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Il y a eu un avant-Halloween, et un après-Halloween, mais il est clair que l'après ne sera jamais tout à fait le même que l'avant (Lao-Tseu). Pour faire plus clair, Carpenter signe en 1978 le film d'horreur ultime, qui est à la fois la somme de ce qu'il a ingurgité comme films de genre et le départ de nouvelles règles du jeu pour ses successeurs. Ceux qui n'ont pas encore vu ce classique pourraient penser, à ces mots, que le film est d'une complexité terrible ; c'est tout le contraire : Halloween est une épure totale, faisant le pari du vide et de la lenteur, osant même vider 1 heure entière de son film de quelconque évènement.

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Après une intro qui force déjà le respect (5 minutes de plan séquence en caméra subjective), le film, effectivement, va prendre un malin plaisir à nous faire attendre la trame. Or, elle ne vient qu'un quart d'heure avant la fin. Entre temps, rien ; rien d'autre qu'une vague silhouette immobile qu'on distingue au fond de l'écran, que quelques farces d'étudiants jouant à se faire peur, que 4 notes de musique qui hantent chaque instant, qu'une tension infimement maniée pour monter à un rythme lentissime imposé par Carpenter. Réaliser un film d'horreur sans horreur, voilà la force de ce film-essai, et c'est totalement réussi. Carpenter sait que la suggestion, l'attente du pire, sont bien plus flippantes que la mort elle-même, et repousse sans arrêt le spectacle, qui l'intéresse d'ailleurs bien peu. Il y a dix fois plus de tension dans ces simples plans fixes sur un homme planté dans un jardin que sur les coups de couteau que Michael Myers finit tout de même par distribuer avec générosité. JC trouve ce qui fait la sève de nos cauchemars d'enfant, ce côté inéluctable de l'horreur : on sait que ça va arriver, et à partir de là peu importe quand ça arrive.

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D'autant que cet aspect presque abstrait du Mal et de la mort, Carpenter l'intensifie encore par son scénario absolument dénué de tous les passages obligés du genre qui sévissent aujourd'hui. Myers est un tueur, point. Pas d'explication psychologique, pas d'énigme ou de coup de théâtre savamment cachés sous le tapis, pas de flash-backs qui expliqueraient le pourquoi de la chose. Là aussi, l'épure est totale : sans justification, la peur est encore plus forte. C'est une grande idée d'avoir fait de Myers un être sans visage (en tout cas, son masque est comme la page blanche sur laquelle on peut tout projeter de nos fantasmes morbides), c'en est également une de l'avoir rendu invincible : pas tout à fait humain, privé de parole, immortel et sans sentiments, il n'est mû que par son simplissime but : décimer la distribution du film. Le travail gigantesque de la mise en scène sur les profondeurs de champ sert parfaitement cette inéluctabilité : dès qu'un personnage se croit à l'abri et reprend son souffle au premier plan, on voit, tout au fond de l'écran, la silhouette de Myers se redresser de façon irréelle (on pense au Nosferatu de Murnau) et se diriger très lentement vers le lui. C'est horrible et parfaitement effrayant.

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Le film a seulement un peu vieilli pour tout ce qui concerne, justement les rares pics de violence. Les cadavres planqués dans l'armoire, les fausses alertes, les bruits bizarres, tout ça a tellement été fait et refait et disséqué depuis qu'on les voit venir bien à l'avance. De même que la morale franchement coincée de l'ensemble, qui veut que ce soit seulement les jeunes qui ont péché (entendez qui baisent et se droguent) qui reçoivent le couteau de Myers, alors que la jeune fille propre sur elle sera sauve. Craven a réglé leur compte à ces règles du jeu dépassées dans Scream, pas la peine d'y revenir. Mais sur cette partition éprouvée, Carpenter parvient tout de même à jouer sa musique hyper-personnelle, et crée le "sine qua non" du genre, sans effet, sans esbroufe, avec la tranquillité du vieux briscard (alors qu'il n'avait que 30 ans à l'époque). Un chef-d'oeuvre, bien entendu.

tout Carpenter is bloody here