06 février 2010

Suspiria (1977) de Dario Argento

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Avant que les fans d'Argento se jettent sur moi une hache à la main pour me découper le coeur en ayant pris soin auparavant de tamiser la lumière, j'admets que je ne suis pas un grand fan du genre ni même du sieur. Attention, force est de reconnaître, en la matière, la composition des cadres, le travail sur les lumières, l'importance de la bande sonore, sans parler de ce festival de couleurs qui feraient passer un film de Beineix pour une pâle oeuvre en noir et blanc... Mais justement, on est tellement saturé par cet arc-en-ciel vif et primaire (gros gros budget que celui des gélatines), par cette musique infernale signée des Goblins (bon ben finalement, j'ai pas honte d'écouter Mike Oldfield...), qu'on se sent vite noyé devant ce déferlement formel alors que le fond est aussi mince que du papier d'argent. Oui, cette école munichoise est possédée par le mal (de lointains échos d'un autre temps, possible) où règnent des profs gaies comme des portes de prisons (...) et des serviteurs zélés inquiétants, incarnés par le fils de Frankenstein (sacrée tronche, ce Roumain) et le fils caché de Dave et Patrick Juvet (peut-être encore plus inquiétant).

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Sans chercher à multiplier les scènes d'horreur brutes et frontales - finir poignardée douze fois, le coeur ouvert et pendue, ça doit faire mal quand même -, Argento tente de nous la jouer plus "subtil" en nous en montrant le moins possible pour en suggérer le plus... Ouais c'est quand même pas Tourneur non plus et trop de bruits inquiétants (de la deuxième à quatre-vingt douzième minutes) tue l'inquiétude... Notre pauvre ballerine américaine est toute stressée, on la comprend mais rien ne l'empêchait de sécher les cours vu l'ambiance mortifère des lieux. Quand, en plus, un spot rouge vient frapper en permanence la cuvette des toilettes, il est de bon ton de s'éclipser sans demander son reste. Mais nan, faut qu'elle comprenne, la bougresse, et Argento aura le malheur de ne pas laisser planer le mystère jusqu'au bout pour nous livrer un final plus comiquement gore que terrifiant. Reconnaissons tout de même que le type n'est pas un manchot, notamment dans les séquences filmées en plongée (les deux petites ballerines dans la piscine aussi vulnérables que des tétards, ce pauvre aveugle (le meilleur rôle de Gilbert Montagné à ce jour, d'autant qu'il finit en morceaux), à l'ouïe sûrement trop fine, qui va payer au prix fort sa rébellion (se faire bouffer par son propre chien, quelle horreur), mais j'ai eu bien de mal à aller jusqu'au bout sans étouffer de longs bâillements - couverts par la musique - devant cette esthétique de boîte de nuit vintage (moui, c'est un coup bas - peut-être que l'ami Gols, daltonien, serait moins choqué... ou verrait rien...). Bref, po ma tasse de thé, ou mon expresso si vous préférez - mais cela reste un feeling très personnel, bien entendu (pas non plus envie de finir crucifié).

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02 janvier 2010

Inferno de Dario Argento - 1979

vlcsnap_2010_01_02_19h48m18s6Ah le bon vieux nanar ! Je confesse ne pas être un Argentophile, mais là, quand même, on touche le fond. Même Alan Parker aurait trouvé too much cette esthétique clipeuse proprement immonde, même Jean-Pierre Mocky passe plus de temps sur le jeu des acteurs, même Jean-Michel Jarre aurait pondu une musique meilleure. Que dire devant la profonde nullité de ce bidule (que d'aucuns considèrent comme culte, remarquez bien) ? Le scénario est incompréhensible : il est question de trois mères-sorcières qui habitent dans trois villes différentes, oui mais non parce qu'il y a une fille avec un chat qui regarde bizarrement le héros, mais un handicapé est dans le coup, sauf qu'un libraire se fait bouffer par des rats avant d'être égorgé par un cuisinier, mais oui mais non parce que le voisin est dans le coup aussi mais se fait tuer, mais il y a un cadavre dans de l'eau, mais qui mène à une cave où on trouve des bouts de livres en latin, mais... Rien compris, c'est bien simple. Je veux bien reconnaître que là réside peut-être la seule qualité du film : avec une confondante naïveté, Argento balance toute trace de trame aux orties et se contente de scènes horrifiques. C'est mignon : le gars veut faire peur, et se fout bien de savoir qui fait peur à qui et qui tue qui.

