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Dans la famille Sollima, je demande le fils, réalisateur attachant qui en quelque sorte marche dans les pas stylistiques de son pôpa. Le paternel était branché western, le fils s'attaque à un autre genre, le film d'action à arcanes politiques vertigineuses. Le résultat est d'une rigueur remarquable, le bougre ne cherchant (presque) jamais à se mettre en avant, et réalisant un film honnête et assez fort dans une sobriété remarquable, qui n'exclut pas le style. Alors attention, c'est loin d'être parfait : on ne comprend rien du tout au pourquoi du comment des actions de cette bande de mercenaires (d'autant que j'ai un peu oublié le premier volet de la franchise, réalisé par Villeneuve), et on regarde se dérouler tout ça assez passivement, pointant assez souvent quelques clichés ou quelques tentations mélodramatiques dommageables (les rapports entre Del Toro et la fillette de son ennemi juré, leur accueil par un brave paysan sourd...). Mais on se fout un peu du scénario, et on se concentre sur l'aspect presque mathématique du montage et de la réalisation, le goût pour les formes géométriques, et la belle tension que le film arrive à créer grâce à des plans séquences habiles, une musique habitée et un sens du tempo impressionnant.

Sicario2

A priori on reprend les mêmes et on recommence. Toujours question de cocaïne qui passe en contrebande du Mexique aux States, du combat politique et concret des autorités contre les cartels, des riches qui exploitent les pauvres, ce genre de joyeusetés. Ici, le trafic se complique d'une traite des humains (les migrants) et des relations entre les réseaux de drogue et le terrorisme islamiste, qui poussent nos hommes de l'ombre à kidnapper la fille d'un magnat de la drogue. Dès lors, l'otage va devenir bien embarrassant, puisque chaque camp veut la récupérer, y compris en interne (nos hommes seront assez vite lâchés par la Maison blanche). Ça convoie sous haute surveillance, ça se bombarde au lance-roquettes, ça fomente des trahisons en sous-main, ça règle des conflits mondiaux en un coup de fil, bref la vie des diplomates est mouvementée. Le film est raconté très sagement, dans l'ordre, sans excès de style dans la narration, mais comporte quand même une belle ligne claire dans le récit. Bien qu'on arrête d'essayer de comprendre assez vite qui trahit qui, on admire cette simplicité d'exécution, qui laisse à Sollima tout loisir de s'éclater au niveau du style formel. Le film est en un mot très classe : ça commence avec un attentat terroriste filmé en plan-séquence de toute beauté, ça continue avec des plongées vertigineuses sur des ballets de voitures noires, ça se poursuit avec des plongées en immersion à l'intérieur des bagnoles dans des fusillades en plan subjectif très bien tenues. Tout est justifié pourtant, jamais on ne prend Sollima en flagrant délit de crânerie. La séquence centrale, la plus réussie, montre un convoi de bagnoles censé déplacer la fameuse petite otage : la tension monte très lentement, dans une gestion du temps rigoureuse ; et quand la violence éclate, elle est sèche et spectaculaire. On voit simplement des gars faire leur sombre job, se prendre des balles ou en envoyer. Dans cette séquence, tout, jeu des acteurs, musique répétitive très angoissante, montage, sens du cadre, obéit à ce suspense et au sens du spectacle. On est franchement bluffé par cette mise en scène, mélange de motifs géométriques (le monde envisagé comme un seul territoire où se croisent des formes, des mouvements), de rigorisme froid et de tension. Il es vrai que le film peine à se terminer, que la fin est assez grand-guignol (pas facile de conduire une bagnole quand on s'est pris une balle dans la bouche), et que les acteurs sont parfois un peu enfermés dans ce film très formel (Josh Brolin et Catherine Keener n'ont pas grand-chose à jouer). Mais on a assisté quand même à un vrai festival pour les yeux, mélange de film d'action grand cru et de chorégraphie, et rien que pour ça, mes respects au fiston Sollima.

benicio-ok~1920

Le film, édité par Metropolitan Filmexport, sort  en DVD, Blu-Ray et VOD le 27 octobre, l'éditeur est contactable sur son site et sa page Facebook. C'est encore une fois le grand Cinetrafic qui nous a donné à voir icelui, et vous pouvez retrouver sans vergogne ses pages "le cinéma de 2018" et "les meilleurs films de 2017" en cliquant comme il se doit.