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9 mai 2024

La Ferme des Bertrand (2024) de Gilles Perret

Ah ce "bonheur" d'être un travailleur des champs, d'être paysan, de passer sa vie à travailler sans avoir le temps de s'amuser, puis un jour, enfin, de prendre sa retraite... et de mourir dans la foulée... Lorsque même le repos, après l'absence quasi totale de loisirs tout au long d'une vie, se refuse à toi... Oui, on pourrait garder du film une certaine vision pessimiste de cette vie agricole, notamment par rapport à la vie de ces trois frères célibataires qui ont travaillé toute leur vie comme des dingues, pour "améliorer leur condition de travail", modernisant leur outil, construisant des bâtisses : une vie dévouée au travail pour garantir une certaine pérennité dans leur exploitation (démentielle - ils ont la moitié de la Savoie, les gars, j'exagère à peine...). Traire les vaches, faucher, planter, semer, sortir les vaches, c'est un travail de titan et ces trois frères y ont consacré leur vie... Avec des regrets ? Oui, celui d'avoir mis le doigt dans un engrenage du travail dont il était ensuite devenu impossible de s'extraire... Certes, la nouvelle génération (un neveu et son associé, la trentaine fringante) avec des engins plus perfectionnés, ont un peu plus de temps libre (ils finissent leur travail souvent avant la nuit, les glandeurs...), de temps à consacrer leur famille, mais cela reste partie congrue, malgré tout... Donc disais-je, on pourrait garder de ce reportage (qui s'étale sur 50 ans), que le côté sombre, une image un peu cruelle et guère reluisante de cette vie de forcené...

Heureusement, on sent aussi parfois dans cet attachement à la terre, dans ce goût du travail bien fait, dans cette solidarité entre les membres de cette famille, comme une sorte "d'enracinement" salutaire : c'est un sacerdoce, c'est un sacrifice, c'est un dévouement aveugle mais cette famille continue de vivre de cette terre et de la faire vivre dans une sorte de symbiose évidente... C'est une vie de peu (le seul écart, semble-t-il, étant de s'octroyer une bonne rasade de gnôle dans le café ou deux-trois ptits verres de cidre bus cul-sec : on peut enfin s'identifier quelques secondes avec nos hommes de la terre...), conduisant généralement à une mort soudaine et prématurée (pour au moins trois d'entre eux) ; une sorte de vie en auto-suffisance loin du brouhaha du monde qui, on l'espère, a tout de même ses bons côtés - ne serait-ce que dans la fierté de respecter ce paysage de carte postale... C'est dur, mais pur... Des aspects que le doc illustre avec une belle pudeur, en laissant ici ou là parole à ces hommes (ou cette femme) où filtrent certes des regrets mais où l'on sent un attachement extrême au lieu (que faire d'autre, même quand la vieillesse vous gagne ?).  Question chiffre d'affaire, facteur polluant, avenir économique, le cinéaste semble rester volontairement dans le flou sur ces sujets-là - comme pour mieux souligner cette vie à en suer, ou cette vision un peu idéalisée de la transmission pleine de respect entre génération. C'est sûrement la limite de ce projet filmique qui se contente (mais ce n'est tout de même pas rien) de donner une image très fidèle de cette vie paysanne en constante évolution grâce notamment aux innovations technologiques et à la dévotion de ces forçats de la terre. Un vrai bol d'air et d'amertume.  (Shang - 29/04/24)

 

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Voilà un film sur l'agriculture qui ne parle d'aucuns des sujets habituels du genre : pas de considérations sur l'écologie, pas de réflexions sur la rude économie du métier, pas de funestes prédictions sur l'avenir de la paysannerie. Ce ne sont pas ces thèmes-là qui intéressent Perret, qui ne les aborde qu'incidemment, en évoquant ici le goût des Bertrand pour les nouvelles technologies (un brin polluantes), là le dénuement financier dans lequel ils se trouvent (même s'ils se déclarent satisfaits du prix du lait), ailleurs les doutes des anciens sur la passion de leurs enfants pour ce labeur. Agréable donc d'aborder la chose par un autre angle : celui de la transmission, de ce qui reste et s'efface d'une génération à l'autre. s'appuyant sur des films réalisés (par lui ou d'autres) durant cinquante ans dans cette même famille, Perret a tout loisir de montrer en quoi ces trois frères rudes et timides cassant trois cailloux sur un pauvre champ ont pu transmettre peu à peu à leurs descendants une gigantesque ferme florissante. Ça n'a pas été sans effort certes, puisque les bougres le disent sans filtre : ils bossent jour et nuit, n'ont jamais quitté leur petit territoire, ont des plaisirs "simples" (en gros, dès qu'on a le temps de souffler, on plante des patates ou on trait les vaches), et regardent les vacances ou le loisir avec circonspection. Des vies de forçat, oui, on peut le dire, mais que les bougres passent dans la satisfaction du devoir accompli, en plein air et dans l'amour de leurs bestiaux : il faut voir la joie du grand-père le jour où il ouvre l'étable où les vaches étaient enfermées après un long hiver, on dirait un môme.

Beaucoup de tendresse et d'amour donc, dans ce film qui ne se cache pas d'être un brin vieux jeu dans sa déification de la valeur travail et du respect des anciens. Au-delà du fond, le film est impeccablement monté entre images des années passées et contemporanéité, ça permet de suivre le destin de cette famille tout en construisant de solides personnages attachants et forts. Mon seul regret est de ne trouver dans le film aucun vrai questionnement, aucune piste de réflexion ; c'est un film sentimental et émotionnel, point, et j'aurais aimé un peu plus de contre-point dans la vision un peu énamourée de cette famille construite sur le labeur. Pas grave : ça reste très doux et apaisant, et on se marre bien finalement devant ces bougres à accent, pleins de bon sens ("Bah p'têt ben que si j'y avais fait autrement, ça y aurait été différent, mais bon, c'est comme ça que ça y est, pis c'est pas plus mal"), ayant consacré à l'ancienne leur existence à leur boulot, et en ayant extirpé un amour de la nature, des animaux, de la famille qui transparait à chaque plan. Bien bien.  (Gols - 09/05/24)

 

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