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Le premier film de Fernandez était tellement insignifiant qu'on ne peut comparativement que trouver ce nouvel opus assez regardable, voire, allez, presque agréable. Rien de bien génial, mais une certaine façon d'aborder pudiquement les choses, de prendre le temps de dessiner des caractères intéressants, de créer une relation originale entre deux personnages que tout oppose à priori, qui finit par avoir son charme. Tout se déroule dans le très inspirant décor d'un motel de bord de route, lieu de rencontres de couples illégitimes. Le tout jeune Sebastian est engagé par son oncle pour gérer le lieu pendant son absence. Peu à peu l'adolescent va nouer une relation secrète et ambiguë avec une femme abandonnée par un amant peu délicat. Dans ce décor tout en rideaux et en chambres secrètes, il va s'agir finalement de raconter l'apprentissage érotique d'un garçon, son passage entre les jeux de l'enfance (symbolisés par un gamin vendeur de noix de coco situé de l'autre côté d'une route symbolique) et ceux de l'âge adulte.

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Fernandez tire très joliment profit de son contexte : il filme le soleil, la calme, le silence, les petits rien qui jalonnent le temps pour exprimer l'ennui des longues journées monotones de son héros. Quand surgit la possibilité de l'aventure, on s'engouffre avec le jeune gars dans le fantasme caché, dans l'excitation de donner sens à chaque petit détail. C'est le talent du film de nous mettre réellement dans la tête de ce gamin qui découvre l'amour, sans jamais pour autant sacrifier l'autre personnage : la sublime Adriana Paz, au visage expressif et aux formes photogéniques, femme tourmentée et libre d'une belle épaisseur. Tout ça ne va pas non plus très loin, on reste dans un classicisme confinant à l'anonymat dans la façon de raconter. Le scénario est souvent bêtement explicatif, avec des symboliques un peu grosses. Mais c'est la captation de ce "presque rien" qui fait qu'on regarde ce film avec une certaine tendresse, les acteurs impliqués et délicatement dirigés contribuant grandement à la chose. Ca manque sûrement un brin de puissance, mais Fernandez est au moins sincère et bon élève.