Bon, vous prenez 10 boîtes de puzzles de 2000 pièces; vous mélangez le tout; vous en jetez 3 poignées dans un égoût, 2 dans une poubelle, et une que vous cachez dans votre appart. Vous gardez une pièce que vous mélangez dans la bouffe du chien. Et là vous obtenez un immense foutoir. Comme le répète plusieurs fois Laura Dern "Mais je ne comprends pas ce que je fais là?" - Tout pareil. Tout ça pour finir par la faire vomir sur le fameux Hall of Fame... On se demande jusqu'à quel point Lynch se fend la gueule dans son coin.

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Pourtant cela commençait plutôt bien avec un tournage de film, une mise en abyme, des dédoublements de personnalités, un mélange de passé et de présent, mais quand Laura Dern se met par regarder par le trou de cigarette qu'elle a pratiqué dans son soutif, on sent bien que tout part en live. On assiste dès lors à un immense zapping et plutôt que de pleurer comme "la fille en bleu" qui regarde ce défilé d'images, on se prend à caresser son chat qui s'amuse avec ses petites griffes. Nikki devient Susan et vice versa avant de partir faire un barbec complètement à l'est  (oui...) et à force de se demander mais bordel qui est qui, qui fait quoi, où?... on serait à peine surpris de voir Lynch prendre la place du spectateur et de se retrouver soi-même soudainement à l'écran, en train de regarder, effrayé, Lynch caresser mon chat... On n'est même plus dans un labyrinthe kafkaïen, on est souvent dans l'indicible... et l'émotion et la sensualité, mon cher David, demeurent étrangement absentes - un peu dommage pour une déclaration d'amour à son actrice. Et dire parfois qu'on se plaignait d'être un peu lourdé dans Twin Peaks. Si Lynch continue de rester dans son monde, il devrait finir complètement fou non sans avoir vidé plusieurs salles de ciné. Il faut respecter les artistes, ok, d'accord...

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La musique est super cool sinon. (Et avouez que les deux photos résument bien l'ensemble).   (Shang - 18/08/07)


Bienvenue dans les méandres du cortex de David Lynch, dans les circonvolutions glauques de son subconscient, dans la flaque de boue de ses fantasmes les plus secrets. On ne s'attendait certes pas à y trouver des Bisounours et des petits oiseaux ; mais cette escapade en Lyncherie tient du cauchemar éveillé, et on ressort de ce film lessivé, retourné et épuisé comme c'est pas permis. Lâchant à peu près toute tentation de scénario, le maître s'offre son film certainement le plus personnel, débarrassé des contingences commerciales ou populaires obligatoires. C'est sûrement l'abstraction du précédent Mullholand Drive qui a pu lui permettre de réaliser Inland Empire : inutile de chercher un vrai lien entre ces épisodes barrés, Lynch se laisse aller à la pure plasticité de ses scènes, et fait avec ce film le lien entre sa jeunesse folle (les premiers courts-métrages) et ses aspirations actuelles (ésotérisme à la con, arts plastiques et musique expérimentale).

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On trouve donc dans ce débarras torve tout ce qui fait la panoplie Lynch : êtres difformes, femmes fatales dans des chambres de motel en longue focale, violence rentrée, peur de l'ombre, domination sexuelle, fascination pour le cinéma, Lewis Carroll, Jean Cocteau, flingues et cigarettes incandescentes. On trouve des bribes de ses films passés (tous sont convoqués, du cirque d'Elephant Man à l'Hollywood de Mullholand Drive, des rideaux rouges de Blue Velvet au bûcheron de Twin Peaks), on trouve la Laura Dern de Wild at Heart, on trouve des décors de films qui sont comme des miroirs, on trouve de la musique stridente et des méchants ricanants, on trouve des lapins enfermés dans une sitcom, on trouve de l'ombre et de l'immobilité, on trouve de la sexualité moite et des rues vides ; bref, tout un bric-à-brac que le film tente de coller ensemble, dans une errance hébétée de l'autre côté du miroir, dans une sorte de compil définitive de ce qui a fait et fait encore l'univers-Lynch. Avec pour constante la peur, le danger caché, le gars filme ce qu'il a dans la tête, confrontant sa fragile actrice à des visions surréalsites, tantôt drôles (des bimbos jusque là inquiétantes qui se mettent à danser sur "The Locomotion"), tantôt envoûtantes, la plupart du temps terrorisantes. Les nuits du gars doivent être un peu agitées.

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Au début, on s'accroche, cherchant du sens dans ce scénario ardu : réflexion sur le piège du cinéma quand il est envisagé comme un palliatif à la vie (le personnage plonge dans le film et n'en ressortira plus), histoire de domination amoureuse, critique de la télé ? Mais très vite on comprend qu'il va falloir accepter de se laisser aller à l'errance, à la sensation pure, à l'impression rétinienne plus qu'à la réflexion. Dans sa mise en scène, Lynch a tout compris à la magie du cinéma ; magie noire, en ce qui le concerne : la somme d'impressions hystériques qui viennent frapper votre oeil est impressionnante, et on est happé réellement comme dans un rêve par cette utilisation du cinéma comme art de l'incantation, comme révélateur de fantôme, comme expérience sensorielle. On admire le savoir-faire, partage entre la plongée complète dans cet univers et la mise à distance (est-ce un mélange de DV et de 35 mm ? comment il a fait ce visage tordu ? ah tiens, un champ/contre-champ faussé ; ce genre de trucs). Bon, reconnaissons aussi que c'est un peu longuet, 3 heures tout de même, et un peu vain à la longue. On a assez vite compris la symbolique de ce labyrinthe de couloirs où erre Laura Dern, on fonctionne aux premiers accès de peur induits par la lenteur des mouvements de caméra mais on se lasse des trentièmes, et notre esprit bat souvent la campagne devant cet exercice de style pas bien aimable. On se retrouve à la fin de la chose un peu dubitatif, pas complètement convaincu du bien-fondé de ce très long moment de dissection intime. Quoi qu'il en soit, voilà une expérience unique, bien utile pour comprendre réellement les motifs esthétiques du réalisateur. A picorer de temps en temps.   (Gols - 22/07/13)

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