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C'est Halloween, ressortons les vieux trucs. En 1970, Argento pose les bases du giallo et réalise ce petit film fûté, imparfait mais très fun, qui restera un des étalons du genre. Notons tout de suite que, dans toutes les scènes où il ne s'agit pas de filmer des meurtres ou des moments de tension, on s'ennuie sévère. De ce côté-là, le temps a fait son oeuvre, et ces dialogues à rallonges, ces déplacements qui ignorent l'ellipse, ces petites saynètes insipides, ces vagues tendances erotique soft, ont fait leur temps : c'est ringard, dépassé, et le vrai plaisir consiste plus à se foutre de la gueule des costumes et du jeu des acteurs qu'à apprécier les qualités cinématographiques du bazar.

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Par contre, dès qu'il s'agit de filmer de la gonzesse terrifiée, de la ruelle sombre ou du zigouillage de seconds rôles, Argento est bel et bien présent, et nous offre quelques vrais moments de bravoure. Le sommet : cette séquence cauchemardesque où le héros, prisonnier entre deux parois de verre, est contraint d'assister à un meurtre qu'il est impuissant à arrêter. La scène, par son silence, par l'implacabilité de son dispositif, a tout de la scène onirique, les images muettes constituant désormais le cauchemar lancinant qui peuple les pensées du héros : il importe de se repasser sans arrêt les images traumatiques pour y déceler LE détail oublié qui sera la clé du mystère. Le film revient sans arrêt sur la même scène, zoomant à l'envi, écartant le cadre, ralentissant les mouvements, pour tenter de trouver la solution du bazar. La thématique de l'image manquante, quoi, que j'avoue être une des mes passions. Ce qui est fort avec ce film, c'est qu'Argento opère un basculement insensible mais très bien géré entre le héros et nous : de spectateur des agissements du serial-killer, le gars va devenir victime de celui-ci puis peu à peu acteur et justicier ; le spectateur suit le même chemin, d'abord simple témoin, puis sollicité de plus en plus pour lui aussi scruter ces images et aider le protagoniste. La résolution de la chose est d'autant plus réussie qu'elle était dès le départ sous nos yeux : Argento nous prend en défaut, nous accusant à juste raison de ne pas assez regarder son film. C'est la mise en scène de ce premier meurtre qui donne la tonalité du film entier ; à la rigueur, tout le reste n'est là que pour meubler l'attente et en arriver au point sensible : qu'est-ce qu'on n'a pas vu, qu'est-ce qui nous échappe ?

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Un meublage d'attente tout à fait délicieux, plein de crimes suprêmement mis en scène à grands coups de zooms tonitruants, de musique angoissante (Morricone au pupitre, et c'est bon) et de rythme lentissime qui fait doucement monter l'angoisse. On voit ce que De Palma a aimé là-dedans : un mélange de baroque, d'exagération presque grand-guignolesque et de maîtrise totale du suspense. Le calme du tueur permet à Argento d'étirer jusqu'à plus soif les séquences de crime, et à notre regard de percevoir la beauté des couleurs (du noir et blanc très froid en général, sur lequel le rouge du sang qui coule à flot vient trancher dans un effet puissant). Il y a une sorte de fétichisme des gestes du tueur qui confine à la fascination, et le film parvient très bien à nous prendre la main dans le sac de cette fascination morbide. Dommage que les scènes calmes soient si fades ; voilà un vrai petit trésor de thriller, original, pionnier et précieux.