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Ça faisait longtemps que Faucon ne m'avait pas ouvertement déçu, mais c'est vrai qu'on demeure un peu perplexe face à ce Amin, qui veut dire plein de choses mais les dit dans un tel désordre qu'il finit par ne plus rien dire du tout. Le film, comme à son habitude, a pourtant un trait très droit, une grande simplicité pour raconter les choses. Mais en 90 petites minutes, Faucon voudrait brasser trop de thèmes, d'indignations, d'injustices, d'humanités pour vraiment convaincre : il finit par réaliser un film un peu naïf, qui enfonce quelques portes déjà ouvertes. Même si on reconnaît là-dedans la grande tendresse du cinéaste pour ses personnages, l'acuité de son regard sur la société, la modestie toujours totale de son cinéma, on constate cete fois qu'il dilue ces qualités dans un film un peu béni-oui-oui auquel il ne nous a pas habitués.

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Amin (Moustapha Mbengue) est un de ces milliers de travailleurs clandestins qui viennent manger le pain des Français, c'est-à-dire qu'il a dû quitter son Sénégal, sa femme et ses enfants pour venir se faire exploiter en France dans des emplois très physiques payés au black et peu regardants sur les dépassements d'horaire. Cette fois, il bosse dans la maison de Gabrielle (Emmanuelle Devos), quadragénaire fraîchement divorcée. Peu à peu il va nouer avec elle une relation amoureuse. On le voit, c'est tout simple, et Faucon parvient avec beaucoup de subtilité à rendre compte de cette histoire amoureuse toute bête, pas du tout entravée par des considérations raciales ou sociales ou morales. C'est le meilleur côté du film : Gabrielle et Amin s'aiment le temps des travaux, sans se prendre le chou, baisent et se font plaisir, sans que cela déclenche un dilemme moral impossible. Il y a quelque chose de très lumineux dans cette relation, d'immédiat, et les deux acteurs, dans un jeu feutré et rentré, apportent beaucoup de douceur au film. Faucon les fait modestement exister dans des séquences biographiques subtiles (le retour au Sénégal d'Amin et la pression exercée par sa famille, les relations de Gabrielle avec son ex-mari jaloux et sa fille pas super cool), et filme simplement deux ou trois scènes d'intimité entre eux, sexe ou simples petites séquences du quotidien, qui les rendent très attachants : voilà une relation adulte, respectueuse, et très crédible.

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Mais le film ne se contente malheureusement pas de cette histoire simple. Il veut aussi dire des choses, dénoncer, s'indigner, et prend de gros sabots pour le faire. Relations difficiles avec son pays d'origine, impossibilité de s'intégrer à la société française, racisme ordinaire, conditions de travail des clandestins, pression de la famille, difficultés des amours inter-raciales, etc etc, le film veut tout raconter, voyageant de France en Algérie en passant par le Sénégal, dressant à coups de petites saynètes souvent édifiantes un portrait de la société et de ses rapports avec ses migrants clandestins. C'est tout à fait noble, mais d'une part le film n'est pas assez profond pour creuser chaque thème autrement que superficiellement, et d'autre part il est trop court pour pouvoir s'y pencher correctement. Du coup, on devine à l'avance comment Faucon va raconter tout ça, et on peine à s'y intéresser vraiment tant chaque débat est à peine esquissé. L'intelligence légendaire du bougre se dilue dans la colère rentrée, dans son discours débordant, dans son dessein qui aurait mérité plusieurs métrages. Amin manque d'intensité, et si ce défaut est au bénéfice des scènes amoureuses très finement abordées, il est au détriment du discours, souvent un peu politiquement correct et simpliste.