le-bal-des-folles-1211545-264-432Premier roman de Mas qui nous emmène en cette fin du XIXème siècle à la Salpêtrière où la légende « Charcot » officie ; sa spécialité : hypnotiser de pauvres gâtes fébriles pour les mettre en transe devant un public parisien de curieux un rien pervers ; une petite perversité que l'on retrouve d'ailleurs tout autant dans ce fameux bal annuel de la mi-carême où le parisien bourgeois vient se frotter à ces pauvres femmes internées le reste du temps. La couverture est moche (parfois, c'est rédhibitoire en ce qui me concerne - heureusement que Victoria a une grande sœur de goût, j’ai fermé les yeux), l'écriture plus classique ou disons plutôt scolaire qu'un premier de la classe (c'est un truc qui doit plaire à Pivot, l'absence totale de style), heureusement que le récit est un peu moins prévisible que prévu... Ben oui, parce que l'on sent venir dès le départ « l'histoire type » : toutes ces pauvres femmes mises entre quatre murs par vengeance maritale (une tromperie = un internement) ou familiale (ma fille est originale = bam, enfermons-là pour qu'elle ne ruine pas notre NOM). Alors il en est certes un peu question (cette héroïne, mentalement point dérangée, enfermée par son père parce qu'elle avoue pouvoir communiquer avec les morts) mais pas que. Mas met en scène diverses femmes (une gardienne traumatisée par la mort de sa sœur, une jeune femme que Charcot rend hémiplégique à force de la donner en spectacle - quel con, ce Charcot, une vieille prostituée toute contente d'être, dans cette enceinte, enfin débarrassée des hommes et donc cette pauvre Louise, internée de force). Ce que Mas réussit assez bien c'est ce petit côté paranormal (la communication avec les morts de notre héroïne) traité de façon... tout à fait normale. Louise, la pauvrette, un peu comme Jeanne d'Arc qu'on soupçonne être assez honnête (ah, pas vous ?) quand elle prétend entendre des voix (non je n'ai pas vu le Dumont)), a une certaine facilité à voir les défunts et à tailler la bavette avec eux. C'est un don, un sixième sens dirait l'autre, que Mas ne tente en rien de remettre en cause, de battre en brèche. Louise, donc, pour s'être confiée sur ses dons à sa grand-mère (qui a tout répété au pater familias, la salope de vieille), se retrouve donc au milieu de ces femmes plus ou moins hystériques (surtout moins que plus) à devoir se défendre de sa normalité - et forcément, moins on la croit, plus elle s'énerve, plus elle s’énerve, plus elle est hystérique... (l'engrenage, ou l'escalade comme on dit chez nous). Bref, une chute infernale et fatale en quelque sorte, puisque son père, seul autorisé à la faire sortir, s'entête ; seule la gardienne, raide comme un obélisque mais avec, au fond plein d'empathie pour ce petit monde, pourra sauver la Louise - quitte à y laisser des plumes, pour ne pas dire des grains (de folie).

Bon, une écriture et une construction un peu ternes mais un sujet finalement traité de façon assez original ; on n'est pas dans un vol au-dessus d'un nid de poules folles, bien au contraire, tout est fait pour nous montrer ces patientes au naturel, souvent traumatisées ou abusées par le passé, qui tentent tant bien que mal de retrouver un semblant d'équilibre. On apprend des choses guère ragoutantes sur les traitements de l'époque (une crise : une forte pression sur les ovaires - je devine la sensation désagréable de la chose en la remplaçant par des attributs masculins : pas de doute, si ça soigne pas, ça calme sa mère...) et on découvre un univers et une ambiance d'époque qui sentent bon son petit travail d'artisan d'écrivain propret (au niveau historique et « scientifique » plus que littéraire, on se répète). La chose ferait surement un bon téléfilm sur France 2, ce qui n’est déjà pas si mal. Un sujet audacieux et des caractères plutôt originaux traités d'une façon qui l'est malheureusement beaucoup moins.