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On a beau dire ce qu'on veut : je vous mets au défi de trouver un film des seventies qui n'a pas à pâtir... des seventies - que ce soit l'image, les coupes de cheveux improbables, les habits maronnasses, la lumière fade, les cadres à l'arrache genre "sur le vif" sauf que c'est juste flou... Bref, tous les films de ces années-là ont un symptôme de ce type, ne me dites pas le contraire. Tous sauf un, et ce un, c'est Barry Lyndon. Rien de bien neuf me direz-vous quand on connaît le côté magnanime de la bête cinéaste. Certes. Mais dans Barry Lyndon, tout est magnifique, cadre, lumière, musique, montage, et rien, absolument rien, même 45 ans plus tard ne paraît daté, dépassé. Et je pèse mes mots. Du coup, même si l'action se déroule au 18ème et que cela aurait sonné mieux s'il datait d'un siècle plus tôt, Barry Lyndon est incontestablement un chef-d'œuvre d'un "classicisme" exemplaire (tout est ordonné, au cordeau, maîtrisé), ou en un mot comme en cent, est un grand, très grand classique.

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Mais de quoi s'agit-il déjà ? Eh bien juste du destin d'un homme, d'un pauvre Irlandais qui a la mauvaise idée, dès son plus jeune âge, de tomber amoureux d'une fille qui n'est pas faite pour lui. Le lot de tous, oui, sauf que tout cela va mener notre homme à travers l'Europe, à travers les guerres, à travers des duels, à travers des amitiés de circonstances, à travers des coups d'éclat et des coups de grisou retentissants. Rien de moins. Un amour qui n'est donc pas à son niveau, un Barry grenouille qui se fait bœuf, un Barry qui flingue son adversaire et se croît beau, un Barry qui prend la fuite, se rend compte trop tard qu'il s'est fait manipuler comme un bleu et, en prime, se fait dépouiller... Suivront de multiples opportunités que notre gars saura plus ou moins saisir au vol, des échelons qu'il saura gravir un à un avant, tel Icare, une chute terrible qui lui pétera au moins une jambe. Oui, on pourrait développer, on pourrait rentrer dans les détails scénaristiques mais finalement ce n'est pas non plus l'intérêt principal de la chose. C'est un destin, dans un siècle, dans un temps troublé, une vie en forme de courbe de Gauss avec ses combats (remportés à la force du poignet), ses actes de bravoure, ses amours, ses bassesses, ses facilités et, au final, une facture à payer. Un type semi-attachant, semi-séduisant, un type assez normal finalement qui se croît sans doute un peu trop fort, un peu trop malin et qui finira par tomber sur un os, affectivement, sentimentalement, financièrement, physiquement. Et qui, une fois mort, sera égal à tout un chacun, c'est la moral lucide de l'histoire. Et l'intérêt, donc, dites-vous ?

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L'intérêt, il va bien au-delà de cette trajectoire personnelle, de ces rencontres plus ou moins passionnantes ou encore de cette femme aimée (Marisa Berenson, terriblement fade quand on y pense, qui a plus à jouer avec son maquillage qu'avec son esprit (le personnage féminin chez Kubrick, souvent simple potiche  ? Oula, doucement quand même... mais ici, reconnaissons qu'il n'est pas franchement d'une profondeur extatique)). L'intérêt, mes bonnes gens, il est justement dans cet esthétisme grand crin, dans cet écrin (les décors, jardins ou châteaux, sont juste sublimes), dans ce montage d'une fluidité parfaite qui semble simplement dicter par la musique classique (c'est autre chose qu'un montage à la Shoonmacker, au forceps, où les faux-raccord pleuvent pour que cela concorde avec le rythme - brrrr, c'est ma hantise celle-là), dans ces lumières naturelles (en extérieur - mêmes les nuages sont mis en scène - comme en intérieur - pas la peine de revenir sur cette pellicule conçue spécialement pour le film et sur ces plans uniquement éclairés à la bougie : c'est un travail d'orfèvre), dans ces multiples dé-zooms qui semblent remettre à chaque fois en perspective, dans son siècle, ce petit personnage qui sera finalement utilisé, manipulé, écrasé, broyé par les puissants de son temps - comme si le "roturier" avait voulu se prendre pour un noble et se devait de sortir par le petite porte. Kubrick n'hésite jamais à péter le suspense avec cette voix off qui prend les devants sur l'histoire (notamment lors de l'accident terrible du gamin - la chute de cheval la plus affreuse depuis Autant en emporte le Vent) : ce destin, il est comme joué d'avance, il ne peut que finir par aller dans le mur - et donc autant être prévenu à l'avance ; alors oui, il y a des aspects divertissants dans cette aventure, mais la fin, inéluctable, ne pourra que ressembler à une longue agonie (la dernière partie s'enlise un peu, reconnaissons-le, mais elle ne fait que suivre cette retombée en feuille morte du personnage principal). Vous ne vous souvenez de rien dans Barry Lyndon ? C'est normal tout est fait pour qu'on le revoie à chaque fois avec le même émerveillement. Une œuvre taillée dans le bronze, un Kubrick dans toute sa grandeur et sa démesure visuelles. Pour barrir de plaisir ? Allez.

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