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Comme le dit Sudô, l'un des protagonistes : "Les temps sont durs pour tout le monde". Ce sentiment lui permet d'appuyer sa petite philosophie perso : la fin justifie les moyens, et de n'avoir aucun remord à monter, avec son ami Mori, de petites arnaques auprès de jeunes filles naïves qui ont de la thune. Des temps certes difficiles, seulement ce qui pousse le gars Sudô, c'est surtout l'appât du gain, quitte à en oublier toute valeur humaine, tout principe. Naruse nous fait donc suivre la trajectoire de ce vlcsnap_88524petit marlou qui se fait un malin plaisir à se mettre des oeillères jusqu'à ce que sa soeur et son propre pote tentent tant bien que mal de lui ouvrir les yeux. Ca discutaille pas mal dans cette oeuvre où le beau parleur Sudô tente de séduire tout ce qui lui tombe sous la main pour arriver à extorquer de l'argent. On retrouve les fameux travellings de Naruse lorsque Sudô accompagne ses proies ou lorsque son ami Mori tape la discute avec sa charmante soeur Masako, les mouvements de caméra savent également se faire très fluides pour suivre les nombreuses séquences dans les dancings où les deux amis rencontrent ces jeunes filles friquées, et même si l'aspect narratif a tendance à prendre quelque peu l'ascendant sur l'aspect formel, il y a toujours quelques jolis gros plans à grapiller ici ou là sur ces personnages féminins - victime ou prédatrice - ou quelques belles petites idées comme ce plan sur les pieds de Sudô et de sa conquête (sur la pointe de ses petits petons pour l'embrasser) tout près d'un petit tas de thune que le Sudô vient de lui soutirer...

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Sudô et Mori, deux étudiants issus de famille qui peinent à joindre les deux bouts, se définissent comme de véritables "athlètes intellectuels" capables d'imaginer les plans les plus vicieux pour se faire de la maille sur le dos de jeunes filles. Mori est le véritable cerveau du duo, mais il trouve en Sudô un parfait exécutant qui n'hésite jamais à user de son charme pour faire tomber les filles dans ses rets. Leur seul principe, au départ, c'est de ne tirer profit que de leur ressource financière sans jamais "abuser" de leurs corps. Tout roule comme sur des roulettes jusqu'à ce que ces actions guère honorables commencent à peser sur la conscience de Mori : l'une des scènes clés, véritable tournant du match, survient lorsqu'un type se plante sous ses yeux en vélo : légèrement handicapé, le type peine à se relever, et Mori fait preuve d'un petit geste de solidarité qui lui remet un peu les pieds sur terre. Réalisant par ailleurs que la thune flingue tout (son pote de l'armée qui a rompu avec sa fiancée après la guerre faute d'être au même niveau social; une jeune fille, Kimiko, que drague justement son pote Sudô pour profiter d'elle) et se prenant de plein fouet une réflexion de la soeur de Sudô : "Tu as changé" (petit flash-back d'avant la guerre où les deux gens gens flirtaient innocemment), Mori commence à rompre avec ces viles pratiques et tente de persuader Sudô d'en faire autant.

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Seulement ce dernier, petite grenouille séductrice, commence à se prendre pour un boeuf et compte bien se faire un maximum de pognon avec sa nouvelle "conquête", Tagami, sûrement plus maline et expérimentée que lui, qui gagne de gros sous dans le marché noir. Sudô semble s'être totalement blindé dans le processus (pas une larme à la mort de sa grand-mère, aucun respect pour sa mère ou sa soeur), renie rapidement leur principe d'origine - il couche avec les donzelles si cela peut lui permettre d'obtenir plus facilement leur confiance - et devient totalement sourd aux reproches de son pote; bref il est sur une pente dangereuse et même si Mori et Masako tentent de jouer les garde-fous, il pourrait bien finir par se planter salement...

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Jeunes femmes naïves facilement abusées, croqueuse de diamants finaude, seule Masako semble garder parmi ces jeunes filles en fleurs de l'après-guerre la tête sur les épaules. Même si le film se concentre sur les petits micmacs de Sudô, c'est elle qui en sous-main ramène véritablement Mori "sur le droit chemin" et l'influence pour qu'il tente de ramener son frère à la raison. Le temps de l'innocence semble bien loin - les jolies petites vignettes idylliques de l'avant-guerre -, et seuls les plus pourris semblent pouvoir tirer leur épingle du jeu dans ce monde aux abois : encore faut-il en être fier... Sudô l'est et seule la clairvoyance de Masako associée à Mori (superbe plan final après une séquence dans un hôpital - un leitmotiv chez Naruse au même titre que Borzage... mouais pourquoi pas), leur sens des responsabilités, peuvent le faire changer de cap. Bien menée et parfaitement interprétée, une nouvelle petite brique pleine d'humanité dans l'édifice narusien.

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