vlcsnap_2010_03_29_20h26m50s36Je termine cette odyssée Carpenter avec une rareté, une biographie d'Elvis Presley assez inattendue de la part du fan de monstres politiques. Autant le dire : ce n'est pas le film le plus intéressant de JC, même si on suit plutôt avec plaisir les aléas de la vie du King, Carpenter choisissant toujours l'option de la simplicité et de la modestie plutôt que de charger inutilement la mule. Tout est dans l'ordre traditionnel du biopic : enfance, ascension, doutes et chute, aucune surprise ne vient émailler ce schéma calibré; mais on peut remarquer quand même que jamais Carpenter ne cède à la tentation facile du grand spectacle. Pour lui, Elvis est un petit mec normal, et tout l'enjeu du film est de le confronter justement à une situation qui ne l'est pas. Issu d'une famille pauvre, assez inculte, naïf et gamin, Elvis est confronté avec une fulgurante rapidité à son statut de légende et à la fortune : comment va-t-il s'en sortir ? C'est la seule et intéressante question du film.

vlcsnap_2010_03_29_21h55m28s225Le trauma initial (il en faut toujours un dans un biopic qui se respecte), c'est la mort du frère jumeau, Jesse Garon, qu'Elvis va toujours considéré comme "the place inside me which is empty". On n'ira pas plus loin : pas de drogue, pas d'alcool, pas de gros problème de couple, panoplie habituelle de ce genre de film. Et c'est tant mieux : Carpenter reste sur ce thème, transformant peu à peu cette douleur morale en hallucination concrète : Elvis parle à son ombre, à cette image de lui autant symbolique de celui qu'il n'est pas que de cet autre mort depuis longtemps. C'est joli, et ça nous évite les sempiternels passages sur l'écorché vif, le génie drogué et déjanté, etc. Bon, il est vrai aussi qu'avec ce choix, Carpenter évite les sujets qui fâchent, et se met les fans dans la poche : si Elvis fut violent, ça n'apparaît que dans une petite scène où il casse une lampe de chevet ; s'il fut un acteur minable, on le voit pas du tout dupe du système hollywoodien ; si la fin de sa vie fut empreinte de ringardisme, il transforme ça en ultime combat contre lui-même. JC parvient même à éviter THE sujet attendu : la mort du King, controversée, ne sera pas montrée, on préfère s'arrêter aux derniers feux de la gloire lors d'un concert à Las Vegas.

vlcsnap_2010_03_29_23h13m04s185Il n'empêche que cette frilosité et cette peur de déplaire donnent une très agréable simplicité à Elvis. Le film semble touché par le bonheur, par l'énergie de ces 60's que Carpenter filme très amoureusement. Les deux tiers du film sont pleins d'insouciance, d'émerveillements, de mignonnes saynettes où on voit simplement Elvis balancer son bassin dans tous les sens et envoyer la sauce. Même si le sujet de la musique lui-même est balancé aux orties (qu'est-ce qui fait la grandeur d'Elvis au point de vue artistique ? On ne le saura pas), Carpenter est présent pour filmer les performances du King, soutenu par l'impressionnante prestation de Kurt Russell : on n'attendait pas le bougre ici, il est parfait de sensibilité et d'énergie, se faisant la gueule du King sans en rajouter, et très convaincant dans les parties chantées aussi bien que dans ses poses de loubard de Prisunic que savait prendre le vrai Elvis. On ne s'ennuie pas une seconde sur les 2h45 de film, malgré la somme de passages obligés, et on ressort de ça en se dandinant du pelvis et en hululant "toudi froudi on de rouli", preuve de la réussite de la chose.

tout Carpenter is bloody here