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Ce film est une sorte de brouillon du très précieux Monika, et comme tous les brouillons il est moins bien que le produit final. C'est un Bergman mineur, dans ses pudeurs de jeune fille, dans ses difficultés à trouver réellement l'émotion, dans ses excès qui le font passer pour une caricature du gars.

On a droit à la même trame, en gros, que Monika : un couple de jeunes gens s'aime le temps d'un été, puis est séparé (par la mort ici, alors que c'était juste la vie qui sépare Monika et son gars). Bergman ne trouve pas la crudité, ni la cruauté du modèle : Jeux d'été est curieusement sage, gentillet, dans les scènes idylliques de plages. Si l'audace du maître n'est plus à prouver, ici elle laisse la place à une politesse de vierge rougissante. Heureusement, il filme toujours aussi bien les paysages, et l'innocence du paradis perdu. Heureusement aussi, la partsommarlek3ie "contemporaine" du film (le récit amoureux est raconté en flash-back par une danseuse mûre (28 ans!) qui perd sa jeunesse) est plus réussie, sombre et tourmentée. Là, les dialogues (parfois ampoulés tout de même) passent mieux, et Bergman trouve des tas de petites idées de mise en scène très jolies : le ballet du Lac des Cygnes est filmé comme une épure, en plaçant le public hors-champ, en vidant la scène ; il y a de beaux plans sur des pointes de danseuse (notamment pour se hisser à la hauteur de la bouche de l'homme qu'elle aime) ; certaines coupes sont assez audacieuses, comme ce zoom avant décomposé en trois plans. L'actrice (Maj-Britt Nilsson), si elle est un peu agaçante en jeune fille futile, est plus convaincante dans ces scènes, en adulte tourmentée par la mort.

On assiste quand même à des dialogues frisant parfois le ridicule, et à des constructions de scénario tropSommarlek2 balisées (Bergman fait du Bergman), genre le vieil homme sans amour qui joue du Brahms les yeux dans le vague en dissertant sur la fuite du temps, la maison vide pour symboliser l'âme sèche des personnages, ou le nuage noir qui précède la mort du jeune homme. Ces repères-là semblent obéir à un cahier des charges bergmanien, et il saura plus tard traiter des mêmes thèmes avec autrement plus de subtilité. Reste encore une fois un film sensible et mélancolique, métaphysique et souvent ingénieux. Dans la moyenne.

l'odyssée bergmaneuse est là