Dune - extended edition (1984) d'Alan Smithee
Que David Lynch n'ait même pas voulu signer cette version longue de son film ne met pas en confiance. On savait depuis longtemps que Dune - l'original - n'était pas un chef d’œuvre mais restait "visible" pour un film de S.F. du début des années 80 ; là, on a quand même l'impression d'un ratage terrible tant cette version est molle, poussive, sur-explicative... On a droit dès le départ à un genre de petite B.D. pour nous expliquer le "contexte" ; le truc est longuet et absolument inutile, ce pauvre narrateur, qui va ensuite revenir toutes les dix minutes nous balancer des infos au long du film, ne faisant que répéter 25 fois les mêmes noms (des personnages ou des planètes) comme s'il s'adressait à des gamins amnésiques. Et puis qu'est ce qu'on en a vraiment à foutre de la philosophie des Bene Gesserit résumé en 2 mots, surtout que le film fait ensuite totalement l'impasse sur leur véritable influence !! Toutes les différentes familles sont ainsi évoquées pendant des plombes comme si on allait assister à une fresque de douze heures ultra-compliquées, alors que le bazar est simple comme bonjour : l'Empereur s'allie aux Harkonnen contre les Atréides. Voilà, c'est plié, balancez-nous MacLachlan avec sa coiffure piquée à Mike Brant, qu'on rigole !... Oui, c'est vrai qu'une trentaine d'années après il y a quand même des trucs qui paraissent encore plus kitschouille : la palme pour le slip de Sting - sûrement désigné par Starck -, le plus beau de toute la galaxie.
La première heure est un enfer (des discussions en alcôve pendant lesquelles on apprend rien de nouveau, on se croirait dans le premier épisode de La Guerre des Étoiles...), la seconde sur Dune est de la poudre aux yeux (en effet, on passe un peu plus de temps avec les fameux Fremen - dans les scènes rajoutées à la version originale, ils n'ont plus les yeux bleux (on sent bien que la post-prod a été faite par dessus la jambe)), la troisième un cauchemar (les séquences où MacLachlan se retrouve tout jouasse sur les vers semblent signées Corman) : on nous donne sur la fin deux trois explosions, histoire de nous faire croire que ça pète et cela se révèle aussi efficace qu'un couteau à beurre dans un kloug - Dieu que cette nouvelle version est chiante, on en arriverait presque à penser que Lynch avait sauvé les meubles en nous faisant un ptit concentré d'un peu plus de deux heures. Seule satisfaction, tout de même, la grande musique de Toto avec ces immenses nappes musicales en boucle... Hein ? Oui, bon, ça va, on a le droit de s'auto-chambrer... A noter quand même, pour rester sur une note positive, que le film permet de donner son meilleur rôle à Jean-Marie Le Pen en baron Harkonnen - on reconnaît bien sa finesse malgré les pustules qui lui couvrent le visage - le seul personnage vraiment décadent et trash du truc... Au delà de ça... aïe, aïe, aïe (mouais, quelques jolis décors, des monstres freudiens - les vers phalliques et la bouche vaginique des boss de la Guilde...). J'en viendrais presque à penser que la version téléfilmique du bazar - assez fidèle à Herbert - mérite plus le détour. Sacré Alan.
Lady blue Shanghai (2010) de David Lynch
Dior (et John Galliano en directeur artistique qui est donc passé depuis des limbes lynchiennes aux limbes éthyliques fascisantes...) a eu la bonne idée de commander ce petit clip au gars Lynch qui passa donc dans ma contrée sans même m'en avertir (le respect dans tout ça, oublie...). Une histoire forcément claire comme l'eau du Huangpu avec une Marion Cotillard qui va avoir la surprise de trouver dans sa chambre d'hôtel non point une oreille mais une sacoche Dior bleue opalescente. Prise de panique, elle appelle la sécu, leur conte la trouble légende qui se cache derrière la construction de la tour shanghaienne de la Perle de l'Orient avant de se faire elle-même "happer" dans une étrange vision avec un amant qui a bien du mal à se matérialiser... Comme la fleur qu'il lui offre avant de "s'évanouir dans la nature" se retrouve dans la fameuse sacoche de la chambre, difficile de ne pas voir là-dessous un petit discours subliminal (hum) : entre la femme et les produit de la marque en D. se cacheraient des histoires d'A., euh, immatérielles presque...
