Après-mai
Le cinéaste de la jeunesse enragée est devenu le cinéaste de la jeunesse désabusée, et on y perd au change. Après Mai est certes maîtrisé, mais il y manque la fièvre, l'urgence, cette énergie électrique que le gars Assayas avait su trouver avec force dans L'Eau Froide ou Désordre. Cérébral, vidé, sans émotion, allangui, presque déprimé, ce film-là dresse un constat vraiment trop glacial de la perte des idéaux, et échoue même à la transmettre réellement. Trop ppréoccupé par sa reconstitution appliquée des années 70, trop empêtré dans sa direction d'acteurs, trop obnubilé par la signifiance de son scénario et la sophistication de ses mouvements de caméra, Assayas en oublie l'essentiel : le spectateur. Il réalise un film pour lui seul, dirait-on, un film un peu masochiste dans sa façon de se renvoyer lui-même dans les cordes en s'accusant de n'avoir pas su rester fidèle à ses idéaux politiques.

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C'est ça, le sujet : comment la radicalité politique des ces années-là (l'immédiat après 68, les lycéens trotskystes et maoïstes qui affrontent les fachos, ce genre de choses qu'on voit aussi in situ dans les Godard de cette époque) a dû baisser les bras devant les aventures sentimentales ou les ambitions artistiques. Autoportrait en jeune homme hésitant, Après Mai nous montre un gars complètement impliqué dans la révolution céder peu à peu le pas devant ses rêves : devenir peintre ou cinéaste, être aimé des gorettes qu'il croise (la garrelienne Carole Combes ou la mutine Lola Créton) et construire sa vie. La reconstitution des AG mouvementées de la première partie (vraiment ratée) est remplacée peu à peu par une errance sentimentale à la poursuite de ses ambitions. Bon, il a peut-être raison, après tout : l'amour est plus beau que la lutte. Mais du coup, le film se teinte d'une amertume presque cynique qui finit par contaminer l'ensemble de la chose. Pas d'énergie dans ce personnage, pas d'émotions dans ses atermoiements amoureux un peu clicheteux, pas de jeunesse finalement dans un film qui lui est pourtant consacré. Juste le regard trop dur d'un adulte revenu de tout. C'est vrai qu'Assayas évite pas mal de pièges, notamment un esprit hippie qui aurait été trop facile ; c'est vrai aussi que la musique qu'il colle là-dessus est parfaite, succession de tueries (Syd Barrett, Soft Machine, Nick Drake) qui changent des éternels disques "de l'époque". Mais la direction d'acteurs (tous affreux), l'application de bon élève dans l'écriture, le faux rythme et la sur-schématisation de l'ensemble font écrouler tout ça. Inutile et fade : Assayas loupe son film autobiographique...

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