Vampires de John Carpenter - 1998
Après la poilante colère de mon ami Shang sur Honor de Cavalleria (on a trois lecteurs, on vient d'en perdre deux), je me devais de revenir à du lourd en matière d'entertainment. C'est chose faite avec ce gros machin bizarre du roi John, Vampires, qui doit être en gros à l'opposé d'Albert Serra dans l'histoire du cinéma.
J'avoue que je ne sais pas trop sur quel pied danser à la vision de ce film kitsch et en apparence con comme un panier : est-ce du premier degré bédé-ique, et dans ce cas-là un immonde navet complètement ringard ? ou doit-on y déceler une lecture plus profonde, et dans ce cas Vampires peut raconter des tas de choses intéressantes ? Connaissant assez bien l'oeuvre de Carpenter, je ne peux m'empêcher de pencher pour la deuxième solution. Même si cette fois le discours politique est balancé avec trop de naïveté, j'aime bien cette énième variation sur les rapports entre bien et mal, et surtout cette critique frontale de l'Eglise. James Wood (la démarche la plus curieuse du cinéma
américain, un balai dans le cul mais en même temps une classe folle) joue un chef d'entreprise chargé par le Vatican d'éradiquer les vampires de la surface de la terre. Les premières scènes sont parfaites, où l'on suit le train-train quotidien de cette bande de mercenaires plantant des pieux dans les coeurs comme d'autres pointent à l'usine. On se dit que Carpenter va se livrer à un "évidage" complet du mythe du vampire, celui-ci faisant désormais partie du paysage et constituant un simple parasite dont il faut se débarrasser. Les choses se compliquent avec l'arrivée du "super-vampire", un gars tout pâle habillé comme les ados gothiques d'aujourd'hui : la mutation du mythe arrive à son summum, puisque c'est l'Eglise elle-même qui a créé ce monstre total. Là, on sent que Carpenter avait reservé ses cartouches, et effectivement ça devient la fête.
Une grande partie du film est consacrée à ce retour en grâce des Croisés et de leur engagement religieux, mais modernisés à travers un inversement des motifs : Woods est toujours un agent du Bien, mais crasseux, impoli, ne reculant pas devant la torture, privé de sentiments ; ses commanditaires sont des prêtres torves, que la foi a abandonnés et qui fabriquent du monstre pour rester crédibles. Le film multiplie les références à cette Histoire-là, apparition de l'Inquisition à l'ancienne, décors hispanisants, quête du Graal (la croix de Béziers), jusqu'à une scène de crucifixion et d'eucharistie complètement premier degré : Woods, en cuir et tiags, planté sur une croix, et des gusses qui dégustent son sang. Comme dans Prince of Darkness, John Carpenter (JC) tente de réaliser une sorte de Nouveau Testament à l'envers, où les valeurs morales seraient inversées, où l'Eglise serait devenue le garant du Mal. C'est pas mal, mais traité franchement sans subtilité, presque trop lisible pour être vraiment profond, ne laissant aucune place au mystère. Dommage.
Le film reste solide formellement, le gore fait souvent son apparition avec là aussi beaucoup de frontalité. Mais curieusement, c'est quand Carpenter a le plus de moyens qu'il fabrique les films les moins personnels, et celui-ci ne faillit pas à la règle : il est dépourvu de ces inspirations fulgurantes qui jalonnent ses grands films, et on n'est jamais épaté par la mise en scène de Vampires. Juste amusé et diverti, pas ébloui. Un petit film, empreint d'une juste colère, mais qui reste du divertissement sans conséquence.
tout Carpenter is bloody here














Cynique, joyeusement borderline (la séquence où Jack Crow revient au motel pour faire « le ménage » !), ouvertement malpoli et provocateur, plus que de genre le film se pose foutument – et pour notre plus parfaite jubilation - en prototype de mauvais genre.
Héros vulgaires, grossiers et ouvertement négatifs, aux fulgurances confinant parfois au plus parfait cartoonesque (voir certaines mines dégoûtées de James Woods et apprécier le régulier approximatif des interventions), environnement délétère (entre minables motels à putes, église criminalisée et décadente, et haciendas peckinpahesques) et argument aussi incongru qu'irrévérencieux (une sorte de 12 Salopards mandatés par le Vatican pour estourbir le premier vampire créé par une Église aux représentants volontiers hystériques dans la violence)... font de cette « Aorte Sauvage »***, une fois roublardement combinés ensemble, quelque chose d'autrement plus excitant (et de plus réussi) que tous les Dan Brown du monde tomhanksés pour les box offices grégairement paresseux.
Casting au poil (Môssieur James Woods, mais aussi la toujours insaisissable Sheryl Lee (Sailor et Lula, Backbeat mais surtout LA Laura Palmer de Lynch !) et un énième frangin Baldwin (le graisseux Daniel, ayant accompagné Mickey Rourke et Don Johnson **** dans leur traversée du désert 90's) dont l'atavique incharisme familial fait ici des merveilles d'approprié !) ou presque (le so 90's Michael Wincott eut sans doute fait un meilleur Valek !), rythme incroyablement soutenu, traitement plastique remarquable (intérieurs aussi bien éclairés que ceux du Prince des Ténèbres, extérieurs aussi décalés que dans le futur et aussi gourmand Ghosts of Mars*****), tout concourt à faire du western à dents longues Ze film de vampires de la fin des 90's (plus que le Dracu' d'Coppo' (que Carpenter crut longtemps se voir offrir avant qu'on lui ôte le joujou des mains, la faute à sa trop faible notoriété et sa piètre bankabeulité)) et sans doute même la meilleure chose qui soit arrivé au mythe jusqu'à True Blood...
Aux côtés d'Aldrich et de Peckinpah, Carpenter fait -une fois de plus !- grave le boulot !
Note dans son contexte ici:
http://eightdayzaweek.blogspot.com/2009/09/quel-film-avons-nous-vu-ce-jour_20.html