Shangols

04 septembre 2015

Love Exposure (Ai no mukidashi) de Sion Sono - 2008

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Le cinéma japonais est franchement le seul à oser des trucs comme Love Exposure. Il y faut une part de folie, d'auto-dérision, de sincérité, d'amour pour le trans-genre, qui n'appartient qu'à cette filmographie. Après les délires de Miike ou de Wakamatsu, Sion parvient à arriver à leur niveau en livrant un film-somme, quatre heures de temps pour traverser tout un état du Japon contemporain à travers ses grandes obsessions et ses grands motifs. Tous les adjectifs sont bons pour qualifier la chose, parce que Sion refuse, à chaque minute, de se laisser enfermer dans un genre, dans un syle et même dans un seul film. Love Exposure les contient tous, imbriqués les uns dans les autres, avec pour résultat un maelström d'émotions et de styles qui épate.

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Ça commence dans un genre très psychologique, avec ce pasteur veuf obsédé par le péché, et qui chaque jour confesse un fils bien en peine de trouver quoi raconter au confessionnal. Il y a une vraie atmosphère scorsesienne dans ces scènes, sérieuses, baroques et poignantes, où on assiste à la déchéance mentale du père. On croit qu'on aura droit à une grande fresque sur la culpabilité, mais Sion change brusquement de braquet : le fils décide, pour avoir de quoi se confesser, de tomber dans le péché. Il devient peu à peu un maître dans l'art de photographier les culottes des filles (un art qui existe réellement au Japon, mon Dieu), à la fois pour se sentir réellement coupable et pour trouver son fantasme féminin, celui qu'il a promis à sa mère de rencontrer : sa vierge Marie à lui. Il la trouvera au détour d'un combat de rue, et tout le film, qui avait viré à la pure comédie japonaise de goût douteux, va consister en cette quête de l'amour absolu, passant par mille autres genres : traversé de gore, de kung-fu, de comédie sentimentale, il se termine dans un mélo de la plus belle eau. Entre temps, on aura croisé une secte, assisté à un attentat, appris qu'il existe des auditions pour les bukakke, et on sera surtout passé par une multitude de films insérés dans un seul : la quête de l'amour du jeune homme est aussi une traversée du cinéma ; et un catalogue de quelques-unes des grandes tares de la société nippone, l'immaturité de ses habitants, sa jeunesse sans repère, la démission des parents, le succès de ses sectes, ses tendances sexuelles déviantes, etc. Hyper ambitieux, mais réalisé (avec peu de moyens) avec un grand talent.

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C'est surtout parce que Sion tourne toute son attention vers les ados, avec une foi en leur pureté qui éclaire littéralement le film. Ils sont les héros de l'histoire, le monde semble même presque dépeuplé d'adultes (à l'exception des parents torves), et leur idéal d'amour pur (qu'on peut trouver cucul la praline, mais qui finalement est le plus beau motif du bazar) est regardé avec une sincérité et une admiration totales. Love Exposure est un film jeune, rempli d'une énergie et d'un désordre juvéniles : bien sûr, du coup, qu'il est souvent maladroit, bancal, mal équilibré, excessif. C'est presque ses qualités premières. Il y a une fougue incroyable, qui passe dans le montage (les scènes de combat, excellentes), dans la musique (la 7ème de Beethoven et le Boléro de Ravel en gimmicks). Et pourtant, le film sait être très sérieux, tourmenté, dépressif, quand il aborde sa dernière bobine, consacrée à la folie, à la perte de l'amour, à la solitude. On pourra dire tout ce qu'on veut, et tout sera vrai : voilà le machin le plus personnel et sincère qu'on ait vu depuis longtemps.

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A la Folie (Feng ai) (2015) de Wang Bing

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Ils sont fous ces Chinois. Oui, eh bien avant de sortir des clichés (du genre, "les Chinois ne sont pas les rois de la propreté"... oui, enfin bon, cet asile psychiatrique n'est pas tenu par Mr Propre, on est d'accord), matez cette petite chose légère (4 heure : une paille - mais une grosse, c'est vrai) et on vous donnera peut-être voix au chapitre. Qu'est-ce qu'il y a de plus "édifiant" (c'est le mot clé de tout bon documentaire) dans cette nouvelle œuvre de Wang Bing : le "travail" des « personnels encadrants »  (des docteurs ? Nan...) qui n'apparaissent que pour filer des cachetons ou des piqûres (si vous essayez de péter une porte, cela vous coûtera plus cher : vous vous retrouvez menotté les mains derrière le dos et je peux vous jurez que pour dormir, c'est le cauchemar ; au bout de plusieurs heures, vous êtes prêt à vous mettre à genou pour supplier mains jointes votre bourreau - mais cela n'est pas possible non plus...), l'espace ultra-réduit (2 à 6 par chambre et un espace de vie qui se réduit à quatre balcons à l'étage - le fou chinois ne peut même pas tourné en rond... Mention spéciale au passage au ptit jeune qui enquille 20 tours en courant… comme un dingue avant de remettre ses 4 pulls), l'hygiène (vous faites vos besoins et vos bains de pied dans la même bassine... Mention "cradingue et habileté" à celui qui pisse dans sa bassine tout debout sur son lit), la durée d'internement (certains sont là depuis 12, 15 ans... Un type normal ne peut objectivement endurer ces conditions plus d'une semaine), les types qui, comme des loups pris dans un piège, hurlent qu'ils ne sont pas fous, bordel, la solidarité malgré tout entre eux ou tout du moins cette capacité à vivre ensemble (il y a, mixés, des assassins, des alcoolos, des violents, des légumes...), cette terrible promiscuité qui donne lieu à des mouvements tendancieux sous les draps, cette patience, coûte que coûte, de ces internés, qui, quels qu'ils soient, semblent finir par accepter leur sort sans vraiment péter un boulon (ce pauvre gars qui supplie sa femme à chacune de ses visites de le ramener à la maison... dès que le type boude ou ose s'énerver, on se rend bien compte qu'il s'enfonce ; la séquence avec la visite de son fils est à pleurer, pathétiquement), cette folie douce du gars pas méchant a priori qui tue les tâches sur le mur, ce type rempli de TOC qui met 3 heures pour s'habiller après avoir répété au moins 8 fois les mêmes gestes, ce type qui se balade à poil dans les coursive et qui profite de l’eau gratos en se versant des seaux sur la tête, cette histoire « romantique » hallucinante entre un type du 2ème étage et une donzelle du 1er (« baise-moi », l'invite-t-elle la nuit du nouvel an alors que les feux d'artifices éclairent cette nuit chinoise... ils se donneront rendez-vous un soir et se tripoteront tant bien que mal malgré la présence d'une grille qui s'épare les deux étages...) Bref, brisons-là, tout est édifiant...

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Au bout de 3 heures à vivre en compagnie de ces frères humains parqués, Wang Bing nous donne enfin une autorisation de sortie en suivant un type « libéré » : l'homme erre, désœuvré, chez ses parents (la mère, empathique : "bon ben on va te renvoyer là-bas !"...) et la séquence de se finir alors que notre homme disparaît dans la nuit en longeant une autoroute : merci Wang Bing pour ce message d'espoir... Puis retour dans nos chambres cradingues et cette ambiance confinée - on a à peine eu le temps de prendre une bouffée d'air. Wang, fidèle à son style naturaliste "à l'usure" suit un personnage pendant 20-30 minutes, le temps que l'on s'imprègne bien de toute sa souffrance, son désarroi, son humanité en peau de chagrin. Je n'irais pas jusqu'à dire que le cinéaste nous tient en haleine pendant 4 heures et que celles-ci passent dans un souffle (prévoyez des ptites pilules vitaminées ou une injection de Red Bull), mais il parvient, en nous prenant par la main, à nous montrer la vie quotidienne de ce petit monde avec une facilité déconcertante, émouvante, effrayante, remarquable... Une plongée un brin anxiogène dans cette face cachée de la Chine qui se passe de tout commentaire superflu - un tour de force, de fou.

