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La Belle et la bête est un film qui fume. Dit comme cela, cela pourrait presque faire plus penser à une pub pour le cancer que pour une œuvre poétique intemporelle. N'empêche que ce film fume. Des têtes incrustées dans la cheminée qui fument par les narines à la bête, ses épaules, ses mains, ses gants, c'est une véritable gabegie de fumée que Cocteau nous propose. Vous allez me dire, en résumé, que j'ai pas réussi à rentrer dedans... Bon, non, j'aime bien moi aussi ces multiples bras dépassant du mur pour tenir un candélabre ou d'une table pour servir à boire, c'est de l'effet spécial manuel, pour le coup, loin des effets numériques modernes les plus laids… Cocteau en abuse un peu mais on l’excuse, il n’avait pas forcément un budget de dingue. Quant à la tronche de la bête, qui a déclenché le fou rire de ma fille (cette nouvelle génération ne respecte plus rien, tout part en vrille ! Elle a quand même tenu quarante-cinq minutes avant de dormir à poing fumant), c'est vrai qu'elle est un peu too much - d'autant qu'on a toujours peur, finalement, qu'elle prenne vraiment feu. Bref. Mais sinon, pourrais-je traiter du film de façon un plus profonde plutôt que de m'en tenir à ces légers propos caustiques ?

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Franchement, avant les dix dernières minutes un peu plus touchantes et enlevées, on reste quand même dans la fable gentillette... La belle, genre de cendrillon qui voit ses méchantes sœurs faire les bourgeoises. Avenant, Jean Marais, dans le rôle d'Avenant, un petit dragueur qui joue avec sa tignasse longue et bouclée. Un père plaintif, pas foutu de sauver sa fille... On attend forcément avec impatience, dès le départ, la confrontation entre Josette Day (belle comme le jour ? Non, trop facile) et cette boule de poil aux canines acérées... Nous y voici donc enfin. Elle est maladroite, la bête, dans cette façon de vouloir se faire épouser ; elle est poussive Josette, dans cette façon de jouer les saintes nitouche, jouant du soufflet dès que la bête fumante approche... Il faudra attendre que cette pauvre bête soit mourante, la gueule à moitié noyée au bord de l'eau, pour que l'on sente un peu de tendresse pour ce monstre et pour que Josette exprime enfin un brin de compassion, d’empathie. Cocteau fait péter la machinerie cinématographique (ralentis, envolés... des effets spéciaux qui en jettent), ne pouvant malgré tout s'empêcher une petite faute de goût en faisant apparaître Jean Marais en collant vintage (décidément, il provoque le rire, le pauvre)... Le conte, porté tout du long par une musique un peu pompière de l'ami Auric (grosse promo sur les cuivres), touche donc à sa fin avec cette sympathique envolée lyrique. Marais Day, merry days s’entend-on presque dire. Ok. Pas sous le choc poétique, c’est clair. Je me demanderais d’ailleurs presque, si, au niveau de la naïveté, Peau d'Ane n'a pas mieux vieilli. Perdu mon âme d'enfant, je le vois bien, ben si...   

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 The Criterion Collection