Canalblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Shangols
REALISATEURS
GODARD Jean-Luc 1 2
OPHÜLS Marcel
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
19 novembre 2024

Schizophrenia (Angst) (1983) de Gerald Kargl

vlcsnap-2021-02-21-11h30m24s757

Oups, les recommandations de nos chers commentateurs ne sont pas forcément regardables en famille - mais ce n'était pas prévu non plus au programme, heureusement. Il est clair qu'avec ce Angst, Kargl (rien que la prononciation de ces deux derniers mots traduisent tout l'effroi qu'il y a à déglutir devant ce film) frappe fort au niveau de l'hyper violence - tout en soignant affreusement la forme, au niveau des prises de vue notamment : caméras embarquées (ce me semble), drones (ou équivalent, on est en 1983...), prise de vue en contre-plongée, niveau tatami et en mouvement... Bref. Du coup, nous voilà embarqués donc dans le (mauvais) trip d'un dingo qui sort tout juste de prison : il s'était pris quatre ans pour avoir essayé de trucider sa mère, puis dix pour la mort d'une vieille, le voilà enfin libre : soigné ? (ah oui, j'oubliais, tout cela est bien entendu inspiré d'une histoire vraie (...)). Notre homme, une allure de prof de sciences-physiques, autant dire qu'il fout les chocottes, à peine sorti de prison où il a passé plus de la moitié de sa vie déjà, n'a qu'un objectif : tuer. Au moins c'est clair. S'il peut provoquer l'effroi de ses victimes et les faire mourir dans d'affreuses souffrances, ce serait un plus. Il prend un taxi et tente d'étrangler cette pauvre conductrice... avant de se rétracter, de s'enfuir et de jeter son dévolu sur une maison isolée ; je vous préviens immédiatement : ce n'était pas le jour de chance de cet handicapé en fauteuil, de sa mère et de la fille d'icelle. Je vous jure. Après avoir vu ce film, vous ne rêverez plus jamais d'habiter en Autriche, notamment à côté d'une prison. Le type pète les vitres à mains nues (l'acteur a insisté pour que ce soit de vraies vitres, cela vous donne une idée de la motivation de l'interprète : à bloc, qu'il est...) et va donc s'attaquer à ces trois pauvres personnes qui n'ont rien demandé à personne ; ah oui, il y a aussi un basset, dans la baraque : il va vite comprendre qu'il vaut mieux apprendre à se cacher. Le reste dépasse l'entendement...

vlcsnap-2021-02-21-11h31m00s525

En intro, deux trois informations pour donner l'ambiance : il s'agit d'un film culte... pour Gaspard Noë, Kargl, après ce coup d'essai et suite aux attaques dont il fut victime, n'a jamais refait de longs-métrages de fiction, The House that Jack built de von Trier fait figure à côté de film pour Ehpad. Ah oui, ça déménage vingt dieux, le réalisme étant tel qu'on aurait presque l'impression au détour d'une scène ou deux d'assister à un snuff movie... Le pire, c'est que c'est loin d'être inintéressant en soi : tout d'abord, comme évoqué précédemment, Kargl sait manier la caméra, sait varier ses effets et son montage est loin d'être celui d'un amateur. On plonge dans ce film (quasiment muet - il y a juste de temps en temps une voix off qui tente de traduire l'état d'esprit du tueur) comme dans un rapide, cette multiplication des angles de vue, souvent inattendus, originaux, étranges, semblant traduire en un sens tout le bordel ambiant qui se joue dans ce crâne dérangé (le chef op des Dardenne n'aurait pas fait mieux et aurait sans doute choisi le même genre d'option). On est brinquebalé de ci de là en compagnie de ce fou furieux qui a pourtant un objectif clair, et c'est bien la seule chose qui a l'air d'être claire dans son cerveau : massacrer. Sa façon d'attacher au préalable ses proies est exécutée de façon tellement primaire qu'on dirait moi quand j'essaie de réparer mon scooter ; ce type est dingue, pas franchement organisé mais sa détermination à tuer est tel qu'on serre des fesses dès le départ par rapport aux victimes potentielles. Je passe sur la suite... Pour couper court (alors que lui il tranche de façon sanguinaire, l'enfoiré), il est indéniable que Kargl marque des points au niveau de sa mise en scène : on est tout du long aux côtés de ce tueur constamment en action et la voix off tente, autant que faire se peut, de nous faire comprendre l'incompréhensible... La musique est immonde et colle parfaitement à ces actes indescriptibles, inhumains. C'est vrai qu'il faut avoir le cœur bien accroché, c'est vrai qu'il y a forcément un sentiment de complaisance face à cette violence mais l'expérience vaut le prix du ticket - genre montagne russe cinématographique (pour ceux qui prennent plaisir à gerber, j'en connais). Une œuvre coup de poing, que dis-je, massue,  fléau d'armes qui ne vous laissera guère indemne. Bien utile sinon ? Bah pour peu que vous ayez toujours rêvé de pénétrer un jour l'esprit d'un tueur - Kargl, en tout cas, s'il n'a pas l'air de trop se poser de question sur l'extrême violence de la chose, prouve qu'il n'est pas un manchot dans la forme. Pour amateur sans problème cardiaque - à voir une nuit d'orage, seul, en craignant l'arrivée impromptue de rôdeurs... Brrrrrrrrrrrr...  (Shang - 21/02/21)

