère-là, qu'il ne cherche pas à expliquer le comportement de son personnage, qu'il dirige même sa comédienne vers l'opacité totale (elle n'a qu'une expression, qu'elle garde du début à la fin). Pour une fois, voilà un film traitant d'un sujet social qui ne fait pas dans la thèse, qui ne donnerait pas de matière à un "Dossiers de l'Ecran". C'est bien.

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Mais à force de tenir à distance son personnage, à force de jeu atone et de mystères, on finit par se désintéresser complètement de cette jeune fille en fleurs. Pas sympathique, complètement froide, elle finit comme un personnage de Bresson, par ne ressembler qu'à son statut social, par n'être plus qu'un symbole d'une jeunesse incompréhensible et énervante. Du coup, l'ennui vient assez vite, et on se tape un peu des mésaventures de la demoiselle (même quand le film promet de devenir un polar, avec la mort d'un des clients, promesse qui s'efface bien vite). Un peu l'impression, à la longue, de n'assister qu'à un énième film sur l'adolescence, l'ombre de Diane Kurys ou de Claude Pinoteau n'est pas si loin. Privé d'enjeux, le film s'alanguit, et on en arrive à ne remarquer que les défauts : une photo franchement dégueulasse, quelques scènes un peu lourdaudes (celle avec Rampling est lourdement amenée, dans une volonté desespérée de faire quand même un peu dans la provoc, mais sans envie), des rapports familiaux pas passionnants (le frère légèrement libidineux, la mère infidèle, etc.) On est finalement dans la veine la moins intéressante d'Ozon, celle du Refuge ou de Sous le Sable, celle qui se concentre sur les personnages en oubliant la mise en scène et la recherche.

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Pourtant il y a de très belles choses : l'utilisation de la musique, comme toujours impeccable chez Ozon, avec ce grand retour de Françoise Hardy dans son répertoire sentimental (j'adore que Ozon fasse écouter les chansons en entier, comme il l'a toujours fait, et qu'il ait compris que les paroles de la chanson pouvait dire presque plus de choses que les images) ; les acteurs, Géraldine Pailhas en tête ; cette façon aussi, de nous proposer le "surface blanche" de la petite Marine Vacth comme projection de nos fantasmes (fantasmes déviants : le corps de la gamine est encore très enfantin, c'est presque génant de voir Ozon s'attarder sur ses formes, on se sent à la limite du voyeurisme pédophile). Mais il y manque l'émotion, quoi, et puis aussi cette petite pointe d'intelligence qui aurait sorti le film du banal. Car il est banal, c'est triste à dire, et passe comme un petit film sans envergure, sans nécessité et sans profondeur.  (Gols 03/09/13)


Oui c'est léger. Elle est bien photogénique, cette gamine, mais aussi expressive qu'un billet de 100 euros. Une fille-façade sur laquelle on peut projeter ses fantasmes ? Mouarf, la pauvrette est aussi froide que le carrelage d'une salle de bain et on a bien du mal à avoir une quelconque empathie ou un quelconque désir pour elle : physiquement, c'est une couverture de magazine de mode en papier glacé, psychologiquement, c'est une tombe, intellectuellement (elle lit Les Liaisons dangereuses - tu vois le clin d'oeil, non, tu le vois le clin d'oeil ?), elle ne semble pas avoir plus de profondeur qu'un sms. Ozon semble vouloir oser (perte de la virginité, oula, prostitution d'une mineure, oula, crise cardiaque d'un vieux pendant l'acte, oula, enquête policière, oula...) mais tout retombe très vite à plat. Contrairement à mon comparse j'aime la veine du Refuge et de Sous le Sable mais là, avouons-le tout de go, il n'y a rien à moudre. L'adolescence est une période opaque, indéchiffrable. Ouais. Il y a celles qui osent (faire un peu n'importe quoi pour... rien - elle tient à sa thune sans jamais dépenser un kopeck... Elle prend donc plaisir à se prostituer pour rencontrer des inconnus ? Eh be, ça valait même pas un court...) et les timides. Voilà ce qu'est l'adolescence, super. C'est mou, c'est lent, c'est vain. Quatre clips de Françoise Hardy à sauver (générique compris) ? Si on veut être gentil... (Shang 20/08/14)

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LIVRE : Bye Bye Elvis de Caroline de Mulder - 2014

