9782363081995,0-5864455Barbéris n'est pas tout à fait de ce siècle ; mais elle écrit avec une telle douceur et une telle délicatesse que son côté désuet joue en sa faveur, et que du coup Un Dimanche à Ville-d'Avray touche doucement là où il faut. La narratrice évoque la petite corvée consistant à aller rendre visite à sa soeur à Ville-d'Avray, ville qui dans l'imaginaire très parisien de son mari, se situe à l'autre bout de la planète, aussi bien géographiquement (il faut quitter la capitale !) que mentalement : petits quartiers très calmes et silencieux gagnés par la nature, mode de vie petit-bourgeois, immobilité de tout. C'est surtout à un dimanche particulier que ce roman s'intéresse, moment étrange et propice aux confidence où sa soeur va avouer à la narratrice un début de commencement de prémices d'infidélité à une époque de sa vie. Elle a un jour rencontré un bel et sombre inconnu, aussi trouble que fascinant, et a éprouvé, le temps de quelques rencontres, le vertige de découvrir qu'une autre vie était possible, une vie plus romanesque, moins tracée d'avance, plus conforme à ce que sa passion pour Brontë et Thierry La Fronde impliquait. Une sorte de parenthèse enchantée que la belle a bien soigneusement occultée, et qui surgit en cette journée de confidence.

Barbéris excelle à dévoiler le secret qu'i y a dans toute vie, cette part d'inconnu qui se cache même chez les gens qu'on croit connaître par coeur, ou qui n'ont l'air de rien. Cette petite histoire cachée au sein du texte jaillit d'autant plus fort qu'elle est entourée d'une description parfaite de la vie provinciale assise et confortable. Avec une légère ironie, qui n'est jamais supérieure ou cynique, Barbéris met des mots simples mais poétiques sur l'ambiance de ces villes bourgeoises, un peu comme Proust aurait pu parler de Trouville : comme un monde minéral, profond, mais immobile, définitivement enfoncé dans son passé et qui ne bougera plus. La visite à la soeur est ainsi aussi bien un voyage temporel que géographique, et on traverse aussi l'histoire d'une enfance, avec ces petits souvenirs sans envergure déclinés par le livre, avec cette posture de la soeur qui échappe au temps, démodé. Cette histoire d'adultère est elle-même désuète, presque morale dans la bouche de la soeur, déconnectée en tout cas des réactions d'aujourd'hui sur l'infidélité. Bref, Barbéris nous offre un roman d'un autre temps, de ceux faits en porcelaine ancienne, avec ce que ça comporte de défauts (c'est parfois un peu poussiéreux) et de qualités (c'est fin). L'impression d'ouvrir un grenier de grand-mère et d'y trouver une lettre d'amour à un inconnu...