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La Symphonie pastorale de Jean Delannoy - 1946

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François Truffaut vient officiellement de se désabonner de ce blog : nous avons vu l'honnie Symphonie pastorale. Et qui plus est avec un regard un peu plus bienveillant qu'il ne le mérite. Le film, aujourd'hui, se regarde avec le sourire de commisération légèrement snob du cinéphile, et on peut prendre plaisir à ce petit côté hyper-vintage, démodé, ringard oui, qui nimbe tout le bazar. Un plaisir un peu moqueur, quoi, qui n'est pas le meilleur qui soit. Mais on relève quand même que Delannoy n'est ma foi pas un mauvais artisan : il filme ce qu'il y a à filmer avec modestie, respecte le roman de Gide comme si c'était un chef-d'oeuvre (eheh), travaille avec minutie ses lumières glamour et ses déplacements d'acteurs, et laisse faire le reste. Du coup, même sans style, même sans personnalité, le machin se laisse regarder.

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Nous voilà donc sur les traces de la sensibilité du pasteur Martens, brave Suisse qui recueille en son foyer une pauvre enfant aveugle. De plus en plus protecteur, le pasteur a une certaine tendance à tomber carrément amoureux de sa protégée, et d'un amour possessif qui plus est, pas très catholique si vous voulez mon avis. D'autant que la belle a la frimousse de Michèle Morgan au top de sa plastique. Quand la belle commence à en pincer pour le jeune fils du pasteur (Jean Desailly en garçon propre), les jalousies commencent. Jusqu'à quel point notre homme a fait de sa pupille sa prisonnière ? Est-elle aussi naïve que ce qu'elle montre ? Et quand ses yeux se décilleront (car, oui, miracle il y aura, on est chez Gide, hein), pour quel destin son coeur balancera-t-il ? Le suspense est total, comme on voit, un suspense qu'on pourrait qualifier de suisse : réglé comme une grosse horloge encombrante mais fiable, le film déroule ses passages obligés avec un académisme total, dans un écrin de noir et blanc léché, dans une succession de scènes très attendues; On peut noter, certes, ça et là, quelques pointes de style, notamment au début : l'apparition de cette enfant aveugle qusi-animale se fait dans une ambiance proche du fantastique, la petite actrice étant dirigée vers des mouvements saccadés, robotiques, désaxés quii font penser à la créature de Frankenstein par Boris Karloff. Toutes les scènes d'exposition sont d'ailleurs plutôt inspirées, tout comme le sont, parfois, les scènes de pure contemplation de l'actrice : elle a droit à un gros plan renversant au moment où elle retrouve la vue (mince, j'ai pété le suspense suisse), on sent Delannoy se frotter les mains devant la photogénie évidente de Morgan.

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Pour tout le reste, c'est franchement plan-plan. Le jeu de Pierre Blanchar, très pro mais trop bon élève, sent l'encaustique et l'héritage du théâtre de tous les côtés, les dialogues sont lourdement explicatifs, la composition des plans sent le studio d'Harcourt, la musique est excatement celle qu'on attend. Delannoy est entièrement concentré sur sa fidélité à Gide (dont on se cogne) et sur ses acteurs, et oublie de rendre quelque trouble que soit à sa trame, qui aurait pu pourtant déclencher des choses beaucoup plus sulfureuses que ça. Le mélodrame, poussé à fond les potards, finit par être plus rigolo qu'émouvant, le gars n'a pas le sens de la mesure, c'est sûr. On voit bien ce qui a pu énerver nos jeunes Turcs de l'époque dans ce cinéma de papy. A voir uniquement si vous êtes antiquaire.

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02 septembre 2015

The Face behind the Mask (1941) de Robert Florey

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Peter Lorre incarne un réfugié (c'est d'actualité) hongrois bien sympa et naïf qui croit au rêve américain. Il passe une première nuit dans un hôtel en rêvant de pouvoir rapidement faire venir sa douce... seulement voilà, un incendie fait rage (c'est malheureusement aussi d'actualité) et notre type s'en sort... défiguré. C'est l'enfer. Il coupe les ponts avec sa douce restée au pays et cherche bon an mal an du boulot : il est forcément victime de délit de sale gueule et se retrouve rapidement à la rue... The American Dream n'a pas fait long feu, on est dans le vrai petit polar noir comme on les aime. Lorre, par la force des choses (pauvre Peter qui se retrouve toujours du côté sombre), va se retrouver à contre-cœur à faire des petits larcins et, le succès aidant, va devenir un véritable chef de gang (sa tronche est dès lors recouverte d'un masque qui le fait plus ressembler à Fantomas version Hunebelle - sans la couleur bleue – qu’à un être humain)... Is Lorre lost for ever ? Pas sûr, car il va tomber littéralement (et non "croiser le regard" ce qui serait mal venu en l'occurrence) sur une jeune femme aveugle : c'est le coup de foudre immédiat entre celui que personne ne regarde et celle qui ne regarde rien (c'est presque du Borzage, mes amis, c'est dire). Lorre rompt avec sa carrière de gangster et se met à la colle avec cette femme qui fait fi de l'apparence. Seulement, son passé va le rattraper et sa femme en sera la première victime : elle trouve en effet la mort dans une bagnole bourrée d'explosifs (on passe carrément chez Scorsese). La vengeance du Pete sera terrible ? Oui, terrible.

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Lorre est tout bonnement au meilleur de sa forme : quand il ne peut jouer avec sa tronche (il est bandé une bonne partie du film), il sait jouer avec bonheur de sa voix de velours un brin efféminé. Quand il retrouve un semblant de visage (les maquilleurs y sont allés un peu fort avec le fond de teint), il sait rouler des yeux comme personne. Le gentil petit naïf réfugié s'est transformé en vrai caïd qu'il ne vaut mieux pas chercher : une armoire à glace le menace avec une arme à feu ? Il lui prend le colbac et lui fait maudire sa mère. On lui tue sa promise ? Il manigance un plan implacable pour que ses ennemis meurent en enfer... Des flammes destructrices qui consomment le rêve américain à la chaleur implacable du désert... American hell. Un bien bel opus relativement méconnu de Florey chaleureusement recommandé.