vlcsnap_2010_01_02_20h27m05s240Sauf que, détail ennuyeux, le film fait peur comme une pub pour les jeans des années 80. 99% du métrage consiste à faire errer des donzelles issues d'on ne sait où (mais qui sont toutes ces nanas ?) dans des couloirs bleus et rouges, avant de nous les montrer décimées par on ne sait qui. Si les premières séquences sont un poil intrigantes (une plongée dans la flotte bien travaillée au niveau des sons), on s'arrache bien vite les cheveux devant ces scènes répétitives toujours construites de la même façon : une fille qui avance doucement vers l'endroit évidemment le plus torve, avant qu'une main la saisisse et ne l'emmène ad patres. Le tout dans les mêmes néons que le "Copacabana" de La Baule. Argento balance sa musique au petit bonheur, ce qui donne parfois un effet éminemment comique à ses scènes : un gars qui marche, et boum on a une espèce de chant gothique tonitruant, qui arrive n'importe où et se termine n'importe quand. Quant aux acteurs, ils sont affreux, peut-être aussi parce qu'ils n'ont absolument rien à jouer. Pas de personnage en effet à se mettre sous la dent dans ce défilé de simples victimes en instance, dont on sait pertinemment qu'ils vont mourir derrière la vlcsnap_2010_01_02_20h52m27s97prochaine porte. Même les quelques séquences qui auraient pu être intéressantes (le gars bouffé par les rats, ou une attaque de chats) sont mal fagottées, mal montées, incompréhensibles à tous les niveaux (où sont les personnages ? qui sont-ils ? pourquoi meurent-ils ?). Le terme "kitch" semble avoir été inventé par Argento en 1979 : je ne souhaite à personne de tomber un jour sur cette série Z+, ça serait dommage de se blesser l'oeil.

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15 juillet 2008

Les Frissons de l'Angoisse (Profondo Rosso) (1975) de Dario Argento

Considéré avec Suspiria comme l'une des meilleures réussites du gazier, Profondo Rosso bénéficie d'une image joliment léchée et de séquences qui alternent l'énigme proprement dite et les trois ou quatre scènes gores du genre. Il faut sûrement remettre ce film au milieu des années 70 pour expliquer son succès ("le meurtre a été commis par un schizophrène paranoïque... hum, hum" - ouais forcément, on imagine moins bien un handicapé aveugle, par exemple) d'autant que la musique très vintage des Goblins a passablement vieilli quand elle ne copie point, à la basse, le thème de Mike Oldfield de Tubular Bells (ah si, definitely).

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Enfin bon, un pianiste est témoin d'un meurtre sanglant : sa voisine du dessous, télépathe de profession, ça existe mais c'est rare, vient de se faire trancher la gorge contre la vitre de sa fenêtre, sale spectacle quand on rentre chez soi, pour peu que ce ne soit point la voisine qui fout exprès des talons hauts pour faire du bruit à deux heures du mat. Notre ami est bien ennuyé et s'allie avec une journaliste, qui joue assez mal mais a de jolis yeux, pour remonter la trace du coupable... Eh, eh, l'enquête progresse : il est vaguement question d'une comptine enfantine dans une villa abandonnée (ce qui renvoie à la superbe séquence d'ouverture du film), éléments que l'on retrouve dans un récit de légendes; allons voir l'écrivaine de cette histoire avant qu'elle ne se fasse poignarder... Oups, encore trop tard... Argento ne se presse pas plus que ça pour faire monter l'angoisse qui survient au détour d'une poignée de séquences : un petit hommage à Hitch avec des zoziaux, des bébés pendus (enfin des poupées..) qui ne font point les malins, et quand ça charcle, trois bons seaux de peinture rouge sont souvent nécessaires. Esthétiquement on voit bien qu'il n'y a vraiment pas à se plaindre vu les productions du même genre à l'époque (jolis panoramiques, montage fluide, belle utilisation du Techniscope dans toute sa longueur (la séquence sur la plazza, entre les deux potes, avec l'immense statue couchée), pour les frissons on ne peut pas dire non plus qu'on mouille sa chemise tout du long. Mais ne soyons point rosso, et saluons l'atmosphère trouble aux miroirs assassins de l'Argento.