C'est bien sûr et bienheureusement accommodé à la sauce lynchienne avec musique d'ambiance qui fout les boules, agents de la sécurité filmés en plongée guère rassurants, effets spéciaux aveuglants et rideau rouge... L'échappée belle de Marion et de son amant (filmée à la "high speed caméra" apparemment) est captée de façon à laisser dans les rétines des "traces d'image éminemment oniriques" (ouais, avec Lynch, j'ai décidé de me lâcher...) et le petit citoyen shanghaien que je suis ne peut que s'amuser ici ou là à retrouver les lieux qu'il arpente quotidiennement vus à travers le prisme lynchien. Beau "coup de pub"... fatal au John (certes) qui est parti rejoindre le monde situé derrière le rideau rouge...
Courts-Métrages de David Lynch (1967-2009)
Six Men Getting Sick (six times) (1967) est une pure expérimentation graphique, qui prend pour base une sorte de tableau à la Bacon que Lynch triture à l’envi. Six personnages-tronc, donc, dans des couleurs grisâtres, qui vont muter, se fondre l’un dans l’autre, créer d’autres formes, et finir par gerber des flots de couleurs, le tout sur fond de sirène d’alarme, et répété six fois. Me demandez pas, je dirais, mais tout de même : ça montre l’importance de la peinture et de l’animation dans l’univers lynchien, et ce film marque visiblement l’importance de sa découverte du cinéma. On y voit notamment l’apparition d’une pellicule de film qui marque la débauche de couleurs et fait passer brusquement du terne au vivant. Ce que j’en dis, après…
Avec The Alphabet (1968), on s’approche vraiment de la matrice des longs-métrages. Et on se dit aussi au passage que l’apprentissage de la lecture n’a pas dû être très agréable pour le petit David. Sur une bande-son récitant l’alphabet d’une voix enfantine, on voit d’abord une petite animation bizarre mais charmante qui montre toutes les lettres, puis on passe brusquement à quelques plans pratiquement gore où une petite fille dans un lit vomit des flots de sang (ou de lettres) sur les draps. La violence des gros plans sur ce visage couturé, la crasse des images, les sons de vent, tout contribue à vous plonger dans une atmosphère absolument horrible. A 22 ans, le gars était déjà un grand malade, mais son génie visuel éclate déjà dans ces quelques plans hantés et barjots. Eprouvant.
On passe dans la partie chef-d’œuvre avec le beaucoup plus ambitieux The Grandmother (1970). Plus scénarisé, il raconte une histoire assez indicible : un garçon maltraité par ses parents plante une graine dans son lit ; de la plante sortira une grand-mère gentille qui saura le faire s’évader de son quotidien violent. Si l’animation a encore toute sa place là-dedans (des scènes qui évoquent la naissance, la minéralité, les fluides…), les acteurs font leur apparition, et là c’est du lourd : c’est tout simplement une sorte d’introduction à Eraserhead, avec cette haine de la famille qui jaillit dans les portraits monstrueux des parents, avec cette fascination pour la naissance et les fluides corporels, avec cette façon d’aborder le monde comme une épreuve infernale. Le travail sur les sons est grandiose, notamment les rares voix, mélanges de cris et d’aboiements, qui terrorisent immédiatement. Lynch varie les techniques visuelles (image par image, ralentis, flous, travail direct sur la pellicule, pixellisation) pour servir une sorte de symphonie de la terreur enfantine qui reste en tête. Un bad trip génial et complètement barré.
