Les Parents terribles (1948) de Jean Cocteau
Ce n'était sûrement pas une bonne idée d'enchaîner, dans la même journée, deux adaptations théâtrales au cinoche, mais après le Preminger (The Moon is blue), ces Parents terribles me sont totalement tombés des yeux... Avec tout le respect que je dois au gars Cocteau, on a quand même l'impression que son film date d'un autre âge, soit bien deux cents ans avant la Nouvelle Vague. Ne nous acharnons point, en particulier, sur ce film, finalement assez typique de la production française d'après-guerre, mais reconnaissons que l'ensemble est quand même plutôt poussif et poussiéreux, voire terriblement ennuyeux à suivre sur quatre-vingt-dix minutes... Et pourtant, pourtant, on sent que Cocteau se plaît à varier constamment ses angles de prise de vue, en évitant soigneusement le champ/contre-champ systématique (ça démarre notamment avec quelques plans en plongée plutôt originaux, les gros plans sont par la suite assez bien amenés, et le montage est, dans l'ensemble, relativement fluide et efficace), les acteurs se donnent à fond (Yvonne le Bray est sans doute le personnage le plus émouvant (superbe passage sur la fin lorsqu'elle essaie de "deviner", en imagination, ce qu'est en train de faire son fils); beaucoup plus de mal en revanche avec Jean Marais dans ce rôle de fils à môman ultra maniéré...) mais cette ambiance anxiogène nourrie de plaintes, de pleurs, de lamentations, de désespoir, de jalousie, de frustration, ... franchement, cela devient rapidement gavant... Quant à l'histoire de ce pater ultra pathétique qui ne veut po laisser partir son fils avec la petite jeunette qu'il a levée, et de cette mère toute désespérée de voir son fiston, à vingt-deux-ans, tomber amoureux... Ca va bien deux minutes, mais quarante-cinq fois plus ? Bref, le bazar m'a vraiment mis en rogne, hier, j'avoue (mais je m'en suis remis, rassurez-vous) - vraiment pas ma tasse de thé, sur toute la longueur. Mais je ne suis pas rancunier envers l'ami Cocteau, nan, ce serait mal me connaître; juste une petite brouille qu'il faudra rapidement oublier.
Le Sang d'un poète (1930) de Jean Cocteau
Musique de Georges Auric, compagnon de route d'Henri-Pierre Roché, adapté par Truffaut qui a produit le dernier Cocteau. Ca tourne rond tout ça.
Ca débute (je sais pas si vous l'avez vu?) comme le dernier spectacle, "Xitation", de Fabrice Andrivon, un pote: un dessin s'imprime sur une glace. Est-ce consciemment ou inconsciemment ami Gols?
Que croise-t-on dans cet univers réaliste teinté de surréalisme: tout comme chez Bunuel, il s'en passe de drôle dans une main, sauf que là une bouche apparaît permettant au héros de réaliser quelques fantasmes; scène particulièrement culottée et érotique pour l'époque qui a gardé toutes sa magie. D'autres univers tels que cet hôtel à géométrie variable où les petites filles battues sont en apesanteur en se collant au plafond sous le regard-voyeur d'un héros passé de l'autre côté du miroir. Si les "miroirs devraient réfléchir plus longtemps avant de renvoyer les images", le film donne à voir plus d'un reflet de
l'esprit du poète : ces deux jeunes éphèbes (ce sublime noir habillé en ange descendant les escaliers, transcendant! (était pas un peu gay Cocteau?)), ces deux séquences de suicide, pistolet sur la tempe (était pas toujours gai Cocteau), ces femmes dans lesquelles il y a toujours une statue ou une Catherine Deneuve qui s'ignore, cette scène de boules de neige qui fait automatiquement penser à celle des Enfants Terribles -on y retrouve pratiquement, de mémoire, les mêmes cadres et les mêmes évenements -, ces spectateurs au théâtre figés sur leur balcon comme ne pouvant participer aux spectacles du monde [minuit l'orage éclate enfin sur Shanghai, j'ai bien fait de sortir le chien, Dieu soit loué]
"L'ennui immortel des choses mortelles" - alors oui, le rythme est assez lent - po Tarantino, Cocteau, c'est clair - mais 76 ans plus tard le film a gardé une aura, un charme -même s'il garde ancré en lui une certaine noirceur - dans lesquels il est bon de se perdre. Un film poétique quoi.