vlcsnap-2021-02-21-11h31m26s321

______________________________

Mon camarade a mis des mots exacts sur ce film, tant sur sa forme que sur son fond, et je ne peux que le suivre : voilà un film radical comme je les aime, un film qui ne recule devant aucune pulsion, si morbide ou chelou soit-elle, pour s'exprimer. Ce jusqu'au-boutisme force bien sûr le respect. On est devant cette chose ultra-dérangeante comme devant un Buttgereit ou Mehrige, c'est la même famille de joyeux branquignoles qui n'aiment rien tant que scruter la monstruosité humaine, voir jusqu'où elle peut aller, et surtout jusqu'où on peut en rendre compte au cinéma. Une recherche des limites, en quelque sorte. Si Angst est moins punk que les films des deux acolytes sus-cités, il n'en reste pas moins assez fascinant dans l'absence totale de jugement posé là-dessus : Kargl filme presque objectivement, souvent de haut (le point de vue de Dieu ?) les faits et gestes insensés de ce garçon malade, n'omettant aucun détail, comme un documentaire macabre. Pourtant, la mise 'en scène "en immersion" semble aller à l'encontre de cette objectivité ; mais c'est justement cet équilibre entre dedans et dehors, entre intérieur et extérieur, qui fait que le film est si troublant. On ne cesse de nous demander de changer de point de vue, passant de celui des victimes à celui du bourreau, et aussi souvent à celui d'un spectateur supérieur qui regarderait ça tantôt comme une expérience de musée, tantôt comme un juge. La morale est dans l’œil de celui qui regarde ; Kargl n'en a rien à foutre de notre moralité par rapport à tout ça. Il montre, précisément, et il montre justement l'immontrable, faisant de son film un manifeste radical et trash qui fait partie des très rares à oser filmer ça. Le film n'est pas un film d'horreur, ne fait pas dans la surenchère ou le spectacle : c'est un documentaire sur quelques heures de la vie d'un psychopathe. Les Autrichiens sont décidément pas manchots pour foncer les deux pieds devant dans l'horreur : avec Funny Games de Haneke, on aurait là une jolie séance de ciné-club familiale.  (Gols - 19/11/24)

 

Commentaires
A
On pourrait voir les choses comme ça :<br /> <br /> pendant la plus grande partie du vingtième siècle les cadavres se sont entassés par millions et dizaines de millions, mais ni le cinéma ni la littérature n'ont jamais imaginé en représenter dans le détail l'insupportable réalité sanglante. Et puis les choses ont changé. Les cadavres et les cadavres en sursis ont cessé d'être l'horizon de la plupart des individus ; et alors un certain cinéma et une certaine littérature se sont lancés dans une interminable surenchère de la représentation du meurtre et de l'imaginaire du crime, pour le plus grand plaisir des esthètes éblouis par les ressources de l’Art.<br /> <br /> Conclusion : les temps changent, mais notre goût et notre fascination pour la violence, la souffrance et la mort restent toujours les mêmes. <br /> <br /> Et bien tristes sont les billets qui cèdent aux ruses de la violence, jamais à court de justifications.<br /> <br /> Chochotte, va!
Répondre
Derniers commentaires
Cycles
Cycle Collection Criterion 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Cinéma Japonais 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Festival de Cannes 1 2
Cycle Western 1 2 3
 
 
Best of : 60's     70's      80's      90's      00's      10's
 
Ecrivains