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On est sûrement un ton au-dessous de Bluebeard's eight Wife au niveau de la comédie pure et des situations délirantes, mais le petit couple, destiné forcément à finir ensemble, formé par Charles Boyer et Jennifer Jones tient tout de même bien son rang : lui en gentil pique-assiette se plaisant à jouer au confesseur et au psy de fortune, elle délicieusement spontanée et légère - la parfaite ingénue, quoi - souvent un peu lente au démarrage (son premier flirt amoureux fait tout de même franchement peine...). Charles et Jennifer font véritablement figure d'électrons libres dans ce monde d'aristos anglais, qu'ils se retrouvent à la ville ou à la campagne. Charles incarne donc un professeur tchèque qui a fui en 38 l'arrivée des troupes nazies (ptit accent français, nan, surtout ?... grave, Charles is totally in frrrreeee wheeeeellll) et ne fait aucune distinction lorsqu'il s'agit de s'adresser à des lords ou à des servants ; le pire, c'est que ce sont finalement ces derniers qui paraissent parfois le plus "choqués" par cette façon de s'adresser à eux en toute franchise (excellent, celui qui sort à la gouvernante, sans apparemment comprendre comment cela peut être possible : "Il m'a parlé d'égal à égal !"). Jennifer, nièce d'un plombier, aime à jouer avec les tuyaux (on aura notre lot d'allusions sexuelles, bien sûr), a bien du mal à garder toujours les pieds sur terre - elle vit un peu dans son monde - et craquera pour un petit pharmacien de bourg plus ennuyeux qu'une montre en panne ; heureusement que le Charles veille pour tenter de lui dessiller les yeux : le véritable amour de sa vie, c'est lui, que diable, elle pourrait facilement s'en rendre compte si seulement elle prenait une fois la peine, pendant douze secondes, de vraiment se concentrer...

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Il est souvent question de la guerre aux portes de l'Europe - un petit "salaud d'Hitler", même en 46, ça ne mange pas de pain -, d'évoquer le fossé entre les classes - cette morgue respectueuse des serviteurs semble nous plonger au moins trois siècles en arrière - mais surtout finalelement, encore et toujours, d'amour : comment parvenir à accepter ce qui crève les yeux, avouer ses sentiments, s'engager ? Ce sera un peu le taff du Charles auprès de la hautaine Betty Cream (Helen Walker, toute en arrogance dans le regard) et de cette jeune fille un peu en manque de repère, notre amie Cluny. Charles possède sa propre philosophie (sa formule magique restant : "pourquoi ne point donner d'écureuils aux noix ?" - leitmotiv qui s'impose comme un gag récurrent), sait savoir faire fi de l'étiquette et des convenances pour dire ce qu'il a "sur le coeur" (pénètre la nuit dans la chambre de Betty Cream pour lui dire, malgré ses menaces, ses quatre vérités), mais a bien du mal malgré tout à charmer la chtite Cluny. Cette dernière s'est donc embarquée avec un vieux schnock du village (la mère de ce pharmacien est encore pire : elle ne s'exprime qu'en toussant, en grognant ou en ronflant...), idéalisant à la folie l'idée de "propriété" et de "tranquillité". Charles n'en revient pas de voir cette jeune fille si fraîche (et diablement sensuelle : Jennifer en chatte persane, miaou +)) succomber à ce gazier si terne ; il ne cherche point cependant à lui forcer la main, mais espère bien qu'un jour elle finira par revenir sur terre (c'est pourtant bien mal parti, les airs à l'harmonium de notre ami pharmacien qui joue comme un pied semblant plonger la Jennifer en transe orgasmique... heureusement que notre homme est niais...). Of course, il ne faut jamais désespérer...

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On est jamais sur un rythme de comédie endiablée, plutôt dans une sorte de continuel humour à froid dans lequel le Charles excelle avec ses petites remarques balancées l'air de rien. Son style posé, lucide, tranche forcément avec la candeur absolue de la belle Jennifer totalement inconsciente de son charme. Ces deux-là se rencontrent et se retrouvent par le plus pur des hasards, mais on voit mal comment ces deux "idéalistes", chacun dans leur genre, pourraient nous empêcher d'assister à un happy-end que cèlerait un baiser... Lubitsch a naturellement encore la main pour trousser comme personne de mignonnettes comédies sentimentales, disons simplement que Cluny Brown n'est sans doute point son chef-d'oeuvre.      

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