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Il fait pas bon être à la fois un cow-boy et un petit être fragile sous l'emprise de môman et rongé de remords au souvenir de la mort de pôpa, moi je vous le dis. C'est pourtant ce qui arrive au brave Bless (Jeffrey Hunter) : au sein du vigoureux clan des Keough, il voudrait bien assurer, mettre des gnons dans la tronche des fâcheux ou décaniller du serpent à sonnette dans un grand rire, mais qu'est-ce que vous voulez, il a peur, et porte la violence en horreur. Malgré la bienveillance (parfois moqueuse) de ses frères, sa réputation commence à sérieusement en pâtir, et le bon gars passe pour un lâche pur et simple. D'autant que les ennuis s'accumulent dans le beau ciel du Missouri : des voleurs s'en prennent au troupeau de boeufs familial, la maman meurt sans avoir pu embrasser son chouchou, et la dinde de service (Janice Rule), promise à l'aîné (Fred MacMurray), fait également les yeux doux à notre coward, ce qui n'augure rien de bon. Il faudrait bien un homme un vrai pour gérer tout ça, mais le petit gars a le bras qui tremble dès qu'il sort son six-coups, et il faudra l'intervention de ses frères pour venir à bout des soucis... à moins qu'il ne se rebelle contre sa nature et contre sa haine de la violence...

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On le voit, ce type de sujet aurait été impensable dans un western quelques années plus tôt. Mais on est en 1957, la psychologie commence à intéresser les cinéastes, et Biberman charge ses scènes de doutes existentiels et de sombres sentiments enfouis. On imaginerait bien James Dean dans le rôle de Bless (voire du benjamin, tout feu tout flamme et secrètement torturé par la jalousie, rôle dévolu à Dean Stockwell), tant ce cow-boy a déjà un éperon dans la modernité, tant il ressemble au personnage de A l'Est d'Eden. Autour de lui, les frustrations se déploient autant que les dangers, entre cet aîné délaissé en charge de toute la virilité exigée d'un vrai cow-boy des temps anciens, et cette jeune première partagée entre son devoir (tenir son rang de ménagère et faire la ménage au ranch) et son amour pour Bless. Biberman filme ce bouillon de rancunes, de jalousies et d'ego brisés sans se départir pour autant de son allégeance au genre : oui, il y aura bien bagarre (et de bien belles, les gars miment super bien les coups), oui il y aura tensions, oui il y aura menaces. Mais c'est ce fond psychologique qui remporte l'adhésion. D'autant que, sans doute faute de moyens, la réalisation n'est pas à la hauteur du beau sujet : toute la partie de transhumance des boeufs se fait dans des transparences toutes pourries, visiblement avec des plans pris dans d'autres films ; la photo sent le studio à mort ; et la fin est totalement sacrifiée : on quitte le film en deux secondes au moment où les tensions commencent vraiment à monter entre les Keough et le reste du monde, et entre les frères eux-mêmes. Biberman n'est de toute évidence pas l'homme de la situation pour diriger ce western déjà presque néo, et pour diriger ses comédiens pourtant solides : Hunter est photogénique à mort, et apporte beaucoup de nuances à son personnage complexe, jeune homme moderne perdu dans un siècle qui ne veut pas de lui ; et MacMurray est impeccable en cow-boy dépassé, abandonné par sa maman et encore complètement dans les clichés de sa fonction. Intéressant tout de même, pour le scénario.

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