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Dans la catégorie "petits films roublards anti-capitalistes", Merci Patron est un des meilleurs, sans aucun doute. Avec un tee-shirt, deux coups de téléphone, un chien en plastique et un couple de chômeurs, Ruffin fabrique un petit obus directement destiné à éclater la tronche des méchants qui nous gouvernent, ça ne peut que faire plaisir. C'est l'éternel combat entre David et Goliath, et c'est le trop rare bonheur de voir le petit claquer sa gueule au gros : on apprécie pleinement ce film plein d'optimisme, assez étonnant et très drôle. Oui, les ficelles sont apparentes, oui, le film ne devrait intéresser que les convaincus, oui, le poujadisme n'est pas très loin ; mais il n'empêche que l'esprit bon enfant de l'ensemble, son effronterie et sa liberté de ton en font un très bon moment de révolution dans un fauteuil.

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Après une première bobine assez conventionnelle, où on craint l'éternel docu mal foutu et indigné (mais qui comporte quand même un joli personnage d'ouvrière virée qui répond rageusement "NAN" à tout ce qu'on lui demande), Ruffin fait la connaissance d'un couple imparable, les Klur, deux chômeurs survivants sans un sou depuis qu'ils ont été virés des usines du Grand Ennemi Capitaliste, en l'occurrence Bernard Arnault, patron de LVMH. Dès lors, le film bifurque vers une autre piste : il faut sauver les Klur, et par ce biais piéger (et mettre bien profond) Arnault. Ça tombe bien, le patron vient d'annoncer son exil en Belgique, c'est le moment idéal pour secouer le cocotier du libéralisme sauvage et s'ériger en Robin des Bois moderne. Le résultat sera au-delà de tout ce qu'on pouvait attendre : non seulement le sauvetage s'organise, mais, à travers un système de caméras cachées proche d'un vrai film d'espionnage, Ruffin va filmer des scènes sidérantes qui montre combien ce système capitaliste effrayant est finalement fragile et attaquable. A chaque petite victoire du pot de terre, on est tout content, et ça fait d'ailleurs longtemps que je n'avais pas entendu une salle de cinéma applaudir spontanément.

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Même en sortant quelques outils un peu faciles, même en utilisant pas toujours sainement son petit couple de prolos pas fute-futes, même en usant de gros gags provocateurs pas très constructifs (l'école Michael Moore), Ruffin fait son petit bonhomme de film et fabrique un pamphlet farcesque très joliment construit, avec une vraie dramaturgie, certes acquise presque par hasard, mais qui fonctionne comme un vrai film de suspense. C'est honteusement partisan, mais ça fait chaud au coeur, et on rigole comme à Guignol de voir les patrons pontifiants et immoraux recevoir des coups de bâton de la part du prolo de base. Un film réussi, donc, puisqu'il nous redonne confiance en la force du combat, de l'humour et de la caméra planquée dans des bibelots. Jouissif.