holliwood_zero_dominique_formaHoward Hawks devrait acheter les droits de ce petit polar, à mon avis, maintenant il fait ce qu'il veut. En tout cas, voilà un bouquin ancienne école qui ravira le fan de films noirs des années 40. On dirait que Forma nous écrit depuis un bureau enfumé et cradasse du siècle dernier, et c'est loin d'être un reproche : son bouquin est du bois dont on fait les troncs d'arbres, et c'est un vrai plaisir de retrouver des traces de cet old style popularisé par Hammett ou Chandler. Pourtant, c'est bien aujourd'hui que se déroule la trame du bouquin. Il s'agit d'un pauvre loser de cambrioleur du dimanche contraint de filer à LA pour échapper à deux tueurs lancés à ses trousses ; il va se retrouver impliqué dans une arnaque dans les milieux du cinéma, se faisant passer pour un réalisateur de films pour escroquer les financiers et partir avec la caisse. Petite pépée peu farouche, trahisons de faux-frères, cassage de gueule par malabars décérébrés, on a notre lot de situations classiques, et on sent bien que Forma (qui a lui-même réalisé un film à Hollywood) veut rendre hommage aux grandes figures éternelles du roman noir. On apprécie vraiment de retrouver ses pantoufles rangées au bon endroit, et le gars réussit pleinement le transfert des motifs 40's aux temps d'aujourd'hui.

Le personnage principal, éternel petit mec dans la scoumoune aussi malin que déprimé, est super attachant, et ce qui lui arrive est assez passionnant pour filer jusqu'à la fin dans un seul mouvement. D'autant que l'écriture de Forma est très mesurée, simple et directe : une atmosphère plantée en quelques lignes sans fioritures, des dialogues qui filent droit, un humour amer planqué derrière tout ça, et de l'action, du rythme, du spectacle avant tout, parfait. En plus, le roman critique délicieusement le milieu du cinéma actuel, qui envoie le principal (l'art, les films) en arrière-plan : il n'est strictement jamais question de films dans cette trame, uniquement de gros sous, de plans virtuels, de placements financiers. Une vision finalement crédible de ce qu'est devenue l'industrie cinématographique actuelle, aux USA en tout cas. Ce côté cynique, bien pesé et subtil, finit de nous convaincre qu'on a là un précieux petit bouquin. Play it again, Sam.