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Avant que les fans d'Argento se jettent sur moi une hache à la main pour me découper le coeur en ayant pris soin auparavant de tamiser la lumière, j'admets que je ne suis pas un grand fan du genre ni même du sieur. Attention, force est de reconnaître, en la matière, la composition des cadres, le travail sur les lumières, l'importance de la bande sonore, sans parler de ce festival de couleurs qui feraient passer un film de Beineix pour une pâle oeuvre en noir et blanc... Mais justement, on est tellement saturé par cet arc-en-ciel vif et primaire (gros gros budget que celui des gélatines), par cette musique infernale signée des Goblins (bon ben finalement, j'ai pas honte d'écouter Mike Oldfield...), qu'on se sent vite noyé devant ce déferlement formel alors que le fond est aussi mince que du papier d'argent. Oui, cette école munichoise est possédée par le mal (de lointains échos d'un autre temps, possible) où règnent des profs gaies comme des portes de prisons (...) et des serviteurs zélés inquiétants, incarnés par le fils de Frankenstein (sacrée tronche, ce Roumain) et le fils caché de Dave et Patrick Juvet (peut-être encore plus inquiétant).

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Sans chercher à multiplier les scènes d'horreur brutes et frontales - finir poignardée douze fois, le coeur ouvert et pendue, ça doit faire mal quand même -, Argento tente de nous la jouer plus "subtil" en nous en montrant le moins possible pour en suggérer le plus... Ouais c'est quand même pas Tourneur non plus et trop de bruits inquiétants (de la deuxième à quatre-vingt douzième minutes) tue l'inquiétude... Notre pauvre ballerine américaine est toute stressée, on la comprend mais rien ne l'empêchait de sécher les cours vu l'ambiance mortifère des lieux. Quand, en plus, un spot rouge vient frapper en permanence la cuvette des toilettes, il est de bon ton de s'éclipser sans demander son reste. Mais nan, faut qu'elle comprenne, la bougresse, et Argento aura le malheur de ne pas laisser planer le mystère jusqu'au bout pour nous livrer un final plus comiquement gore que terrifiant. Reconnaissons tout de même que le type n'est pas un manchot, notamment dans les séquences filmées en plongée (les deux petites ballerines dans la piscine aussi vulnérables que des tétards, ce pauvre aveugle (le meilleur rôle de Gilbert Montagné à ce jour, d'autant qu'il finit en morceaux), à l'ouïe sûrement trop fine, qui va payer au prix fort sa rébellion (se faire bouffer par son propre chien, quelle horreur), mais j'ai eu bien de mal à aller jusqu'au bout sans étouffer de longs bâillements - couverts par la musique - devant cette esthétique de boîte de nuit vintage (moui, c'est un coup bas - peut-être que l'ami Gols, daltonien, serait moins choqué... ou verrait rien...). Bref, po ma tasse de thé, ou mon expresso si vous préférez - mais cela reste un feeling très personnel, bien entendu (pas non plus envie de finir crucifié).

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