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Œuvre ultime du lubrique Kubrick qu'il est toujours bon de remater pour se souvenir que les fantasmes, la tentation, le cinéma quoi, sont souvent plus bandants que la réalité. Po ici pour faire une thèse sur le bazar, juste pour énoncer deux trois idées que m'inspire la chose ; à mes yeux (ouverts... ou fermés), l'ami Bill (Cruise, plus lisse qu'un sabot artisanal et sur lequel Stanley, sans être mauvaise langue, semble parfois éviter sciemment de faire des contre-champs) titillé et enjalousé par sa femme qui lui avoue ses propres rêveries éroeyes-wide-shut-post2tiques aura l'occasion de passer à l'action : femme éplorée venant de perdre son père et se jetant dans ses bras (Marie Richardson, po terrible, franchement), prostipute l'invitant gentiment chez elle, lolicéenne peut farouche venant se frotiller contre lui, monde partouzeur pour initiés ; Bill est tenté, toujours à deux doigts de passer à l'action sauf que... (sonnerie du réveil ? ou plutôt d'une porte ou d'un portable...), c'est une chose de vouloir passer de l'autre côté du rainbow, il est moins facile de parvenir à le traverser... A force de vouloir jouer avec Eros, notre héros frôle Thanatos et remet la/les partie/s (fine/s) au lendemain. Seulement voilà, après le monde de la tentation fantasmogorique, point la réalité, et celle-ci se révèle comme la chair beaucoup plus triste : partouzeuse overdosée, compagnon reprenant ses droits sur sa bourgeoise, prostipute hachivisée, teenage-girl vendue aux plus offrants (deux Japonais en quête de chair fraîche, mouais...). Notre mari est fort marri, le diabolique Pollack maître queue (tapis de billard de rouge, c'est un style) tente de le remettre dans le droit chemin en l'avisant que tout cela n'était que du "bluff", les masques tombent et notre ami Cruise de re-cruiser gentiment vers sa douce, retournant la queue entre les jambes vers ses croquettes Friskies. Eyes wide fuck, on connaît le fin mot de l'histoire.

 

800 orgy

Mise en scène kubrickienne élégantissime, musique symphonique taillée sur mesure ou notes dissonantes cauchemardesques, personnages bigger than reality (vieux séducteur hongrois, vendeur bourru, nippons burlesques, duo féminin de rêve, bande de jeunes orangemécanisés, desk boy ultra homosexualisé...), l'oeuvre passe comme dans un songe sur l'écran de nos petits fantasmes cinématographiques. Une vision du couple par le père Kubrick quelque peu étriquée, comme si le maître des illusions était revenu de tout, comme si la triste et banale réalité finissait toujours par prendre l'ascendant sur les rêves érotisés et la propre mise en scène de notre esprit. Le siècle des tentations lubriques se referme en beauté avec un arrière-goût amer. Incontournable, encore et toujours.

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