Petit film d'horreur à l'anglaise relativement basique dans sa trame mais qui peut soulever ici ou là quelques questions sur un certain délabrement de la société anglaise... Il ne s'agit jamais que d'une course poursuite dans les bois qui dégénère grave avec son lot d'hémoglobine et de sauvagerie. Seulement, pas besoin d'effets spéciaux ni de créatures d'outre-tombe, la bestialité ici est bien 100% humaine.

edenlake

Jenny (Kelly Reilly, l'anglaise de L'Auberge Espagnole, je savais bien que je la connaissais) et Steve s'apprêtent à passer un petit week-end à la coule au bord d'un lac ; caractéristique du lieu : celui-ci ne devrait pas tarder à se transformer en lotissement cossu, genre maisons secondaires réservées aux gens qui en palpent. Le jeune couple a po l'air vraiment à la dèche, socialement parlant, perché dans un 4X4, mais rêve d'un bon petit plan paisible, comme ça, en pleine nature, loin de la civilisation, à la fraîche, entre amoureux. Pas de bol, ils vont tomber sur une bande de sauvageons qui hantent les pires cauchemars guadeloupéens de Sarkozy. Watkins nous présente une bande de jeunes qui n'ont pas dû passer, en tout, plus d'un jour dans une école, cinq-six gamins qui traînent, po polis du tout, qui vont chercher des noises à notre couple bien propre sur lui - ça commence par un poste de radio un peu trop fort, puis des insultes, puis une roue de bagnole qu'on crève, puis une bagnole qu'on pique et quand on commence par taillader sauvagement un type avec couteau, ben là on sait que les limites sont carrément dépassées... La situation va très vite partir en bande et notre Jenny de se transformer peu à peu en Rambowoman prête à tout pour survivre - faut dire que le "leader du groupe" est particulièrement dérangé et entraîne les autres avec une certaine facilité dans le sadisme... Ca charcle sa mère et, au bout du compte, on se rend compte que ces pauvres gamins à l'abandon ont des parents qui sont loin de sortir de la cuisse de Jupiter : quand le beauf dérive dans la violence, on peut définitivement craindre le pire... On en finit par se demander si le film de Watkins est de "gauche" ou de "droite" tant il se contente, avec une certaine roublardise, de nous montrer ce carnage sans jamais vraiment pointer du doigt les vrais responsables (les parents, la société du paraître ou la misère sociale?). Le film, qui utilise de très grosses ficelles, demeure, cela dit, assez efficace et, à défaut de faire vraiment réfléchir, colle sur son siège (c'est peut-être dû aussi à la coagulation rapide des multiples jets de sang... brrrr)   (Shang - 21/02/09)

h_4_ill_1101994_eden_lake_bis


Pas mieux, même si de mon côté j'aurais tendance à cataloguer définitivement ce film dans les rangs de la droite, avec son message : "Rhooo les jeunes d'aujourd'hui, ils ont plus aucune valeur, on peut plus rien leur dire, et ne sortez pas de chez vous, dehors tout est meurtre et gabegie". C'est en tout cas le seul discours apparent de ce survival à l'ancienne, genre de Délivrance sans regard sur la sauvagerie de la nature, et c'est vrai que c'est un peu court. Si ce couple est un symbole de la société bien-pensante et ces jeunes cons une allégorie de la société telle qu'elle ne va plus, on veut bien accepter de voir nos deux héros se faire découper en tranches par les ruraux, histoire que le film veuille dire autre chose que ce qu'on soupçonne. Ce serait toutefois prêter un peu trop d'ambition à un film qui n'affiche comme but que de vous en mettre plein les mirettes en terme de sang qui jaillit et de raffinement sadiques. De ce côté, c'est vrai que c'est assez efficace, même si le film emprunte tous azimuts ses effets gore. Le plaisir vient surtout, en fait, de voir deux acteurs repérés et célèbres se faire torturer (Kelly Reilly, donc, et Michael Fassbender, dans un rôle assez étonnant de pleutre). Mais on apprécie bien les différents épisodes de ce film tout simple, qui va droit son chemin sans fioritures excessives, fait monter la pression avec un certain talent et vous en donne pour votre argent et votre seau de pop-corns. Avec un vrai metteur en scène, un qui aurait su rendre l'enfermement dans cette nature hostile, aurait su prolonger ce discours sur un monde qui s'éteint et va disparaître, qui aurait vraiment regardé en face ses scènes d'horreur, on aurait même eu droit à un bon vieux machin dérangeant. Là, c'est juste amusant, et comme dit l'autre, "pas pire".   (Gols - 08/11/18)

Brett-et-James-Gandhi-640x314