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01 septembre 2015

LIVRE : Temps glaciaires de Fred Vargas - 2015

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Que ce fut long d'arriver au bout de cette enquête policière "bicéphale" - ou à deux fronts, selon votre convenance. Deux meurtres en Islande de touristes français sur une île maudite ; quatre meurtres au sein de cette drôle d'association robespierriste qui rejoue les discussions tumultueuses à l'assemblée nationale lors de la révolution... Y'aurait-il un lien ? A priori non ce qui veut dire oui. Un fond géographique et historique me direz-vous, c'est déjà ça. Mouais, enfin à part le fait d'apprendre que le phoque n'a pas le goût du poisson et que Robespierre était un navajos décidément impitoyable même envers ses potes les plus proches ("tu me fais perdreuuu, la têteu...), on s'ennuie ferme. Le commissaire Adamsberg qui mène l'enquête semble avoir toujours le nez creux (et c'est un peu pénible) alors que son adjoint Danglard, véritable Wikipédia humain (ce qui est bien pratique mais vite un peu pénible), est incapable de prendre les bonnes décisions - le bon gars au feeling, le besogneux aveugle, bouarf... On imagine plus l'adaptation de la chose en feuilleton sur TF1 avec Roger Hanin (me dites pas qu'il est mort) qu'en vrai polar noir atmosphérique : les dialogues sont plats, les redites foisons et les multiples personnages de cette brigade affreusement caricaturaux (la femme forte, le type neurasthénique, le plaintif, le savant...). Bref, je gardais le souvenir chez Vargas de petits polars secs et bien menés (pas bien écrit, non, n'exagérons rien), ce souvenir est désormais effacé. Longuet, un roman de gare genre orient-express avec des pannes.

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Innocence (2004) de Lucile Hadzihalilovic

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Dans l'équipe de Shangols, on aime les films sur le passage à l'adolescence, ces atmosphères troubles, troublantes... encore faut-il ne pas trop nous prendre pour des jambons. Lucile Hadzihalilovic (rien à voir avec le célèbre buteur et entraineur nantais) voudrait chausser des ballerines pour nous faire rentrer à tâtons dans ce petit monde de l'innocence mais celles-ci se révèlent rapidement aussi lourdes et balourdes que les sabots de son comparse Gaspar Noé. Certes, elles sont bien bien mignonnes ces petites filles toutes de blanc vêtues qui s'ébattent dans la cambrousse à l'abri du monde extérieur (Shyamalan, quitte ce corps) ; seulement première réserve : elles sont souvent filmées ras du tutu (Lucile joue-t-elle vraiment l'innocente ou est-ce pure maladresse ?) ; deuxième réserve : le mal gronde around mais ce n'est pas en piquant pendant deux heures un bruit de tunnel à la Lynch qu'on arrive à la cheville du maître et à nous foutre les boules. Avant d'aller tout droit vers la troisième réserve, essayons de voir ce que nous raconte cette histoire emplie de plein plein de mystères. Des jeunes filles avec des ptits noeuds dans les cheveux aux couleurs de l'arc-en-ciel (y'a pas de noir dans l'arc-en-ciel ? Ouais, ne faites pas les malins) vaquent par groupes de sept : l'aînée prend en charge la cadette dans cette petite société très hiérarchisée ; à part ça, les jeunes filles suivent des cours de natation, de danse et de sciences de la vie - genre la métamorphose d'une chenille, clic-clic (Et le repassage, c'est pour les chiens ? Tout se perd) ; dans cette société loin du monde, il y a également une interdiction suprême, elles n'ont (alors là non non non) pas le droit de s'échapper avant d'avoir atteint la puberté - préservons l'innocence, bonne gens. Les aînées, enfin, se donnent aussi en spectacle devant de vieilles personnes dans un théâtre tout rouge (des donateurs, des sugar daddy, de bons vieux pervers ? Je pose juste la question, mais chut, Lucile se fait mystérieuse). Bien, bien, bien.

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Nous voilà donc arrivés à la troisième réserve : les pistes symboliques ; comme les papillons que Marion Cotillard (c'était avant Edith) épingle dans une boîte rouge, ces petits rats de l'opéra aux ailes de papillons se voient à la fin de leur spectacle titillés par une canne (comme s'il s'agissait d'un phallus ? - chut, gardons la fine métaphore du jet d'eau pour la fin). Ces petites ratines n'ont pas le droit non plus de passer de l'autre côté du RIDEAU ROUGE (rideau rouge, rideau rouge, ne pourrait-ce être le symbole d'un truc sanguin ? Nan, je ne vois pas). L'une d'elle brave l'interdit et se caresse ensuite avec un gant Mapa laissé par un vieux monsieur sur un fauteuil- ça y est, elle est cuite, fin du temps de l'innocence dirait Scorsese, grand temps de passer de l'autre côté du miroir... Voilà pour les deux-trois pistes imagées assez fines du film... Même s'il y a parfois un certain charme à voir ces jeunes filles faire de la balançoire - esthétiquement, le film se regarde -, Hadzihalilovic, plus à l'aise semble-t-il pour laisser des histoires en suspens que pour donner des explications crédibles, finit par nous faire perdre patience dans ce labyrinthe pour nymphettes ; comme chez Gaspar, le film fait facilement trente minutes de trop : la donzelle semble avoir bien du mal à couper, comme si tout était trop génial. Pas si innocent que cela, cette affaire, et loin d'être aussi finaud que cela, semble-t-il, le voudrait. Pas vraiment séduit.

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Happy End (1967) d'Oldřich Lipský

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On connaît le fameux revers des Tchèques (Lendl, par exemple), moins le fait qu'ils soient suffisamment starbés pour produire un film tourné totalement à rebours (un genre de flash-back in progress intégral) - Gaspard Noé peut aller se rhabiller dans sa barque. Happy end commence donc par les images d’un homme qui se fait couper la tête – ou plus précisément qui la récupère sous le couperet de la guillotine pour se terminer quasiment au berceau : entre-temps notre héros sera éduqué en prison, aura "ré-assemblé" sa femme qu'il avait découpée dans la baignoire, lui aura rendu sa virginité, etc... La gageure de la chose, c'est de trouver une logique permanente (aussi bien dans les faits que dans les dialogues) dans ce fil de vie remonté en arrière. Certes, Lipský ne peut faire l'impasse sur la voix-off de son interprète principal qui tente de "recoller les morceaux" mais l'ensemble possède une telle aisance, une telle cohérence qu'on est prêt à fermer les yeux sur cette petite facilité d'usage. Bref, Happy end est un coup de force permanent qui mérite de rester dans les annales de l’histoire du cinéma.

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On est bien sûr dans l'école de la dérision, de la drôlerie mais le pire c'est que l'on finit par trouver que ce "destin inversé" a autant de sens que pourrait l'avoir la moindre vie... à l'endroit. Ces exercices physiques débiles en prison, montés en arrière, n'en semblent que plus absurdes, cet amant (défenestré "à l'origine") qui s'invite dans la chambre du couple en passant par la fenêtre n'en paraît que plus opportuniste, cette cérémonie de "dé-mariage" n'en fait que plus sortir l'aspect factice, mécanique, dérisoire de la chose. Il fallait un certain culot pour oser l’aventure sur la longueur - surtout en gardant ici et là les dialogues : le pire c'est que parfois ils semblent avoir plus de sens à l'envers qu'à l'endroit - mais il faut bien reconnaître que sur 70 minutes, elle tient diablement la route. Si vous êtes adeptes des tragédies qui se finissent bien, des meurtres qui se terminent gentiment, des femmes qui redeviennent "pures" et des stripteaseuses qui se rhabillent en dansant, ou encore des scénarii les plus fous, ce Happy End devrait forcément vous ravir. Magnifique idée et esim ne enècs de Ykspil.