The Amputee (1974) est plus anecdotique, et franchement mystérieux. Une femme amputée des deux jambes lit une lettre à haute voix, pendant qu’une nurse panse ses plaies (à la toute fin, un liquide blanchâtre coule par flots du moignon de la donzelle). Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer ce que ça veut dire. C’est fait en un seul plan fixe et c’est malsain à mort, rien à dire de plus.
Moins d’amateurisme et d’expérimentation dans The Cowboy and the Frenchman (1988), et c’est bien dommage : le film est certes plaisant, la première moitié est même assez poilante, mais c’est un peu creux et superficiel aussi. Un Français pure souche débarque au milieu d’un ranch de cowboys roots, avec sa mallette pleine de clichés (une tour Eiffel, des frites, des escargots…). La réussite tient dans les rythmes de dialogues (« What the hell ? » répété à tout bout de champ par les yankees fascinés, et dans cette étrangeté décalée que Lynch sait toujours mettre en place. Cadres originaux et tempo heurté, c’est du bon boulot. Il y a aussi une belle séquence nocturne avec chevaux qui se cabrent dans une lumière glauque, qui rappelle les inspirations de Lost Highway. Mais on s’ennuie un peu devant l’absence de sujet. L’humour de Lynch fonctionne quand il est inséré dans la terreur, il est moins fort dans la pure comédie.
Bien que Industrial Symphony #1 (1989) prenne comme point de départ une scène coupée de Wild at Heart (très jolie scène, d’ailleurs, douce et dure à la fois), c’est bien le style Twin Peaks que Lynch expérimente ici : musique de Badalamenti qui reprend presque le thème de la série, ambiance entre glauques lumières de torche électrique et planage éthéré, récurrences des jeunes filles (qu’elles soient nues et pourchassées ou gamines et rêveuses), et jusqu’au nain mythique qui fait ici son apparition en bûcheron taquin. Ceci dit, on a l’impression que Lynch manque un peu d’inspiration, ou au moins de temps, pour réussir cet opéra contemporain : ses images sentent le réchauffé, et sont un peu cheap dans leur réalisation. Il répète 3 fois le coup de la chanteuse qui descend des cintres, fabrique maladroitement un diable de carton-pâte et peine à relancer l’action entre les chansons. Le gars n’est pas fait pour le live (le film est une captation d’un spectacle qu’il a monté pour un festival), et c’est assez bancal.
Retour au barré avec l’ardu Premonitions Following an Evil Deed (1995), extrait de Lumière et compagnie. 55 secondes filmées avec la caméra d’origine des frères Lumière, 5 plans isolés les uns des autres (le dernier semble pourtant être la suite du premier). Ca fait peur malgré la rapidité, et Lynch arrive, dans la contrainte, à donner quelques flashs de cauchemar encore une fois très impressionnants. Ce petit machin est fantomatique et dérangeant, retrouvant ainsi quelque chose de l’origine du cinéma « (regarder agir des gens morts », disait je ne sais plus qui).
The Darkened Room (2002) est plus dans sa veine récente, celle de Mulholland Drive. Une femme au rimmel étalé enfermée dans une chambre, à côté d’une poupée branchée sur un fil, une tortionnaire qui vient la harceler de questions, le tout commenté en vidéo par une nana sibylline, inutile de chercher à comprendre, c’est du pur fantasme. Lynch interroge la puissance du regard, et la force de son propre cinéma, en nous suggérant de ne pas regarder alors qu’il déploie en même temps un style hypnotique qui nous accroche aux images. La longueur des plans, le mystère total qui se dégage de tout ça, la « musique » lancinante qui nous prend dans ses filets, c’est impeccable et incompréhensible comme les grands films récents du maître.
