20 septembre 2011

L'Ultime Razzia (The Killing) (1956) de Stanley Kubrick

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Moi je dis que c'est dommage que le gars Stanley Kubrick ne soit pas vraiment connu ni reconnu, parce que même s'il a tout piqué à Tarantino, le type a quand même sacrément du talent... Oui, bon, faut bien essayer de trouver des angles d'approche un poil différents avant d'aborder certains films. The Killing est une petite merveille de timing, une mécanique si parfaitement réglée qu'on se régale à chaque plan (je n'exagère point, même si les travellings latéraux sont particulièrement géniaux (celui dans l'appart sur bien deux kilomètres) ainsi que les multiples plans séquences mettant en scène deux personnages (le couple Sterling Hayden / Coleen Gray et surtout celui composé du génial Elisha Cook et de Marie Windsor)), à chaque nouvelle tronche (outre l'incontournable Elisha, notons la présence de Jay Adler en catcheur de folaille capable de prendre sur son poil une douzaine de policiers, ou encore Timothy Carey en tireur d'élite qui livre une parodie de Nicolas Cage absolument hilarante), à chaque dialogue venimeux (introducing Mr Jim Thompson au scénar : pauvre Elisha qui en prend pour son grade en se faisant tout du long copieusement assassiner verbalement par sa femme), ou encore devant la sublime architecture narrative du bazar - tout comme le plan de nos malfrats parfaitement millimétré, Kubrick semble s'être fait une gageure de suivre au millième de seconde près chaque séquence qu'il avait dans sa tronche. On a beau connaître le dénouement par cœur, savoir dès le départ tout ce qui va foirer, on ne peut s'empêcher à chaque vision de croire jusqu'au bout qu'on assiste au hold-up parfait... Alors que c'est en fait simplement le film qui l'est.

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Point la peine de tartiner des tonnes de confiture sur le dos de ce bon Stanley qui livre un film noir aux petits oignons : on pourrait s'épancher sur le personnage de Marie Windsor, blonde vénale et opportuniste qui fait deux têtes de plus que son pauvre mari stupidement transi d'amour (le moindre regard d'Elisha Cook tendrait à faire croire que ses parents étaient des épagneuls bretons), sur le charisme de Sterling Hayden dont on sent dans chaque geste la farouche détermination (la façon virulente avec laquelle il sort le gun du carton à fleurs dans les vestiaires juste avant de passer à l'action...), sur le regard constamment enamouré de Coleen Gray sur son Sterling (elle lui voue un culte infini et reste pratiquement sans voix tout du long comme si son admiration était telle qu'elle la rendait littéralement muette), sur la précision dans le montage des courses de chevaux - filmées de façon documentaire mais avec une efficacité redoutable -, sur ce personnage de parrain paternaliste (Jay C. Flippen) dont on semble lire la vie dans chaque ride de son visage et dans chaque regard mouillé, sur ce dénouement démentiel (même le caniche est parfaitement dirigé, c'est dire...) comme si le Dieu des hold-up avait décidé pour la forme de se payer une bonne tranche de rire... Bref quatre-vingt-cinq minutes de pur bonheur, sans un poil de gras : un des douze classiques (po vu Fear and Desire renié par le maître) de Kubrick.

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29 septembre 2010

Day of the Fight (1951) de Stanley Kubrick

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Un ptit doc de Kubrick sur la boxe (c'est ici pour les amateurs), allez va, je prends, à défaut d'avoir le courage de regarder son premier long Fear and Desire dans une copie pourave. Si on veut absolument s'amuser à trouver ici des racines de l'oeuvre du Titan SK, on pourrait relever en ouverture cette enfilade de scènes de K.O assez impressionnantes et ce commentaire qui évoque le désir du public de voir de l'action, des contacts physiques, de la violence quoi, comme s'il avait une véritable soif de sang à partir du moment où il s'agit de voir couler celui d'un autre... Après cette intro musclée, le cinéaste en devenir prend l'exemple d'un jour de combat classique d'un gazier qui a la particularité de vivre et d'être entrainé par son jumeau. Sympa de voir ces deux clones marcher côte à côte dans la rue, et surtout d'entendre le commentateur insister sur le fait qu'à l'approche du combat ces deux corps ne font pratiquement qu'un, le manager étant prêt à ressentir les coups reçus par le fighter (donc le réalisateur et les acteurs doivent également... bon brisons là avant de s'emballer dans des théories fumeuses). On nous décrit par le menu la longue attente avant le combat - le lever, la prière, le ptit dèj, la pesée, l'ultime repas incontournable pour avoir sa dose de bidoche (il faut se gorger de sang avant d'entrer sur le ring c'est bien connu... hein ?), l'échauffement, la montée de la confiance en notre ami boxeur (musique et ton de plus en plus dramatiques) et pis c'est le combat qu'on devine mis en scène pour l'occase, la caméra osant quelques plans sur le ring pour nous faire entrer au coeur de l'action. Le boxeur doit "combattre pour assurer son existence" - diable - et sur ces mots se clôt le reportage. Mouais, si ce n'était point du Kubrick, on n'aurait pas forcément la même volonté de scruter le bazar mais bon, cela reste collector, en attendant apparemment pour bientôt une restauration de cette fameuse première oeuvre... que Kubrick a cherché lui-même à faire disparaître.