9782330035945Tout comme le rock'n roll, Elvis n'est pas mort, tout le monde le sait, mais Caroline de Mulder nous le rappelle avec cet honorable "docu-fiction-roman-biographie". Nous voici donc dans l'intimité du King, que l'auteur scrute avec un mélange de fascination et de dégoût : l'ascension, puis la chute d'Elvis sont scrutées dans le détail, mettant à jour une personnalité étrange, assez insaisissable quand on n'est pas (comme votre serviteur) très au jus de la vie chaotique du sieur. Presley était une sorte de gros bébé gâté, terrorisé par le sexe, dévoué à sa moman, gavé de médocs et d'alcool, pris dans le filet de son entourage et de son sombre manager (Le "Colonel"), gagné par une gloire dont il ne sait pas trop quoi faire, peu regardant sur la musique, et terminant sa vie d'obèse ringard dans un déferlement de kitscheries et de caprices de star. Bon, je ne savais pas. De Mulder est assez habile pour faire de ce destin mythique une histoire humaine, celle d'un être de chair et de sang assez éloigné de l'idole qu'on connaît. Elle fouille sans en avoir l'air assez loin dans la psyché cabossée du compère, ses rapports avec les femmes, avec son frère jumeau mort à la naissance, avec ses parents, avec ses "Gars", horde de profiteurs qui l'entourent. L'écriture fluide, parfois tentant même quelques virtuosités, est agréable, et on finit par s'intéresser à ce destin tout bancal. L'auteur est beaucoup plus habile pour décrire la déchéance d'Elvis, la kyrielle de navets au cinéma, la prise de poids, que sa gloire, mais le héros en ressort avec une vraie pâte humaine.

En contre-point de cette biographie "poétisée", le livre se fait roman un chapitre sur deux, en développant une intrigue parallèle qui, bien sûr, va finir par rejoindre celle de Presley. Une dame de compagnie est prise au service d'un vieil homme mystérieux, et devient sa compagne exclusive, sans vraiment savoir qui il est vraiment. Vous voyez la révélation venir ? C'est cousu de fil blanc dès le départ, mais je ne lâcherai rien, promis. Cette partie-là est beaucoup moins convaincante, De Mulder se montrant moins habile dans la fiction que dans la biographie. Privée de sève, cette partie se déroule sans passion, et dans des rebondissements non seulement attendus mais peu crédibles (l'enlèvement de Mister White...). L'écriture est un peu chichiteuse, psychologisante, alors que la "partie-Elvis" parvient à dresser un portrait intime du chanteur sans verser dans la littérature pour dames. Au final, un livre plutôt agréable, plutôt réussi, mais c'est le "plutôt" qui fait toute la différence avec un bon bouquin.

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19 août 2014

LIVRE : Carnets 1933-1963 de Yasujiro Ozu - 1996

Sans titreUne petite gourmandise pour tenter de prolonger le plaisir des films du grand grand maître (toute catégorie confondue, ne me faites pas rire avec une quelconque réserve). Certes, il ne s'agit que de carnets et ces carnets (comme ceux d'H.P. Roché que j'essaie de refourguer à la moindre occasion) sont purement factuels ; toutefois, si Roché décrivait par le menu ses prouesses sexuelles, Ozu est, lui, plutôt branché climat et bouffe : si vous voulez manger comme Ozu pendant 30 ans, c'est le livre qu'il vous faut (habiter au Japon serait éventuellement une aide précieuse). Si vous n'êtes que peu enclin à la gastronomie, vous pourrez toujours vous satisfaire des sympathiques petits haïku du maître, de ses prises de note sur les combats de sumo ou sur les résultats de base-ball (je sens que l'ami Gols frétille, lui qui est tombé depuis peu dans le puits sans fond du sport) ou encore de toute la liste de ses fréquentations (de Hiroshi Shimizu - cinéaste que j'adule et sur lequel je reviendrai sous peu - qu'il fréquentait plus que Naruse, Kurosawa ou Mizoguchi (duquel il se rendra tout de même au chevet pour les derniers instants) - à Setsuko Hara - qui aurait pu devenir... mais non - en passant par une flopée de gens du cinéma (ses scénaristes, ses techniciens, ses acteurs...), des peintres, des écrivains et j'en passe). Il est clair qu'entre l'écriture des scénarii et les tournages de films (qui pouvaient durer jusqu'à 3 mois et demi), l'ami Ozu sortait grave et buvait brandy et saké jusqu'à plus soif (le nombre de fois qu'il rentre ivre chez lui et qu'il note "gueule de bois" le lendemain fait résolument plaisir à voir : ah, si on s'était croisés bon sang !! si, j'aurais appris le japonais, je suis doué pour les langues). Mais bon, attention, on sent qu'il s'agit d'un alcool "social" avec toujours le plaisir de rencontrer untel ou untel ; il picole bien, tout de même, le bougre. Il note également tous les films qu'il voyait (de moins en moins avec le temps), ceux de ses confrères, de quelques ricains (Wyler, Welles...) et même de frenchies (René Clair, et oui monsieur). Rarement, ceci dit, le gars Ozu se livre à un commentaire (parfois un simple "moyen", pour la route), de même qu'il ne se laisse aller à de quelconques divulgations sur sa façon de travailler ou sur l'appréciation de son propre travail (au mieux on a droit à un "ça ne fonctionne pas" lors d’un tournage). On voit tout de même le temps qu'il passe (par la force des choses) sur un scénar ou un tournage et la précision de son plan de travail (qu'il ait 3 ou 35 plans à tourner, le type semble toujours dans les temps). Chaque veille de tournage, le gars se fait son ptit story-board pépère et hop c'est reparti comme à l'entraînement. On reste surpris, disons-le, entre le peu de latence qu'il y a entre la fin d'un tournage et la sortie du film (la post-prod, elle est vite envoyée... une poignée de jours et zou, le film est prêt). Alors oui, soyons franc, ce n'est pas toujours passionnant-passionnant (il est quand même heureusement un peu plus disert, lors des années de guerre), mais cette lecture a à la longue un petit côté zen, un peu comme un mantra : dans la peau d'Ozu, c'est ça... enfin, presque. Incontournable pour tout fan qui se respecte, of course.