Série de dessins-animés de 8 épisodes de 4 minutes, Dumbland (2002) nous prouve une bonne fois pour toute que le gars Lynch va po bien dans sa tête. Si Freud était encore là il ferait un bilan sûrement pessimiste du type: en 32 minutes on a quand même droit à un enculeur de canard manchot, un marteau dans le cul, un couteau dans la tête, la plupart des personnages pètent grassement, et les éclatages de tronches sont multiples... et j'en passe; ça éructe, ça gueule, ça chie dans tous les sens, du Lynch version je me lâche... Jouant beaucoup sur la répétition - des séquences et des sons - on a pas vraiment l'impression que Lynch ait une vision très saine du monde qui nous entoure - les gamins ressemblent à des monsieur "pain d'épice", les femmes ne font que hurler et le mari dit fuck tous les 2 mots... L'épisode 6 est assez révélateur: pendant 4 minutes le gamin saute sur un trampoline, la femme devient de plus en plus hystérique sur son fauteuil, le match de lutte à la télé montre un gars éclatant la tête d'un autre, la rue n'est également que bruit avec accidents, camions de pompier, tirs à la mitraillette (...)... tout ça pour finir sur une chtite mouche qui vole faisant dire à notre héros qu'elle dérange "Fucking fly"... Voilà donc... Aime bien aussi celui avec les fourmis qui lui chantent pendant deux minutes "quand on te regarde on voit un trou du cul" (il s'est mis le produit anti-fourmis dans la tronche, il a des visions), lui cela le rend dingue, il finit au plafond pour tuer toutes ces putains de fourmis qui l'envahissent, se gauffre, se retrouve intégralement dans un plâtre et là les fourmis reviennent pour s'engouffrer à l'intérieur... Le type hurle avant d'exploser... Ouais, il y a bien que Lynch pour oser des trucs pareils... (Shang – 10/11/06)
… et j’ajoute que ça fait du bien de voir Lynch revenir à l’animation, d’autant que ces petits films sont d’une impolitesse bien inhabituelle chez le gars. Visiblement, Lynch envisage le prolo américain comme un gros beauf qui terrorise sa femme, son voisin, ses animaux et son gosse, regarde la télé toute la journée, et balance des gnons dès qu’il est pris en défaut. Il a sûrement pas tort, et la série est franchement jouissive. On a aimé les mêmes épisodes avec mon copain Shang, mais j’ajoute au palmarès « The Doctor » : un docteur qui teste le seuil de tolérance à la douleur de son patient ; après matraquage au marteau et plantage de couteau dans la tête, l’autre éprouve enfin quelque chose ; « C’est bien ce que je pensais : vous êtes parfaitement normal », conclue le doc. Ravageur et énorme. (Gols – 06/10/08)
Boat (2007) est un étrange voyage commenté en voix off : une femme est embarquée sur un bateau pour un trip hébété qui l’emmène vers une destination inconnue. Lynch tente le truc des images vidéo banales qui deviennent chargées de mystère par la seule force de l’imagination et de l’évocation. Ca marche : le film est très tenu, réalisé en caméra subjective comme s’il nous embarquait nous-mêmes dans son univers. Un gros plan sur une spirale de cordes, une main qui attrape une manette quelconque, un plan nocturne sur le sillage laissé par le bateau, et on plonge dans la Lynch touch. Le gars est bien toujours aussi sombre et abscons, et c’est pour ça qu’on l’aime.
Absurda (2007), extrait de Chacun son Cinéma, est une merveille qui condense en 2 minutes toute la fascination que Lynch éprouve pour le cinéma, et toute la fascination qu’il nous fait éprouver. Sorte de prolongation de Inland Empire, c’est une nouvelle proposition sur la force du regard, et surtout sur la condensation de celui-ci sur l’écran. Un plan large sur une salle de ciné, quelques motifs plus ou moins effrayants qui s’agitent sur la toile, un cri, quelques bribes de dialogues, une musique hantée, des ruptures de ton qui arrivent comme des couperets : c’est magnifique, abstrait certes mais habité comme c’est pas permis. Et ça soulage de voir que Lynch n’est pas devenu le pur réalisateur de concepts qu’il laissait apparaître dans Inland Empire. Son cinéma est toujours aussi hypnotique.
