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"STELLA-AAAAAAA !!!" Rien qu'à l'évocation du cri guttural poussé tout au long du film par Marlon, je sens les hormones de nos lectrices, et de certains de nos lecteurs aussi, mijoter comme de l'eau bouillante. Franchement ils n'ont pas tort : voilà le film le plus sexué du monde, celui qui aura permis de libérer un peu le cinéma américain enfermé dans ses restes de code Hayes, celui qui a imposé le corps comme un élément érotique dans l'Hollywood bien-pensant de l'époque. A Streetcar named Desire transpire par toutes ses pores la pulsion sexuelle, alors qu'on pourrait s'attendre, vue la pièce de théâtre de base, à un fatigant film psychologique.

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Ce qui fait la différence, c'est Brando, avec son tee-shirt mouillé, ses mines de gosse et sa violence. Filmé en icône, il apporte à lui seul toute la charge érotique du film. Imposant une ambiance lourde, à la lumière qui vous plonge immédiatement dans la moiteur, au décor parfait tout en ombres et en recoins, aux cadres rigoureux et très découpés qui séparent les corps avec les cloisons, Kazan trouve dans cet acteur le contrepoint idéal à la trame assez cérébrale mise en place par Tennessee Williams. C'est là tout le génie du gars : prendre une sombre histoire de déréglement mental et la transformer en décharges sexuelles. Les rapports entre les êtres, que ce soit le couple "officiel" Stella/Stanley, celui fantasmé Blanche/Stanley, celui un peu déréglé Blanche/Mitch, ou même les simples échanges sanguins entre potes (les parties de poker, chargées comme un flingue) semblent tous placés sous le signe des corps, de la fascination érotique. Le viol, qu'on ne fera que deviner, qui n'existe peut-être même pas, sera savamment occulté, mais ça ne trompe pas : le film dans son entier est un acte sexuel.

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Kazan filme donc Brando dans une sorte de culte du corps (l'acteur est de toute façon spectaculaire aussi avec son visage, sa voix nasillarde, l'intelligence de sa sensibilité) qu'il a d'ailleurs du mal à transmettre aux autres acteurs. Ceux-ci sont en charge de la partie plus cérébrale, celle qui, du coup, a un peu vieilli. Vivien Leigh, en foldingue déchue rongée par sa ruine financière, sa haine de sa soeur et sa fascination pour les hommes, fait indéniablement des efforts, mais son jeu sent la vieille école Actor's Studio à fond. Et le fait est que de nos jours, c'est plus comique qu'autre chose. On sent Kazan pourtant fasciné par l'actrice, sacrifiant d'ailleurs la pauvre Kim Hunter, autrement plus sobre. Elle est bien, je dis pas, mais elle rappelle tout ce style psychologico-fumeux qui a fait tant de mal au cinéma (et au théâtre) de l'époque. Tant pis : le film est splendide, moite à mort, et malgré les longueurs et les bavardages (la scène interminable avec le pourtant super Karl Malden), l'impression qui reste à la fin est celle d'un film physique avant tout.