9782707343598,0-4251461Le Ravey nouveau est arrivé, une bien agréable façon de retrouver ses chaussons encore tièdes et de s'y glisser sans façon d'une année sur l'autre. Avec Ravey, rien n'est tout à fait pareil et rien n'est tout à fait différent au fur et à mesure des bouquins. C'est le cas encore une fois. On est bien content de retrouver une nouvelle intrigue, bien retorse comme toujours ; et on est bien content aussi de se retrouver dans les marques habituelles, le polar provincial à écriture blanche pour aller vite. Plaisir intact, donc, même si on est bien en peine de dire si celui-ci est meilleur que celui-là ou que le prochain : Ravey semble construire une oeuvre, revenir sans arrêt sur le labeur, creuser toujours le même sillon.

Donc, voici Marcello, qui a fui il y a quelques années la France, après quelques aventures que le roman va prendre tout son temps à nous dévoiler. Il revient aujourd'hui voir sa tante, car celle-ci a annoncé sa volonté de couper les vivres du sieur, après des années de soutien, et même de déshériter le gars. Une décision mystérieuse qui oblige à sauter dans un avion pour régler cette situation. Marcello, l'oreille collée au téléphone (le chaos l'attend en Afrique, où il a monté une ONG), va déployer des trésors de diplomatie pour convaincre tata de renoncer à sa décision, et jongler entre femme, assistante et notaire pour arriver à décrocher le chèque convoité. Une situation un peu triviale que Ravey transforme en petit roman noir parfaitement dosé. Avec un humour fin comme tout, surtout sur la fin où tout tient à ce geste ultime de signature de la tante, il raconte tranquillement une grande histoire induite dans la petite, par le détail, pas les mille et uns minuscules faits qui font sa trame. Le gars sait à merveille noter tel ou tel détail qui dévoile sans bruit une personnalité ou un événement important. Toujours froid comme un Anglais, il tient miraculeusement son bouquin sur presque rien, sur l'attente, l'immobilité, et parvient à construire un suspense assez prenant sur l'aptitude physique de la tante à se déplacer (ou non) ce jour-là, un froncement de sourcil de la directrice de la maison de retraite ou un horaire d'avion. C'est assez virtuose, mais jamais crâneur, très en retrait et modeste comme tout. Le personnage principal, décrit uniquement par ses comportements ou ses dialogues (on est dans le roman béhavioriste), s'enrichit peu à peu et ressort de ce livre doté d'une personnalité qu'on ne soupçonnait pas au début. Bref, que du bien à dire de ce petit livre, qui s'oublie cela dit un peu vite, mais qui passe comme un vieux whisky.