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31 août 2015

Le Trésor du Guatémala (Treasure of the golden Condor) (1953) de Delmer Daves

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Remake de Son of Fury avec la divine Tierney, ce film d'aventures vieille école (m'est avis que mieux vaut le découvrir à 12 ans... il y a 30 ans) de notre ami Daves patine un peu dans la semoule. Après 30 minutes de longuette exposition, Jean-Paul (mon père incarné par Cornel Wilde) décide de fuir la France, sous la pression de son enfoiré d'oncle : ce dernier l'a non seulement spolié de tous ses titres de noblesse mais il voit surtout d'un sale oeil le fait qu'il fricote avec sa fille - sans commentaire. Jean-Paul part donc au Guatémala, à la recherche d'un fameux trésor. L'aventure est en soi assez plate : certes ils croisent des autochtones en tenue d'apparat (ohoh c'est bigarré) et des sauvages en pagne dans la jongle (ohoh ils ont des flèches) - qui s'écartent gentiment en échange de collier de Toutatitou - mais la quête est dans l'ensemble un peu baclée : oh un temple maudit, oh un méchant serpent (une séquence que l'on devrait d'ailleurs à Preminger...), oh des toits qui s'effritent sous les secousses d'un tremblement de terre... c'est un peu court pour nous faire frissonner et le trésor s'offre à notre Cornel sans qu'il ait vraiment bougé un cil... Il reviendra en France, riche, sera accusé lors d'un procès par son oncle et frôlera la pendaison, mais le tout finira bien, je vous rassure.

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Seules petites éclaircies dans ce film d'aventures vintage mollement mené : la présence de la toute jeune Bancroft dans l'un de ses premiers longs et d'une fille aux yeux mauves (pour laquelle Cornel finira par fondre) : Constance Smith, une jeune donzelle prometteuse qui tournera d'ailleurs mal en privé (tentative de suicide, coups de couteau à son partenaire, prison... On connaît la chanson). Elle apporte un petit rayon lumineux dans ce récit qui se traîne : même les scènes de "baston" - entre Cornel et l'oncle - semblent tournées au ralenti. Bref, on regarde la chose avec une certaine bienveillance envers le Daves mais c'est clair qu'on n'en ferait pas un film de référence, même dans le genre série B... Les aléas des fins d'odyssées shangoliennes.

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Les Charognards (The Hunting Party) (1971) de Don Medford

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Don Medford (dont la carrière est plus faite de séries-télé (de L'Homme qui tombe à Pic à Dynastie en passant par des Hitchcock présente...) nous livre un western de série B qui a indéniablement ses moments forts et qui sait mettre volontiers mal à l'aise : qu'il s'agisse du personnage de Candice Bergen, guère à la fête puisqu'elle est violée à la fois par son mari (redoutable Gene Hackman, la mâchoire scellée) et par l'homme qui la kidnappe (excellent Oliver Reed au regard bleu acier - celui-ci se montrant à la réflexion un meilleur parti que son époux : pas forcément le film le plus féministe qui soit, convenons-en) ou du jusqu'au-boutiste Brandt Ruger (Gene) qui semble prendre un pied affolant à buter la vingtaine de compagnons de la bande à Calder (Oliver), il faut bien reconnaître qu'on n'est pas vraiment dans une ambiance fleur bleue. The Hunting Party est l'histoire d'une tuerie implacable menée par l'embusqué Ruger qui aime à descendre ses proies en toute sécurité tel un sniper du Far West (il possède une carabine longue portée à viseur qui fait des trous de mammouth dans la tronche ou dans le corps de ses victimes). Cela nous donne à voir quelques scènes de carnage qui font froid dans le dos (la séquence impitoyable où les hommes de Calder prennent un petit temps de repos au bord d'une petite mare avant de se faire littéralement canarder), ce d'autant que l'ami Gene aime à voir s'étaler les cadavres les uns contre les autres comme s'il s'agissait d'un tableau de chasse. Notre homme tue de sang-froid (les blessés abandonnés en cours de route en sont pour leur frais), mécaniquement, se gardant le morceau de choix (Calder) pour la fin. Le final, en plein désert, vire véritablement au cauchemar, la pauvre Candice Bergen subissant une dernière fois "l'assaut" (je vous laisse la surprise... guère alléchante) de ce véritable pervers...

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Comparé à Gene Hackman, brute épaisse aussi dénuée d'empathie que de sentimentalisme, le bandit de grand chemin Oliver Reed paraît forcément un tantinet plus humain : certes, il a bien du mal à assurer la sécurité de ses hommes de main, certes "son entrée en matière" avec la Candice n'est pas reluisante mais il va quand même, par la suite, tout faire pour tenter de la protéger. Il y a d'ailleurs au sein du film une scène assez hallucinante et relativement drôle qui scelle la complicité entre les deux amants : Candice Bergen, affolée au milieu de cette bande de cow-boys hirsutes tente une grève de la faim ; Oliver Reed essaie de la faire craquer en suçotant sous ses yeux des pêches au sirop (il avait dû piquer le bocal chez ma grand-mère, j'en mettrais ma main au feu). Medford s'amuse des mines surjouées de son acteur et du regard fuyant de son actrice : la séquence se termine dans un éclat de rire bon enfant et on jurerait que les acteurs se marrent pour de vrai - un petit moment de douceur assez surréaliste dans cette œuvre tendue comme un slip en bronze. Medford réalise un film, au final, qu'on pourrait qualifier de "radical", jouant des instants de "repos", de transition, de "détente" pour mieux faire éclater le moment voulu la cruauté incarnée principalement par Hackman. Saisissant et saignant.

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Suit yourself or Shoot yourself 2 : The Escape (Katte ni shiyagare!! Dasshutsu keikaku) de Kiyoshi Kurosawa - 1995

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Deuxième volet des aventures comico-gangsteriennes de notre improbable duo de Pieds nickelés nippons. On avait apprécié le ton bon enfant du premier opus, pas génial mais rigolo ; on retrouve les mêmes recettes dans cette suite, avec toutefois, chouette, un scénario meilleur. Cette fois, nos deux lascars, qui en ont marre de piquer des télés dans les décharges pour se faire trois ronds, sont engagés pour kidnapper et livrer à un parrain un jeune gars qui a trop lorgné sa fille. A la clé : 2 millions de yen, qui pourront leur permettre d'aller tenter la belle vie en Australie. C'est compter sans leur sens de l'empathie et le bon coeur qu'ils essayent de cacher sous les crâneries : ils prennent leur otage en pitié, s'intéressent à ses affaires sentimentales, et commence alors un incessant jeu de kidnapping/évasion/re-kidnapping qui fait monter les enchères. Mais ça fait monter aussi le nombre de candidats à l'évasion australienne : peu à peu, le trio grandit déraisonnablement, dans une surenchère assez marrante. A force de jouer double jeu, nos yakuzas du dimanche vont devoir régler quelques factures...

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Rien d'immortel dans ce petit film sans façon, pure récréation kurosawaienne avant qu'il ne s'attaque aux grandes oeuvres. Mais il y a indéniablement un ton là-dedans, assez habilement mené d'ailleurs : on est du côté de la comédie, mais ça n'empêche pas le film de faire survenir parfois des accès de violence (un personnage se fait buter froidement) qui en sont d'autant plus marquants. Le contexte est noir : le chômage, les gangsters, la mafia, mais le développement clownesque, jonglant ainsi avec adresse entre noirceur et gag. Les deux acteurs principaux ont trouvé leur rôle et affinent leur jeu encore flou précédemment : complémentaires et complices, ils sont très bons pour montrer cete sorte d'amitié qui passe par de constantes engueulades. On est pleinement avec eux dans cette aventure rocambolesque qui peut évoquer les Marx brothers par endroits : ils se sortent des pires emmerdes un peu par hasard, très miraculeusement, et quand enfin ils peuvent vraiment être libres, leur bon coeur les fait pousser leur inconscience encore un peu plus loin. Kurosawa, encore une fois, préfère les plans larges aux portraits : toujours très ancrés dans le contexte géographique et social (la ville moderne filmée comme une triste chose, en contrepoint de cette Australie fantasmée, les personnages sont pris de loin, dans une subtile disposition des corps à l'écran, dans une belle utilisation aussi des arrière-plans). Oubliable bien sûr, mais très plaisant. Envoyez le 3.

