vlcsnap_2010_04_01_17h54m06s3 vlcsnap_2010_04_01_17h54m44s120 vlcsnap_2010_04_01_17h53m51s104

Il aura donc fallu la mort du bon Rohmer pour que son poteau JLG sorte de sa tanière : ce petit film non-commercialisé a été projeté lors de l'enterrement de Rohmer, et je suis prêt à parier que tous les invités présents ont dû pleurer leur mère au vu de ces 3 minutes fulgurantes, d'une tristesse sans nom, un véritable coup au coeur pour tous ceux qui (comme moi) demeurent attachés à la génération Nouvelle Vague.

La voix de Godard, cette fois-ci, n'est même plus grave, même plus effacée : elle est presque déjà absente, extraite du monde, étouffée sous l'oubli. C'est d'ailleurs de l'oubli qu'il est question ici, challenge puisque la vlcsnap_2010_04_01_17h54m58s12commande était bien plutôt de célébrer un souvenir. Le texte tente donc de rattraper quelques flashs de l'amitié de Godard et de Rohmer : évocation des ciné-clubs et de la cinéphilie compulsive, des quelques combats politiques, de quelques figures célèbres ou anonymes qui ont jalonné leur vie commune. Tout en introspection, JLG rappelle à lui ce passé définitivement terminé, ponctuant ces évocations de "non" désespérés, comme si les fantômes ne revenaient plus, comme si la mémoire faisait défaut. A l'écran, on ne voit que les titres des articles de Rohmer, ses films n'étant pas évoqués : véritable beauté que ces inscriptions sur fond noir de titres souvent magnifiques, qui ont marqué l'histoire des Cahiers, qui convoquent immédiatement les grandes figures de la cinéphilie de l'époque (Bresson, Bergman, le cinéma américain). La musique est déchirante, tout comme le sont ces mots difficiles, à peine articulés, complètement retirés : Godard est intime, se moquant bien que ces souvenirs évoquent quoi que ce soit au spectateur.

Peu à peu, l'image de Rohmer (que Godard tient à appeler de son vrai nom, Maurice Schérer) s'extraie de ce noir total, par saccades. Enfin, apothéose de la chose : l'image cradasse de Godard lui-même, fugitive, volontairement mal cadrée (et anti-datée par ailleurs). Voilà un autre mort en instance (il faut bien le dire) vlcsnap_2010_04_01_17h55m51s22qui apparaît, un de ces vestiges d'une époque finie. L'effet est sublime, créant immédiatement une sorte de mur solide entre nous et "eux", eux les cinéastes de la Nouvelle Vague, ceux qui ont vécu ces choses-là et qui meurent aujourd'hui. On sait que depuis quelques années JLG creuse la thématique de la disparition, celle de l'Art et de lui-même : la mort de son copain est l'occasion d'un de ses films les plus directs, les plus saisissants, les plus immédiatement lisibles dans leur terrible constat. C'est un mort qui nous parle, ou en tout cas un des derniers rescapés d'une histoire, qui s'isole volontairement et insolemment du monde. Un film glacial, génial, hors de tout, sentimental et mystérieux.

God-Art, le culte : clique