blissfully_yours_1_Non non non et non. Il ne suffit pas qu'un film thaï d'Art et Essai soit chiant pour que l'on crie au chef d'oeuvre. Là, je m'inscris en faux. Oui ok, les héros rentrent dans la forêt comme un retour dans le ventre maternel. Et ? Un coït, une tite pipe et un plan sur une bite birmane et on crie au génie sensualiste de l'Apichatpong... Une maladie de peau, un masque que l'on met en forêt et on devrait voter pour Nicolas Hulot ??? D'accord c'est monté avec trois bouts de ficelles et c'est déjà bien d'en arriver là, mais est-on vraiment obligé d'en faire un film culte ? Je suis d'autant plus content d'être passé à travers Tropical Malady sans me blesser... C'est bien simple, dans Blissfully Yours, quand le générique arrive au bout de 45 minutes j'ai prié pour que cela soit fini... non franchement, de qui se moque-t-on ? Des personnages à la dérive, c'est bien, mais n'est pas HHH qui veut. J'en ressors avec l'impression que notre ami thaï n'a vraiment rien à nous dire, comme si le fait de filmer ses acteurs entre deux émotions suffisait à faire un film !!!!.... Il y a plus d'idées et de trouvailles dans la mise en scène en 3 minutes de 24 heures chrono qu'en deux heures ici.

Et j'enfonce le clou. Pour les gens qui ne se sont jamais baladés en forêt pourquoi pas ? Mais sinon, pourquoi s'enfermer deux heures ? Un film pour purs parisiens, on est d'accord.   (Shang - 02/06/06)


blissfully_yoursBon, alors là je sais que je vais mettre très en colère mon éminent collègue bloguien ; je sais qu'il va me traiter de parisien élitiste, de mec incapable d'avoir une opinion si elle n'est pas validée par les Inrocks, il va ironiser sur l'art contemporain, les dispositifs, les expérimentations, et finir par conclure qu'il peut faire la même chose que le bon Apichatpong si on lui file une caméra et une forêt. Je sais que ce film le gène comme une goutte au nez, que c'est LE sujet délicat à ne pas aborder. Je sais tout ça, fiston, mais que veux-tu ?

Que veux-tu ? J'ai revu Blissfully Yours, et je l'ai aimé. Je ne hurlerai pas au chef-d'oeuvre pour autant, tant il est vrai que le film est ardu, exigeant, difficile, parfois chiant. Mais pour moi, il est à rapprocher du travail des grands expérimentateurs de toujours (d'Antonioni à Van Sant, de Warhol à Haneke, et surtout Kiarostami). Comme dans Ten, Weerasethakul tente l'effacement progressif de la présence du réalisateur, pour livrer le portrait d'un concept : le Plaisir. La caméra se fait simple enregistreuse des pulsations sensuelles (que ce soient l'orgasme sexuel ou les mouvements des arbres, le flux de la rivière ou le plaisir d'un paysage), retrouvant ainsi les origines du cinéma, à mi-chemin entre le documentaire et le dispositif. Très en retrait, malgré quelques apparitions subites et violentes (des dessins qui s'incrustent sur les images, de la buée qui envahitblissfully l'écran...), Weerasethakul regarde la vie se faire, presque sans lui. Pourtant, son travail est infiniment ciselé, par exemple dans les sons lynchiens qui jalonnent le film : des bruits de campagne sur un paysage urbain (des oiseaux quand on voit un bureau vitré), des sons de ville sur un paysage rural (une scierie qui obsède la tête). La musique fait des apparitions très subtiles, remontant de très loin dans la scène précédente pour exploser de présence d'un coup. Le cadrage est franchement digne de Gerry, c'est une merveille de finesse.

Le film est mélancolique et pourtant joyeux, une sorte de mi-chemin entre la perte d'un monde (le héros se désagrège tout au long de l'histoire) et la découverte amoureuse d'un univers orgiaque (on n'est pas loin du Renoir d'Une Partie de Campagne). On peut se gausser des quelques tics qui handicapent le récit (oui, le générique de début qui apparaît à la p145ème minute, c'est pas terrible); on peut trouver que le film, dans la longueur de ses plans, rate parfois sa cible (on quitte souvent le naturalisme "gionien" (de Giono, quoi) pour pénétrer tout bêtement dans la performance, et c'est dommage). Il n'empêche que Blissfully Yours est un magnifique hommage au cinéma dans ce qu'il a de plus simple à faire : capter le réel. Weerasethakul fait confiance à la beauté des choses, à la nature, et au simple bonheur d'exister, et fait de cet amour de la vie un acte poétique et esthétique engagé et très beau. Rien de plus à nous dire, effectivement, que ça : la vie est belle.

Vas-y, camarade, déchaîne-toi.   (Gols - 27/09/06)