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Un beau bordel au programme de ce Argento tardif, qui pleure le bon temps du giallo mais ne parvient pas à se hausser jusqu'au baroquisme des oeuvres passées. A vrai dire, on ne comprend pas grand chose à la construction de ce bazar. On connaît le peu de souci qu'Argento prend à ses scénars, ayant le goût de la séquence plus que du film dans son entier, et acceptant de sacrifier des pans entiers de trame pour obtenir le petit effet rouge sang qu'il convoitait, bon. Mais là, on est souvent perplexe devant l'inconsistance de l'histoire, et comme côté explosion de violence on reste un peu sur sa faim, on finit par trouver cet opus bien vieillissant. Le compère, et c'est peut-être le plus troublant dans ce film assez trouble, engage sa fille, la jeune Asia, pour interpréter le rôle principal : une jeune fliquette en charge d'une affaire de violeur et de tueur en série. Lors de son enquête, elle tombe, victime du fameux syndrome de Stendhal dans un musée de Florence : trop de beauté, bim, dans les pommes. C'est alors (rêve ou réalité) qu'elle tombe dans un monde étrange, mélange de souvenirs, de fantasmes et de faits, au travers duquel elle va mettre la main sur l'assassin... à moins qu'il ne soit pas celui qu'on croit... à moins que celui qu'on découvre finalement ne soit pas non plus celui qu'on croit...

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On reconnaît son Argento à huit kilomètres. Rien à foutre des scènes "entre", ce qui lui importe est de montrer des scènes sanglantes les plus impressionnantes possibles. Au rang des premières donc, les fameuses scènes du syndrome sus-cité, à faire frémir les créateurs d'effets spéciaux d'aujourd'hui : Asia, pâmée tout du long, pénètre dans les oeuvres d'art comme dans un moulin, grâce à des effets numériques parfaitement immondes, ou dans des scènes pour le coup bien baroques et bien barrées : et vas-y que j'embrasse un gros thon à visage humain, et vas-y que je te filme des pilules qui glissent dans un oesophage, beurk. Pourtant, tout commençait bien avec cette jolie scène angoissante dans le musée, très habilement montée, où la tension monte sans que rien ne soit réellement dangereux dans cette séquence. On sent des restes de talent de la part du vieil Argento pour la suggestion, son goût pour le torve étant très bien mis en valeur par la musique d'un Morricone hyper expérimental cette fois-ci. Mais après cette séquence, on s'enfonce peu à peu dans le n'importe quoi, surtout après la première heure : une psychologie féminine envoyée aux orties (quoi ? je me suis fait violer ? et alors ?), des personnages clownesques sous-utilisés (la partie masculine du casting), des illogismes complets, des séquences carrément rococo qui gâchent tout. Asia ne sait plus à quel saint se vouer, elle enfile des perruques pour changer de personnalité (?), guérit sans problème de son syndrome dont on se rend compte à ce moment là qu'il n'était qu'un prétexte inutile, et finit par devenir une criminelle endurcie (de toute façon elle était aussi crédible en flic que moi en danseuse balinaise).

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Bon, heureusement, de temps en temps, sporadiquement, on retrouve un peu le Argento d'avant. Dans les scènes de meurtre par exemple, bien sadiques et glauques comme il faut ; la prostituée qui meurt d'une balle qui lui traverse les joues en témoigne (même si le plan est d'une laideur insigne). La violence est assez jusqu'au-boutiste, on sent que le cinéaste sait ce qui fait mal (une lèvre coupée à la lame de rasoir, par exemple), et il prend une douce jouissance à faire souffrir la belle Asia. C'est d'ailleurs une autre des qualités du film, un peu extérieure à lui : voir un père regarder souffrir sa fille, dans un rapport ambigu et troublant. Le twist final, même si scénaristiquement on s'en tape un peu, est assez efficace aussi dans sa mise en scène, qui se lâche enfin un peu et laisse s'exprimer le styliste. Bon, c'est vrai, Asia rencontre un gars qui s'appelle Marie et qui lui explique qu'en France, ce prénom est très souvent masculin... mais malgré ce genre de détails, on peut apprécier parfois le film, qui est frontal et ne se préoccupe pas d'être un grand film, du moment qu'il en donne pour son argent au regard voyeur du spectateur. Pour le coup il sera loin du compte, mais pourra quand même se taper cette petite pâtisserie de consommation courante sans honte et sans ennui.

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