gom01Dernier long-métrage à ce jour du grand JC, et on ne peut pas dire qu'on reste sur une bonne impression. C'est comme si, sous prétexte qu'on ne lui octroie plus un kopeck pour travailler, le gars mettait son point d'honneur à réaliser son film le plus coûteux en terme de projet. Ghosts of Mars est démesuré côté effets spéciaux et explosions de décors, mais le manque de moyens saute aux yeux : c'est cheap comme c'est pas permis, et ça tombe du coup dans la série Z totale. Tout est naze : la musique (mais ça c'est pas vraiment nouveau...), les acteurs, le scénario, les effets, et même les méchants (des figurants grimaçants habillés en gothique, ridicules).

On sent souvent derrière ce désastre quelques pistes intrigantes : une société matriarcale, érotisée à mort et pourtant étrangement dé-sexualisée ; un hommage vigoureux aux westerns grande époque, avec attaque de train et maquillages de sioux à l'appui ; un petit côté psychédélique bienvenu, l'héroïne s'avérant être une droguée devant lutter contre d'autres drogués ghosts2(elle voit la mer quand elle se shoote, les vilains fantasmant plus sur les décapitations sanglantes); enfin, une attirance toujours précieuse vers les minorités, meurtriers, solitaires, personnages légèrement déviants. Mais toutes ces pistes ne vont pas très loin. La plus intéressante, cette prise de pouvoir par les femmes, fait notamment long feu, le film tombant assez vite dans les travers mêmes qu'il tente de dénoncer (sur-érotisation des corps féminins, crétinisation des esprits masculins, puis chacun revenant sagement sur ses bases à la fin). Il est vrai que Carpenter tente quand même de fouiller dans cette voie avant de laisser tomber, surtout sur une séquence troublante où l'héroïne, gagnée par le virus maléfique, combat contre elle-même pour retrouver son humanité : on y assiste à un long orgasme féminin filmé frontalement, comme si la sexualité, dans ce futur austère, était avant tout une affaire intérieure qui peut se passer facilement des hommes. La seule apparition d'un vrai rapport de couple est vite annulée par l'action, et seule cette scène déconnectée du reste témoigne de la vraie volonté de Carpenter.

Côté mise en scène, on note une intéressante construction d'ensemble, avec une série de flash-backs qui s'insèrent les 294677295_75dda96480uns dans les autres, qui reprennent parfois sur une scène précédente pour redéployer les cartes. Mais là aussi, Carpenter abandonne trop vite cette idée, cantonnée à la première moitié du film ; en plus, il ne la tient pas vraiment : tout est censé être raconté par la vision du personnage principal, mais beaucoup de scènes sont illogiques dans ce sens. D'illogismes, le film en est d'ailleurs plein, transformant les personnages en un groupe d'idiots incapables (on imagine environ 10 façons de s'en sortir à chaque fois, pas eux). Quant aux scènes purement spectaculaires, elles sont poussives à mort : les cascadeurs semblent sortis du club de judo débutant de La Canourgue (Lozère), ils se battent avec une lenteur désespérante. Tout se réduit à des explosions de maquettes miteuses (une calamité dans les décors rougeâtres et les petites constructions en Lego), à des cris gutturaux et à des fusillades filmées avec un sérieux papal. Difficile de voir là-dedans autre chose qu'une crétinerie fauchée qui tente de cacher sa misère. On compte sur un prochain retour de Carpenter sur grand écran pour faire oublier ce nanar (ses courts réalisés ensuite laissent augurer du meilleur).

tout Carpenter is bloody here