Retour aux sources avec un clip réalisé pour Moby pour son morceau Shot In The Back Of The Head (2009) : on retrouve à travers ces images d'animation cradingues les inspirations des débuts, celles d'Eraserhead, mais on retrouve aussi la veine salace de Dumbland. C'est assez abscons, et je ne suis pas sûr que la musique (très moyenne) de Moby était tout à fait dans cet esprit-là : dans une ville sombre striée de traits noirs, un homme embrasse une tête de femme. Une main armée d'un revolver apparaît (le mari ?) et explose notre homme in the back of the head donc. S'ensuit une échappée dans les limbes sur fond de marasme glauque. Si on reconnaît la patte du David, on ne peut que constater que son inspiration tend sérieusement à devenir torve, à travers un ésotérisme brumeux et malsain qui manque un poil de lumière. Certes, Lynch n'a jamais été un joyeux drille, mais cette nouvelle production l'enfonce un peu plus dans un univers fermé, solitaire et trop mystique pour être honnête. Reste que c'est toujours une bonne nouvelle de voir un nouveau Lynch, et que, comme expérience glauque, ce clip vaut le détour.
Twin Peaks - Fire Walk with me (1992) de David Lynch
Il n'y avait pas encore de Lynch dans ce blog, ce qui, pour le plus grand réalisateur américain, semble un comble, tout de même. A la re-vision, 14 ans après, de Twin Peaks, on ne peut que se replonger dans ses émotions de l'époque, époque donc où les errances cacochymes du gars Lynch pouvaient passer à côté du jeune homme plein de sève que j'étais. Je me souviens avoir été plus qu'intrigué par cet OVNI filmique à l'époque, et avoir gardé un certain malaise incompréhensif à la sortie.
Aujourd'hui, je n'aurai qu'un mot : j'adore. Twin Peaks est une
sorte de premier essai de ce qu'est Lynch aujourd'hui : un grand créateur de poésie filmique, l'un des rares à avoir compris qu'un film ne doit pas être une histoire, et que le cinéma est un art unique en soi. Dans cet "essai", comme dans les 2 autres grands films barrés qui suivront (Lost Highway et Mulholland Drive), le fou tente de trouver des systèmes de correspondances entre les plans, et de créer l'homogénéité esthétique dans un chaos total. Le scénario est digne d'un grand malade, avec des pans d'histoire très "logiques" qui basculent soudain dans l'onirisme ou l'abstraction pure (un nain qui parle à l'envers, David Bowie en fantôme, un cheval
blanc dans un salon bourgeois, un gamin masqué qui danse la gigue...). Je défie quiconque de me dire qui a bien pu vouloir tuer Laura Palmer, puisque tel est soi-disant le sujet du film. Et j'adore que l'on me perde ainsi dans les méandres d'un scénario improbable pour mieux me rattraper par la forme pure.
Le style de Lynch se reconnaît en 3 secondes, et pourtant impossible de mettre des mots sur ce qui fait le "style Lynch". Cette étrangeté du quotidien, entre film d'horreur et humour noir, entre surréalisme et hyper-réalisme, américanissime
autant qu'européen (de l'Est, surtout, Polanski est passé par là) font des films du gars des pans d'art contemporain, inclassables et uniques. Il y a du Kubrick sûrement là-dedans (dans le cadre très en à-plat, et les couleurs), il y a du Edward Hopper (dans la crudité des mises au point), il y a du Kerouac autant que du Dickens ou du Kafka... Il y a surtout du Lynch, que voulez-vous. Twin Peaks n'est pas encore à la hauteur de Lost Highway (notamment par la musique très dépassée de Badalamenti), mais tel quel, il a déjà toutes les apparences d'un immense film de psychopathe. (Gols - 08/09/06)
Ah, je crois être en dissonance avec mon Bibice car, contrairement à la série, je trouve que le film est définitivement très mou du genou. De plus, il y a toujours un scénario chez Lynch (l'assassin (Bob inside Leland) de Laura Palmer est quand même un des points centraux du film), plus ou moins alambiqué certes, pas forcément d'une logique descartienne, mais qui est bel et bien là: il participe à la richesse du sens et des interprétations (Mulholland Drive sur lequel je pourrais passer la nuit) et laisse sur le cul quand le fil reste trop ténu pour ma petite intelligence (Inland Empire, que?). Dire de ses films qu'ils ne sont que pures oeuvres d'art formelles (ça permet en plus de rester extatique sans avoir à se justifier), c'est réduire de moitié la portée de ses films. (C'est un peu comme imaginer Elephant Man sans difformité... Ben si) Bon ça c'est dit.