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18 août 2014

Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont - 2013

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Si, comme le dit Bresson, il s'agit au cinéma de "traduire le vent visible par l'eau qu'il sculpte en passant", alors Dumont a rarement été aussi bressonien qu'avec Camille Claudel 1915 : l'essentiel de ce qu'on voit à l'écran, en effet, est constitué d'infimes variations de physionomie sur le visage tourmenté de Binoche, cadré systématiquement en gros plan pour tenter d'en déceler les mystères. Autant dire que le film est âpre, lent, taiseux, tout le "suspense" de cette histoire consistant à scruter éternellement ces traits, à les voir bouger comme des vaguelettes. La belle incarne donc Claudel, alors qu'elle vient d'être enfermée par sa famille dans une pension en pleine campagne au milieu des folles. Désarroi, terreur, doute, joies éphémères, espoirs, abattement, violence, tous les sentiments de la terre habitent la femme, et Binoche les fait passer parfois en une fraction de seconde dans ses yeux. Le piège est là, et pas toujours évité : celui de la performance. J'avais levé un sourcil en apprenant que Dumont faisait tourner une star, lui qui m'a tant bouleversé en filmant des amateurs inconnus. Et effectivement, on le sent un peu embêté, presque insincère devant sa vedette : ne sachant pas trop quoi lui faire jouer, il se contente de la regarder. Comme, bien sûr, c'est une excellente actrice, ça suffit parfois au spectacle ; mais ça rend le film un peu vide dans ses deux premiers tiers, comme si l'actrice ou le réalisateur s'étaient un peu trompé de projet, n'avaient pas grand chose à se dire. Binoche est très professionnelle dans l'usage du moindre millimètre carrée de sa peau, mais ce n'est pas ce qu'on demande au cinéma de Dumont.

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Ce qu'on lui demande par contre, et qui est encore une fois génialement réussi, c'est de nous rendre compte de la nature, et de la mettre en relation entre les êtres. Comme une mystique naturaliste, quoi, pas éloignée d'ailleurs des derniers Pialat, auxquels on pense souvent ici. Là, c'est parfait : on entend le vent, les cailloux, le moindre oiseau, le moindre frottement de tissu. La scène la plus belle, où les folles sont emmenées en haut d'une colline, est sidérante de sensations mélées : soulagement de sortir de l'asile, grandeur cosmogonique de la nature, apaisement, tout passe par la simple captation du monde extérieur, par le soin apporté à la vérité des bruitages ou des couleurs. Idem quand Paul Claudel arrive à l'asile : dans quelques très belles scènes straubiennes, Dumont place la parole religieuse de Claudel au sein de la nature, comme si elle ne pouvait s'incarner que là. La foi se mèle alors aux arbres, au cailloux, au vent, et c'est magnifique. Il faut dire que Jean-Luc Vincent, dont le nom est écrasé sous celui de la star, est particulièrement bon, dans la démarche guindée qu'il a trouvée à son personnage, qui jure avec la splendeur de la garrigue.

