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Un tour dans la fiction télé française, ça peut pas faire de mal, puisque les séries nationales ont su parfois travailler d'autres rythmes, d'autres personnages, d'autres visions que leurs soeurs américaines. C'est le cas avec ce Mytho qui s'annonce sous les meilleures auspices. Elvira (Marina Hands) est une femme au bord de la dépression : son mari (Mathieu Demy) la délaisse et couche avec la pharmacienne, ses enfants ont d'autres occupations (du blog (...) aux fêtes avinées en passant par la découverte de son homosexualité), son patron est odieux, son boulot ennuyeux, ses copines allumées et ses voisines émancipées et belles : elle se sent seule. Elle va alors lâcher presque par hasard un mensonge qui va bouleverser sa vie : elle a un cancer. Famille, amis, tous se soudent alors autour d'Elvira, tout n'est plus qu'amour et attentions à elle. Mais le mensonge est une spirale (Lao Tseu) et peu à peu, cette petite phrase va l'entrainer toujours plus loin dans le drame. Tout se délite devant ses yeux, et la gabegie se répandra dans les 6 épisodes bien remplis de cette série originale (réalisée par le mec de l'attachant Les Revenants, et co-écrit par l'auteur de l'intéressant Gabriële). Sur le papier, c'est plutôt prometteur, donc, puisque la série se propose de décrypter les pièges du mensonge sous toutes ses formes : non seulement Elvira ment, mais le mensonge semble mener la  vie de tous les personnages, du jeune garçon se faisant passer pour fille afin de draguer son correspondant allemand jusqu'à sa soeur dissimulant sa responsabilité dans l'accident arrivé à son ami, du mari infidèle jusqu'au patron adepte de la franchise et qui découvre qu'il est meilleur de dissimuler la vérité. Comme le premier plan est très inspiré (un travelling le long d'un quartier résidentiel petit-bourgeois, parfaitement lynchien, sur une chanson d'Aznavour), on se frotte les mains et on écarquille les yeux.

mytho

Mais comment dire ? La série est très très inégale : on passe de séquences intéressantes à d'autres complètement maladroites. La faute avant tout aux acteurs : à part Mathieu Demy, intelligent et drôle, et Marina Hands, dont le jeu très étrange finit à la longue par remporter son pari, les autres sont franchement en-dessous de tout, à commencer par les enfants. Les seconds rôles sont caricaturaux et remplissent des fonctions très automatiques : le patron salopard, l'amie allumée, la voisine ésotérique, le père dépassé... Très limités, les acteurs ont du mal à faire passer des répliques sur-écrites (la pire : "Pourquoi on dit "Tumeur" ? On devrait dire "Tue-vie", j'trouve...", Alexandre Jardin sors de ce corps !) , des scènes trop littéraires et dont les intentions sont trop claires. Tout ça sent l'artificialité à plein nez, et ce scénario ressemble à un essai scolaire sur le mensonge plus qu'à une fiction en bonne et due forme. Comme si les auteurs avaient voulu faire un exposé sur le mensonge sous toutes ses formes, et avaient oublié de donner de la vie à leur histoire. La série, pleine comme un oeuf sur une durée somme toute assez courte, a l'air de traiter deux saisons en une. La somme d'intrigues à peine esquissées et qui se terminent au milieu est effarante : le coming-out du fils, le passé trouble d'Elvira, une arnaque à l'assurance, les activités sectaires de la voisine, un meurtre avec fantômes... Les gusses ne savent pas s'arrêter, et ne voient pas que leur postulat de départ (une femme qui raconte une craque et qui sombre) suffisait largement à remplir leur saison 1.

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De plus, tout ça sent le cheap dans la réalisation, dans les finitions (les figurants, comme toujours. J'écrirai une thèse là-dessus un de ces jours). Comme si tout ça avait été bâclé, écrit et tourné trop vite, dans l'urgence. En se posant plus, les auteurs auraient pu enlever tous ces défauts de construction, ces symboles lourdosses (la forêt en feu de la fin, au secours), ces répliques pourries, ces personnages inutiles et mal fouillés ; mieux réalisée, la série aurait évité les mauvais acteurs, et trouvé un style plus personnel. Ici, elle fait tous ses efforts pour paraître étrange (les figurants qui bougent à l'envers pendant que Marina Hands avance à l'endroit) mais reste accroché à une esthétique française très repérée et très pauvre. Restent quelques belles inspirations, et un tournant tragique opéré en cours de route (le pivot est au quatrième épisode) qui la fait ressembler finalement plus à L'Adversaire de Carrère qu'à la farce qu'elle promettait d'être au départ. Peut nettement mieux faire avec un tel matériau.