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Ce n'est pas à Michael Curtiz qu'on va apprendre à trousser un film d'action, vous pouvez m'en croire, ni à envoyer du glamour, ni à réaliser un solide western, ni à filmer de girondes jeunes filles. Et pourtant : on se retourve un peu marri devant ce film un peu mou du genou. Tout aurait pu y être pour envoyer du bois, mais Curtiz se perd pour une fois dans les circonvolutions politiques de sa trame et oublie de nous donner de l'action comme il sait si bien le faire. Il faut dire qu'il s'attaque ici à un sujet pas simple : l'opposition dans les années 1870 entre les chercheurs d'or, en train de s'organiser et d'industrialiser la chose, et les paysans du coin, qui regardent avec effroi les premiers détourner les fleuves, inonder leurs récoltes ou déruire les montagnes à grands coups de canons à eau. En gros, c'est la grande beauté du sujet : le progrès contre la tradition, le fric contre la terre, le côté industriel et capitaliste des Etats-Unis contre son côté traditionnaliste un peu réac, mais aussi la loi contre les flingues. Une sorte de film à thèse, finalement, assez remarquablement subtil, loin du manichéisme inhérent au western. Notre balance penche tour à tour d'un côté et de l'autre, c'est intelligent et mesuré, et comme le sujet est intéressant, on passe tout de même un bon moment devant la chose.

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Curtiz sait d'ailleurs choisir de solides acteurs et leur confier des personnages épais pour illustrer son débat. Chris Ferris (Claude Rains) est un propriétaire terrien riche et respecté, et de plus doté d'une fille pas immonde (Olivia de Havilland). Mais il voit d'un mauvais oeil le travail en amont des chercheurs d'or qui, de gueux, sont devenus eux aussi riches et organisés, et détruisent sciemment la terre de Californie (ô Holy Djizeuss). D'ailleurs la firme envoie sur place Jared Whitney (George Brent), bien décidé à faire fructifier la région. Quand celui-ci tombe raide dingue d'Olivia, les choses se gâtent. Ferris, en honnête homme, veut d'abord en passer par les tribunaux pour décider qui a raison et qui a tort d'exploiter la terre de nos ancêtres (ô Lord), mais quand celui-ci donne raison aux paysans, les chercheurs d'or s'arment et décident de passer par-dessus la loi. Rains est trop fier, il sort lui aussi les flingues, ça sent pas bon, et il va falloir que Brent se mette entre les deux camps pour régler cet épineux problème... L'image rutile sous le technicolor, la musique de Steiner tonitrue, les figurants s'activent comme des beaux diables, mais rien n'y fait : le film stagne, manque de nerfs, se perd dans d'épuisants dialogues à rallonge, et finit par fatiguer. Curtiz essaye bien de nous donner de temps en temps notre dû de bagarres, de tension et de coups de feu ; mais il semble pour ce coup bien plus intéressé par l'aspect historique de sa trame que par son potentiel d'action. Comme s'il était un peu engourdi par ce film, il réalisera l'année suivante Robin des Bois, qui est à peu près l'exact opposé de celui-ci : con et hyper-rythmé. La Bataille de l'Or est un film un tantinet mollasson, mais suffisamment bien doté à tous les postes qu'il suffit à notre bonheur, d'autant que LA scène principale (un fleuve qui emporte tout sur son passage, chevaux, maisons et figurants) mérite largement le détour.

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