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La piété de Paul Claudel devient d'ailleurs le sujet le plus important du film dans son dernier tiers (le plus beau) : superbe séquence notamment où il écrit dans son journal, torse nu, en contemplant lascivement son propre corps avant d'ajouter quelques lignes à son essai mystique ; non moins superbe dialogue avec Camile, deux façons de voir le monde qui s'affrontent en quelques phrases, deux postures face à la foi, l'une d'une troublante ambiguité (Paul), l'autre pas loin du blasphème (Camille). On savait que la religion était un des sujets préférés de Dumont : ici, il semble découvrir son sujet sur le tard, mais quand il le fait c'est splendide. Il y a comme ça un ancrage très profond de la foi dans la terre, dans le sol, et le personnage de Camille Claudel, sculptrice donc très en osmose avec la terre, est idéal pour développer cette thématique. Avant cette partie bien définie, c'est vrai que le film s'apparente parfois à un essai, à une expérimentation (filmer le visage d'une vedette). Ceci dit, la beauté des cadres suffit à nous laisser bouche bée devant le film, même quand il se cherche un peu thématiquement. Le montage est lui aussi très habile, surtout dans les grands monologues, où la caméra reste fixée sur le visage de Binoche pendant plusieurs minutes (avec ces légers travellings avant qui nous rapprochent de plus en plus d'elle) avant de nous offrir le contre-champ fatal, où on se rend compte que son interlocuteur l'a à peine écoutée. Et puis il y a ces seconds rôles de femmes handicapées mentales qui rappellent le goût de Dumont pour les amateurs : elles sont filmées au plus près, dans toute leur étrangeté (les regards caméra effrayants, les rires laids, les bruits stridents), avec une attention qui force le respect. On se retrouve du coup enfermés avec Claudel, dans un huis-clos à ciel ouvert, lent et ardu : pari remporté, donc, mais le cinéaste gagnerait sûrement, à mon avis, à revenir sur des sentiers moins clinquants à l'avenir.  (Gols 25/03/13)

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"Tout est parabole" dit le petit Paul Claudel (mais aussi : "je cesserai d'être injuste en cessant d'être sincère", une formule qu'il sera bon de ressortir à l'occasion - sait-on jamais). Avant de faire dans le parabolique, notons qu'il s'agit d'un film éminemment austère, janséniste et... gris (belle palette du gris-noir au gris-bleu en passant par le gris-marron). On le savait, pour jouer dans un film de Dumont, il vaut mieux ne pas avoir attrapé de coup de soleil : les personnages sont cadavériques, la Binoche en tête sans fard (ni trompette). Mais Dumont est un maître et chacun de ses cadres, de ses scènes, semblent toujours nous renvoyer à quelque chose de plus profond (et puis les silences, cela permet de cogiter pendant le processus même de la vision - a kind of "thinking in progress movie" si j'osais). L'ami Gols a fait dans le spirituel et le naturel, je n'y reviendrai pas. J'évoquerai plutôt ces petites finesses de sens que l'on peut être tenté de voir derrière différentes séquences : ainsi, lorsque la Binoche entreprend l'escalade d'une roche abrupte, elle se retrouve cheveux au vent, avant d'entreprendre sa longue descente (en enfer) - la faisant en quelque sorte "chuter de son piédestal", disparaissant avec sa cohorte de fous parmi les arbres. L'ami Paul entreprend une ascension tout autant abrupte mais l'on n'assistera point à sa descente. Le Paul est l'artiste au sommet de son art, fier de sa force d'évocation (la scène magnifique, déjà soulignée par mon camarade, où il bande ses muscles alors même qu'il écrit), jaugeant de haut cette sœur-artiste.

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Une autre scène est toute autant lourde de sens, celle de la représentation théâtrale de Dom Juan ; Binoche / Claudel passe littéralement du sourire aux larmes alors même qu'il est question d'éventuelles tromperies de Dom-Juan / Rodin. Loin d'agir comme un catharsis, cette scène nous montre à quel point le poison amoureux de Rodin a pris possession de Camille Claudel, aussi malléable que de la glaise à son simple souvenir. Binoche / Claudel s'effondre en deux temps trois mouvements de paupière (ah la Binoche, elle te contrôle chaque ridule de son visage, c'est clair). Il y a enfin, entre autres, cette scène terrible où Camille quitte son frère Paul : elle passe dans un couloir (sa silhouette devient une ombre : elle a compris que son frère l'avait définitivement abandonnée à son sort - l'individu Camille Claudel est définitivement oublié des siens) et se retrouve dans la lumière à l'autre bout du couloir (la postérité de Camille parviendra tout de même à faire rayonner son talent... C'est une interprétation qui en vaut une autre, je vous l'accorde). Comme tout est dans la suggestion, dans le détail, le film de Dumont se scrute plus qu'il ne se regarde. Une œuvre d'art brute qui mobilise toute l’attention de son spectateur (oui, il faut être en forme, je ne dis pas).  (Shang 18/08/14)

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