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On reste dans le cinéma français expérimental avec cette œuvre curieuse et titillante de l'ami Mandico. Une ouverture à la Kubrick (cinq jeunes garçons sauvages faisant subir des sévices à leur prof de français), puis un procès tendu comme un film de Lang, avant que l’on découvre une aventure des plus étranges (les cinq jeunes garçons sont pris en charge par un capitaine pour parfaire leur éducation... Il les amène sur une île mystérieuse...) : l’oeuvre oscille visuellement entre Guy Maddin (des effets visuels à base de "fond d'écran traficoté" de la plus belle eau) et Vigo (une scène surréaliste sur la plage où des plumes d'oreiller volent au-dessus de la bande de garçons surexcités) et sur le fond (ou au niveau de l'imaginaire) entre Jules Verne (des mondes exotiques bien étranges), Fassbinder (des garçons sexuellement ambigus...) ou encore l'univers de Lord of the Flies (des enfants livrés à eux-mêmes sur une île, dans une ambiance où le cynisme règne en maître). Bref, on l'aura compris en deux lignes, il y a à boire et à manger dans ce film français hors-norme où les intentions sont peut-être encore un peu floues (les garçons se transforment en jeunes filles... pour devenir des individus plus pacifistes ou pour simplement être donnés en pâtures à des marins ivres ?... un peu confus le bazar, quand on y regarde de plus près) mais où la magie visuelle n'a de cesse d'opérer (avec des effets spéciaux de bric et de broc comme on les aime : beaucoup aimé, par exemple, cet arbre aux fleurs en forme de bites (c'est les vacances, hein) arbre où les garçons viennent goulument s'abreuver).

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Coup de chapeau également aux jeunes actrices (citons juste Vimala Pons, notre amante, absolument méconnaissable et comme toujours formidable) qui se fondent littéralement dans leurs rôles avec une grande agilité. Ce sont elles/eux qui donnent en grande partie une certaine étrangeté au film, un film où tout peut arriver (pas évident de voir ses seins pousser subitement ou son pénis se détacher soudainement de son corps comme un mollusque à bout de force), où tout semble être fait pour nous surprendre. Mandico passe de la violence à la sensualité en un plan, du cynisme à la poésie en une image (superbe noir et blanc et des images en couleurs qui font leur effet), du rire au drame en un instant (ce capitaine dominateur et autoritaire aura tendance à moins faire le malin lorsqu'il échouera sur la plage, transpercé de part en part). Je n'ai encore jamais vu de courts de Mandico (juste vaguement entendu parler de l’univers particulier du bonhomme) et ne savais pas vraiment à quoi m'attendre pour ce long métrage qu'une "certaine" critique a loué. Si, pour résumer, le discours sur le fond demeure parfois un peu confus (beaucoup aimé cela dit cette façon très maline de "boucler la boucle"... il faut d'ailleurs aller jusqu'au bout du bout du générique pour avoir tous les indices sur cette "boucle"), on se régale de ces tentatives madinesques de composer des images extra-ordinaires, de cette volonté vernesque (on pense aussi à Dark Crystal... quand je vous disais que ça brasse large...) de décrire des mondes sauvages (au moins autant que les garçons) et inattendus. Bref, on se régale de ce genre de "composition" dans le paysage cinématographique français et même si tout cela n'est pas encore totalement abouti, ou un peu trop dépendant du poids de certaines références artistiques, on se dit qu'on tient en Mandico un réalisateur des plus originaux qui devrait faire notre joie dans les années qui viennent.   (Shang - 28/08/18)

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Parfaite critique du Shang, qui a eu la même impression que moi à la vue de ce film : oui, c'est foutraque, trop référencé, un peu intello par endroits (les désormais incontournables (quand on veut être au top de la branchitude) Vimala Pons, Pauline Lorillard et Elina Löwensohn), mais c'est tellement original et accompli au niveau formel qu'on ne peut que s'incliner devant ce nouveau cinéaste barré, baroque et bardé de talent. L'impression de tremper l'univers du Club des Cinq dans une marmite sexuelle et joyeuse, sombre et bizarroïde : il en ressort un film vibrant de fièvre et de goût de vivre, insolent comme un film de Vigo et intrépide comme un roman de Stevenson. Aucun des plans de ce film n'échappe à une vision surréaliste, à un travail très précis sur la forme. C'est vrai que sur le fond, on se demande un peu où Mandico veut en venir, brouillant les pistes avec une intention peut-être un peu voyante (pour cacher le manque de propos ?). On comprend certes qu'il est question ici d'émancipation d'un groupe d'adolescents, qui découvrent les joies de la sexualité libre, la rébellion par rapport à l'autorité, les délicieux mystères de l'Inconnu(e), la violence, la liberté ; mais le film, une fois cela bien compris, Mandico piétine un peu dans cette thématique et a du mal à dire des choses sur elle. Tant pis : si le cerveau n'est pas complètement comblé, les yeux le sont, si tant est qu'on accepte cette esthétique très proche effectivement d'un Maddin, saturée d'effets visuels, de montage en porte-à-faux (beaucoup aimé cette façon de travailler une certaine lenteur), de musiques punk-rock décalées, de costumes vintage qui font oublier que cette histoire est bien d'aujourd'hui, de noir et blanc hyper esthétiques et de couleurs psychédéliques, d'acteurs dirigés vers la caricature et pourtant très crédibles... Voilà du style, mazette, ou je ne m'y connais pas.   (Gols - 04/12/18)

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