Passion ardente (Joen) (1967) de Kijû Yoshida
Un réalisateur nippon décidément des plus intéressants que ce Yoshida, non seulement par le soin esthétique qu’il apporte à ses films (une véritable science du cadre et de l’utilisation du format panoramique, qu’il s’agisse de filmer deux individus en pleine discussion ou une seule, qu’il aime généralement caser, comme notre ami WKW, dans le troisième tiers de l’écran) mais aussi par cette façon de conter des histoires dont il est souvent difficile de savoir dans quelle direction elle vont nous mener : il s’agit ici du portrait d’une femme, Oriko, qui semble au premier abord plutôt froide pour ne pas dire frigide ; ses relations avec son mari semblent au point mort, et elle semble plus préoccupée de mettre son nez dans les affaires des autres pour leur faire la morale – le jeune amant de sa mère auquel Oriko a demandé de cesser toute liaison ou encore un amant de sa belle-sœur qu’elle dénonce à la police en tant que violeur (la dite belle-sœur étant peu farouche, n’ayant résisté que quelques secondes et ne se plaignant aucunement du « traitement » qu’elle a subi…). Oriko semble quelque peu perdu par rapport au monde des rapports sexuels ou des sentiments, la figure de sa mère à laquelle elle reprochait d’avoir une vie dissolue et qui est morte depuis maintenant plus d’un an semblant quelque peu l’obséder…
Mais notre héroïne ne va pas tarder à s’émanciper, à se désinhiber en quelque sorte, en ayant une liaison avec un ouvrier sur la plage (peu de temps avant sa mort, sa mère aurait eu elle-même une liaison avec un ouvrier) et fréquentant de plus en plus l’ex amant de sa mère, sculpteur de son état. Elle s’éloigne par là même de plus en plus de son mari (lui-même infidèle) qui ne peut s’empêcher de finir par montrer une pointe de jalousie mais semble de plus en plus s'ouvrir à ce monde qui jusque-là lui échappait totalement… S’il n’est pas toujours évident de savoir dans quel chemin retors l’ami Kiju veut nous entraîner, force est de constater que ces histoires d’amour «ardentes» semblent plus destructrices que « formatrices ». Outre les jalousies qu’elles provoquent (chez le jeune amant vis-à-vis de la mère d’Oriko qui l’a quitté, chez le mari d’Oriko) et les « troubles » qu’elles causeraient (lors de séquences « imaginaires », la « figure de l’ouvrier » est convoquée (séquence mortifère avec la mère puis vers la fin avec la fille)), il n'y en a guère qui finissent sur une note optimiste : même l’histoire qui finit par éclore entre Oriko et le sculpteur connaît un triste épilogue : le sculpteur est écrasé par l’une de ses propres pierres (il a passé l’été à sculpter deux immenses pierres, pierres qui semblaient représenter l’amour qui prenait peu à peu forme entre les deux personnages principaux) et risque non seulement d’être paralysé mais également de finir impuissant… Oriko semble tout de même s’être « reconstruite » à son contact, s'être affirmée et s’est attachée à lui.
Bref des histoires d’amour qui finissent plutôt mal en général, psychologiquement ou physiquement, chez notre tristoune ami Yoshida… Notons au passage quelques très beau passages « godardesques » tenterai-je, dans cette façon de filmer les corps (la magnifique séquence entre les deux personnages principaux), une belle utilisation de la voix off (des dialogues ayant libre cours alors que les personnages apparaissent muets à l’écran), ou encore un plan séquence de toute beauté (la visite d’Oriko à l’ouvrier qui finit par se jeter sur elle...). Un univers souvent très « cotonneux », avec de longues séquences muettes frôlant parfois le fantastique et dans lesquelles pointe parfois une inquiétante musique, qui donne envie de découvrir plus profondément ce monde cinématographique de Yoshida.