Oui quelle déception après avoir revu l'intégrale de la série que ce petit film qui n'apporte pas grand chose à la légende Twin Peaks... Si tous les événements ont déjà été évoqués dans la série, en dehors de l'épisode de 30 minutes en prélude sur l'assassinat de Teresa Banks dont on se contrefout (Kiefer Sutherland est aussi crédible dans ce rôle qu'il est violent dans 24), la plupart des lieux et des personnages mythiques (le commissariat et l'hôtel) est totalement escamotée - certes c'était avant l'assassinat mais faut croire que cela a proprement réveillé la ville... Plus d'Audrey, une Donna remplacée (Moira Kelly est insipide), Shelly et Leo ont une scène de 30 secondes qui n'a rien à voir avec la choucroute, la femme à la bûche et le manchot sont placés in extremis pour le fun... Bref, comme dirait mon comparse, on a simplement l'impression que Lynch a suivi le cahier des charges pour Bouygues, à l'image de ce morceau de bravoure dans la boîte, très "sex, drug and rock'n'roll" -bel étalage de seins certes- mais pas vraiment passionnante (j'ai un peu fini le nez dans les chaussettes, ébloui par cette lumière rouge gavante et fatigué par cette musique saoûlante...). L'humour, le décalage omniprésents dans la série et participant grandement à son charme restent quasiment nuls (tous les traits semblent forcés à l'image de cette danseuse en rouge au début du film d'un ridicule sans nom), tout le monde prend son rôle très au sérieux, à l'image du Dale Cooper dans la scène finale tout content de jouer au chien de garde auprès de la Laura. Oui il y a un cheval blanc dans une chambre bourgeoise et qu'on aille pas me dire qu'il s'agit d'un clin d'oeil à la Pologne de Wajda!: c'est gratuit, juste surprenant et déroutant pour la forme, mais relié à aucun autre élément du scénario (ou j'ai loupé quelque chose...) alors que dans la série, il y a avait un jeu sur les CORRESPONDANCES, sur les REPETITIONS, sur l'idée du DOUBLE, qui lui donnait toute sa profondeur, sa résonance et son intérêt. Eh oui.
Pas vraiment emballé par le film à sa sortie - je n'étais pas tombé dans la marmite de la série à l'époque -, et après la vision passionnée de celle-ci, je dois tristement avouer que le film n'apporte absolument rien - juste une ressucée (ben oui c'est féminin, j'ai vérifié dans le dico, bizarre hein?) de certaines idées déjà longuement développées lors des deux saisons. Pas le feu... (Shang - 03/09/07)
Inland Empire (2007) de David Lynch
Je sais pas si c'est moi, mais j'ai l'impression que depuis deux films, Lynch est en roue libre. Je sais que ça va
faire hurler la plupart des nombreux lecteurs de ce blog, mais Inland Empire m'a énormément déçu. Qu'est-ce que vous voulez, j'attends un peu plus de la part du réalisateur de Blue Velvet et Lost Highway que cet habile et roublard exercice de style auteuriste.
