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A l'heure où il est de bon ton de traiter les journalistes d'abrutis et de menteurs (j'aurais dit aussi petit bite et tafiole tant qu'on est dans la mesure et l'objectivité), il n'est pas si mauvais de revenir à la base : filmer permet aussi de nous rendre compte de certains débordements policiers, de donner une image de la réalité, hein, et ce parfois malgré les risques et périls du métier... Wexler suit la trace ici d'un journaliste de terrain, John Casselis (à l'origine devant s'appeler John Cassavetes et être interprété par icelui... mais il ne fut point dispo), un type qui a ce virus des images dans le sang... Il apprend cependant que les flics se servent de ces images et, dans la foulée (après s'être lancé dans un reportage sur les quartiers blacks sans qu'il ait l'accord de ses supérieurs), qu'il est mis à pied. John est vénère. On suit également en parallèle ses petites histoires d'amour : d'abord avec une infirmière à croquer puis avec une donzelle moins tape-à-l'oeil qu'il a rencontré via le gamin de celle-ci (un gamin passionné par les pigeons-voyageurs que John va prendre sous son aile... ainsi que la mère abandonné par son mari)... L'histoire va culminer lors des tensions en marge de la Convention Nationale Démocratique à Chicago : des manifestants pacifistes avancent sous l'oeil des caméras face aux forces de l'ordre dont l'Armée... Leur petite marche va avoir tôt fait de déclencher un léger excès de violence chez nos flics qui aiment à manier le bâton... Une ambiance pour le moins mélodramatique au diapason finalement des mésaventures de notre héros...

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Même si le fil du récit paraît parfois un peu lâche, si on a l'impression que le cinéaste s'éparpille un peu dans cette histoire qui manque d’une colonne vertébrale solide, il y a chez Wexler une réelle capacité à mêler la fiction à la réalité. Lorsque l'on suit les pérégrinations de ce journaliste, notamment dans les quartiers blacks où ils se retrouve pris à parti, on sent qu'on est directement en prise directe avec "l'air de temps" de cette époque où la défiance (celle notamment de la communauté black envers ces jolis journalistes blancs) est de mise. Cette impression d'une "caméra-vérité" virevoltante va bien sûr se faire plus évidente lors de cette dernière séquence prise sur le vif, celle où la flicaille entraînée va pouvoir entrer en action (comme on a pu le voir au début du film lors d’exercices de sécurité : la décontraction de nos poulets a laissé la place à des faciès fermés, enfin débarrassé semble-t-il de toute intelligence ; faut taper dans le tas de ces abrutis de communistes de merde qui se croient tout permis bordel). Le pauvre Casselis se retrouve enfermé dans la salle où se tient la Convention et où tous les partisans sont joliment regroupés - sa nouvelle compagne, elle, errante dans les rues et les parcs alentours, à bout de souffle, tente de retrouver la trace de son fils alors même que les esprits s'échauffent. On sent toute l'électricité qui se dégage de ce face à face (flics / marcheurs), toute cette tension qui devrait se faire (vu la volonté des flics d'user leur petit matériel) rapidement éruptive... De l'intérêt à ce que les journalistes soient au cœur des événements pour éviter ou plutôt pour garder une trace de tout débordement… Une œuvre qui ne manque pas d'énergie, de peps, éminemment inscrite dans son temps, mais qui pêche un peu parfois au niveau des coutures (scénaristiques) et de la densité de ses personnages principaux (qu'on voit un peu trop de "l’extérieur"). Une découverte qui ne fait toutefois pas de mal en ces temps où les journalistes sont trop facilement chahutés... 

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