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28 août 2015

Hans le Marin (1949) de François Villiers

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Vous cherchez un film vintage sur Marseille ? Voilà votre affaire. Vous cherchez un bon film sur Marseille ? On va revenir à la première question si cela ne vous ennuie pas. Le problème de ce film noir avec femme fatale c'est que Villiers n'est pas Jules Dassin - ni même Marcel Carné -, Aumont n'est pas Gabin - mais un jeune premier avec brushing aussi crédible quand il se bat que moi quand je tricote un pull en grosse laine - et Maria Montez (mon Dieu, elle joue avec ses bras comme si elle incarnait Yvette Horner - et je ne parle pas de sa diction terrible ni de ses regards caméra... Je serais moins sévère avec la craquante Lilli Palmer en tsigane enamourée ou avec le toujours excellent Marcel Dalio en petite pourriture qui aime à jouer les balances), Maria Montez, disais-je, n'est pas Michèle Morgan... L'histoire est cousue de fil blanc sur une marinière : Aumont, un marin québécois, fait escale à Marseille ; il croise les jambes puis le regard de Maria Montez-chez-moi. Il en tombe raide-dingue, se fait détrousser en sortant de chez elle (featuring Marcel D.) puis erre pendant des jours dans les rues de Marseille à sa recherche (il a paumé son adresse, le bougre)... Il fera la connaissance en route de la chtite Lilli, fricotera avec icelle avant de recroiser finalement la route d'une Maria un brin amnésique sur ses promesses : ça sent le drame, drame il y aura.

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Les amoureux de Marseille pourront trouver leur plaisir en revisitant cette ville du port aux faubourgs en ruines en passant par la Canebière et les calanques. La ville, souvent filmée de nuit, est sans aucun doute le personnage le plus intéressant de cette histoire sans surprise. Au-delà de ça, on a peine pour ce pauvre Aumont qui est tout chagrin de bout en bout, pour cette femme fatale (sa compagne d'alors, ce qui ne l'empêche point, lui qui a écrit les dialogues de la traiter de "salope" (sic) - le seul véritablement moment qui m'ait fait sursauter) si fatalement mauvaise, pour ce scénar si terriblement prévisible. On tentera de sauver une scène très lumineuse entre Aumont et Palmer sur une si jolie petite plage et ces plans sur ces petites rues tortueuses et coupe-gorge de la cité phocéenne. Un film peu connu mais qui le vaut assez bien.

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Millennium Actress (Sennen joyū) de Satoshi Kon - 2001

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L'animation n'est pas le genre préféré de vos serviteurs de Shangols, mais quand on tombe sur un film d'une telle maturité et d'une telle sensibilité, on veut bien reconnaître que le dessin animé peut être parfois bougrement beau. Avec Satoshi Kon, on est à mille lieux des niaiseries mangaesque de Miyazaki ou de la virtuosité à tous crins des écoles américaines : Millennium Actress ne parle que de sentiments, avec une finesse qui doit beaucoup plus à Ozu qu'aux cartoons, avec une poésie mélancolique qui vous berce doucement. Un vrai film pour adultes, fait par un gars qui, en plus de posséder parfaitement la science de l'art graphique japonais, a dû mater quelques films de Sirk, de Griffith ou de Kubrick avant de s'attaquer à la tâche.

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C'est l'histoire d'une femme qui devient actrice pour retrouver l'homme qu'elle aime ; qu'elle n'a entrevu que quelques minutes, mais qu'elle aime. Croisé du temps de son adolescence alors qu'il fuyait la police, il lui donne une petite clé en lui disant seulement qu'ils se reverront un jour. Elle fait de cette promesse son idée fixe et part à sa recherche en Mandchourie, se faisant engager comme actrice sur un tournage qui a lieu là-bas. Dès lors, sa vie à la recherche de cet homme et ses rôles au cinéma ne vont cesser de se confondre, Satoshi mettant son point d'honneur à habilement mêler la réalité à la fiction. Le film traverse ainsi une sorte d'histoire du cinéma japonais, depuis les fresques mélodramatiques jusqu'à la SF, depuis le documentaire de propagande jusqu'aux Godzilla, en y mélant en parallèle les espoirs et les échecs de la quête amoureuse de Chiyoko. Excellente idée, qui plonge peu à peu le film dans une atmosphère éthérée, iréelle, qu'on croirait faite de chair de fiction et non de réalité ; et magnifique hommage au cinéma en tant que dopeur d'espoirs, porteur de rêves et mouvement vital. La réalité est toujours là (notamment les guerres internes au Japon) mais Satoshi la traverse par la fiction, poursuivant sa chimère de façon déraisonnable. Elle se heurtera d'ailleurs in extremis à la crue réalité des choses, la violence du monde venant la frapper une fois l'écran noir de ses nuits blanches relevé.

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Graphiquement, ce n'est pas toujours parfait. Enfin, disons plutôt : ça manque un poil d'originalité. Mêmes personnages aux grands yeux que ses accolytes, même excès dans le "jeu" des acteurs, même comique visuel un peu fatigant (on peut se demander d'ailleurs si le comique était bien un choix judicieux dans ce mélodrame flamboyant qui n'en demandait pas tant). La plupart du temps, Satoshi fait du beau, sans plus, du beau parfois même un peu facile. Mais au niveau de la mise en scène, le film est superbe. Par exemple cette idée magnifique d'un duo de documentaristes sensés réaliser une film sur l'actrice, et qui se retrouvent immergés dans les flashs-back, comme dans un film de Bergman, suivant l'action depuis l'intérieur, à la fois spectateurs et acteurs des évènements. Par exemple, cette utilisation très raffinée des travellings qui brasse en un seul mouvement des années d'existence ; par exemple, ce montage haletant, là aussi d'un seul geste. Mais le plus beau reste bien sûr l'utilisation des grands films de cinéma japonais, qui fait de cette femme "l'actrice du millénaire" : un vrai plaisir de retrouver des allusions à Kurosawa, à Ozu, à Mizoguchi, à Oshima, à travers des évocations qui ne sont jamais de simples vignettes illustratives. Le film parle d'émancipation féminine, de destin, de modernisation du Japon, comme les grands cinéastes qu'il cite presque textuellement. Il se conclue dans un semblant de film de SF qui finit la boucle, dans une modernité de palma-esque (beaucoup pensé à Mission to Mars tout au long du film), et dans une symbolique profonde qui finit de remporter le morceau. On a beau faire la fine bouche dès qu'un réalisateur s'empare d'un crayon de couleur : Millennium Actress vous cueille par sa sensibilité et son intelligence.

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L'Autre (The Other) (1972) de Robert Mulligan

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On reste dans les histoire de jumeaux avec ce film résolument tortin et "vicieux" de l'ami Mulligan : une petite ferme bien tranquille, des gens du cru, une mère apathique, une grand-mère russe espiègle, deux petites têtes blondes adorables, véritables Claude François en herbe... A priori, on semble plus dans une ambiance "petite maison dans la prairie" que dans un film d'horreur, ou disons d'angoisse. On se met résolument une fourche dans l'oeil, jusqu'au milieu du manche. Aïe.

