9782070448883_1_75Le livre est paru dans la collection "polars" de Folio, idée étrange puisque Filles se moque assez allégrement des règles du genre. Certes, il est bien question au départ de la disparition d'une adolescente et d'un gars engagé pour la retrouver. Mais très vite, on voit bien que Busch se contre-tamponne de la résolution de ce mystère, préférant fouailler dans les tréfonds des obsessions, tabous et autres réfoulés de son anti-héros. Ancien du Viet-Nâm, ancien père d'une fillette morte dans de troubles circonstances, ancien séducteur, ancien tout et nouveau rien, Jack, vigile minable dans une université, promène ses fantômes et son chien dans les paysages enneigés de son campus, faisant mine de chercher un cadavre d'enfant alors que ce sont ceux de son passé qu'il lui faut déterrer. Cynique, brutal, mutique, incapable d'aimer, le personnage est fort, un de ces losers sans concession dont la littérature américaine noire raffole. Et c'est vrai que Busch est excellent pour épaissir son personnage, le rendre plus bad boy que nature : on s'attache à ce désespoir errant, tout comme on s'attache aux atmosphères hantées qu'il sait planter à merveille. Ces paysages de congères où patinent les voitures, où de vagues étudiants alcoolisés errent dans la nuit, où les ravisseurs d'enfants rôdent, sont particulièrement spectaculaires, et le roman est réellement prenant dans ses descriptions de sites déserts, qui collent avec la déréliction psychologique des personnages.

L'écriture est au début un peu génante, curieusement hâchée, amenant des ellipses grosses comme des crevasses et qui rendent la lecture un peu pénible. Mais peu à peu, science des dialogues et humour noir aidant, on voit comme ce style doit tout à des Hemingway, à des Hammett, et on finit par rentrer dans cette rythmique étrange, dans ce tempo entre blues et jazz. Il ne se passe strictement rien là-dedans, si vous cherchez un ersatz de Millenium passez votre chemin, et quand le coupable est démasqué il y a longtemps qu'il n'intéresse plus personne. Mais Busch a su pondre un roman noir fiévreux, brutal, violent, sans espoir qui marque des points si vous êtes à la recherche d'un bon vieux bouquin pour lutter contre la venue du printemps. Gosh.