Un film en n24123_1_oir et blanc pratiquement muet (un peu d'allemand tout de mvampyr_1_ême et une musique qui fout les chocottes) avec que des effets spéciaux faits à la main. Allan Gray n'aurait jamais dû se mettre à suivre les ombres. Il y a dans ce film une scène absolument magnifique où notre héros (rêvant) assiste à sa propre mort et à sa mise en bière. Les scènes où on le voit derrière son petit écran de verre dans son cercueil enchaînés avec des vues subjectives (en contre-plongée donc...) sur une cathédrale, le ciel et des morts vivants tout vieux et tout méchant (dont le docteur qui ressemble à mon prof de sciences physiques s'il avait mal image53_1_2tourné) font passer la séquence "similaire" dans Kill Bill (La pauvre Uma enfermée six pieds sous terre) pour de la petite bière au niveau des frissons. La scène finale où notre héros se retrouve sur le bateau dans le brouillard avec la donzelle qu'il vient de libérer est également un must du genre. Un film placé sous le signe de la mort dés les premières images - avec cet homme à la faux qui secoue une cloche - qui fout les pétoches... brrrrr je vais faire des cauchemars toute la nuit.   (Shang - 17/03/06)


vampyr_16Ah oui, le cinéma d'horreur a de bien beaux ancêtres, et entre Murnau et Dreyer, on se dit que les bases du genre avaient déjà été définitivement plantées dès les années 20-30. Ce sont les mêmes scènes que mon brillant collègue qui m'ont marqué (l'enterrement filmé du point de vue du mort, l'homme à la faux, toute la fin), mais ce qui étonne le plus, ce sont les rythmes hyper-contemplatifs déployés par Dreyer. Le film est très lent dans la longueur de ses plans, qui excèdent toujours un peu la durée "logique". Du coup, même si le scénario devient un peu bancal, le film installe une ambiance mortifère très originale. On est plus proche du rêve éveillé que de l'horreur pure, ce qui est bien la bonne façon de filmer cette histoire de vampires hébétés (la morsure d'iceux plongeant leurs victimes dans une sorte d'hypnose, d'entre-deux). Tout se passe comme dans les rêves, où on aimerait agir très vite, mais où une force inconnue nous cloue au sol, voyez ce que je veux dire ?

vampyr2Alors on peste contre ce héros fallot (très étrange physique de l'acteur, entre l'intello rive gauche et le romantique) qui met 11 minutes à accourir pour sauver sa donzelle, on lui crie de se démener, de se réveiller ; on ricane devant SA réplique ("Docteur, je me vide de mon sang"), dite avec une lenteur et une mollesse stressantes ; on a envie que tout s'accélère ; mais la malédiction prend tout son temps pour s'abattre, et Vampyr devient un film "coctalien" (de Cocteau, c'est comme ça qu'on dit, non ?) ou carroliste (de Lewis Carroll, je suis moins sûr du terme), à cheval sur le rêve. Les magnifiques travellings très amples qui entraînent la caméra dans les recoins des beaux décors aident bien à cette impression onirique, notamment dans un plan séquence infernal, qui mèle travellings arrière, panoramiques et travellings latéraux pour suivre le transport d'un corps : tous les personnages rentrent dans le champ petit à petit, dans le mouvement, une prouesse technique.

vampyr17Ajoutons que tous les thèmes du mythe sont bien en place, mais comme esquissés, beaucoup moins visibles que dans Nosferatu par exemple : la maladie, la religion, le romantisme (le vampire s'appelle Chopin !), et surtout la sexualité, à travers un gros plan sur le visage d'une femme possédée qui semble prise d'un orgasme (audace, audace). L'imagination de Dreyer dans les motifs purement horrifiques (crânes, ombres illogiques, reflets dans l'eau, musique, roues du destin, etc.) achèvent le tableau : Vampyr est une brillante matrice des films d'horreur d'aujourd'hui, et semble aussi avoir été une source d'inspiration précieuse pour Bergman (Les Fraises sauvages), Duvivier (La Charrette Fantôme) ou Lynch (Twin Peaks).   (Gols - 22/12/07)