Considéré avec Suspiria comme l'une des meilleures réussites du gazier, Profondo Rosso bénéficie d'une image joliment léchée et de séquences qui alternent l'énigme proprement dite et les trois ou quatre scènes gores du genre. Il faut sûrement remettre ce film au milieu des années 70 pour expliquer son succès ("le meurtre a été commis par un schizophrène paranoïque... hum, hum" - ouais forcément, on imagine moins bien un handicapé aveugle, par exemple) d'autant que la musique très vintage des Goblins a passablement vieilli quand elle ne copie point, à la basse, le thème de Mike Oldfield de Tubular Bells (ah si, definitely).

deepred

Enfin bon, un pianiste est témoin d'un meurtre sanglant : sa voisine du dessous, télépathe de profession, ça existe mais c'est rare, vient de se faire trancher la gorge contre la vitre de sa fenêtre, sale spectacle quand on rentre chez soi, pour peu que ce ne soit point la voisine qui fout exprès des talons hauts pour faire du bruit à deux heures du mat. Notre ami est bien ennuyé et s'allie avec une journaliste, qui joue assez mal mais a de jolis yeux, pour remonter la trace du coupable... Eh, eh, l'enquête progresse : il est vaguement question d'une comptine enfantine dans une villa abandonnée (ce qui renvoie à la superbe séquence d'ouverture du film), éléments que l'on retrouve dans un récit de légendes; allons voir l'écrivaine de cette histoire avant qu'elle ne se fasse poignarder... Oups, encore trop tard... Argento ne se presse pas plus que ça pour faire monter l'angoisse qui survient au détour d'une poignée de séquences : un petit hommage à Hitch avec des zoziaux, des bébés pendus (enfin des poupées..) qui ne font point les malins, et quand ça charcle, trois bons seaux de peinture rouge sont souvent nécessaires. Esthétiquement on voit bien qu'il n'y a vraiment pas à se plaindre vu les productions du même genre à l'époque (jolis panoramiques, montage fluide, belle utilisation du Techniscope dans toute sa longueur (la séquence sur la plazza, entre les deux potes, avec l'immense statue couchée), pour les frissons on ne peut pas dire non plus qu'on mouille sa chemise tout du long. Mais ne soyons point rosso, et saluons l'atmosphère trouble aux miroirs assassins de l'Argento.

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