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Il s'avère en effet rapidement que l'une des petites blondes, un certain Holland (sans commentaire... l'autre ne s'appelle point Valls mais Niles, on n'est pas si loin), est un vrai petit démon en puissance. Non point qu'il fasse les 400 coups en arrachant les ailes des libellules ou en en coupant une cuisse à une grenouille, non, notre petite tête blonde est juste à la base... de morts effroyables - je vous laisse volontiers l'effet de surprise. Niles semble en comparaison un petit ange incarné malheureusement de plus en plus sous la pression de cet aîné - de 20 minutes - méchant comme la gale. Niles possède un pouvoir qui n'est tout de même point négligeable - et qui lui vaudrait automatiquement un job dans Games of Throne -, il parvient à pénétrer l'esprit d'un corbeau (et de voler ensuite avec lui), voire d'un mort... Ce don, que lui a enseigné sa grand-mère, lui permet notamment d'observer de loin les exactions de son twin brother. On est pendant une heure dans une ambiance de plus en plus tendue et teintée de mystère… jusqu'au coup d'éclat du film qui nous fait sombrer doucettement dans la psychologie, pour ne pas dire la folie - pas vu venir le coup, pris.

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Mulligan parvient intelligemment à passer de ces petits instants pastoraux mignons comme tout à ces surprenantes séquences où le couperet tombe soudainement sur un des personnages. Il laisse également volontiers en suspens le rôle joué par un lieu (pourquoi ce puits stresse autant la mère ?) ou par un banal objet (le double retour du sécateur... brrr) : ces petits détails prennent brusquement une importance terrible et l'on voit rarement venir par avance les divers rebondissements du récit - tout comme on donnerait le bon Dieu sans confession à ces jumeaux souriants et blonds comme les blés alors qu'ils cachent de troubles secrets intimes. Bref, encore une bonne surprise dans la filmographie du Robert qui nous a jusque-là jamais déçus. Checkez volontiers cet Autre-là...

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27 août 2015

Mon vingtième Siècle (Az én XX. Századom) (1989) de Ildikó Enyedi

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Voilà un objet bien étrange qui nous vient de Hongrie, un film où les instants magiques, sensuels, troublants compensent une trame narrative pas toujours évidente à suivre. L’histoire pourrait se résumer en trois lignes comme en cent : deux sœurs jumelles, à l’aube du XXème siècle, vont être séparées ; l’une va devenir une courtisane bourgeoise, à la fois femme volage et voleuse, l’autre une militante active (elle lit Kropotkine et veut assassiner le ministre de l’Intérieur) à la condition plus modeste – deux femmes qui incarnent deux facettes symboliques (l’éternel féminin et le féminisme) de ce siècle-là. Elles vont croiser sur leur route le même homme, un homme qui confond les deux femmes et qui se retrouvent forcément quelque peu désarçonné par ces deux tempéraments opposés (l’une résolument ouverte, l’autre résolument plus empruntée). C’est une ligne directrice qui paraît claire mais qui est loin de prendre en compte d’autres éléments dans cette œuvre à la structure narrative « éclatée » : on suivra également en parallèle la contribution d’Edison (un Edison quelque peu désabusé et amusant) à ce siècle (de l’électricité au télégraphe), le témoignage d’un singe en captivité ou les aventures d’un chien s’échappant d’un labo ou encore des discussions entre les étoiles toujours prêtes à venir en aide à l’un des individus (ou à l’un des animaux) de ce récit à l’allure plus fantasmagorique que réaliste. Bref, que du bonheur pour le spectateur en quête d’expérience cinématographique originale et dépaysante (Enyedi nous trimballant sans cesse d’un endroit à l’autre de cette planète).

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Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette héroïne (Dorota Segda) qui endosse trois rôles différents (celui de la mère et des deux sœurs jumelles) – la séquence érotique (rhaaa, ces multiples jupons et porte-jarretelles qu’il faut savoir retirer avant de s’introduire) sur le bateau vaut à elle-seule le détour -, de ne pas s’amuser de ces digressions animalières, de ne pas admirer ce noir et blanc sublimement éclairé par Edison himself… Même si ces deux figures féminines symboliques sont quelque peu figées dans leur rôle, même si l’on se perd parfois sur les divers chemins de traverse qu’emprunte la cinéaste, même si… fi des réserves et sachons aussi parfois se laisser embarquer dans les visions oniriques et délirantes d’une créatrice dont l’univers « surréaliste » (tout en traitant de l’évolution scientifique et de concepts politiques et soiétales) aime à passer du coq à l’âne – un âne, justement, comme véritable guide des rêves. Magistralement destabilisant.

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I'm here (2010) de Spike Jonze

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Etre amoureux d'une femme peut vous coûter un bras... voire plus. C'est à partir de ce principe vieux comme le monde que Spike Jonze réalise ce court mignon comme tout. Il nous transporte dans une ère où les robots (construits plus à base de vieux TO7 70 qu'à partic de Mac) et les humains cohabitent (un monde qui fait plus penser à l'atmosphère très contemporaine de Real Humans qu'à celle de Transformers). Les robots, forcément, semblent plus cantonner à effectuer des boulots de tâcherons (conducteur de bus, ouvrier, bibliothécaire (...)...) que des tafs de cadres. On suit le parcours d'un certain Sheldon, un type-ordi ultra-timide, petit employé de bibliothèque : sa vie est morne entre deux branchements, le soir, assis comme un gland sur sa chaise. Un jour, il se fait accoster, ou disons brancher, par une fille elle-même super branchée : elle conduit (alors que c'est fortement déconseillé pour les gens dans sa branche qui sont des catastrophes au volant), sort avec des humains (featuring Chabal), se marre comme une andouille. Sheldon hésite, se laisse séduire, reprend des couleurs grises. Seulement c'est bien connu, quand tu commences à donner ça à une femme (geste), elle te demande souvent ça (autre geste)... Notre ami robot met un bras dans l'engrenage, il n'a pas fini de perdre des boulons.

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Jonze joue la carte du doux flirt lambda pour nous conter l'histoire de ce robot aux yeux de cocker et de cette jeune femme fofolle un brin maladroite. Nos petits tourtereaux en fer sont touchants comme tout quand ils vont se balader dans la nature, assistent à un concert, elle la tête sur son épaule à lui, se donnent la main. Lui, est humain au possible, quand il devient extraverti sous le feu de l'amour, s'inquiète des retards ou des absences de sa douce, courent pour lui porter secours. Il y tient comme à la prunelle de ses yeux, est prêt (littéralement) à tout donner pour elle, à tout sacrifier... Jonze nous amène en 27 minutes au bout de la logique et nos petits robots tout rafistolés finissent par nous paraître beaucoup plus humanistes que l'humanité elle-même. Craquant et malin.  

