19421281_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100415_031610Comme à son habitude, le gars Chang-Dong nous livre un sensible portrait humaniste. Voilà un cinéma modeste et touchant, qui ne cherche pas l'épate et sait rester dans les rails du sentiment et de la finesse sans en rajouter. Poetry traite du thème de l'effacement : effacement des corps, à travers un homme d'affaires handicapé qui se bourre de viagra pour obtenir un dernier émoi sexuel ; effacement des actes, à travers une histoire de viol sur mineure que les parents des coupables tentent d'ensevelir à grands coups de chèques ; effacement des mots même, à travers l'héroïne du film, qui subit les premières atteintes d'Alzheimer et perd la mémoire des noms. Très joli personnage que celui de cette femme vieillissante qui, pour combattre la disparition de son monde, se passionne soudainement pour la poésie : en écrivant, elle tente de sauvegarder l'essence des choses, un univers libéré de la trivialité et de la violence du monde. Subtilement interprétée par la touchante Yoon Jung-Hee, elle promène sa joie, sa fermeté et ses troubles à travers une Corée que l'auteur ne se gène pas de rendre corrompue, futile, oublieuse de ses fautes, triste et sans pitié. On se rend vite compte que Mija recherche avant tout sa vie passée, faite de trous (sa fille qui l'a abandonnée en lui laissant son ado à 19421282_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100415_031610garder) et de joies qui s'estompent sous la maladie. Les plus belles séquences sont celles où on assiste au "lâcher-prise" de Mija, ses contemplations énamourées des arbres, son désarroi devant la difficulté d'écrire un poème, ses abandons joyeux au karaoke, sa timidité par rapport aux autres. Tout le film repose sur elle, et Lee sait très bien égréner les petits détails quotidiens qui finissent par dessiner un très joli personnage. La mise en scène est un peu plate, peut-être, le film est un peu long et parfois explicatif, mais on ressort tout chafouin de la chose, ému et habité d'un vrai amour de la vie, aussi vache soit-elle. Dont acte.