Lynch tente le juste milieu entre les expérimentations du génial Eraserhead et la violence onirique de Twin Peaks... et ne parvient qu'à remplir un cahier des charges qui finit par lasser. Ressortant sa panoplie trop courte du petit Lynch, il remplit ses plans de stroboscopes, de faux semblants, de personnages étranges, d'hommes-lapins, d'obscurité et de femmes effrayées. Mais là où ses autres expérimentations
fonctionnaient par leur universalité, par leur adresse directe et simple au public, les élucubrations de Inland Empire n'ont l'air de concerner que leur auteur. Où est donc passée cette urgence qui faisait la fulgurance des films du gars ? Le film souffre d'un manque de sincérité flagrant, que le pépère compense par de l'esbrouffe pure et simple : gros plans tordus, stridences de sons, faux raccords, brouillage systématique des pistes. Le film ne fait jamais sens (attention, je n'ai pas dit que je voulais qu'il y ait un sens dans la trame du film, ça je m'en fous ; je dis juste que Lost Highway, par exemple, fonctionnait sur une homogénéité esthétique constante, sur des correspondances géniales entre les visions), et finit par ennuyer sévère. On sent passer les 2h45, d'autant qu'on sent que Lynch cherche à nous prendre en otage dans cette durée et dans son monde schyzophrénique. Dommage, car il reste bien sûr plein de jolies choses
là-dedans. Laura Dern, enfin adulte, est vraiment pas mal dans ses métamorphoses, et on voit bien que c'est là un des principaux sujets du film : une actrice vue par un cinéaste, point (Lynch, nouveau Zulawski ?). Certains plans, franchement effrayants, font bondir dans son fauteuil. Et puis il y a toujours cette étrangeté, induite par la mise en scène seule, notamment sur toutes les scènes en plan fixe des lapins, qui rappelle l'amour de Lynch pour le théâtre.
Mais ça ne me suffit pas. Définitivement, l'avenir du gars ne se fera ni dans le classicisme (A Straight Story), ni dans le copiage bêta de son savoir-faire. Next one. (Gols - 15/02/07)
Bon, vous prenez 10 boîtes de puzzles de 2000 pièces; vous mélangez le tout; vous en jetez 3 poignées dans un égoût, 2 dans une poubelle, et une que vous cachez dans votre appart. Vous gardez une pièce que vous mélangez dans la bouffe du chien. Et là vous obtenez un immense foutoir. Comme le répète plusieurs fois Laura Dern "Mais je ne comprends pas ce que je fais là?" - Tout pareil. Tout ça pour finir par la faire vomir sur le fameux Hall of Fame... On se demande jusqu'à quel point Lynch se fend la gueule dans son coin.
Pourtant cela commençait plutôt bien avec un tournage de film, une mise en abyme, des dédoublements de personnalités, un mélange de passé et de présent, mais quand Laura Dern se met par regarder par le trou de cigarette qu'elle a pratiqué dans son soutif, on sent bien que tout part en live. On assiste dès lors à un immense zapping et plutôt que de pleurer comme "la fille en bleu" qui regarde ce défilé d'images, on se prend à caresser son chat qui s'amuse avec ses petites griffes. Nikki devient Susan et vice versa avant de partir faire un barbec complètement à l'est (oui...) et à force de se demander mais bordel qui est qui, qui fait quoi, où?... on serait à peine surpris de voir Lynch prendre la place du spectateur et de se retrouver soi-même soudainement à l'écran, en train de regarder, effrayé, Lynch caresser mon chat... On n'est même plus dans un labyrinthe kafkaïen, on est souvent dans l'indicible... et l'émotion et la sensualité, mon cher David, demeurent étrangement absentes - un peu dommage pour une déclaration d'amour à son actrice. Et dire parfois qu'on se plaignait d'être un peu lourdé dans Twin Peaks. Si Lynch continue de rester dans son monde, il devrait finir complètement fou non sans avoir vidé plusieurs salles de ciné. Il faut respecter les artistes, ok, d'accord...
La musique est super cool sinon. (Et avouez que les deux photos résument bien l'ensemble). (Shang - 18/08/07)












