Inland Empire (2007) de David Lynch
Je sais pas si c'est moi, mais j'ai l'impression que depuis deux films, Lynch est en roue libre. Je sais que ça va
faire hurler la plupart des nombreux lecteurs de ce blog, mais Inland Empire m'a énormément déçu. Qu'est-ce que vous voulez, j'attends un peu plus de la part du réalisateur de Blue Velvet et Lost Highway que cet habile et roublard exercice de style auteuriste.
Lynch tente le juste milieu entre les expérimentations du génial Eraserhead et la violence onirique de Twin Peaks... et ne parvient qu'à remplir un cahier des charges qui finit par lasser. Ressortant sa panoplie trop courte du petit Lynch, il remplit ses plans de stroboscopes, de faux semblants, de personnages étranges, d'hommes-lapins, d'obscurité et de femmes effrayées. Mais là où ses autres expérimentations
fonctionnaient par leur universalité, par leur adresse directe et simple au public, les élucubrations de Inland Empire n'ont l'air de concerner que leur auteur. Où est donc passée cette urgence qui faisait la fulgurance des films du gars ? Le film souffre d'un manque de sincérité flagrant, que le pépère compense par de l'esbrouffe pure et simple : gros plans tordus, stridences de sons, faux raccords, brouillage systématique des pistes. Le film ne fait jamais sens (attention, je n'ai pas dit que je voulais qu'il y ait un sens dans la trame du film, ça je m'en fous ; je dis juste que Lost Highway, par exemple, fonctionnait sur une homogénéité esthétique constante, sur des correspondances géniales entre les visions), et finit par ennuyer sévère. On sent passer les 2h45, d'autant qu'on sent que Lynch cherche à nous prendre en otage dans cette durée et dans son monde schyzophrénique. Dommage, car il reste bien sûr plein de jolies choses
là-dedans. Laura Dern, enfin adulte, est vraiment pas mal dans ses métamorphoses, et on voit bien que c'est là un des principaux sujets du film : une actrice vue par un cinéaste, point (Lynch, nouveau Zulawski ?). Certains plans, franchement effrayants, font bondir dans son fauteuil. Et puis il y a toujours cette étrangeté, induite par la mise en scène seule, notamment sur toutes les scènes en plan fixe des lapins, qui rappelle l'amour de Lynch pour le théâtre.
Mais ça ne me suffit pas. Définitivement, l'avenir du gars ne se fera ni dans le classicisme (A Straight Story), ni dans le copiage bêta de son savoir-faire. Next one. (Gols - 15/02/07)
Bon, vous prenez 10 boîtes de puzzles de 2000 pièces; vous mélangez le tout; vous en jetez 3 poignées dans un égoût, 2 dans une poubelle, et une que vous cachez dans votre appart. Vous gardez une pièce que vous mélangez dans la bouffe du chien. Et là vous obtenez un immense foutoir. Comme le répète plusieurs fois Laura Dern "Mais je ne comprends pas ce que je fais là?" - Tout pareil. Tout ça pour finir par la faire vomir sur le fameux Hall of Fame... On se demande jusqu'à quel point Lynch se fend la gueule dans son coin.
Pourtant cela commençait plutôt bien avec un tournage de film, une mise en abyme, des dédoublements de personnalités, un mélange de passé et de présent, mais quand Laura Dern se met par regarder par le trou de cigarette qu'elle a pratiqué dans son soutif, on sent bien que tout part en live. On assiste dès lors à un immense zapping et plutôt que de pleurer comme "la fille en bleu" qui regarde ce défilé d'images, on se prend à caresser son chat qui s'amuse avec ses petites griffes. Nikki devient Susan et vice versa avant de partir faire un barbec complètement à l'est (oui...) et à force de se demander mais bordel qui est qui, qui fait quoi, où?... on serait à peine surpris de voir Lynch prendre la place du spectateur et de se retrouver soi-même soudainement à l'écran, en train de regarder, effrayé, Lynch caresser mon chat... On n'est même plus dans un labyrinthe kafkaïen, on est souvent dans l'indicible... et l'émotion et la sensualité, mon cher David, demeurent étrangement absentes - un peu dommage pour une déclaration d'amour à son actrice. Et dire parfois qu'on se plaignait d'être un peu lourdé dans Twin Peaks. Si Lynch continue de rester dans son monde, il devrait finir complètement fou non sans avoir vidé plusieurs salles de ciné. Il faut respecter les artistes, ok, d'accord...
La musique est super cool sinon. (Et avouez que les deux photos résument bien l'ensemble). (Shang - 18/08/07)
Commentaires sur Inland Empire (2007) de David Lynch
- C'est un débat qui ne fait que commencer avec l'avènement des technologies de pointe. Mais j'avoue préférer mille fois la simplicité, la justesse et l'humanité d'un Conte d'été de Rohmer à ce ramassis de fantasmagories de Lynch où on passe plus de temps après le film à essayer de comprendre ce qu'on vient de voir plutôt que de l'apprécier à sa juste valeur.

- Je comprends, c'est une question de goût. J'aime beaucoup Rohmer, son cinéma est frais, son regard juste comme vous le dites mais cela n'a strictement rien à voir. On est dans toute autre chose. L'intérêt c'est de pouvoir passer de Rohmer à Lynch et vice versa en passant par des centaines d'autres cinéastes. Personnellement je m'intéresse moins au naturalisme, même si je suis le premier à trouver "La collectionneuse" magnifique. Les films d'Alain Resnais m'attirent davantage par exemple. "L'année dernière à Marienbad" est pour moi un aboutissement. Mais il est vrai que pour beaucoup c'est une oeuvre obscure, difficile à percevoir. C'est encore une fois affaire de goût, de sensibilité. Pour la musique c'est la même chose, on pourrait trouver mille exemples. Ce qui est formidable c'est de pouvoir échanger, dire, exprimer, débattre. Et Lynch fait toujours débat depuis le départ. Je ne prêche pas que par lui, loin de là, mais il a ouvert des voies, a proposé autre chose... C'est cela qui le caractérise, comme tous les grands cinéastes, Rohmer y compris. Ils ont créé leur propre langage à partir de leur personnalité, de leur perception du monde qui les entoure et des moyens dont ils disposaient.J'aurais aimé les voir se parler à une même table. Un jour on interrogeait Agnès Varda au sujet du festival de Cannes et elle disait que ce qu'elle y appréciait c'était de pouvoir monter les marches au bras de John Woo. Pour elle c'était ça le cinéma. Bien à vous.

- Vous avez raison et je regrette que vous vous soyez senti obligé de justifier vos goûts; ce n'était pas du tout dans mon intention. Il y a des films de Lynch que j'admire et je ne nie absolument pas le regard neuf qu'il peut apporter au cinéma; seulement je rejoins tout à fait l'avis de Gols quand il a l'impression que Lynch remplit là un cahier des charges : Lynch se met à faire du Lynch et c'est très pesant. Tout comme je peux reprocher à tous mes cinéastes favoris d'une fois dans leur carrière s'être regardés filmer (je pense particulièrement à L'Homme de Londres de Tarr).

J'ai pris l'exemple de Rohmer pour bien souligner la différence entre un cinéma "naturaliste" et un cinéma presque artificiel. Mais on peut très bien parler de l'excès de naturalisme de Rohmer qui pèse parfois trop lourd sur les frêles épaules de ses acteurs et qui donne parfois des films poussifs et peu aboutis.
Bien à vous