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26 août 2015

Les Merveilles (Le Meraviglie) (2015) d'Alice Rohrwacher

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Nous voici donc dans le thème "film de ruche européen" qui a donné par le passé de bonnes oeuvres - pour ceux qui suivent. Que penser de cette histoire de famille de Rohrwacher dont l'image semble datée d'une autre ère (les années 80, tenterais-je gentiment) ? Ben justement, on dirait un film familial "à l'ancienne" : un père colérique, une mère muette, quatre filles qui s'ébrouent dans la nature et voltigent, justement, telles des abeilles ; on suit en particulier l'une d'entre elles dans son passage en douceur à l'adolescence : elle a toute la confiance de son pater qui ne jure que par elle, est rêveuse et opiniâtre (elle inscrit sa famille, malgré les fortes réticences du dit père, à un jeu télé à la con sur les meilleurs artisans de la région) et commence à bourgeonner (en présence un très jeune garçon délinquant qui se "met au vert" dans leur ferme). C'est un peu celle qui a le plus la tête sur les épaules dans cette famille un peu olé-olé, celle qui donne du "suc" à cette oeuvre d'un autre âge (en 2014, le palmarès du festival de Cannes ne fut décidément guère avant-gardiste).

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Alors bon, ces petites anecdotes familiales se savourent comme un bon miel 100% naturel (la mauvaise foi du père qui gueule toujours dans son coin et qui se ridiculise un brin quand il a l'occasion de parler de son travail devant des (télé)spectateurs ; les pitreries des deux plus jeunes filles ; l'attirance très "ptite fille" de l'héroïne pour la présentatrice féérique du jeu télé - Monica Bellucci, quasi muette, son meilleur rôle - et son apprentissage de l'autonomie face à ce père ultra-protecteur...), Rohrwacher nous livre ici ou là quelques jolis plan-séquences qui "en disent long" (la scène de jeu dans la grotte des deux ados à l'esprit plus ludique que lubrique, le plan sur la fin pour exprimer toute la nostalgie de cette époque disparue...) mais reconnaissons que l'on reste un peu sur sa faim : le miel, c'est sain, mais tout seul, c'est un peu léger. Une sympathique chronique rurale familiale teintée de nostalgie adolescente (l'époque des possibles et des premières responsabilités) - tout ptit prix du jury.

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Rêves d'Or (La jaula de Oro) de Diego Quemada-Diez - 2013

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Sur le papier, on s'attend à l'éternelle cascade de bons sentiments et de dignité oecuménique (Quemada-Diez a été l'assistant de Ken Loach, ce qui augmente le soupçon) : l'odyssée d'un trio d'ados qui tente de franchir la frontière entre le Mexique et les States, avec ce qu'il faut de cavales dans le maquis, de solidarité et de drames, on se dit, oula. On a bien tort : voilà un film très intelligent et très tenu, qui évite la plupart des écueils et s'avère un très joli portrait d'enfance en même temps qu'un exemple d'écriture. Pour exagérer un peu, le réalisateur se fout un peu de son sujet principal, l'immigration clandestine. L'intéressent plus le cheminement intime de ses personnages, et son parallèle possible avec la traversée d'un territoire et d'une "histoire du monde". Bon, je m'explique, je vous sens pantois.

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Pendant tout le film, on a l'impression que Quemada-Diez filme une sorte d'Eden retrouvé : on y voit des enfants souriants courser des poulets, danser la salsa ou jouer aux premières amours, sur un décor de forêt vierge, tout à la joie de l'aventure. L'un des petits héros a même un physique à la Tom Sawyer, et le fait qu'il soit Indien (du Guatemala), donc d'un autre dialecte, ajoute encore à cet aspect primaire de l'esthétique : il s'agit pour ce groupe d'ados de découvrir le monde, apprendre à communiquer, s'ouvrir à l'amour, expérimenter la mort (très belle scène de mise à mort d'une poule), se dresser contre les adultes. Un petit monde certes rude et injuste, mais que nos trois petits héros découvrent avec un entrain et un intérêt communicatifs. Complètement privés de passé, puisqu'ils entrent dans le film presque brutalement, comme s'ils avaient toujours été là, ils sont les Adam et Eve du Mexique, traversant le jardin des Délices avec énergie. L'ambiguité étant bien sûr que leur seul but est de quitter cet Eden pour aller se frotter à l'Enfer, les Etats-Unis, gardé d'ailleurs par un Cerbère dont on n'apercevra que le funeste fusil à lunette. Très loin du misérabilisme, mais sans non plus occulter la dureté du voyage, le film joue sur cette curieuse idée, sur cet intéressant parallèle entre la Genèse et le Mexique d'aujourd'hui.

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Il le fait dans une forme passionnante : superbement éclairé, le décor naturel est regardé avec passion. Les plans simplement contemplatifs sont nombreux, filmés depuis des trains par exemple, ou à travers les branches des forêts.  Quemada-Diez aime de toute évidence les paysages tantôt arides tantôt luxuriants de son pays, et nous les fait voir à travers le regard encore plus subjectif des enfants. On y découvre un réseau de personnages solidaires, dignes et joyeux, même si la cupidité est souvent aussi de mise. La mise en scène alterne ainsi des moments de tension et des moments de plénitude, parfaitement équilibré. Et les deux ou trois coups de théâtre qui viennent donner au film des virages à angles droits sont parfaitement bluffants. On regarde ce récit initiatique sans trop savoir, du coup, qui est le vrai héros de cette histoire, se projetant tour à tour sur chacun des ados (dont les postures vis-à-vis des évènements sont très différentes, et du coup embrassent tout le spectre des émotions, de la peur à la joie, de la rebellion à la pitié). Les petits acteurs sont d'ailleurs impeccables. Dommage que le final soit un peu appuyé, et vienne presque en contradiction avec l'atmosphère presque onirique de l'ensemble. Mais tant pis pour ces 5 dernières minutes : Rêves d'or est à la fois radical et simple, épuré et riche ; un bien beau film sur le passage à l'âge adulte et sur l'appréhension du monde. (Gols 09/03/14)


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Je suis d'accord avec mon pote Gols et ce d'autant que je viens de l'avoir en visio-conférence en direct-live et que je le trouve très beau. Je ne vais pas revenir sur cette analyse si fine du "territoire" (Gols étant plus un gars de terroir qu'un géographe - il situe Mayotte dans les Bermudes et pense toujours qu'on a 12 h de décallage horaire), peut-être un peu plus sur le fait qu'il s'agisse d'une version guatémaltèque adolescente de Jules et Jim (Oui, c'est plus fort que moi, à toutes les sauces, d'autant que le guaqamol... mais je dérive). Quemada-Diez amène très joliment ce quidam indien sous le charme duquel, bien qu'il ne parle point la même langue, la chtite héroïne va tomber - la phrase est retorse, le film l'est moins. Forcément le petit copain de notre héroïne (un gars bas du front, fort en gueule mais beaucoup moins dans l'action) va être jaloux à mourir et envoyer balader à plusieurs reprises ce petit pignouf qui leur colle aux basques. L'héroïne fait le lien, pour ne pas dire le pont entre les deux, et c'est elle qui va donner de la cohésion à ce trio ; ce trio, comme le soulignait Gols, est embarqué avant toute chose dans une aventure intime : du flirt à l'attirance sexuelle, du mépris à l'amitié à la vie à la mort. Quemada-Diez, contrairement à d'autres sur le même thème, ne joue pas dans l'ultra-violence et nous coupe d'autant plus un bras ou un doigt à chaque fois qu'il y a un brusque rebondissement - alors même que ce trio se soude de l'intérieur, des éléments extérieurs vont faire imploser la chose. Quemada-Diez ne joue jamais sur les retournements de situation à la con (un personnage disparaît, va-t-on le recroiser plus tard ? Nan) et cela permet à la chose d'avoir une belle patine réaliste. Un film au ton juste, point "film du monde" - pas si courant de nos jours. Beau premier essai. (Shang - 26/08/15)  

