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Magnifique dessin animé que celui-là, qui rend parfaitement l'ambiance du beau manga de Taniguchi, alors même qu'il est dirigé par un Français, cocorico. Débarrassé de toute tentation de surenchère et de vitesse habituelle dans les films d'animation, Le Sommet des Dieux privilégie au contraire la contemplation à l'événement. S'il en est plein par ailleurs, d'événements, ils passent au second plan, et l'impression qui reste est bien celle d'avoir passé deux heures à admirer la montagne enneigée, et d'avoir adoré ça. C'est la goutte au nez qu'on revient de ce beau film, qui est à la fois un film "d'hommes entre eux" dans la grande tradition fordienne, et un film débarrassé des hommes finalement, où le personnage le plus important est la montagne.

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Le film raconte deux quêtes parallèles : celle de Habu qui cherche l'exploit ultime après avoir atteint maints sommets et vu mourir un de ses partenaires, et qui veut gravir l'Everest en solitaire ; et celle de Fukamachi, reporter fasciné par Habu et qui tente de mettre la main sur un appareil photo qui contiendrait une preuve que l'Everest a été atteint dès 1924, appareil qu'il soupçonne en possession d'Habu. Deux hommes perdus dans l'immensité, de leur mental d'abord, de la montagne ensuite, et qui vont devoir aller au bout d’eux-mêmes pour réaliser leur quête. A coups de flashs-back, on découvre peu à peu le parcours d'Habu, et on s'attache de plus en plus à cette passion que lui voue le reporter : le film gagne une puissante densité humaine, et on s'intéresse de plus en plus à cette ascension impossible, se rendant bien compte qu'il s'agit d'une aventure métaphysique bien plus que sportive. La grande qualité de la chose,est là, dans ce mélange de thriller très bien tenu et de vaste conte philosophique (en ce sens, l'aspect japonais est bien senti, et on apprécie que Imbert n'ait pas cherché à "franciser" ses dessins et son scénario).

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Pas d'hystérie, comme je disais, là-dedans : Imbert aime les silences, l'immobilité, la nature, celle-ci étant souvent réduite à une immense nappe de neige (mais on est à l'opposé du moche Âge de glace : ici, la neige est montrée comme un paysage changeant, avec toutes ses nuances de blanc, de gris, de bleu). L'essentiel du métrage est constitué de ces hommes tout petits dans l'écrasant paysage de montagnes, et qui marchent. Si de temps en temps on dévisse, on chute, on se prend une avalanche sur la gueule, c'est pour relancer l'action ; mais compte bien plus cette contemplation des hommes à l'effort et de la montagne. La beauté n'empêche pas pour autant d'être happé dans cette histoire tendue et pleine de suspense, que Imbert met en scène avec beaucoup de force. C'est aussi une des spécificités du Sommet des Dieux par rapport à ses collègues en animation : il est mis en scène, pensé en termes de cadres, de rythmes, de durées de plans, et aussi de sons (impressionnant de ce côté-là). Imbert est un vrai cinéaste, et montre une patte originale et fine dans le paysage de l'animation, gloire à lui.