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Toussaint, que l'on suit depuis ses débuts, eh oui, s'essaie au polar informatico-transcontinental ce qui est pour le moins, sur le papier of course, original. Son héros n'est autre qu'un spécialiste de prospective (!... même lui il a du mal à définir de ce dont il s'agit - disons que c'est lié en partie au développement des bitcoins), haut fonctionnaire à la Commission Européenne ; autant dire, pour faire court, qu'il sera courtisé par des lobbies, qui tentent, via des sociétés bulgares un peu fumeuses, de l'amener à accepter l'achat d'ordinateurs fabriqués en Chine... Des ordinateurs dernières générations, apprend-ils suite à la découverte "par hasard" (?) d'une clé USB égaré par l'un des lobbyistes, qui permettraient ultérieurement au fabricant "d'en prendre le contrôle" (grâce à des backdoors) pour des opérations diverses... En un mot, c'est la merde... Décidé à ne pas se faire prendre pour un jambon européen, notre ami décide de se rendre en Chine pour faire sa petite enquête... Une enquête de grand détective, un polar haletant avec moult rebondissements ? Popopoh, on s'emballe pas, on est chez Toussaint et la seule chose de certaine c'est que notre (anti-) héros risque plus de partir en vrille voire d'en ressortir laminé (à tous les niveaux) que d'en sortir vainqueur, le poing levé.

On sent l'effort de Toussaint pour nous faire toucher du doigt les rouages de cette commission de Bruxelles, les enjeux économiques mondiaux, l'univers trouble du minage de bitcoin (je ne comprends pas ce que j'écris) ou encore l'existence de backdoor dans les computers (idem)… mais bien sûr l'intérêt est ailleurs. On sent bien que ce monde où les enjeux économiques sont énormes part méchamment en vrille (chaque puissance a sa petite stratégie face à une Commission un peu dépassée) mais là encore, c'est surtout le petit parcours humble de ce personnage, tout autant dépassé d’ailleurs, qui reste le point de mire de l'histoire... Notre homme tend à vouloir jouer les héros mais se retrouve lui-même vite pris de court face à cette Chine qui lui échappe par tous les bouts... La perte de son ordinateur dans des conditions pour le moins pathétique annonce la première fêlure chez cet homme qui se fait autant prendre de vitesse par les événements à l'échelle du globe que par ceux de sa petite vie privée... Plutôt que de nous faire entrer dans un monde virtuel incommensurable, dans une vision infinie d‘une économie mondiale globalisée, Toussaint nous ramène à la petitesse de l'être et son dénuement face aux problèmes les plus intimes (l'absence de relation avec sa femme, la maladie de son père...). Le récit demeure dans l’ensemble assez enlevé (Fi de ces phrases alambiquées à loisir… Et Toussaint connaît la Chine et le Japon comme sa poche, ce qui ne gâche rien) et même si l'on se sent un peu floué par cette enquête lâchée en route (Toussaint n'est pas Himes, on s'en doutait de toute façon un peu, dès le départ), les dernières pages pour le moins "terre-à-terre" font ressentir une émotion tellement pudique qu'elle en est... toussaintesque. Plutôt bien vu. De l'ambition "globalisante" au récit minimaliste, il fallait tout de même oser.