9782070466016,0-2682797Retranscription d'un entretien pour la radio canadienne quelques mois avant son suicide, ce petit bouquin est un délicieux moment de rattrapage pour se rappeler à bon escient qui fut le définitif patron des Lettres il y a 40 ans : le gars Gary. On n'a pas là affaire à un grand livre du maître, hein, soyons clairs, mais il y a dans ces quelques mots prononcés à la bonne franquette un esprit, une élégance, un humour et une sensibilité qu'on reconnaît immédiatement. Oui, même à l'oral, notre héros est bon et unique. On n'apprend pas grand chose de nouveau sur la vie du sieur, et certains épisodes sont même soigneusement occultés : l'affaire du double Goncourt, bien sûr, qui ne sera dévoilée qu'après sa mort, ou ses relations avec Seberg et la mort de celle-ci, sont des sujets que Gary évite avec force. Par contre, il revient longuement sur ses années de guerre, sur ses relations avec sa mère, sur sa carrière de diplomate ou ses tentations hollywoodiennes, pas avare d'anecdotes croustillantes, et c'est un vrai bonheur. On sent derrière ce récit agité et héroïque une bonne part d'invention, mais que voulez-vous, c'est Gary, on ne va pas lui demander de nous parler de la terne réalité. Avec lui, la moindre lettre reçue, la moindre rencontre, le plus simple fait deviennent d'épiques récits, et l'auteur a un sens inné pour enchanter l'existence, la rendre spectaculaire à chaque seconde. Toutes les remarques sur sa mère, par exemple, sont sidérantes : on en avait lu la plupart déjà dans quelques romans ou récits de Gary, mais il y revient encore une fois, et transforme la figure maternelle en personnage de comédie humaine à la fois drôle et bouleversant. Il revient sur les ambitions démesurées de celle-ci à son endroit, et parle de sa disparition avec une tristesse qui transparaît dans chacun des mots qu'il lui consacre. Parfois très mélancolique ou nostalgique, parfois rabelaisien et mordant, Gary apparaît dans cet entretien dans tous ses contrastes, et c'est très agréable. On aurait aimé qu'il s'attarde un peu plus sur l'écriture, sur ses romans (à part Les racines du ciel, qui semble avoir sa préférence, il ne fait qu'évoquer le reste de sa production), que l'interview soit un peu plus profonde en un mot. Mais un bien joli bonbon tout de même pour tout fan ou pour toute personne qui ne connaitrait pas encore le génie.