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25 août 2015

Jurassic World (2015) de Colin Trevorrow

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S'il y a bien un truc qui m'excite dans la vie, c'est quand les raptors et les T. Rex se battent contre les traptosorus. Soyons sérieux deux minutes : comment deux parents peuvent être aussi cons pour envoyer leur gamin dans ce genre de parc alors qu'à chaque fois, je dis bien à chaque fois, la sécurité est aussi légère que dans un Thalys - sans vouloir jouer sur la polémique, on ne mange pas de ce pain-là dans Shangols. Cette fois-ci, ce petit con de chinetoque, pour faire plaisir à son boss indien (je dis ça, je dis rien, mais la mondialisation n'a pas que du bon) crée un monstre ultra hybride en le croisant, je n'invente rien, avec une sèche : résultat ? Ben le traptosorus de 15.000 tonnes arrivent à passer inaperçu derrière un cèdre - véridique. Pendant qu'on est d’ailleurs dans le petit côté limite crédible, est-ce qu'il y en a un parmi vous qui a déjà fait de la moto en pleine jungle ? Attention, pas sur un chemin déjà tracé, je parle bien d'un type qui prend sa moto et qui fonce à 200 km/heure en pleine jungle, comme ça, tout droit. On est d'accord, tu fais 12 mètres, tu te prends au minimum une grosse racine. Eh ben pas là. Le héros fonce à toute blinde avec quatre raptors à ses côtés (pfff) en pleine jongle et ça passe comme papa dans maman. Là j'ai vraiment commencé à voir les grosses ficelles du bazar - au moins Omar Sy (son meilleur rôle depuis Omar et Fred, même si dans l'histoire, il ne sert absolument à rien), il est sur un quad, ça le fait un peu plus (Omar sur un quad dans Jurassic World... Déjà rien que ça, ça prouve le grand n'importe quoi du projet).

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Sinon sur le fond - ouais sur la forme c'est toujours les mêmes bestiaux en troupe : tu les remplaces par des ânes ou des ours, tu produis franchement le même effet et pour moins cher en plus -, comme c'est produit par Spielberg, on aura donc droit à une analyse psychologique profonde des rapports familiaux. Deux parents divorcent au début - tu sais déjà qu'à la fin, ils seront ensemble. Deux frères qui ne s'entendent pas au début - tu sais déjà qu'au cours de l'aventure, quand ils auront un rhinopharungus au cul, ils vont s'entraider comme des frères. Une tante frigide anti-gamin au début - tu sais déjà qu'à la fin, elle se tapera le héros et qu'elle aura les yeux qui brillent en pensant à tous les mioches qu'elle va pondre (progéniture qu'elle amènera sûrement connement dans le prochain épisode, Jurassic Cosmos (oh merde, il y avait une faille dans la barrière du T. Rexharrisonfordus !!!!!, comment est-ce possible ?), alors que le parc Astérix est à deux heures. Bref, on décroche rapidement, les 30 dernières minutes d'action ne valant guère en soi le coup : elles ont  d'ailleurs fini par faire pleurer ma gamine de deux ans qui ne supporte pas la violence gratuite. Jurassic film, déjà fossilisé.

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24 août 2015

Le Journal d'une Femme de Chambre (2015) de Benoît Jacquot

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Jacquot, à l'image du valet Joseph interprété par un Lindon la mâchoire serrée et la démarche lourdaude, livre un film fruste, sec, rugueux. S'il prend un soin tout particulier dans la reconstitution (admirez messieurs-dames ces pinces à linge vintage), c'est bien sûr la gâte Léa Seydoux (toute en frustration et en colère rentrée) qui se retrouve au centre de cette troisième adaptation, après celle de Renoir et de Buñuel, du bouquin de Mirbeau. La Léa, qui n'a pas la langue dans sa poche, va aller de Charybde en Scylla avant de trouver une "échappatoire" guère glorieuse, par dépit pourrait-on dire. Trois flash-back qui rentrent en résonnance avec les différentes épreuves qu'elle subit chez les Lanlaire viennent éclairer son parcours de combattante : frustration sexuelle de ses maîtres - hommes et femmes (ce gode a fier allure, ne me dites pas le contraire) -, expérience douloureuse de la mort (Cet ex-beau gosse qui meure en jouissant dans le sang... brrrr), appel du pied à la prostitution. La Léa a beau jouer la fière, elle se prend mur sur mur. Elle, la servante rebelle, se verra finalement confier son destin en cet homme aux idées (très) arrêtées (raciste et sans doute violeur et pédophile - le sac est plein, sans parler de l'argenterie qu'il dérobe à ses maîtres...) qui lui propose une porte de sortie guère reluisante. Une technicienne de surface qui se cogne à tous les coins avant de prendre la poudre d'escampette, ses idéaux en cendre.

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Jacquot, c'est le moins qu'on puisse dire, ne cherche guère à plaire, dans cette version des plus rêches de cette société peu aimable. Même si cette petite musique lancinante au piano, cette intelligente structure narrative, un travail intéressant sur le montage des séquences, ce filmage (de ces mouvements très fluides en caméra portée "à la Dardenne" - producteurs du film soit dit en passant - à ces légers zooms sur les personnages aux moments cruciaux) font leur petit effet, le "carcan" du film avec ces personnages enfermés dans leurs petits principes peine à séduire, à emballer sur la durée. On a l'impression, toujours à l'image du personnage de Lindon fait d'un bloc, d'un film qui ne laisse guère la place aux nuances, qui ne fait rien pour donner une quelconque chance de rédemption à ces êtres pris au piège de leur position sociale. Un peu terne et glaçant malgré une mise en scène souvent bien (voire trop ?) "pensée".

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23 août 2015

Le Paradis (2014) d'Alain Cavalier

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Petite œuvre précieuse que ce dernier opus d’Alain Cavalier : une véritable leçon de mise en scène pour tout apprenti cinéaste ayant à porter de main des clous, une oie mécanique, un robot, des feuilles de papier, du bois sec ou une papaye… Cavalier, d’une voix off feutrée, conte des histoires bibliques ou retrace des épisodes de l’épopée d’Ulysse sur un ton un brin familier pour ne pas dire cavalier. Des histoires simples qui évoquent la conception humaniste et terre-à-terre du gars Jésus ou de l’ami Ulysse… En plus de ces historiettes qui laissent souvent songeurs (qu’il s’agisse de réfléchir aux actions de dieux humains ou d’humains divins), des jeunes gens livrent des « anecdotes essentielles » qui les ont touchées, façonnées (leur premier souvenir, l’expérience de la mort…).

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Le mot « Paradis » du titre trouve des échos tout au long de ces courtes séquences qu’il s’agisse de monde idéal ou de paradis perdu. Il est bien sûr également question de mort (paradis promis…) avec la mort de ce petit paon (pan !) et de ce tombeau en pleine nature que l’on retrouve en fil rouge de ces micro-tranches de vie. Une œuvre précieuse disais-je, apaisée et apaisante, qui fait de Cavalier un maître filmeur des petites choses de la vie ; le coquin Alain se permet même sur la fin un petit clip jazzy chaud comme la braise mettant en scène notre fameuse oie mécanique et ce petit robot rouge. Rihanna peut aller se rhabiller – deux fois même, ne prenons pas de risque. Minimaliste dans son concept, humaniste par son approche, une œuvre cavalièriste pleine de douce sagesse.

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