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La discrétion de Delmer Daves au poste de metteur en scène ne doit pas faire oublier son grand talent pour filmer les histoires. Si Broken Arrow manque clairement de style, il n'en reste pas moins un très joli moment humaniste, courageux et éminemment sincère, et ça suffit ma foi pour qu'on prenne un grand plaisir à la vision de ce western original. James Stewart, dans une de ses premières tentatives de gravité, joue le rôle d'un pacifiste obsédé par la réconciliation entre les Apaches et les Blancs. Il va littéralement s'infiltrer à l'intérieur de la tribu, apprenant la langue des Indiens, mangeant comme eux du poney (!), et poussant même l'intégration jusqu'à taquiner la jolie gorette indigène. Le film est vibrant de conscience anti-raciste, et amène assez subtilement le thème en avant-plan, grâce à une grande attention portée au quotidien des Apaches, grâce à un filmage qui reste toujours à hauteur d'hommes, grâce à une direction d'acteurs nuancée. Chez Daves, il n'y a pas de peaux-rouges sanguinaires et éructants ni de blancs purs et civilisés ; les salauds sont des deux côtés, tout comme les grands hommes. Le film raconte son histoire en ménageant toujours des espaces pour la réflexion presque politique, souvent morale, sur les comportements guerriers : la soif de vengeance ne doit pas passer devant l'ambition pacifiste, tous les hommes peuvent être égaux, etc. Dans cette description attachante des traditions apaches (les ch'tites danses tribales, les signaux de fumée fais avec des couvertures, les cérémonials de mariage), on sent une grande bonté de regard. Le film est d'ailleurs très doux, presque lent parfois, préférant privilégier les moments de bonheur et d'harmonie aux scènes d'action (rares, et d'ailleurs pas forcément passionnantes).

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Il y a aussi, en sous-main, une intéressante construction concernant le voyage initiatique de James Stewart. Le film s'ouvre sur une toute petite silhouette perdue dans la nature, un plan presque métaphysique et légèrement morbide : cet homme part à la rencontre des Apaches, dans une mission suicide assez mélancolique. Ce qu'il va découvrir "de l'autre côté", c'est un eden perdu, fait de lacs tranquilles, de forêts mirifiques et de jeunes filles souriantes. Pendant quelques mois, le héros va vivre ainsi au coeur du paradis retrouvé que constituaient les premiers temps du territoire américain, replongeant dans une innocence originelle très bien rendue par le technicolor et l'écran large, par le "bigger than life" des maquillages et de la musique. Puis, une fois sa fragile mission accomplie, ayant à nouveau tout perdu, il retournera vers ce désert (affectif et géographique). C'est fait sans lourdeur, discrètement, mais c'est joli comme tout. Un petit bonheur sans façon dont on ressort plein de confiance en l'humanité.

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