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Moi je dis que c'est dommage que le gars Stanley Kubrick ne soit pas vraiment connu ni reconnu, parce que même s'il a tout piqué à Tarantino, le type a quand même sacrément du talent... Oui, bon, faut bien essayer de trouver des angles d'approche un poil différents avant d'aborder certains films. The Killing est une petite merveille de timing, une mécanique si parfaitement réglée qu'on se régale à chaque plan (je n'exagère point, même si les travellings latéraux sont particulièrement géniaux (celui dans l'appart sur bien deux kilomètres) ainsi que les multiples plans séquences mettant en scène deux personnages (le couple Sterling Hayden / Coleen Gray et surtout celui composé du génial Elisha Cook et de Marie Windsor)), à chaque nouvelle tronche (outre l'incontournable Elisha, notons la présence de Jay Adler en catcheur de folaille capable de prendre sur son poil une douzaine de policiers, ou encore Timothy Carey en tireur d'élite qui livre une parodie de Nicolas Cage absolument hilarante), à chaque dialogue venimeux (introducing Mr Jim Thompson au scénar : pauvre Elisha qui en prend pour son grade en se faisant tout du long copieusement assassiner verbalement par sa femme), ou encore devant la sublime architecture narrative du bazar - tout comme le plan de nos malfrats parfaitement millimétré, Kubrick semble s'être fait une gageure de suivre au millième de seconde près chaque séquence qu'il avait dans sa tronche. On a beau connaître le dénouement par cœur, savoir dès le départ tout ce qui va foirer, on ne peut s'empêcher à chaque vision de croire jusqu'au bout qu'on assiste au hold-up parfait... Alors que c'est en fait simplement le film qui l'est.

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Point la peine de tartiner des tonnes de confiture sur le dos de ce bon Stanley qui livre un film noir aux petits oignons : on pourrait s'épancher sur le personnage de Marie Windsor, blonde vénale et opportuniste qui fait deux têtes de plus que son pauvre mari stupidement transi d'amour (le moindre regard d'Elisha Cook tendrait à faire croire que ses parents étaient des épagneuls bretons), sur le charisme de Sterling Hayden dont on sent dans chaque geste la farouche détermination (la façon virulente avec laquelle il sort le gun du carton à fleurs dans les vestiaires juste avant de passer à l'action...), sur le regard constamment enamouré de Coleen Gray sur son Sterling (elle lui voue un culte infini et reste pratiquement sans voix tout du long comme si son admiration était telle qu'elle la rendait littéralement muette), sur la précision dans le montage des courses de chevaux - filmées de façon documentaire mais avec une efficacité redoutable -, sur ce personnage de parrain paternaliste (Jay C. Flippen) dont on semble lire la vie dans chaque ride de son visage et dans chaque regard mouillé, sur ce dénouement démentiel (même le caniche est parfaitement dirigé, c'est dire...) comme si le Dieu des hold-up avait décidé pour la forme de se payer une bonne tranche de rire... Bref quatre-vingt-cinq minutes de pur bonheur, sans un poil de gras : un des douze classiques (po vu Fear and Desire renié par le maître) de Kubrick.

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