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18 avril 2010

Les Sentiers de la Gloire (Paths of Glory) de Stanley Kubrick - 1957

vlcsnap_2010_04_18_17h09m16s29Même après 6 ou 7 visions, ce film garde une puissance incroyable. Kubrick n'en était alors qu'à ses débuts, mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'on sent déjà là-dedans toute la virtuosité, l'intelligence, la force et l'originalité du génie futur. Chaque séquence de Paths of Glory est un nouvel émerveillement, comme une tentative à chaque fois renouvelée de prouesse technique et émotionnelle : longs travelings arrière qui épousent le trajet des tranchées, véritables spectacles à eux seuls, avec ce positionnement hyper-précis de la caméra, qui fait halte de temps en temps, puis reprend son mouvement en plan séquence de manière incroyablement souple, comme une composition musicale ; alternances de gros plans eisensteiniens dans les scènes de dialogues, où le laborieux exercice du champs/contre-champs est dopé par cette sensibilité inlassable aux acteurs, à leur photogénie, à la force que peut contenir un cadre (la photo de Georg Krause, à la limite de l'expressionnisme, est pour beaucoup dans ces plans) ; travellings latéraux virtuoses lors de la scène du procès, où on suit Kirk Douglas dans ses lents déplacements au milieu des vlcsnap_2010_04_18_18h38m16s186soldats disposés comme des frontières le long de son parcours ; puissance spectaculaire de la scène de bataille, incroyablement variée et réaliste malgré le côté "studio", où chaque figurant qui tombe au combat semble avoir son importance, sa densité, sa part d'humanité ; enfin, simplicité extraordinaire de la scène finale, moment suspendu en-dehors de la trame, et qui résume à lui seul l'ampleur du projet... Au niveau formel, ce film est un chef-d'oeuvre incomparable.

Mais, come si ça ne suffisait pas à notre bonheur, Paths of Glory est aussi une tuerie au niveau du scénario, véritable traité d'humanisme et de courage ramassé en quelques minutes de métrage, qui traite très ambitieusement du courage, de la vertu, de l'absurdité de la guerre, de la mort, avec une maîtrise de chaque instant. Le film est très rapide, enchaînant les séquences sans pause, dans un précipité de destin qu'on n'arrive pas à arrêter. Il y a finalement très peu de séquences sur les 85 minutes du film, Kubrick ôtant systématiquement tout ce qui pourrait être inutile pour raconter son histoire. Tout va vite, trop vite, si bien vlcsnap_2010_04_18_19h17m24s113qu'on a l'impression d'une trame qui échappe au contrôle, sujet même du film : dans un ordre presque mathématique, à la limite de l'austérité, l'histoire est contée en staccato, sans pour autant faire l'impasse sur la réflexion, sur le discours, sur la théorie. On n'a jamais aussi bien raconté la bêtise intrinsèque de l'armée, l'horreur d'être pris dans une raison d'état qui dépasse l'humain, la fragilité de la frontière entre courage et lâcheté. Le tout sans fioriture aucune, avec l'aridité qu'il faut, avec la sensibilité sans sentimentalisme qui convient. Tout est génial là-dedans, des acteurs aux dialogues, des décors au montage, avec en plus cette colère douloureuse qu'on sent pointer derrière chaque plan rigoureux, et qui fait que Paths of Glory est aussi un film derrière lequel on sent un auteur, un vrai, un de ceux qui considèrent le travelling comme une "affaire de morale" et ont une opinion sur ce qu'ils filment. On ressort de là révolté, gonflé à bloc, glacé ; et avec la conviction que dès son 3ème film, Kubrick était déjà Kubrick.

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11 juin 2007

Le Baiser du Tueur (Killer's Kiss) (1955) de Stanley Kubrick

KK0On a commencé par le dernier Chaplin, on attaque Kubrick par son premier long. C'est certes pas les deux oeuvres les plus réussies de part et d'autre mais s'agissant du seul scénario original de Kubrick, ça vaut tout de même le détour. Non pas que l'histoire soit franchement d'une originalité folle - un coup de foudre entre voisins, un boxeur en fin de carrière et une dancing girl brisée par la vie, qui affrontent ensemble des tueurs à la petite semaine - mais avec certaines séquences (Kubrick est également derrière la caméra et au montage) qui laissent présager le meilleur chez cet énorme technicien du cinéma. On sent tout le soin apporté dans la construction des séquences de boxe, de l'engueulade entre le malfrat et la fille ou du combat final entre le malfrat et le boxeur, Kubrick variant les angles au maximum et montant l'ensemble avec un brio extraodinaire: sens de la précision, sens du rythme, sens de la tension dramatique, tous ses plans s'enquillent parfaitement les uns dans les autres; ça frôle même presque parfois la démonstration comme si Kubrick cherchait surtout à se positionner en grand styliste.

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Très belle idée également que ce corps à corps final dans ce magasin de mannequins démantibulés qui vient faire écho aux brisures psychologiques des deux personnages principaux: s'il est temps pour le boxeur de raccrocher les gants (qui sonne la fin de ses rêves de jeunesse) et de retourner dans le ranch de son oncle, il s'agit pour la jeune femme au passé relativement lourd à porter (absence d'amour du père, jalousie envers sa soeur qui s'est suicidée) de retrouver une certaine sécurité sentimentale - la présence d'une poupée,killerkiss lorsqu'elle se retrouve couchée, dans les bras de l'homme, apparaît d'autant moins innocent. Si Kubrick affirme d'ores et déjà sa passion pour les haches (Rah Shining!!!!), on retrouve en creux, dans ce combat final grandiloquent, un sens de l'humour, de l'absurdité qui n'est jamais totalement absent dans son oeuvre (on pourrait, juste en passant parce que j'ai bientôt cours, citer le "born to kill" sur le casque de Full Metal Jacket). Au final, un polar noir au happy end un peu convenu mais qui marque les vrais débuts d'un homme qui eut sur le cinéma une influence incommensurable.

Posté par Shangols à 11:23 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


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