15 juillet 2008
Les Frissons de l'Angoisse (Profondo Rosso) (1975) de Dario Argento
Considéré avec Suspiria comme l'une des meilleurs réussite du gazier, Profondo Rosso bénéficie d'une image joliment léchée et de séquences qui alternent l'énigme proprement dite et les trois ou quatre scènes gores du genre. Il faut sûrement remettre ce film au milieu des années 70 pour expliquer son succès ("le meurtre a été commis par un schizophrène paranoïque... hum, hum" - ouais forcément, on imagine moins bien un handicapé aveugle, par exemple) d'autant que la musique très vintage des Goblins a non passablement vieilli quand elle ne copie point, à la basse, le thème de Mike Oldfield de Tubular Bells (ah si, definitely).
Enfin bon, un pianiste est témoin d'un meurtre sanglant: sa voisine du dessous, télépathe de profession, ça existe mais c'est rare, vient de se faire trancher la gorge contre la vitre de sa fenêtre, sale spectacle quand on rentre chez soi, pour peu que ce ne soit point la voisine qui fout exprès des talons hauts pour faire du bruit à deux heures du mat. Notre ami est bien ennuyé et s'allie avec une journaliste, qui joue assez mal mais a de jolis yeux, pour remonter la trace du coupable... Eh, eh, l'enquête progresse: il est vaguement question d'une comptine enfantine dans une villa abandonnée (ce qui renvoie à la superbe séquence d'ouverture du film), éléments que l'on retrouve dans un récit de légendes; allons voir l'écrivaine de cette histoire avant qu'elle ne se fasse poignarder... Oups, encore trop tard... Argento ne se presse pas plus que ça pour faire monter l'angoisse qui survient au détour d'une poignée de séquences: un petit hommage à Hitch avec des zoziaux, des bébés pendus (enfin des poupées..) qui ne font point les malins, et quand ça charcle, trois bons seaux de peinture rouge sont souvent nécessaires. Esthétiquement on voit bien qu'il n'y a vraiment pas à se plaindre vu les productions du même genre à l'époque (jolis panoramiques, montage fluide, belle utilisation du Techniscope dans toute sa longueur (la séquence sur la plazza, entre les deux potes, avec l'immense statue couchée), pour les frissons on ne peut pas dire non plus qu'on mouille sa chemise tout du long. Mais ne soyons point rosso, et saluons l'atmosphère trouble aux miroirs assassins de l'Argento.
19 mars 2007
Pelts de Dario Argento - 2007
Très poilant, ce pe
tit film à l'ancienne montre une fois de plus le savoir-faire très pro d'Argento, à qui on ne la fait pas pour ce qui est de faire du gore. Le scénario de Pelts est pas loin d'être nul, mais peu importe : ce qui compte, c'est le mauvais goût totalement assumé du Dario, pas avare en hémoglobine et en bocaux de tripoux. D'accord, on peut voir dans le film une prise de position contre les vendeurs de fourrure. Mais je crois que Pelts est plutôt une pure forme, un essai entre le gag et le happening, qui fonctionne souvent. Entre le gars qui s'arrache sciemment la tronche sur un piège à ratons-laveurs à la petite couturière chinoise qui se coud les yeux et la bouche, du tailleur qui s'ouvre le bide aux ciseaux au marchand verreux qui s'écorche lui-même, on a droit à des scènes certes peu amènes au niveau de l'hygiène pure, mais très marrantes dans leur côté frontal. On sent le pépère
jubilant devant ses bras coupés et ses tripailles sanglantes, et c'est vrai que le surenchérissement fonctionne très bien. Les sons glauquissimes ajoutés par Argento sont immondes, on s'y croirait. Ca fait du bien de voir qu'un vieux briscard comme lui parvient à se moquer du genre, notamment à travers une scène de sorcière avinée où on frôle le n'importe quoi assumé. On hésitera certes deux secondes à caresser un raton-laveur après ça, mais bon c'est pas le plus grave. C'est le deuxième épisode réalisé par Argento dans la série des Masters of Horror, et pour l'instant, totale satisfaction.
30 septembre 2006
Jenifer de Dario Argento - 2005
Jamais été un grand fan de Dario Argento, bien que je lui reconnaisse des qualités, mais de façon sporadique : il y a dans la plupart de ses films au moins cinq ou six plans bien sentis. Ce Jenifer est de très bonne tenue, surtout dans l'émotion qu'on ressent à voir ce vieux de la vieille rendre hommage aux "Masters of Horror" qui l'ont précédé. On reconnaît avec malice tous les clins d'oeil cinéphiliques du gars : le personnage principal, jeune femme au corps sublime mais au visage horrible, rappelle Elephant Man ; la présence du cirque aux monstres renvoie à Freaks ; la jolie scène de la petite fille qui lance des fleurs dans sa piscine est une allusion mignonne au Frankenstein de James Whale ; la musique (magnifique) est presque copiée sur les compositions d'Herrmann pour Hitch, puis dévie vers le Carpenter première mouture... Bref, on fait un agréable petit tour dans le monde des films qui font peur, et c'est assez touchant.
Bref, Argento fait du bon vieux cinéma comme on l'aime, ressort les vieilles recettes qui fonctionnent toujours à merveille, et livre un film d'un classicisme élégant. Ceci dit, le format court (le film dure 55 minutes) dessert franchement le scénario, qui tente d'utiliser l'ellipse pour décrire le parcours psychologique des personnages, mais n'y arrive pas : l'histoire est franchement peu crédible, on ne croit pas à ce truc de flic qui tombe sous le charme du monstre cannibale qu'est Jenifer. Elle a beau être visiblement un super-coup au lit (d'ailleurs Argento a l'air de vouloir enfin parler sexe de façon crue et directe, mais échoue, en coupant ses scènes de lit beaucoup trop tôt, prude comme tous les réalisateurs de films d'horreur), on ne croit pas à cette attirance : elle bouffe quand même un chat, une petite fille, et deux messieurs, avant que le type se décide à se dire que c'est peut-être pas l'amour de sa vie.
Les scènes gores sont rigolotes, bien sanglantes, et la première partie du film est élégament mise en scène. Un film à la papa fait par un gars qui connaît toutes les ficelles. Très sympa.