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19 mars 2007

Pelts de Dario Argento - 2007

Très poilant, ce pe3tit film à l'ancienne montre une fois de plus le savoir-faire très pro d'Argento, à qui on ne la fait pas pour ce qui est de faire du gore. Le scénario de Pelts est pas loin d'être nul, mais peu importe : ce qui compte, c'est le mauvais goût totalement assumé du Dario, pas avare en hémoglobine et en bocaux de tripoux. D'accord, on peut voir dans le film une prise de position contre les vendeurs de fourrure. Mais je crois que Pelts est plutôt une pure forme, un essai entre le gag et le happening, qui fonctionne souvent. Entre le gars qui s'arrache sciemment la tronche sur un piège à ratons-laveurs à la petite couturière chinoise qui se coud les yeux et la bouche, du tailleur qui s'ouvre le bide aux ciseaux au marchand verreux qui s'écorche lui-même, on a droit à des scènes certes peu amènes au niveau de l'hygiène pure, mais très marrantes dans leur côté frontal. On sent le pépère2 jubilant devant ses bras coupés et ses tripailles sanglantes, et c'est vrai que le surenchérissement fonctionne très bien. Les sons glauquissimes ajoutés par Argento sont immondes, on s'y croirait. Ca fait du bien de voir qu'un vieux briscard comme lui parvient à se moquer du genre, notamment à travers une scène de sorcière avinée où on frôle le n'importe quoi assumé. On hésitera certes deux secondes à caresser un raton-laveur après ça, mais bon c'est pas le plus grave. C'est le deuxième épisode réalisé par Argento dans la série des Masters of Horror, et pour l'instant, totale satisfaction.

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30 septembre 2006

Jenifer de Dario Argento - 2005

jenifer2_748790Jamais été un grand fan de Dario Argento, bien que je lui reconnaisse des qualités, mais de façon sporadique : il y a dans la plupart de ses films au moins cinq ou six plans bien sentis. Ce Jenifer est de très bonne tenue, surtout dans l'émotion qu'on ressent à voir ce vieux de la vieille rendre hommage aux "Masters of Horror" qui l'ont précédé. On reconnaît avec malice tous les clins d'oeil cinéphiliques du gars : le personnage principal, jeune femme au corps sublime mais au visage horrible, rappelle Elephant Man ; la présence du cirque aux monstres renvoie à Freaks ; la jolie scène de la petite fille qui lance des fleurs dans sa piscine est une allusion mignonne au Frankenstein de James Whale ; la musique (magnifique) est presque copiée sur les compositions d'Herrmann pour Hitch, puis dévie vers le Carpenter première mouture... Bref, on fait un agréable petit tour dans le monde des films qui font peur, et c'est assez touchant.

Bref, Argento fait du bon vieux cinéma comme on l'aime, ressort les vieilles recettes qui fonctionnent toujours à merveille, et livre un film d'un classicisme élégant. Ceci dit, le format court (le film dure 55 minutes) dessert franchement le scénario, qui tente d'utiliser l'ellipse pour décrire le parcours psychologique des personnages, mais n'y arrive pas : l'histoire est franchement peu crédible, on ne croit pas à ce truc de flic qui tombe sous le charme du monstre cannibale qu'est Jenifer. Elle a beau être visiblement un super-coup au lit (d'ailleurs Argento a l'air de vouloir enfin parler sexe de façon crue et directe, mais échoue, en coupant ses scènes de lit beaucoup trop tôt, prude comme tous les réalisateurs de films d'horreur), on ne croit pas à cette attirance : elle bouffe quand même un chat, une petite fille, et deux messieurs, avant que le type se décide à se dire que c'est peut-être pas l'amour de sa vie.

Les scènes gores sont rigolotes, bien sanglantes, et la première partie du film est élégament mise en scène. Un film à la papa fait par un gars qui connaît toutes les ficelles. Très sympa.

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